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fortification d'agglomération, extension Missiessy-Malbousquet

Dossier IA83001927 réalisé en 2014

Fiche

Historique et typologie générale

Au début de l’année 1855, avant l’achèvement de la nouvelle darse de Castigneau et de son enceinte, le conseil d’amirauté envisageait de porter les limites de l’arsenal au-delà de celles de Castigneau, la généralisation de la marine à vapeur laissant présager l’insuffisance des darses et équipements existants. De plus, le nombre limité des casernes et leur dissémination en ville compliquaient le transit des troupes, et l’avenir des casernes du « grand couvent » (couvent récupéré par le ministère de la Guerre après la Révolution) et du Jeu de Paume, était incertain, un futur plan d’alignement urbain pouvant entraîner leur suppression. La marine demanda donc une nouvelle extension vers l’ouest, jusque dans la plaine de Missiessy, des limites de l’arsenal, extension capable d’accueillir des casernements, et comportant une nouvelle darse avec ses équipements, au pied du château de Missiessy, domaine privatif de 33 hectares 67 ares, avec petit château à quatre tourelles. Extension Malbousquet. Revêtement à galerie casematée du bastion 4, face gauche et angle de capitale.Extension Malbousquet. Revêtement à galerie casematée du bastion 4, face gauche et angle de capitale.

Un premier projet de principe fut établi dès 1855, avec une emprise de 55 hectares couverte par une nouvelle enceinte bastionnée couronnant les hauteurs de Missiessy et se refermant sur le front de mer. Cependant, le 17 décembre 1856, le comité des fortifications délibéra en faveur d’un tracé nettement plus ample, définissant une aire close d’environ 100 hectares, qui permettait à la nouvelle enceinte de joindre le fort Malbousquet plutôt que d’être dominée par cet ouvrage détaché. Ce principe fut approuvé par le ministre de la Guerre le 2 mars et le 30 mai 1857, sur la base d’un coût global pour l’acquisition des terrains de 3.000.000 fr, dont 2.000.000 au compte du département de la Guerre, le solde à celui de la marine, le coût des travaux incluait « les dépenses afférentes aux bâtiments militaires à créer dans l’enceinte agrandie » estimées à 8.500.000 fr, dont 6.000.000 à charge du département de la guerre, et 2.500.000 à charge de la marine 1. Ces estimations montrent la part majoritaire de la Guerre, s’agissant avant tout de la construction d’une grande extension de l’enceinte fortifiée de la place. De plus, le génie se réservait dans le principe une part assez importante de l’aire intérieure ainsi créée, la marine n’étant pas destinataire de la totalité, mais plutôt d’une part équivalente à celle de 55 hectares définie en 1855 comme répondant aux nouveaux besoins d’extension de l’Arsenal.

Dans sa dépêche du 16 mars, le ministre de la Guerre précisait toutefois que la présentation rédigée définitive du « projet d’extension de la place vers le fort Malbousquet » aurait lieu en 1858, et que la mise en chantier ne serait pas programmée avant l’exercice 1860. Outre la question du délai nécessaire pour réaliser les acquisitions des domaines à exproprier, il s’agissait de ne pas nuire à l’achèvement des travaux de l’extension nord de l’enceinte de ville, qui n’étaient pas remis en cause par ce nouveau projet, à la différence de la partie sud-ouest de la même enceinte, dite de Castigneau, dont le front ouest (côté droit du bastion B, bastions C, D et courtine intermédiaires) n’avait plus, dans ce nouveau cadre, de véritable utilité défensive, pas davantage que le front ouest 1-12-11 de l’enceinte de la darse de Vauban, conservé néanmoins comme séparation d’avec la darse de Castigneau, mais inutile comme retranchement défensif intérieur.

En 1858, la liaison entre le bastion ancien 11 et le bastion FG de l’extension nord, qui n’était pas autre chose qu’un mur de séparation entre la ville et l’arsenal de Castigneau, cessa d’être considérée par le génie comme un front de la nouvelle enceinte de la ville, ce qui permit de pérenniser sa traversée par la route de Marseille et de créer la nouvelle porte de ville, dite Impériale, dans la courtine E-FG. De plus, la marine avait alors demandé l’autorisation de détruire les bastions 11-12 2, ce qu’elle ne réalisa que pour le bastion 11, afin de faire courir de façon continue et rectiligne le mur de séparation nord entre ville et arsenaux, depuis l’angle nord-est de l’enceinte de l’arsenal jusqu’à la porte de Castigneau. Dans cette nouvelle configuration, la limite théorique entre l’enceinte bastionnée nord de la ville et le front bastionné de Castigneau, auparavant située au flanc gauche du bastion FG, se déplaçait au droit du bastion E. C’est donc logiquement à ce bastion E de la nouvelle enceinte nord en cours d’achèvement que la nouvelle enceinte ouest projetée jusqu’au fort Malbousquet avait lieu de se raccorder.

Un décret impérial du 23 janvier 1859 déclarait d’utilité publique l’acquisition des divers terrains reconnus nécessaires à l’extension de l’enceinte de Toulon jusqu’au fort Malbousquet. Le 10 septembre suivant, le Tribunal civil prononçait l’expropriation, pour cause d’utilité publique, d’un ensemble de propriétés situées à l’ouest de la ville et formant ensemble une surface de 116 hectares, 16 ares, 13 centiares 3.

Avant même la finition du projet de l’enceinte par le chef du génie, l’inspecteur général des fortifications lui faisait part de ses préconisations s’agissant de l’intégration du fort Malbousquet : « …tout en conservant la caserne voûtée du fort Malbousquet (le nouveau projet doit donner) sur ce point important, un tracé large et simple, le corps de place devant prendre du commandement sur la partie conservée du fort Malbousquet, qui ne sera plus qu’un dehors de la place proprement dite » 4.

Dans les faits, les travaux, confiés à l’entrepreneur Brunet, qui avait déjà construit après 1845 l’enceinte non revêtue de Castigneau, débutèrent lentement, l’hiver 1860-1861, par « les quatre fronts à droite du fort » (front nord). L’économie du chantier était tributaire du creusement de la nouvelle darse de Missiessy par la marine, qui devait procurer les remblais nécessaires à la constitution des remparts des nouveaux fronts bastionnés.

Rédigé et dessiné en avril 1860 sous la direction du colonel chef du génie Antoine Long, le projet de la nouvelle enceinte comportait trois fronts bastionnés échelonnant neuf bastions à flancs droits, comparables à ceux de l’extension nord de l’enceinte de la ville, mais plus irréguliers en largeur et espacement. Les ouvrages furent désignés par une numérotation chiffrée de 1 à 10, faute de trouver une nomenclature en cohérence avec celle, lettrée, de la nouvelle enceinte de la ville et de Castigneau.

Aucune tenaille n’était proposée devant les courtines des fronts de terre, mais un nouvel état du projet revu et corrigé, daté d’avril 1862 en ajouta, et elles furent réalisées.

Le front de terre nord, le plus long, se greffait sur l’angle d’épaule gauche du bastion E de l’enceinte de ville, en ménageant au raccord une porte d’eau destinée à permettre l’inondation partielle des fossés nord par les eaux de la future darse Missiessy, restant à creuser. Ce dispositif fit l’objet de plusieurs variantes de projet, le parti préconisé dans les premiers temps créant une coupure nette entre les deux enceintes, soit entre le bastion E et le bastion 1 à construire. Après 1864, l’idée de démolir à terme le front ouest de Castigneau (bastions C-D) étant admise, la nouvelle enceinte ouest fut considérée comme en continuité de l’enceinte nord, ce qui porta à simplifier les circulations de ronde et la rue militaire, notamment en supprimant toute coupure et en enterrant sous le rempart le canal de décharge du bassin de Missiessy au fossé nord.

Le front nord projeté en 1860 et réalisé sans grands changements comporte d’abord le large demi-bastion ou redan 1, un petit bastion 2, puis deux larges bastions 3 et 4. Des dehors complexes couvrent les faces du bastion 3, constitués d’une grande contregarde (ou couvre-face), elle-même masquée sur sa face gauche par une lunette. Au milieu de la courtine 1-2 fut implantée une porte, issue principale terrestre du nouvel arsenal de Missiessy. Cette porte « Missiessy » (dite aussi du Las) est prévue classiquement encadrée, côté intérieur, de deux pavillons, comme les portes de ville de la nouvelle enceinte nord, et précédée en tête de pont d’un tambour sur place d’armes du chemin couvert, analogue à celui de la porte Impériale, alors en cours d’achèvement dans la courtine E-FG. Dans la courtine 4-5, en position non centrée, une porte semblable, tambour compris, réalisée telle que projetée, fut nommée porte Malbousquet. Chacun des deux bastions 2 et 4 devait inclure un magasin à poudres, qui ne fut pas réalisé, de même qu’un nouveau projet de magasin à poudre proposé de 1862 jusqu’en 1866 dans la moitié droite du bastion 3. Les grands bastions 3 et 4 étaient destinés à porter chacun un cavalier complexe et asymétrique. L’état réalisé, conformément à des modifications apportées au projet en 1862, implanta ces cavaliers selon un plan mieux centré et plus régulier.

Le tracé du bastion 5 et de l’angle nord-ouest de la nouvelle enceinte qui lui fait suite sont encore assez mal définis sur le projet de 1860 : ils occupent une position dominante sur la hauteur Malbousquet et doivent traverser de part en part le fort, au prix de la démolition d’une partie importante de ce dernier, privé de son statut d’ouvrage détaché autonome. Dans cet état initial du projet, le front de gorge du fort en « corne », avec son fossé et sa caserne casematée devaient être conservés et incorporés dans l’angle saillant coté 6 que devait former l’enceinte du corps de place, entre les bastions 5 et 7. La construction de cet angle 6 devait en revanche entraîner la suppression de la majeure partie de l’ancienne lunette de 1814, dont l’angle de capitale conservé aurait été remployé pour former une contregarde et la démolition du magasin à poudres bâti dans cette lunette en 1848. Le front nord du fort, avec son « as de pique » encadré de deux demi-bastions, construits en 1844-1846, était préservé par le projet. La face nord du bastion 5 et la branche voisine de la contregarde, non couverte par l’as de pique sont précédées de deux couvre-faces morcelant le fossé (rampant dans ce secteur) en deux branches.

L’état réalisé du secteur nord-ouest de l’enceinte « au travers du fort Malbousquet » et de l’adaptation dudit fort, s’éloigna sensiblement de ce projet de 1860, mais fut à peu près conforme au nouveau projet dessiné et décrit en avril 1862 par le même chef du génie Antoine Long : c’est toute la moitié nord / nord-ouest du fort, soit non seulement l’as de pique et ses demi-bastions, mais encore la courtine ouest, et l’ancienne lunette (magasin compris), qui furent conservés pour former un dehors complexe, retranché du corps de place par un fossé dont la création entraîna la destruction de l’ancien front de gorge du fort et de sa caserne. Celle-ci fut remplacée à quelques mètres de distance par une nouvelle caserne casematée neuve équivalente, de sept travées, pour 280 hommes, nichée dans le bastion 5, devenu un double bastion coté 5-6. Le projet 1862 donna à cet ouvrage flanquant un plan complexe, fusion de deux demi-bastions, la moitié gauche ou demi-bastion 6, portant un haut cavalier recouvrant la caserne neuve, dont la façade s’ouvrait sur l’aire intérieure plus basse de la moitié droite ou demi-bastion 5. Un angle rentrant en tenaille remplaça l’angle saillant de capitale à la jonction du revêtement des deux moitiés 5 et 6. Le couvre-face prévu au nord du bastion 5 fut réalisé d’une pièce, sous la forme d’une contregarde (cotée 13) couvrant la face droite et l’angle rentrant entre 5 et 6. Face à la gorge de l’ex-fort Malbousquet réduit à un dehors, la continuité de l’enceinte du corps de place forma désormais, non plus l’angle saillant 6 prévu en 1860 entre les deux bastions 5 et 7, mais une courtine reliant le bastion 7 au demi-bastion 6 couronnée d’un parapet de même hauteur que le cavalier de ce demi-bastion et se prolongeant pour former un cavalier dans la partie droite du bastion 7. Cette courtine fut couverte d’une tenaille dans le fossé.

