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ligne fortifiée dite ouvrages d'avant-poste, secteur fortifié des Alpes-Maritimes

Dossier IA06000029 réalisé en 1994

Fiche

Intérêt stratégique

Le 19 mars 1929, le ministre de la Guerre, Paul Painlevé, approuvait le projet d'organisation fortifiée de la frontière du Sud-Est présenté, le 12 février 1929, par la commission de défense des frontières, présidée par le général Guillaumat, dans son rapport n° 25/FA.

Ce programme, fruit de longues études, proposait un système de fortification concentrée dans des ouvrages puissants, implantés aux points principaux du terrain et s'opposait au système de fortification légère et dispersée, dont le tenant principal était le général Degoutte, commandant désigné de l'armée des Alpes. L'approbation ministérielle tranchait donc une controverse qui s'était poursuivie de 1927 à 1929, et entérinait un « programme d'ensemble » estimé à 700 millions, dont la première urgence ou « programme restreint », adopté le 26 janvier 1931 et doté d'un crédit de 362 millions allait pouvoir être mis à exécution par la commission d'organisation des régions fortifiées ou C.O.R.F.

Mais les propositions du général Degoutte ne furent pas, cependant, complètement rejetées. La position principale de résistance étant implantée assez en retrait de la frontière, le ministre admit la création, en avant, d'un certain nombre d'ouvrages d'avant-postes légers chargés d'assurer la sécurité avancée de la P.R., de tenir des passages secondaires et de soutenir, initialement, le dispositif de couverture, avec mission de résistance limitée.

Compte tenu de la modicité des crédits affectés au « programme restreint », il avait été convenu que le programme des avant-postes, distinct de celui de la C.O.R.F., serait exécuté par la main-d’œuvre militaire des régions concernées (14e et 15e). La surveillance technique des travaux était confiée à un bureau spécialisé dit « M.O.M. » des chefferies concernées et les dépenses devaient être imputées sur les crédits « Instruction ». L'implantation fut faite, bien entendu, en fonction des plans de feux des ouvrages de la P.R.

Malgré les réticences du général Belhague, président de la CORF, il semble que le chiffre de 24 ait été retenu.1 De fait, le décompte actuel2 aboutit à une trentaine, dont trois ouvrages anciens remployés, trois ouvrages inachevés, le reste (non compris les «barrages rapides» dotés du standard CORF) réparti à peu près également entre les XIVe et XVe RM (rappelons que l'actuelle région Provence-Alpes-Côte-d'Azur recouvre une partie de la zone du XIVe corps d'armée jusqu'à l'ouvrage du Pra inclus, au pied du col de Restefond. De l'ouvrage de Saint-Dalmas-le-Selvage inclus à la mer, on se trouve dans la zone du XVe corps d'armée, c'est-à-dire le secteur fortifié des Alpes-Maritimes), étant constitué d'ouvrages neufs opérationnels en 1940.

Le programme fut exécuté entre 1931 et 1936, à l'occasion des « campagnes d'été successives » des unités désignées pour y participer (détachements des 4e et 7e régiments du génie pour les travaux spécialisés: percements de galeries, ferraillage et coulée des blocs bétonnés, unités de toutes armes pour les transports, les mouvements de terre etc.). Des travaux complémentaires - la fortification n'est, par vocation, jamais terminée - se poursuivirent jusqu'à l'entrée en guerre de l'Italie, grâce à l'abondance des effectifs mobilisés.

Caractéristiques architecturales des ouvrages

Belvédère, ouvrage du col de Raus. Bloc d'entrée nord.Belvédère, ouvrage du col de Raus. Bloc d'entrée nord.Quelle que soit leur région militaire - donc du commandement du génie de corps d'armée - dont ils relèvent, tous les ouvrages de ce programme ont un certain nombre de points communs :

- Ils sont traités en « fortification de campagne renforcée », concept issu de l'expérience de la guerre de 14-18, et dont les caractéristiques sont détaillées dans l'instruction provisoire sur l'organisation du terrain - 3e partie - compléments à l'usage des troupes du génie (approbation ministérielle n° 1666 3/4 du 22 mars 1933).

