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ouvrage fortifié dit retranchement du Pas de Leydet ; poudrière actuellement chapelle Notre Dame du Faron

Dossier IA83001476 réalisé en 2009

Fiche

Intérêt stratégique et construction

L’utilité d’occuper le Mont Faron par des ouvrages de défense dépendant de la place forte de Toulon, non perçu par Vauban, fut mise en évidence pendant la guerre de succession d’Espagne, la prise de Toulon ayant été un des objectifs de la coalition formée par l’Empire, l’Angleterre, la Hollande et la Savoie, en 1707.

Les circonstances du siège avaient surtout attiré l’attention sur la nécessité d’ouvrages sur le pied du versant sud, empêchant une prise de position ennemie au-dessus du retranchement Sainte-Anne étendu au nord de la ville.

La menace d’une nouvelle offensive de l’armée austro-savoyarde contre Toulon, en 1746, dans le cadre de la guerre de succession d’Autriche, suscita un effort de fortification préventive, organisé par le maréchal Charles-Louis Fouquet de Belle-Isle. Il se concrétisa par notamment la création de nouveaux ouvrages défendant la vallée du Las à l’Ouest du Mont Faron, dite gorge de Saint-Antoine. A cette occasion fut construite sur une hauteur à l’ouest de la gorge, à mi-distance de l’éminence rocheuse du Bau de Quatre Houres, une redoute pérenne, le fort des Pomets, une redoute en pierre sèche dite plus tard de Landré, plus près de la gorge, et un mur de retranchement en pierre sèche sur la pente ouest du Faron, descendant vers la vallée, au pied de la barre de l’Hubac. Ce dispositif est exprimé sur un plan daté de 1762 1, qui ne montre encore aucun ouvrage sur les crêtes sur la montagne proprement dite.

La genèse méconnue du retranchement

A cette date de 1762, Pierre-Joseph de Bourcet, lieutenant général des armées du roi, ingénieur en chef des fortifications du Dauphiné, chargea Nicolas Milet de Monville, directeur des fortifications de Provence depuis 1758, de concevoir un projet général pour la défense de Toulon, en recommandant de raccorder les lignes de défense est et ouest de la ville de Toulon au Mont Faron, considéré comme un rempart naturel.

Dans une première rédaction du projet en 1763, Milet de Monville proposa entre autres d’escarper les ravins au pourtour du sommet de la Montagne en taillant les barres rocheuses naturelles les moins hautes naturellement pour les rendre infranchissables.

Le projet détaillé, présenté en 1764 et en 1766, est à l’origine des redoutes de la Croix Faron et du futur Fort Faron sur les hauteurs Est, et à l’ouest, plus bas, du futur fort du grand Saint-Antoine, avec sa redoute d’appoint du Petit Saint-Antoine, ouvrages inégalement pérennes restés plus ou moins inachevés après 1775.

En revanche, on a peu d’information sur l’état de réalisation des projets d’escarpements et de retranchements linéaires. Celui qui était prévu sur les rebords rocheux naturels de part et d’autre du fort du grand Saint-Antoine n’a pas été exécuté, mais plusieurs autres retranchements en pierre sèche, simples terrasses limitées et ouvertes à la gorge utilisables comme batteries, comme celles documentées ou conservées à la Croix Faron ou à la Gypière (secteur ouest), ou retranchement linéaires plus importants, remontent sans doute aux travaux de 1768-1770. Sont dans ce dernier cas, au sommet des versants nord et au nord-est de la montagne, barrant des « Pas » (passage naturel en haut d’un ravin escarpé) les retranchements du Pas de la Masque et du Pas de Leydet.

La mise en œuvre de ces ouvrages, qui consistait à escarper et régulariser le rocher naturel et à le couronner d’un mur de pierre sèche, formant à la fois barrage et terrasse de surveillance et de défense (infanterie), n’est pas documentée. Ces retranchements à peu près passifs, apparentés à des ouvrages non pérennes, ne sont pas figurés sur les plans généraux du Faron antérieurs au XIXe siècle, peu précis, comme la « carte des environs de Toulon avec les ouvrages extérieurs relatifs au projet général » de 1768 2, ou une autre carte de Toulon « relative aux projets de 1791» 3. Ils ne sont pas non plus mentionnés dans les mémoires de l’atlas de cette place rédigés en 1775 par le directeur des fortifications Charles-François-Marie d’Aumale qui, il est vrai, ne s’attache qu’aux redoutes ou aux ouvrages actifs. D’Aumale minimise d’ailleurs les risques d’incursion ennemie par les « Pas » du nord du Faron, jugeant implicitement leur défense peu utile : « Une suite de rochers coupés à pic de 20 à 30m environ de hauteur forment cet escarpement qui n’offre nul autre passage que celui, très petit, du Pas de Leidet, après avoir monté environ 150 toises de hauteur sur un talus très roide et dans un gravier mouvant (…) » 4.

