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fortification d'agglomération, enceinte de la ville ancienne et des darses Vieille et Neuve

Dossier IA83001925 réalisé en 2014

Fiche

Historique, topographie et typologie générale

Jusqu'au cours du XVIe siècle, la ville de Toulon demeura étroitement close dans son enceinte médiévale de dimensions restreintes, jalonnée de tours et de tours-portes de plan carré, la croissance de la population entraînant le développement –d’ailleurs assez limité- de faubourgs extra muros. La situation littorale et la configuration générale de la ville invitent à comparer le cas de Toulon à celui d’Antibes, petite ville épiscopale enfermée dans l’enceinte obsolète d’un castrum du Bas-Empire : dans les deux cas, les préoccupations d’auto-défense et la prospérité de la ville n’étaient pas suffisantes pour justifier, de la part des échevins, un effort coûteux d’agrandissement et de reconstruction de l’enceinte. Mais Toulon et Antibes étaient vouées à devenir des places-fortes portuaires de l’État moderne dès le siècle de la renaissance, du fait des avantages que leur port pouvait offrir à la flotte royale. C’est donc d’abord le port que la puissance publique royale, avec le concours du corps de ville, entreprit de mettre en sûreté, par un ouvrage de défense garantissant l’entrée ; et ce n’est que dans un second temps, au terme de plusieurs tentatives avortées, que les représentants du roi de France parvinrent à convaincre les échevins de financer en partie de nouvelles fortifications urbaines. Cette étape, réalisée seulement autour de 1600, entraîna à Toulon la disparition de l’ancienne enceinte, dissoute dans le parcellaire de la ville agrandie, ce qui ne fut pas le cas à Antibes.

Du fait des qualités stratégiques exceptionnelles de la rade de Toulon, c’est tôt dans le XVIe siècle -dès la fin du règne de Louis XII et le début de celui de François Ier, de 1514 à 1524- que la « grosse tour » ou « tour Royale » fut bâtie sur un cap terminant la presqu’île du Mourillon et contrôlant du côté est la passe d’entrée de la « petite rade ».

En octobre 1531, Renzo da Ceri, dit le capitaine Ransse ou seignor de Ransé, capitaine milanais qui avait participé à la défense de Marseille assiégée par les troupes de Charles de Bourbon, fut missionné à Toulon au nom du roi François Ier pour étudier la possibilité d’une extension et d’une modernisation de l’enceinte de la ville, ce que le conseil de ville rejeta en raison des destructions de faubourgs et d’arbres qu’un tel projet aurait entraîné. Les délibérations municipales de novembre 1531 renseignent sur un projet alternatif proposé par le même « seignor de Ransé, commissarius ad hoc », irréaliste et tout aussi inacceptable pour les toulonnais, qui consistait à créer une ville neuve fortifiée sur la presqu’île du Mourillon, dont la Grosse Tour aurait été le réduit, avec obligation aux habitants de participer au lotissement, en acceptant d’abandonner leur maison dans la ville de Toulon en cas de péril pour s’installer dans celle bâtie dans la nouvelle forteresse 1. Si ce projet resta lettre morte, il est intéressant de noter que l’idée d’un quartier neuf ou lotissement hors les murs de Toulon, sur la presqu’île du Mourillon, à l’est du port, revint à plusieurs reprises au XVIIIe siècle comme option des projets généraux des ingénieurs militaires royaux.

Au mois de janvier 1552, Claude de Savoie, comte de Tende-Sommerive, grand sénéchal et gouverneur de Provence (de 1525 à 1566), soumettait au conseil de ville de Toulon le projet d’une nouvelle enceinte urbaine, plus vaste que l’ancienne et fortifiée « à la moderne » . La lettre du gouverneur proposait de « fère amplier, agrandir et fortifier la ville de Thoulon et, ce fesant, y fère nouveaulx foussez, murailhes, balloards et plattes formes requises pour la tuition et deffence de la dicte ville et port d’icelle ». Le sieur Mottet, premier consul de Toulon, parent de Pierre Mottet, qui avait été, pour la ville, de 1517 à 1524, le trésorier principal de la construction de la « Grosse Tour », réunit dès le 17 janvier 1552 un conseil général extraordinaire de la communauté composé des deux conseils « vieil et moderne » et de trente-cinq chefs de famille pour délibérer de cette question. La décision soulevait un problème de financement, le gouverneur de Provence posant pour condition une participation de la ville de dix mille écus, sur un montant total de vingt-cinq mille, en sorte que le conseil répondit qu’il ne pouvait contribuer aux frais que pour la somme de dix mille livres (soit le tiers des dix mille écus demandée), payable en cinq ans, par annuité de deux mille livres, et seulement à compter du jour où les quinze mille écus engagés par le gouvernement de Provence seraient dépensés, « veu que aultrement ne se sauroit fère sans estre ruynés » . La délibération précisait que « ladicte ampliation et fortification de la ville de Thoulon » était devisée « suyvant le pourtraict et exemplaire faict et monstré au conseil par le sieur de Sainct-Rhemy, commissaire des fortifications »2.

Jean de Saint-Remy, commissaire de l’artillerie, expert en fortification mentionné à partir de 1536, était alors à la fin de sa brillante carrière d’ingénieur militaire propagateur du bastion –le seul alors qui ne fût pas italien. Il s’était illustré notamment par la conception de la première enceinte bastionnée réalisée en Provence, et l’une des plus anciennes en France, celle de Saint-Paul-de-Vence, achevée peu après la mort de François Ier en 1547. Il fut chargé de diverses missions par François Ier, puis Henri II. Le premier de ces deux souverains l’avait chargé d’une tournée des villes fortifiées de Provence en 1546, d’où il devait rapporter « les portraitz et dessaing (des fortifications) pour les veoir et sur le tout oyr et entendre votre advis et rapport », lui exprimant sa confiance en indiquant « que n’y pourrions envoyer personnage qui soyt pour mieux satisfaire à nostre desir volompté intentions que vous, par l’expérience et bonne intelligence que vous avez esd. fortifications » 3. La mise de fonds de la ville ayant été estimée insuffisante, le projet fut abandonné.

L’entrée de la petite rade de Toulon étant bien défendue par la Grosse Tour royale, la fortification de la ville proprement dite n’était sans doute pas considérée comme suffisamment névralgique pour que le gouvernement de Provence remît rapidement le projet à l’ordre du jour. Cette circonstance n’intervint que vingt huit ans plus tard : au début de mars 1580, le gouverneur de Provence récemment nommé était Henri d’Angoulême, fils naturel du roi Henri II, abbé commendataire de la Chaise-Dieu et Grand Prieur de France. Lors d’une entrevue à Aix, il avait autorisé Pons Ricard, premier consul de Toulon, à réunir le conseil « pour adviser et délibérer sur ce qu'il y avoit à fère à propos de la fortiffication (de la ville) et d'avoyr les moyens de la pouvoir fère et la conséquence d'icelle ». Une épidémie de peste retarda de plus d’un an la réponse du corps de ville, qui achoppait à nouveau sur la question du financement partagé. Réuni le 9 juillet 1581 par le nouveau premier consul Rippert, un conseil général composé de cent treize membres rendit exactement la même proposition de contribution qu’en 1552, qui aboutit au même ajournement, cette fois de quatre ans seulement. En 1585, les consuls prirent l’initiative, et proposèrent au roi de prendre en charge la totalité du coût de construction des fortifications de la ville en l’échange de la confirmation de privilèges, d’octroi de droits et d’exemptions de taxes, astreintes et services militaires.

L’intention des consuls était de garder la maîtrise de l’enceinte fortifiée, comme dans la période médiévale, avec attribution de la charge de gouverneur au premier consul, en évitant les servitudes militaires et astreintes imposées aux habitants par le statut de place forte d’Etat.

Un nouveau plan de l’enceinte urbaine projeté, comprenant six bastions, avait été dessiné : « la ville de Thoulon sera fortiffiée suyvant la forme du pourtraict fait par l'engégneur de sadicte Majesté, le seigneur Herculles ». Une enquête fut confiée à deux procureurs par le gouverneur de la province Henri d’Angoulème, et par le trésorier général de France pour examiner la recevabilité des conditions avancées par la ville, et une commission d’experts, composée de deux architectes, deux ingénieurs et deux maçons plâtriers, sous l’autorité morale des évêques de Marseille et de Toulon, fut nommée pour procéder au tracé sur le terrain des nouvelles fortifications, d’après « la carte du desseing dudict sieur Herculles ». Le premier bastion fut placé « dans le quartier de Sainct-Jean, près de la mer », les cinq suivants, respectivement, « au chemin dict de Sainct-Lazare le vieux (…) au lieu appelé Sainct-Philip (…) au lieu appelé la Lauze (…) au lieu appelé Nostre-Dame » (…)au lieu appelé Saincte-Peyronne, près de la mer ». Les courtines devaient avoir sept cannes de hauteur, une canne d'épaisseur dans les fondations; les bastions cinquante cannes de contour; le fossé dix de largeur et quatre de profondeur, sur un développement de mille cannes. Un môle « tirant despuis le bastion du costé du levant jusques au bastion du couchant », deux cannes de largeur, serait créé « pour la commodité du port de ladicte ville " 4.

Le sieur Herculles n’est autre que l’architecte et ingénieur militaire piémontais Ercole Negro, ou Nigra (1541-1622), auteur de plusieurs dessins datés de la décennie 1580 figurant le plan de villes fortifiées des Alpes et de la vallée du Rhône, aujourd'hui conservées dans les Archives de l'Etat à Turin. Avant de passer au service exclusif du duc de Savoie, avec le titre de comte de Sanfront, Ercole Negro, qui relevait féodalement du roi de France jusqu’en 1588, avait participé à des campagnes militaires durant les guerres de Religion, et produit des projets de fortification en qualité d’ingénieur attaché d’abord à François de Lesdiguières, lorsque ce dernier était chef des protestants du Dauphiné , puis au représentant du parti opposé, Charles de Lorraine, duc de Mayenne, en 1580. Le « desseing » de Toulon a été fait, à la commande, à cette période. L’assassinat du gouverneur de Provence Henri d’Angoulême, le 2 juin 1586, provoqua l’arrêt des négociations, et l’ajournement du projet, le roi Henri III refusant les conditions proposées par les Toulonnais.

La construction de la première enceinte bastionnée de la ville sous Henri IV, 1589-1595

Bernard de Nogaret, duc de La Valette, nommé gouverneur de Provence en 1587 en remplacement de son frère le duc d’Epernon, ne trouva pas le moyen de relancer le projet de fortification de la ville avant la mort d’Henri III et l’avènement d’Henri IV, du fait des désordres civils associés aux guerres de Religion. Les préparatifs d’ouverture du chantier de construction eurent lieu à l’occasion de son séjour à Toulon du 19 au 27 août 1589, et, le 16 septembre était passé devant notaire le prix-fait pour le creusement des fossés, aux frais de la ville de Toulon. Le financement du reste des travaux fut aussi assuré par la communauté, en prélevant une part contributive sur les communes voisines.

Le 18 septembre 1589, le consul Garnier mettait le conseil de ville en demeure, par ordre du gouverneur, de voter les fonds nécessaires au commencement des travaux, comportant, outre le fossé, la construction d’un premier bastion « au devant du port », comme en témoigne le procès-verbal de séance : « A esté remonstré, dit le que hier, dix-septiesme du présent moys de septembre, Mr de la Valette, admiral de France, commandant générallement pour le Roy en ce pays de Provence, auroit passé contract avec cappitaine Pierre Hubac, de ceste ville, de fère les foussés et bastion dont il nous a souventes fois parlé et, en exécution duquel contract, nous seroit adjoint de trouver argent promptement pour mettre ladicte œuvre en exécution. » Le conseil dut décider « qu'il seroit vendu à l'inquant tout le bien de ladicte ville ». Les archives des délibérations municipales donnent des indications précises sur la chronologie et sur le déroulement u chantier, mené à bien entre le 19 novembre 1589 (pose de la première pierre) et la fin de l’année 1595, au début sous la direction du sieur Pierre Hubac, capitaine de ville et « homme d'entendement et de grand esprit » d’une famille toulonnaise de vieille souche.

D’après l'acte de prix-fait qui lui fut passé le 8 novembre pour la construction des bastions, des courtines et des deux portes de l'enceinte, les revêtements, ou murailles devaient être « bien et duement massonnées à chaulx et à sable », sur une épaisseur de cinq pieds de roi à la base, de trois pieds de roi au sommet 5 et sur une hauteur de quatre cannes -ce qui est de beaucoup inférieur aux sept cannes du devis d’Ercole Negro- « toutes lesdictes murailles embouchées par dehors, avec leurs contreforts de trois en trois cannes, et fera toutes les encoignures de pierre dure de taille, pour le prix de six écus pour chaque canne carrée » 6.

Les travaux étaient supervisés par un « ingénieur » non nommé, dont le capitaine Hubac devait suivre les directives et qui, contrairement à ce que supposait l’historien toulonnais Gustave Lambert, n’était certainement plus Ercole Negro, alors passé au service du duc de Savoie.

Une différence autre que la hauteur murale, par comparaison avec le toisé réalisé en 1585 selon les plans dudit sieur Herculles, tient au nombre des bastions à construire, passé de six à cinq. Le premier bastion en partant de l'Ouest, prit le nom de Notre-Dame du fait de la chapelle voisine de Notre-Dame-de-1'Humilité. Lui faisaient suite, dans le sens des aiguilles d’une montre, le bastion Saint-Roch, puis les bastion Saint-Vincent, Sainte Catherine et Saint-Jean, dont les appellations étaient toutes liées à la proximité d’une chapelle, celle de Saint-Jean ayant été incluse à la gorge même du bastion, engagée dans son aire intérieure. Ces bastions, tous à flancs retirés couverts par un orillon, comportaient deux casemates et trois guérites sur cul-de-lampe en pierres de taille, ce que l’on peut supposer conforme au dessein d’Ercole Negro. Toutefois, la carte du desseing dudict sieur Herculles n’ayant pas été conservée, on ne peut exclure l’hypothèse de changements de forme apportés par l’ingénieur mentionné mais non nommé par les sources municipales, auquel Hubac devait se référer. Les bastions à orillons des citadelles de Valence et de Gap, bâties sur les plans d’Ercole Negro en 1580 et 1581, ressemblaient à ceux réalisés à Toulon, mais avec des flancs bas retirés à ciel ouvert, ceux de Toulon étant casematés. Si les cinq bastions étaient semblables dans leur taille et leurs proportions, le plan polygonal de l’enceinte de Toulon n’était pas parfaitement géométrique, comme en attestent de sensibles différences de longueur linéaire d’une des six courtines à l’autre. Les deux portes de ville, celle de l’ouest dite de Notre-Dame et celle de l’Ouest, de Saint-Lazare, faisaient pendant, mais aucune des deux n’était percée au centre de la courtine correspondante. Ces deux portes avaient une façade en pierre de taille « à la rustique » (à bossages), un passage voûté également en pierre de taille, un pont-levis à flèches. La largeur du passage unique était inférieure à 4m (deux cannes). Le pont dormant comportait huit piles de pierre.

La spécification de l’emploi de pierres appareillées à bossages rustiques pour les portes de ville invite à penser que ce type de parement, employé à Toulon dans le premier quart du XVIe siècle pour la Grosse Tour royale, ouvrage luxueux et ostentatoire, n’était pas appliqué au revêtement courant des bastions et des courtines, dont seuls les angles saillants semblent avoir employé la pierre de taille, le reste ayant pu être parementé plus économiquement en blocage. Les bastions et courtines semblent avoir tous été couronnés d’un parapet d’infanterie maigre au-dessus du cordon, à l’arrière duquel passait un chemin de ronde adossé au rempart de terre formant banquette et parapet d’artillerie pour le tir à barbette . Ce terre-plein ne comblait pas toute l’aire intérieure des bastions, mais y régnait, au revers du revêtement, sur la même largeur qu’aux courtines, dégageant un vide intérieur assez ample qui pouvait accueillir du bâti (chapelle Saint-Jean, magasins à poudres, maisons en empiètement).

L’enceinte du port prolongeant et fermant celle de la ville, œuvre de Raymond de Bonnefons, 1604-1640

Considérablement agrandie par cette grande campagne de fortification de 1589-1595 (passant d’un peu plus de trois hectares à un peu plus de treize, intra-muros), la ville n’avait été dotée que d’une enceinte du côté de la terre. Le raccordement au front de mer, qui devait, selon les intentions du duc de La Valette formulées en 1590, donner lieu à la construction de deux autres bastions encadrant le quai du port et participant à la défense de la petite rade, n’était pas traité.

En octobre 1595, Henri IV concédait aux Toulonnais, le droit de tracer deux rues neuves le long du rivage, mais ce n’est qu’au début de 1604, que l’aménagement défensif du front de mer fut pensé et mis en oeuvre. Le 3 janvier, le conseiller Garnier de Montfuron établissait un procès-verbal après avoir reconnu les lieux propres à l’implantation du futur arsenal : « Nous aurions avisé n’y avoir lieu plus propre ni plus commode pour la fabrique des vaisseaux, que l’espace qui est entre la courtine de la porte Notre-Dame, jusques à la mer, où conviendra faire un bastion 7 ». Quelques mois plus tard, Charles de Lorraine, duc de Guise, gouverneur de Provence, confirmait aux consuls de Toulon la nécessité de prolonger jusqu’à la mer la courtine amorcée à la droite du bastion Notre-Dame « selon le plan et dessein qu’en sera fait par le sieur de Bonnefons, ingénieur de Sa majesté 8 ». En 1598, Raymond de Bonnefons , ingénieur du roi pour la Provence, le Dauphiné et la Bresse, avait édifié, à la demande d’Henri IV, sur l’île de Ratonneau au large de Marseille, une forteresse en forme de « grosse tour » octogonale, parti qu’il réïtéra en 1602 à Saint-Tropez, pour former le « donjon » de la future citadelle. A partir de 1603, il dirigeait à Antibes un chantier de fortification de la petite ville portuaire, comparable à la configuration de Toulon, en s’inspirant peut-être, pour le front de terre bastionné, d’un projet de peu antérieur, non réalisé, dessiné par l’un des ingénieur militaires du duc de Savoie, alter ego d’Ercole Negro, Ascanio Vitozzi. A Toulon, il eut pour mission d’achever par un front de mer embrassant le port et formant une darse, l’enceinte de ville bastionnée récemment construite, initialement conçue par Ercole Negro.

