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ouvrage fortifié dit crémaillère du Faron

Dossier IA83001472 réalisé en 2009

Fiche

Intérêt stratégique et chronologie des travaux

Un plan de la place de Toulon en 1762 1, dressé sous l’autorité du directeur des fortifications de Provence Nicolas Milet de Monville, ne montre encore aucun ouvrage fortifié sur le Mont Faron, excepté un retranchement en pierre sèche plutôt accroché au bas de l’escarpement ouest que bâti dessus, destiné à barrer la vallée du Las.

Le projet général pour la défense de Toulon, mis au point par Milet de Monville en 1763-1764 sous le contrôle du Lieutenant-Général Pierre-Joseph de Bourcet, ingénieur en chef des fortifications du Dauphiné, est à l’origine d’un système de défense du front est du Mont Faron appuyé sur deux redoutes, l’une au sud-est , le futur fort Faron, l’autre au nord-est, à La Croix-Faron, point haut du secteur. Une troisième redoute est projetée dès 1762 plus bas et un peu plus à l’ouest sur le versant sud de la montagne, « sur le plateau de la Gipière qui domine le fort d’Artigues », pour contrôler le vallon ou gorge qui se prête le mieux à l’aménagement d’un chemin.

Le mémoire descriptif de l’atlas de la place forte de Toulon établi en 1775, par Charles-François-Marie d’Aumale, directeur des fortifications de Basse Provence, donne l’opinion en vigueur à l’époque sur les faiblesses stratégique du front est de la montagne et sur la pertinence du système défensif récemment mis en place, dont l’exécution est alors, et pour longtemps, inachevée : « …la quatrième partie de la montagne à l’est dont la pente moins roide offriroit un accès plus facile, est occupée par le fort de Faron assis sur un plateau à peu près à mi-côte ; ses feux dirigés sur la seule avenue praticable rendent encore cette partie de la montagne inaccessible : cette avenue est d’ailleurs prise de revers par le poste de La Croix-Faron, et les escarpements projetés en avant du fort sur sa gauche achèvent d’en rendre l’abord absolument impossible »2

Simultanément, des retranchements en pierre sèche sont prévus ou réalisés en divers points du front nord de la montagne pour améliorer les escarpements naturels ou barrer les « Pas » (passes en haut de vallons escarpés) qui en interrompent la continuité, mais ce système de défense passive n’est pas jugé utile en présence d’ouvrages de défense active capables de croiser leurs feux.

Malgré le caractère inabouti des redoutes, auxquelles s’est ajoutée en 1765 une caserne retranchée à proximité nord du fort Faron inachevé, aucune amélioration du système défensif du Mont Faron n’est réalisée après l’occupation anglaise de 1793, qui avait donné lieu à des retouches aux ouvrages en pierre sèche de la Croix-Faron et aux escarpements ou retranchements du front nord. Il faut attendre 1836 pour voir formuler un projet de renouvellement complet des fortifications.

Les projets inaboutis de retranchement à l’est du Faron, 1838-1843

L’avis du Comité des fortifications daté du 13 décembre 1838 prévoit une provision de 160.000 francs pour la construction d’un retranchement à l’est de la montagne du Faron, depuis la Croix-Faron jusqu’aux escarpements qui se rattachent à la batterie de la Gypière, en passant par le fort Faron ; ces ouvrages sont alors classés parmi les premiers à exécuter, leur réalisation étant à l’ordre du jour pour 1841. Il s’agit de tracer un dispositif d’arrêt sur le versant du Faron, qui est jugé trop facilement accessible depuis La Valette. Les travaux font partie de l’ensemble approuvé par la loi du 25 juin 1841.

Les projets du retranchement, comme ceux du fort Faron, à partir de 1839, sont rédigés et dessinés sous la direction le chef du génie A. Louis, dans un premier temps par le capitaine Fabre, puis par le capitaine Faissolle et par le capitaine Long, associé ponctuellement au capitaine de Vaufleury (pour le retranchement, notamment). Ils sont contresignés par les directeurs des fortifications Auguste Dupau, puis Sicot. Le premier de ces deux directeurs des fortifications doute de leur utilité, car il considère, comme d’Aumale en 1775, que les approches possibles de l’ennemi depuis la Valette sont assez bien couvertes par les ouvrages existants ou commencés (Fort du Faron et sa lunette 6, tour de la Croix-Faron).

Il admet que ce retranchement, un mur fossoyé qui « n’a pas besoin d’un grand relief », n’a d’autre utilité que de faire obstacle au passage et « donnera plus de sécurité à la caserne retranchée qui n’a que de très faibles escarpes, de même qu’aux communications en arrière». Le plan rentrant (tenaillé) de la branche gauche (nord) projetée est jugé favorable à la défense. L’épaisseur prévue pour le mur est de 0,60m à 1m avec deux petits corps de garde défensifs prévus sur deux angles du mur un rentrant, un saillant. Cette branche gauche doit se raccorder au front nord du fort Faron en traversant son fossé et en joignant la courtine nord. A son autre extrémité, il est prévu jusqu’en 1841 de la raccorder au mur sud de l’ancien retranchement inférieur en pierres sèches de La Croix-Faron, en contrebas de la tour en construction.