Ces retranchements ont sans doute été remaniés par les occupants anglais de la place en 1793, dont l’action n’est pas plus documentée, mais on observe qu’ils sont très sommairement indiqués comme une ligne continue «Pas de Leydet et de La Masque » sous le n°15 sur une carte imprimée établie d’après le relevé des défenses de la place en 1793 par le lieutenant-colonel du génie Boullement de la Chesnaye, qui participa à la reprise de Toulon sur les Anglo-Espagnols 5.

Un historique succinct inclus dans un mémoire sur les projets de 1841 6 précise que les occupants anglais de 1793 « travaillèrent à l’amélioration des escarpements du Pas de Leydet, mais l’insuffisance de ces escarpements artificiels fut deux fois constatée par les attaques des assiégeants ».

Le retranchement augmenté dans les années 1830-1840

Laissé longtemps à l’abandon, le retranchement du Pas de Leydet semble avoir connu une première campagne d’amélioration dans la décennie 1830, au début du processus de définition d’un nouveau système défensif d’ensemble du Mont Faron, qui émerge dans les délibérations du Comité des fortifications en 1836.

Sur une carte topographique détaillée de la place de Toulon levée au cours de 1840 sous la direction du chef du génie A. Louis, pour les projets de 1841 7, le retranchement en pierre sèche du Pas de Leydet est figuré explicitement, avec une zone de servitude militaire associée, sur son tracé linéaire complet suivant l’escarpement, jusqu’à l’emplacement alors encore inoccupé de la tour Beaumont. On note aussi la présence d’un chemin de ronde continu sur les escarpements naturels nord entre les retranchements du Pas de Leydet et du Pas de la Masque. Retranchement, segment de la partie nord, vue sud d'un flanc droit, fossé, escarpement, revêtement.Retranchement, segment de la partie nord, vue sud d'un flanc droit, fossé, escarpement, revêtement.

D’après la légende d’un plan du domaine militaire dressé en 1855 pour synthétiser des recherches sur l’origine des propriétés militaires sur le Faron, « L’extrémité nord du retranchement (du Pas de Leydet) formant une copie de bastion existe depuis très longtemps et commence à la gorge de Leydet qui a donné son nom à l’ouvrage. La partie du retranchement située à gauche et vers le sud a été faite en 1833 (ou 1838 ?) sur des terrains achetés aux sieurs Allègre et Angallier (en 1833) au prix de 206 fr. 71 pour 6890 m2 » 8. La partie ancienne, dont l’origine de propriété n’est alors pas retrouvée, représentait une superficie de 5484, 75 m2.

Le chef du génie de Toulon, A. Louis, auteur du mémoire sur les projets de 1841, y considère que ces retranchements linéaires sont d’une conception obsolète dans la logique défensive alors en cours, appuyée sur des tours casematées : « La garde régulière d’une longue ligne d’escarpements (…) exigerait beaucoup trop (de personnel), et si la garde n’est pas régulière, si on se borne à quelques patrouilles, elles seront insuffisantes comme par le passé. Des tours à l’abri d’une attaque de vive force, dont les feux combinés battent tout le sommet de la montagne, paraissent donc accomplir le but beaucoup plus convenablement. Elles rendront sans danger les incursions fatigantes que l’ennemi pourrait tenter dans les intervalles »

De la même manière, le directeur des fortifications E. Sicot 9, conteste formellement l’utilité des retranchements linéaires existants ou projetés sur le mont Faron, dans un mémoire de juin 1841: « Pourquoi faire un retranchement continu entre la Croix Faron et le fort Faron dont l’intervalle de 600m est parfaitement vu par les deux ouvrages, et pourquoi faire un retranchement continu entre le fort Faron et la Gypière, surtout si cette dernière position est solidement occupée comme nous l’avons proposé d’accord avec le chef du génie ? Pourquoi enfin fermer hermétiquement les Pas de Leidet et de La Masque (sentiers qui d’ailleurs doivent rester libres à leur ordinaire pour les bergers et les troupeaux de chèvres qui exploitent la montagne) puisqu’ils seront défendus par deux tours solides, et pourquoi augmenter encore des escarpements qui ne peuvent être franchis en quelques points que par des hommes habiles aux exercices gymnastiques, lesquels n’arriveraient sur les plateaux que pour être rejetés à coups de bayonettes ou pour etre soumis aux feux croisés des tours ?.. »