Pour embrouiller encore davantage cet ensemble compliqué, les ouvrages constitutifs du reste du fort devenu un dehors complexe (mais toujours nommé fort Malbousquet) conservèrent une nomenclature spécifique chiffrée de 1 à 6 qui porte aujourd’hui à confusion à la lecture des plans (as de pique nord n°5, angle ouest du fort et deux demi-bastions nord encadrant l’as de pique, n° 1,3,4, lunette n° 6)

En 1869, le plan de répartition de l’artillerie terrestre optimale sur les ouvrages de fortification de Toulon fait ressortir l’extrême densité de l’armement maximum envisagé sur ces ouvrages du front 5-7 et du fort Malbousquet : sur le demi bastion 5, face nord, batterie de 3 canons de place de 12 battant les hauteurs des Arènes et de l’Ecaillon, flanc droit, un obusier de 12 ; sur le cavalier du demi bastion 6, deux canons de 30 en fonte battant le secteur des Arènes et de Saint-Antoine, un autre battant au nord-ouest la route de Marseille, à l’ouest une batterie de 4 obusiers de 16 battant les ouvrages avancés projetés à Lagoubran, au flanc droit (sud) quatre canons de 12 battant les fossés et le secteur de Milhaud ; sur le bastion 7 son,t définis 14 emplacements de tir sur deux niveaux, vers le nord des canons de 12 « pour contrebattre les batteries contre le bastion 6 », vers le nord-ouest un obusier de 16, vers l’ouest des canons de 16 et de 12 ; dix emplacements de tirs pluridirectionnels pour canons de 30 en fonte et obusiers de 16 sont envisagés sur la lunette, utilisée comme cavalier du fort ; enfon huit emplacements d’obusiers de 16 et de 12 sont répartis sur le front bas nord et ouest du fort 1-4-5 et sur la contregarde 13. Cet armement était purement théorique et, dans les faits, l’enceinte de Toulon (forts exclus) n’était armée que de 48 canons côté terre, en août 1870.

Le front de terre ouest de l’enceinte, le plus court, comportait d’abord le bastion 7, surmonté d’un cavalier, le bastion 8, en milieu de front, prévu symétrique en 1860, réalisé asymétrique et plus petit, avec une traverse, puis le bastion 9, occupant l’angle sud-ouest de l’enceinte. Le bastion 8 fut implanté sur un ancien domaine exproprié et racheté dit Château Védeaux , dont le corps de maison principal et les annexes attenantes, promis à la démolition furent conservées jusqu’en 1867, tant que les remparts et parapets de terre du bastion ne furent pas organisés. Le domaine du château de Missiessy, acheté par l’Etat en 1866, lui aussi fut conservé et réutilisé par la Marine près de la nouvelle darse jusque l’achèvement des travaux de celle-ci, vers 1872, et même bien plus tard, pour ce qui est de son corps principal, utilisé comme caserne de gendarmes militaires jusque dans les années 1930. Front nord, courtine 4-5 à galerie d'escarpe, porte Malbousquet encadrée de passages routiers.Front nord, courtine 4-5 à galerie d'escarpe, porte Malbousquet encadrée de passages routiers.

Dans l’état réalisé du bastion 9, jamais entièrement achevé (flanc et face droite) un passage en double arche fut construit à l’ouest en 1868 pour permettre sa traversée par une voie de chemin de fer à l’usage de la marine, doublé d’une route, passant ensuite sur les terre-pleins du front de mer de l’enceinte pour desservir les darses de Missiessy et de Castigneau. La double arche, dont l’arche routière défendue par une grille ouvrante en fer, fut nommée Porte de Lagoubran. En 1869, la partie droite du bastion restant à construire, le chef du génie Noché fit le projet de deux souterrains casematés sous le rempart de cette partie, l’un à usage de magasin à poudre, derrière le flanc droit, l’autre, plus au sud, procurant à la porte de Lagoubran un corps de garde avec façade regardant les deux voies militaires de la marine, routière et ferrée. Ces aménagements n’ont pas été réalisés, et le bastion est resté inachevé. Les travaux de l’enceinte s’achevèrent par la finition des ponts-levis des deux portes nord et la grille de celle de l’ouest, en juin 1870.

Le front de mer, réalisé en dernier, conformément au projet, et achevé en avril 1870, comportait un bastion intermédiaire large et presque plat et sans flancs, coté 10, et se terminait par un demi-bastion aussi large et peu saillant, qui n’était autre que le réemploi d’un ouvrage préexistant, le bastion d’angle sud-ouest, coté B, de l’enceinte bastionnée de Castigneau.

Les bastions intermédiaires (C-D) de cette enceinte de Castigneau, laissés inachevés en 1860, jugés inutiles condamnés dès 1864, furent détruits en 1869 pour simplifier le tracé du quai est de la darse Missiessy. Les remblais provenant de leur démolition étaient destinés à procurer les terres formant les remparts et parapets du nouveau front de mer 9-10-B.

Le projet de 1860 pour la nouvelle enceinte ouest comportait un important retranchement intérieur formé d’un rempart non fossoyé flanqué d’un redan et d’un épi, ouvrage dit aussi Cavalier Missiessy ou le grand cavalier 5, qui devait traverser obliquement l’aire intérieure de l’enceinte entre l’axe du bastion 8 (front ouest) et le flanc droit du bastion 3. Ce retranchement délimitait la partie sud-est de l’aire, terrain plat ou nivelé artificiellement, affectée à la marine, avec la darse Missiessy et ses équipement, desservie au nord par la porte Missiessy, de la partie nord-ouest, plus réduite et occupée par la déclivité sud-est de la hauteur Malbousquet, affectée à la Guerre, desservie au nord par la porte Malbousquet. Il traversait la butte naturelle de Missiessy, laissée pour l’essentiel côté Guerre, une petite partie seulement, avec à son pied le château, étant côté Marine. Toujours présenté en 1862 et programmé tout au long du chantier, jusque 1867-1868, le « cavalier Missiessy » ne fut pas réalisé. Son tracé fut matérialisé par une « route militaire » bordée d’une clôture légère raccordé par les deux bouts au chemin de ronde de l’enceinte ou rue du rempart, qui enveloppait au nord l’aire dévolue à l’arsenal de Missiessy, l’isolant ainsi des fortifications. En 1879, un projet pour accroître les capacités d’emmagasinement des poudres et cartouches dans l’enceinte du corps de place proposait l’établissement d’une série de petits magasins casematés, certains ouvrant sur la route militaire traversante, et logés dans les reliefs naturels, coupés par la route, de l’escarpement de la hauteur Malbousquet et de la butte Missiessy. Ce projet ne fut pas réalisé, mais remplacé quelques années plus tard, en 1890, par l’établissement d’un vaste magasin-caverne dont la cour en fosse bordait la route militaire au pied de l’escarpement de la hauteur Malbousquet.

Du point de vue architectonique, les escarpes des fronts bastionnés terrestres nord et ouest de la nouvelle enceinte (bastions 1-2-3-4-5-7-8 et courtines intermédiaires) reçurent, de façon systématique, un aménagement structurel particulier, absent des fronts de l’enceinte nord de la ville. Il s’agit d’une galerie d’escarpe continue formée par une juxtaposition de petites casemates perpendiculaires au revêtement, prenant jour par deux créneaux et un soupirail haut percés côté fossé, les casemates étant reliées entre elles par la galerie de circulation proprement dite, ce qui leur donne un plan carré de base de 4,50m de côté pour une hauteur sous voûte de 3,50m. Ce dispositif enterré sous le rempart permit de ménager au revers du revêtement un grand nombre de « souterrains » à l’épreuve : 289 casemates totalisant 5825 m2, capables de servir de magasins d’approvisionnement de guerre ou –pour les moins humides, vers le fort- de logements de troupes. Ces « souterrains » avaient une fonction annexe de défense rapprochée, un tir d’infanterie étant possible par les créneaux donnant jour aux casemates. L’idée de cette immense galerie d’escarpe presque continue (recoupée par la porte Malbousquet et la porte Missiessy) fut peut-être inspirée par celles qui avaient été créées au XVIIIe siècle sur les ouvrages nord et est de l’ancien corps de place (bastions 6-7-8) entre revêtement neuf et revêtement ancien, lors de la grande campagne de renforcement par chemisage de ces bastions, lancée par Milet de Monville. Un escalier souterrain mit en communication la caserne Mabousquet, dans le bastion 5, avec la galeries d’escarpe, échelonnée en crémaillère suivant la pente dans la face et le flanc droits de ce bastion. Les autres accès de la galerie furent aménagés sous forme de poternes desservies par la rue du rempart, passant perpendiculairement sous le rempart.

Les deux portes de l’enceinte ouest, qui, par leur localisation dans le front nord pouvaient communiquer assez directement vers la proche route de Marseille, s’apparentaient aux portes neuves de l’enceinte de la ville par leurs dispositions générales, notamment du côté intérieur de l’enceinte, par la présence de deux pavillons symétriques en saillie, avec arcades, de part et d’autre du passage. Cependant, on observe deux différences significatives : d’une part, ces pavillons ne furent pas dotés d’un étage, d’autre part, le passage fut traité classiquement en une seule arcade charretière et non deux jumelles, soit comme la porte d’un fort, et non comme une porte de ville de cette période. En effet, ces deux portes donnaient chacune dans un espace réservé à la Marine d’une part (porte Missiessy), à la Guerre de l’autre (porte Malbousquet), espaces amples mais peu bâtis dans lesquels les passages des voitures ou convois, strictement militaires et d’une densité faible, ne justifiaient pas de larges chaussées dissociant formellement les deux sens de circulation. La porte semi ferroviaire de Lagoubran, bien que pourvue de deux arches, relevait encore d’un autre type architectural, peu ou pas fortifié, proche d’un ouvrage de génie civil.

Analyse architecturale

Site et implantation générale, plan, distribution spatiale, circulations et issues

Les principales caractéristiques de la topographie du site de Toulon, ville et arsenal, donc celle des enceintes successives et cumulées du corps de place, ont été décrites dans les différents chapitres retraçant ci-dessus l’évolution historique de cette architecture militaire, tout en définissant les typologies.

Il convient toutefois de reformuler ici les caractéristiques topographiques générales en y replaçant les éléments monumentaux qui subsistent.

- L’agglomération urbaine proprement dite était enclose dans la moitié est / nord-est de la grande enceinte définitive construite entre 1852 et 1861 à partir du front est de l’ancienne, soit les fronts FG-H-I-K-L-M-7-6-5). La partie nord, enveloppant l’arsenal de terre et le quartier Montéty, est fondée sur un terrain en pente, site de l’ancien retranchement Sainte-Anne, au pied du Mont Faron. Il ne reste de ces fronts bastionnés terrestres que des segments et vestiges discontinus, au nord (I-K-L), témoins des travaux de la décennie1850, et à l’est (7-6), témoins de l’enceinte bastionnée primitive refondue au XVIIIe siècle.