La branche droite du retranchement, du fort Faron à la Gypière, doit se greffer au glacis et au fossé du fort Faron à l’emplacement d’un des deux fossés perpendiculaires en coupure qui avaient été créés en 1768-1770 pour ébaucher une lunette sud jamais achevée. Cette branche du retranchement a une forme de front bastionné parce qu’elle n’est pas protégée par le fort Faron, l’un des deux bastions (i) pouvant être par contre flanqué par la lunette principale (6) du fort.

Les plans de projet de 1839 et de 1840 sont identiques. Celui pour 1841, dessiné par le capitaine de Vaufleury, diffère par divers détails : le mur de la branche gauche, en partant du fort Faron au droit de la contrescarpe du fossé, a un premier retour d’angle rentrant qui forme à la fois un redan flanquant la face gauche de la lunette Est du fort Faron.

Il ne doit s’agir, en 1841, que de préparer l’emplacement (fouilles, etc) sans construire.

La réalisation de la batterie de la Gypière, en forme de lunette, est programmée avec celle du retranchement. Les déblais et escarpements de cette batterie sont prévus pour 1841.

Dans un mémoire de juin 1841, le directeur des fortifications E Sicot 3 conteste de nouveau, de façon très affirmée, l’utilité du retranchement :

« Ligne du Nord, sur le Faron : Le projet de 1836 et l’avis du comité en 1838 admettent une dépense de 610.000 francs pour les travaux de défense à ajouter à la caserne retranchée et au fort Faron pour empêcher l’ennemi de s’établir sur une montagne élevée de cinq à six cent mètres au-dessus de la plaine et dont les plateaux accessibles sont à 2500 m de la place, où, à l’exception de la partie Est entre le fort Faron et la tour commencée à la Croix-Faron, on ne peut arriver avec des mulets, et où on ne trouve pas d’eau, où la retraite serait impossible à un ennemi (…) Pourquoi faire un retranchement continu entre la Croix-Faron et le fort Faron dont l’intervalle de 600m est parfaitement vu par les deux ouvrages, et pourquoi faire un retranchement continu entre le fort Faron et la Gypière, surtout si cette dernière position est solidement occupée comme nous l’avons proposé d’accord avec le chef du génie ? Pourquoi enfin fermer hermétiquement les Pas de Leidet et de La Masque (sentiers qui d’ailleurs doivent rester libres à leur ordinaire pour les bergers et les troupeaux de chèvres qui exploitent la montagne) puisqu’ils seront défendus par deux tours solides, et pourquoi augmenter encore des escarpements qui ne peuvent être franchis en quelques points que par des hommes habiles aux exercices gymnastiques, lesquels n’arriveraient sur les plateaux que pour être rejetés à coups de bayonettes ou pour etre soumis aux feux croisés des tours ?.. »

En conclusion, le directeur demande l’ajournement de la dépense prévue pour le retranchement, l’effort financier devant porter sur l’achèvement de la tour de la Croix-Faron : (60.000 f) et de la route militaire du Faron (40.000 fr).

En 1842 4, au chapitre des travaux extraordinaires, un projet d’achèvement de l’amorce de lunette sud du fort de 1770, en forme d’ouvrage à cornes, ne tient pas compte du projet de la branche droite du retranchement, mais propose un simple mur sommaire, beaucoup moins étendu que le retranchement bastionné projeté auparavant. Quand à la branche gauche du retranchement, elle n’est plus proposée en 1842, mais revient brièvement sur les plans dessinés par le chef du génie Dautheville le 31 mai 1843, exprimant l’état des projets de l’année, avant d’être ajournée à long terme sans examen par le Comité des Fortifications, comme non prioritaire au sein des projets en cours de réalisation. Le lieutenant-général Daullé, dans son rapport d’inspection de 1844, considérait que ce retranchement pourrait être avantageusement remplacé par de petits corps de garde défensifs. De plus, ces suppléments de défense du Faron pourraient n’être conçus que comme un ouvrage de campagne et, selon l’avis du Comité, n’étaient pas arrivés à leur ordre d’urgence, ce qui justifiait l’ajournement de leur étude 5.

Sur le dernier dessin dû à Dautheville, le tracé de la branche gauche, seule proposée, n’est plus tenaillé rentrant mais préfigure plus nettement celui qu’adoptera la future « Crémaillère », variante modernisée du « retranchement » projetée plus de vingt ans plus tard, et achevée seulement en 1877. Leur tracé respectif en plan est semblable dans le quart inférieur (sud) du développement partant du fort Faron, y compris le flanc droit du tracé, conçu en 1843 pour flanquer la face gauche de la lunette de ce fort, qui est alors à peu près inchangée depuis 1770. Sur le projet de 1843, le retranchement forme ensuite deux autres redans sortants peu saillants en retour d’angle obtus, procurant un flanquement vers le sud, avant de se raccorder à une petite enceinte projetée au pied de la tour de la Croix-Faron, plus haut et plus à l’ouest que dans les précédents projets.

