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maison de villégiature (villa) dite Ecbatane, puis Sémiramis

Dossier IA83001435 réalisé en 1989

Fiche

Dossiers de synthèse

1. HISTORIQUE

Le développement de Saint-Raphaël date de 1864, année où le poète Alphonse Karr vint s'y installer. Il y fut suivi à la fin du XIXe siècle par une importante colonie étrangère, tout particulièrement anglaise, belge et russe. Parmi elle le baron Charles Pontus de Knoring, de nationalité russe, dont la cousine Nadeja avait épousé Alexandre Dumas fils, s'éprit du site et décida de s'y installer à son tour. Il fit l'acquisition de lots voisins les uns des autres pour y construire une villa qu'il dénomma Ecbatane. Cette villa est mentionnée par le Saint-Raphaël journal le 18 juin 1899.

A la mort du baron en 1917 la propriété passa aux mains de son frère Constantin, Conseiller d’état,ancien diplomate russe. Il est probable que ce dernier ne fut pour rien dans les transformations subies par les terrasses du jardin une fois la villa construite. Par contre il se débarrassa de l'ensemble de la propriété, qui échut en 1921 à Madame Gauthier Celle-ci vendit en 1922 les parcelles avoisinant le terrain de la villa en prenant soin de faire mentionner par les actes que les murs de clôture est et ouest restaient sa propriété, ne consentant ainsi aucune mitoyenneté. Ce n'est qu'en 1924 qu'elle revendit enfin la villa à Joseph Thévenet qui l'agrandit et lui donna son nom actuel de Sémiramis.

Joseph Thévenet était un érudit et avait la réputation d'un homme de goût. Il avait été propriétaire de la villa Marie à Fréjus qu'il avait aménagée. Quant à sa femme, née Inès de Kerchove d'Exaerde, veuve du baron René d'Overschie de Neerysche, elle avait fait de nombreux séjours en Orient et bénéficiait d'une grande érudition; elle avait résidé en 1901 à la villa "la Mauresque" à Golfe-Juan.

Par la suite, la villa ne subit plus de transformations et nous est parvenue dans un excellent état de conservation.

II. DESCRIPTION

1. Situation

La villa s'élève à l'extrémité est du centre urbain, en bordure de mer. Mitoyenne au nord et à l'est, elle est bordée à l'ouest par la rue Pauline Carton qui la sépare de l'emplacement de l'ancienne villa "1 'Argentine".

2. Composition d'ensemble

La villa occupe une position centrale au fond du jardin. Celui-ci, de plan rectangulaire, est accessible par un portail ouvrant sur le bord de mer, près de l'angle sud-ouest. Il donne accès à une rampe montant vers l'est et longeant la clôture. La terrasse qui s'étend au devant de la villa domine cette rampe.

3. Matériaux

- Maçonnerie entièrement enduite.

- Béton armé pour les supports des ailes et de la partie postérieure.

- Voûtes catalanes sur poutrelles métalliques au sous-sol de B et C.

4. Structure

La villa se compose d'un corps central A encadré de deux ailes B et C et d'une partie D postérieure.

- Le corps de bâtiment principal A comprend un étage de sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé, un étage carré et un comble plat, d'à peine 1 m de hauteur placé entre le premier étage et la couverture. Il est triple en largeur, sa distribution se répartissant symétriquement de part et d'autre de l'escalier central.

- Le rez-de-chaussée est accessible au sud par un vestibule carré Aa ouvrant directement sur l'unique volée droite de l'escalier Ab. De chaque côté, deux pièces Ac et Ad, Ae et Af, s'étendent vers le nord. L'intervalle qui sépare ces pièces de l'escalier lui-même, plus étroit que le vestibule, est occupé par deux couloirs Ag se terminant au sud en cul-de-sac. Ils ouvraient tous deux sur une pièce intermédiaire Ah qui donne au fond de la villa sur Da.

Dans la pièce Ad se trouvent deux escaliers de service:

- l'un descend au sous-sol; il n'a qu'une volée à deux quarts tournant à gauche

- l'autre monte au premier étage en empruntant la partie D ; il comprend une volée tournant à gauche et une deuxième volée droite en Db.

- Le sous-sol, à demi-enterré, comprend neuf pièces carrées. Les trois pièces qui occupent l'axe central nord-sud servent de circulation avec un accès vers l'extérieur au nord par une volée droite hors-œuvre; dans les autres se trouvent une cuisine (M), l'escalier (Ad) et des chambres. Ces pièces prenaient jour par des fenêtres à l 'ouest,au nord et à l'est; elles ouvrent aujourd'hui sous les ailes.

- L'étage a une disposition symétrique: deux pièces encadrent la volée d'escalier; celle-ci débouche sur un court palier encadré de deux retours surmontant les couloirs Ag et le vestibule Aa.

- Chacune des ailes B et C ne comprend qu'un rez-de-chaussée surélevé au-dessus d'un vide sanitaire ouvrant librement sur l'extérieur. On y compte deux pièces en enfilade. Dans l'extrémité nord de l'aile C, des sanitaires ont été installés. Ces deux ailes encadrent la partie D centrale.

5. Élévations

• Façade antérieure sud

Elle se compose des mêmes parties que le plan :

- corps central A * : trois travées se répartissent aux deuxième et troisième niveaux. Le premier niveau aveugle est précédé d'un vaste degré carré de 12 marches de marbre blanc.

L'élévation proprement dite comprend trois travées formant une table en creux dans laquelle, deux par deux, sont percées des baies rectangulaires au centre de deux autres retraites successives de 30 cm.

Le couronnement est constitué par un parapet crénelé à deux redents, au-dessus d'un bandeau.

- Les deux ailes B et C ne comptent que deux niveaux le premier aveugle, le deuxième percé d'une fenêtre centrale dans un cadre en creux. Les deux angles sud-ouest et sud-est forment une table en creux jusqu'à hauteur de l'ensemble du premier niveau. Même mur crénelé.