Cependant, l’article 16 du mémoire sur les projets des fortifications pour 1844 et 1845 comporte un poste consacrer à « escarper les gorges du Faron » regardant le nord : « Entre le Pas de la Masque et le Pas de Leydet, fermés l’un et l’autre par un retranchement, se trouvent six gorges dites gorges d’Artigues, du Bau Pointu, de l’Hubac, de la grotte Joseph et de l’Anglais, que les chevriers du Pays montent et descendent avec leurs troupeaux et qui seraient à la rigueur praticables à l’infanterie. Bien que la caserne défensive du Pas de la Masque voie le débouché supérieur de ces gorges, afin de n’avoir pas à craindre de surprise par-là, on propose de les escarper sur 4m de hauteur et de surmonter ces escarpements d’un mur épais de pierre sèche qui aura environ 2m de hauteur à l’extérieur et 1,60m à l’intérieur ». 10 Le coût estimé des travaux est de 20.000 francs pour 1844 et 12.000 pour 1845.

Ce travail important dont le projet avait été dessiné par le capitaine Séré de Rivières, sous l’autorité du chef du génie Dautheville, comme la caserne de Pas de la Masque, n’a pas été exécuté, éclipsé dès 1845 par d’autres projets plus urgents, et un projet plus modeste d’amélioration du seul retranchement du Pas de la Masque. Ce changement de programme est également lié au changement du chef de bataillon du génie de Toulon, l’ex-capitaine Corrèze ayant remplacé Dautheville.

Projets et réalités de la génération 1870, le magasin à poudres

Il faut attendre la nouvelle génération de projet général sur le système défensif du Mont Faron, à partir de 1868, pour que des travaux de remise en état soient proposés pour le retranchement du Pas de Leydet. Lancés en 187111[11], ces travaux ont notamment consisté à maçonner la majeure partie des murs en pierre sèche du retranchement, à approfondir les escarpements existants formant fossé en les retaillant, et à améliorer le chemin de ronde. Ils ont entrainé également quelques modifications ponctuelles dans le tracé, dont témoigne la comparaison entre les plans des années 1840 et l’état après 1875.

Un mémoire rédigé par le lieutenant colonel Boulangé, chef du génie de Toulon, au début de l’année 1874 donne les intentions du moment : « …terminer, sur 6m seulement de hauteur, les escarpements des versants nord et ouest de la montagne, puis organiser un ouvrage fermé au pas de Leydet, pouvant servir de réduit à la défense de la partie ouest de la montagne» 12.

Le mémoire indique par ailleurs qu’une nouvelle batterie pour 10 pièces d’artillerie est projetée au même Pas de Leydet. D’une manière un peu contradictoire, ce projet est distinct et concurrent de celui de l’« ouvrage fermé ». Le rédacteur du mémoire revient sur ce dernier pour préciser, à propos des différentes batteries ouvertes projetées alors au nord-ouest de la montagne, totalisant 21 pièces d’artillerie (celle du Pas de Leydet étant la plus forte, avec ses dix pièces) : « Ces batteries ont été disséminées pour faciliter leur installation, mais il n’y a pas d’inconvénient à les grouper différemment, surtout s’il est possible de réaliser dans un avenir prochain le projet de batterie retranchée, admis en principe par le Comité, vers le pas de Leydet ; en effet l’étude (sur cet objet) comporte un armement de 16 pièces, lesquelles avec les 3 pièces que l’on peut installer dans la batterie existante devant la caserne du centre, font un total de 19 pièces, chiffre qui diffère peu de celui admis par l’artillerie… ».

L’interruption de la série de l’article 8 des archives centrales du Génie après 1874 ne permet pas de suivre l’aboutissement de ces projets, mais on constate en 1875 la construction d’une batterie ouverte au nord/nord-est de la tour Beaumont, en arrière du départ du retranchement du Pas de Leydet, sur un terrain cédé à titre gracieux par la ville de Toulon le 22 aout 1874. Cette batterie, d’une capacité estimée de 8 pièces, semble avoir satisfait par substitution à la demande d’une batterie de 10 pièces proposée au Pas de Leydet, soit sans doute plus près de l’autre extrémité (nord) du retranchement. On observe aussi la réalisation de la batterie du Pas de la Masque avec six pièces, ajoutées aux deux pièces de la batterie voisine et communicante située devant la caserne centrale.