L’emprise de la ville du moyen-âge et du XVIIe siècle, bâtie en terrain plat, tient dans le tiers sud-est de ce périmètre urbain encore en partie clos de la seconde moitié du XIXe siècle, et s’adosse au sud à la « darse vieille » qui a conservé son plan tenaillé du début du XVIIe siècle. L’extension ouest de l’enceinte créée par Vauban pour envelopper son arsenal, adossée au sud à la « darse neuve » a été démantelée en 1859 et effacée du parcellaire urbain bâti à la suite. La darse neuve ou « darse Vauban », largement décloisonnée dans l’entre-deux-guerres, côté ouest, sur la darse Castigneau et sur le canal d’accès à la darse Missiessy, se trouve, de ce fait, beaucoup moins bien conservée dans ses contours que ne l’est la darse vieille.

Le périmètre des fronts bastionnés du corps de place, ville et arsenal, fixé à la suite de l’extension Vauban, et en place jusqu’au milieu du XIXe siècle, comportait dix bastions et demi-bastions et deux redans numérotés de 1 à 12, dont cinq (2-3-5-6-7) hérités de l’enceinte primitive. Il n’en reste que des vestiges très limités, tant dans le tracé parcellaire qu’en élévation : les bastions (mutilés) 6 et 7, avec la courtine intermédiaire et la porte d’Italie, en sont la principale relique ; cependant, ils ne témoignent plus ni de l’état début XVIIe siècle ni de celui de Vauban, mais de la reconstruction dont ils ont fait l’objet dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le reste des fronts de terre XVIIe-XVIIIe siècles (8-9-10-11) a entièrement disparu sans laisser de traces. Le souvenir de la demi-lune avortée devant la courtine 11-12, au raccord du front de terre et du front maritime Vauban, est pérennisée par ce qui reste du bâtiment de la boulangerie de l’arsenal, au plan en chevron. Du bastion 12 reste le socle, sans vestige monumental, mais au plan inchangé, séparant la darse neuve de la darse Castigneau. Du demi-bastion 2, angle sud-est de la darse neuve, reste l’emprise, agrandie, abritant trois bassins de radoub de l’Arsenal, et un fragment du revêtement à arcades de la face sud, ultime et pauvre vestige des fronts bastionnés de Vauban à Toulon. L’enveloppe de la darse vieille n’est plus qu’un quai remanié, sur lequel est conservée en élévation la plate-forme d’artillerie casematée gauche de l’entrée de la « chaîne vieille », dite aujourd’hui « fortin de l’angle Robert », qui est le seul vestige de l’enceinte de Raymond de Bonnefons.

- Le prolongement de l’extension nord-ouest de l’enceinte de ville enveloppant la darse de Castigneau, front de 5 bastions cotés A-B-C-D-E, bâtie entre 1849 et 1859, incluse dans la grande extension ouest de 1860-1868, a entièrement disparu.

- L’extension ouest de la grande enceinte générale du corps de place, bâtie entre 1860 et 1868, enveloppant la vaste aire non bâtie de Missiessy-Malbousquet, domaine de la Marine, annexant le fort Malbousquet transformé en dehors, a laissé des restes monumentaux importants de ses fronts de terre nord et ouest. Si le début du front nord (1-2), fermant la darse Missiéssy au nord, a disparu, de même que le font de mer (9-10-3), le reste du front nord (3-4-5), l’ancien fort Malbousquet (6) à l’angle nord-ouest et le front ouest (5-7-8-9) existent encore pour l’essentiel, en assez bon état de conservation. Ce sont les vestiges les moins anciens de la grande enceinte bastionnée, et aussi les moins remaniés et les plus monumentaux d’aspect. La topographie, plate pour l’essentiel, comporte un relief, la « hauteur Malbousquet », portant l’ex fort transformé, hauteur que les fronts d’enceinte gravissent.

Dans son état final de 1868, le circuit complet de l’enceinte comportait en tout neuf portes, y compris une poterne majeure, et à l’exclusion des poternes logistiques ordinaires, des issues du chemin de fer Marseille-Nice et d’une porte d’eau terrestre par laquelle les eaux du Las, inondant le fossé nord, entraient dans la darse Missiessy. N’est pas non plus comptée au nombre de ces portes du corps de place, toutes fortifiées, avec dehors et pont-levis, la « coupure Montéty » issue non défensive de 1887. A chacune des portes fortifiées du corps de place était associée une appellation toponymique ou emblématique bien définie soit (en prenant les appellation les plus stables et définitives en cas d’appellations successives) d’ouest en est, en sens inverse des aiguilles d’une montre, la porte Neuve, la porte d’Italie, la porte Notre-Dame, la porte ou poterne Sainte-Anne, la porte de France, la porte Impériale ou Nationale, la porte Missiessy, la porte Malbousquet, la porte Lagoubran.

Trois seulement de ces portes existent encore : la porte d’Italie, avec les vestiges de sa demi-lune, la porte Sainte-Anne avec ses dehors, et la porte Malbousquet, sans dehors. Seule des trois, la porte d’Italie était une porte de ville à part entière, les deux autres étant d’usage militaire majoritaire (poterne Sainte-Anne) ou exclusif (porte Malbousquet).

Les fronts maritimes de l’enceinte complète comportaient quatre portes d’eau, entrées des quatre darses (dans l’ordre chronologique et est-ouest : Vieille, Neuve, Castigneau, Missiessy) sur la petite rade. Les deux plus anciennes avaient comporté une chaîne de fermeture. Seule l’entrée de la darse vieille n’a pratiquement pas changé en plan, encore flanquée du côté gauche par la plate-forme défensive dite « de l’angle Robert »

Nomenclature des ouvrages et bâtiments

Les vestiges discontinus des enceintes successives et cumulées du corps de place de Toulon, bien qu’ayant participé d’un ensemble continu, sinon unitaire, entre 1868 et le démantèlement, sont difficiles à appréhender dans une approche descriptive tenant compte des parties disparues, sans distinguer trois sous-ensembles, ayant chacun leur nomenclature spécifique :

I -Le circuit de l’enceinte défini par Vauban, avec nomenclature chiffrée de 1 à 12.

II-La grande extension nord et ouest de 1848-1861 enveloppant ville et darse Castigneau, avec nomenclature lettrée de A à M.

III-La grande extension ouest Missiessy-Malbousquet de 1860-1868, avec nomenclature chiffrée de 1 à 10, augmentée du chiffrage 11 et 12 concernant les deux dehors du bastion 5, contregarde et lunette, et 13 pour la contregarde du double bastion 5-6.

Il a existé une nomenclature alternative générale chiffrée de 1 à 35, en vigueur de la fin du XIXe siècle au démantèlement, que je n’ai pas retenue parce qu’elle manquait de cohérence et ne concernait pas les fronts supprimés inclus dans les extensions.

J’ai choisi de ne pas ajouter à ces nomenclatures un repérage complémentaire pour mémoire concernant le front ouest de l’enceinte fin XVIe siècle, supprimé par Vauban, parce qu’il n’en reste absolument aucun vestige.

Les nomenclatures retenues, adoptées historiquement sur une durée significative, sont imparfaites : elles comportent des cumuls (bastion FG) ou élision (pas de bastion J), et deux chiffrages concurrents partant de 1 pour deux secteurs différents de l’enceinte, le plus ancien à l’est et le plus récent à l’ouest. Certains bastions, les plus anciens, ont eu, outre leur nomenclature chiffrée, un ou plusieurs toponymes successifs, pour la plupart des vocables liés à des établissements religieux voisins ; ceux du XIXe siècle n’en ont pas. Aucune des portes du corps de place, enceinte de la ville et enceinte ouest n’est désignée par un chiffre ou une lettre des nomenclatures, ce qui est en partie compensé par le fait que toutes ont une appellation toponymique. Le fort Malbousquet conserve sa propre nomenclature chiffrée indépendante, sujette à confusion avec celle de l’extension ouest du corps de place dont il est devenu un dehors complexe, d’autant que le n°6 désigne d’une part le bastion nord-ouest du corps de place, d’autre part le réduit (ancienne lunette) du fort.

Selon la logique d’inventaire du patrimoine, la description par nomenclature des ouvrages de l’enceinte de Toulon ne concerne que ceux qui existent encore, épargnés par le démantèlement et les destructions du XXe siècle. Ils sont cependant replacés par souci de cohérence méthodologique dans les trois sous-ensembles topographiques et historiques de l’enceinte, et dans les trois nomenclatures correspondant à ces sous-ensembles, mais sans description des ouvrages disparus, simplement listés dans la nomenclature. Ces ouvrages disparus sont en effet suffisamment caractérisés, avec ceux existant encore, par les notions de typologie générale énoncées dans l’exposé historique détaillé qui précède.

Aménagements particuliers et bâtiments militaires sur l’enceinte

Les bâtiments militaires structurellement incorporés à l’enceinte du corps de place de Toulon (comme ceux d’un fort le sont dans l’ouvrage fortifié), et aujourd’hui conservés, sont décrits dans ce dossier monographique consacré à l’enceinte, et non dans ceux, distincts, concernant les bâtiments militaires de la ville et ceux de l’arsenal. C’est le cas notamment des corps de garde et pavillons des ported d’Italie et Malbousquet, du magasin à poudres du fort Malbousquet et de la caserne casematée du double bastion 5-6, contigu au fort, faisant partie du complexe défensif Malbousquet.

Le fort Malbousquet dans sa totalité est inclus dans cette monographie de l’enceinte, car dans son dernier état, il n’est plus un ouvrage extérieur indépendant, mais un dehors complexe indissociable de cette enceinte. D’autres bâtiments militaires entrant dans cette catégorie intégrée aux ouvrages de l’enceinte ont disparu, sans pour autant que l’ouvrage ou l’ensemble qui les abritait ait été détruit : c’est le cas de la caserne « Gardanne » du bastion K, remplacée par le bâtiment actuel de la préfecture du Var.

Le magasin caverne de Malbousquet, qui, bien que situé hors et à quelque distance du fort et de l’enceinte, était une dépendance du corps de place, non un bâtiment militaire de la ville ou de l’arsenal, est conservé, mais n’a pu être visité.

La grande extension ouest de l’enceinte, de 1860-1868, dans le secteur Missiessy-Malbousquet.

Ce sous-ensemble de l’enceinte définitive du corps de place n’enveloppe que des terrains militaires, à l’exclusion de tout habitat urbain. Les bastions n’ont aucune dénomination particulière, hors les chiffres de la nomenclature. Le retranchement intérieur dit « grand cavalier » qui devait séparer la partie ouest de l’aire, attribuée à la Marine autour de la darse Missiessy, de la partie ouest, au pied du fort Malbousquet, attribuée à la guerre, n’a jamais été réalisé.

Les parties disparues, à l’est du front de terre nord, ont été détruites après le déclassement de la place forte, sous la pression des projets d’urbanisme et non à l’initiative de la Marine, qui n’avait pas motif d’étendre le parc de l’Arsenal de ce côté. Les dehors, exceptée une partie de la contrescarpe du fossé (qui était relativement étroit), ont été rasés pour faire place à une route passant dans l’ancien fossé, et à l’autoroute, passant sur l’emprise des glacis. En revanche, la disparition du front de mer (sud) et du secteur sud-ouest de l’enceinte, dont le bastion d’angle n° 9 était resté inachevé en 1870, est liée en partie à des destructions de guerre, en partie au développement de la zone d’activité de l’Arsenal vers Milhaud et Lagoubran.