- Façade postérieure nord

Elle comprend l'élévation de la partie D et des ailes B et C et partiellement, en retrait, l'élévation de A.

- La partie B-C-D a deux niveaux, sauf au centre où il y en a trois. Le premier niveau saillant est constitué de cinq baies libres ouvrant sur le vide sanitaire. Au deuxième niveau, les cinq travées sont percées de fenêtres rectangulaires (sauf la cinquième simulée) au centre des mêmes retraites successives. Au centre le troisième niveau est percé de même.

Le couronnement des première et cinquième travées est un mur crénelé; celui des deuxième et quatrième travées est le garde-corps en fer forgé de deux petites terrasses.

- L'élévation de A comprend deux parties aveugles qui encadrent le troisième niveau central de D. Retraites successives couronnées par un mur crénelé.

- Élévation latérale est de C

- Au premier niveau, trois baies libres du vide sanitaire.

- Au deuxième niveau, trois travées; seules les deuxième et troisième ont une fenêtre avec retraites successives. Couronnement par un mur crénelé.

- Élévation latérale ouest de B

Même organisation que pour l'élévation de C mais les deux fenêtres du premier niveau sont placées différemment et dans des encadrements simplifiés.

- Élévations latérales de A

Elles apparaissent au-dessus des couvertures des ailes B et C. Trois travées de retraites successives aveugles. Crénelages.

- Mur de clôture sud

Il se compose de trois travées régulières alternant avec des piliers en forme de tourelles.

- Les travées de mur, anciennement peint en blanc, étaient couronnées d'un crénelage à deux redents actuellement obstrué au profit de jardinières aménagées dans les créneaux.

- Les tourelles se composent d'un corps de section carrée dont la face antérieure est ornée d'une table en creux à trois retraites et d'un couronnement débordant sur trois ressauts, dont le sommet crénelé est arasé.

- Le portail est aménagé dans la première travée entre deux tourelles plus hautes que les autres; il comporte trois vantaux métalliques dont le dessus est découpé en escaliers descendant vers le vantail central. Un réseau de montants et traverses plats forme un quadrillage de panneaux carrés et rectangulaires en tous points comparables aux huisseries du sous-sol.

- Murs de clôture latéraux

Ces deux murs présentent la même disposition de part et d'autre du jardin : tous deux épousent la pente du terrain descendant vers le rivage. Cinq travées alternent avec les mêmes tourelles que celle du côté sud, mais ayant conservé leur couronnement crénelé. Par contre leur élévation est dépourvue de table en creux.

Quant aux travées de murs elles-mêmes, recouvertes d'enduit lisse, elles descendent en escalier vers le sud selon le rythme suivant :

- Première travée nord: trois marches égales de 40 cm de hauteur.

- Deuxième travée : longue partie horizontale à 40 cm au-dessous de la dernière marche précédente.

- Troisième, quatrième et cinquième travées : identiques à la première travée.

- Mur de clôture nord

Ce mur, qui soutient la propriété voisine située plus haut, est encore couronné de ses créneaux à trois redents. Peint en blanc.

- Mur de soutènement de la terrasse sud

Simplement couronné de créneaux à deux redents bouchés pour aménager des jardinières. Actuellement recouvert d'une tyrolienne.

6. Couverture

- Corps de bâtiment A : Toiture en pavillon presque plate couverte de plaques de zinc.

- Ailes B et C : toits en appentis couverts de tuiles mécaniques. Il semble que ces toitures ont été ajoutées au-dessus de terrasses cimentées.

- Partie D : corps central : appentis au sud ; parties latérales : petites terrasses cimentées.

7. Distribution intérieure

- Sous-sol :

- ensemble peint en beige, murs, plafonds et menuiseries

- sol : mosaïque granitée blanc et beige

- menuiseries: montants et traverses formant panneaux rectangulaires et carrés. Idem pour la porte vitrée ouvrant sur l'extérieur.

- un passe-plat fait communiquer la pièce centrale nord avec Da, au rez-de-chaussée.

- escalier d'accès: girons et contre1marches en marbre blanc.

- Rez-de-chaussée :

Vestibule Aa : sol en mosaïque granitée blanc et beige.

- Murs gris ornés d'une table en creux à trois retraites.

- Plafond blanc avec même table. Rosace centrale festonnée.

- La menuiserie de la porte d'entrée comprend :

- deux volets pliants en deux parties qui se rabattent dans le tableau. Ces volets s'ornent d'une série de sept godrons qui se retournent en forme de cadre à la partie supérieure

- deux vantaux dont chacune des deux faces s'ornent de sept rangs de godrons moins larges que sur les volets.

- Pièce Ac

- Carrelage trichrome (marron, beige, blanc).

- Mêmes tables en creux à trois retraites aux murs vert- d'eau et plafonds. Deux rosaces.

- Quatre portes à deux battants à godrons sur les deux faces identiques à la porte d'entrée.

- Fenêtre à petits carreaux; contrevents à persiennes pliants dans le tableau.

- Pièce Ad

Sol en carreaux blancs et noirs posés en losange.

- Dans l'escalier montant, nez de bois et carreaux industriels blancs.

- Dans le mur sud, en partie haute d'une embrasure, placard dont les portes s'ornent du même motif que l'ensemble des menuiseries des services (sous-sol et portes de la partie D).

- Pièce Ae

- Sol en mosaïque granitée blanc et beige.

- Mêmes tables en creux aux murs (papiers peints) et plafond. Deux rosaces.

- Seulement trois portes à deux battants à godrons (deux côté ouest et une au nord).

- Pièce Af

- Sol en carreaux de terre cuite rouge.

- Mêmes tables en creux aux murs et plafond, peint en beige. Rosace.