Le projet d’ouvrage retranché de type redoute ou batterie fermée a donc été abandonné dès 1875, au bénéfice de deux batteries ouvertes à proximité immédiate d’un casernement existant (tour Beaumont, caserne Centrale) mais l’idée d’un réduit coordonnant la défense de la partie Ouest de la montagne, à l’arrière du retranchement existant du Pas de Leydet, s’est finalement concrétisée de manière limitée par la construction d’un grand magasin à poudres mi-caverne très en arrière du retranchement, dans la plaine de la Vanade, facilement accessible par le nouveau tracé direct de la route militaire du Faron créé en 1875 entre la tour Beaumont et la caserne du Pas de la Masque (le tracé antérieur, conservé, desservait la gorge du retranchement du Pas de Leydet et passait au plus près de l’escarpement nord ). Ce magasin à poudres « central », non retranché, était conçu pour répondre aux besoins cumulés des deux nouvelles batteries ouvertes crées aux abords vers 1875, et sa capacité bien supérieure à ces besoins permettait sans doute de délocaliser ou au moins limiter le stockage permanent des poudres de certains autres ouvrages. Sa disposition s’apparente à celle des trois grands magasins à poudres établis dans la vallée du Las, au pied du front ouest du Mont Faron, entre 1877 et 1887.

Un rapport de la délégation des comités techniques de l’artillerie et du génie, établi par les généraux de division de La Hitte et Gillon, daté du 13 novembre 1891, mentionne les canons « de la (batterie de la) tour Beaumont », sans en préciser la nature et le nombre, sauf pour trois mortiers de 22 cm. 13 Il n’est pas question d’autres emplacements de batterie derrière le retranchement du Pas de Leydet, qui figurent cependant, très sommairement indiquées au nord-est de la batterie Beaumont, sur un « Plan du terrain militaire des ouvrages du Faron » datable du début du XXe siècle.

La chapelle dans le magasin

La transformation du magasin à poudres en chapelle Notre-Dame du Faron fut financée grâce au mécénat de l’industriel Louis-Valéry Roussel, directeur de l’Action Automobile, ami du maréchal Juin, initiateur du projet, maître d’ouvrage et exploitant du téléphérique du Faron. Le projet et sa réalisation furent confié en 1958 à l’architecte et artiste toulonnais Pierre Pascalet (1915-2000), maître d’œuvre des gares du téléphérique du Faron et futur architecte du mémorial de la tour Beaumont. La chapelle fut inaugurée en même temps que le téléphérique, le 12 juin 1959, consacrée par l’évêque Mgr Gaudel. La charge de chapelain fut attribuée au vicaire général du diocèse de Fréjus-Toulon Charles Brand, ancien aumônier militaire, qui avait choisi le vocable de Notre-Dame de préférence à celui de Jeanne d’Arc, libératrice symbolique de la France, jugé anachronique. La dédicace de la chapelle précise : « Ils décidèrent de faire de cette poudrière sans intérêt (sic) un sanctuaire à la mémoire de celles et de ceux qui tombèrent pour la libération de la France ; hommes et femmes, civils et militaires, hommes du rang, sous-officiers ou officiers ». La promotion du chapelain comme évêque auxiliaire de Toulon en 1972, et surtout son départ au diocèse de Strasbourg en 1976, eurent pour effet une désaffection officieuse de la chapelle, faute de personnel, suivie dans les années 1980 d’une période de vandalisation. Rattachée à la paroisse de Saint-Vincent de Paul de Toulon, la chapelle fut réhabilitée en juin 1987.

Analyse architecturale

Site et implantation générale

La fin de la montée en lacets de la branche ouest la « route du Faron », ancienne route militaire, après la desserte du fort du Grand Saint-Antoine et de la tour de l’Hubac, longe à droite (au sud) la petite éminence rocheuse bien dégagée à 509m d’altitude que couronne la tour Beaumont. Le retranchement du Pas de Leydet commence au pied et au nord de la tour Beaumont et se développe vers le nord / nord-est, à une altitude à peu près constante, en épousant les sinuosités de l’escarpement rocheux naturel, sur une longueur de plus de 350m à vol d’oiseau. Après une avancée rocheuse qu’il occupe et qui forme l’angle nord-ouest de cette partie sommitale de la montagne, il se retourne à droite sur l’escarpement nord, pour barrer, une vingtaine de mètres après ce retour d’angle, le Pas de Leydet proprement dit.