Les fronts bastionnés de cette extension ouest se caractérisent, comme ceux de l’extension nord de l’enceinte urbaine, par des bastions de vastes dimensions, pour la plupart très développés en largeur (les plus grands sont larges de 200m), à flancs droits et angle de capitale obtus, alternant avec des courtines dont la longueur est en moyenne inférieure ou égale à la largeur des bastions. Comme pour l’extension nord, plusieurs de ces bastions comportaient un cavalier.

Deux caractéristiques architecturales bien affirmées différencient toutefois ces fronts de ceux de l’extension nord : la première tient à la mise en œuvre du revêtement, dont les parements sont moins soignés : les assises ne sont pas réglées, et le traitement plutôt brut, ébauché, de la face vue des pierres d’appareil diffère des bossages rustiques par une faible saillie et par l’absence de liseré. De même, les chaînes d’angle harpées en pierre de taille blanche deux fois plus hautes que les assises du parement courant sont lisses, en relief sur le parement courant, et l’arase est couronnée d’une simple tablette et non d’un cordon. Extension Malbousquet. Front nord, 3-4 : contrescarpe, courtine entre deux bastions 3 et 4, avec galerie d'escarpe crénelée continue.Extension Malbousquet. Front nord, 3-4 : contrescarpe, courtine entre deux bastions 3 et 4, avec galerie d'escarpe crénelée continue.

La seconde caractéristique, structurelle, a déjà été évoquée ci-dessus dans les développements historiques exposant les notions de typologie générale : il s’agit de la galerie d’escarpe continue et crénelée aménagée dans la moitié supérieure de l’élévation du revêtement. Ce dispositif est formé par une juxtaposition de petites casemates perpendiculaires au revêtement, prenant jour côté fossé par deux créneaux et un soupirail haut réservé au ras de la voûte en berceau (formant une fente horizontale cintrée couverte au dehors par un arc de décharge). Les casemates sont reliées entre elles par la galerie de circulation en corridor, le long du mur de fond, ce qui leur donne un module de base carré de 4,50m de côté, sujet à variations (certaines casemates sont d’un quart à deux fois plus profondes, d’autres plus courtes) pour une hauteur sous voûte de 3,50m. Ce dispositif, destiné à des magasins d’approvisionnement de guerre et au logement de troupes, utilisé plus tard pour des prisonniers de guerre -avec mise en place d’un mur séparatif entre cellule et galerie- est qualifié après 1870 sur certains plans de « voûtes en décharge à entresol », parce que les casemates pouvaient être divisées par un plancher, avec un entresol bas sous voûte.

La série des casemates desservies par la galerie d’escarpe, de plain-pied ou rampante, ou en escalier selon le relief du terrain, était conçue théoriquement comme continue sur les fronts bastionnés nord et ouest, depuis le bastion 1 jusqu’au bastion 8, mais elle a été réalisée de façon discontinue, du fait de contraintes aléatoires ou de choix non explicités dans les sources d’archives. Les deux solutions de continuité se situent l’une dans la partie droite du bastion 3, qui chemise en partie un rocher naturel, et l’autre, beaucoup plus étendue, depuis le bastion 6 jusqu’au bastion 8, le bastion 6 et la courtine 6-7 étant couverts par la gorge du fort Malbousquet transformé en dehors. Le bastion 6 accueille par ailleurs à sa gorge un casernement casematé de sept grandes casemates. Le total de 289 casemates annoncé dans les documents de la fin du XIXe siècle correspond à celles effectivement réalisées (ce que j’ai pu vérifier par comptage croisé sur les plans d’archives et dans l’état actuel des lieux), à l’exclusion de celles du bastion 9, projetées mais non réalisées excepté une (comptée) dans l’amorce du flanc droit ; si ce bastion avait été achevé, le nombre total de casemates d’escarpe aurait été porté à 305.

Ces casemates avaient plusieurs issues partant de la rue du rempart et traversant le rempart perpendiculairement, au revers de certaines courtines, en plus des débouchés dans le passage des portes et poternes. On observe que les casemates des bastions 3 et 4 et de la courtine intermédiaire, ont vu leur soupirail haut agrandi par abaissement de l’appui, formant un jour carré, tandis que ceux conservés de la courtine 4-5 à la courtine 8-9 n’ont pas été remaniés.

1– bastion (disparu)

Bastion adossé à l’extrémité nord de la darse Missiessy, de plan presque plat, le plus large et le moins saillant du front nord , qui se greffait, par l’intermédiaire d’un court renfoncement ou courtine, sur l’angle d’épaule du bastion E de l’extension nord de l’enceinte urbaine de 1852-1861. Dans le revêtement de ce bastion courrait la galerie d’escarpe continue à casemates en série (7 casemates pour le renfoncement faisant raccord à droite, 48 casemates pour le bastion) Détruit après 1933.

1-2 – Courtine et porte Missiessy ou porte du Las (Disparues)

Dans le revêtement de cette courtine courrait la galerie d’escarpe continue à casemates en série (20 casemates) recoupées vers le milieu de la courtine par la porte Missiessy. Celle-ci était l’entrée côté terre de la partie de l’Arsenal créée autour de la darse de Missiessy. Elle fut supprimée en 1925, et la courtine détruite.

2– bastion (disparu)

C’était le plus petit des bastions de l’extension ouest. Dans le revêtement de ce bastion courrait la galerie d’escarpe continue à casemates en série (33 casemates). Détruit après 1933 à une date mal définie du XXe siècle.

2-3 – Courtine (Disparue)

Cette courtine comportait une poterne près du flanc droit du bastion 3. Dans la partie du revêtement régnant à droite de cette courtine courrait la galerie d’escarpe continue à casemates en série (16 casemates). Détruite en majeure partie (des restes du revêtement subsistent à proximité et en raccord au flanc droit du bastion 3) à une date mal définie du XXe siècle.

3– bastion

Ce large bastion était défilé par deux dehors, une contregarde de plan en chevron, cotée 11 et, devant la face gauche de cette contregarde, une petite lunette asymétrique, cotée 12. Si le bastion est conservé, les dehors ont disparu, à l’exception du revêtement de gorge de la contregarde (qui formait contrescarpe du fossé devant les faces du bastion), montrant encore le profil du parapet et un escalier « en pas de souris ». Extension Malbousquet. Escalier en "pas de souris" de la contrescarpe du bastion 3, gorge de la contregarde 11 (disparue).Extension Malbousquet. Escalier en "pas de souris" de la contrescarpe du bastion 3, gorge de la contregarde 11 (disparue).

La galerie d’escarpe à casemates en série est discontinue dans ce bastion : elle ne concerne que le flanc gauche (5 casemates), ou elle continue celle de la courtine 3-4, et la majeure partie de la face gauche (10 casemates échelonnées, desservies par une galerie montant régulièrement en pente douce de l’angle d’épaule à l’angle de capitale), mais s’interrompt avant l’angle de capitale, disposition bien d’origine, visible sur les plans des travaux en cours en 1865.

Tout le côté droit du bastion est dépourvu de galerie d’escarpe à casemates. Cette lacune est due à la présence à l’intérieur du bastion, près des revêtements d’un important rocher naturel (de même nature, en plus petit, que l’ancienne butte de Missiessy, située plus au sud-ouest), directement chemisé par le revêtement de l’angle de capitale et de la moitié droite ; il n’avait pas été jugé utile de miner ce rocher pour permettre de poursuivre la série des casemates. L’arête supérieure du rocher, de plan allongé et d’axe à peu près nord-sud, régnant de la gorge à l’angle de capitale, affleure et dépasse sensiblement la hauteur du revêtement et du terre-plein : elle avait été mise à profit pour former une grande traverse qui devait se prolonger, en-deça de la gorge du bastion, dans le merlon du retranchement ou « grand cavalier » défensif jamais réalisé, projeté pour séparer, dans l’aire de la grande enceinte, la zone Malbousquet au nord-ouest, dévolue à la guerre, de la zone Missiessy, au sud-est, réservée à la Marine.

La contregarde (11) disparue était elle-même recoupée sur sa face gauche par une grosse traverse de nature rocheuse mais abritant un souterrain en caverne avec issue à la gorge dans le fossé, en prolongement de l’axe de la grosse traverse du bastion. L’affleurement rocheux se continuait au devant de la face gauche et de l’angle de capitale de la contregarde, occupé et aménagé pour la lunette, elle-même traversée ; il était taillé en tranchée pour les fossés enveloppant ces dehors, et restait apparent sur le glacis.

Le bastion comportait un cavalier, aujourd’hui aplani, dont le parapet des deux faces surmontait directement le revêtement, celui des flancs seul étant retiré ; dans l’aire intérieure de la moitié droite était réservé un renfoncement de plain pied avec la rue du rempart, en partie excavée dans le rocher, destinée à abriter un magasin à poudres dont le parti initial, non réalisé en 1872, était alors remplacé par un projet de deux petits magasins caverne, abandonné en 1875.

Les casemates ont été utilisées à partir de septembre 1944 pour enfermer les prisonniers de guerre allemands (450 environ, repartis dans les casemates des bastions 3 à 5) ; à cette occasion, elles ont été isolées de la galerie par une cloison mince en briques. Leurs parois murales sont ornées de compositions peintes en couleur ou en camaïeu, ou dessinées au trait par certains des prisonniers, à savoir 6 tableaux distincts.

3-4 – Courtine

La galerie d’escarpe à casemates en série règne de façon continue sur toute cette courtine, traversant au passage une poterne ménagée vers son centre. Elle comporte 21 casemates, à raison de 9 à droite de la poterne, 12 à gauche. Pour l’essentiel nivelées à l’horizontale en moitié supérieure de l’élévation, galerie et casemate plongent de chaque côté pour déboucher latéralement dans le passage de la poterne, qui communique au fond du fossé ; quatre des 21 casemates, soit deux de chaque côté de la poterne, sont donc étagées en descente, et desservies par un tronçon de galerie en escalier. La poterne traverse le rempart, de plain pied avec la rue du rempart, comportant côté intérieur une arcade d’entrée renfoncée dans le talus à terres coulantes de revêtement entre deux petits murs de profil évasés, suivie d’un couloir rectiligne voûté en berceau. Elle débouche dans le revêtement extérieur par une arcade, aujourd’hui murée, couverte d’un arc plein-cintre en pierre de taille blanche extradossé en escalier.

Dans l’état actuel, le fossé est remblayé sur un peu plus d’un mètre, en appui contre le reste de l’ancienne tenaille en terre sommaire qui couvrait la courtine ; une voie rapide parallèle à l’autoroute A50 passe dans ce fossé, en bordure du revêtement de contrescarpe, qui est conservé, avec sa tablette et un escalier en pas de souris qui montait sur le chemin couvert. Extension Malbousquet. Front nord, 3-4 : courtine avec poterne, flanc droit et face droite du bastion 4.Extension Malbousquet. Front nord, 3-4 : courtine avec poterne, flanc droit et face droite du bastion 4.

4– bastion

Ce bastion est à peu près semblable dans son volume et son plan au bastion 3, et comportait un cavalier analogue, qui a été nivelé. L’aire intérieure est en partie élargie et occupée par deux bâtiments construits dans le dernier quart du XXe siècle.

La galerie d’escarpe à casemates en série règne de façon continue dans les faces et les flancs, prolongée par celle des courtines voisines. Elle comporte 47 casemates, 7 dans le flanc droit, 20 dans la face droite, 14 dans la face gauche et 6 dans le flanc gauche. La profondeur des casemates augmente insensiblement dans le flanc droit, puis vers la partie centrale de la face droite, pour revenir au module carré de base du côté gauche.