- Les portes de communication vers C et Ah sont à réseau orthogonal

- Cette pièce ouvre par une baie libre sur une petite extension appartenant à D.

- Couloirs Ag

- Côté est, sol en mosaïque granitée.

- Côté ouest, carreaux blancs et noirs en losange. Porte à godrons vers la pièce Ac.

- Pièce Ah

- Couloir de liaison sous le palier du premier étage. Ouvre sur des placards placés sous l'escalier (portes à réseau orthogonal) et, au nord, sur la cuisine Da (vitrage à petits carreaux). Sol en carreaux blancs et noir en losange.

- Cuisine Da

- Sol en carreaux noirs et blancs en damier.

- Pièce Ba

- Sol en carreaux trichromes marron, beige et blanc.

- Tables en creux sur murs et plafond.

- Deux fenêtres à petits carreaux.

- Pièce Bb

- Carreaux à motifs polychromes.

- Corniche moulurée rapportée.

- Pièce Ca

- Sol en carreaux blancs et noirs en damier.

- Tables en creux sur murs et plafond.

- Pièce Cb

- Sol en carreaux blancs et noirs en damier.

- Sanitaires de C

- Sol en carreaux à motifs polychromes.

- Toutes les menuiseries de cette aile ont un réseau orthogonal.

- Escalier

- Girons et contre-marches en onyx.

- Murs de cage avec tables en creux (peints en gris).

- Premier étage :

- Palier aa-Ab

- Sol en mosaïque granitée blanc et beige.

- Murs et plafond avec tables en creux. Deux rosaces sur les murs, trois au plafond.

- Les six portes latérales ont un motif de traverses en chevrons.

- Garde-corps à réseau orthogonal et cercles.

- Chambre Ac

- Sol : parquet en chevrons.

- Tables en creux sur murs et plafond. Deux rosaces.

- Salle de bain Ad

- Carrelages modernes. Sol en mosaïque.

- Rosace au plafond.

- Chambre Ae

- Idem chambre Ac.

- Salle de bain Af

- Idem salle de bain Ad.

- Le jardin :

Il a perdu l'essentiel de ses aménagements.

Face à l'entrée de la villa, un bassin rectangulaire octogonal à margelle plate en marbre blanc a été colmaté et forme actuellement une sorte de plateforme.

Quatre palmiers, un pin, un mûrier, un cyprès et quelques autres plantes (youkas, pittosporum, laurier rose, romarins, fusains, iris, bergenias, plumbago, orangers, bougainvilliers) subsistent çà et là.

III. CONCLUSION

La polémique qui s'est développée autour de cette maison à l'occasion de son projet de démolition a légèrement faussé l'appréciation que l'on peut porter sur cette construction. De dimensions modestes, elle aurait pu passer inaperçue dans un quartier peuplé de villas d'aspect plutôt bourgeois parmi lesquelles la villa l'Argentine attirait seule de loin tous les regards avec son mirador culminant à 28 m. Mais la volonté et l'érudition de son créateur en ont fait une maison néo-assyrienne dont l'étrangeté du décor et de l'organisation des terrasses tranchait sur son voisinage.

Quel regard pouvons-nous porter aujourd'hui sur cet édifice? Nous distinguerons l'intérêt propre de la structure de la maison elle-même de celui de l'organisation générale de la propriété et de son décor, à l'aide des observations réalisées sur place et des quelques documents disponibles qui ont permis de reconstituer l'évolution de l'ensemble.

1. Observation de l'état présent

Le dossier a porté sur la parcelle 231 qui supporte la villa. La description complète en est faite dans le chapitre II.

Néanmoins on a pu observer que les murs de clôture se prolongeaient vers le nord au-delà de cette parcelle :

- Côté ouest: le mur se prolonge jusqu'à l'angle de la villa Sainte-Thérèse. Son élévation extérieure est marquée, à 5 m de la tourelle d'angle de la parcelle 231 par une tourelle tronquée; le sommet en escalier du mur forme dans cet intervalle deux marches; puis trois autres marches se succèdent jusqu'à la villa.

- Côté est: le mur a été arasé jusqu'à la villa les Alyscamps dont l'élévation orientale inclut cette ancienne maçonnerie; un placard, au rez-de-chaussée, dont le fond est en brique, n'est autre qu'une ancienne porte condamnée qui ouvrait autrefois sur le terrain de l'actuelle parcelle 224.

- Au nord, les villas Sainte-Thérèse-Cinderella et les Alyscamps s'élèvent sur une terrasse dont le sol est à 2, 70 m au-dessus de la terrasse principale de Sémiramis.

2. Observation des cartes postales anciennes

Plusieurs cartes datant du début du XXe siècle fournissent des renseignements complémentaires à l'observation de l'état présent.

1. Une vue prise du boulevard montre un état qui n'existe plus :

- Le mur de clôture sud se prolonge vers l'est, au-delà de la limite actuelle. Ses créneaux ont trois redents; les tourelles, plus resserrées qu'aujourd'hui, ont une table dont le motif est identique à celui des portes à deux vantaux du rez-de-chaussée de la villa et un couronnement crénelé débordant sur des ressauts plus plats et plus hauts que ceux d'aujourd'hui.

- Le mur de soutènement de la terrasse principale a la même disposition, mais il se retourne vers le nord à l'emplacement de la clôture est actuelle. Présence des tourelles.

- La maison est dépourvue de ses ailes.

- Le mur de la terrasse nord, couronné de ses créneaux à trois redents forme un retour vers le nord, en bordure d'un escalier extérieur.

- Au fond de la terrasse nord s'élève un grand portique rectangulaire dont la baie est encadrée de retraites successives; un crénelage à deux redents le couronne. La baie semble fermée dans sa partie inférieure par des vantaux.

2. Une vue prise à peu près sous le même angle nous montre le mur de clôture dans son état actuel à l'exception du portail non encore percé.