La batterie de Beaumont créée en 1875 subsiste à l’état de vestiges informes à l’arrière des cent premiers mètres du mur de ce retranchement. 14

Au départ du chemin qui, de la route du Faron, monte vers l’ouest à la tour Beaumont, une autre branche partant au nord, dessert le chemin de ronde du retranchement, après avoir longé la gorge de l’ancienne batterie de Beaumont. C’est l’ancien tracé de la route militaire.

La route du Faron (tracé de 1875) se continue à l’est / nord-est en direction de la caserne du Pas de Leydet et de la Croix-Faron, formant un tournant rentrant à gauche (nord) assez lâche. Au point creux où la route se retourne à nouveau vers l’est, à 300m environ de la batterie de Beaumont, un chemin couvert encaissé en caponnière dans le terrain, s’embranche à gauche et part en ligne droite vers l’ouest / nord-ouest sur environ 70m pour desservir le magasin à poudres.

Du secteur sud du retranchement, soit de l’emplacement de la batterie de Beaumont et des batteries annexes indiquées au début du XXe siècle, l’ancienne route militaire se continue sur le plateau dit plaine de la Vanade, en direction du nord-est entre le retranchement et le magasin à poudres. Après 150m, elle atteint les escarpements nord, et les longe jusque vers l’emplacement de la batterie basse du Pas de la Masque créée en 1875 (aujourd’hui dans le zoo du Faron). Cet ancien chemin militaire est jalonné de quelques vestiges d’aménagements de la fin du XIXe siècle au plus tôt, un petit abri casematé en béton et pierre, à cheminée d’aération notamment.

Plan, distribution spatiale, structure et mise en œuvre

L’ensemble ici considéré associe deux éléments architecturaux bien distincts par leur nature, leur morphologie et leur mise en œuvre : un long retranchement linéaire, qui relève de la fortification (encore que passif), et un magasin à poudres, qui est un bâtiment militaire. L’association des deux peut paraître arbitraire, d’autant qu’une distance assez importante les sépare, et qu’on n’accède pas directement au magasin par le chemin de ronde du retranchement. Cependant, si le départ sud du retranchement se confond par contre avec le revêtement de tête de l’ancienne batterie de Beaumont, qui est liée à la tour Beaumont, on doit considérer que le magasin à poudres de la plaine de la Vanade ou du Pas de Leydet à été bâti à l’abri du retranchement, dans la logique des ouvrages neufs ou réparés de 1871-1877, à un emplacement où avait été proposée une redoute fermée non réalisée liée au retranchement du Pas de Leydet.

Le retranchement

Le retranchement proprement dit n’est pas autre chose qu’un front continu très irrégulier en plan, formant de nombreux redans aléatoires, d’une longueur développée de près de 400m, procurant quelques flancs, sans former aucun véritable ouvrage saillant qui puisse être comparé à un bastion, y compris le grand saillant en isthme de l’angle nord-ouest dont il est dit en 1855 qu’il forme « une copie de bastion ». Retranchement, grand redan nord et glacis ruinés vus du sud.Retranchement, grand redan nord et glacis ruinés vus du sud.

Ce saillant du front linéaire a d’ailleurs été modifié dans son tracé en plan lors des travaux de 1871-1875. Dans son état antérieur, ses contours formait une plate-forme de tête élargie de plan polygonal arrondie large de 25m, avec un angle plus aigu vers l’ouest, qui pouvait évoquer une lunette et devait ressembler à la plate-forme en pierre sèche du retranchement bas de la Croix Faron. Le plan actuel de cette plate-forme, à l’issue des reprises des années 1870, est assez différent, plus anguleux, en « queue d’aronde » (ou queue d’hironde), soit présentant vers l’ouest un front tenaillé, tout en restant assez irrégulier. Toute la moitié nord du retranchement, réputée la plus ancienne, puisque remontant sûrement à la période 1768-1793, est celle qui semble avoir été le plus retouchée en améliorant son tracé.