La Crémaillère du Faron, 1868-1877

La « Crémaillère » projetée en 1864 ne guère diffère du dessin de 1843, au moins en plan, que par le fait qu’après le premier quart inchangé partant du fort Faron, elle ne comporte plus deux mais trois redans, non plus sortants mais rentrants, et en retour d’angle droit, donc procurant un flanquement du fossé vers le nord et vers le haut. Les trois redans à angle droit et à intervalle régulier justifient l’appellation imagée de « Crémaillère », employée par la suite. Au-delà de cette question de tracé et d’appellation, le projet de 1864-1868 est d’une conception plus moderne et plus élaborée en élévation, et surtout il ne s’agit plus seulement d’un barrage passif, mais aussi d’une batterie d’artillerie étagée complétant celles des deux forts : le principe du mur fossoyé a cédé place à un ouvrage terrassé entièrement défilé (revêtements d’escarpe non rehaussés en parapet, et masqués au vues de l’Est par la contrescarpe) avec casemates de flanquement souterraines intégrées dans les redans, et batterie d’artillerie à barbette formant une série de banquettes morcelées en plusieurs sections élevées en cavalier sur les faces et les flancs (retours d’angle ou redans) du terrassement.

Ce retranchement au plan en crémaillère est intimement lié dans sa construction et sa conception défensive au dehors d’artillerie conçu et réalisé simultanément en couvre-face des fronts est et nord du fort Faron, dit « Enveloppe » du fort. Les deux ouvrages, porteurs de batteries, se flanquent réciproquement : le flanc gauche du couvre-face flanque l’alignement de la Crémaillère, qui elle-même comporte un flanc droit prenant en enfilade la face gauche ou front est du couvre-face ; de plus, le fossé de l’une se branche dans le fossé de l’autre.

Par ailleurs, si la tour de la Croix-Faron est transformée en un fort important entre 1870 et 1875, sur un projet de 1868, ce nouveau fort est seulement le point d’aboutissement de la Crémaillère, sans l’imbrication défensive qui lie la Crémaillère à l’Enveloppe du fort Faron.

En 1870, les travaux de ce qui est encore qualifié de « retranchement entre le fort Faron et la Croix-Faron » sont commencés ; un budget de 80.000 francs est imputé pour les terminer sur l’exercice 1870-1871, en parallèle à ceux de « l’ouvrage pour couvrir à l’Est le fort Faron »6. Le plan du projet est conforme pour l’essentiel à l’état réalisé, achevé seulement en 1877, qui comporte toutefois davantage de souterrains casematés, et des banquettes d’artillerie plus complexes.

D’après la légende récapitulative d’un plan d’ensemble (Crémaillère et deux forts) établi vers 1900, le coût total de la construction de la Crémaillère à la fin effective des travaux, se serait élevé à 418.643 francs 7. Cette somme, toutefois, pourrait inclure au moins en partie les travaux de l’Enveloppe du fort Faron 8.

En 1881, un magasin à poudres en caverne a été ajouté au dispositif général de la Crémaillère, nettement en arrière de la batterie, au-dessus de la caserne retranchée de 1765-1768 9.

D’après un rapport de la délégation des comités techniques de l’artillerie et du génie, établi par les généraux de division de La Hitte et Gillon, daté du 13 novembre 1891, la Crémaillère était alors armée de douze pièces en tout, six canons de 160 mm, et, dans la partie supérieure, de deux canons de 138mm et deux autres de 155mm long, à quoi il faut ajouter deux mortiers de 22 cm.10

En 1898, après la réorganisation des parapets de 1893 qui coûta 2246 francs, quelques changements avaient été apportés à l’armement des batteries de la Crémaillère (d’elles seules ou celle de l’Enveloppe incluse ?), porté à treize pièces : trois canons de 155mm, quatre de 160mm, quatre de 95mm, et six mortiers de 22 cm Renseignement Bernard Cros. 11.

Depuis son déclassement comme ouvrage de défense, après la première guerre mondiale, la Crémaillère, désarmée, est laissée à l’abandon, sort réservé aux ouvrages ouverts à la gorge faute de reconversion possible. Si les banquettes de terre sont fortement dégradées et déformées, l’ensemble, libre d’accès hors casemates et magasin, tous fermés, n’en reste pas moins assez bien conservé.

Analyse architecturale

Site et implantation générale

Le retranchement fossoyé d’axe nord-sud dit « Crémaillère du Faron », gravit perpendiculairement la pente régulière du versant sud du mont Faron entre la contrescarpe du fossé du fort Faron, à la cote d’altitude 394m, et celle du fort de la Croix-Faron, à la cote d’altitude 542m. Sur une distance totale de presque 600m, le dénivelé de quelques 150m est compensé sur un peu plus des deux tiers nord (gauche) du développement du retranchement, le tiers sud (droit), attenant au fort Faron, au bénéfice du large replat aménagé qu’occupe ce fort, étant nivelé à l’horizontale. Le fossé de cette partie sud de la Crémaillère est creusé sensiblement plus profond (cote d’altitude 381m) que celui du fort lui-même (cote d’altitude 389m) dans lequel il se branche. En revanche, à son débouché supérieur nord, le fossé de la Crémaillère est de plain-pied avec le fond du fossé du fort de la Croix-Faron, à la cote 535m. La caserne retranchée du Faron, annexe historique du fort Faron et bâtie avant lui, est distante de moins de 80m de la Crémaillère.

