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maison de villégiature (villa balnéaire) dite Villa La Côte, anciennement villa Lefèvre

Dossier IA06002843 réalisé en 2016

Fiche

Historique de la villa Lefèvre-la côte

A) 1848-1890 : la période Lefèvre

La villa Le Fèvre est située dans le quartier du Lazaret, au pied du Mont Boron. Le docteur LeFèvre qui avait dans un premier temps établit un établissement de Bains hydrothérapiques vers Gairaut, déplace son établissement dans sa propriété du Lazaret achetée le 29 décembre 1848 à la famille Thomatis pour 9000 francs. Il s’y installe avec son épouse d’origine anglaise, Emma Maxwell, alors très malade.Le domaine complanté d’oliviers se composait d’un grand ensemble allant de la mer (à l’extrémité du boulevard de l’impératrice de Russie, aujourd’hui Frank Pilatte) et dépassant au nord l’actuel boulevard Carnot, délimité à l’est par la propriété du colonel Robert Smith (Château de l’anglais) et à l’ouest par la propriété du docteur Alexandre Myèvre (villa Myèvre) et plus loin le petit Séminaire. La partie nord (actuels palais Miramar et villa Beau Site) était un grand pâturage. En 1852 « le docteur Le Fèvre, médecin français, résidant en ce moment dans notre ville, vient de découvrir, en pratiquant des excavations dans une vaste grotte située dans sa campagne du Mont-Boron à Nice, et connus sous le nom de grotte du Lazaret, un gisement considérable d’animaux fossiles » (l’Avenir de Nice, dimanche 4 avril 1852). Il s’agit de la grotte préhistorique dont les chercheurs de l’équipe du professeur de Lumley ont mis à jour un os frontal d’homo erectus vieux de 170 000 ans.

En 1864 une gravure d’Emile Négrin (Promenades à Nice, 1864, p.116) montre la « Maison de santé du docteur Le Fèvre ». L’ensemble, modifié jusqu’en 1879, est constitué d’un corps principal R+1 surmonté d’un second étage central avec dôme ovale. Des annexes ont été accolées, surmontées également par des dômes et peut être par un lanterneau. En 1859, Alexandre Lefèvre adresse au ministère de la Marine à Turin la demande d’une concession des roches sur le littoral pour son établissement d’hydrothérapie qui fera de lui l’un des précurseurs de la thalassothérapie.. Il y crée également le « dispensaire international de Nice » au sein duquel il dispense gratuitement des soins aux pauvres. Il soigne aussi les marins et les pêcheurs du port de Nice. Plusieurs achats complètent la propriété qui finit par s’étendre sur quelque 25 000m².Le centre « hydrotherme de Nice » était une maison de plaisance et de santé où les pensionnaires payaient 20 francs par jour, nom compris les soins. Ceux-ci consistaient en des « inhalations, bains de vapeur thérébentinés, douches, bains hydrélectriques, étuves orientales à température graduée" (Emile Négrin, Promenades à Nice, 1869-70). Les malades pouvaient également se baigner dans une piscine. Les salles du centre sont installées en contrebas de la maison, côté mer. Il en demeure encore des vestiges.

Au bord de la mer, il installe une sorte de cabane cylindrique dans laquelle il fait suivre à ses malades une cure dont il conserve le secret ». Cette machine est décrite par le commandant Octobon : « le docteur Le Fèvre fit construire des appareils assez curieux, qui intriguèrent, puis inquiétèrent certains esprits ; c’était en l’espèce, un grand tonneau de fer posé verticalement sur les rochers. Ce tonneau était verrouillé de l’extérieur. On plaçait les patients dans cette « pignata » (marmite), on provoquait une importante sudation en les enduisant d’une pommade…après quoi on les douchait copieusement avec l’eau de la mer projetée par des pompes… ». Le docteur Frédéric Alexandre Le Fèvre décède d’une attaque d’apoplexie dans sa maison, le 24 juin 1879 à l’âge de 65 ans. Après son décès, la villa passe à ses héritiers, son frère, puis à son neveu, qui la vend en 1890 à Willaim Cunard pour un montant de 180 000 francs.