L’ensemble des escarpes est taillé dans le rocher assez correctement à la verticale, ou plutôt avec un fruit, sur une hauteur variant de 4 à 6m jusqu’au fond du fossé. Il s’agit bien, sur la quasi-totalité du retranchement (excepté au départ sud), d’un véritable fossé, aussi large, voire moins large que profond, avec une contrescarpe également taillée dans le rocher, logiquement moins haute que l’escarpe, couverte d’un amoncellement de déblais de pierres provenant du creusement prolongé en un éboulis sur les pentes pour former une sorte de glacis à pierres coulantes. Le mur linéraire proprement dit, de hauteur variable oscillant de 0,50m à 4m, est bâti strictement à l’aplomb de l’escarpe taillée, sur une élévation variable qui ne dépasse quasiment en aucun point le niveau du terrassement intérieur. Il semble que ce mur, dans l’état primitif assemblé à pierres sèches, ou dans l’état 1871-1875 remonté maçonné à la chaux, ou au moins noyé par coulage sur l’arase du blocage à joints vifs et jointoyé, comportait au moins un parapet garde-corps. Il n’y a donc pas -et il n’y a probablement jamais eu- d’ouverture de tir dans l’élévation murale de l’ensemble du retranchement. Retranchement, revêtements maçonnés de la partie sud, vus du nord.Retranchement, revêtements maçonnés de la partie sud, vus du nord.

Le magasin à poudres

Il s’agit d’un magasin à poudres mi-caverne, c'est-à-dire dont l’emplacement, comme le chemin d’accès couvert (défilé) ont été creusés en tranchée dans le sol rocheux du plateau afin que la totalité de l’élévation du magasin règne sous le niveau de ce sol. Il se différencie d’un magasin « en caverne » par le fait qu’il est bâti entre les parois d’une sorte de fossé taillé dans le roc et couvert d’une voûte en maçonnerie surmontée d’une banquette de remblai, et non creusé entièrement sous la roche (troglodytique). Son emplacement est deux fois plus large que le chemin couvert qui le dessert dans l’axe, et cet élargissement s’amorce une quinzaine de mètres en avant de la façade d’entrée du magasin, pour dégager devant cette façade une place facilitant la manœuvre des convois de livraison des poudres.

Ce magasin est du même type que celui du fort de la Croix-Faron, sensiblement contemporain, également mi-caverne (à cela près que ce dernier, articulé avec le passage d’entrée du fort, n’a pas de façade apparente). Il est toutefois plus grand et surtout plus développé en profondeur : sa salle de stockage mesurait en plan 20m x 6,50m, dans son état initial.

Cet état a été modifié en 1959 pour les besoins de l’aménagement en chapelle, par la suppression du mur de façade intérieure entre la salle de stockage et le sas d’entrée. Une voûte en berceau segmentaire d’un seul tenant couvre la totalité du volume du magasin.Magasin à poudres : salle de stockage devenue nef de la chapelle, vue de l'entrée.Magasin à poudres : salle de stockage devenue nef de la chapelle, vue de l'entrée. Les quatre murs d’enveloppe de la salle de stockage, soit les trois murs réservant autour d’elle le couloir d’isolement anti-explosion, et le mur de façade intérieur la séparant du sas, sont ou étaient construits à l’intérieur de ce volume, sous l’intrados de la voûte. De ce fait, le couloir d’isolement, dont les parois sont maçonnées et non laissées en roche brute de taille (à la différence du magasin de la Croix-Faron), est couvert dans ses branches latérales, par les départs du berceau d’ensemble. Dans l’état actuel des parois de la salle de stockage, devenue la nef et le chœur de la chapelle, on ne repère pas d’évents en chicane, mais dans le mur de fond subsistent deux baies d’origine ébrasées en trémie, des « créneaux à lampe », donnant sur le couloir d’isolement, masquées par l’adossement de la paroi-retable de la chapelle. La disparition du mur de façade intérieure qui séparait le sas d’entrée de la salle de stockage ne permet pas d’en préciser les dispositions, sans doute comparables à celles du magasin de la Croix-Faron (porte surmontée d’une fenêtre axée à double menuiserie). Les portes latérales du couloir d’isolement sont maintenues, formant une simple arcade étroite couverte en plein-cintre. L’ensemble, apparemment construit en blocage de petits moellons, est entièrement revêtu d’un enduit blanc couvrant.

La façade d’entrée monumentale du magasin, large d’une quinzaine de mètres pour une hauteur d’environ 8m, conserve de son état d’origine son parement caractéristique en appareil polygonal jointoyé au ciment (analogue à celui des ouvrages de l’Enveloppe du fort Faron achevés en 1877), couvert d’une tablette d’arase aux extrémités plongeantes. La fenêtre haute d’axe caractéristique (proportions horizontales, encadrement en pierre de taille à deux feuillures intérieure et extérieure, couvrement en arc segmentaire extradossé en escalier) est conservée, surmontée d’une pierre de taille en relief qui portait, ou aurait dû porter, le millésime gravé de la date de construction, actuellement invisible. On note la présence d’une gargouille monolithe demi-cylindrique à droite et à mi-hauteur de la façade. Magasin à poudres : tranchée d'accès et façade remaniée pour l'affectation à la chapelle.Magasin à poudres : tranchée d'accès et façade remaniée pour l'affectation à la chapelle.