Le projet Bonnefons d’août 1604 comportait un quai rectiligne long de 180 toises, dont la partie médiane formait une avancée sur la mer, et dont l’aire était suffisamment large pour y bâtir un alignement de maisons neuves. L’enceinte de la darse était conçue selon un principe de stricte symétrie. Le prolongement jusqu’à la mer des deux courtines en attente, partant des bastions Notre-Dame et Saint Jean devait aboutir à deux demi-bastions à orillon immédiatement suivis d’un épi, selon un tracé tenaillé. De là, deux môles devaient s’avancer dans la mer et converger pour former un angle droit renforcé d’un petit bastion en figure de proue, au flanc gauche duquel aurait été ménagée l’entrée de la darse avec sa chaîne.

La réalisation, conduite à partir de 1605, s’éloigna assez nettement du projet dessiné, tout en conservant le principe de symétrie. Aux deux bastions tenaillés furent substitués deux quais en forme de très grands demi-bastions à flanc droit, formant enveloppe latérale de la darse, eux-mêmes prolongés par deux moles symétrique en redan, dessinant un tracé tenaillé ouvert au centre par l’entrée de la darse, large de 15 toises. Cette disposition permettait d’obtenir un plan d’eau plus vaste et des quais offrant une plus grande longueur d’accostage.

En 1609, un financement était mis en place pour commencer l’édification d’un mur d’enceinte sur jetées ou môles, et poursuivre la construction de ceux-ci dans la mer. Ces travaux furent dirigés par à Jean de Bonnefons, ingénieur ordinaire des fortifications, fils et successeur de Raymond. La darse étant désormais fermée et protégée face à la mer, Henri IV ordonna, par lettre du 26 novembre 1609, « de tenir pour quelque temps, nos galères qui sont au port de Marseille en celui de Tholon 9». Ultérieurement, le revêtement des môles fut renforcé, objet d’un marché de septembre 1625 passé pour le « haussement des murailles de la face vers l’hort, des tenailles de la darsène du port 10». Toutefois, les branches tenaillées encadrant la passe d’entrée étaient encore à l’état de jetée constituée d’enrochements bruts, en attente d’un revêtement, en 1620, ce que prouve la légende d’un plan dessiné alors par l’ingénieur Jean de Beins. Attribuable au même Jean de Beins, un mémoire sur “la besogne qui reste à faire pour la clôture de la darsenne”, proposait la construction de plateformes sur les deux angles rentrants des tenailles, propre chacune à porter trois canons. En outre, l’ingénieur projetait de construire à l’entrée de la darse une tour de 4 mètres de côté et haute de 6 mètres, pour loger les soldats chargés de manoeuvrer la chaîne de fer destinée à barrer l’entrée du port. La tour aurait été armée de 3 ou 4 fauconneaux.

En 1633, Henri de Séguiran, premier président de la cour de Provence fut chargé de l’inspection du littoral provençal par Richelieu, Grand-maître de la Navigation, qui l’avait nommé son lieutenant général. Au cours de la visite de Toulon, Séguiran relevait que « la fortification du côté de terre est achevée, à fort peu de chose près, et celle de la mer fort avancée, méritant bien cette place que l’on y travaille incessamment 11». Dans le cadre de l’inspection des côtes, une grande carte fut dessinée par Jacques de Maretz, professeur de mathématiques de la ville d’Aix, accompagnée de planches réunissant des vues perspectives des localités côtières (datées de 1631 ou de 1633) 12. Pour Toulon, la représentation montre fidèlement la darse enceinte par ses môles tenaillés.

La vue de Toulon figurant dans le recueil des Plans et profils des principales villes de la province de Provence publié par Christophe Tassin vers 1634, adopte une perspective diamétralement opposée à celle de Maretz et confirmant l’état de la darse avec ses môles tenaillés encadrant la passe ou chaîne.

Une fois les remparts des môles achevés, vers 1637, on put s’occuper de perfectionner la défense active de la passe par la construction de plates-formes d’artillerie de part et d’autre de la chaîne. La concrétisation de ce nouveau projet prit un peu de temps. Après la reprise des îles de Lérins aux Espagnols, Henri d’Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux et lieutenant général de la Marine royale de Louis XIII, inspecta à son tour les défenses du littoral provençal. S’agissant du port de Toulon 13, son compte-rendu précise que « Du côté de la mer, il y a une petite jetée de pierres perdues sur laquelle on a fait une muraille qui ferme la darse. La muraille n’a que neuf pieds d’épaisseur (…) et les flancs qu’on y a faits avec les embrasures, si mal, que le canon ne peut tirer sans étonner la muraille (…) Il faudrait pour la mettre en état, faire un contre-mur de six pieds (…) et fortifiant les deux têtes qui sont les deux côtés de la passe, il n’y aurait plus rien à craindre du côté de la mer ». La construction des plates-formes prit corps l’année suivante, un marché étant passé en octobre 1638 pour le « terrassement et plate-forme du ponant du port » ; un autre marché de mars 1639 avait pour objet de créer « des embrasures en la plate-forme du ponant de la darsene de la dite ville, qui flanque la chaîne ».

De passage à Toulon à nouveau en juillet 1640, Sourdis informait Richelieu de l’insuffisance de la défense de la ville et du port : « cette place est en fort mauvais état, la vile étant ouverte en plusieurs endroits, la clôture de la darse rompue ». Pour remédier à cette situation, il priait le cardinal ministre d’inviter promptement les consuls de Toulon à « bâtir un pilier au milieu de l’entrée, pour, avec des chaînes, barrer le port et fermer la darse, comme aussi parachever les deux plates-formes de l’entrée, en y employant pour cet effet le fonds qu’ils ont entre leurs mains ». Le mois suivant, effectuant un voyage au large des côtes génoise, Sourdis écrivait au secrétaire d’État à la guerre François Sublet de Noyers pour reformuler l’ensemble des travaux a réaliser en priorité aux défenses de Toulon, tant côté mer que côté terre : « j’estime que le plus nécessaire est de travailler à la bouche de la darse, aux demi-lunes des portes et garnir les bastions pour y mettre des batteries 14 ». En l’absence d’autre précision, on peut donc considérer que les plates-formes couvrant la chaîne vieille ont été commencées vers 1638 et terminées au début des années 1640.

Les deux plates-formes sont figurées de façon réaliste sur une vue cavalière très détaillée du port, dessinée par Pierre Puget vers 1670 exprimant l’un de ses projets pour l’Arsenal. Elles y apparaissent, de chaque côté de la passe, comme un ouvrage barlong haut de deux niveaux, portant une terrasse d’artillerie bordé d’un parapet que percent quatre embrasures tournées vers la mer. L’ouvrage prolonge le mur d’enceinte de la darse, muni d’embrasures rasantes et portant très vraisemblablement un parapet crénelé.

Les premiers projets d’extension de l’enceinte liés au projet d’agrandissement de l’arsenal

L’enceinte défensive de la darse était enfin considérée comme achevée et armée, bien qu’un "devis de la fortification et des maisons nouvellement construites du côté de levant de la darse" 15 ait été établi fin 1645, à la demande de la ville, par Pierre de Conty d’Argencourt, ingénieur général des fortifications royales non territorialement compétent. Cette enceinte put dès lors accueillir en son sein un ensemble cohérent de magasins et ateliers pérenne formant le « Parc de marine », logé dans l’aire nord-ouest de la darse contenue dans les contours du quai ou demi-bastion ouest de l’enceinte maritime. Cet équipement, principalement des magasins en série adossés au revêtement du bastion, berceau du futur grand arsenal, fut aménagé sous l’autorité d’un homme de confiance de François Sublet de Noyers et de Richelieu, Nicolas Arnoul, dès que celui-ci eut pris les fonctions de commissaire général de la marine de Provence, avec élection de domicile à Toulon, à l’automne 1641.

Aucune nouvelle intervention sur l’enceinte et ses fortifications ne fut envisagée avant l’émergence des projets d’agrandissement de l’Arsenal, sous Louis XIV, dans les années 1660.

Nommé en 1665 par Colbert, qui l’avait en estime et amitié, intendant des fortifications de Provence et de Piémont et des galères de France, Nicolas Arnoul se consacra alors essentiellement à Marseille, où il mit en œuvre l’établissement d’un arsenal et d’un chantier de construction de galères, à l’emplacement du chantier naval du port de commerce, et la construction une nouvelle enceinte urbaine bastionnée englobant les faubourgs et le nouvel arsenal. En 1667, Arnoul avait sollicité Pierre Puget, actif et réputé comme architecte et sculpteur dans les villes de Marseille et de Toulon dès avant 1650, pour le plan d’urbanisme des nouveaux quartiers intra-muros de Marseille.

S’agissant de Toulon et du projet d’agrandissement de l’arsenal, pour lequel Colbert avait des vues très ambitieuses, le projet fut confié d’abord en 1669 à Nicolas de Clerville, commissaire général aux fortifications, secondé dans sa tâche par l’ingénieur Jean-Louis du Cairon (ou du Cayron), lieutenant du roi au fort Saint-Jean de Marseille, commis aux fortifications des places de Provence sous la direction d’Arnoul, actif à Antibes où il avait succédé à Pierre de Bonnefons comme directeur des fortifications.

Sur l’influence d’Arnoul, l’un au moins des trois projets de Clerville comportait, pour abriter le nouvel arsenal, une extension de la ville et de son enceinte, vers l’ouest, en sorte que dans une lettre adressé à son commissaire général aux fortification, en butte aux résistances locales, Colbert évoque de façon distincte « l’agrandissement de la fortification de Toulon et le bâtiment de notre arsenal de marine » 16. Le principe de cette extension affectant l’enceinte de la ville et de la darse sera plus ou moins prise en compte, à l’ouest ou à l’est, par les différents auteurs de projets concurrents bientôt sollicités, comme Pierre Puget, récusé par Clerville mais populaire à Toulon, et soutenu par le nouvel intendant de la justice, police et finances de la marine, nommé en 1670, Louis Matharel.

Les quatre projets de Puget furent écartés par Colbert, comme ceux de Clerville, en sorte que le successeur de Matharel en 1673, qui n’était autre que Nicolas Arnoul, réaffecté à Toulon après Marseille, en fin de carrière pour des raisons de santé, s’employa a rédiger lui-même un projet synthétisant les réflexions de ses prédécesseurs. A sa mort en 1674, il fut remplacé par son fils Pierre Arnoul, qui lui avait déjà succédé à Marseille. Arnoul fils, avait été en partie éduqué avec le futur marquis de Seignelay, fils aîné et successeur désigné de Colbert, lequel fut envoyé par son père en 1676 en tournée d’inspection des places fortes de Provence, notamment pour examiner les travaux et projets en cours à Marseille et à Toulon. Dans ce dernier cas, Seignelay fut missionné pour « examiner sur le terrain le nouveau projet que le sieur Arnoul a écrit qu’il avait fait 17». Dans la suite, Pierre Arnoul, en compétition avec l’ingénieur François Gombert, fils de l’entrepreneur de maçonnerie toulonnais Jacques Gombert, qui avait réalisé en 1674 les batteries de la Grande et de la petite tour (Grosse tour et tour Balaguier), rédigea, à partir de 1677, plusieurs mémoires adressés à Colbert, pour exposer ses vues sur l’arsenal et sur le mode de raccordement de l’extension de l’enceinte destinée à l’enclore sur l’enceinte urbaine existante.

Concurremment, et sans doute pour prendre du recul sur les vues d’officiers, architectes et d’ingénieurs plutôt locaux, Colbert dépêcha à Toulon, pour étudier le même projet, un ingénieur militaire qui, comme Clerville, avait œuvré en divers points du royaume (dont, peu avant, à la citadelle d’Auxonne), François de la Motte Villibert, vicomte d’Aspremont. Le projet d’Aspremont, élaboré avec le soutien et l’appui de Pierre Arnoul, comportait une extension de l’enceinte à l’ouest comptant quatre bastions et cinq courtines. Ce tracé fut matérialisé sur le site par des piquets, mais d’Aspremont mourut prématurément en juin 1678, laissant au seul intendant des fortifications et des galères Pierre Arnoul la maîtrise d’œuvre du chantier, dans l’hypothèse d’une approbation définitive par Colbert. Cette conjoncture, quels qu’aient été les mérites reconnus du projet d’Aspremont, notamment pour le tracé de la nouvelle enceinte, fut jugé insuffisamment sécurisante par Colbert.

La réalisation de l’extension de l’enceinte du corps de place selon le projet de Vauban

Dans son mémoire du 10 mars 1679 18, rédigé à la demande de Colbert pour pallier les insuffisances de l’intendant Pierre Arnoul, Vauban, occupé avant tout aux projets de l’arsenal et des ouvrages assurant la défense maritime de la rade, n’accorde pas un intérêt aussi soutenu à l’enceinte de la ville, et à son extension prévue à l’ouest, rendue indispensable pour inclure l’aire nécessaire au déploiement du nouvel arsenal et de la darse neuve dont il a établi le projet. Il dresse un état des lieux réaliste de l’enceinte existante, qui témoigne de ses imperfections, du manque de soin ou d’aboutissement apporté antérieurement à sa mise en œuvre et à son entretien, et de la densité excessive du parcellaire bâti des maisons de la ville intra muros, qui a entraîné des empiètements : « La fortiffication de Toulon conciste en cinq bastions, deux demy et le revestement de la darce qui forme trois angles tenaillez qui ont d’assez longues faces. Le revestement de la darce est tout fondé sur jettée de pierres posées à l’aventure et celuy de la fortiffication du costé de terre est sur le terrain solide.

Ce dernier a 18, 20 à 22 pieds de hauteur depuis la fondation jusqu’au cordon sur trois à quatre pieds de talud, et au-dessus du cordon. Il y a un petit parapet (…) de six pieds de haut sur un demy d’espais. La plupart des guérittes ont esté commancées mais fort peu achevées et le peu qu’il y en a sont villaines et mal basties. Le surplus est fort inégal et n’est que demy formé ; Il y a seulement un de ses bastions auquel on fist deux parapets il y a cinq ans, tout le reste n’en a point. Le terre plein est fort étroit et en désordre, et en plusieurs endroits les particuliers ont anticipé sur son espaisseur par des bastiments qui le diminuent encore davantage. Le fond de son fossé est assez uny mais il est peu profond et les bords en sont abbatus, et tous hors d’alignement. Le parapet du chemin couvert ne paroist plus que comme une levée de terre qui a plus de penchant d’un costé que de l’autre (…)

Le glacis a fort peu de largeur et les fauxbourgs, bastides et murailles des jardins le resserrent de (…) près tout à l’entour (…) Les hauteurs des environs commandent presque partout à la place faute des parapets et d’élévation suffisante à son rempart.

Les entrées de la ville ont fort peu de fermetures, celle qui y est conciste en un pont-levis à basculle et une porte à chacunes quoy quil y aye place pour en pendre d’autres. Les deux grands ponts sont de maçonnerie sur arcades assez massives pour nuire à deffence des flanqs à la teste desquels il y a des corps de gardes pour la santé mais il n’y a pas seulement une batterie.

Des corps de garde non plus que des guérittes, il n’y en a qu’aux plates-formes de l’entrée de la darce et aux deux portes encore ces dernières sont en fort mauvais estat.

A l’egard de la darse c’est la plus belle pièce d’eau et le plus beau dessein de port qui soit peut-être dans la Méditerranée. La closture en est simple et en assez mauvais estat quoy que le dessein en fust excellent et fort bien executé en premier lieu (…)

Toutes les rues de cette ville sont petites et estroites, les maisons fort hautes et l’espace tellement remply de bastiments qu’on n’y voit pas un jardin, à peine peut-on mesme trouver une place de 30 toises carrées, d’ailleurs elle est extraordinairement peuplée pour sa grandeur et peut-estre ny en a-t-il point en France qui ay plus besoin d’agrandissement que celle-cy. »

Pour pallier ces défauts, le projet ne propose que des réparations d’ampleur limitée des ouvrages existants du corps de place, prétextant assez cavalièrement que « Le revettement de la place (s’est) trouvé si faible qu’il ny a pas moyen de le rehausser davantage sans hazarder de la jetter par terre ».

Les réparations consistent notamment à rétablir les parapets du corps de place, en maintenant un parapet d’infanterie crénelé sur les bastions, et en reformant à l’arrière de son chemin de ronde parapet d’artillerie : « Relever le cordon des bastions démolissant tout ce qui est au dessus et rehausser le revestement de trois pieds à la pointe revenant insensiblement à rien sur le retour de l’orillon aux flancs, reposer ensuite ledt cordon sur cette élévation et élever le parapet des rondes dessus d’un pied et demy d’espais sur 6 de hauteur et le percer de crenaux et de regards tout au tour (…) restablir et rehausser (…) touttes les guerittes et leur donner une forme plus raisonnable que les précédentes en les bastissant de briques et de pierres de tailles à 5 angles (…), finissant le sommet en dosme egayé d’un piédestal, A la distance de 6 pieds (en arrière) du parapet des rondes, le grand parapet, bien empierré de trois pieds de haut sur toutte son espaisseur (…)de 16 pieds (de hauteur) aux bastions tout compris et de douze aux courtines (…) ne point faire des chemins des rondes aux courtines mais bien appuyer le grand parapet sur celuy qui devait servir de parapet des rondes (…) Faire deux embrazures à chaque flanc et les revestir de brique et de pierre de Marseille (…) observant de les bien espacer de ne leur donner que l’ouverture convenable et de ranger toujours celle de l’orillon le plus près que faire se pourra d’iceluy afin qu’elles soient couvertes et que cependant elles découvrent jusques à la pointe du bastion opposé.»

Il n’est pas prévu de création de dehors autre que l’adjonction de deux demi-lunes, placées chacune devant une des portes de ville, proposition déjà formulée en 1640 par Henri d’Escoubleau de Sourdis. Ce point confirme les limites de l’intervention proposée par Vauban sur les fronts bastionnés terrestres de l’enceinte : par comparaison, à Antibes, dès 1640, l’ingénieur Pierre de Bonnefons, proposait des demi-lunes devant toutes les courtines du front de terre de l’enceinte édifiée par ses père et grand-père à partir de 1603.

Par ailleurs, le mémoire de Vauban ne désigne jamais l’extension neuve de l’enceinte de Toulon autrement que sous l’appellation restrictive : « enceinte de la nouvelle darce ». Or, cette formule n’exprime pas le fait que l’extension, telle qu’elle fut réalisée, n’était pas seulement destinée à enclore la nouvelle darse et l’arsenal, mais comportait aussi un nouveau front de terre bastionné à l’ouest-nord-ouest qui, après la démolition partielle de l’ancien, permettait aussi un accroissement de l’aire disponible intra-muros pour la ville. Dans le projet de 1679, ce nouveau front ouest comportait, d’après les termes du mémoire de Vauban, deux bastions neufs, à fonder dans « le marais », qu’il était prévu d’appeler bastion Dauphin et bastion de Vermandois.