Un accès aux casemates depuis la rue du rempart est assuré par un étroit couloir casematé légèrement ascendant traversant perpendiculairement le rempart au droit de l’angle rentrant entre le flanc droit du bastion et la courtine 3-4. Un autre accès, depuis la banquette d’artillerie du flanc gauche, descendait en escalier de deux volées voûtées dans la casemate de la face gauche attenante à l’angle d’épaule du bastion. Il est aujourd’hui condamné.

Les casemates ont été utilisées à partir de septembre 1944 pour enfermer les prisonniers de guerre allemands (450 environ, repartis dans les casemates des bastions 3 à 5) ; à cette occasion, elles ont été isolées de la galerie par une cloison mince en briques. Leurs parois murales sont ornées de compositions peintes en couleur ou en camaïeu, ou dessinées au trait par les prisonniers, à savoir 49 tableaux distincts répartis dans les différentes casemates.

4-5 Courtine et porte Malbousquet

La galerie d’escarpe à casemates en série règne de façon continue sur toute cette courtine, traversant au passage d’abord la porte Malbousquet, qui est ménagée non au centre, mais entre le premier et le second tiers du développement de la courtine, traversant ensuite une poterne peu distante du flanc gauche du bastion 5. Il y a en tout 24 casemates, dont 8 entre le bastion 4 et la porte Malbousquet; la 4e et la 5e ont été défoncées dans le dernier quart du XXe siècle pour créer un passage routier à double sens. Symétriquement, la 4e et la 5e des 12 casemates situées entre la porte Malbousquet et la poterne ont subi le même traitement. Les arcades de ces passages routiers, ouvrant entièrement le volume de la casemate, ont un encadrement plaqué en fausse pierre de taille imitant les claveaux extradossés en escalier du XIXe siècle. Le sol des trois dernières casemates, entre la poterne et le bastion 5, règne à un niveau un peu inférieur, de plain-pied avec cette poterne dont le seuil, plus bas que celui de la porte Malbousquet, n’est pas tout à fait au fond du fossé. Le soupirail haut des casemates est agrandi a posteriori dans le cas de celles régnant entre le bastion 4 et la porte Malbousquet, et dans son état d’origine après la porte Malbousquet. La poterne est analogue à celle de la courtine 3-4, mais son arcade extérieure est devenue peu visible, du fait du murage dont elle a fait l’objet, et du rehaussement du fond du fossé par remblaiement. Front nord, porte Malbousquet encadrée de passages routiers, dans la courtine 4-5 à galerie d'escarpe.Front nord, porte Malbousquet encadrée de passages routiers, dans la courtine 4-5 à galerie d'escarpe.

5– demi-bastion et contregarde 13

Ce demi bastion comportant un flanc et une face droites, et une demi face gauche, est lié symétriquement au demi bastion 6 ; l’un et l’autre sont reliés par leur demi face, et le cumul des deux s’apparente par les dimensions et par le plan aux bastions 3 et 4, à cette différence près que l’angle de capitale y est remplacé par deux angles saillants reliés entre eux par les deux demi faces formant un angle rentrant. La face droite de ce bastion est fortement et régulièrement pendante ou rampante sur tout son développement (18m de dénivelé pour 80m de long), car implantée sur le versant oriental, artificiellement régularisé, de l’éminence dont le fort Malbousquet occupe le sommet. Les dessus comportaient deux banquettes d’artillerie avec parapet en terre échelonnées en crémaillère, dont les profils sont aujourd’hui dégradés.

La galerie d’escarpe à casemates en série règne de façon continue dans les revêtements de ce demi bastion, en prolongement de celle de la courtine 4-5, comptant 19 casemates, dont 4 dans le flanc droit, 11 dans la face droite, échelonnées en crémaillère, et 4 dans la demi face gauche. Ces dernières casemates diffèrent des autres parce qu’elles sont équipées de créneaux de pied, sorte de mâchicoulis percé au sol contre le mur de fond crénelé et débouchant sous un arc segmentaire ménagé dans la partie inférieure du revêtement, le tout surplombant un fossé diamant creusé dans le fossé de l’angle rentrant formé par les deux demi faces des demi bastions 5 et 6 (Zone actuellement rendue impénétrable par la végétation).

Extension Malbousquet, cellule dans le bastion 5. Peinture murale : baigneuses au bord d'un lac.Extension Malbousquet, cellule dans le bastion 5. Peinture murale : baigneuses au bord d'un lac.Les casemates du demi bastion 5 ont été utilisées à partir de septembre 1944 pour enfermer les prisonniers de guerre allemands ; elles comportent, depuis le début du XXe siècle, un mur de fermeture les isolant de la galerie, et un mur de refend dans l’axe de la voûte les divisant en deux cellules, chacune dotée d’une porte surmontée d’un jour carré, et, au ras du sol, d’un passe-plat à vantail de fer avec grosse targette de verrouillage. Leurs parois murales sont ornées de compositions peintes en couleur ou en camaïeu par les prisonniers : paysages, scènes animées « folkloriques » ou fantaisistes avec personnages, à savoir 29 tableaux distincts répartis dans les différentes casemates, principalement celles de la face droite. Le décor peint s’étend aussi à des plinthes en grisaille ou faux marbres sommaires courant autour des créneaux ou jusqu’aux piédroits des portes.

Une grande contregarde (chiffrée 13) pendante dans le sens de la pente ouest-est, à haut revêtement à bossages bruts (comme ceux du corps de place), portant trois étages de banquettes et parapets d’artillerie (actuellement dégradés) échelonnés en crémaillère, couvre la face du demi bastion 5, qu’elle outrepasse un peu de son extrémité est, et forme un retour d’équerre couvrant et défilant les deux demi-faces rentrantes des demi bastions 5 et 6, imposant au fossé intermédiaire un plan en chicane. A l’extrémité inférieure (est) de cette contregarde, le revêtement incorpore un escalier voûté à deux volées droites qui relie les dessus (banquettes) au fossé, côté corps de place. En outre, le revêtement intérieur de la contregarde comporte trois escaliers en pas de souris échelonnés, chacun correspondant à un étage de banquette d’artillerie. La partie du fossé extérieure à la contregarde a conservé sa contrescarpe, qui se prolonge vers l’ouest pour envelopper le fort Malbousquet. Les reliefs de terre du chemin couvert sont aujourd’hui aplanis, mais le glacis subsiste, couvert de bois taillis. Extension Malbousquet. Contregarde 13, couvrant les deux demi-faces rentrantes des demi-bastions jointifs 5 et 6.Extension Malbousquet. Contregarde 13, couvrant les deux demi-faces rentrantes des demi-bastions jointifs 5 et 6.

6– demi bastion et casernement casematé

En plan, ce demi bastion est presque symétrique au précédent, auquel il est directement lié par sa demi face droite. Il s’en différencie toutefois par diverses caractéristiques. Son niveau d’arase (soit la tablette) de son revêtement règne 7 m plus haut que celui de la demi face du demi bastion 5. Sa demi face, en partie pendante, en partie nivelée à l’horizontale, est plus longue que celle du demi bastion 5 ; elle renferme la suite de la galerie d’escarpe à casemates en série, avec 6 casemates ; les trois premières, logée dans la partie pendante du revêtement, sont, comme celles de la demi-face du demi bastion 5 équipées de créneaux de pied, débouchant sous un arc segmentaire ménagé dans la partie inférieure du revêtement, dans la suite, en retour d’équerre, du fossé diamant (lui-même en pente). Les 3 casemates suivantes, dans la partie du revêtement arasée à l’horizontale, règnent près de 2m plus haut. Ces trois dernières casemates du front nord de la grande enceinte ouest sont les plus profondes de toute l’enceinte. En revanche, la continuité de la galerie à casemates en série, s’interrompt en ce point, la face et le flanc gauche du bastion en étant dépourvus.

Les dessus du demi bastion, composés d’une plate-forme d’artillerie à 5 côtés et d’un parapet en terre sont surhaussé par un fort talus pour former, avec ceux de la courtine 6-7, un cavalier permettant des tirs d’artillerie à longue portée au-dessus du fort Malbousquet.

Aujourd’hui dégradés, ces dessus en terre élevés recouvrent un casernement casematé dont le mur de façade occupe la gorge de l’ouvrage, formant mur de soutènement des talus en terre, et donnant sur une cour ou terrasse ouverte en belvédère vers l’ouest, ce qui rend cette façade visible de loin. Ce casernement palliait l’absence de locaux adaptés au logement de troupes dans le fort Malbousquet, depuis sa transformation en dehors de l’enceinte (dans son état primitif d’ouvrage détaché, le fort en comportait un, détruit préalablement à la construction du front 6-7 de la grande enceinte).

Les sept amples casemates du casernement, entresolées, pénétrant profondément dans le terre-plein du demi-bastion, définissent chacune une travée de la façade du casernement. Chaque façade de casemate comporte classiquement une porte flanquée de deux fenêtres de même largeur, encadré d’un chambranle en pierre de taille blanche avec couvrement en plate-bande appareillée, les encadrements se détachant sur le parement courant en blocage revêtu d’un enduit couvrant. Dans l’état actuel, les fenêtres et la partie supérieure des portes sont toutes murées. Au dessus de chacune de ces travées à trois baies, le profil de la voûte des casemates est exprimé en façade par un grand arc en segment de cercle (environ 1/3 de cercle), avec appui régnant au niveau du plancher de l’entresol des casemates. Arc et appui également en pierre de taille blanche, formaient à l’origine une grande baie ouverte, aujourd’hui refermé par un mur de remplage au centre lequel s’ouvre une petite fenêtre carrée. Les casemates communiquaient entre elles, aux deux niveaux, par des passages en corridor percés dans les murs de refend, vers le fond. Chaque mur de refend était également équipé d’un conduit de cheminée débouchant sur les dessus en terre du bastion. Les robustes solives du plancher d’entresol des casemates ne sont pas empochées dans le mur, mais assemblées à une poutre de rive portant sur une série de corbeaux en pierre.

L’accès à l’entresol se fait par un escalier en charpente ménagé au fond de la casemate centrale, avec deux courtes volées convergeant dans une volée centrale, avec garde-corps en bois (poteaux alternant avec des croix de Saint André). L’ensemble des casemates est isolé du terre-plein du bastion par un haut couloir voûté enveloppant permettant d’assainir le casernement, à la manière d’un couloir d’isolement de magasin à poudres. Les entresols comportent une baie en demi-cercle ouvrant sur la partie supérieure de ce couloir. La branche latérale gauche du couloir débouche sur la cour du casernement dans le mur de profil faisant retour d’angle obtus de la façade (parement à bossages bruts). A cet endroit existait un petit bâtiment de douches pour la garnison, disparu. Du côté droit, l’issue du couloir d’isolement débouche dans la façade même, près du retour d’angle droit avec un mur de revêtement plus bas auquel s’adossait le bâtiment de la cuisine du casernement, également détruit. Cette branche droite du couloir d’isolement se confond avec la galerie d’escarpe à casemates en série au droit des trois premières casemates de la demi-face droite du demi bastion 6.

6-7 – Courtine-cavalier et poterne vers le fort Malbousquet

Cette courtine, tout comme le bastion 6, est bâtie sur le sommet de la hauteur de Malbousquet, à un emplacement antérieurement occupé par le front de gorge du fort Malbousquet, détruit en partie pour céder place à ce front 6-7 de l’enceinte. Dans le prolongement du bastion 6, et continués au même niveau à la gorge du bastion 7, les dessus de la courtine, banquette et gros parapet d’artillerie, formaient le « cavalier 7bis », soit la position de tir de batterie de défense terrestre la plus haute en altitude de toute l’enceinte de Toulon, dominant notamment les ouvrages conservés du fort Malbousquet, transformés en dehors. Ces superstructures en terre sont aujourd’hui très diminuées tant sur la courtine qu’à la gorge du bastion 7.