En arrière on devine :

- le crénelage continu à deux redents du mur de soutènement de la terrasse principale

- le sommet de la deuxième travée plate de la clôture ouest et de ses tourelles

- la maison sans ses ailes.

3. Deux vues prises du haut du mirador de la villa l'Argentine nous montrent l'étendue de la partie postérieure du jardin avec la terrasse nord :

- les murs de clôture est et ouest s'étendent symétriquement de part et d'autre de cette terrasse; chacun est percé d'une porte.

- Le côté nord de cette terrasse est clôturé par un mur plat cantonné de deux tourelles d'angle. Il paraît rythmé de tourelles dont on voit l'ombre portée au nord, de part et d'autre de celle de la tour.

- Au centre de ce mur s'élève, débordant sur l'extérieur, une sorte de tour crénelée à deux redents.

- Entre la clôture nord et l'avenue des chèvrefeuilles s'étend un terrain libre de plan triangulaire.

- Sur la terrasse s'élève un mur d'orientation nord-sud couronné de quatre merlons et ,deux demis aux extrémités, relié au crénelage du mur de soutènement sud.

- La maison est sans ses ailes.

3. Interprétation

L'analyse de ces différentes observations nous permet de reconnaitre plusieurs états.

D'une manière générale, il nous apparaît que la disposition d’ensemble de la propriété fut tracée d'emblée: sur la pente régulière de la colline qui descend vers la mer et qui passe ainsi de la cote 7, 50 à l’aplomb de l'avenue des Chèvrefeuilles à la cote actuelle de 2, 16 sur le boulevard, soit une différence de 5, 34 m, on effectua une série de décaissements afin de constituer les terrasses successives : la terrasse principale à la cote 4, 80, la terrasse nord, à 7, 50.

La maison fut installée au centre de la terrasse principale, surélevée sur un sous-sol à demi-enterré.

C'est cette disposition de base non modifiée qui servit de support aux transformations de détail opérées par la suite et sur lesquelles nous nous appuyons pour reconnaitre trois états principaux :

- Premier état: celui-ci correspond au premier document cité. Il est issu directement du projet du baron Knoring et se rapproche davantage que les états suivants de l'esprit assyrien. La succession des terrasses scandées par de nombreuses tourelles, les volumes simples de la villa et de la tour nord disposées sur l'axe nord-sud rappellent en effet ce qu'on peut savoir de l'architecture des palais ou des ziggourats. Il nous semble que la tour nord, que l'on voit presque de face sur le document doit être considérée comme l'entrée de la propriété, fermée par des vantaux pleins, ce qui expliquerait l'opacité de son ombre. On peut d'ailleurs se demander si ces vantaux n'ont pas ensuite été récupérés dans le portail sud fait sur mesure. Ce portail monumental constituait en outre le centre d'une composition dont la restitution que nous proposons s'appuie sur les données des documents 2 et 3 . On descendait donc vers la villa, découvrant ainsi peu à peu le panorama sur la mer.

Des incertitudes subsistent d'une part sur l'emplacement de l'escalier descendant vers la terrasse principale et sur la marge orientale de la propriété:

- les photos anciennes paraissent nous indiquer que l'escalier devait se trouver déporté vers l'extrémité est de la terrasse nord. Mais cela contredit l'axialité de la composition et le souvenir d'enfance de Madame Ginoux, actuelle propriétaire de la villa Sainte-Thérèse et fille de Joseph Thévenet, qui place logiquement cet escalier, très large selon elle, au centre.

- Les photos anciennes ne nous fournissent quelques indications que sur la partie contigüe de la propriété qui se prolongeait plus loin à l'est. C'est ainsi que le mur de clôture sud et l'alignement des tourelles de la terrasse principale se poursuivaient sur le terrain voisin. Les données de la première carte postale nous induisent à proposer un escalier extérieur conduisant de la petite terrasse antérieure (soutenue par le mur de clôture sud à une hauteur d'environ 1, 50 m) à la terrasse principale. Mais nous ne savons rien d'autre sur les dispositions du reste de l'extension. Seule indication de détail, le placard mentionné dans la villa les Alyscamps est la porte que l'on voit dans la clôture est de la terrasse nord.

- Deuxième état : la cession du terrain qui s'étendait à l'est permit de revenir à la stricte axialité du projet d'origine. Désormais les clôtures est et ouest sont dans l'état où on les trouve aujourd'hui, sans doute ébauché dès le premier état (cela se voit pour la terrasse nord) .

Mais il a fallu modifier complètement les murs de soutènement de la petite terrasse antérieure (clôture sud) qui se retrouve avec quatre tourelles au lieu de six et de la terrasse principale qui perd complètement ses tourelles. L'accès se fait toujours depuis la terrasse nord, l'escalier n'ayant pas été modifié.Un plan de nivellement (1930) par l'architecte de la ville Pénaud indique au sud un portillon central.

- Troisième état : c'est l'état actuel : la terrasse nord a été vendue et partiellement couverte de nouvelles villas (Sainte-Thérèse-Cinderella et les Alyscamps).

Cette cession a entraîné de grosses modifications :

- destruction de la tour d'entrée

- suppression de l'escalier entre les deux grandes terrasses. On a semble-t-il à cette occasion complété le crénelage à trois redents du mur de soutènement à l'emplacement de l'escalier.

- création d'un portail d'entrée à présent au sud

- création d'une rampe à l'emplacement de la petite terrasse antérieure pour conduire du portail à la villa

- enfin suppression des crénelages des clôtures, des soutènements et de la plupart des tourelles

- adjonction des deux ailes B et C à la maison qui jusque-là n'avait pas été touchée. L'aile B a même connu deux états successifs: l'actuelle pièce Ba était à l'origine une terrasse couverte ouvrant par deux baies libres à l'ouest et au sud. Le témoignage de Madame Ginoux éclaire à cet égard une photo prise de cette terrasse en direction du portail sud sur le boulevard. L'appui de la baie libre du côté sud se trouvait à quelques 20 cm du sol intérieur et portait deux éléments de ferronnerie dont le motif était identique à ceux des garde-corps des paliers du premier étage. Ces éléments servaient de dossiers lorsqu'on s'asseyait sur ce rebord où étaient à l'occasion on posés des coussins.

