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Ilot 12 de la rue de la République

Dossier IA13001481 réalisé en 2009

Fiche

Œuvres contenues

L'îlot 12 présente une grande homogénéité tant sur le plan du traitement des façades que de l'organisation des appartements. Les élévations sont unifiées par des bandeaux entre les étages et des balcons filants, sans rupture de niveau alors que la rue est pourtant en pente (la différence est compensée en jouant sur la hauteur du premier niveau). L'ordonnance est composée à partir de l'axe de symétrie donné par le N°45, ordonnance à l'échelle de l'îlot et non de chaque immeuble qui s'efface devant l'ensemble. C'est un urbanisme qui inscrit dans une tradition marseillaise de la ville baroque, initiée par Pierre Puget vers 1670 au Grand Cours (cours Belsunce) où les immeubles présentent également une fonction commerciale au rez-de-chaussée.

L'organisation des appartements est de type mixte, c'est-à-dire qu'un vestibule ou un couloir distribue les pièces et les rend autonomes, mais que certaines pièces secondaires (petites chambres, alcôves, pièces noires...) peuvent être dépendantes. La distribution correspond à celle qui est préconisée en 1864 par le docteur Maurin, dans son ouvrage sur les conditions de l'hygiène à Marseille :

1- Une chambre à deux fenêtres recevant un lit dans une alcôve stuquée,

2- un cabinet à une fenêtre recevant un autre lit,

3- un salon à une ou deux fenêtres,

4- entre la chambre et le salon un cabinet prenant jour sur le palier, à l'aide d'un châssis fixe, ou sur le salon à l'aide d'un châssis à battant que l'on ouvre le soir venu. Dans les deux cas on conçoit que cette pièce est très imparfaitement aérée ; néanmoins on l'utilise soit en guise de chambre à coucher, soit comme chambre de débarras...,

5- enfin une cuisine avec soupente, charbonnière, pierre d'évier. (1)

On remarque deux caractéristiques, aussi bien dans cette description que dans les immeubles de la rue de la République. D'une part, la présence des alcôves. L'alcôve est la partie de la chambre qui reçoit le lit. La chambre est alors la pièce à vivre où la maîtresse de maison reçoit. Elle est de taille égale ou plus grande que la salle à manger, la pièce "où l'on mange". De même, la salle à manger et la cuisine sont en général en intérieur d’ilot alors que les chambres sont sur la rue. C'est cette disposition qui est préconisée par l'architecte Victor Leroy, en 1847 (2). On la rencontre par exemple au troisième étage de la parcelle 103. C'est ce qui explique que lors de la visite des appartements vides, il est difficile de différencier la salle à manger de la grande chambre, les deux pièces étant également traitées (cheminées, décors de gypserie).

Nous sommes ici à la fin des années 1860 et cet usage de la chambre commence à être obsolète. Les alcôves sont abandonnées dans l'habitat bourgeois vers 1870, la chambre devient intime, remplacée comme espace de réception par la salle de séjour. Dans les dossiers d'assainissement réalisés à Marseille dans les années 1890, des demandes de modifications de distribution sont exprimées en vue de passer les chambres à l'arrière, au calme, et de mettre la salle de séjour du côté ensoleillé ou/et sur la rue, même si elle s'en trouve éloignée de la cuisine. Cela s'est vraisemblablement passé à l'îlot 12 accentuant la difficulté de lisibilité.

Autre élément archaïque, plusieurs pièces d'un même appartement ouvrent directement sur le palier tout en étant aussi accessible en traversant une autre pièce (par exemple parcelles 103 ou 111), ce qui permet d'économiser la place d'un couloir à l'intérieur, mais oblige à sortir dans l'espace collectif. Ce trait est obsolète depuis les années 1840, où une porte unique donne accès à l'appartement, ainsi refermé sur l'espace privé.

NOTES

(1) Marseille du point de vue de l’hygiène et de la statistique médicale par le Docteur S.E. MAURIN - S.S.M. Tome XXVII (chapitres Maisons) 1864.

(2) Notice sur les constructions de maisons à Marseille. V. LEROY, S.S.M. Volume X - 1847.

Appellations îlot 12 de la rue de la République
Parties constituantes non étudiées immeuble, passage couvert, casino, boutique, atelier
Dénominations îlot
Aire d'étude et canton Euroméditerranée
Adresse Commune : Marseille 2e arrondissement
Lieu-dit : les Grands Carmes
Adresse : 35-55 rue de la République , 9, 11 rue Jean-Marc-Cathala , 2-6 rue des Phocéens , 2-14 rue Montbrion , 5 place Sadi-Carnot
Cadastre : 2007 800 D 93 à 115

L'îlot 12 a été construit en 1866 par les architectes Hilaire Curtil et Eric Buyron. Date et signatures sont mentionnées sur une plaque à chaque extrémité de l'îlot. Un casino est aménagé (parcelles 105 et 101). Devenu le music-hall des Folies Bergères, il est loué en 1878 pour abriter le troisième congrès ouvrier national qui voit la naissance du premier parti socialiste. En 1883, il est transformé en Palais de l'Industrie. En 1988, il devient le garage Carnot, parking couvert sur plusieurs niveaux. Seul demeure l'escalier.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle , porte la date
Dates 1866, porte la date
Auteur(s) Auteur : Curtil Pierre-Hilaire,
Pierre-Hilaire Curtil

Architecte-entrepreneur marseillais. Auteur de certains îlots de la rue de la République à Marseille, vers 1866 et de son château de la Buzine (11e arrondissement) en 1865.