- Ils ne comportent pas d'armement spécifique intégré, mais l'armement de campagne d'infanterie des unités occupantes (mitrailleuses de 8 mm modèle 1914, F.M. 24-29, tromblons lance-grenades V.B.). Les plans prévoient souvent, à l'extérieur, deux pièces de mortiers Stokes de 81 mm (mle 1918) vraisemblablement remplacées, en 1940, par le mortier de 81 mm Brandt modèle 27-31. Les munitions sont stockées à l'abri, dans l'ouvrage.

- La protection est limitée au coup isolé de 155 ou à deux coups superposés de 105 mm soit, pour les blocs, dalle et murs exposés aux coups : 1 m d'épaisseur de béton armé, murs non exposés aux coups : 0, 65 m.

- A part quelques ouvrages compacts ou monoblocs (Valabres annexe, Aiguille noire) le schéma habituel se résume à une infrastructure de galeries souterraines (communications, logements, magasins) sur laquelle sont greffées, par puits, galeries de plain-pied ou escaliers, un nombre variable de « blocs » bétonnés ou émergences comprenant généralement deux entrées, dont une de secours, un observatoire, et des casemates simples pour une, ou doubles pour deux mitrailleuses ou F.M. à embrasures cuirassées ou non.

- L'équipement intérieur est très simple : pas d'installation électrique. Eclairage par lanternes à pétrole avec collecteur des gaz, ventilation par appareil manuel aspirant l'air extérieur près d'une entrée et le distribuant dans les locaux par une tuyauterie en tôle. Pas de protection collective antigaz. Mobilier se résumant à un couchage pour une partie de la garnison seulement (lits de camp en bois, couchettes métalliques rabattables, ou châssis en béton), des râteliers d'armes, tables à rabattement et étagères à paquetage. A défaut de source captée (Le Pra) ou de puits intérieur (Larche) on trouve des réservoirs d'eau en tôle rivetée, alimentés de l'extérieur. La présence d'une cuisine est exceptionnelle (Larche).

- Cuirassements limités à :

- des portes blindées pivotantes, souvent à vantail divisible en deux moitiés haute et basse pour pallier un coincement, de 20 mm d'épaisseur, d'un type particulier dit des avant-postes

- des dispositifs en ferronnerie simples pour la protection des fentes d'observation sous béton

- des cloches cuirassées légères par éléments, à trois créneaux d'observation, dites « cloches Saint-Jacques » (du nom d'une usine métallurgique de Montluçon), en fait guérites observatoires démontables très proches de l'abri cuirassé type STG (17 exemplaires recensés - sous toutes réserves).

Compte tenu des conditions de vie très spartiates à l'intérieur d'ouvrages souvent situés loin de tout, il est normal que l'on trouve, à proximité immédiate, un cantonnement de temps de paix, soit bâtiment léger (Larche) soit abris en tôle cintrée permettant à l'équipage de vivre à l'extérieur, plus confortablement, avant d'être contraint à s'enfermer dans les galeries.

Caractéristiques particulières des ouvrages situés dans la XVe RM

Ouvrage de la Croix de Cougoule : alvéole-logement de la troupe.Ouvrage de la Croix de Cougoule : alvéole-logement de la troupe.A l'intérieur de ces caractéristiques générales, les ouvrages d'avant-poste du secteur fortifié des Alpes-Maritimes, c'est-à-dire ceux construits dans la zone frontière affectée au XVe corps d'armée à l'instigation de la direction régionale du génie présentent certaines caractéristiques spécifiques, reflétant les options des autorités techniques concernées, et qui les distinguent de ceux construits par le XIVe corps d'armée.

Ainsi, le logement et les magasins sont, le plus souvent, constitués par des alvéoles perpendiculaires aux galeries de circulation, alors que dans le XIVe, ils sont plutôt formés par des élargissements des galeries proprement dites.

Ouvrage du Planet, cloche Saint-Jacques.Ouvrage du Planet, cloche Saint-Jacques.

Les observatoires sont, le plus souvent, équipés de cloches Saint-Jacques isolées (11 exemplaires sur 15 ouvrages) alors que ces organes sont assez rares dans le XIVe corps d'armée (Les Revets, La Roue) en général remplacés par des blocs cubiques bétonnés à fentes horizontales obturées par des volets (Larche, Les Fourches, Le Pra etc).