4. Datation des différents états

Le premier état correspond donc à celui qui fut créé par le baron Knoring dans les années 1890. Cet état résulta d'ailleurs de réaménagements consécutifs à l'achat de nouvelles parcelles, vraisemblablement à l'est.

On ne sait de quel état de la propriété hérita en 1917 Constantin, le frère du baron. Toujours est-il que les murs de clôture existaient dans leur état actuel en 1922 lorsque Madame Gauthier, la propriétaire suivante, céda les terrains contigus. On doit admettre que c'est dans le deuxième état que nous proposons qu'elle vendit en 1924 à Joseph Thévenet l'ensemble restant.

Le troisième état, après cession de la terrasse nord et agrandissement de la villa, est donc consécutif à 1924.

Actuellement ne subsiste du premier état d'origine que peu de choses :

- la partie centrale de la villa

- une partie des clôtures est et ouest

- le mur de soutènement de la terrasse nord avec son crénelage

- le schéma général de l'implantation.

5. Structure de la villa et ses sources

La villa présentait dans son état d'origine une disposition tout à fait élémentaire: une entrée centrale y dessert un escalier droit axial et ouvre de part et d'autre sur deux pièces disposées en profondeur.

Ce plan n'a d'autre originalité que le soin apporté à l'exécution de l'escalier. Il procède des modèles de maisons individuelles que les catalogues d'architecture ont répandus dans les banlieues et dans les quartiers résidentiels de la plupart des villes dès la deuxième moitié du XIXe siècle. On a ici simplement monumentalisé l'édifice en l'exhaussant sur un sous-sol à demi-enterré; d'autre part son fonctionnement se distingue des maisons populaires de ce type par la hiérarchisation des fonctions :

- au sous-sol ont été placés les services (cuisine, rangement, logement de domestiques)

- au rez-de-chaussée les pièces de séjour et de réception (salle à manger et office, salon)

- à l'étage les chambres et salles de bain.

Lorsqu'on agrandit la villa après 1924, on tenta de concilier l'inconciliable dans la mesure où les adjonctions devaient se placer au-devant des fenêtres du sous-sol ; on y remédia en plaçant les deux ailes sur pilotis.

Il semble donc que pour sa structure, cette villa est proprement une construction de la fin du XIXe siècle dans laquelle le propos archéologique de son créateur n'est pas intervenu.

6. Aménagement général et décor

La restitution du premier état que nous proposons met en évidence l'importance des sources archéologiques dont a pu se servir le baron Knoring : la succession des terrasses et l'étagement des enceintes crénelées, les volumes simples de la villa et de la tour rappellent ce qu'on a pu restituer des grandes architectures mésopotamiennes. En outre les éléments du décor - crénelages à redents, tourelles, encadrements à retraites successives, godrons - appartiennent au vocabulaire de l'antiquité assyrienne.

Pour l'extérieur de l'édifice, le résultat paraît évident, et relativement réussi, bien que la villa puisse passer aussi bien pour babylonienne qu'égyptienne ou mauresque. A l'intérieur, dont le décor parfaitement homogène s'apparente à celui de l'extérieur, on peut être surpris de son dépouillement, davantage dans l'esprit des années 1920 que 1890. Cette nudité a-t-elle été le résultat du silence des sources archéologiques ou du manque de moyens qui auraient permis l'exécution de décors peints ou stuqués?

7. L'auteur

Dans l'ensemble ce vocabulaire se réduit à quelques signes uniformément répétés sans la moindre hiérarchisation. D'autre part la simplicité du parti général, la maladresse du dispositif d'entrée complètement inversé, certaines maladresses de proportions - celles en particulier du degré extérieur de la villa -, le respect étroit d'un plan-type banal, nous font penser que tout cela n'est sans doute pas le travail d'un architecte. On peut donc se demander si le baron Knoring n'est pas lui-même l'auteur de ses plans. Il avait une culture suffisante pour y parvenir. Mais contrairement à Théodore Reinach qui a fait à la même époque de la villa Kérylos un chef-d’œuvre de fidélité aux sources antiques, notre amateur en est resté au collage de signes appliqués sur une structure moderne.

8. Les sources

Il faut en conséquence se demander s'il ne lui suffisait pas, dans le projet somme toute modeste qu'il développa, de consulter les éditions de toute nature y compris de vulgarisation touchant l'archéologie qu'il devait fort bien connaître.

A titre d'exemple nous citerons l'ouvrage que Charles Garnier publia en 1892 à la suite de sa prestation sur l 'habitation humaine à l'exposition universelle de 1889. Dans cet ouvrage figurent deux planches qui nous intéressent directement:

- page 166, coupe longitudinale du Palais de Sargon. Y apparaissent les tours d'une enceinte tout à fait proches de celles des clôtures de la villa,

- page 173, vue perspective de la maison assyrienne de l'exposition. Bien que ce pavillon ait un parti différent de celui de la villa, on y reconnaît le motif des godrons des tourelles du premier état et des portes du rez-de-chaussée, celui des rosaces des plafonds, les créneaux à redents. Enfin on peut se demander si cet ouvrage n'a pas été utilisé également par Joseph Thévenet, car le panneautage des élévations du pavillon s'apparente à celui des ailes de la villa.

