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Le cinéma à Nice

Dossier IA06003905 réalisé en 2019

Fiche

Lieu privilégié du divertissement, la salle de cinéma à Nice est liée à l'essor de la villégiature. En effet, si les cinémas ont constitué, à Nice comme ailleurs, le lieu de loisirs de l'ensemble de la population, fortunée, oisive ou laborieuse, leur développement et leur nombre (on a parlé de Nice comme la ville possédant le plus de cinémas après Paris) sont la conséquence avant tout de la présence d'une importante population de villégiateurs dans la recherche de loisirs ou d'évènements culturels.

1896-1918

Le 28 février 1896, le journal L’éclaireur annonçait dans la rubrique des faits divers : « Grâce à la nouvelle découverte de MM. Lumière frères, la ville de Nice va être gratifiée d’un spectacle extraordinaire : la photographie vivante obtenue à l’aide du cinématographe ». C’est donc deux mois exactement après la première projection dans le salon indien du Grand café à Paris, que Nice découvrait le cinéma, dans la salle de l’Eldorado, un établissement recevant spectacles et music-hall, rue Garnier (aujourd’hui rue de la Liberté). Par son caractère de grande cité de villégiature, elle va continuer à bénéficier des dernières nouveautés dans le domaine des images animées avant bien des villes françaises et européennes pourtant plus peuplées. Jusqu’en 1905 les projections cinématographiques se déroulent dans des lieux divers : brasseries de l’avenue de la gare, casinos, théâtres, salles de réunion, bureau d’une agence d’excursions ou d’un journal...En effet, ces films courts qui pouvaient être couplés avec d’autres spectacles, ne nécessitaient pas d’installations particulières, hormis l’obligation de placer l’appareil de projection dans une cabine aux matériaux incombustibles. C’est en1905 que s’ouvre la première salle exclusivement réservée au cinéma, le Cinéma Lumière, que l’on situe approximativement au 3 avenue Georges Clémenceau. Le cinéma étant devenu une attraction à la mode, son exploitation se révèle financièrement intéressante et les salles vont rapidement se multiplier, ouvertes pour certaines uniquement pendant la saison d’hiver, changeant fréquemment de nom afin d’attirer le chaland par des espoirs de nouveauté et d’exotisme. Des salles de théâtre qui présentaient jusqu’alors des spectacles cinématographiques au sein d’un programme de numéros d’artistes divers vont devenir salles de cinéma à part entière comme le théâtre Politeama de la place Garibaldi ou le théâtre de la Renaissance, boulevard Risso, devenant le cinéma Odeon. Les salles se concentrent essentiellement autour de l’avenue de la gare (aujourd’hui avenue Jean-Médecin), depuis longtemps lieu des établissements de loisirs (cafés-concerts, théâtres…)