Les créneaux des blocs actifs, pour mitrailleuse ou F.M., sont de simples ouvertures sous béton, à ébrasement extérieur gradiné, alors que dans les ouvrages du XIVe corps d'armée, ils sont munis de trémies cuirassées en acier moulé dites «A 2 R » ou «C 2 R» selon le champ de tir ou, également, «XIVe région », dont les volets mobiles et les montages d'arme n'étaient d'ailleurs pas livrés en 1940.

Ouvrage de Castes Ruines, casemate de mitrailleuse avec camouflage en pierres rapportées simulant un mur de pierres sèches.Ouvrage de Castes Ruines, casemate de mitrailleuse avec camouflage en pierres rapportées simulant un mur de pierres sèches.

Dans la XIVe R.M., l'ouvrage comporte, généralement, une entrée normale (1 x 2 m) et plusieurs issues de secours de 0, 70 x 0, 70 ménagées dans les blocs. Dans la XVe R.M., on trouve, par contre, deux blocs d'entrée identiques, souvent à des niveaux différents et dotés de portes normales : on n'y trouve pas d'issues de secours à gabarit réduit.

Par contre, il n'y a pas lieu de tirer de conclusion de la présence d'une casemate cuirassée Pamart à l'ouvrage de Valabres principal, s'agissant de l'emploi circonstanciel d'un cuirassement, surplus de la guerre de 14-18, monté à la place normale d'une cloche observatoire Saint-Jacques avec, en plus, une possibilité de tir, ce grâce à une modification de créneau.

Ces différences se situent dans la plage d'initiatives techniques laissées aux différents échelons subordonnés à l'intérieur du cadre de prescriptions générales partout respectées. Même s'agissant d'une catégorie sérielle d'ouvrages très modestes voire simplistes, on a là un bon exemple de l'adaptation aux conditions particulières de terrain, d'altitude, des matériaux et équipements disponibles.

Prix de revient des ouvrages d'avant-postes3

Prix en F valeur 1930-37.

1. Saint Dalmas-le-Selvage : 336.088 F

2. Isola : 241. 071,40 F

3 et 4. Valabres Principal et Annexe (Roure) : 226.230 F

5. Conchetas (Venanson): 322. 926, 35 F

6. Castel Vieil : 182. 264, 25 F

7. Le Planet (Belvédère) : 286. 195, 75 F

8. Col de Raus (Belvédère) : 261. 122, 75 F

9. Croix de Cougoule (Breil) : 343.688 F

10. Castes Ruines (Sospel) : 290. 655, 70 F

11. Baisse de Scuvion (Sospel) : 190. 727,20 F

12. Pierre Pointue (Castillon) : 252. 953 F

13. La Pena : 156.021 F

14. La Coletta : 200.318 F

15. Collet du Pilon : 233.687, 70 F

1général Humbert, « La défense des Alpes 1919-39 » dans Revue historique de l'Armée.- 1956, n° 4, p. 562Philippe Truttmann. La muraille de France.- 3e édition, 1992, p. 601 (liste détaillée) 3Ref. pièce 1 annexée au rapport 1911S du 23 février 1938 du directeur du génie de Nice
Appellations ouvrages d'avant-poste, du secteur fortifié des Alpes-Maritimes
Parties constituantes non étudiées blockhaus, ouvrage Maginot
Dénominations ligne fortifiée
Aire d'étude et canton Alpes-Maritimes - Alpes-Maritimes
Adresse Commune : Alpes-Maritimes
Lieu-dit : près de Frontière France-Italie
Précisions oeuvre située en partie sur la commune Breil-sur-Roya
oeuvre située en partie sur la commune Castillon
oeuvre située en partie sur la commune Isola
oeuvre située en partie sur la commune Belvédère
oeuvre située en partie sur la commune Sospel
oeuvre située en partie sur la commune Roure
oeuvre située en partie sur la commune Venanson

Le programme établi par la commission de défense des frontières, en 1929, propose un système de fortification concentré dans des ouvrages puissants, implantés aux points principaux du terrain. Parallèlement aux édifices de la Commission d'Organisation des Régions Frontalières, on décide d'établir une ligne d'organes plus légers et plus dispersés, comme l'avait proposé le général Degoutte. La mission de ces ouvrages d'avant-poste est de surveiller la sécurité des ouvrages principaux. Le programme est exécuté entre 1931 et 1936.