9. Conclusion

En dépit de la modestie de la réalisation et de la simplicité de son décor, la villa Ecbatane, puis Sémiramis, a paru dès sa construction, assez originale pour être mentionnée dans la presse locale en 1899. Par sa blancheur, son exotisme, l'étrangeté de ses alignements de tourelles crénelées, elle s'est immédiatement distinguée de ses voisines d'aspect beaucoup plus conformiste malgré leur éclectisme.

Précision dénomination maison de villégiature
Appellations Ecbatane, Sémiramis
Parties constituantes non étudiées jardin d'agrément, terrasse en terre-plein, portail, clôture de jardin, escalier indépendant
Dénominations maison
Aire d'étude et canton Saint-Raphaël - Saint-Raphaël
Adresse Commune : Saint-Raphaël
Lieu-dit : Notre-Dame
Adresse : 251 boulevard Général-de-Gaulle
Cadastre : 1968 AV 231

La villa Ecbatane a été construite dans les années 1890 pour le baron russe Charles Pontus de Knoring. Amateur éclairé, le baron de Knoring en est peut-être l'auteur. Elle est vendu en 1924 à Joseph Thévenet, autre érudit qui l'agrandit de deux ailes latérales dont il est également peut-être l'auteur. Elle prend alors le nom de Sémiramis. Elle a été détruite en 1991.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle
Secondaire : 2e quart 20e siècle
Auteur(s) Auteur : Pontus de Knoring Charles, baron,
Charles, baron Pontus de Knoring

Baron russe et amateur éclairé, Charles Pontus de Knoring est peut-être l'auteur de sa villa, Ecbatane, construite à Saint-Raphaël dans les années 1890.


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Auteur : Thévenet Joseph,
Joseph Thévenet

Érudit, il est peut-être l'auteur de l'agrandissement de sa villa, Sémiramis, à Saint-Raphaël, vers 1925.


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auteur commanditaire, (?), attribution par travaux historiques

La villa Ecbatane se composait d'un volume régulier de plan approximativement carré, d'un étage sur rez-de-chaussée surélevé, couvert d'un toit en pavillon en zinc. L'escalier droit desservait l'étage. Il était doublé par deux escaliers de service, l'un reliant le soubassement (services) et le rez-de-chaussée, l'autre, le rez-de-chaussée et l'étage. Les deux ailes latérales rajoutées reprenaient toute la profondeur de la maison mais elles étaient en rez-de-chaussée surélevé au-dessus d'un vide sanitaire ouvert sur l'extérieur. Elles étaient couvertes en terrasse cimentée. Toutes les élévations étaient couronnées d'un parapet crénelé. L'ensemble du jardin était fermé par un mur de clôture rythmé par des piliers. Murs et piliers étaient crénelées. Le jardin étaient constitué de terrasses maçonnées à murs de soutènement à tourelles et crénelage, terrasses reliées par des escaliers.

Murs enduit
maçonnerie
Toit zinc en couverture, tuile plate mécanique, ciment en couverture
Étages étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré
Élévations extérieures élévation ordonnancée, jardin en terrasses
Couvertures terrasse
toit en pavillon
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier droit, en maçonnerie
Typologies plan-masse régulier, volumétrie symétrique, élévation avec axe, caractère pittoresque
États conservations détruit après inventaire
Techniques sculpture
Représentations ornement architectural godron

Cette villa, par son décor, celui de ses aménagements en terrasses et clôtures, était qualifiée à l'époque de babylonienne. L'une des sources d'inspiration de l'auteur pourrait être l'ouvrage L'habitation humaine de Charles Garnier, paru en 1892, où figurent des croquis du palais de Sargon d'Assyrie et de la maison assyrienne de l'exposition universelle de 1889 ; Villa de villégiature moyenne à traitement architectural soigné ; 1880-1919

Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Sémiramis, le chef-d’œuvre d'un amateur ?

    L'étude de la villa Sémiramis à Saint-Raphaël réalisée par le Service régional de l'Inventaire général en 1989, résulte d'une requête de la COREPHAE de Provence-Alpes-Côte-d'Azur et de l'action de Paul-Albert Février au sein de cette assemblée en faveur de dossiers d'urgence destinés à garder la mémoire d'édifices menacés de destruction (1).

    Promise en effet à la démolition par un permis en date du 2 mars 1988, la villa passa le 20 octobre de la même année devant la COREPHAE qui décida de ne pas la protéger, estimant que les modifications qu'elle, avait subies et l'amputation d'une partie de ses dispositions lui ôtaient l'essentiel de son intérêt. Elle chargea donc le Service régional de l'Inventaire général d' établir un dossier analytique qui sauvegarderait l'information une fois l'édifice disparu. Sa destruction intervint à la mi-1991 après de multiples épisodes (2).

    L'étude de cette propriété fut donc un acte administratif (3). L'analyse détaillée des parties existantes, leur relevé complet, une couverture photographique abondante et la consultation du dossier de protection dressé par la Conservation régionale des Monuments historiques ont permis d'établir avec une quasi certitude l'état d'origine et de reconstituer les états successifs de l'édifice. Elle témoigne ainsi que l'observation archéologique peut s' appliquer à un ouvrage contemporain.

    Rien dans les dimensions de cette villa, rien non plus dans son plan n'aurait dû attirer l'attention, d'autant que ce quartier s'était peuplé de villas de styles plutôt convenus où seule I'Argentine (4) captait les regards avec son mirador dominant le rivage de ses 28 mètres. Mais le baron russe Charles Pontus de Knoring qui l'édifia à la fin du XIXe siècle (5) sous le nom d'Ecbatane (6) en fit une demeure néo assyrienne dont l'étrangeté tranchait sur le voisinage. En effet, la succession des terrasses, l'étagement des enceintes crénelées, les volumes simples de la villa et de la tour rappelaient ce que l'on avait pu restituer des grands ensembles urbains ou palatiaux de la Mésopotamie.