A la gorge de du « cavalier », c'est-à-dire au revers de la courtine, s’étendait une petite place d’armes de plan triangulaire dominant en terrasse l’aire intérieure de l’enceinte, à laquelle donnaient accès deux chemins militaires convergents gravissant les pentes de la hauteur Malbousquet à partir de la « rue du rempart » des fronts nord et ouest de l’enceinte. Cette place triangulaire existe encore, élargie, desservie aujourd’hui par un chemin différent de ceux d’origine.

Depuis cette place, une poterne traversant la courtine à peu près en son centre assure la communication avec le fort Malbousquet. La courtine est protégée d’une haute tenaille revêtue, en partie taillée dans le roc, qui est elle-même traversée par la poterne. Le passage de la poterne traversant le rempart de la courtine, très allongé, est voûté en berceau dans une maçonnerie de blocage assez grossière revêtue d’un enduit aujourd’hui largement dégradé et tombé ; elle est terminée à ses deux extrémités par une arcade en plein-cintre encadrée en pierre de taille lisse se détachant sur les bossages bruts du revêtement, à l’image des autres poternes de l’enceinte, comme celle de la courtine 3-4. A droite de la poterne, le revêtement abrite un court segment de galerie d’escarpe en cul-de-sac, desservant seulement 3 casemates. Extension Malbousquet. Front 6-7 vu du fort Malbousquet, poterne traversant la tenaille et (en arrière-plan) la courtine.Extension Malbousquet. Front 6-7 vu du fort Malbousquet, poterne traversant la tenaille et (en arrière-plan) la courtine.

La partie de la poterne passant au centre de la tenaille pour déboucher à la gorge du fort Malbousquet est également voûtée en berceau (non enduit), mais beaucoup plus courte, faisant raccord avec l’arcade de sortie (plus basse) et l’arcade d’entrée par l’intermédiaire d’une arrière voussure segmentaire. Ces arcades d’entrée et de sorties sont du modèle déjà évoqué à propos des poternes en général, caractérisé notamment par les claveaux de l’arc extradossés en escalier. Cet encadrement très soigné se détache sur un revêtement dont le parement, accusant un fruit, est plus négligé que celui de la courtine et du corps de place, composé de moellons sommairement équarris et assisés, revêtant par endroit la masse rocheuse. A la clef de l’arcade de la poterne ménagée dans revêtement postérieur de la tenaille, est intaillé le millésime 1868, commémorant l’achèvement du chantier.

La tenaille parait inaboutie, du côté extérieur, face au fort Malbousquet : de part et d’autre de l’arcade de la poterne, ménagé dans un revêtement en retrait du front principal de la tenaille, ce front est matérialisé par une terrasse basse, qui se raccorde mal aux extrémités couvrant les flancs des bastions, celle de gauche étant brute de taille dans le rocher, avec quelques remaillages de maçonnerie.

7– bastion

Ce bastion, dont on a vu, à propos du fort Malbousquet, qu’il remployait une partie du volume, un flanc et une face du bastion 7 de l’ancien fort, a cependant été entièrement reparementé lors de la campagne de 1863-1868, comme le montre la régularité de son appareil à bossages bruts. Son flanc droit est arasé à l’horizontale, ainsi que sa longue face gauche (plus de 100m) tandis que sa courte face droite et son flanc gauche sont fortement pendants dans le sens de l’escarpement naturel du terrain, (pentes sud / sud-ouest de la hauteur Malbousquet).

La majeure partie de son aire intérieure est fermée à la gorge par l’épais rempart du « cavalier 7 bis », formé par les dessus de la courtine 6-7 et son prolongement à gauche, infléchi de deux pans rentrant, et terminé par un pan sortant en retour d’angle droit formant une grosse traverse qui sépare la partie droite de la plate-forme d’artillerie du bastion de la partie gauche, plus petite, entre traverse et flanc gauche, et ouverte à la gorge. L’accès à la partie haute de la plate-forme d’artillerie du bastion est assuré par une poterne en passage souterrain voûté traversant le rempart, en tous points comparable à la poterne de la courtine 6-7. Les revêtements de ce bastion sont entièrement dépourvus de galerie d’escarpe à casemates en série.

7-8 – Courtine

Cette courtine en partie défilée par une traverse n’offre aucune particularité remarquable, étant sans galerie à casemates. Son arase est légèrement pendante.

8– bastion

Ce bastion médian du front ouest de la grande enceinte présente un plan comparable à celui du bastion 7, caractérisé par l’asymétrie entre une face droite courte et une face gauche allongée ; il a été construit autour du Château Védeaux, maison noble à tourelles et ailes basses maintenue en place dans l’aire intérieure jusqu’en 1869, empêchant l’achèvement du parapet d’artillerie de la face gauche. Dans son état actuel, le revêtement du bastion est privé de la tablette qui couronnait l’arase nivelée à l’horizontale. La galeries d’escarpe à casemates en série, interrompue dans le bastion 6, avec un court segment isolé dans la courtine 6-7, ne recommence de façon continue que dans le flanc gauche de ce bastion 8, qui n’abrite que deux casemates, l’une bien conservée dans son état d’origine avec ses deux créneaux encadrés en briques à l’intérieur et le soupirail haut en fente horizontale cintrée immédiatement sous le sommet de la voûte en berceau. On note le « fantôme » du plancher d’entresol disparu, trahi par la différence de traitement des parements entre la partie inférieure de la casemate, dont le blocage est apparent et nu, tandis que la voûte et les deux parois sous le cintre de cette voûte sont revêtus d’un enduit couvrent. Dans l’angle rentrant du flanc du bastion avec la courtine 6-9 -démolie dans cette partie contiguë au bastion-, l’épaisseur du revêtement abrite encore la casemate aveugle carrée qui servait de rotule (présente dans certains seulement des angles de l’enceinte), caractérisée par sa voûte en arc de cloître, en gros moellons équarris et soigneusement bloqués en partie inférieure, en blocage plus grossier à joints beurrés au-dessus.

8-9 – Courtine

Extension Malbousquet. Front ouest, coupe et revêtement de la courtine 8-9, avec galerie d'escarpe à casemates.Extension Malbousquet. Front ouest, coupe et revêtement de la courtine 8-9, avec galerie d'escarpe à casemates.

Cette courtine et l’ensemble de son rempart, qui comportait quatre traverses séparant 5 sections d’artillerie, sont fortement pendants, répercutant un dénivelé de près de 20m sur un développement de moins de 200m. Le fossé est en partie comblé et la tenaille qui masquait la partie basse du revêtement a disparu. La galeries d’escarpe à casemates en série, continuant le court segment du flanc gauche du bastion 8, desservait 28 casemates. Les deux premières d’entre elles ont disparu, du fait de la démolition d’un tronçon de la courtine sur une largeur d’environ 10m, opérée après la seconde guerre mondiale pour faire déboucher hors enceinte le chemin militaire transversal qui séparait la partie de l’aire intérieure de l’enceinte dévolue à la guerre de celle attribuée à la marine. Les casemates conservées sont en état, mais le reste de la courtine est délabré (parapets envahis de taillis, tablette en grande partie manquante).

9– bastion et porte Lagoubran (Détruit)

Ce bastion disparu n’avait jamais été achevé dans sa moitié droite, entre l’amorce de son flanc droit et la porte Lagoubran, mi ferroviaire, mi routière.

9-10– courtine (Détruite)

10– bastion (Détruit)

Bastion du front de mer.

10-B– courtine (Détruite)

11- contregarde du bastion 3 (Détruite)

Voir ci-dessus, bastion 3

12- lunette devant le bastion 3 (Détruite)

Voir ci-dessus, bastion 3

13- contregarde du bastion 5

Voir ci-dessus, bastion 5.

1Vincennes SHD, Art. 8 carton 32 (1 VH 1870), Etat des projets à présenter pour 1858-1859, apostilles du chef du Génie. 2 Vincennes SHD, Art. 8 carton 32 (1 VH 1870), Mémoire sur projets pour 1859, apostille du chef du Génie. 3Adolphe Meyer, Promenade sur le chemin de fer de Marseille à Toulon, Marseille, A. Gueidon, 1859, p. 191, note. 4Vincennes SHD, Art. 8 carton 32 (1 VH 1870), Etat des projets à présenter pour 1858-1859. 5Légende du Plan de la petite rade et des établissements de la marine à Toulon, 1867 (imprimé) ; ce plan a servi de base à Octave Teissier, Op. Cit., pour son Plan des divers agrandissements de Toulon depuis le Moyen-Age jusqu’à ce jour, 1873.
Appellations extension Missiessy-Malbousquet
Dénominations fortification d'agglomération
Aire d'étude et canton Var
Adresse Commune : Toulon
Adresse : 3ème fortification d'agglomération

Au début de 1855, avant l’achèvement de la nouvelle darse de Castigneau et de son enceinte, le conseil d’amirauté envisage de porter les limites de l’arsenal au-delà de cette limite, la généralisation de la marine à vapeur laissant présager l’insuffisance des darses et équipements existants. Une nouvelle extension de 55 hectares vers l’ouest, incluant le château de Missiessy, capable d’accueillir des casernements, et comportant une nouvelle darse, est donc proposée. Le 17 décembre 1856, le comité des fortifications délibère en faveur d’un tracé nettement plus ample, soit une aire close d’environ 100 hectares, permettant à la nouvelle enceinte de joindre le fort Malbousquet plutôt que d’être dominée par cet ouvrage détaché. Approuvé par le ministre de la Guerre le 30 mai 1857, le projet est pris en charge (acquisition des terrains, coûts des travaux de l'enceinte et des équipements) par ses deux bénéficiaires, le département de la Guerre pour les 3/4, la Marine pour le solde. La part majoritaire de la Guerre s’explique par le coût élevé de la construction d’une grande extension de l’enceinte fortifiée de la place, le génie se réservant en outre un tiers de l’aire intérieure créée. La mise en œuvre de cette nouvelle extension, à partir de 1860, rend inutile le front bastionné ouest de la nouvelle enceinte nord-ouest de la ville, retranchant la darse Castigneau, qui est démoli après 1864. La nouvelle enceinte ouest Missiessy-Malbousquet est donc dès lors considérée comme continue avec l’enceinte nord, malgré le fait que l'une enveloppe la ville, l'autre seulement des terrains militaires.

Rédigé et dessiné en avril 1860 sous la direction du colonel chef du génie Antoine Long, le projet de la nouvelle enceinte comporte trois fronts bastionnés échelonnant neuf bastions à flancs droit. Les ouvrages sont désignés par une numérotation chiffrée de 1 à 10, faute de trouver une nomenclature en cohérence avec celle, lettrée, de la nouvelle enceinte de la ville et de Castigneau. S'ajoutent à ces ouvrages du corps de place trois dehors couvrant deux des bastions du front nord, soit une contregarde et une lunette chiffrées 11 et 12, devant le bastion 3, et une contregarde couvrant le bastion 5. Sur préconisation de l’inspecteur général des fortifications, le fort Malbousquet est intégré à l'angle nord-est de l'enceinte, dont il devient un dehors complexe (perdant ainsi son statut d'ouvrage autonome), toujours doté d'une caserne casematée. L'ancien fort garde sa propre nomenclature, chiffrée de 1 à 6. Le long front nord de l'enceinte est pourvue de deux portes, la porte Missiessy (ou du Las), issue principale terrestre du nouvel arsenal, et, plus à l'est, la porte Malbousquet, issue principale de la partie de l'aire intérieure réservée par la Guerre (les deux secteurs devaient être séparés par un retranchement intérieur qui n'a pas été réalisé). Ces deux portes sont conçues sur un modèle proche de celui des portes de la nouvelle enceinte nord de la ville, avec corps de garde développés symétriquement du côté intérieur, mais elles s'en différencient par ce qu'elles n'ont qu'un passage d'entrée voûté et non deux jumelés, et par l'absence d'étage sur les corps de garde.