1679 petit plan de Toulon et des environs qui peut tenir lieu de la feuille n° 1 jointe au mémoire de Vauban sur les réparations plus nécessaires à Toulon. 1679 ?1679 petit plan de Toulon et des environs qui peut tenir lieu de la feuille n° 1 jointe au mémoire de Vauban sur les réparations plus nécessaires à Toulon. 1679 ?Il existe très clairement une contradiction entre les données du mémoire de Vauban, dont les plans originaux ont été perdus, et le dessin du projet, qui n’est connu que par le détail d’un plan général de la rade, en principe de 1679 mais sujet à caution 19, et par des plans postérieurs. Le mémoire, dans ses articles 14-15-16, prévoit la réparation des deux portes de ville existantes, Saint-Lazare et Notre-Dame : « changer la manière de leur pont-levis qui ne vaut rien et les faire à bascule creusant la cave à ce nécessaire entre les deux pieds droits des portes. » , celle de leurs ponts : « déffaire les voussures des grands ponts ny laisser que des pilles de maçonnerie et achever le reste de charpenterie », et l’ajout d’une demi-lune revêtue « à la teste de ces deux ponts (…) pour couvrir ces deux portes et rendre l’accès plus difficile ». De plus, l’article 35 propose le raccordement de l’enceinte de la nouvelle darse, sur l’enceinte de ville existante au droit du flanc gauche du bastion Notre Dame.

[Plan de masse du projet de l’arsenal de Toulon.] 1681. Tracé de l'extension de l'enceinte.[Plan de masse du projet de l’arsenal de Toulon.] 1681. Tracé de l'extension de l'enceinte.Or, les seuls dessins en plan conservés du projet, non antérieurs à 1681, et correspondant à l’état réalisé, mis en chantier dès 1680, figurent le nouveau front garni de trois bastions neufs et non deux, ce nouveau front se raccordant à l’enceinte existante plus au nord-est, au droit du bastion Saint-Roch. Il en résulte la démolition de la porte Notre-Dame et du bastion du même nom, entraînant la création d’une nouvelle porte (dite porte Royale), en avant de l’ancienne porte Notre-Dame, dans la courtine projetée entre le bastion Saint-Roch, refait pour sa moitié gauche (et rebaptisé bastion de la Fonderie), et le nouveau bastion suivant du front projeté (bientôt nommé bastion du Roy).

On doit donc en conclure que pour le tracé de l’extension de l’enceinte, le premier dessein de Vauban de 1679 restait tributaire de celui conçu par l’ingénieur François d’Aspremont en 1676 ; ce dessein, on l’a vu, avait été retenu par Pierre Arnoul, auteur des derniers plans de projet de l’arsenal avant que Colbert ne fît appel aux services de Vauban 20. Jean-Louis du Cairon, toujours lieutenant du roi à Marseille commis aux fortifications des places de Provence sous la direction d’Arnoul, avait fait planter des pieux et placer des balises sur le site en 1678 pour matérialiser le plan d’intention d’Aspremont, en principe accepté par l’administration royale.

Ayant en quelque sorte obtenu les coudées franches après approbation par le roi de son projet général de mars 1679, qui dès lors remplaçait celui d’Aspremont 21, Vauban décida sans doute assez vite de s’affranchir complètement du tracé de compromis qu’il avait proposé pour l’enceinte et qui serrait au plus près l’emprise prévue pour l’arsenal. Il lui substitua, apparemment sans rédiger un nouveau mémoire, un parti nouveau entraînant une dépense plus importante, tant en démolitions qu’en constructions neuves : un bastion, une courtine et une porte de ville étant à créer en plus. Un des avantages de la nouvelle disposition était qu’elle dégageait une aire libre triangulaire intra-muros au nord de l’arsenal, propre à décompresser le bâti urbain dans une ville que Vauban se plaisait encore, en 1701, à décrire « pleine comme un œuf ». D’autre part cette modification assurait une meilleure unité de tracé de l’ensemble du front bastionné, reprenant le principe –appliqué par Raymond de Bonnefons- de l’enveloppement continu de l’arsenal et de la darse par l’enceinte du corps de place, au lieu de marquer un distinguo et de créer une sorte d’enceinte annexe, spécifique à la nouvelle darse et à l’arsenal, raccordée à celle de la ville en formant un angle rentrant peu satisfaisant au plan défensif.

Le projet de Vauban de 1679 comporte deux darses bien séparées, parti déjà avancé par Pierre Arnoul et François d’Aspremont, qui proposaient de matérialiser la séparation par une estacade flottante, ou ponton formé de coques de navires juxtaposées. Vauban perfectionna ce principe : chaque darse devait avoir son entrée, et la nouvelle à créer, procurée par l’agrandissement à l’ouest gagné sur « le Marais », serait dévolue entièrement à la flotte royale, l’ancienne étant en principe délaissée au port de commerce. L’aile droite (ouest) tenaillée de l’enceinte de la vielle darse, devait être entièrement démolie, pour permettre à terme de reporter beaucoup plus à l’est la séparation entre ancienne et nouvelle darse, au bénéfice de cette dernière. Cette séparation devait être matérialisée, selon le projet, par un quai rectiligne percé d’une passe entre les deux darses, nommé « quay de Dannemark » 22. Dans son addition au projet datée de 1701, Vauban précise que ce quai « se fera aux dépens de la vieille (darse) qui sera de beaucoup diminuée par cette lizière large de 24 à vingt sept toises ». Curieusement, la démolition de l’ancienne aile droite de la vieille darse et la construction de la nouvelle séparation, ne seront jamais réalisées, reportées indéfiniment dans les projets généraux jusque 1738 et après, abandonnées en 1750. Cependant de nombreux plans de Toulon dessinés ou gravés au XVIIIe siècle représentent ce quai projeté, donnant l’illusion trompeuse d’un état réalisé.

Concernant la réparation des parties à conserver du front de mer tenaillé enveloppant la vieille darse, Vauban propose en 1679 des améliorations importantes : « Eslever le revestement de la vieille darce sentend celuy (…) qui ne sera pas renversé, jusqu’à ce qu’il ayt 18 pieds au-dessous du cordon et sur cette hauteur faire un parapet de maçonnerie de 6 pieds d’espais (note : il suffira qu’il en ait deux) sur quatre et demy de hauteur surmonté d’un autre petit parapet eslevé au-dessus du grand et percé de créneaux de 6 en 6 avec des regards de 10 en 10 toises ce qui se doit entendre des endroitz qui ne sont point terrassez car pour ceux qui le sont il ne faudra que revestir le parapet de terre par derrière pour le soutenir et eslever celuy des rondes à la hauteur cy-dessus le perçant de créneaux par tout et faire des guerittes sur les angles saillants ou il en manque. » Il ne mentionne pas la réparation des deux plates-formes casematées encadrant l’entrée de la vielle darse et contrôlant la manœuvre de la chaîne, dont une était en mauvais état, car ce poste avait fait l’objet d’un devis établi par Jean-Louis du Cairon, à la demande d’Arnoul. Approuvé, le devis permit d’établir un marché passé le 10 février 1680 avec Jacques Bourelly, maçon de la ville de Marseille, « pour la reffection et nouvelle construction des plates-formes de l’entrée de la darce de Toulon » 23. Le projet Vauban de 1679 n’évoque donc ces plates-formes que par la bande, à propos des emplacements propres à l’établissement de magasins à poudres : « Il y a encore deux autres endroits joignant l’entrée de la darce très bien couverts qui sont les vieux corps de gardes enfoncez dans le centre de la platte forme, lesquels on poura convertir en magasin, les vouster comme les précédents ; il ne sera pas malaisé d’y tenir des poudres en sureté dans le besoing pressez sans crainte qu’il arrive accident ». Dans son addition de 1692 au projet, Vauban note laconiquement au sujet des plates-formes, qu’il convient de faire « communiquer les hautes batteries de la vieille darce avec les remparts attenants par des escaliers ou des rempes et en réparer les corps de gardes qui sont en mauvais estat. »

Le projet de 1679 donne des préconisations très précises sur la structure du « revêtement » de la partie de l’enceinte de la nouvelle darse fondée à la mer sur une jetée empierrée à créer, revêtement à construire, comme l’ensemble de l’extension, en pierre dure extraite « près de la tour de Balaguier et la bastide de Ricard ». Le traitement des pierres de parements en assises réglées et continuées, est prévu esmillé, c'est-à-dire laissé non dressé, mais a priori sans former de bossages rustiques, que l’on trouve pourtant dans l’état réalisé. Cette partie de l’extension enveloppant la darse forme un front non plus tenaillé, comme celui de la vieille darse, mais bastionné ; toutefois, les deux bastions du front sud, encadrant l’entrée, ne sont pas de vrais bastions : leurs flancs n’ont pas d’orillons, à la différence de ceux du front de terre, et ils se réduisent à un revêtement bordé d’un quai contenant les eaux de la darse, de même que les courtines attenantes. Le revêtement n’a pas vocation à s’adosser à un terre-plein, ni même à un rempart de terre. Il forme une muraille continue identique dans sa structure aux revêtements des fronts bastionnés ordinaires, avec de nombreux contreforts régulièrement espacés jalonnant la face intérieure, et reliés à leur tête par une voûte plein-cintre, le tout formant des niches-arcades mais cette face et ces contreforts s’ouvrent librement sur un quai que Vauban conçoit suffisamment large pour permettre l’adossement d’une série continue de magasins affectés au désarmement de la flotte (entreposage des agrès : voiles, cordages, poulies) dont le module ou travée de base est donné par deux niches-arcades. Ainsi, en application des préconisations formulées par Colbert en 1670 dans un mémoire sur les arsenaux de marine, chaque vaisseau pourra disposer d’un magasin particulier, en l’occurrence distribué dans une série continue en bordure de quai. L’économie de cette enceinte maritime à magasins adossés, pourvue d’embrasures face à la mer, est détaillée par le mémoire: « Les extremitez des contreforts seront prolongées de 12 pieds par un mur de deux d’espais eslevé à plomb des deux costez jusqu’au toict pour servir de mur dentrefent au magasin des vaisseaux et le tout fermé par un autre mur de face de mesme espaisseur dans lequel seront percées les portes et les fenestres (…)Tous ces murs estant eslevez et razez à la hauteur marquée (…) on posera la charpenterie de la toiture dessus qui sera de chesne ou de sapin coupé en saison (…) la couverture qui sera plate et faite de tuisles creuses (…) posées en mortier. Après l’ouvrage achevé et couvert, on aura soing de crespir et bien enduire les murs dedans et dehors de mortier fait de sable fin et chaux vive afin que le tout soit d’une belle apparence et contente la veüe. Tout le long du front qui est opposé (face) à la mer et entre les contreforts on pratiquera des embrazures pour battre à fleur d’eau (…)et après lesquelles estant faittes on aura soing de les murer sur l’espaisseur de trois pieds pour n’este ouvertes que dans le temps du besoing ».

Dans sa description des ouvrages de ces parties sud et ouest de la nouvelle enceinte, qui doit envelopper la darse et l’arsenal, Vauban prend soin d’expliquer que le chemin de ronde continu régnant en haut des revêtements, tant des parties adossées de magasins que des parties remparées n’a littéralement « rien à voir » avec la darse et l’arsenal. Il est le prolongement du chemin de ronde d’infanterie de l’enceinte de ville, en sorte qu’il convient de « séparer (des toits des magasins) par ung petit mur de 8 à 9 pieds de haut posé sur les contreforts afin que la garnison n’ait pas de veüe dans l’arsenal ». Cette précaution s’étend aux bastions neufs et courtines de l’ouest et du nord-ouest, où « il sera bon de revestir le derrière du rempart à l’endroit ou il doit estre terrassé et de l’eslever jusqu’à ce que la veüe et les moyens d’entrée dans l’arsenal soient ostés à ceux qui se promèneront dessus ».

Dans la lettre d’accompagnement à son projet adressée à Seignelay, fils de Colbert, chargé de l’inspection des places de Provence depuis 1676, Vauban propose les noms des ingénieurs qu’il juge compétents pour le suivi de l’exécution des travaux : « On donnera à Gombert le soing de la jettée et la conduitte de la maçonnerie de la nouvelle enceinte comme a celuy qui les entend le mieux ; c’est luy qui a conduit celuy de l’Eguillette, qui est assé bien ». A l’Eguillette, l’ingénieur local François Gombert surveillait les travaux réalisés par Gaspard Chaussegros, l’autre entrepreneur important de Toulon, concurrent de son père Jacques Gombert..

L’ensemble du grand chantier, extension de l’enceinte, arsenal et darse neuve, détournement des ruisseaux de l’Eygoutier et du Las, creusement de la darse, lancé dès juin 1679 « conformément aux mémoires de M. de Vauban », resta d’abord sous la responsabilité générale de l’intendant Pierre Arnoul, bientôt révoqué (décembre 1679) et remplacé par Louis Girardin de Vauvré, et sous celle, plus technique, de Jean-Louis du Cairon, remplacé dès mars 1680 à la direction des travaux de Toulon par l’ingénieur Antoine Niquet. Les marchés de construction des ouvrages de la nouvelle enceinte, côté terre, sont attribués en 1680 à un notable devenu entrepreneur privé, André Boussonnel 24 : Le marché pour la construction de la nouvelle porte « Royale » est passé le 9 avril 1680 et celui du reste des ouvrages, depuis la reprise du bastion Saint-Roch (bientôt dit « de la Fonderie), jusqu’au bastion neuf du Marais (non compris), en novembre de la même année, par extension des travaux du creusement de la darse et de la construction des jetées de l’enceinte maritime, attribués au même Boussonnel. En 1684, à la réception du chantier préalable au retrait de Boussonnel, les travaux du front de terre étaient très avancés, sinon achevés, la démolition de l’ancienne enceinte devenue intérieure effectuée en 1683.

Les bastions neufs, d’une hauteur moyenne de 30 pieds jusqu’au cordon, étaient munis de flancs à orillons, conformément au projet, et comme ceux de l’enceinte bâtie sous Henri IV, mais sous une forme différente et plus élaborée : les flancs retirés étaient deux fois plus spacieux, et adoptaient un tracé rentrant en hémicycle, ou concave, la courtine affectant une brisure d’axe rentrante à l’approche de ces flanc. Ces particularités typologiques bien spécifiques sont caractéristiques de nombreux bastions créés par Vauban, au plus proche à Antibes, en 1700 (bastions du Roy et du Dauphin). A Toulon, ce dispositif est prévu dès 1679, en ménageant une poterne passant dans le flanc bas casematé d’un au moins des bastions neufs pour déboucher à l’abri de l’orillon. Le principe de cette poterne fut aussi appliqué à Antibes. Un mémoire militaire rétrospectif de 1757 sur Toulon, précise d’ailleurs « M le Maréchal de Vauban (…) fit un projet pour mettre Toulon en état de deffense (…) on fit deux fronts selon sa méthode, avec orillon et flanc concave, à de trop petits bastions pour en pouvoir tirer une grande deffense » 25. Le couronnement des bastions comportait deux parapets échelonnés, conformément à ce que Vauban proposait en 1679 pour la réparation des bastions de la fin du XVIe siècle : un parapet d’infanterie crénelé haut de 6 pieds au-dessus du cordon du revêtement, abritant un chemin de ronde de 5 pieds de large, et, en retrait de ce chemin de ronde, au-dessus des faces, un grand parapet d’artillerie en terre de 16 pieds de haut, à embrasures, évoquant un cavalier.

Le chantier avait connu un épisode imprévu, significatif du caractère indépendant de l’ingénieur en chef Antoine Niquet. Ce dernier ayant ordonné à Gombert et à Boussonnel de commencer l’élévation de la porte Royale sans avoir prit l’attache de Vauban, qui n’en avait pas donné le dessin, il fallut en interrompre les travaux et démolir les infrastructures réalisées, pour reconstruire de fond en comble, en 1683, sur un plan officiellement approuvé. Un dessin de projet ( ?) de cette porte en coupe et en élévation est conservé, hors des archives du génie, complété par un dessin de la façade extérieure pris avant sa démolition en 1852 par l’artiste toulonnais Pierre Letuaire, et d’une photographie contemporaine de la façade côté ville 26. Cette façade postérieure comportait une arcade avec encadrement à bossages continus en table et fronton curviligne, flanquée symétriquement de deux petits pavillons ou corps de garde en saillie. La façade extérieure en revanche, de proportions verticales et assez haute pour habiller la chambre d’étage qui s’élevait au-dessus du passage voûté, offrait une ordonnance austère d’ordre dorique ou toscan, à deux pilastres sur fond de bossages continus en table encadrant une arcade d’entrée unique adaptée à un pont-levis à bascule (sans flèches), avec, au fronton, un motif solaire assez discret évoquant Louis XIV. Le projet comportait, dans le registre rectangulaire assez vaste régnant entre l’arcade et l’entablement, une ornementation plus riche aux armes de France avec trophées, mais ce décor sculpté semble n’avoir jamais été réalisé, à en jugé par le dessin de Letuaire, qui montre sur ce registre une surface unie et nue. On notera accessoirement qu’en 1692-1696, la porte Royale de ville d’Antibes, œuvre de Raymond de Bonnefons (1603-1611), fut complétée d’un fronton sculpté à la gloire du roi, réalisé sous la direction de l’architecte et entrepreneur toulonnais Gaspard Chaussegros ; ce fronton est bien plus richement décoré que n’était celui de la porte royale de Toulon, mais il couronnait un édifice préexistant plus large et monumental, pourvu d’un double pont-levis, charretier et piéton. Pour autant, cette différence ne fait que souligner les limites de l’ambition monumentale investie par Vauban et Niquet dans la porte Royale de Toulon, montrant à quel point les ouvrages de l’enceinte de la ville passaient alors pour eux au second plan, toute l’attention étant portée sur l’arsenal et la darse neuve.

En 1685, le chantier d’achèvement de l’extension de l’enceinte fut attribué à l’entrepreneur Boyer, chargé des bâtiments de l’arsenal, qui reprit la compétence de Boussonnel pour les fronts de terre, et celle du sieur Lombard pour le revêtement et les magasins de l’enceinte maritime. La demi-lune de la porte Royale fut construite en 1686, les parapets du front de terre achevés en 1691, le revêtement et les magasins adossés de l’enceinte maritime en 1693. L’ouvrage le plus tardif fut le bastion du Marais à la jonction des deux fronts, contenant aussi des magasins adossés, construit de 1690 à 1701.