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architecte, entrepreneur, signature
Auteur : Buyron Eric,
Eric Buyron

Architecte. Auteur avec Pierre-Hilaire Curtil de certains îlots de la rue de la République, à Marseille, en 1866.


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architecte, signature

Passage des Folies Bergères. Vue prise vers le sud-est.Passage des Folies Bergères. Vue prise vers le sud-est. L'îlot 12 est un îlot allongé, de 4 963 mètres carrés, constitué de 23 parcelles, de superficie comprise entre 100 et 265 mètres carrés, majoritairement rectangulaires, à part celles de l'extrémité sud-est, irrégulières. Il présente une double rangée de parcelles, séparées par le passage des Folies Bergères, cour axiale commune à statut d'espace public. Le passage débouche au nord dans la rue Jean-Marc-Cathala par une porte cochère au rez-de-chaussée de la parcelle 115. D'est en ouest, il est traversé à hauteur de la parcelle 111 par le passage de Lorette qui met en relation la rue de la République et le vieux quartier du Panier. Pour racheter la différence de niveau de plusieurs étages entre ces deux espaces, le passage débouche sur la rue de Lorette par trois volées d'escalier. Deux autres passages (couloirs des numéros 39 et 45) permettent également d'accéder au passage des Folies Bergères. La densité d'occupation des parcelles par le bâti est forte, quasi totale, si l'on excepte la présence de puits de lumière.

Les immeubles riverains de la rue de la République s'élèvent sur 5 niveaux d'étages carrés, au-dessus d'un sous-sol et du rez-de-chaussée, et sont surmontés de deux étages de comble. L'alignement des immeubles est unifié au niveau de l'îlot lui-même qui est ordonnancé à partir de l'axe donné par le n° 45 : élévation de 7 travées, porte d'entrée plus monumentale, travée centrale cantonnée de pilastres colossaux. De part et d'autre de cet immeuble la symétrie est donnée par les rythmes des travées (3 4 4 6 4 4 7 4 4 6 4 4 3), la composition des balcons et balconnets et le décor. Horizontalement, l'unité est donnée par les bandeaux, le balcon filant et la corniche. Les 3 immeubles de la pointe sud présentent des différences en plan et en élévation : un seul étage de comble, façade à couronnement mansardé... L'immeuble parcelle 102 est couvert d'un toit à longs pans brisés aux brisis couverts d'ardoise.

Les rez-de-chaussée sont prévus dès l'origine pour être occupés par des commerces. Le premier étage comporte parfois de petits appartements complétés par des pièces de stockage. Dans le passage des Folies Bergères, les rez-de-chaussée des parcelles ouest sont occupés par des ateliers artisanaux.

L'accès aux immeubles se fait par un couloir latéral (à gauche ou à droite) qui dessert l'escalier, tournant à retours autour d'un jour, situé en profondeur dans le tiers médian de la parcelle. Le couloir est central dans les trois parcelles les plus larges (105, 108 et 111) où il fait office de passage couvert. Dans ces grosses parcelles, l'escalier est central dans les étages et n'est pas éclairé. Il peut alors prendre des formes plus complexes (escalier symétrique à première volée centrale et deuxième volée double à montées droites parallèles, parcelle 111). La parcelle 101 a conservé l'escalier de l'ancien casino (départ central, deuxième volée en fer à cheval).

Immeuble 51, rue de la République. Escalier à hauteur du premier étage.Immeuble 51, rue de la République. Escalier à hauteur du premier étage.

Concernant les distributions intérieures, le type le plus courant est celui que l'on trouve dans les parcelles de 170 mètres carrés. Elles abritent deux appartements symétriques par étage, un sur la rue et un sur le passage des Folies Bergères. Les cuisines sont en milieu de parcelle, éclairées par un puits de lumière. Sur le devant, le séjour est sur la rue ainsi qu'une ou deux chambres. Une autre chambre donne sur le puits de lumière. Deux parcelles de ce type (parcelles 107 et 110) n'ont qu'un seul appartement traversant au 2e étage (étage noble). Mais peut-être est-ce le résultat d'une modification ?