B) 1890-1911 : la période Cunard

Des travaux seraient réalisés en 1891 par le nouveau propriétaire, William Cunard, armateur britannique, possesseur d’une flotte de paquebots et de cargos (propriétaire de la « Cunard Line »). Il ajoute à l’ouest du bâtiment une annexe à la bâtisse, comprenant une imposante entrée, un hall spacieux et un escalier monumental. Des aménagements sanitaires sont réalisés. Une terrasse est aménagée au niveau supérieur. 500 ouvriers participent à la réalisation de ces travaux. On ignore le nom de l’architecte. Un journaliste du Nice Times, décrit en 1891 la situation magnifique et unique qui fait le charme de cette villa. Pas seulement en raison du paysage pittoresque et enchanteur dont on peut profiter de chaque pièce et à chaque étage, mais aussi par le fait inestimable qu’il n’y a aucune nuisance sonore due au chemin de fer et qu’aucune voie publique n’existe jusqu’à la Méditerranée. Les époux Cunard viennent régulièrement dans leur demeure niçoise pendant la saison d’hiver au cours de laquelle ils participent à diverses manifestations (carnaval, expositions de peinture où Mme Cunard présente ses tableaux). Laura Charlotte Cunard décède à la villa Lefevre le 22 décembre 1910 à 87 ans.

C) 1911-1914 : La période du baron de Vos

La villa devient villa La Côte. Les héritiers Cunard vendent la propriété pour 200 000 francs au baron Henry de Vos, propriétaire allemand demeurant à Berlin. L’actuel aspect de la villa remonte à des travaux réalisés en 1911 et 1914. En 1911, une tour octogonale est édifiée à l’est de la villa sur les plans de l’architecte François Aubert. En 1914, sur les plans de l’architecte Horace Grassi, la tour occidentale est édifiée et une extension est réalisée au sud de cette tour. Au troisième niveau, il semble que la terrasse ait été fermée. C’est probablement à cette époque que les échauguettes crénelées ont été ajoutées en façade sud, mais aucun plan ne le spécifie.

D) 1921-2019 : la période du département des Alpes-Maritimes

Mise sous séquestre au titre des biens confisqués à l’ennemi, par ordonnances du Tribunal civil de Nice des 24 octobre et 24 décembre 1914, la villa La Côte est vendue aux enchères en 1921 et acquise par le département des Alpes-Maritimes ainsi qu’un terrain attenant d’une superficie de 14 000m². Le reste de la propriété, qui comporte 14 543 m² de terrain, est rétrocédé par l’Etat à la ville de Nice, qui souhaite y installer un jardin et une route (boulevard Jean Lorrain en 1927). Après quatre ans de conflit, la situation catastrophique de l’enfance assistée fait l’objet d’un rapport présenté lors de la session d’octobre 1920 du conseil général, par le docteur Gasiglia, qui propose de créer un établissement départemental de puériculture.Le 1er août 1924 une réunion se tient à la villa La Côte pour statuer définitivement sur l’installation matérielle de ses locaux. On trouve dans son procès-verbal un descriptif précis de la configuration projetée des lieux.Trente deux enfants sont hébergés en 1927 à la villa puis 35 en 1930. Les salles du premier étage qui leur étaient affectées sont devenues insuffisantes. Le docteur Gasiglia estime indispensable d’en ouvrir de nouvelles. Les travaux d’aménagement de la villa en maison d’enfants et son entretien sont suivis par l’architecte départemental, Adrien Rey. En1931, les pupilles de l’Assistance publique sont transférés à l’hôpital Lenval et la gestion de la villa La Côte confiée à l’œuvre Grancher pour la préservation de l’enfance contre la tuberculose (cette œuvre a été créée en 1903 par le docteur Grancher, disciple de Pasteur et pionnier de la lutte contre la tuberculose).

Pendant le seconde guerre mondiale, le caractère stratégique de la situation de la villa n’échappe à personne. Le parc et la villa sont minés et un blockhaus, dont il reste des traces, est implanté, permettant de surveiller l’entrée du port. La villa est endommagée du fait de l’occupation allemande et de l’explosion du port de Nice le 28 août 1944. Par ordre des autorités allemandes, les enfants sont évacués en février 1944 dans l’Isère. Après d’importants travaux de remise en état, ils retrouvent la villa début décembre 1945. En 1948, l’encadrement était assuré par des religieuses, ce qui explique la présence d’une chapelle au premier étage de la tour orientale, mais il y avait aussi du personnel laïc. Une institutrice venait chaque matin. En 1961, la convention de 1932 liant le département des Alpes-Maritimes à la filiale départementale de l’œuvre Grancher est résiliée. L’établissement est fermé le 1er février 1961. Le Conseil général des Alpes-Maritimes décide de transformer la villa en un aérium public géré par le département. L’établissement ferme le 1er mars 1974.