Entre temps, en 1691, Antoine Niquet avait été promu directeur des fortifications de Provence et du Languedoc, ce qui renforçait son autorité dans la direction des travaux de Toulon, dans laquelle il était secondé ponctuellement depuis 1692 par Jean Cauchy, sieur de Chaumont, ingénieur architecte de la Marine chargé à cette date de la direction des travaux de construction du fort Saint-Louis, contrôlant le port des Vignettes, à l’est de la ville. Vauban rédigea ensuite, en 1693 et en 1701, deux additions successives à son projet de 1679 en cours d’exécution.

La principale nouveauté de l’addition de 1693 au projet 27 concerne les dehors du corps de place. En plus des deux demi-lunes déjà prévues en 1679, dont une seule, devant la nouvelle porte Royale, était réalisée, Vauban demandait l’ajout de quatre demi-lunes devant les courtines du front de terre. Cette préconisation impliquait par contrecoup une refonte importante du tracé des contrescarpes du fossé et du chemin couvert, déjà en partie réalisés.

Dans son addition de 1701, confirmant son projet de demi-lunes, Vauban préconise en outre la mise en place de tenailles devant toutes les courtines du front bastionné. Le même mémoire lui donne l’occasion de déplorer que l’emplacement choisi par Niquet pour construire la nouvelle boulangerie de l’Arsenal, bâtie à la suite de l’incendie de l’ancienne en 1695, occupe une des demi-lunes dont il demandait la création depuis 1693, à l’ouest de l’enceinte. S’il ne conteste pas la qualité d’exécution du bâtiment, non plus que son plan formé de deux ailes en chevron bien adapté au plan interne de la demi-lune en attente de réalisation, les avantages de cette position isolée, pour un bâtiment sujet à des risques d’incendie, lui échappent, tandis qu’il s’inquiète de l’inconvénient d’occuper un dehors par un bâtiment important, d’une hauteur murale qui lui procure un commandement sur la darse et sur l’Arsenal.

Outre les demi-lunes, Vauban proposait dans son addition de 1693 une adaptation ponctuelle de la vieille enceinte, adaptation dont il avait probablement conçu l’idée dès les années 1680, justifiée par un souci d’unité entre la porte Saint-Lazare et la nouvelle porte Royale : « Changer la porte de St Lazare et la mettre au milieu de la courtine ». La demi-lune projetée à cet endroit dès 1679 n’ayant pas reçu un commencement d’exécution, elle pouvait facilement être réalisée en fonction du nouvel emplacement plus valorisant proposé pour la porte. Comme pour la porte Royale, aucun dessin de projet de la nouvelle porte Saint-Lazare, signé de Vauban ou de Niquet, n’a été conservé ; cet objet étant à l’évidence sans caractère d’urgence, on peut même douter qu’une élévation en ait été dessinée.

Supervisée encore sur de nombreuses années, y compris après la mort de Vauban, par Antoine Niquet et par Jean Cauchy de Chaumont, la mise en œuvre des travaux de l’enceinte de Toulon, ne prit pas en compte –sans doute pour des raisons économiques- les augmentations des dehors proposés par Vauban en 1693 et en 1701, en sorte que le fossé et le chemin couvert du front de terre, à peu près achevés en 1707, étaient conformes au projet de 1679. Seule la demi-lune ouest, bien que non réalisée, était en quelque sorte programmée par le plan en chevron donné à la boulangerie.

Plan de l'Etat present des fortifications et de l'Arcenal de Toulon, 1699.Plan de l'Etat present des fortifications et de l'Arcenal de Toulon, 1699.Les plans de la décennie 1690 figurent des bâtiments dans l’aire intérieure creuse des bastions de l’enceinte d’époque Henri IV, soit un magasin à poudres dans les bastions de Sainte-Ursule (8) et des Minimes (6), préexistants à l’extension de l’enceinte selon les plans de Vauban, et le bâtiment de la fonderie, également préexistant, mais rallongé vers l’ouest lors de la reconstruction de la moitié gauche du bastion de la fonderie agrandi (9). Les deux bastions neufs du front de terre de l’extension Vauban (bastion du Roy, bastion de l’Arsenal) sont également évidés d’une large aire intérieure creuse ouverte à la gorge, de plain-pied avec le sol intérieur de la place, leur terre-plein étant limité à un rempart avec parapet d’artillerie adossé au revêtement des flancs et faces, profilé en talus à terre coulante sur l’aire intérieure. Les bâtiments de l’Arsenal, extrémité de la Corderie, goudronnerie, magasin aux goudrons, parc de l’artillerie, occupent au maximum l’aire intérieure du bastion de l’Arsenal.

Les conséquences du siège de 1707 sur la défense du corps de place.

Les insuffisances de la défense terrestre de Toulon, dues à la pauvreté des dehors du corps de place et surtout à l’absence d’ouvrages détachés, forts ou batteries, fut mise en évidence pendant la guerre de succession d’Espagne, la prise de Toulon ayant été un des objectifs de la coalition formée par l’Empire, l’Angleterre, la Hollande et la Savoie, en 1707.

Le siège conduit par le duc de Savoie du 2 au 22 aout 1707, démontra la vulnérabilité du front est de l’enceinte, dominé par des hauteurs voisines qu’occupait l’artillerie ennemie, trop découvert, insuffisamment défilé. Le long front nord, face au Mont Faron, présentait le même désavantage, mais de ce côté, la création dans l’urgence et l’occupation d’un vaste retranchement de campagne, dit de Sainte-Anne, abritant les cantonnements du roi de France, avait empêché toute approche de l’armée savoyarde. Ce retranchement, en principe non pérenne, réalisé en pierre sèche, avait été ordonné par le Maréchal de Tessé le 11 juillet 1707, et mis en place par Lozières d’Astier, l’ingénieur royal qui venait, l’année précédente, de diriger pour le roi les travaux de démantèlement du château de Nice.

Un ouvrage historique généraliste du début du XIXe siècle évoquant l’évènement de manière moins technique et plus concise que les mémoires contemporains des officiers et des ingénieurs, donne un tableau résumé saisissant de la situation de la place de Toulon et de ses défenses à l’heure du siège : « … les alliés veulent s'emparer de Toulon pour ruiner la marine française. Le maréchal de Tessé va pourvoir à la défense d'une place aussi importante. La ville n'avait qu'une enceinte; son chemin couvert n'était qu'une masse de terre informe. Les alliés espéraient franchir d'autant plus aisément ces faibles obstacles, qu'ils ne doutaient pas que la Provence accablée d'impôts ne se soulevât (…) Saint-Pater (lieutenant général marquis de Saint-Paters, de l’armée du Dauphiné) est nommé gouverneur de la ville; Niquet, directeur des fortifications, et de Chaumont, ingénieur en chef, palissadent le chemin couvert, minent les glacis, construisent quelques ouvrages en avant du front d'attaque, retranchent les bastions, fortifient les maisons de la ville, voisines de l'enceinte, pour en former un dernier retranchement. Les Toulonais dépavent les rues, couvrent leurs cuves de fumier, entourent leurs demeures de cuves remplies d'eau; on rase les faubourgs, on détruit les bastides et les plantations voisines des glacis; de Lausières d'Astier établit le camp retranché de Sainte-Anne, l'appuie d'un côté à la place, de l'autre à des montagnes escarpées, le divise en deux par des lignes, et une partie de l'armée y entre sous les ordres de Goëbriant; on garnit de retranchements les hauteurs de Sainte-Catherine et la montagne de la Croix de Faron; les magasins de la marine sont évacués: on fait partir les galères; on coule les vaisseaux auxquels l'ennemi peut mettre le feu; et deux vaisseaux du premier rang, échoués près du rivage , bastingués et blindés avec des poutres, et entourés de petits bâtiments qui leur servent d'enveloppe et d'estacade, sont comme deux forts destinés à battre la plaine et à prendre des revers sur le front d'attaque. Les alliés avaient passé sans obstacle le col de Tende, le Var, les bois de Lesterel ; ils arrivent devant Toulon; leur flotte prend Hières, l'île de Poquerolles, et fait son débarquement auprès de la ville qu'ils veulent assiéger. Le prince Eugène et le duc de Savoie prennent les hauteurs de Sainte-Catherine de Faron, de la Malgue, ainsi que les forts de Sainte-Marguerite et de Saint-Louis, qui défendent la rade. Deux navires et quelques maisons sont incendiés; mais le camp de Sainte-Anne paraît inattaquable aux alliés. Les troupes de ce camp et la garnison font sans cesse des sorties terribles; les retranchements, les vaisseaux échoués couvrent de feux les lignes et les batteries des assiégeants. Le maréchal de Tessé arrive avec de nouvelles troupes; il veut reprendre les hauteurs de Sainte-Catherine et du Faron: Goëbriant, Dillon, Broglie et le frère du maréchal conduisent les colonnes; on chasse les alliés de ces hauteurs , on encloue leurs canons, on rase leurs ouvrages, on annonce que le duc de Bourgogne et le duc de Berri accourent au secours de la place, et le prince Eugène et le duc de Savoie sont obligés de lever le siège. » 28.

Au début de 1708, un nouveau projet général élaboré par Antoine Niquet mettait en place deux redoutes ou forts détachés pérennes pour occuper les points hauts d’où étaient venus les tirs d’artillerie les plus destructeurs lors du siège de 1707 : au nord-est, le petit fort d’Artigues, achevé dès 1709, et à l’est le fort de La Malgue (ou Lamalgue), plus important, plus difficile à adapter au site choisi, et dont la construction fut abandonnée dans un état d’avancement embryonnaire en 1710.

Parallèlement, le projet considérait –dans un moindre degré d’urgence- la question du corps de place de Toulon, avec pour objectif d’accroître l’échelonnement en profondeur des défenses des fronts de terre, d’améliorer leur résistance à l’impact de l’artillerie ennemie et d’introduire un étagement des tirs défensifs de longue portée. Ce programme reprenait celui proposé par Vauban en 1701, s’agissant de la mise en place des demi-lunes et de tenailles devant les courtines en zone inondée par l’eau de mer, une devant la courtine sud-ouest de l’enceinte de la nouvelle darse, l’autre, à l’est, devant la courtine faisant raccord entre le front de terre et l’enceinte de la vielle darse, soit huit demi-lunes en tout. La reconstruction de la porte Saint-Lazare en milieu de courtine faisait aussi partie du projet général.

A cette date, seule la demi-lune de la porte Royale, réalisée en 1686, était achevée. La demi-lune de la porte Saint-Lazare avait été amorcée en 1708, mais le chantier était interrompu et l’état des lieux provisoire formait une place d’armes rentrante du chemin couvert. A l’ouest, la demi-lune de la boulangerie, toujours en attente d’exécution, était remplacée –en principe tout aussi provisoirement- par un épi du chemin couvert enveloppant les bâtiments en chevron. L’une des deux demi-lunes nouvelles proposées par Niquet, celle située a l’est / sud-est, en zone inondée, entre les bastions 5 et 6, plus petite que les autres, était conçue pour être traversée par une nouvelle issue de l’enceinte de ville à créer vers le secteur du Mourillon. De ce côté, le projet du fort de La Malgue compte tenu de sa position surplombant la mer et relativement proche de Toulon, comportait une communication le reliant au corps de place, formant retranchement au nord, et une autre descendant jusqu’à la mer, coupant toute circulation terrestre côtière. La construction de ces communications retranchées ayant été menée plus avant que le fort lui-même, le secteur du Mourillon, assaini par le détournement du ruisseau de l’Eygoutier lancé par Vauban, se trouvait en principe suffisamment abrité pour qu’on y envisage la fondation d’un nouveau quartier d’habitation extra-muros, ou faubourg, gagné sur les anciens marais des salines abandonnées. Ce projet d’urbanisme figure sur le plan du projet de 1709, et reste proposé, sous une forme un peu différente, en 1738, puis encore en 1764 29. Plan de Toulon et de ses environs. 1738.Plan de Toulon et de ses environs. 1738.

En 1709, les dehors prévus au projet général comportaient en outre un grand ouvrage à cornes précédé d’une demi-lune, au nord-est de l’enceinte, en avant du bastion du Roy (10) et de la demi-lune de la porte Royale, dans le tiers ouest de l’emprise de retranchement Sainte Anne. Présentant l’inconvénient de recouper le « jardin du roi » et sa bastide, cet ouvrage à cornes ne fut pas conservé au projet général. Les composantes plus constantes du projet général étaient la construction de cavaliers sur les cinq bastions du front de terre dominés au nord et à l’est par la déclivité du terrain (bastions 6-7-8-9-10) et la mise en place de contregardes devant quatre des bastions de ce même front, dans la partie non inondée du fossé, soit ceux encadrant les deux portes de ville (bastions 6-7 encadrant la porte Saint-Lazare, et 10-11 encadrant la porte Royale).

Ce projet d’accroissement des dehors imposait la refonte complète du chemin couvert qui venait à peine d’être achevé selon les principes de 1679. Il n’existait avant 1700 que devant les parties nouvelles du front de terre de l’enceinte, dans le secteur de la porte Royale, depuis la face gauche, neuve, du bastion 9, à la face droite du bastion 11 ; en 1707, il était à peu près achevé, depuis la face droite du bastion 6 jusqu’à l’épi de la boulangerie, entre les bastions 11 et 12).

Plan & profil de la demi-lune St-Lazare de Toulon avec ses fondations et la gallerie qui passe sous le fossé... 1710.Plan & profil de la demi-lune St-Lazare de Toulon avec ses fondations et la gallerie qui passe sous le fossé... 1710.En 1710, seule la demi-lune de la porte Saint Lazare avait fait l’objet d’un commencement de construction : infrastructure du revêtement des deux faces et de l’angle de capitale), comme le montre des plans et coupe de détail de cette partie du front est, dessiné par le chevalier de Verville, qui indiquent l’état projeté en différenciant nettement les parties réalisées.

Le retranchement ou camp retranché de Sainte-Anne, créé lors du siège de 1707 en avant du front nord, était, on l’a vu, une fortification sommaire formée d’un rempart de pierre sèche et terre, de tracé tenaillé à deux branches parallèles allant jusqu’au pied du Mont Faron, avec fermeture intermédiaire par un front nord au tracé bastionné.

Le plan du projet général dessiné par Lefébure le 23 novembre 1715, proposait la construction d’ouvrages pérennes suivant les contours du retranchement Saint-Anne et de son front nord bastionné, à l’exclusion des branches latérales se prolongeant jusqu’au mont Faron, qu’il s’agissait de supprimer. Comportant une petite redoute à l’angle nord-est, ce retranchement pérenne remplaçait le projet d’ouvrage à cornes dessiné en 1709.

L’essentiel du projet général d’Antoine Niquet fut reconduit d’années en années, et au-delà de sa mort en 1726, sans changements, et apparemment sans début de réalisation. On le retrouve notamment sur les plans des projets de 1738 et de 1741. Le retranchement Sainte-Anne de 1707 demeurait en place, mais sans faire l’objet de réparations ou d’entretien, en sorte qu’il finit par s’effacer du paysage.

Cauchy de Chaumont (l’ingénieur actif à Toulon depuis 1692 ou son fils ?) consacra en 1738 un mémoire à la défense terrestre de Toulon, appuyée sur des redoutes détachées, notamment à l’emplacement du retranchement Sainte Anne. Dans le dessin correspondant à ce projet, dessiné en plan par le sieur Nègre, reparaît une variante amoindrie de l’ouvrage à cornes proposé au même endroit par Niquet en 1709. Le rapport de Chaumont donne une piètre image de l’état du front de terre ancien (nord) du corps de place en 1738 : « premièrement, la maçonnerie du revêtement est crevassée en plusieurs endroits sur toute sa hauteur, 2° Il est indispensable de couper les orillons qui occupent les deux tiers des flancs, la partie restante ne contient que deux embrasures ; 3° La contrescarpe non revêtue et la moitié du chemin couvert ont écroulé dans le fossé 4° Le glacis est encore informe » 30. D’autres mémoires postérieurs précisent que la contrescarpe du fossé était sommairement revêtue en pierres sèches, avec des secteurs maçonnés.

Huit ans plus tard, une feuille de dessin signée par Nègre, donnant le plan du retranchement fait en 1707 et (…) celuy proposé en 1746 31, montre la projection des tirs des batteries défensives proposées pour le secteur est de Toulon, à partir des forts détachés, mais aussi depuis le corps de place, principalement depuis la demi-lune de la porte Saint-Lazare et les deux bastions l’encadrant. Le retranchement proposé y forme une ligne continue nord-sud reliant le fort Lamalgue au pied du Mont Faron, en passant par le fort d’Artigues. Ce projet faisait partie du programme de fortification préventive organisé par le maréchal Charles-Louis Fouquet de Belle-Isle en 1746-1747 dans l’hypothèse d’une nouvelle offensive de l’armée austro-savoyarde contre Toulon, programme comportant surtout des batteries précaires en pierres sèches.

Si le plan de 1746 montre encore le retranchement Sainte-Anne tel qu’en 1707, un mémoire du Maréchal de Belle-Isle daté d’octobre 1748 donne une vision plus pragmatique des réalités de terrain de cet ouvrage : « Le Camp retranché appelé de Ste Anne est si essentiellement nécessaire pour la conservation de Toulon que je n’ay rien eu de plus pressé en arrivant en Provence que d’en ordonner le rétablissement. Il avait été si imparfaitement construit en 1707 qu’il n’a pas subsisté deux ans, et tous les particuliers sur les terrains desquels il avait été fait ont été les premiers à le détruire, au point qu’il n’en restait pas de vestige, et qu’il a fallu que j’en fasse tracer un nouveau. Mr les procureurs du pays (…) ont fait commander alors jusqu’à 2000 hommes des habitants du pays pour y travailler. Cet ouvrage fait à la hâte par des gens peu accoutumés étoit si imparfait quand je suis revenu à Toulon au mois de mars 1747 (…) que je fus le premier à proposer de supprimer une peine aussi considérable dont on ne retireroit pas, à beaucoup près, un fruit proportionné, et qu’en payant 3 ou 400 soldats à un prix inférieur, ils feroient plus de besogne que les 800 paysans que la province payoit beaucoup plus cher ; on se réduisit donc à 300 travailleurs par jour tirés des troupes, jusqu’à ce que cet ouvrage fut entièrement perfectionné. Pour éviter l’inconvénient dans lequel on s’est trouvé il y a deux ans (…) j’ay prit le parti de faire faire ledit camp retranché en maçonnerie qui durera autant que la ville de Toulon au moyen d’un très médiocre entretien » 32.