Période(s) Principale : 2e quart 20e siècle

Le schéma habituel d'un blockhaus se résume à une infrastructure de galeries souterraines sur laquelle sont greffés, par puits, galeries de plain-pied ou escaliers, un nombre variable de blocs bétonnés ou émergences comprenant généralement deux entrées, dont une de secours, un observatoire, et des casemates.

Murs béton béton armé
Statut de la propriété propriété publique

Annexes

  • Note d'ensemble sur les ouvrages d'avant-poste (1930-40) (relative aux ouvrages de Larche, des Fourches, du Pra et de Saint-Dalmas)

    Parallèlement au programme d'ouvrages puissants géré par la C.O.R.F., ouvrages constituant les piliers d'ossature d'une position de résistance tracée souvent en retrait de la frontière, on décida la création, très en avant, d'une ligne d'ouvrages d'avant-postes. Leur mission, outre celle de sonnettes avancées, était de surveiller les points de passage les plus dangereux, s'opposer aux infiltrations et dissocier les attaques en résistant même encerclés. Cette formule était une concession aux idées du général Degoutte, partisan de la fortification légère dispersée.

    Par économie, leur réalisation avait été confiée à la main-d'oeuvre militaire, sur crédits "instruction" pendant les "campagnes d'été", sous la responsabilité du commandement régional, en accord avec la C.O.R.F., mais sans intervention de celle-ci. Leur nombre fut limité à une trentaine sur l'ensemble de la frontière, pour éviter de s'éparpiller. La plupart ont été construits entre 1931et 1935. Construits à l'épreuve du 105 mm - donc légers -ils comportent généralement 2 ou 3 blocs pour armes automatiques, un bloc observatoire bétonné ou sous cloche blindée, une entrée et une ou deux sorties de secours, le tout greffé sur une infrastructure souterraine réduite. L'équipement est beaucoup plus simple que pour les ouvrages C.O.R.F. : pas d'électricité, mais des lampes à pétrole ou essence, des ventilateurs à bras, des latrines, une cuisine, des ressources en eau si possible autonomes et des moyens de chauffage. Tous sont dotés de cuirassements : portes et portillons blindés à 20 mm, trémies pour mitrailleuses type "S.E." "XIVe RM" ou "Tunisie", parfois cloches blindées "Saint-Jacques" de modèles distincts de ceux de la C.O.R.F. (sauf les créneaux F.M.). Tous sont reliés au réseau téléphonique de position.

    Contrairement aux ouvrages C.O.R.F., l'armement est celui organique, de campagne, apporté par les troupes mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914, fusils-mitrailleurs 1924 M 29, fusils et mousquetons, tromblons lance-grenades V.B. etc.. souvent renforcé de 2 mortiers de 81 mm modèle 24-31, en position défilée à l'extérieur. Les ouvrages sont, bien sûr, implantés pour bénéficier des tirs d'appui de l'artillerie de position et d'ouvrage déployée en arrière.

    Les garnisons en étaient constituées par des détachements de 20 à 30 hommes fournis par les bataillons alpins de forteresse, et placé sous le commandement d'un adjudant-chef ou d'un sous-lieutenant. La garnison dispose, bien entendu, de réserves appropriées en vivres, munitions et eau.

    Malgré les réticences formulées à l'origine à son encontre, cette formule devait se révéler féconde en apportant aux ouvrages C.O.R.F. un complément de feux et d'observatoires appréciable. Les ouvrages contribuèrent pour beaucoup à disloquer voire à briser l'offensive italienne dès la frontière. Ayant reçu, en juin 1940, l'ordre de résister sans esprit de recul, même en cas de repli des éléments extérieurs, ils tinrent sans défaillance au-delà même de l'armistice. Un seul inachevé - le blockhaus des Arcellins, au Mont Cenis, fut pris.

    En Ubaye, on trouve trois ouvrages de cette catégorie : celui de Larche, surveillant le col, celui des Fourches, face au col de Pourriac, et celui du Pra, surveillant la haute vallée de la Tinée, et le dernier relevant du 14e corps d'armée.

    L'ouvrage de Saint-Dalmas est le plus septentrional du 15e corps d'armée et appartient au secteur fortifié des Alpes-Maritimes.

(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Truttmann Philippe - Faure-Vincent David