En 1975 la demeure est réaménagée et mise à disposition de l’Etat pour abriter le Tribunal Administratif de Nice. Ce dernier déménage à l'automne 2018 et la villa est en attente de cession par le conseil général des Alpes-Maritimes (demeurant par ailleurs propriétaire de la grotte du Lazaret qui se trouve dans la propriété).

Précision dénomination maison de villégiature
villa balnéaire
Appellations Villa La Côte, villa Le Fèvre
Destinations tribunal administratif
Dénominations maison
Aire d'étude et canton Nice - Nice
Adresse Commune : Nice
Lieu-dit : Mont-Boron
Adresse : 33 boulevard Franck Pilatte
Cadastre : 2016 KI 10

La maison de santé du Docteur Le Fèvre (installé sur la propriété dès 1848) est illustrée dans un guide de voyage de 1864. L'aspect actuel fait suite aux extensions opérées par la Baron De Vos en 1911 et 1914. Après la première guerre Mondiale, le bâtiment appartient au département des Alpes-Maritimes et devient centre de puériculture. Il est ensuite mis à la disposition du tribunal administratif de 1975 à 2018. Il est en 2019 en attente de cession par le département.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle , (?)
Principale : 1er quart 20e siècle
Dates
Auteur(s) Auteur : Aubert François
François Aubert

Architecte à Nice au début du 20ème siècle. Est l'auteur notamment de la villa Miramar, 29 boulevard du Mont-Boron à Nice.


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Auteur : Grassi Horace,
Horace Grassi

Agence d'architecte Grassi. 13, rue Massena, Nice.


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architecte, attribution par source

Ensemble aujourd'hui constitué d'un corps central et de deux ailes latérales avec tours crénelées. Deux échauguettes terminent le dernier étage du corps central. Une terrasse à balustres ceinture le premier étage. Une surélévation générale du bâtiment atténue l'effet des deux tours latérales.

Les anciens "bains", ou "chambres à douche" ou "nymphée" (selon la terminologie que l'on trouve dans les guides décrivant la propriété Le Fèvre) constituent le soubassement de la villa, comme cela est également indiqué dans le cadastre de 1871. Ces bains sont ouverts vers l'extérieur par plusieurs portes et éclairés par de petites baies en plein-cintre. Il s'agit aujourd'hui d'une série de cellules basses et peu profondes, liées les unes aux autres par des baies de communication. Des restes de polychromie existent sous les repeints. Dans certaines de ces cellules existent, le long des murs, des massifs de maçonnerie pouvant faire penser à des bancs.

Murs pierre moellon enduit
Plans plan centré
Étages 3 étages carrés
Élévations extérieures élévation ordonnancée sans travées
Typologies 1860-1919
Techniques
Statut de la propriété propriété du département
Précisions sur la protection

protection au titre du PLU n°435

Références documentaires

Documents d'archives
  • Demandes de permis de construire. Archives communales, Nice : 2T

    2T301 289
Bibliographie
  • Alain Poujade. Historique de la villa la Côte. (Ouvrage à paraître).

  • GAYRAUD, Didier. Demeures d'azur. Breil-sur-Roya : Les Editions du Cabri, 1998.

    p. 72
  • Négrin, Emile. Les promenades de Nice. 2eme éd. Nice : Faraud, 1864. 364-15 p.

(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général ; (c) Ville de Nice - Dallo Roberte
Roberte Dallo , né(e) Dallo (18/03/1972 - )

Historienne de formation, elle travaille depuis 15 ans sur le patrimoine architectural. Son sujet de prédilection concerne les matériaux des façades. Elle a contribué au Guide du Ravalement de la Ville de Nice et poursuivi ses recherches au sein de l'association Gloria Mansion dont elle est présidente. Elle est l'auteure de l'ouvrage Art déco, une méditerranée heureuse, éd. Gilletta, 2015 ainsi que de quelques articles de l'ouvrage Les 75 monuments historiques de Nice, éd. Mémoires millénaires, 2017. Elle a publié un article dans la revue ANABF "Le béton coloré : un patrimoine Art déco, un matériau d'avenir". Elle participe régulièrement au Salon International du Patrimoine Culturel à Paris et à co-organisé le séminaire "Façades en ciments colorés, une identité niçoise à valoriser" en 2017.


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- Prédal Christophe
Christophe Prédal

Responsable de la cellule "inventaire du patrimoine architectural et paysager" à la ville de Nice, depuis septembre 2018.


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