Par ce mémoire, Belle-Isle planifiait la continuation des travaux qu’il avait lancés -ayant délégué la maîtrise d’ouvrage au sieur Louis de Bertaud, directeur des fortifications de Toulon- afin de s’assurer qu’ils fussent menés à bien après son départ. Deux ans plus tard, Bertaud précisait dans un mémoire, accompagné d’un plan d’état des lieux, que le retranchement, comportant un fossé revêtu, était terminé, tout en regrettant que dans sa forme pérenne, le tracé, plutôt que de reprendre à peu près celui de 1707, n’ait pas « été conduit d’une façon plus avantageuse pour que toutes les parties se prêtassent une défense mutuelle »33. Accessoirement, le mémoire précise que le front bastionné de l’enceinte du corps de place « doit être regardé comme dénué de toute défense », parce que « mal terrassé et sans parapet ».

En 1751, le projet général inauguré par Niquet n’était plus présenté, et Bertaud proposait au Marquis de Paulmy, secrétaire d’Etat à la guerre, la reprise de la construction du fort Lamalgue et de sa communication à la ville. Parallèlement, un nouveau projet pour le corps de place de Toulon s’attachait à l’achèvement, sans cesse différé, des dehors de la partie inondable des fossés, tant à l’est qu’à l’ouest, où chemin couvert et glacis étaient à reprendre en totalité, et la demi-lune de la boulangerie, laissée « sans revêtement et même sans fossé » toujours à réaliser. Du côté est, seule restait proposée une contregarde devant le bastion des Minimes (6), avec réfection du chemin couvert dont l’extrémité devait se raccorder directement à la communication au fort Lamalgue, telle qu’on proposait de la rétablir. Le plan du projet de 1751 montre l’état des lieux de la demi-lune de la porte Saint-Lazare, moins embryonnaire qu’en 1710 mais abandonné dans un état inachevé, le front de gorge non revêtu et dégradé. Son achèvement et le déplacement de la porte en milieu de courtine ne faisaient pas partie du projet.

Projets et réalisations de la seconde moitié du XVIIIe s ; renforcement des fronts de terre.

Un nouveau projet pour le front de terre fut établi en 1755, à la suite de l’écroulement de la face droite du bastion Sainte-Ursule (8) et d’une partie du flanc droit du bastion de la fonderie (9). La fragilisation de ces revêtements de la fin du XVIe siècle, peu épais, fut expliqué alors par leur incapacité à supporter la surcharge de terre que « la nécessité en différents temps de guerre » y avait fait apporter pour « exhausser le rempart de 14 à 17 pieds de plus, compris le parapet, pour se couvrir des hauteurs voisines » ; cette information laisse penser que les cavaliers prévus au projet général de 1709 à 1741 environ avaient pu recevoir un début d’exécution. Le projet, signé de l’officier ingénieur Boniface 34, comporte la refonte complète ou partielle de trois des bastions du front nord-est (7-8-9) : le bastion Sainte-Ursule (8), dont la reconstruction était déjà commencée, perdit ses flancs retirés et ses orillons, remplacés par des flancs droits (ce qui rejoignait les préconisations formulées par Chaumont en 1738), et ses faces furent avancées de six toises. Le flanc droit du bastion de la Fonderie (9) et le flanc gauche du bastion Saint-Bernard (7) devaient être refaits sur le même principe.

Un mémoire rédigé en 1757, non signé mais attribuable à François Milet de Monville, qui allait devenir l’année suivante directeur des fortifications de Provence 35, évoquait ces travaux en cours, en soulignant les limites du parti adopté : reconstruit, le bastion restait trop petit, mais la reconstruction de son front en avant de l’emplacement de l’ancien imposait à terme l’élargissement du fossé, étranglé en ce point, donc le recul de la contrescarpe et du chemin couvert. D’autre part, la place de Toulon manquant de souterrains, les reconstructions des revêtements menaçant ruines pourrait donner l’occasion d’en créer au revers des élévations refaites.

Plan de la fortification de la ville de Toulon. 1759.Plan de la fortification de la ville de Toulon. 1759.Un plan soigneusement légendé, signé Milet de Monville, montre l’avancement des travaux de la refonte du front nord d’époque Henri IV en 1759. Ces travaux étaient très avancée pour les bastions 8 et 9 et la courtine intermédiaire ; le revêtement du premier montait jusqu’au parapet maçonné, mais l’aire intérieure restait en attente de son terre-plein ; le côté droit du second était construit jusque sous le cordon. La reconstruction du bastion 7, ou Saint Bernard, n’avait pas commencé. Celle de la courtine 7-8 était amorcée au droit du flanc du bastion 8, le nouveau revêtement étant bâti en avant de l’ancienne courtine, maintenue en place ; ce nouveau revêtement, avec ses contreforts intérieurs, s’appuyait donc contre l’ancien, ce qui dégageait des vides intermédiaires entre les contreforts. La demi-lune de la porte Saint-Lazare avait été complétée, notamment par la construction d’une porte à pont-levis à flèches à la base de sa face gauche.

Dans son mémoire du 28 août 1759, Milet de Monville désapprouvait nettement le parti choisi par son prédécesseur, consistant à reconstruire les flancs des bastions sans orillons, et à donner à leur revêtement une trop grande hauteur, atteignant 36 pieds. Le modèle idéal de Milet de Monville était celui des bastions de Vauban, avec leurs orillons et leur flanc concave, mais aussi avec leurs deux parapets échelonnés séparés par le chemin de ronde d’infanterie. Milet emploie le terme de surtout pour qualifier le parapet d’artillerie retroussé et son revêtement propre, dont il précise qu’il repose sur les arceaux des contreforts enterrés du revêtement général. Fort de ce constat, Milet propose d’adopter désormais pour les ouvrages de l’enceinte Henri IV à reconstruire, le système qu’il a fait amorcer à la courtine 7-8 : soit le maintien en place du revêtement ancien, chemisé par le nouveau, ce qui avance d’autant les fronts et ménage dans l’intervalle, entre les contreforts du nouveau revêtement et sous leurs arceaux, des souterrains à l’épreuve sur deux niveaux, utilisables comme galeries de contremines pour peu de les rendre accessibles et de les relier entre eux par des percées dans les contreforts. Ces souterrains, au niveau du fond des fossés, communiquaient à des poternes discrètement ménagées dans la face intérieure de l’orillon comme les poternes des bastions de Vauban. Le dispositif très élaboré conçu par Milet, dans lequel les défenseurs pouvaient mettre le feu aux poudres dans ces souterrains face à une tentative de mine de l’ennemi, lui aurait été inspiré par des contremines vues en Italie et en Espagne.

De plus, Milet changea le plan prévu pour la reconstruction du bastion Saint Bernard (7), en appliquant ces principes – ce qui agrandissait le bastion existant - et en reproduisant le modèle exact des bastions de Vauban, notamment celui du Roy (10) seul complet de ce modèle. Il opta aussi pour les superstructures comportant, sur les faces, le surtout ou parapet d’artillerie à embrasures, et, dans les flancs concaves, des embrasures directement percées dans le parapet maçonné au-dessus du cordon. Le bastion Saint Bernard (7) était en cours de construction sous cette nouvelle forme en 1761, mais sur un plan encore agrandi, et celui de Sainte-Ursule reçut un surtout non prévu à l’origine. Un magasin axial était projeté dans le nouveau bastion Saint-Bernard. La même reconstruction programmée en 1765 pour le bastion des Minimes (6), était toujours en attente de réalisation en 1767.

Plan des Bastions de la Fonderie, de Ste-Ursule, de St-Bernard et des Minimes pour servir au projet de l'année 1763. 1762.Plan des Bastions de la Fonderie, de Ste-Ursule, de St-Bernard et des Minimes pour servir au projet de l'année 1763. 1762.

Ce chantier s’inscrivait désormais dans le nouveau projet général de Toulon que Milet de Monville avait formulé dans son mémoire de 1764. Il reprenait diverses composantes du projet général de 1709, en proposant de généraliser le chemisage des anciens ouvrages de l’enceinte bastionnée de la fin du XVIe siècle, en augmentant par-là la surface de tous les bastions, rebâtis sur le modèle de ceux de Vauban. Le mémoire annonce clairement qu’il s’agit de reconstruire les « ancien fronts de la place, depuis le bastion de Saint Bernard (7) jusqu’à la mer, les avançant vers la campagne, pour donner plus de largeur aux terre-pleins, les anciens revêtements étant d’ailleurs trop faibles, le vuide qu’on laissera entre les deux ne pourra qu’être d’une grande utilité… » Milet précise ensuite : « en général il faut pourvoir à la construction de cazernes à l’épreuve le long des courtines entre les bastions de la fonderie, de Ste Ursule et de St Bernard, d’un cavalier avec des bâtiments et magasins à l’épreuve dans ce dernier bastion et dans celui des Minimes, et d’un pavillon d’officiers près de la porte St Lazare. Il faut ouvrir cette porte au milieu de la courtine, celle qui existe étant trop près du bastion de St Bernard (article repris du projet Vauban de 1693, constamment proposé par les projets généraux). Pour l’aménagement interne du bastion Saint Bernard, Milet de Monville conçoit un « retranchement en forme de cavalier qui défile les fronts collatéraux des hauteurs de La Malgue et de Ste Anne, et qui procure en même temps l’avantage de loger dans son terre-plein les munitions nécessaires à la défense de ce front, ledit retranchement voûté à 3 étages avec une plate-forme par-dessus » 36. Le principe de construire « une demi-lune sur la courtine entre le bastion des Minimes (6) et celui de la Ponche-Rimade (5, demi-bastion est de la vieille darse), pour la communication de la ville au fort de La Malgue, en ouvrant une porte au milieu de cette courtine (5-6) » reprend celui du projet Niquet de 1709, avec une demi-lune plus vaste, égale aux autres, et abandonne l’alternative proposée en 1751, sans demi-lune, et avec continuité de circulation défensive entre chemin couvert et communication au fort Lamalgue. Comme en 1709, la nouvelle porte de ville proposée par Milet à cet emplacement, traversant la demi-lune, n’avait pas pour seule justification la communication retranchée avec le fort Lamalgue, mais aussi celle d’ouvrir la ville vers le faubourg neuf du Mourillon, dont le projet redevenait d’actualité.

S’agissant des dehors à créer et de leur répartition : demi-lunes, contregardes, tenailles, le projet général de Milet de Monville reprenait celui de Niquet, à quelques nuances près. On observe sur les plans que la largeur du fossé en tête des contregardes projetées est réduite au strict minimum ; il en est de même pour le fossé isolant les faces de la demi-lune de la boulangerie, ce qui permet à Milet de donner à cette demi-lune de plus grandes dimensions que dans les projets antérieurs, propres à accueillir de nouveaux magasins aux vivres entre parapets des faces et boulangerie. Du même côté ouest Milet proposait « une contregarde beaucoup plus large que les autres devant le bastion du Marais, dans laquelle on fera les hangars pour mettre à couvert les bois de construction ». La principale innovation du projet général de Milet, et la plus hasardeuse, compte tenu de son emplacement en basse terres, sur l’ancien « marais », était un important ouvrage à cornes projeté au sud-ouest de l’enceinte de la darse, devant la demi-lune projetée (mais réduite) de la courtine 1-2. Cet ouvrage à cornes était proposé « pour y construire un hôpital à contenir deux mille malades », dont le plan masse carré inscrivant quatre cours séparées par deux ailes formant croix grecque, figure sur le plan du projet. L’idée resta sans suite.

On notera que si Milet se plaçait dans la filiation de Vauban, pour la conception des fronts bastionnés de Toulon, il proposait, en revanche de placer des bâtiments dans trois des dehors ouest, principe que Vauban désapprouvait explicitement en 1701 à propos de la boulangerie : « On l’a bastie hors de la ville et dans une demi-lune ce qui est très mal car la regle generalle veut que ces dehors soient vuides et solitaires notamment celles qui sont exposées aux attaques comme est celle cy ». De plus, l’hôpital monumental projeté par Milet aurait présenté l’inconvénient dénoncé par Vauban pour la boulangerie, celui d’offrir un commandement et des vues plongeantes sur la nouvelle darse et sur l’arsenal.

Enfin, le projet général de Milet de Monville, scella l’abandon définitif du projet du « quai de Dannemarck » entre la darse neuve et la darse vieille, l’usage et l’économie de la darse et de l’arsenal, après plus de soixante ans d’activité, s’étant adaptés au maintien en place du front ouest tenaillé de l’enceinte de la vielle darse. Il n’était plus jugé utile d’agrandir le bassin de la nouvelle darse aux dépens de celui de l’ancienne. Cette aile droite tenaillée de l’ancienne enceinte maritime de Bonnefons, dont Milet proposait d’élargir le quai pour y placer un grand magasin, par une inversion de sa fonction initiale de clôture, faisait définitivement partie de l’enceinte non fortifiée isolant l’arsenal de la ville.

Le mémoire historique et descriptif sur la ville de Toulon rédigé par l’officier Louis (d’)Aguillon le 1er mars 1768 37, rappelle, à propos des fronts bastionnés nord et ouest de la ville, construits sous Henri IV et laissés « tels qu’ils étoient » par Vauban et Niquet, que c’est depuis l’époque de l’écroulement d’une des faces du bastion des Minimes en 1754 (en réalité bastion Sainte Ursule en 1755) « que l’on renouvelle cette partie de l’enceinte, il n’en reste plus (à faire) que celle depuis le bastion des Minimes jusques à la mer ».

A propos des revêtements de l’enceinte maritime de la nouvelle darse, seuls de l’enceinte à ne pas être terrassés, mais adossés de magasins « à l’usage des vaisseaux du Roy », Aguillon précise qu’il « ne serait pas possible de faire usage » des embrasures à fleur d’eau ménagées dans ce revêtement (celles que Vauban préconisait de laisser murées en temps de paix), « attendu que les jettées sur lesquelles sont bâtis les remparts, ayant fléchi sous le poids de la maçonnerie, elles se trouvent la plupart noyées et hors d’état de servir ».

Enfin, rien encore ne semble alors avoir été fait pour améliorer les chemins couverts et les glacis qui « en général sont en très mauvais état, et il n’y en a jamais eu de formé depuis la boulangerie de la marine jusques à la mer ».

Plan du front de fortifications formé par les bastions de St-Bernard et des Minimes... 1771.Plan du front de fortifications formé par les bastions de St-Bernard et des Minimes... 1771.La lenteur d’exécution des travaux du front de terre laissa encore longtemps de côté la question des chemins couverts. Le projet de Milet de Monville pour 1772 consistait à continuer la reconstruction du bastion des Minimes (6) dont le revêtement seul était monté jusqu’au-dessous du cordon. Contrairement à ce qui était initialement prévu, le flanc droit de ce bastion avait été réalisé sans orillon ; l’aire intérieure devait recevoir des casemates adossées au revêtement, enterrées sous le parapet d’artillerie, et ouvrant sur une place d’armes laissant un vide intérieur occupé par le magasin à poudres, parti finalement préféré à un cavalier. La porte Saint-Lazare et sa demi-lune restaient inchangées, et la contrescarpe du fossé au nord du bastion Saint-Bernard, quasiment jointive à la face de ce bastion depuis qu’on l’avait agrandi, était en ruines, en attente d’une reconstruction plus en arrière. Le bastion Saint-Bernard lui-même était achevé, mais son aire intérieure demeurait libre, en attente du « cavalier avec (au-dessous) des bâtiments et magasins à l’épreuve » prévu par Milet depuis 1764. A la suite du flanc retiré de droite du bastion Saint-Bernard, et jusqu’à la porte Saint-Lazare en place, avait été construit sur quelques mètres le départ de la courtine renouvelée, avec la brisure d’axe et le nouvel alignement, en avant de celui de la courtine en place. Le projet à court terme, tel que dessiné, consistait à construire tout le nouveau revêtement de cette courtine en appui contre l’ancien, selon le principe du chemisage conçu par Milet, mais sans vide intermédiaire suffisant pour dégager une galerie souterraine, le tout en maintenant la porte existante en retrait d’alignement. La construction de la nouvelle porte n’est pas encore programmée, en sorte qu’il était amis implicitement qu’il faudrait percer le revêtement neuf en plus de l’ancien lorsqu’elle serait à l’ordre du jour.

Cet état des lieux n’avait pas évolué à la fin de l’année 1773. A cette époque, on envisageait un agrandissement de la ville hors les murs à l’est, non plus au Mourillon, mais immédiatement au-delà du chemin couvert, est/sud-est. L’idée avait été proposée par le Marquis de Monteynard, secrétaire d’Etat à la Guerre, moins pour déployer un projet d’urbanisme que pour abriter les bâtiments militaires nécessaire à une place forte, qu’il était impossible d’établir en ville, faute de place : pavillons, casernes, arsenal de terre, magasins à vivres.

Milet de Monville étant mort le 16 décembre 1773, son successeur à la direction des fortifications de Toulon et de Basse Provence, Charles-François-Marie d’Aumale, commença sa mission en concevant le plan de cette extension. Proposée au nord de la communication retranchée vers le fort Lamalgue, elle devait être fortifiée par un front bastionné, bâti en partie sur pilotis, en avant de l’enceinte du corps de place, à partir de « la capitale de la demi-lune St Lazare », et jusqu’ à « l’extrémité de la ligne de communication du fort de la Malgue, au pont de l’Eigoutier ».

Hors le fait que ce projet d’agrandissement de la ville rendait moins utile la réfection en cours de la partie sud-est de l’enceinte urbaine « Henri IV », d’Aumale n’approuvait pas le parti architectural des ouvrages réalisés sous la direction de Milet. Son mémoire d’observations tendant à infléchir le projet général de 1764, critique notamment les bastions, jugés archaïques et inutilement compliqués : « On ne peut que regretter l’argent employé à ce qui est commencé du rétablissement des flancs à orillon aux extrémités de la courtine entre les bastions des Minimes et de St Bernard, et il faut s’en tenir à gémir sur ce qu’on n’a pas voulu profiter de l’emplacement lors de la ruine du front pour le corriger et en tirer un beau parti, ce qui provient d’une habitude trop commune de suivre les anciens tracés sans les plier aux circonstances (…) les orillons des Minimes et de St Bernard, presque entièrement élevés, forcent de continuer le rétablissement de ce front. Au lieu de ce cavalier énorme dans le bastion St Bernard, à plusieurs étages et par trop dispendieux (…) il faut tout uniment un cavalier ordinaire remplissant tout le vuide du bastion, élevé à demy-revêtement sur le moindre talus possible afin de se procurer le plus de terrain qu’on pourra sur son terre-plein pour emplacement de canon, et pratiquer même souterrain qu’au bastion des Minimes » 38.