La porte du magasin et le tiers inférieur de la façade ont été défoncés en 1959 pour former une sorte de portique ou porche dans-œuvre, occupant l’ancien sas décloisonné, avec architrave en béton armé portant le mur de façade en sous-œuvre, délestée de deux piliers en pierre de taille. La baie centrale entre les piliers s’ouvre dans l’axe de la nef (ancienne salle de stockage), mais elle est largement occupée par la table d’autel, les travées latérales moins larges, face aux portes du couloir d’isolement, étant les véritables portes d’accès de la chapelle.

L’édifice ne conserve aucun élément de second œuvre d’origine. Les nombreuses ferronneries : grilles fixe ou ouvrante du porche, de la fenêtre haute, du garde corps de la coursive aménagée sur la tablette, des portes des couloirs d’isolement, sont toutes de 1959. A droite de la façade est scellée une sculpture de fer fusionnant le symbole de la croix latine avec celui de l’ancre de marine, la chapelle étant plus spécialement dédiée à la mémoire des combattants de la Marine nationale. L’architrave porte en lettres en relief en ciment peint : « sanctuaire de Notre Dame du Faron ».

1Carte des rades et de la ville de Toulon & du Bruscq avec les environs. Vincennes SHD, Art. 8, (1 VH 1833), n° 34 2Vincennes SHD, Art. 8, (1 VH 1834), n° 22. 3 Carte de Toulon et de ses environs relative aux projets de 1791 (avec projet d’une série de lunettes d’Arçon en deux ailes ouest et est encadrant la place entre les extrémités du Faron et la côte) ; cette carte confond Pas de La Masque et Pas de Leydet. Vincennes SHD, Art. 8 (1 VH 1838) n° 18. La comparaison peut être faite également avec le plan topographique nivelé de l’ensemble de la place forte de Toulon pour le projet de 1841, figurant avec précision le mont Faron et la position de la redoute de Landré. Vincennes SHD, Art. 8, (1 VH 1858).4Vincennes SHD, Bibliothèque du Génie, Atlas n° 64, Toulon, par d’Aumale, 1775. 5« Carte des environs de Toulon sur celle de M. Boullement de la Chenaye pour le siège de Toulon en 1793 » imprimé, deb. XIXe s. (coll. les Amis du Vieux Toulon)6Vincennes SHD, Art. 8, (1 VH 1858), 2, projets pour 1841. 7« Plan topographique nivelé par courbes horizontales de la place de Toulon et de ses environs» 22 avril 1841, Vincennes SHD, Art. 8, (1 VH 1858). 8Vincennes SHD, 4VT 255 (1-2) 9Mémoire sur le projet de perfectionnement de la place de Toulon, et sur la répartition des fonds votés pour l’exécution de ce projet, Toulon , le 8 juin 1841, le Directeur des Fortifications E. Sicot ; Vincennes SHD, A8, (1 VH 1858), n° 304 10 Vincennes SHD, Art. 8, (1 VH 1861) mémoire sur les projets pour 1844 et feuille de dessin n° 9. 11Vincennes SHD, Art. 8, (1 VH 1878), n° 3 12Vincennes SHD, Art. 8, (1 VH 1880), Mémoire sur les projets pour 1874-1875. 13Vincennes SHD, génie, STG 193 ; renseignement Bernard Cros.14Pour la batterie de Beaumont, voir la monographie de la tour Beaumont. (IA83001477)
Dénominations ouvrage fortifié, poudrière
Aire d'étude et canton Var
Adresse Commune : Toulon
Lieu-dit : Mont Faron