La route actuelle du Mont Faron reprend à peu près le tracé du chemin, puis route militaire amorcé vers 1766, achevée dans les années 1840, et améliorée après 1872, montant du sud par le vallon de la Gypière après avoir desservi les ouvrages de l’aile est de la défense terrestre de Toulon au pied de la montagne (forts de Sainte Catherine et d’Artigue). Cette route aboutit, au débouché haut du vallon, à la caserne retranchée du Faron, d’où elle dessert par une branche divergente à droite le fort Faron, avant d’amorcer une montée raide, par une série de lacets, jusqu’au plateau de la Croix-Faron, chaque lacet permettant la desserte au passage des éléments de la batterie de la Crémaillère avec leurs aménagements, magasins et casemates. Cette route oblique ensuite vers l’ouest, traversant le plateau dans toute sa longueur, pour rejoindre le secteur ouest de la défense du Mont-Faron, dont les ouvrages (Tour Beaumont, tour de l’Hubac, Fort du Grand Saint-Antoine) sont échelonnés dans la descente du nord-est au sud-ouest. Vers le milieu du plateau, la route passe en contrebas d’un des points hauts du Mont Faron, la « hauteur Lebat » (546m) où s’élève la caserne défensive du Pas de La Masque.

Plan, distribution spatiale, circulations et issues

La fonction de retranchement et de barrage a déterminé la forme de l’ouvrage dit « Crémaillère », qui est avant tout un long front fossoyé continu reliant deux forts sans ménager de passage. Cependant, la Crémaillère est aussi un ouvrage d’artillerie échelonné et morcelé du type batterie ouverte à la gorge, pour le tir à barbette. Le fossé, large de 8m en moyenne, taillé dans le roc mais revêtu de maçonnerie à l’escarpe et à la contrescarpe dans la partie médiane de l’ouvrage, a une profondeur moyenne de 6m, prise du fond à l’arase du revêtement d’escarpe ; cette hauteur varie dans la partie rampante de la Crémaillère.

Chacun des forts, Faron et Croix-Faron, a son propre fossé qui communique avec celui du retranchement intermédiaire, et chacun forme une importante saillie sur le front de ce retranchement, permettant des tirs de flanquement réciproques, capables de battre l’enfilade de ce front. Vue générale du fort Faron vers la Croix-Faron, au premier plan, fossé commun à l'Enveloppe du fort Faron.Vue générale du fort Faron vers la Croix-Faron, au premier plan, fossé commun à l'Enveloppe du fort Faron.

Le développement de la Crémaillère comporte dans son premier tiers, partant du fossé du fort Faron, un segment nivelé à l’horizontale, sorte de courtine d’axe nord-sud non revêtue qui se termine sur un flanc droit en retour d’angle rentrant obtus. Cette partie n’a pas reçu de revêtement, et le roc apparait brut de taille à l’escarpe et à la contrescarpe, ce qui contraste fortement avec le revêtement de l’ « Enveloppe » couvre-face du fort Faron, qui borde le départ du fossé de la Crémaillère, côté contrescarpe. Le flanc droit fait transition avec le second segment de la Crémaillère, rampant, d’axe nord-nord-est/sud-sud-ouest, qui forme à intervalles réguliers trois redans en dents de scie (ou en crémaillère), qui sont autant de flancs gauche. Après le troisième redan ou flanc gauche, la pente montante s’accentue fortement dans dernier tronçon du retranchement, jusqu’au fossé du fort de la Croix-Faron.

Dans cette dernière partie, le fossé perd en profondeur, et il n’est à nouveau plus revêtu, même côté escarpe ; les irrégularités du haut de la contrescarpe sont compensées par un surhaussement artificiel en pierre sèche. Contrescarpe du fossé rampant avec revêtement en pierre sèche, partie supérieure nord.Contrescarpe du fossé rampant avec revêtement en pierre sèche, partie supérieure nord.

Si l’on considère en plan de façon distincte l’ensemble –nivelé à l’horizontale- que forment le premier segment ou tiers droit (sud) de ce retranchement et la partie retranchée (fossoyée) de l’ « Enveloppe » nord-est du fort Faron, on constate que cet ensemble, jusqu’au premier redan ou flanc gauche de la Crémaillère, dessine une sorte de vaste front bastionné à deux demi-bastions à peine asymétriques. L’Enveloppe du fort joue le rôle du demi-bastion de droite, avec flanc et face gauche, le demi-bastion de gauche étant constitué par le flanc droit de la Crémaillère, suivi du premier tronçon montant tenant lieu de face droite, et du premier flanc gauche terminant cette face.

Le seul « dehors » de l’ensemble du dispositif est une banquette couvre-face en tenaille (ruinée) implantée hors du fossé de la courtine intermédiaire et joignant la contrescarpe du fossé du flanc gauche de l’ « Enveloppe ».

La limite entre la Crémaillère et l’Enveloppe du fort Faron est assez difficile à fixer, tant ces deux ouvrages se recoupent. A priori, une haute banquette d’artillerie en forme de cavalier qui participe du couvre-face du front nord du fort et prolonge le front nord de l’Enveloppe, fait partie de cette Enveloppe, d’autant qu’elle est desservie par le même chemin de ronde circulant entre la gorge de l’Enveloppe et le fossé du fort. Toutefois, cette banquette est séparée de la partie retranchée de ladite Enveloppe par la jonction du fossé de la Crémaillère à celui du fort proprement dit, en sorte qu’elle se trouve derrière le retranchement de la Crémaillère. A ce titre, elle est considérée, dans les légendes de plans postérieurs à l’achèvement des ouvrages, comme faisant partie de la batterie morcelée de la Crémaillère 12.