Le chantier, confiés à l’entrepreneur Brunet, débute par le front nord durant l'hiver 1860-1861. L’économie du chantier est tributaire du creusement de la nouvelle darse de Missiessy par la marine, qui procure les remblais nécessaires à la constitution des remparts des nouveaux fronts bastionnés.

En 1862, le chef du génie Antoine Long modifie les dispositions prévues pour le raccord de l'enceinte au fort Malbousquet, revenant sur ce qui, dans ce fort, doit être sacrifié ou conservé pour l'utiliser comme dehors. Il en résulte la démolition de la caserne interne à l'ex fort et son remplacement par une autre, enterrée dans le bastion 6 de l'enceinte, le plus proche.

Dans la face droite (ouest) du bastion 9 (angle sud-ouest), un passage en double arche est construit en 1868 pour permettre sa traversée par une voie de chemin de fer à l’usage de la marine, doublé d’une route, passant ensuite sur les terre-pleins du front de mer de l’enceinte pour desservir les darses de Missiessy et de Castigneau. Cette double arche est nommée Porte de Lagoubran.

Les travaux de l’enceinte s’achevèrent par la finition du front de mer, des ponts-levis des deux portes nord et de la grille de celle de l’ouest, en juin 1870.

Le déclassement de l'enceinte fortifiée de Toulon « comprise entre les forts Lamalgue, au sud (sud-est), et Malbousquet, à l’ouest », arrêté le 13 janvier 1921, n'entraine pas, pour l'enceinte de la zone militaire Missiessy-Malbousquet, des mesures de démantèlement aussi intenses que celles qui affectent les partie de l'enceinte corsetant la ville. C'est au coup par coup que la Marine procède, au cours du XXe siècle, à la suppression des ouvrages du front bastionné maritime sud de l’extension Missiessy-Malbousquet (Front 9-10-B-A), et à des percées dans le front ouest (7-8-9), laissé en ruines. La ville, pour sa part, obtient de la Marine, à partir de 1925, la démolition de la partie est du front nord (1-2, porte Missiessy) et quelques dehors, au bénéfice de la voirie.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle
Auteur(s) Auteur : Long Antoine,
Antoine Long

Colonel du Génie à Toulon au milieu du XIXe siècle. Auteur d'un projet (non réalisé) pour le fort Balaguier en 1858, participe à l'élaboration du projet de la 2e enceinte de Toulon en 1845, conçoit le dessin de la 3e enceinte de Toulon en 1860.


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ingénieur militaire, attribution par source

La dernière en date des extensions de l'enceinte bastionnée de la place forte de Toulon, enveloppant exclusivement des terrains militaires et la darse de Missiessy, est celle dont subsiste le tronçon le plus étendu, ainsi que les plus important restes monumentaux d'ouvrages de fortification.

Ces restes consistent en la majeure partie du front nord et du front ouest conservés en continu (de la courtine 2-3 à la courtine 8-9 incluses) soit cinq bastions et une porte, la porte Malbousquet. Si les dehors (11-12) du bastion 3 ont disparu, de même que les tenailles des courtines, l'ancien fort Malbousquet, devenu un dehors hors normes, subsiste en totalité dans son état de 1870 au point haut du site, c'est à dire au-devant du front 5-6-7, au nord-ouest. Ce secteur particulièrement dense conserve le magasin à poudres du fort, et le casernement casematé semi-enterré niché dans le bastion double 5-6. Ces parties conservées de l'enceinte sont celles qui ne relevaient pas de la Marine, mais du département de la Guerre, et enserraient la part de l'aire intérieure qui lui était affectée.

Les bastions de cette enceinte ouest de 1860-1869 sont comparables -en moins régulier- à ceux de l'enceinte de ville 1849-1861 par leur plan à flancs droits, faces longues, angle de capitale obtus, et par leur grande largeur, en moyenne plus ample que celle des bastions de l'enceinte XVIe-XVIIIe. Certains sont nettement asymétriques (bastions 7 et 8), et l'un d'eux est double (bastion 5-6), c'est à dire ne comportant que deux flancs (droit pour le bastion 5, gauche pour le 6) pour quatre faces, dont deux formant un angle rentrant intermédiaire. Ce bastion double est couvert au nord par une haute contregarde (n° 13) qui masque les faces du bastion 5 et la face droite du 6. L'ensemble du front 5-6-7 , bâti sur la hauteur de Malbousquet à la place du front de gorge de l'ancien fort, détruit pour lui faire place, a un statut particulier au sein de l'enceinte du fait de sa position dominante et de son lien avec le dehors et l'ancien fort Malbousquet. Une poterne y est percée dans la courtine 6-7, créant une communication entre le casernement (composé de 7 grandes casemates) niché à la gorge et dans le remblai du bastion 6, et l'ex fort, qui abritait le précédent casernement à sa gorge. Bastions et courtines portent sur ce tronçon haut un long cavalier en terre pour tirs d'artillerie à longue portée au dessus de l'ancien fort.

Deux caractéristiques architecturales affirmées différencient les fronts bastionnés de cette enceinte ouest de ceux l’extension nord de l'enceinte de ville. La première tient à la mise en œuvre du revêtement, moins soigné : le parement appareillé est brut, plutôt qu'à bossages rustiques, les chaînes d’angle en pierre de taille sont lisses, et l’arase est couronnée d’une simple tablette et non d’un cordon.

La seconde caractéristique, structurelle et très remarquable, tient au fait qu'une galerie d’escarpe continue et crénelée est aménagée dans la moitié supérieure de l’élévation du revêtement, tant des courtines que des bastions. Elle est formée d'une juxtaposition de petites casemates perpendiculaires au revêtement, prenant jour côté fossé par deux créneaux et un soupirail haut réservé au ras de la voûte en berceau. Ces casemates destinées à des magasins d’approvisionnement de guerre et au logement de troupes, utilisées plus tard pour des prisonniers de guerre (le souvenir de leur séjour, durant la seconde guerre, est pérennisé par des peintures murales remarquables), sont reliées entre elles par une galerie de circulation en corridor, le long du mur de fond.

Cette galerie était conçue théoriquement comme ininterrompue sur les fronts bastionnés nord et ouest, depuis le bastion 1 jusqu’au bastion 8, mais elle a été réalisée de façon discontinue. Les deux solutions de continuité se situent l’une dans la partie droite du bastion 3, qui chemise en partie un rocher naturel et l’autre, beaucoup plus étendue, depuis le bastion 6 jusqu’au bastion 8. Le total de 289 casemates annoncé dans les documents de la fin du XIXe siècle correspond à celles effectivement réalisées.

Ces casemates avaient plusieurs issues partant de la rue du rempart et traversant le rempart perpendiculairement, au revers de certaines courtines, et des débouchés en poternes dans le revêtement, comme on le voit encore dans la courtine 3-4.

Murs calcaire moellon
brique
pierre pierre de taille
Plans système bastionné
Couvrements voûte en berceau
voûte en arc-de-cloître
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours, en charpente
Techniques peinture
Représentations scène de genre, personnage profane, scène de la vie sociale
Précision représentations

Les cellules du demi-bastion 5 sont ornées de 29 peintures murales en couleurs ou en camaïeu : paysages, scènes de genre ou personnages isolés (scène de taverne, baigneuses, danseuse, vagabond dans un paysage). Le décor peint s’étend aussi à des plinthes en grisaille ou faux marbres sommaires courant autour des créneaux ou jusqu’aux piédroits des portes.

Annexes

  • Déclassement et démantèlement des enceintes de Toulon

    La démolition de l’ancienne enceinte, 1859

    Dans son récit de circonstance publié en 1859, destiné au voyageur touriste empruntant la nouvelle ligne ouverte dans l’année, l’essayiste marseillais Adolphe Meyer donne une idée de l’avancement encore limité des travaux de lotissement de la nouvelle ville, l’emprise de l’ancienne enceinte n’étant pas encore libérée : « De la gare (de Toulon), on descend vers la ville par un boulevard nouveau qui coupe l’ancienne ceinture de remparts. On les démolit avec activité, et leurs débris servent à combler les énormes fossés qui s’étendaient à leurs pieds.»1

    L’état des projets du génie à présenter pour les exercices 1858-1859, rédigé en août et septembre 1857, précisait qu’à cette date il n’avait pas encore été statué sur la démolition de l’ancienne enceinte, mais le déclassement et la remise aux Domaines des terrains des fortifications de cette enceinte furent annoncé en mars 18582, deux semaines après que le comité du Génie eut délibéré qu’il était avantageux que « la démolition des anciens remparts de Louis XIV à Toulon (fut) faite par les particuliers qui se rendront acquéreurs des lots de terrains à bâtir ». Cette solution fut finalement écartée par le ministre de la guerre, qui prescrivit, le 7 juillet, que le Génie dirigerait la démolition, les acquéreurs des terrains libérés ne faisant que contribuer financièrement au coût des travaux, immédiatement confiés par marché au sieur Dauphin, entrepreneur. C’est donc seulement –et logiquement- au moment où la nouvelle enceinte était pour l’essentiel achevée, que disparurent sous la pioche des démolisseurs (non moins de 400 ouvriers) les quatre bastions de l’ancien front de terre (8-9-10-11) et les courtines intermédiaires, à partir de la courtine 7-8.

    Certains plans de Toulon, comme celui publié par Armand Imbert en 1847, ou le plan des alignements de la ville dessiné en avril 1858 sous la direction du colonel Antoine Long, chef du génie3, doivent être considérés avec beaucoup de circonspection, car ils figurent non un état des lieux, mais l’état projeté à la date de leur établissement, soit le projet Picot, sans chemin de fer, pour le premier, et le projet en cours de réalisation, sensiblement différent,pour le second : l’ancienne enceinte ne figure plus sur l’un et l’autre de ces plans, alors que sa démolition n’en fut conduite que de juillet 1859 à avril 1860.

    Les établissements et bâtiments militaires qui s’étaient développés dans l’aire intérieure des bastions 8, 9 et 10 de l’ancienne enceinte, comme la fonderie, en place dès l’origine dans le bastion 9, complétée de bureaux du commissaire général et des subsistances et de l’école d’artillerie navale, ou, dans le bastion 10, la caserne du Jeu-de-Paume et l’hôpital militaire,devaient être conservés et réintégrés au nouveau parcellaire, formant des îlots réservés à l’Etat. Dans le bastion 8, les bâtiments de l’arsenal de terre ou arsenal d’artillerie (d’abord parc d’artillerie en 1790) devaient être conservés, mais leur transfert de leur fonction était prévu en 1859 dans le nouveau quartier militaire intra-muros au nord du chemin de fer. Le bastion Saint-Bernard (7), intégré dans le tracé de la nouvelle enceinte en ne perdant, lors des démolitions, que son flanc gauche (la nouvelle courtine 7-M se raccordant directement à sa face gauche) conservait en son sein le magasin du génie et l’enclos pour le chantier des fortifications de la place, établis dans son aire intérieure dans les années 1820.