    A la mort du baron, la villa échut en 1917 à son frère qui la revendit. La propriétaire suivante se débarrassa de la partie est du jardin, vite bâtie, et céda en 1924 la villa à Joseph Thévenet. Celui-ci l'agrandit, la rebaptisa Sémiramis et procéda aux modifications les plus lourdes de conséquences en aliénant la terrasse nord sur laquelle furent construites deux maisons.

    Au moment de l'étude, la villa, encadrée de deux ailes symétriques, s'élevait sur une unique terrasse à laquelle conduisait une rampe carrossable montant du boulevard du bord de la mer. C'est le relevé complet et précis de cet édifice et de ses aménagements extérieurs, lié à la critique des quelques documents disponibles (plans d'urbanisme successifs, cartes postales du début du XXe siècle) qui nous a permis de restituer un état d'origine presque complet.

    Ecbatane n'était à ses débuts qu'un simple volume cubique dont les façades crénelées cachaient une toiture de zinc très plate en pavillon. Elle occupait le centre d'une succession de trois terrasses qui descendaient vers la mer. L'entrée se faisait au nord depuis l'avenue des Chèvrefeuilles par un portail ouvert dans une tour monumentale. Des murailles crénelées scandées de tourelles clôturaient la propriété et soutenaient les terrasses reliées entre elles par des escaliers. Un module uniforme rythmait ces murailles dont le relevé a confirmé la régularité et permis la restitution des parties disparues. Cette disposition s'étendait à l'est, au delà de la limite actuelle, mais elle n'a pu être complètement restituée, faute d'une documentation suffisante.

    La simplicité du parti opposait la descente de terrasse en terrasse qui offrait à la vue la découverte du paysage marin à l'effet ostentatoire des murailles crénelées successives vues du rivage. Or cet aspect "jardins suspendus" qui suscita le nom de Sémiramis n'était pas exempt de maladresses : entrée de la villa opposée au portail monumental ; perron sans originalité précédant cette entrée ; de plus, le plan de la villa elle-même, banalement symétrique, était celui des innombrables habitations répandues depuis le XIXe siècle dans les banlieues par les catalogues et les revues spécialisées ; il avait tout juste été adapté à une vie de villégiature : séjour, réception et cuisine au rez-de-chaussée; services et chambres de domestiques au sous-sol ; chambres et salles de bain à l'étage.

    A ce parti architectural, le baron associa une ornementation étonnamment uniforme réduisant le vocabulaire décoratif à la répétition infinie des mêmes motifs : tables en creux encadrant les baies à l'extérieur comme à l'intérieur, panneaux godronnés sur les tourelles et les menuiseries du rez-de-chaussée, crénelages en escalier sur toutes les murailles et les élévations.

    Ce travail est-il vraiment celui d'un architecte ? Si tel était le cas, ne retrouverions-nous pas d'autres réalisations rappelant celle-ci par la distribution, par l'unité de style ou encore par cette série de signes qui caractérisent la pratique du métier et l'évolution d'une carrière ? Aucun des architectes présents à Saint-Raphaël au tournant, du siècle, comme Pierre Aublé, Sylvain-Joseph Ravel ou Laurent Vianay, ne semble avoir utilisé ce type d'ornementation, unique d'ailleurs par son uniformité, autant qu'on sache, dans tout le domaine de la villégiature d'Hyères à Menton.

    Reste l'inspiration proprement archéologique. Les sources auxquelles le commanditaire pouvait se référer ne manquaient pas mais nous nous contenterons de citer à titre d'exemple l'ouvrage sur l'habitation humaine que Charles Garnier avait publié en 1892 (7) à la suite de sa prestation à l'Exposition Universelle de Paris de 1889. On y voit en effet une coupe du Palais de Sargon avec une enceinte tout-à-fait comparable aux murailles de la villa et, surtout, une vue en perspective du pavillon assyrien de l'exposition dont un certain nombre de détails ornementaux sont troublants : tables en creux des façades, crénelages, panneaux de godrons paraissent avoir été utilisés tels quels pour les portes intérieures et les tourelles ; il en est de même pour les rosaces identiques à celles qui ornent la cage d'escalier et les plafonds.

    La transposition de ces éléments à une demeure privée s'est réduite ici au collage de quelques signes uniformément répétés sur un parti architectural élémentaire. De plus, les dispositions intérieures de la villa ne rappellent en rien celles de la moindre demeure assyrienne. Le nombre des étages, la répartition des pièces et leurs fonctions appartiennent en propre aux usages de la période contemporaine. Dans ces conditions le baron Knoring n'aura-t-il pas été lui-même l'auteur de cette construction, amateur éclairé, dilettante bricolant pour son lieu de villégiature une reconstitution idéalisée et exotique issue de ses rêves d'archéologue, à l'instar d'un Théodore Reinach, mais sans commune mesure avec lui ? Tout sépare en effet Kérylos, fruit de longues recherches personnelles et de la collaboration avec un architecte (8) d'Ecbatane-Sémiramis qui nous parait plutôt résumer des informations puisées dans des manuels de vulgarisation.

    En effet, la villa était dépourvue de toute l'ornementation figurée, peintures, bas-reliefs, appliques métalliques, qui avait constitué la parure des ouvrages assyriens. Le dépouillement volontaire qui a réduit cette architecture à des volumes simples,presque schématiques, a produit paradoxalement un effet d'apparente "modernité" sur lequel il y a lieu de s'étonner. Ses élévations façonnées, enduites et blanchies, destinées à suggérer un orient distinct des habituelles villas mauresques, les menuiseries simplifiées des portes de l'étage et du sous-sol sans le moindre profil mouluré, au quadrillage insistant, le dessin des garde-corps du palier de l'escalier, les frises encadrant murs et plafonds ont une rigueur, très aventureuse en cette fin du XIXe siècle français, qui pourrait bien préluder à l'esprit moderniste des années 1920. De fait, cela permit un quart de siècle plus tard justement à Joseph Thevenet (lui-même ou avec un architecte ?)d'agrandir l'édifice sans en trahir l'esprit. Mais une fois encore il est permis de se demander si le nouveau propriétaire ne fut pas à son tour l'auteur de ces aménagements. Peut-on en effet attendre d'un professionnel un travail aussi peu imaginatif que ces ailes assises sur pilotis pour épargner les fenêtres du sous-sol et collées maladroitement à la façade antérieure ainsi que ces élévations latérales inorganisées ?