Lorsqu’il a fallu trouver des emplacements pour les salles de cinéma dans le centre de la ville déjà urbanisé, les cours d’immeuble ont constitué la solution. On y a en effet réutilisé certains entrepôts existants ou édifié des bâtiments nouveaux. Il convenait alors d’acheter une boutique (souvent étroite) en pied d’immeuble donnant sur la rue et un corridor reliait la boutique devenue petit hall et la salle. Quelquefois, ce furent les portes cochères, qui desservaient l’ancienne cour, qui remplirent cet office. Cette disposition, que l’on retrouve dans d’autres villes françaises, est présente dans tous les quartiers de Nice. C’est le cas par exemple pour les cinémas Phénix (1912, 9 rue Lascaris), Odeon-Olympia (1907, 4 boulevard Victor Hugo), Mondial (1920, 5 rue de la liberté) et pour ceux de l’actuelle avenue Jean-Médecin : Lyrique-le Français (1907), Apollo (1910), Novelty (1913), Femina (1913). Même le plus vaste et luxueux cinéma de la ville, le Paris-Palace (ouvert en 1920), ne peut qu’offrir une petite entrée sur l’Avenue, sa façade publicitaire richement stuquée (correspondant aux sorties de la salle) étant rejetée sur la rue perpendiculaire. A l’intérieur, les salles de cinéma de la « Belle-époque » se différencient peu de salles de théâtre, notamment celles destinées à une population aisée. Les architectes essaient d’adjoindre à la salle, de vastes foyers, des vestiaires ou des fumoirs. Souvent un café, ouvrant à la fois sur les foyers et sur l’extérieur, fait partie de l’ensemble. Quant à la salle proprement dite, on y trouve des loges ou baignoires (ensemble réunissant 3 à 6 fauteuils), une scène et souvent une fosse d’orchestre. Le balcon frontal reçoit souvent de courtes avancées latérales voulant rappeler le fer à cheval des théâtres à l’italienne. On évite toutefois un retour trop marqué du balcon, ces espaces latéraux bénéficiant d’une visibilité très médiocre. Dans un effet d’exotisme, certaines salles optent pour une décoration orientale (ainsi le cinéma Excelsior, 39 rue Pastorelli). Si le plus grand nombre de salles se retrouve sur l’avenue de la gare, artère principale de loisirs de la villégiature après la Promenade des Anglais, on peut en situer aussi sur des rues d’habitat plus populaire. Ainsi, trouve t’on avant 1914 l’Alhambra au 1 rue de la terrasse, le Phénix au 9 rue Lascaris ou l’Electro-Romeo au 29 avenue de la République. Cette répartition n’est pas propre à Nice. Longtemps considéré comme un amusement populaire, les salles se répartissent généralement entre les lieux généralement dévolus aux loisirs et les quartiers ouvriers. Il faudra attendre à Nice les années 1920 pour que les quartiers aisés accueillent leurs premières salles, au moment où le cinéma connaît un développement artistique (c’est la période où des circuits de type « art et essai » éclosent et où le cinéma devient 7ème Art). Les cinémas populaires cherchent à copier les cinémas luxueux du centre ville : des frises peintes en pochoir peuvent remplacer les staffs, les espaces d’accueil peuvent être généreux comme le hall du Romeo où trône en son centre une fontaine lumineuse.

1919-1949

L’entre-deux-guerre verra la grande explosion du cinéma avec la création de multiples salles, souvent modestes dans les quartiers périphériques, et l’édification en centre-ville de véritables temples de cinéma à l’architecture monumentale. En effet, et notamment au début des années 30, la puissance des acteurs de l’industrie cinématographique amène à des investissements importants dans les domaines de la production et de la diffusion avec la construction de grands établissements somptueux et modernes cherchant à s’individualiser dans un environnement de plus en plus concurrentiel. La qualité des infrastructures techniques, l’ambiance lumineuse intérieure et extérieure le soir venu, un nouveau décor luxueux marquent à Nice ces lieux de loisirs destinés à une riche population de vacanciers exigeants. Les cinémas doivent être visibles dans l’espace urbain et constituent souvent le centre et la plus-value de grands projets immobiliers. Le temps où l’on cachait les salles dans les arrière-cours est bien révolu. De plus les possibilités du béton armé permettent de combiner grand volume de salle et appartements contigus même sur des terrains biscornus (Escurial). C’est ainsi qu’à Nice naîtront Le Central (1923, encore à petite échelle), L’Esplanade (1930), l’Escurial (1933), le Forum (1933). Le Rialto (1927) aurait dû connaître la même configuration mais le projet est inabouti. Le casino de Paris (1928) réutilise des locaux destinés à des boutiques. Un projet grandiose de cinéma Royal, en 1934, n'a pas abouti. L’avènement du parlant (daté, en France, du film Le chanteur de Jazz en octobre 1929) est une révolution : « L’on pouvait faire du cinéma muet dans un décor improvisé : un hangar hâtivement transformé, un vieux music-hall, un théâtre déclassé, une arrière-salle de bistrot, la salle des fêtes d’un village ou une tente de forain. Le parlant impose des contraintes nouvelles : l’acoustique intervient […] Les exploitants n’ont pas d’alternative. Leurs salles doivent parler ou fermer» (Jeancolas, Jean-Pierre. Quinze ans d’années 30 : le cinéma des Français 1929-1944. Paris : Stock, 1983). La riche décoration en staff « belle-époque » crée des échos et il faut modifier le profil des salles et des plafonds, en les recouvrant de staffs décoratifs souvent « en vagues ». Il faut chercher au maximum des parois latérales convergentes vers les enceintes cachées derrière l’écran. Ce dépouillement de la salle, exigé par la technique, convient aux grandes lignes de l’architecture art déco, de ses fleurs en léger relief et de ses vagues. Ce style va atteindre même les salles populaires où appliques lumineuses et gorge entourant l’écran permettent, par ce style, d’apparaître à la pointe de la modernité (cinéma Rex). Les architectes Adrienne Gorska et Pierre de Montaut préconiseront même une absence totale de décoration dans les salles car rien ne doit distraire de l’écran. Les premiers cinémas développant cette esthétique sont les cinémas présentant des actualités en continus (circuits Actual et Cineac, présents à Nice dans les années 1930). Ces deux architectes interviennent aussi dans une modernisation du Paris-palace (1936). Par contre l’accent est mis sur l’ambiance lumineuse de la salle et de la façade. Cette dernière doit devenir une boîte de lumière avec un éclairage important du hall (visible à travers de grandes baies vitrées) et du volume de la façade avec force néons de couleur recouvrant murs et auvents. Très vite l’ensemble des cinémas de Nice travailleront l’éclairage de leur façade, habitude qui se poursuivra jusqu’aux années 1980, bien loin de la modestie actuelle.