D’Aumale ne remettait pas en cause dans l’ensemble les dehors, demi-lunes et contregardes prévus au projet général, notamment pour le front nord, où tout était à refaire : contrescarpe, chemin couvert et glacis. Pour ce qui est des dehors de la porte Saint-Lazare, il jugeait inutile la tenaille demandée. En revanche, dans son mémoire, il propose de rectifier le dessin de la demi-lune en place, en fonction de la symétrie proposée depuis 1693 autour d’une nouvelle porte reconstruite au centre de la courtine : « une belle demi-lune qui couvre parfaitement les épaules droite et gauche des bastions des Minimes et de St Bernard avec une double caponnière à pouvoir y placer quelques petites pièces de canon ». Par ailleurs, s’agissant des prisons d’officiers et de soldats qu’il était prévu d’établir dans le cavalier du bastion Saint Bernard, d’Aumale propose de faire ces derniers établissements « à la porte St Lazare lorsqu’on la refera ».

L’une des propositions de changement les plus radicales au projet général consistait à rejeter tout perfectionnements du retranchement Sainte Anne, jugé sévèrement par d’Aumale : « position mauvaise, nulle défense, protégé médiocrement, mal tracé, dominé et plongé », au point de vouloir le « raser entièrement », car il le jugeait plus nuisible qu’utile, propre à servir facilement de refuge à l’ennemi, en capacité de le retourner contre la place, du fait même qu’il avait été conçu à l’origine comme ouvrage de campagne, moins pour couvrir la ville que pour y retirer une armée, fonction devenue sans objet. A cet égard, le nouveau directeur des fortifications de Toulon consacre un chapitre de son projet général de 1774 à un parti alternatif consistant à placer l’extension de la ville (dont il a tout d’abord étudié l’emplacement à l’est, à la demande du secrétaire d’Etat à la Guerre), au nord, sur le site du retranchement Sainte-Anne. Comme il l’écrit dans le texte de l’atlas militaire de Toulon établi par ses soins en 1775, d’Aumale jugeait « un agrandissement dans le terrein occupé par le camp retranché préférable (…) à un agrandissement en avant de la Poncherimade (est/sud-est)» 39. Ni l’un ni l’autre des deux emplacements ne fut finalement retenu, et le projet d’extension, reporté, réapparaîtra en 1786 à un emplacement différent, proche du Mourillon.

Déplorant rétrospectivement, à l’instar de Vauban, que le front ouest sur le Marais, n’ait « nulle valeur et bien moins depuis que le Roy a permis que soit bâtie en avant une boulangerie dont les bâtiments s’étendent chaque année pour augmentations de fours… », d’Aumale ne voyait pas autre chose à faire pour garantir ce front des entreprises de l’ennemi qui pourrait s’établir dans les bâtiments de la boulangerie, que de faire, autour de cette boulangerie la « belle et grande demi-lune » projetée qui couvre entièrement la courtine 11-12. En revanche, la dernière demi-lune de ce front, devant la courtine 1-12, ne lui paraissait pas utile, ce front étant suffisamment défendu par l’inondation. Il n’était évidemment plus question de l’ouvrage à cornes avec hôpital militaire imaginé par Milet.

La direction de la continuation des travaux de l’enceinte selon le projet général, passait par contrat du 4 septembre 1773 du sieur Guillemard à Antoine Sauvaire, architecte de la ville de Toulon 40. Jusqu’en 1776, en plus de l’achèvement des ouvrages incomplets, comme le bastion des Minimes, les efforts étaient censés porter sur la démolition des ruines de la contrescarpe du fossé nord, trop proche des faces des bastions, et sur l’amorce de mise en œuvre du nouveau tracé du fossé. On note à cet égard que ce nouveau tracé ne comportait plus ni demi-lunes, ni contregardes : il s’agissait de remettre à court terme fossé et chemin couvert dans un état décent à moindres frais, sans s’interdire la mise en œuvre ultérieure du parti plus ambitieux du projet général. Quoiqu’il en soit, c’est encore le parti économique, qui est à nouveau présenté dans les projets ordinaires de 1781.

Au bastion Saint-Bernard (7), en 1775, le vide intérieur devait être rempli de terre portant cavalier en pratiquant au rez-de-chaussée des « souterrains très vastes » le long de la gorge.

Plan, profils et élévations de la courtine entre le bastion St-Bernard [...] et celui des Minimes... 1776.Plan, profils et élévations de la courtine entre le bastion St-Bernard [...] et celui des Minimes... 1776.C’est le 19 novembre 1776, alors que la construction du nouveau revêtement plaqué de la courtine 6-7 est revenu à l’ordre du jour, que d’Aumale signe le projet de la nouvelle porte Saint-Lazare, à construire au milieu de cette courtine en supprimant totalement l’ancienne 41. La réalisation de la porte en phase avec celle du revêtement était effectivement beaucoup plus logique que des reprises a posteriori dans les ouvrages neufs, pour ménager la nouvelle porte et pour cicatriser l’emplacement de l’ancienne. Ce projet est le premier qui ait donné lieu à des dessins de détail en plan et en élévation pour la nouvelle porte. Elle y figure avec un pont-levis à bascule, une façade extérieure très classique, avec fronton à tympan orné d’armoiries, tables sur fond de bossages continus de part et d’autre de l’encadrement. Ces deux tables verticales, figurées nues, sont du type de celles qu’on disposait généralement sur les portes de ville pour y faire figurer des trophées d’armes sculptées. L’arcade côté ville, comporte aussi un encadrement à bossage, plus simple, flanqué de part et d’autre de corps de gardes à façade sobre, le tout en simple rez-de-chaussée.

Ce projet de 1776 concernant la porte Saint-Lazare incluait aussi, logiquement, la refonte de la demi-lune, comportant sa gorge selon un plan plus symétrique en fonction de l’implantation centrée du nouveau pont dormant y aboutissant. D’Aumale proposait en outre de supprimer le grande traverse axiale dont Milet prévoyait le maintient, et de refaire les parapets des faces, en ménageant la nouvelle porte de la demi-lune au milieu de la face gauche, selon une disposition comparable à celle de la demi-lune de la porte royale.

S’agissant des bastions Saint-Bernard et des Minimes, en décembre 1776, d’Aumale avait abandonné l’idée, sans doute jugée trop coûteuse, d’y établir, sous le rempart, les souterrains casematés encore à l’ordre du jour en 1774. Le bastion Saint-Bernard (7) était à achever avec son cavalier commencé, et dans le bastion des Minimes (6) n’était plus proposé qu’un simple rempart avec parapet d’artillerie, amorti vers l’aire intérieure (occupée par le magasin à poudres du XVIIe siècle) en talus de terres coulantes.

D’après le mémoire sur l’état des fortifications en août 1781, rédigé par le sieur Doria 42, les travaux de la courtine 6-7 et l’achèvement du parapet du bastion des Minimes (6) étaient suspendus depuis deux ans ; la courtine « n’est point commencée et n’est désignée que par les amorces des deux brizures à droite et à gauche ».

Plan du bastion des Minimes et de la courtine entre ledit bastion et celuy de S. Bernard ...1784Plan du bastion des Minimes et de la courtine entre ledit bastion et celuy de S. Bernard ...1784La situation n’avait pas évolué à la fin de 1784, date à laquelle le sieur de Rozières, maréchal des camps et directeur général des fortifications du Dauphiné et de Provence, programmait pour l’exercice 1785 la reprise des travaux du bastion des Minimes (construction des casemates souterraines conformes au projet général Milet de 1772, achèvement des parapets), et celle de la construction du nouveau revêtement de la courtine, porte comprise, selon le projet d’Aumale de novembre 1776.

L’exécution fut lancée à la suite, mais en 1787, le revêtement de la courtine n’était monté que de trois mètres au-dessus du fossé, avec l’embase de la façade de la porte au centre, la vieille porte demeurant en fonction. L’officier ingénieur Vialis donna, à la fin de 1787, les dessins définitifs du projet de la nouvelle porte, plus monumentale que celle dessinée par d’Aumale onze années plus tôt. La façade extérieure apparaît différente, encadrée de pilastres jumeaux et adaptée à un pont-levis non plus à bascule mais à flèches, avec affichage d’armoiries entre les engravures des flèches. Le passage comporte quatre travées voûtées d’arêtes traversant le rempart de terre élargi, enfin, la façade côté ville à la fois plus large et plus haute que celle dessinée par d’Aumale, forme un bâtiment couvert d’un toit sur charpente, abritant, en plus des corps de garde latéraux, un étage de locaux formant pavillon d’officiers.

Le projet de 1787 comportait aussi la rectification du tracé de la demi-lune existante afin de l’élargir du côté gauche et de la rendre plus symétrique. Cette modification se répercutait sur le fossé, la nouvelle face gauche de la demi-lune étant projetée en avant de l’ancienne jusque sur l’alignement de la contrescarpe de la branche gauche du fossé en place. Cette partie de la contrescarpe était donc condamnée à être démolie, avec le chemin couvert pour être reculée de plus de 5m. Enfin, l’asymétrie de la gorge de la demi-lune en place, déterminée par la culée du pont dormant de la porte Saint-Lazare ancienne, était corrigée. D’autre part, l’emplacement de la porte à pont-levis de la demi-lune dans cette face gauche à reconstruire restait décentré, proche de l’angle d’épaule, comme dans l’état existant, et non déplacé en milieu de face comme l’avait proposé d’Aumale en 1776 (sans doute par référence à la porte de la demi-lune de la porte Royale). Le pont-levis à flèches de la porte de la demi-lune existante, en 1787, était hors d’usage, et le changement des flèches non proposé, cette porte devant être démolie du fait de la reconstruction de la face gauche.

Fortifications Toulon 1787 pour 1788. Plan et Profils de la courtine à aggrandir entre le Bastion des Minimes et celui de St-Bernard [...] avec le Plan de détail [...] de la nouvelle Porte sur cette courtine. 1787Fortifications Toulon 1787 pour 1788. Plan et Profils de la courtine à aggrandir entre le Bastion des Minimes et celui de St-Bernard [...] avec le Plan de détail [...] de la nouvelle Porte sur cette courtine. 1787S’agissant du bastion des Minimes (6), le dessin de Vialis montre que le projet d’Aumale de décembre 1776 n’était pas encore réalisé, et qu’une modification de détail y était proposée, à savoir, d’après les termes du mémoire du projet d’établir un « mur couché (de soutènement) en pierres sèches au pied du talus intérieur du rempart pour diminuer le grand talus des terres, donner au terre-plein du rempart une largeur suffisante et laisser un passage libre le long du mur d’enceinte du magasin à poudres ».

L’organisation interne du bastion Saint-Bernard, alors achevée, était plus complexe, du fait que le rempart était rehaussé pour former un cavalier portant l’artillerie, entouré à la gorge et sur les faces par le chemin de ronde desservant les embrasures des flancs, de l’orillon, d’une petite plate-forme en capitale, et le parapet d’infanterie des faces. A la gorge, autour du vide central du bastion, le chemin de ronde intérieur était soutenu par un mur de terrassement maçonné avec escalier d’accès, un autre mur de soutènement maçonné revêtant les faces du parapet du cavalier au-dessus du chemin de ronde extérieur.

Les travaux correspondant au projet Vialis de 1787 étaient lancés et en cours d’exécution en 1791, d’après le mémoire sur la place signé Desroys (alias Des Roys), le 31 décembre de cette année : « cette demi-lune étant trop petite et laissant le corps de place à découvert, on a prolongé la face droite, on travaille à reconstruire à neuf sa face gauche ; elle est environ à la moitié de sa hauteur ; lorsqu’elle sera achevée, elle aura la capacité requise (…) On travaille en même temps à déblayer le nouveau fossé sur la face gauche, de même qu’au pont dormant et au pont-levis de la nouvelle porte de la demi-lune établie sur le milieu de cette face » 43. S’agissant de la courtine et de la nouvelle porte de ville, les travaux étaient plus avancés : « La nouvelle courtine entre les deux bastions est élevée à sa hauteur, on travaille à former les parapets en terre ; la porte sur le milieu de cette courtine est achevée, on travaille à perfectionner les corps de garde et prisons à droite et à gauche de la porte ; le pont dormant qui aboutit à la demi-lune est fini, on travaille au pont-levis. Pour se procurer les magasins nécessaires dans cette place, on conservera le vuide du passage de l’ancienne porte, ainsi que celui des corps de garde et des prisons que l’on voûtera sous le terre-plein de cette courtine ». La nouvelle porte Saint-Lazare, prit brièvement les noms de porte Mirabeau, puis porte Pelletier, entre 1791 et 1793, l’appellation de porte d’Italie lui fut attribuée définitivement en 1800, à la suite de la campagne d’Italie.

En 1791, aucun cavalier n’avait encore été créé dans le bastion Saint-Bernard (7), ce qui justifia un projet différent : « on propose de placer dans le vuide de la gorge de ce bastion un bâtiment qui renfermera la boulangerie, les greniers et magasins nécessaires et indispensables dans cette place ». La réfection du fossé autour de ce bastion avait avancé : « on a élevé, les années précédentes, à sa hauteur, l’arrondissement de la contrescarpe à l’angle flanqué, avec une partie sur la face gauche et sur la face droite. », par contre, le fossé du front nord entre le bastion Saint Bernard et le bastion Sainte Ursule (8), n’avait toujours pas été rétabli, malgré les projets présentés en 1776 et 1781 : « les fossés sur ce front sont très imparfaits ; ils exigent un déblai considérable pour leur donner la largeur et la profondeur qu’ils doivent avoir et établir la contrescarpe, chemin couvert et glacis dont l’étendue nécessitera (…) de faire des acquisitions ».

Toujours en 1791, était présenté un nouveau projet d’achèvement des dehors, plus précisément du chemin couvert, du front sud-ouest de l’enceinte de la darse, depuis la boulangerie, jusqu’à la mer 44. On constate l’abandon définitif de l’idée de constituer une véritable demi-lune, supposant des faces isolées par un fossé, autour de la boulangerie ; en revanche, ce projet de 1791 proposait une petite demi-lune devant la dernière courtine sud de front ouest (1-12), en zone inondée. Cette demi-lune fut effectivement réalisée dans les années suivantes, mais sans revêtement maçonné et avec un parapet de terre sommaire, comme on le constate sur un plan d’état des lieux de l’an XI de la République (novembre 1802). En revanche, le plan montre qu’à cette date, le chemin couvert avait été complété jusqu’à la face gauche du bastion du Marais (12), mais demeurait inachevé au-delà, notamment autour du fossé étroit de cette demi-lune.

Stagnation des projets du corps de place dans les années 1790-1800.

A cette époque, l’ère des grands travaux de perfectionnement de l’enceinte du corps de place des XVIe et XVIIe siècle était achevée, le chemin couvert sud-ouest restant inabouti, et les projets ambitieux d’extension urbaine à l’est du port ou à l’est/sud-est de la ville étaient ajournés. On observe, dans le projet de 1791 signé Desroys, un des avatars du nouveau quartier sud-est à l’abri de la communication retranchée au fort Lamalgue (refaite en front bastionnée avec fossé inondé) ; le nouveau quartier projeté y forme un îlot baigné par une nouvelle darse, vouée au port de commerce. La porte de ville sud-ouest ouvrant vers ce secteur loti, que Milet de Monville proposait d’implanter dans la courtine 5-7, est reportée par cet état du projet pour 1791 dans la face gauche du demi-bastion de la Poncherimade (5), exactement dans l’axe du quai de la vieille darse.

Dans un rapport général de 1807, le général Armand-Samuel de Marescot, chef du génie de Toulon et acteur de la reprise de la place sur les anglais en 1793, formulait un avis péremptoire sur l’inutilité de l’enceinte bastionnée du corps de place de Toulon : « tellement dominé par les hauteurs environnantes, notamment par la montagne de Faron (…) tellement plongé, enfilé, écharpé, vu à dos que, fût-il achevé, la garnison la plus brave ne pourrait le défendre. Il eût mieux valu ne fermer Toulon que par un simple mur crénelé, utile pour la police de la ville et du port, et employer l’argent dépensé pour ses remparts à bâtir des forts détachés au loin… »45

On note cependant, pour l’an 10 et 12 de la République, un projet d’amélioration du pont dormant de la « porte 15 » (ex porte Royale), qui se composait d’un tablier en charpente reposant sur huit piles de pierre : le projet consistait non à reconstruire ce pont entièrement en maçonnerie avec huit arches voûtées, mais à habiller les deux côtés du tablier en bois d’un mur sur huit arches simulant un pont en pierre.46

Faute d’une bonne organisation du rempart de la courtine au-dessus du passage de la porte d’Italie, la banquette de terre, dégradée, laissait filtrer les eaux dans la voûte, au point que celle-ci menaçait ruine en 1816 et nécessita des réparations, avec chape au-dessus des reins. Entre 1819 et 1824 fut conduite la construction de casemates sous le rempart de la courtine 6-7, au nombre de cinq de chaque côté du pavillon de la porte d’Italie. Cette série de casemates fut terminée de chaque côté, au revers des flancs des bastions 6 et 7, par un pavillon carré en saillie à étages logeables (et latrines collectives au rez-de-chaussée de celui de droite). Dès avant 1816, faute de réalisation des projets antérieurs de cavaliers casematés, un magasin de Génie fut construit dans le bastion 7, adossé à la gorge du rempart de tête, selon un plan en chevron avec angle abattu. Ce magasin-hangar s’ouvrait sur un parc clos contenu dans l’aire intérieure du bastion et dévolu au dépôt de chantier du service des fortifications.

Projets et renforcement des fortifications terrestres extérieures dans les années 1830-1840

Il faut attendre 1839 pour voir à nouveau se manifester un certain intérêt pour la question de l’amélioration du front bastionné nord du corps de place et de son fossé jamais vraiment achevé. Alors furent programmés, sous l’autorité du colonel A. Louis, chef du génie, l’achèvement du revêtement maçonné de la contrescarpe, la finition du chemin couvert, et la mise en place de tenailles devant les courtines depuis le bastion 7 (Saint Bernard) jusqu’à la demi-lune de la porte de France (ex porte royale).47 Parallèlement, une lunette fut projetée à l’angle nord-est de l’ancien retranchement Sainte-Anne, pour abriter un magasin à poudres extérieur au corps de place, à proximité du parc d’artillerie aménagé dans l’aire de l’ancien camp retranché. Le magasin à poudres et sa lunette, de plan asymétrique, étaient en cours de construction en 1839 et 1840, un corps de garde étant projeté à cette date à l’entrée de la lunette.