Les trois grosses parcelles (265 mètres carrés) ont un escalier central. Les parcelles 105 et 111 ont trois appartements par étage : un appartement traversant (cuisine sur puits de jour, grande chambre avec alcôve et séjour sur la rue, deux chambres sur le passage et une chambre sur puits de jour, à l'arrière), un appartement sur l'avant (cuisine sur puits de jour, séjour sur rue et chambre sur puits de jour) et un appartement sur l'arrière (cuisine sur puits de jour, séjour et chambre sur l'arrière). Au deuxième étage il n'y a que deux appartements traversants. Le quatrième étage de la parcelle 111 a une disposition différente : deux appartements se partagent le devant, un seul occupe la totalité de l'arrière. La parcelle 108 a quatre appartements par étage. Les pièces d'habitation recevant souvent le même type de traitement (décor, cheminées), il est souvent difficile de différencier la salle de séjour et les chambres. Les équipements des cuisines étaient du type de ceux observés parcelles 103 et 111. Au deuxième étage de la parcelle 103, ils sont encore intacts. Il s'agit d'un potager surmonté d'une hotte en plâtre, saillante et évasée, au linteau en surplomb mouluré. Le potager est percé sur le dessus de 4 trous carrés grillagés où l'on plaçait les braises. La partie basse est constituée de niches pour contenir le charbon ou certains ustensiles de cuisine. A gauche, se trouve la pile (évier) en pierre surmontée d'étagère, et à droite un placard. Les autres pièces sont équipées de cheminées en marbre rouge, blanc ou gris. Au premier étage de comble, on a de petits appartements (50 mètres carrés).

Immeuble 35, rue de la République. Troisième étage. Cuisine : cheminée et potager.Immeuble 35, rue de la République. Troisième étage. Cuisine : cheminée et potager.

Murs pierre de taille
Toit tuile creuse, ardoise
Étages sous-sol, rez-de-chaussée, 5 étages carrés, 2 étages de comble
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit à longs pans
toit à longs pans brisés
croupe
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour, suspendu
escalier dans-oeuvre : escalier symétrique
escalier dans-oeuvre : escalier en fer-à-cheval
Techniques sculpture
sculpture
menuiserie
décor stuqué
mosaïque
fonderie
Représentations guirlande, ornement végétal couronne végétale, chêne tête, homme, laurier, médaillon, cuir découpé, entrelacs ornement géométrique, monogramme draperie rosette
Précision représentations

Les façades sur rue présentent un abondant décor sculpté (étudié dans la base Palissy). Certaines portes ouvrant sur le passage des Folies Bergères sont aussi surmontées de cuirs, de guirlandes de laurier maintenues par des rubans, et autres motifs végétaux. Les passages couverts ont leur plafond orné de gypserie. Sur la rue, certaines fenêtres au deuxième niveau sont équipées de lambrequins en fonte figurant des draperies. Le tympan de menuiserie de la porte d'entrée du n° 5, place Sadi-Carnot, est à deux panneaux ornés de couronnes de feuilles de chêne, surmontés d'une fenêtre cantonnée d'ailerons et de guirlandes de feuilles de chêne.

Immeuble 45, rue de la République. Lambrequin métallique surmontant les fenêtres de l'entresol.Immeuble 45, rue de la République. Lambrequin métallique surmontant les fenêtres de l'entresol.

Les couloirs d'entrées et les pièces principales des immeubles présentent un décor de gypserie soigné. Les sols des couloirs sont parfois en mosaïque avec un motif central (ornement géométrique, monogramme...). Au n° 5, place Sadi-Carnot, la porte séparant le couloir de la cage d'escalier est surmontée d'un cuir découpé portant en son centre un médaillon où figure une tête d'homme à l'antique, de profil, ceinte d'une couronne de laurier, qui pourrait être une représentation de Napoléon 1er.

L'escalier de l'ancien music-hall présente un décor de gypserie néo-18e siècle, dont une niche à pilastres cannelés, cantonnés d'ailerons à volutes.

Ilot type des grands lotissements haussmanniens marseillais. Seuls les immeubles des parcelles donnant sur la rue de la République faisaient partie de l'opération d'urgence.

Statut de la propriété propriété privée

Références documentaires

Bibliographie
  • GAILLARD, Lucien. La naissance du premier parti socialiste. Dans : Marseille, N° 120, 1980, p. 11-14.

    Mention de la location de la salle des "Folies Bergères" pour la tenue du congrès qui verra la naissance du premier parti socialiste.
  • BONILLO, Jean-Lucien. Type urbain et types domestiques. Analyse architecturale du trois fenêtres marseillais. Marseille : Diplôme de 3e cycle, I.N.A.M.A. 1978.

  • CONSTANT, Gabriel. Châteaux et bastides de Saint-Menet : La Buzine, La Millière et La Barrasse. Dans : Marseille, N° 38, 1959, p. 27-28.

    Pierre-Hilaire Curtil est l'auteur commanditaire du château de la Buzine en 1867.
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