1950-2010

Le développement des salles se poursuit après la seconde guerre mondiale. On dénombre ainsi 45 salles de cinémas et 20 000 fauteuils en 1965 (acmé du nombre de salles à Nice). L’Avenue seule en compte huit. En 1960, Nice a ainsi comptabilisé 6 200 000 spectateurs. Nice est, après Paris, la ville disposant du plus grand nombre de fauteuils et est considérée comme une ville de cinéphiles avec de nombreux ciné-clubs. Jean-Pierre Léaud, un des héros du film La nuit américaine, ne quitte t’il pas quotidiennement le plateau pour aller au cinéma en centre-ville depuis les studios de la Victorine. Les dernières ouvertures de salles concernent désormais des quartiers éloignés du centre-ville : le California au carrefour des Bosquets en 1945, le Jeanne-d’Arc sous l’église du même nom en 1953, le Lux au 128 boulevard de Cessole en 1959, le Rio à l’Ariane en 1960… Derniers ouverts, ce seront aussi les premiers à fermer à compter du début des années 1970 où débute la forte érosion de salles en France et à Nice. Dès 1970, débute la fragmentation des salles avec le Capitole devenant Capitole-Capri (2 salles) et le Mondial se transformant en Paramount Nice-Studio Nice. Ce sera ensuite le tour du Paris Palace 1et 2, Mercury 1 et 2, Gaumont-Concorde (ancien Excelsior)1 et 2… Choisir le créneau Art et essai ou celui, très en vogue à cette époque,du cinéma pornographique permettra de prolonger la vie de certains cinémas. Les décennies 1950-1960 verront la création de nombreux ciné-clubs, le plus important étant le ciné-club Jean Vigo. Si certaines salles ne recherchent pas d’ambiance particulière, privilégiant la qualité des œuvres projetées (notamment pour le circuit des salles art et essai et le circuit des ciné-clubs, nombreux à cette époque), la plupart souhaitent maintenir une décoration luxueuse. Après la période du stuc « belle-époque », du staff et des marbres art déco, de nouveaux matériaux apparaissent : panneaux de métal, plexiglass, moquettes synthétiques de couleurs vives…Ainsi, les modifications de 1959 du Paris-Palace mirent au goût du jour la décoration avec l'utilisation de marbres, damiers de glace-miroir, appliques en cuivre et moquette au sol. Les murs de la salle étaient tapissés de moquette de laine marouflée et de tissu de soie plissé. La grande salle du Paramount présentait des pilastres de laque d’ambre et un revêtement mural de satin plissé. Quant aux façades, elles étaient toujours ornées de davantage de néons multicolores.

Aires d'études Nice

Références documentaires

Bibliographie
  • PREDAL, René. Les cinémas à Nice au temps du muet. Nice : Revue de la cinémathèque de Nice, 2009. Collection Hors-série. 136 p. 22 cm

  • PREDAL, René, Les cinémas à Nice des années 30 à nos jours. Nice : Revue de la cinémathèque de Nice, 2010. Collection Hors-série. 169 p. ; 22 cm.

(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général ; (c) Ville de Nice - Prédal Christophe
Christophe Prédal

Responsable de la cellule "inventaire du patrimoine architectural et paysager" à la ville de Nice, depuis septembre 2018.


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