Toujours en 1840, le tablier et les flèches des deux pont-levis de chacune des deux portes de ville, porte de France et porte d’Italie, furent refaits à neuf, avec, pour les flèches, des bois fournis par la Marine, faute de disponibilité à l’achat « dans le commerce local » de pièces de bois de dimensions suffisantes.

Pour la porte de France, les articles 2 et 3 des bâtiments militaires du projet général pour 1841 consistaient en un ambitieux projet, signé du capitaine du génie Fabré, comportant un pavillon monumental de 9 travées et 4 étages (les 3 premiers voûtés) adossé au rempart côté ville, complété, au revers de la courtine, jusqu’aux bastions 10 et 11, d’une série de six de chaque côté, sous le rempart, terminées par deux pavillons. Ces dispositions étaient manifestement copiées sur celles de la porte d’Italie.

Analyse architecturale

Site et implantation générale, plan, distribution spatiale, circulations et issues

Les principales caractéristiques de la topographie du site de Toulon, ville et arsenal, donc celle des enceintes successives et cumulées du corps de place, ont été décrites dans les différents chapitres retraçant ci-dessus l’évolution historique de cette architecture militaire, tout en définissant les typologies.

Il convient toutefois de reformuler ici les caractéristiques topographiques générales en y replaçant les éléments monumentaux qui subsistent.

- L’agglomération urbaine proprement dite était enclose dans la moitié est / nord-est de la grande enceinte définitive construite entre 1852 et 1861 à partir du front est de l’ancienne, soit les fronts FG-H-I-K-L-M-7-6-5). La partie nord, enveloppant l’arsenal de terre et le quartier Montéty, est fondée sur un terrain en pente, site de l’ancien retranchement Sainte-Anne, au pied du Mont Faron. Il ne reste de ces fronts bastionnés terrestres que des segments et vestiges discontinus, au nord (I-K-L), témoins des travaux de la décennie1850, et à l’est (7-6), témoins de l’enceinte bastionnée primitive refondue au XVIIIe siècle.

L’emprise de la ville du moyen-âge et du XVIIe siècle, bâtie en terrain plat, tient dans le tiers sud-est de ce périmètre urbain encore en partie clos de la seconde moitié du XIXe siècle, et s’adosse au sud à la « darse vieille » qui a conservé son plan tenaillé du début du XVIIe siècle. L’extension ouest de l’enceinte créée par Vauban pour envelopper son arsenal, adossée au sud à la « darse neuve » a été démantelée en 1859 et effacée du parcellaire urbain bâti à la suite. La darse neuve ou « darse Vauban », largement décloisonnée dans l’entre-deux-guerres, côté ouest, sur la darse Castigneau et sur le canal d’accès à la darse Missiessy, se trouve, de ce fait, beaucoup moins bien conservée dans ses contours que ne l’est la darse vieille.

Le périmètre des fronts bastionnés du corps de place, ville et arsenal, fixé à la suite de l’extension Vauban, et en place jusqu’au milieu du XIXe siècle, comportait dix bastions et demi-bastions et deux redans numérotés de 1 à 12, dont cinq (2-3-5-6-7) hérités de l’enceinte primitive. Il n’en reste que des vestiges très limités, tant dans le tracé parcellaire qu’en élévation : les bastions (mutilés) 6 et 7, avec la courtine intermédiaire et la porte d’Italie, en sont la principale relique ; cependant, ils ne témoignent plus ni de l’état début XVIIe siècle ni de celui de Vauban, mais de la reconstruction dont ils ont fait l’objet dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le reste des fronts de terre XVIIe-XVIIIe siècles (8-9-10-11) a entièrement disparu sans laisser de traces. Le souvenir de la demi-lune avortée devant la courtine 11-12, au raccord du front de terre et du front maritime Vauban, est pérennisée par ce qui reste du bâtiment de la boulangerie de l’arsenal, au plan en chevron. Du bastion 12 reste le socle, sans vestige monumental, mais au plan inchangé, séparant la darse neuve de la darse Castigneau. Du demi-bastion 2, angle sud-est de la darse neuve, reste l’emprise, agrandie, abritant trois bassins de radoub de l’Arsenal, et un fragment du revêtement à arcades de la face sud, ultime et pauvre vestige des fronts bastionnés de Vauban à Toulon. L’enveloppe de la darse vieille n’est plus qu’un quai remanié, sur lequel est conservée en élévation la plate-forme d’artillerie casematée gauche de l’entrée de la « chaine vieille », dite aujourd’hui « fortin de l’angle Robert », qui est le seul vestige de l’enceinte de Raymond de Bonnefons.

- Le prolongement de l’extension nord-ouest de l’enceinte de ville enveloppant la darse de Castigneau, front de 5 bastions cotés A-B-C-D-E, bâtie entre 1849 et 1859, incluse dans la grande extension ouest de 1860-1868, a entièrement disparu.

- L’extension ouest de la grande enceinte générale du corps de place, bâtie entre 1860 et 1868, enveloppant la vaste aire non bâtie de Missiessy-Malbousquet, domaine de la Marine, annexant le fort Malbousquet transformé en dehors, a laissé des restes monumentaux importants de ses fronts de terre nord et ouest. Si le début du front nord (1-2), fermant la darse Missiéssy au nord, a disparu, de même que le font de mer (9-10-3), le reste du front nord (3-4-5), l’ancien fort Malbousquet (6) à l’angle nord-ouest et le front ouest (5-7-8-9) existent encore pour l’essentiel, en assez bon état de conservation. Ce sont les vestiges les moins anciens de la grande enceinte bastionnée, et aussi les moins remaniés et les plus monumentaux d’aspect. La topographie, plate pour l’essentiel, comporte un relief, la « hauteur Malbousquet », portant l’ex fort transformé, hauteur que les fronts d’enceinte gravissent.

Dans son état final de 1868, le circuit complet de l’enceinte comportait en tout neuf portes, y compris une poterne majeure, et à l’exclusion des poternes logistiques ordinaires, des issues du chemin de fer Marseille-Nice et d’une porte d’eau terrestre par laquelle les eaux du Las, inondant le fossé nord, entraient dans la darse Missiessy. N’est pas non plus comptée au nombre de ces portes du corps de place, toutes fortifiées, avec dehors et pont-levis, la « coupure Montéty » issue non défensive de 1887. A chacune des portes fortifiées du corps de place était associée une appellation toponymique ou emblématique bien définie soit (en prenant les appellation les plus stables et définitives en cas d’appellations successives) d’ouest en est, en sens inverse des aiguilles d’une montre, la porte Neuve, la porte d’Italie, la porte Notre-Dame, la porte ou poterne Sainte-Anne, la porte de France, la porte Impériale ou Nationale, la porte Missiessy, la porte Malbousquet, la porte Lagoubran.

Trois seulement de ces portes existent encore : la porte d’Italie, avec les vestiges de sa demi-lune, la porte Sainte-Anne avec ses dehors, et la porte Malbousquet, sans dehors. Seule des trois, la porte d’Italie était une porte de ville à part entière, les deux autres étant d’usage militaire majoritaire (poterne Sainte-Anne) ou exclusif (porte Malbousquet).

Les fronts maritimes de l’enceinte complète comportaient quatre portes d’eau, entrées des quatre darses (dans l’ordre chronologique et est-ouest : Vieille, Neuve, Castigneau, Missiessy) sur la petite rade. Les deux plus anciennes avaient comporté une chaîne de fermeture. Seule l’entrée de la darse vieille n’a pratiquement pas changé en plan, encore flanquée du côté gauche par la plate-forme défensive dite « de l’angle Robert »

Nomenclature des ouvrages et bâtiments

Les vestiges discontinus des enceintes successives et cumulées du corps de place de Toulon, bien qu’ayant participé d’un ensemble continu, sinon unitaire, entre 1868 et le démantèlement, sont difficiles à appréhender dans une approche descriptive tenant compte des parties disparues, sans distinguer trois sous-ensembles, ayant chacun leur nomenclature spécifique :

I -Le circuit de l’enceinte défini par Vauban, avec nomenclature chiffrée de 1 à 12.

II-La grande extension nord et ouest de 1848-1861 enveloppant ville et darse Castigneau, avec nomenclature lettrée de A à M.

III-La grande extension ouest Missiessy-Malbousquet de 1860-1868, avec nomenclature chiffrée de 1 à 10, augmentée du chiffrage 11 et 12 concernant les deux dehors du bastion 5, contregarde et lunette, et 13 pour la contregarde du double bastion 5-6.

Il a existé une nomenclature alternative générale chiffrée de 1 à 35, en vigueur de la fin du XIXe siècle au démantèlement, que je n’ai pas retenue parce qu’elle manquait de cohérence et ne concernait pas les fronts supprimés inclus dans les extensions.

J’ai choisi de ne pas ajouter à ces nomenclatures un repérage complémentaire pour mémoire concernant le front ouest de l’enceinte fin XVIe siècle, supprimé par Vauban, parce qu’il n’en reste absolument aucun vestige.

Les nomenclatures retenues, adoptées historiquement sur une durée significative, sont imparfaites : elles comportent des cumuls (bastion FG) ou élision (pas de bastion J), et deux chiffrages concurrents partant de 1 pour deux secteurs différents de l’enceinte, le plus ancien à l’est et le plus récent à l’ouest . Certains bastions, les plus anciens, ont eu, outre leur nomenclature chiffrée, un ou plusieurs toponymes successifs, pour la plupart des vocables liés à des établissements religieux voisins ; ceux du XIXe siècle n’en ont pas. Aucune des portes du corps de place, enceinte de la ville et enceinte ouest n’est désignée par un chiffre ou une lettre des nomenclatures, ce qui est en partie compensé par le fait que toutes ont une appellation toponymique. Le fort Malbousquet conserve sa propre nomenclature chiffrée indépendante, sujette à confusion avec celle l’extension ouest du corps de place dont il est devenu un dehors complexe, d’autant que le n°6 désigne d’une part le bastion nord-ouest du corps de place, d’autre part le réduit (ancienne lunette) du fort.

Selon la logique d’inventaire du patrimoine, la description par nomenclature des ouvrages de l’enceinte de Toulon ne concerne que ceux qui existent encore, épargnés par le démantèlement et les destructions du XXe siècle. Ils sont cependant replacés par souci de cohérence méthodologique dans les trois sous-ensembles topographiques et historiques de l’enceinte, et dans les trois nomenclatures correspondant à ces sous-ensembles, mais sans description des ouvrages disparus, simplement listés dans la nomenclature. Ces ouvrages disparus sont en effet suffisamment caractérisés, avec ceux existant encore, par les notions de typologie générale énoncées dans l’exposé historique détaillé qui précède.

Aménagements particuliers et bâtiments militaires sur l’enceinte

Les bâtiments militaires structurellement incorporés à l’enceinte du corps de place de Toulon (comme ceux d’un fort le sont dans l’ouvrage fortifié), et aujourd’hui conservés, sont décrits dans ce dossier monographique consacré à l’enceinte, et non dans ceux, distincts, concernant les bâtiments militaires de la ville et ceux de l’arsenal. C’est le cas notamment des corps de garde et pavillons des porte d’Italie et Malbousquet, du magasin à poudres du fort Malbousquet et de la caserne casematée du double bastion 5-6, contigu au fort, faisant partie du complexe défensif Malbousquet.

Le fort Malbousquet dans sa totalité est inclus dans cette monographie de l’enceinte, car dans son dernier état, il n’est plus un ouvrage extérieur indépendant, mais un dehors complexe indissociable de cette enceinte. D’autres bâtiments militaires entrant dans cette catégorie intégrée aux ouvrages de l’enceinte ont disparu, sans pour autant que l’ouvrage ou l’ensemble qui les abritait ait été détruit : c’est le cas de la caserne « Gardanne » du bastion K, remplacée par le bâtiment actuel de la préfecture du Var.

Le magasin caverne de Malbousquet, qui, bien que situé hors et à quelque distance du fort et de l’enceinte, était une dépendance du corps de place, non un bâtiment militaire de la ville ou de l’arsenal, est conservé, mais n’a pu être visité.

L'enceinte de la ville ancienne et des darses Vieille et Neuve

Ce premier sous-ensemble numéroté de 1 à 12 cumule l’enceinte bastionnée 1589-1610, excepté son front de terre ouest, et l’extension Vauban de 1681-1691 qui a remplacé ou doublé les fronts de terre et de mer du côté ouest. Ce sous-ensemble est resté l’enceinte du corps de place jusque en 1852, et a été en grande partie démoli (fronts de terre nord et ouest) en 1859, du fait de la construction de l’extension nord (1852-1861)

1 – Bastion du Las (Disparu)

En place et achevé en 1691 ; bastion de l’enceinte Vauban de la nouvelle darse, sans terre-plein intérieur, formé d’un quai et d’un revêtement à niches-arcades, qui était adossé en continu d’ une série de magasins.

Détruit dans l’entre-deux guerres.

1-2 – Courtine et entrée de la chaîne neuve (Disparues)

ou porte d’eau de la darse Neuve ou Darse Vauban en place et achevée dès 1691, avec série de magasins adossés en continu vers l’intérieur du revêtement à niches-arcades. Détruites dans l’entre-deux guerres.

2 –Demi-bastion de la Darse. (Vestiges de superstructures)

Demi-bastion de l’enceinte de la nouvelle darse, en place et achevé en 1691, adossé au redan gauche du front tenaillé de l’enceinte de la vieille darse : « joignant l’ancienne fortification » (1738). Sans terre-plein intérieur, formé à l’origine d’un revêtement ou mur épais portant chemin de ronde simplement porté par une série continue de niches-arcades structurantes vers l’intérieur, donnant sur un quai. Les niches-arcades étaient adossées d’une série continue de magasins de désarmement.

Ce demi-bastion accueille en 1774-1778 dans son aire intérieure, adossé au quai entre darse neuve et darse vieille, le premier bassin de radoub du port de Toulon (et de l’ensemble des ports français de la Méditerranée), conçu par l’ingénieur Antoine Groignard. Bastion de la darse. Bassin de radoub de 1778 dit bassin Groignard.Bastion de la darse. Bassin de radoub de 1778 dit bassin Groignard.A ce bassin, deux autres sont ajoutés selon un projet de 1832, réalisé pour l’essentiel avant 1840, entraînant le terrassement complet de l’aire du demi-bastion, sans changer les autres dispositions d’origine, si ce n’est par la construction d’un magasin supplémentaire à la tête des bassins de radoub, détaché des magasins adossés. Ces derniers étaient réaffectés, depuis l’Empire, au bagne de Toulon. Ces dispositions demeurent inchangées jusque l’entre-deux guerres mondiales. Alors, l’enveloppe extérieure du demi-bastion est incluse dans une grande plate-forme fondée pour l’essentiel hors œuvre de la darse, de plain-pied avec les quais, destinée à accueillir deux nouveaux bassins de radoub très allongés à double entrée (dits improprement « les grands bassins Vauban ») à l’emplacement de l’entrée primitive de la darse neuve. L’ancien revêtement et les magasins adossés du demi-bastion sont alors maintenus en place, mais ils sont en majeure partie détruits par les bombardements de 1944.

Le seul vestige architectural de l’élévation émergée de ce demi-bastion est un tronçon du revêtement de sa face droite. Cette face droite, fondée dans les eaux de la petite rade à laquelle elle fait face, comportait dans son développement rectiligne, entre l’angle d’épaule flanquant l’entrée de la darse et l’angle de capitale, une série de vingt-huit niches-arcades, chacune percée d’une embrasure frontale pour le tir à fleur d’eau. Le tronçon conservé, plus proche de l’angle de capitale que de l’angle d’épaule, comporte six niches-arcades, dont une arrachée, trois défoncées. Le niveau du sol actuel autour de ce tronçon est surhaussé d’au moins 1,50m (apport de remblais de démolition sur le terrassement ancien ?) par rapport au niveau de l’ancien quai de la fin du XVIIe siècle, en sorte que la partie inférieure des niches-arcades, qui comportait les embrasures, est ensevelie. La face intérieure du mur est parementée en blocage enduit. Elle garde une trace d’appui de la série des magasins de désarmement entièrement détruits, dont chaque travée correspondait à deux niches-arcades : l’arrachement d’un mur de refend entre deux niches, et un corbeau d’appui d’une pièce de charpente au-dessus d’une niche. Le parement du revêtement extérieur, en assises réglées de moyen appareil, laissées rustiques (non dressées mais sans bossage saillant nettement délimité par une ciselure) reste visible dans la moitié supérieure de son élévation (l’inférieure, fondée directement dans les eaux de la rade, est masquée par la plate-forme établie dans l’entre-deux guerres), jusqu’au cordon inclus ; la hauteur actuelle du sol au cordon est d’environ 3m, celle d’origine du niveau de l’eau au cordon était d’environ 6m (18 pieds). Le parapet a disparu, mais le chemin de ronde d’arase demeure.

Bastion de la darse. Reste du revêtement, niches-arcade.Bastion de la darse. Reste du revêtement, niches-arcade.

2-3 – Front tenaillé, porte d’eau de la vieille darse, et plates-formes d’artillerie casematées.

Le plan général de ce front, formant un môle ou quai tenaillé centré sur l’entrée ou passe de la darse vieille, demeure reconnaissable, car peu modifié depuis l’origine, excepté par un élargissement du quai. Le revêtement ou mur d’enceinte d’origine du môle côté rade, qui comportait des embrasures et des arcades aveugles côté quai, et un chemin de ronde encadré de deux parapets maigres, celui vers la rade crénelé, a entièrement disparu.

Vers l’extrémité de la branche ou redan gauche (ouest) du front tenaillé du môle, est conservée en élévation le « fortin de l’angle Robert » 48, une des deux plate-forme d’artillerie casematées de plan grossièrement rectangulaire (de grand axe sensiblement est-ouest), qui encadraient l’entrée de la vieille darse, en dégageant à la gorge un passage étroit continuant le quai, et, du côté de la passe ou porte d’eau, un espace ou terrasse à ciel ouvert, plus large que le quai, ou se faisait la manoeuvre de la chaîne (dite « la chaîne vieille »).

Cette plate-forme ne remonte pas à la construction initiale de Raymond et Jean de Bonnefons, peu après 1600, mais a été construite vers 1638 -1640, D’après le dessin détaillé de la darse, avec projet d’arsenal, fait par Pierre Puget vers 1670, la terrasse d’artillerie supportée par un rez-de-chaussée casematé, était bordée d’un gros parapet avec quatre embrasures face à la rade, souligné à la base par un cordon continuant celui du mur d’enceinte du môle.