L’organisation générale de la Crémaillère comporte deux niveaux défensifs : le premier est celui du retranchement fossoyé à trois flancs gauche actifs casematés assurant à la fois les abris des hommes et la défense du fossé (défense rapprochée contre un ennemi y ayant pris pied). Le second niveau défensif de l’ouvrage est celui de la batterie ouverte échelonnée sur la pente, assurant des tirs à longue portée vers l’est (tendus ou paraboliques), et, plus ponctuellement, des tirs de flanquement de moindre portée.

La forte pente du terrain, inégale sur le développement linéaire de l’ouvrage, a peu d’incidence sur l’économie du retranchement fossoyé, conçu selon un plan régulier. L’incidence sur la batterie est en revanche déterminante, puisqu’elle impose le morcellement des sections d’artillerie en paliers ou étages successifs.

L’ensemble de l’ouvrage est desservi à la gorge par les lacets quelque peu irréguliers de la route militaire, ce qui a conditionné le nombre et l’espacement des trois flancs gauche du retranchement, et l’implantation des différents étages de la batterie. Les coudes des lacets desservent au passage la gorge des banquettes d’artillerie étagées, dans laquelle sont ménagées les portes des différents magasins souterrains casematés, et celles des trois casemates actives des flancs gauche du retranchement. Ces portes sont de largeur variable : celles des casemates actives sont de gabarit charretier, celles des magasins plus petites, piétonnes, et classiquement ménagées dans un mur de soutènement niché dans la terrasse, avec murs latéraux en retour légèrement divergents revêtant les profils de terre.

Tous les magasins de la Crémaillère – il y en a sept - se limitent à une petite casemate aveugle, allongée, voûtée en berceau. A la différence des casemates de flanc, ils ne sont pas logeables, même s’ils peuvent servir d’abris occasionnels.

La pente et le morcellement font qu’il n’y a pas de chemin de ronde continu sur le dessus du revêtement d’escarpe, qui est terminé par une tablette au ras des terrasses et ne comporte aucun parapet d’infanterie.

De droite à gauche, soit en partant du fort Faron, la batterie de la Crémaillère commence par la haute banquette à glacis en forme de cavalier déjà mentionnée qui prolonge le front nord de l’Enveloppe couvre-face du fort Faron. Cette banquette, aujourd’hui dégradée, accessible par une rampe de terre partant du chemin d’accès au fort, avait un parapet à deux pans, celui face au nord-est permettant des tirs de flanquement vers l’assiette du fort de la Croix-Faron ; un petit abri casematé souterrain à usage de magasin de chargement (n° 3 sur les plans, faisant suite aux deux premiers magasins de l’Enveloppe du fort) est ménagé sous son pan droit qui fait face à l’Est.

Ensuite, sur l’escarpe non revêtue nivelée à l’horizontale, est aménagée une banquette basse et allongée dont le parapet adopte un tracé brisé, accessible par une rampe venant aussi du sud-ouest, mais aboutissant au nord sur la route, au début des lacets.

La pente montante de la Crémaillère, et la partie revêtue de son escarpe, commencent à partir du flanc droit en retour d’angle obtus de l’escarpe du retranchement. Ce flanc n’a aucune casemate souterraine active, mais porte une banquette haute adaptée à deux pièces dont une assurait les tirs de flanquement vers le sud-est en enfilade du front est de l’Enveloppe du fort Faron. Sous cette banquette à haut talus en terre sont creusés deux magasins, le premier (n°4) de chargement, porte face à l’ouest, le second (n°5) d’armement, porte face au nord. Ce sous-ensemble de la batterie est desservi à la gorge par le tournant du premier lacet, qui enveloppe la caserne retranchée du Faron.

Le tronçon du retranchement qui part du flanc droit qui vient d’être évoqué, se referme au nord sur le premier flanc gauche casematé du tracé « en crémaillère ». Une branche à droite du second lacet de la route aboutit à l’aire entièrement défilée derrière le terrassement de ce flanc, qui dessert à droite la porte d’un magasin de chargement (n°6) et plus à gauche celle de la première casemate active de flanc. Cette porte donne dans l’axe sur un couloir voûté en berceau surbaissé en légère pente descendante, qui passe sous la banquette d’artillerie du flanc ; ce couloir long d’une vingtaine de mètres débouche dans la casemate, bipartite, couverte de deux voûtes en berceau surbaissé avec mur de refend intermédiaire largement ouvert 13. Ces deux voûtes, perpendiculaires au flanc, débouchent dans son revêtement sous forme de deux grandes fenêtres barreaudées avec appui en talus. Au pied de l’allège de chacune de ces fenêtres, est percé au sol un créneau de pied, variante du mâchicoulis sur arcade, destiné au jet vertical de projectiles explosifs ou incendiaires type grenade ; ce créneau débouche dans la voûte d’une arcade aveugle sous laquelle le revêtement est profilé en talus. Premier flanc, vue plongeante sur façade revêtue du flanc actif, avec fenêtres défensives et créneaux de pied.Premier flanc, vue plongeante sur façade revêtue du flanc actif, avec fenêtres défensives et créneaux de pied.