    De l’enceinte Vauban ne demeura donc, après les démolitions, que la partie maritime, incluse dans l’arsenal et formant séparation entre la darse neuve et la darse de Castigneau.

    La démolition des enceintes du XIXe siècle

    Les premières atteintes apportées à l’intégrité de la grande enceinte commune à la ville et à l’arsenal de Toulon, générées par la croissance urbaine et la fluidité des axes viaires, sont nettement antérieures au déclassement militaire, et postérieurs de moins de vingt ans à l’achèvement de l’ensemble. En juillet 1887, une convention était passée entre la ville de Toulon, représentée par son maire M. Dutasta, et l‘Etat, autorisant le dérasement du bastion 5 (de la Poncherimade), de la courtine 5-6, et des fossés et dehors attenants (ouvrages considérés comme suffisamment couverts par la communication au fort Lamalgue), afin de créer un boulevard et une place : seuls les piliers de la « porte neuve » de 1867 furent maintenus en place symboliquement, mais sans utilité défensive.

    La même convention de 1887 autorisait la percée d’une nouvelle issue non défensive de l’enceinte de ville dite « coupure Montéty », dans la courtine H-I de l’enceinte nord, au nord de la gare, pour procurer une issue directe des quartiers extra muros à la cité Montéty. Cette coupure, traversant le fossé par un pont à tablier de bois, fut percée seulement après juillet 1890 et ouverte à la circulation en aout-septembre 1891. Dans l’intervalle, en novembre 1889, une issue en tunnel percée à gauche (nord) de la porte d’Italie, aux dépens d’une des casemates de la courtine, permit d’établir deux passage dissociés, offrant un double sens de circulation ouvert au voitures, selon le principe qui détermina le parti des arches jumelles caractérisant les portes de ville de la génération 1850-1860.

    L’enceinte fortifiée de Toulon « comprise entre les forts Lamalgue, au sud (sud-est), et Malbousquet, à l’ouest », ne fut déclassée militairement qu’aux termes de la loi du 13 janvier 1921. A la suite de ce déclassement, la municipalité de Toulon entreprit un démantèlement partiel qui lui permettait de mettre en oeuvre son plan d’aménagement, d’extension et d’embellissement urbain, en conformité avec les obligations imposées aux villes de plus de10.000 habitants par la loi du 16 mars 1919.4

    La nécessité de dépassement des limites des remparts se faisait ressentir principalement dans l’axe du boulevard de Strasbourg, ce qui imposait à l’est la suppression de la porte Notre-Dame, et à l’ouest / nord-ouest, celle des portes de France et Nationale, ainsi que du bastion intermédiaire FG, situé dans l’axe du boulevard. C’est ce front nord-ouest qui fut le plus largement détruit, tant du fait de l’intention de décloisonner la ville intra-muros de faubourgs Saint-Roch et du Pont du Las, que par le projet de la SNCF d’agrandir la gare de Toulon vers l’ouest.

    Du fait de la topographie pentue du terrain, et de la faible présence d’habitat urbain au nord de la gare, la partie nord de l’enceinte abritant l’arsenal de terre, soit les bastions I-K-Let la porte Sainte-Anne, fut exceptée des démolitions, seule la « coupure Montéty » étant élargie. De la même manière, les projets d’urbanisme n’ayant pas vocation de fondre le parcellaire de la ville avec les secteurs alors peu bâtis de l’est, vers le fort Sainte-Catherine, la percée au droit de porte Notre-Dame parut procurer une ouverture suffisante de ce côté, d’autant qu’un peu plus au sud du même front, la porte Neuve avait déjà perdu ses retranchements défensifs. C’est cette circonstance qui valut à la porte d’Italie et aux deux bastions l’encadrant d’être conservés.

    La première démolition programmée toucha la porte Notre-Dame, détruite le 20 février1923 sous l’autorité de M. Colson, ingénieur des Ponts et Chaussées de l’arrondissement de Toulon, ce qui permit de prolonger vers l’est le boulevard de Strasbourg. En 1924, furent démontés les piliers de la porte Neuve, tandis que la porte Missiessy (ou du Las) était supprimée en 1925.

    D’avril 1926 à février 1928, fut procédé au dérasement de la courtine H-I aux frais de la SNCF, à l’aide d’une machine à vapeur excavatrice, pour dégager l’espace nécessaire à l’extension de la gare de Toulon vers l’ouest. Les terres extraites du rempart des bastions et des courtines étaient chargées dans des wagonnets Decauville sur rails amovibles permettant de les déverser dans les fossés voisins au fur et à mesure du démantèlement. Le 7 mars 1928, une convention passée entre la ville de Toulon et l‘Etat entérinait la démolition des remparts nord-ouest de la ville, entre la « coupure Montéty » et la porte Nationale, incluse. Le marché d’adjudication des travaux fut passé le 10 avril 1929, en faveur des entrepreneurs Pellerin et Fages. Cette même année, les deux passages en tunnel du chemin de fer à travers les remparts furent démolis.

    La démolition de la porte Nationale, dégagée des remparts attenants nivelés, fut amorcée en mars 1930, après la démolition du bastion FG et de la porte de France, qui permirent de mettre en chantier le prolongement ouest du boulevard de Strasbourg. Suspendue, cette démolition fut reprise et achevée en 1933.

    La phase principale du démantèlement programmé étant alors achevé, ce qui restait des fronts bastionnés fit encore l’objet, au cours du XXe siècle et au cas par cas, de destructions partielles et d’adaptations ou modifications ponctuelles.

    A l’intérieur de l’enceinte de l’arsenal, l’enceinte bastionnée de la « darse neuve » de Vauban,avec ses trois bastions (1,2, 12) était encore bien conservée dans son état ancien, avec revêtement à arcades et magasins continus adossés, jusqu’aux abords de la première guerre mondiale. A partir de cette époque, et dans l’entre-deux guerres, diverses améliorations des darses, dont la création d’une grande plate-forme avec deux grands bassins de radoub à double entrée à l’emplacement de l’entrée primitive de la darse neuve (front 1-2) , puis le décloisonnement de cette darse vers celle de Castigneau, ont entraîné la disparition de la majeure partie des restes de l’enceinte maritime de Vauban : courtines-quai 12-1 et 1-2,bastion 1, et la restructuration de l’ancien bastion 2, inclus dans la nouvelle plate-forme.

    Certaines destructions, rares en vérité (comme le dérasement des revêtements et magasins du bastion 12 de l’enceinte et de la darse Vauban) font suite aux dommages engendrées par les bombardements aériens américains de novembre 1943 et février-mars1944. Cependant, l’essentiel des destructions ponctuelles ou modifications, hors arsenal, est postérieur à la seconde guerre, volontaires et associé à des contraintes imposées par l’amélioration de la voirie urbaine et périurbaine. On notera dans cette catégorie, et sous l’autorité de la ville, la démolition incomplète du bastion M du front est de l’extension nord,le dérasement du côté droit du bastion 6, à droite de la porte d’Italie, celui de la moitié gauche de la demi-lune de la porte d’Italie, et le percement, en 1975, d’un nouveau passage contigu à celui percé en 1889 à côté de cette même porte d’Italie, afin de faire passer la circulation automobile à double sens par ces deux arches, et de limiter aux piétons le passage par la porte ancienne. C’est à la même date que fut aménagé un parking souterrain dans le fossé décomblé, en dégageant l’ancien pont dormant.

    En 1986, sous l’autorité de la Marine, quatre arches analogues furent ménagées, aux dépens de quatre casemates de courtine, à raison de deux jumelées de chaque côté de la porte Malbousquet, l’espacement de ces percées jumelles par rapport à la porte étant dicté par le contournement nécessaire des pavillons existant à la gorge de cette porte. Avant cette adaptation, la Marine avait procédé au cours du XXe siècle, à la suppression des ouvrages du front bastionné maritime sud de l’extension Castigneau-Missiessy (Front 9-10-B-A), et à des percées dans le front ouest (7-8-9), laissé en ruines.

    1Adolphe Meyer, Promenade sur le chemin de fer de Marseille à Toulon, Marseille, A. Gueidon, 1859, p. 186.2Vincennes SHD, Art. 8 carton 32 (1 VH 1870)3Vincennes SHD, Art. 8 carton 32 (1 VH 1870) projet 1858-1859, feuille n° 224Loi Cornudet

Références documentaires

Documents d'archives
  • Etat des projets à présenter pour 1858-1859, apostilles du chef du Génie. (Projet de l'enceinte Missiessy-Malbousquet). Service Historique de la Défense, Vincennes : Art. 8 carton 32 (1 VH 1870).

    Service Historique de la Défense, Vincennes : Art. 8 carton 32 (1 VH 1870)
Documents figurés
  • Projets pour 1860-1861 fortifications : terminer la nouvelle enceinte agrandie au nord. / Dessin à l'encre aquarellé, signé A. Long, 1860, échelle de 0, 001 pour 1 mètre. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1872.

  • Projets pour 1862-1863. Fortifications : construire la nouvelle enceinte agrandie à l'ouest, fronts 5-6 et 6-7 au travers du fort Malbousquet. Elévation et profil. / Dessin à l'encre aquarellé, signé A. Long, 26 avril 1862, échelle de 0, 004 pour 1 mètre. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1873.

  • [Enceinte ouest : état des projets 1864]. Dessin à l'encre aquarellé, 1864. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1874.

  • Projets pour 1864-1865. Bâtiments militaires : compléter la caserne de retranchement K, caserne Gardanne. / Dessin à l'encre aquarellé, signé Petit, 1864, échelle de 0, 005 pour 1 mètre. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1874.

  • [Enceinte nord, front est K-7] Etat des lieux. / Dessin à l'encre, signé Noizet et Petit, 1864. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1874.

  • Place de Toulon. [Enceinte ouest] état de lieux 1866. Dessin à l'encre aquarellé, 1866. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1875.

  • Plan de la petite rade et des établissements de la marine à Toulon. / Dessin imprimé en couleur, 1867, [sn], 1 feuille 116 x 65 cm pliée in-fol. Bibliothèque nationale de France, Paris : GED-5242.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : GED-5242
  • Projets supplémentaires pour 1868-1869. Fortifications [...] agrandissement de l'enceinte à l'ouest jusqu'au fort Malbousquet. / Dessin à l'encre aquarellé, signé Henry, 1869, échelle 1/300 pour le plan d'ensemble, 1869. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1876.

  • [Plan du front est 5-6-7-8, porte d'Italie, plantation] / Dessin à l'encre aquarellé, 1870, échelle de 0, 0005 pour 1 mètre. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1878.

  • Projets pour 1870-1871 Fortifications. Plantations [Plan du nouveau front ouest Malbousquet]. / Dessin à l'encre aquarellé, échelle de 0, 0005 pour 1 mètre, 1870. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1878.

  • [Plan général de Toulon] / Dessin à l'encre aquarellé, 1870. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1878.

  • Front 28-29. Casemates depuis le saillant 28 jusqu'au flanc droit 29. [Extension ouest bastion 4-5, porte Malbousquet, galeries escarpe] / Dessin à l'encre aquarellé, 1875, échelle de 0, 005 pour 1 mètre. Service Historique de la Défense, Toulon : Atlas des bâtiments militaires.

  • Casemates de la face droite du bastion 29 et des fronts 20-30 et 30-31. Malbousquet. Plan des casemates J et de celles des culées adjacentes. / Dessin à l'encre aquarellé, 1875, échelle de 0, 005 pour 1 mètre pour les plans de détail. Service Historique de la Défense, Toulon : Atlas des bâtiments militaires.

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