    On mesure là avec quelle difficulté se fait l'histoire de l'architecture privée contemporaine. Faute d'une documentation cohérente, on ne gagnera rien à l'étude d'édifices pris isolément. Seules des enquêtes à grande échelle, sur des séries ou des ensembles, permettront de définir un milieu, des courants, une cohérence (9).

    La villa Sémiramis fait figure d'unicum dans le contexte si éclectique de la villégiature. C'est en approfondissant l'étude de ce contexte que l'on pourra déterminer si l'édifice a joué un rôle dans l'évolution de l'architecture ou s'il n'est qu'un reflet involontaire et fortuit, presque détourné, des sources du XXe siècle. On n'en déplorera que plus la disparition.

    François FRAY

    Conservateur régional de l'Inventaire général

    Notes

    (1) Paul-Albert Février fut Vice-Président de la Commission régionale de l'Inventaire général de 1972 à 1982 ; Vice Président de la commission nationale de l'Inventaire Général à partir de 1989 et membre de la COREPHAE à partir de 1985.

    (2) Entre-temps, le ministre de la Culture avait pris une instance de classement le 30 août 1988. Présentée cette fois devant la première section de la Commission supérieure des Monuments historiques, la villa n'obtint pas plus de succès malgré des avis très partagés. Le ministre leva donc l'instance de classement le 13 mars 1989, ce qui provoqua la requête des associations locales devant le tribunal administratif de Nice le 9 avril 1990. Elle resta elle aussi sans résultat. La villa fut donc détruite comme les délais le permettaient.

    (3) L'étude et les restitutions sont de François Fray, les relevés graphiques de Nathalie Pégand, les photographies de Gérard Roucaute. La documentation est consultable au Service régional de l'Inventaire général, Direction régionale des Affaires Culturelles de Provence-Alpes-Côte-d'Azur, 23, boulevard du Roi René 13617 Aix-en-Provence Cédex.

    (4) Dossier d'urgence avant destruction établi par le Service régional de l'Inventaire général en 1977.

    (5) Le numéro du 18 juin 1899 du Saint-Raphaël journal mentionne que le baron est en train de construire, dans le quartier de la Batterie, sans autre précision.

    (6) Le nom d'Ecbatane, qui fut la capitale de l'empire mède, a été retenu davantage pour son pouvoir évocateur que comme fondement archéologique.

    (7) C. Garnier et A. Amman. L'habitation humaine Hachette 1892 p. 166 et 173.

    (8) C'est l' architecte Emmanuel Pontremoli qui a dessiné la villa Kérylos construite entre 1902 et 1908.

    (9) L'Inventaire général met en œuvre une série d'études d'ensemble de la villégiature sur les côtes françaises, en particulier à Cannes, Biarritz, Hossegor, Cabourg, Deauville, Le Touquet.

Références documentaires

Documents d'archives
  • FRAY, François. Sémiramis, le chef-d’œuvre d'un amateur ? 5 feuillets dactylographiés, sans date. Centre de documentation du service de l'Inventaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Documents figurés
  • 7. - St-Raphaël. - Villa Babylonienne - Boulevard Henri Martin. / Carte postale, 1er quart 20e siècle. Collection particulière.

    Vue prise du sud-est, correspondant à l'état d'origine.
  • 33 Saint-Raphaël. - Le boulevard Félix-Martin. - Villa Turque / Carte postale, SELECTA, 1er quart 20e siècle. Collection particulière.

    Vue prise du sud-est, correspondant au premier état.
  • 26 Saint-Raphaël. - Boulevard Félix-Martin. / Carte postale, LL, 1er quart 20e siècle. Collection particulière.

    Vue prise du sud-ouest, correspondant au premier état.
  • 16. - St-Raphaël. - Boulevard Félix-Martin et les villas. / Carte postale, 1er quart 20e siècle. Collection particulière.

    Vue prise du sud-ouest devant le mur de la villa visible à gauche dans son premier état.
  • 24 Saint-Raphaël. - Les Villas. / Carte postale, LL. Selecta, après 1924. Collection particulière.

    Vue prise de l'ouest, du haut du mirador de la villa l'Argentine. Cette vue correspond au deuxième état.
  • 1723 Saint-Raphaël. - Boulevard Félix Martin - Les Villas. Baie des Corailleurs. / Carte postale, Établissement de photographie Giletta, Nice, après 1924. Collection particulière.

    Vue prise de l'ouest du haut du mirador de la villa l'Argentine. Cette vue correspond au deuxième état.
  • 7. - St-Raphaël. - Villa "Babylonienne" / Carte postale, cliché Papeterie Parisienne, après 1924. Collection particulière.

    Vue prise du sud-est correspondant au deuxième état.
  • Vue aérienne prise du sud-ouest avant destruction / Photographie, entre 1978 et 1991. Collection particulière.

Bibliographie
  • CARLINI, Marcel. Saint-Raphaël à travers les âges. Saint-Raphaël : Marcel Carlini, 1981. 220 p., ill.

  • GARNIER Ch., AMMANN A. L'habitation humaine. Hachette, 1892.

    Dessins du palais de Sargon et de la maison assyrienne de l'exposition de 1889.
  • Saint-Raphaël journal, années 1897-1931 (lacunes 1915-1918).

    18 juin 1899.
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Négrel Geneviève - Fray François