Au pied de ce dispositif, le fossé est surcreusé d’un « fossé diamant » profond de 5m, destiné à recevoir les éventuels matériaux tombés à la suite d’un impact balistique sur le flanc, sans que ces décombres ne viennent à trop encombrer le fossé et, par-là, à faciliter la pénétration ennemie dans la casemate. On note que le mur de flanc seul est à peu près arasé à l’horizontale, avec raccord rampant près de l’angle saillant, formant une façade animée des arcades des fenêtres et des créneaux de pied, tandis que le revêtement aveugle des faces attenantes offre une arase rampante. Relativement spacieuses (environ 8m X 6m) les casemates de flanquement sont actives du fait que chacune défend un segment du fossé de la Crémaillère, par un tir possible de fusillade dans les fenêtres, et par le jet de grenade dans les créneaux de pied, mais elles sont aussi en capacité de loger des hommes en période de guerre.

Les dispositions qui viennent d’être décrites sont reproduites à l’identique pour les trois casemates actives de flanc. Le coude proprement dit du lacet de la route dessert directement la banquette d’artillerie construite sur l’angle rentrant du premier flanc, par l’intermédiaire d’une petite place d’armes que dégagent deux murs de profil coupant dans la masse des terres de la banquette.

Le lacet suivant de la route, de la même manière, a son coude nord au niveau du second flanc actif dont il dessert la banquette d’artillerie, tandis d’une branche de chemin secondaire part en aval à droite de ce coude pour desservir les entrées respectives et jointives d’une part d’un magasin de chargement (n°7), d’autre part de la casemate active du flanc. Le magasin a conservé le conduit aérien d’une cheminée de ventilation, au-dessus de la façade d’entrée et de la porte. Cette façade n’est séparée de la porte du couloir de la casemate, en retrait de quelques cinq mètres mais regardant comme elle vers l’ouest, que par un escalier maçonné à volée droite montant à une banquette de batterie. Cette courte banquette (aujourd’hui informe), en retrait à l’arrière de l’angle du second flanc, sectionnée en trois niveaux en paliers dans le sens de la pente, était précédée sur l’angle même du flanc par une autre petite banquette dominée par son glacis de parapet de 3m à 11m ; cette petite banquette surplombant la casemate de flanc avait son chemin d’accès partant de l’aire d’entrée du magasin (n°7) et de la casemate. De ce même point, partait un chemin en lacet descendant jusqu’à la place d’armes du premier flanc, à l’abri d’un petit couvre-face parallèle à l’escarpe du retranchement entre deux flancs. Magasin de chargement n°7, mitoyen de l'accès à la porte de la casemate active du 2eme flanc, vue nord.Magasin de chargement n°7, mitoyen de l'accès à la porte de la casemate active du 2eme flanc, vue nord.

Une disposition analogue se reproduit au lacet suivant de la route : accès à la banquette d’artillerie par le coude du lacet, précédé par une branche de chemin divergeant à droite, qui dessert en contrebas la porte du couloir souterrain d’accès à la casemate active du troisième flanc (sans, cette fois, desservir en plus un magasin, ce dernier étant reporté plus haut). De ce point, le chemin divergeant se continue en lacet pour descendre, à l’abri d’un petit couvre-face parallèle à l’escarpe, jusqu’au précédent coude de la route qui dessert la banquette haute du second flanc ; le dernier segment de ce chemin forme une rampe revêtue. La banquette d’artillerie du troisième flanc était plus étroite que celle du second, avec dans l’angle saillant du flanc un emplacement de tir triangulaire dont le parapet est soutenu d’un muret vers l’intérieur. Un autre emplacement de tir, un peu en arrière et au-dessus, est aussi bordé d’un muret sur deux côtés, dans lequel sont ménagées deux niches à munitions.

Du point étranglé par lequel le coude de la route communique à cette banquette du troisième flanc, partent latéralement deux rampes divergentes revêtues, l’une, à droite, descendant vers l’entrée du couloir de la casemate active, en passant au dessus de l’arase rampante du mur de profil qui borde à gauche l’accès à cette porte. L’autre rampe monte à gauche pour desservir, après un petit coude à droite, un magasin de chargement (n° 8) niché sous les terrasses plus haut et plus à gauche que la banquette du troisième flanc, et en partie sous une dernière banquette plus sommaire qui correspond au coude du lacet suivant de la route. Cette dernière banquette comporte une petite place d’armes en prolongement du coude de la route, avec parapet couvrant soutenu par un mur de terrassement, dominé par un emplacement de tir. De là, indépendamment de la route, part à gauche un escalier prolongé par un chemin en lacets très raide (la pente du terrain s’accusant dans cette partie) qui dessert à proximité immédiate de l’angle sud-ouest la contrescarpe du fossé du fort de la Croix-Faron, un dernier magasin de chargement, qui était niché sous une banquette montée sur le point de raccord du fossé de la Crémaillère dans celui du fort.

Vue plongeante générale de la Croix-Faron vers le fort Faron, au premier plan, banquettes du 3eme flanc.Vue plongeante générale de la Croix-Faron vers le fort Faron, au premier plan, banquettes du 3eme flanc.

Structure et mise en œuvre

La mise en œuvre des parements des revêtements d’escarpe et contrescarpe est un opus incertum ou appareil polygonal. Les moellons employés, relativement calibrés, sont tous polygonaux et donc posés sans aucun réglage d’assise. Certaines parties du revêtement ou chemisage de contrescarpe intègrent des débords de rocher ou comportent un arc de décharge limitant la quantité de maçonnerie employée, un simple parement maigre d’habillage, moins solide, étant monté sous l’arc (où il est aujourd’hui tombé). Les arases ne sont pas garnies d’une tablette de pierre dure, à la différence de celles des revêtements d’escarpe de l’ « Enveloppe » du fort Faron, mais d’une sorte de couronnement rustique fait de moellons posés de chant. Contrescarpe du fossé, détail de revêtement maçonné avec arc de décharge.Contrescarpe du fossé, détail de revêtement maçonné avec arc de décharge.