Dans le cadre du projet général pour la défense de Toulon du directeur des fortifications de Provence Milet de Monville, en 1763-1766, est prévu un programme de fortification du Mont Faron. Un premier retranchement en pierre sèche est alors réalisé au Pas de Leydet, bientôt remanié en 1793 par les troupes anglaises occupant Toulon. Il est agrandi vers le sud, probablement en 1838, dans le contexte du programme de renouvellement des fortifications du Mont Faron lancé en 1836. En 1843-1845, la tour Beaumont est construite à l’'extrémité sud de ce retranchement. De nouveaux projets sont présentés par le chef du génie de Toulon, le lieutenant-colonel Boulangé, en 1874, comportant une nouvelle batterie, ouverte ou fermée, au Pas de Leydet. Ils aboutissent en 1875 à la construction de la batterie ouverte de la tour Beaumont, attenante au retranchement. A cette date est créé un nouveau tracé de la route militaire du Faron passant largement à l’'arrière du retranchement, et à la suite est établi un magasin à poudres mi-caverne desservi depuis la nouvelle route. La transformation du magasin à poudres en chapelle Notre-Dame du Faron, dédiée à la mémoire des morts pour la Libération de la France, fut financée grâce au mécénat de l'’industriel Louis-Valéry Roussel, maître d’'ouvrage et exploitant du téléphérique du Faron. L’'architecte toulonnais Pierre Pascalet, maître d’'oeuvre des gares du téléphérique du Faron et futur architecte du mémorial de la tour Beaumont, en fit le projet et la réalisa en 1958.

Période(s) Principale : 2e moitié 18e siècle
Principale : 19e siècle
Secondaire : 3e quart 20e siècle
Dates 1838, daté par source
1958, daté par source
Auteur(s) Auteur : Pascalet Pierre,
Pierre Pascalet (1915 - 2000)

Architecte toulonnais, auteur du Mémorial de la Tour Beaumont en 1964.


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architecte, attribution par source

La fin de la montée en lacets de la branche ouest de la « route du Faron », ancienne route militaire, longe à droite (au sud) la petite éminence rocheuse bien dégagée à 509 m d’'altitude que couronne la tour Beaumont. Le retranchement du Pas de Leydet commence au pied et au nord de la tour Beaumont et se développe vers le nord / nord-est, à une altitude à peu près constante, en épousant les sinuosités de l’'escarpement rocheux naturel, sur une longueur de plus de 350m à vol d'’oiseau. Après une avancée rocheuse qu’il occupe et qui forme l’angle nord-ouest de cette partie sommitale de la montagne, il se retourne à droite sur l'’escarpement nord, pour barrer, une vingtaine de mètres après ce retour d'’angle, le Pas de Leydet proprement dit. Le retranchement n’'est qu'’un front continu sans parapet avec revêtement en pierre sèche et en partie maçonné, et un fossé taillé dans le roc. Très irrégulier en plan, il forme de nombreux redans aléatoires, d'’une longueur développée de près de 400m, procurant quelques flancs, sans aucun véritable ouvrage saillant qui puisse être comparé à un bastion, y compris le grand saillant en isthme de l’'angle nord-ouest. La route du Faron (tracé de 1875) se continue à l’'Est / Nord-Est en direction de la caserne du Pas de Leydet et de la Croix-Faron, formant un tournant rentrant à gauche (nord) assez lâche. Au point où la route se retourne à nouveau vers l'est, à 300m environ de la batterie de Beaumont, un chemin couvert encaissé en caponnière dans le terrain, s’'embranche à gauche et part en ligne droite vers l'’ouest / nord-ouest sur environ 70m pour desservir le magasin à poudres. Ce dernier est du type dit « mi-caverne », soit bâti dans une tranchée taillée dans le plateau rocheux, avec une seul côté dégagé, formant la façade d’'entrée. Une voûte en berceau segmentaire longue de 20m abrite à la fois la salle de stockage et son couloir d'’isolement. Le côté de l’'entrée a été décloisonné en 1958-1959 pour ouvrir la salle transformée en nef du sanctuaire, et la façade a été ajourée pour créer un porche ou portique.

Murs calcaire pierre sèche
calcaire moellon enduit
Étages 1 vaisseau
Couvrements voûte en berceau segmentaire
Couvertures
Statut de la propriété propriété publique

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives du Génie de Toulon. Service Historique de la Défense, Vincennes : Série 1 V, Art. 8, section 1.

Documents figurés
  • Carte des environs de Toulon sur celle de M. Boullement de la Chenaye pour le siège de Toulon en 1793. / Dessin imprimé, début 19e siècle. Archives de la Société des Amis du Vieux Toulon.

  • Plan topographique nivelé par courbes horizontales de la place de Toulon et de ses environs. / Dessin, 22 avril 1841. Service Historique de la Défense, Vincennes : Art. 8 (1 VH 1858).

  • Retranchement du Pas de Leydet [plan topographique]. / Dessin, plume, encre et lavis, 1844. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 V

Bibliographie
  • FRIJNS, M., MALCHAIR, L., MOULINS, J.-J., PUELINCKX, J. Index de la fortification française, Métropole et Outre-mer, 1874-1914. Welkenraedt : 2008.

    p. 391.
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