Les trois flancs gauche de la Crémaillère forment, on l’a vu, de véritables façades à deux niveaux d’arcades, mais ces façades n’emploient aucune pierre de taille en appoint du parement ordinaire en appareil polygonal : les quatre arcs surbaissés (deux pour les fenêtres, deux pour les créneaux de pied) sont simplement clavés en moellons équarris de longueur variable, sans extradossement. Les pierres d’encoignure des jambages sont aussi équarries pour procurer des assises horizontales, et font raccord avec l’appareil polygonal.

L’appui des grandes fenêtres est parementé de larges moellons formant dalles rustiques sur la partie profilée en talus. Ces grandes fenêtres sont garnies d’une grille en fer simple et fixe (barreaux cylindriques passant dans des traverses en fer plat) aux barreaux assez serrés.Les murs de façade d’entrée des casemates de flanc et des magasins, ainsi que les murs des profil des banquettes en retour de ces façades, sont mis en œuvre différemment, en moellons équarris d’assez petit gabarit, disposés en lits horizontaux à joints gras, avec une assez faible variation de hauteur d’assises. L’apparence est celle d’un appareil rustique moyen à petit, la face vue des moellons étant plutôt dégrossie au pic que dressée. Ce parement s’apparente à celui employé dans les revêtements et façades du fort de la Croix-Faron. Ce parement caractéristique se retrouve à l’intérieur des magasins casematées, des casemates de flancs et de leur couloir d’accès, tant parois que voûtes.

Dans les façades d’entrée, les portes des couloirs d’accès aux casemates de flancs ont un encadrement en pierre de taille lisse, avec jambages en harpe et arc segmentaire extradossé en escalier. Leurs portes de fer ou grilles ouvrante formant vantaux ouvraient vers l’extérieur (disparues, sauf celle du premier flanc, qui parait refaite, gonds en place). Les portes piétonnes des magasins sont différentes, leur encadrement en pierre de taille formant un chambranle, et accueillant un vantail ouvrant vers l’intérieur. Un évent en courte fente est ménagé dans le parement de part et d’autre de cet encadrement des portes, pour que les magasins ne soient pas entièrement aveugles. Les portes métalliques en place ne semblent pas d’origine.

Toutes les arases de ces murs d’entrée coupant dans les terrasses des batteries sont couronnées d’une tablette de pierre de taille dure.

Les murs de soutènement maçonnés des différentes rampes de liaison sont en appareil polygonal, sans tablette, de même que certains murets bordant les emplacements de tir.

La pierre sèche, enfin, est employée en blocage pour revêtir certains talus trop raides des batteries, de leurs rampes notamment, et une partie de la contrescarpe vers le haut bout du fossé. D’autres talus sont traités en pierre sèches coulantes.

Les profils de terre des parapets sont tous très dégradés et déformés. Façade d'entrée et porte (murée) du couloir souterrain d'accès à la casemate active du troisième flanc.Façade d'entrée et porte (murée) du couloir souterrain d'accès à la casemate active du troisième flanc.

1Carte des rades et de la ville de Toulon & du Bruscq avec les environs. Vincennes SHD, Art. 8, (1 VH 1833), n° 34 2Vincennes SHD, Bibliothèque du Génie, Atlas n° 64, Toulon, par d’Aumale, 1775. 3Mémoire sur le projet de perfectionnement de la place de Toulon, et sur la répartition des fonds votés pour l’exécution de ce projet, Toulon , le 8 juin 1841, le Directeur des Fortifications E. Sicot ; Vincennes SHD, A8, (1 VH 1858), n° 304 4Vincennes SHD, Art. 8, ( 1 VH 1859) 5Vincennes SHD, A8, (1 VH 1862), Mémoire sur les projets de 1845 6Vincennes SHD, Art. 8, (1 VH 1878), n° 7 7Toulon, Direction des travaux maritimes, tirage plan non daté, cote AV1805. 8La même légende indique pour le fort Faron une construction de 1766 à 1844, ce qui exclut la construction de l’Enveloppe.9Ce magasin en caverne existe toujours, mais, fermé, il n’a pu être visité, ni même abordé, lors de la mission d’inventaire de terrain. 10Vincennes SHD, génie, STG 193 ; renseignement Bernard Cros. 11 Renseignement Bernard Cros. 12 Toulon, Direction des travaux maritimes, tirage plan non daté, cote AV1805. Pour cette banquette d’artillerie, voir aussi la monographie du fort Faron. 13 Aucune des trois casemates actives n’était accessible à l’époque de l’enquête de terrain, leur porte étant murée ou verrouillée.
Dénominations ouvrage fortifié
Aire d'étude et canton Var
Adresse Commune : Toulon
Lieu-dit : Mont Faron

Dans le cadre du programme d’'ensemble de fortification du Mont Faron lancé en 1836, le Comité des Fortifications projette, à partir de 1838, la construction d'’un retranchement barrant le secteur est de la montagne, jugé trop abordable. Ce retranchement linéaire en forme de mur fossoyé doit partir de la tour à bâtir sur le point haut de la Croix-Faron, passer par le fort Faron et se prolonger au sud/sud-ouest jusqu'’à la Gypière, où est prévue une redoute qui ne sera jamais réalisée. Contesté par le directeur des fortifications, ce projet est présenté à plusieurs reprises, selon plusieurs variantes jusqu'’en 1843, par le chef du génie A. Louis, puis par son successeur Dautheville. Ce dernier propose, pour la partie amont du retranchement entre la Croix Faron et le fort Faron, un tracé en plan en « crémaillère » et non plus tenaillé. Non exécuté, ajourné depuis plus de vingt ans, le projet de retranchement reparaît en 1868, strictement limité à la partie amont. Il est réalisé à partir de cette date parallèlement à la création de la batterie-enveloppe du Fort Faron, à laquelle il est lié. La finition de ce retranchement portant batterie échelonnée dure jusqu'’en 1877. L'’ouvrage s'’intègre de fait au programme du système défensif du Mont-Faron redéfini en 1873 par le colonel Le Masson, directeur des fortifications, programme dont la pièce maîtresse est le nouveau fort de la Croix-Faron, construit entre 1872 et 1875. En 1891, le retranchement, désormais nommé « Crémaillère » était armé de douze pièces à longue portée, artillerie porté à treize pièces après un remaniement en 1893.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle
Auteur(s) Auteur : Dautheville,
Dautheville

Chef du Génie à Toulon au milieu du 19e siècle. Auteur des travaux de remaniement du fort du Grand-Saint-Antoine en 1843-1845.


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ingénieur militaire, attribution par source

Le retranchement dit « crémaillère », d’'axe nord-sud, relie de fossé à fossé le fort de la Croix-Faron qui occupe le point culminant sud-est de la montagne, et le fort Faron, situé à 600m de distance vers le sud/sud-ouest et en contrebas. Pour compenser le dénivelé de quelques 150m, le retranchement est rampant sur un peu plus des deux tiers nord (gauche) de son développement, tandis que le tiers sud (droit), attenant au fort Faron, est nivelé à l'’horizontale au bénéfice du large replat aménagé qu'’occupe ce fort. A la gorge de la partie rampante du retranchement, la route militaire du Mont-Faron gravit la montée raide par une série de lacets, jusqu’'au plateau de la Croix-Faron. Chaque lacet dessert au passage des éléments de la batterie de la Crémaillère avec leurs aménagements, magasins et casemates. En effet, ouvrage de barrage avant tout formant front fossoyé continu reliant deux forts sans ménager de passage, la Crémaillère est aussi un ouvrage d’'artillerie échelonné et morcelé du type batterie ouverte à la gorge, pour le tir à barbette. Le fossé, large de 8m en moyenne, taillé dans le roc mais revêtu de maçonnerie à l’'escarpe et à la contrescarpe dans la partie médiane du retranchement, a une profondeur variable, en moyenne de 6m, prise du fond à l’'arase du revêtement. Le tiers sud horizontal, non revêtu, recoupant et se fondant en partie à l’'Enveloppe du fort Faron, n'est que sommairement aménagé. Il forme un flanc droit qui fait transition avec les deux-tiers nord rampants du retranchement, dont le plan comporte à intervalles réguliers trois redans en dents de scie qui sont autant de flancs gauche, justifiant l’'appellation « crémaillère » donnée à l’'ensemble. Cette partie revêtue abrite une casemate de flanquement dans chacun des flancs gauches, avec deux fenêtres de tir sur créneaux de pied. Ces aménagements donnent au revêtement de chacun des trois flancs un aspect de façade de deux travées. Les couloirs d’'accès aux casemates débouchent à la gorge, vers les lacets de la route, au pied des banquettes d'’artillerie de la batterie, à proximité de six petits magasins de chargement enterrés répartis sur le développement rampant de l'’ouvrage.

Murs calcaire moellon sans chaîne en pierre de taille
Statut de la propriété propriété publique
Protections inscrit MH, 2016/03/15
Précisions sur la protection

Sont inscrits les fossé, glacis, casemates de flanquement, positions d'artillerie et ouvrages connexes ainsi que magasin à poudre.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives du Génie de Toulon. Service Historique de la Défense, Vincennes : Série 1 V, Art. 8, section 1.

    1677-1875.
  • AUMALE, CHARLES-FRANCOIS MARIE D'. Atlas des places fortes, Toulon et ses forts extérieurs. Par Charles-François Marie d'Aumale, directeur des fortifications de Toulon et de Basse Provence, 1775. Service Historique de la Défense, Vincennes : Bibliothèque du Génie, Atlas des places fortes n° 64.

    Mémoire descriptif : mont Faron
Documents figurés
  • Compléter la défense du Faron. [Plan du projet de crémaillère.] / Dessin, 1870. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 V.

  • [Plan de la crémaillère complète.] / Dessin, tirage de plan, vers 1900. Service Historique de la Défense, Toulon : AV1805.

Bibliographie
  • CROS, Bernard. Citadelles d'Azur, quatre siècles d'architecture militaire varoise. Aix-en-Provence : 1998, 159 p.

    P. 121.
  • FRIJNS, M., MALCHAIR, L., MOULINS, J.-J., PUELINCKX, J. Index de la fortification française, Métropole et Outre-mer, 1874-1914. Welkenraedt : 2008.

    P. 184.
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