Vauban mentionne les plates-formes dans son mémoire de 1679, en proposant de convertir les « vieux corps de garde enfoncez dans le centre de la platte forme » en magasins à poudres, en les voûtant selon les mêmes principes que les magasins à poudres à construire à neuf.

Des plans des années 1760, confirmés par des relevés détaillés de 1818-1820, indiquent l’ajout d’un corps de garde de trois travées de pièces, sur la terrasse de la chaîne vieille, devant la face est de la plate-forme casematée, séparé d’elle par un étroit passage découvert. D’après ces plans, la plate-forme d’artillerie proprement dite était desservie par le chemin de ronde d’arase du revêtement ou mur d’enceinte du môle, légèrement plus bas, encadré de deux parapets maigres. Le quart nord-ouest du rectangle de plate-forme était constitué d’un corps de maison enclavé, non casematé, à deux niveaux, percés d’une porte et de fenêtre en façade nord, sur le quai, et couvert d’un toit à deux versants. Le parapet d’artillerie sud est indiqué avec trois embrasures au lieu des quatre figurées par Puget. Les plans indiquent plus précisément que la quatrième embrasure frontale est remplacée par une large ouverture dans l’angle nord-est, regardant l’approche de la passe, et tenant lieu d’embrasure d’angle.

Dans l’état actuel, la plate-forme est conservée pour l’essentiel, dans sa partie principale massive et casematée, mais la maison enclavée a entièrement disparu, laissant un renfoncement en angle rentrant dans le rectangle de base devenu plan en L. Le corps de garde ouest a également entièrement disparu, de même que les murs de garde de la terrasse de la chaîne côté rade. La moitié est (vers la passe) du rectangle de base de la plate-forme abrite deux casemates transversales jumelles, du type casemate de logement de troupes, voûtées en berceau segmentaire, dotées chacune de deux baies (porte et fenêtre) au nord vers le quai, et communiquant par une porte dans le mur de refend. Les voûtes étaient brutes de décoffrage, ce qui est encore visible pour l’une, masqué pour l’autre par un enduit couvrant. Le quart sud-est subsistant du rectangle abrite une ancienne citerne désaffectée, voûtée en berceau avec enduit hydrofuge, devenue casemate aveugle accessible de plain-pied depuis le quai par une porte du XXe siècle.

L’élévation est très remaniée par rapport à l’état documenté par le dessin de Puget. Le cordon et le parapet d’artillerie qui régnaient seulement sur le sud (vers la rade) et le côté est (vers la passe), dont le revêtement accuse un léger fruit, ont entièrement disparu. Le parapet de la plate-forme actuelle, ordinaire et sans créneaux ni embrasures, est dérasé sur presque tout le côté sud et sur le quart sud-ouest ; le niveau de sol d’origine de la plate-forme était sans doute plus haut d’un mètre que dans l’état actuel, du fait d’une recharge de remblais sur les reins des voûtes des casemates, sur lequel portaient les pièces d’artillerie. Les parements extérieurs sont revêtus d’un enduit couvrant uniforme au ciment ne démasquant que les chaînes d’angles en pierre de taille blanche (reprises au XIXe s), sauf sur la face est, vers la passe. Cette face a conservé son parement d’origine, en blocage de pierres de tout venant, encoignure en pierres de taille grise à l’angle nord-est. Deux baies murées à encadrement en pierre de taille, couvertes d’un arc segmentaire, condamnées dès avant 1760 du fait de la construction du corps de garde masquant cette face, restent lisibles sur ce parement : elles semblent correspondre à deux embrasures regardant la passe, jadis desservie depuis la casemate est.

L’escalier actuel à deux volées à ciel ouvert qui s’adosse hors oeuvre à cette face pour accéder à la plate-forme, est contemporain de la construction du corps de garde aujourd’hui disparu, donc antérieur à 1760 ; il était, jusqu’à la suppression du corps de garde, logé au fond du passage étroit régnant entre ce corps de garde et la plate-forme, et invisible de l’extérieur

3 – Redan dit « Pointe du Mourillon » (dérasé)

Partie de l’enceinte ou môle tenaillé de la darse vieille conçue par Raymond de Bonnefons. Il n’en reste que le soubassement, formant le môle actuel, sans aucun vestige en élévation du mur d’enceinte ou revêtement défensif.

4 – tenaille (dérasée)

Partie rentrante de l’enceinte ou môle tenaillé de la darse vieille conçue par Raymond de Bonnefons. Il n’en reste que le soubassement, formant le môle actuel, sans aucun vestige en élévation du mur d’enceinte ou revêtement défensif.

5 – Demi-bastion de la Poncherimade et porte Neuve (disparus)

Ouvrage sans terre plein intérieur, participant de l’enceinte de la darse vieille, conçu par Raymond de Bonnefons au début du XVIIe siècle pour faisant raccord avec les fronts bastionnés de l’enceinte de la fin du XVIe siècle.

Son aire intérieure, formant quai, accueillait, dans la seconde moitié du XVIIIe s, un magasin aux vivres et un poste de garde relevant de la Marine et la boulangerie relevant de la Guerre, pour la garnison

La « porte neuve » avait été percée dans la face gauche de ce bastion en 1832-1834, précédée de dehors dont un nommé « bastion de la Rode ».

5-6 – Courtine (disparue)

Participait de l’enceinte de 1589, remaniée au XVIIIe siècle. Comportait une tenaille.

6 – Bastion des Minimes

Le bastion définitif résulte de la refonte intégrale, en lieu et place, de 1770 à 1787, d’un bastion à orillons semi-circulaires de l’enceinte urbaine de 1589, d’abord nommé bastion de Saint –Jean, ensuite renommé en référence au couvent des Minimes implanté en ville près de sa gorge.

Le magasin à poudres projeté dans l’aire intérieure du bastion primitif en 1694, était en place en 1699 et le resta jusqu’au démantèlement consécutif au déclassement de la place. A partir de 1710, l’organisation interne du bastion fit l’objet de projets, en premier lieu un gros cavalier pentagonal revêtu avec batterie d’embrasures, qui devait remplacer ou recouvrir le magasin à poudres. Le projet général Milet de Monville de 1764 proposa l’agrandissement de ce bastion et du bastion 7 (Saint-Bernard) en chemisant le revêtement de 1589 par un nouveau revêtement à contreforts intérieurs reliés par des arceaux, qui ménageait dans l’intervalle des souterrains à l’épreuve sur deux niveaux, théoriquement utilisables comme galeries de contremines. Ces souterrains, au niveau du fond des fossés, devaient communiquer à des poternes discrètement ménagées dans la face intérieure de l’orillon selon le modèle des bastions édifiés sur le projet de Vauban à l’ouest de l’enceinte (bastions 10 et 11).

Le nouveau plan du bastion des Minimes copie précisément le modèle de Vauban, particulièrement dans la forme des flancs retirés plus larges que ceux de 1589, en hémicycle rentrant derrière des orillons semi-circulaires, et imposant la brisure rentrante de l’axe des courtines attenantes. En 1772, le nouveau revêtement était monté jusqu’au-dessous du cordon, avec un flanc gauche à orillon conforme au projet, et un flanc droit en retour d’angle obtus, sans orillon. L’aire intérieure devait recevoir des souterrains casematés adossées au revêtement, sous la banquette d’artillerie, et ouvrant sur une place d’armes occupée par le magasin à poudres. Ce projet était abandonné dès 1776, cédant place à un simple rempart avec parapet d’artillerie, amorti vers l’aire intérieure, autour du magasin à poudres, en talus de terres coulantes.

En 1787, le parapet étant achevé, il n’était plus question que de bâtir un mur en pierres sèches pour soutenir et arrêter les terres coulantes du talus intérieur. Cet état des lieux ne subit aucun changement jusqu’en 1846, date à laquelle les parapets en terre du bastion furent reformés, en ajoutant deux traverses sur la face gauche.

Le bastion demeura dans cet état jusqu’au déclassement de la place, et subit à la suite du démantèlement les lourdes mutilation qui ont détruit les trois quarts de sa surface. Il n’en reste aujourd’hui en élévation que le flanc gauche, avec son orillon, et un tiers environ de la face gauche, supportant un petit jardin en terrasse établi sur l’ancienne banquette d’artillerie. Les parements extérieurs accusant un léger fruit, appareillés à bossage rustique, sont bien conservés jusqu’au cordon inclus, qui n’est pas surmonté d’un parapet d’artillerie en pierre, à la différence de ce qu’on observe au bastion Saint-Bernard (7), mais d’un large parapet en terre. Cette différence est une disposition d’origine, liée à un changement de parti intervenu dans le traitement des « dessus » (parapets et banquettes) entre l’époque de la construction du bastion Saint-Bernard, soit 1762-1775, qui comporte un parapet d’artillerie maçonné, et celle du bastion des Minimes, qui, comme la courtine intermédiaire, n’en a jamais comporté.

Bastion des Minimes. Revêtement de la face gauche du bastion 6.Bastion des Minimes. Revêtement de la face gauche du bastion 6.

Le flanc retiré de plan en hémicycle assez large, et l’orillon comportant un pan coupé droit du côté du flanc, sont par ailleurs identiques à ceux du bastion Saint-Bernard. La modeste portion subsistante du bastion des Minimes a été séparée après 1930 du reste de l’ancienne emprise, rasée, par la percée d’une ruelle dite « passage des fortifications » ; la tranchée coupée dans le terre-plein est refermée par un mur de soutènement dont la mise en œuvre imite trompeusement celle des parements du revêtement fin XVIIIe siècle, avec bossages et cordon, en plus régulier. Au point de raccord de ce mur de terrasse avec le pavillon à étages de 1820 qui termine au sud les casemates de la courtine 6-7, en limite de la gorge du bastion, un escalier en pierre à deux volées fermé sur la rue par un portail permet d’accéder au jardin suspendu, réservé à l’usage des appartements d’étage du pavillon. Le reste de l’emprise du bastion, soit la majeure partie, de l’autre côté de la ruelle, a été rasé, mais son plan est pérennisé par celui des grands immeubles d’habitation qui en occupent l’emplacement et ont été bâtis sur ses fondations. Un vestige de maçonnerie de la face droite subsisterait dans le rez-de-chaussée commercial d’une des barres d’immeuble.

6-7 – Courtine et porte Saint-Lazare, ensuite porte d’Italie.

Ce secteur allant du bastion 6 au bastion 7 constitue le vestige monumental le plus remarquable et le plus dense de l’ancienne enceinte urbaine antérieure aux extensions du second Empire. Il cumule, outre les deux bastions en partie conservés, une courtine et son rempart, et une porte de ville précédée des restes d’une demi-lune, porte et courtine étant des ouvrages de fortification, mais aussi des bâtiments militaires, par les trois pavillons d’officier, dont celui de la porte proprement dite au centre, reliés entre eux par des casemates sous le rempart.

La courtine et la porte de ville qui la traverse faisaient partie de la première enceinte bastionnée de 1589, mais, dans ce cas comme dans celui des deux bastions attenants, les reconstructions systématiques échelonnées de la décennies 1760 à 1791 ont substitué de nouveaux ouvrages aux anciens, qui ont été recouverts et masqués, et dont ne reste plus de ce fait aucun vestige archéologique apparent.

Dès son projet de 1691, Vauban avait proposé de remplacer l’ancienne porte Saint Lazare, décentrée, par une porte neuve dans l’axe de la courtine, ce qui ne fut réalisé qu’un siècle plus tard. Un projet dessiné en 1710 sous influence des fronts bastionnés de Vauban créés quinze ans plus tôt au nord-ouest de l’enceinte, tendait à créer une brisure rentrante dans l’alignement de la courtine, à la rencontre des flancs retirés des bastions, permettant d’élargir les flancs existants de la fin du XVIe s, trop étroits derrière l’orillon, qu’il était prévu d’amaigrir en créant un pan coupé. Des casemates portant plate-forme d’artillerie ou chemin de ronde étaient également proposées au revers de la courtine, en remplacement du rempart sommaire et étroit en terre coulante. Ces deux propositions ont trouvé une réalisation tardive, la première dans le programme de la reconstruction du revêtement en 1787-1791, la seconde vers 1820.

L’état actuel de la courtine, de part et d’autre de la porte d’Italie, est conservé sur toute l’élévation créée en 1790, caractérisée par son parement à bossages rustiques de moyen appareil profilé en fruit, terminé par un cordon, et surmonté d’origine par un parapet en terre profilé en glacis. Dans la partie centrale de cette courtine, de chaque côté de la porte, ces profils de terre ont été supprimés après le déclassement de 1921, pour faire place à des jardins sur le rempart, avec muret de clôture ou parapet maigre construit au-dessus du cordon. On remarque les deux brisures ou pans coupés rentrants caractéristiques formés par ce revêtement quelques mètres avant le raccord aux flancs retirés des bastions attenants. Du fait du comblement presque complet du fossé, destiné faire régner le sol extra-muros de plain-pied avec le sol extra-muros, seuls les deux tiers supérieurs du nu extérieur du parement restent visibles. Porte d'Italie. Partie gauche de la courtine 6-7, et brisure d'axe au raccord avec le flanc retiré du bastion 7.Porte d'Italie. Partie gauche de la courtine 6-7, et brisure d'axe au raccord avec le flanc retiré du bastion 7.

Comme dans le cas des bastions, le nouveau revêtement de la courtine avait été appuyé à l’ancien en laissant d’étroits vides intermédiaires entre les contreforts intérieurs, mais, dans la réalisation de 1787-1791, plus tardive que celle des bastions, ces vides n’avaient pas été mis en communication pour former une galerie de contremine.

Les dix casemates de casernement établies vers 1820 sous le rempart de la courtine, à raison de cinq de chaque côté du pavillon de la porte d’Italie, jusqu’au droit des flancs des bastions contigus, sont toujours en place, complètes de leur voûte en berceau bâtie en blocage enduit, décapé dans certaines casemates. Cependant, deux des cinq situées à gauche (nord) de la porte, la troisième et la quatrième en partant du flanc du bastion 7, sont défoncées (l’une depuis 1889, l’autre depuis 1975) et transformées en passage routier réservé au trafic automobile, ce qui a entraîné la disparition de leur façade côté ville et la percée de deux arches en plein-cintre dans le revêtement extérieur de la courtine. La profondeur des casemates traverse tout le rempart et atteint la face intérieure du revêtement de 1787-1791 ; c’est du fait de leur construction, vers 1820, que furent démolis l’ancienne porte Saint-Lazare et de la partie supérieure de l’ancien revêtement de 1589, qui avaient été conservés « fossilisés » en 1791 dans la masse du rempart (le passage voûté de l’ancienne porte condamnée y avait été réutilisé en 1791 comme casemate unique). Chaque fond de casemate correspond précisément au nu intérieur du revêtement de 1791, mais sans les contreforts intérieurs portant voûte, qui, démasqués par le déblaiement des terres du rempart, furent supprimés en 1820, pour céder place aux murs de refend et aux voûtes en berceau des casemates formant contrebutement. Ces fonds de casemate sont équipés de deux créneaux à ébrasement intérieur (pour la fusillade à courte portée et pour la prise de jour) traversant le revêtement de 1791, qui n’en comportait aucun dans l’état d’origine (faute de galerie d’escarpe). Les façades des casemates face à la ville sont constituées d’une série de murs de remplage, bâtis en décharge sous les voûtes en berceau, ce qui se remarque peu de l’extérieur, les limites de chaque casemate n’y étant pas marquées par une arcade apparente inscrivant le remplage, mais au contraire masquées par la continuité des assises du parement en pierre de taille appareillée. Chaque façade de casemate est percée au centre d’une porte de plain-pied couverte d’un arc plein-cintre avec claveaux à crossettes extradossés en escalier, encadrée symétriquement de deux fenêtres rectangulaire. Porte d'Italie. Façade d'une des casemate de la courtine 6-7, à gauche du pavillon de la porte d'Italie.Porte d'Italie. Façade d'une des casemate de la courtine 6-7, à gauche du pavillon de la porte d'Italie.

Le mur de remplage ne monte pas jusqu’en haut de la voûte, ce qui permet de réserver dans l’intervalle une ouverture de jour horizontale dont l’appui est directement couvert d’un arc de décharge segmentaire habillant en façade le débouché de la voûte. Un bandeau carré saillant horizontal court d’un bout à l’autre des façades, recoupé par les portes, régnant au niveau des sommiers de l’arc de celles-ci, et soulignant la base de la plate-bande des fenêtres. Dans les casemates qui ont conservé leur menuiserie ancienne, ce bandeau est prolongé par un linteau de bois dans la porte, isolant l’ouvrant à deux battants d’un tympan fixe vitré. Ce niveau de bandeau horizontal correspond, à l’intérieur, à celui d’un plancher qu’il aurait été possible d’établir pour entresoler les casemates, en cas de nécessité. Les portes de communications entre casemates ménagées dans les murs de refend en deux points -au revers de la façade et au ras du mur de fond-, et les créneaux du mur de fond, règnent sous ce niveau de plancher optionnel, dont les casemates visitées ne conserve pas trace d’exécution.

L’élévation en pierre de taille de la façade des casemates dépasse d’un bon tiers de l’élévation totale le niveau d’extrados des voûtes (arcs de décharge apparents), pour masquer la banquette de terre couvrant les reins des voûtes à l’épreuve : elle comporte un bandeau continu marquant l’arase, qui est l’équivalent, côté ville, du cordon de la courtine, à niveau égal ; au dessus règne un muret d’appui ou parapet aveugle couronné d’une tablette, le tout dérobant aux vues la banquette d’artillerie du rempart. La façade des deux casemates transformées en passage routier a été supprimée en conservant le jambage des deux fenêtres côté mur refend, qui a été prolongé verticalement pour former les piédroit d’une grande arcade couverte en arc segmentaire.

La série de casemates est terminée de chaque côté, au revers des flancs des bastions 6 et 7, par un gros pavillon carré en forte saillie hors œuvre, élevé sur trois niveaux planchéïés, dont deux étages carrés logeables, le tout couvert d’un toit à quatre versants, à faible pente, revêtu de tuiles-canal. Ces pavillons contrastent avec les façades des casemates par leur plastique murale sobre, civile d’aspect, avec double bandeau entre le rez-de-chaussée et les étages, à parements enduits (emploi de la pierre de taille limité aux encoignures). Ils ont cependant été construits en phase avec ces casemates, afin de composer, côté de la ville, à partir du pavillon préexistant de la porte d’Italie, un ensemble axé et symétrique de façades monumentales. Celui de droite (sud), attenant à la gorge du bastion 6, accueillait des latrines collectives et une cuisine au rez-de-chaussée. Un escalier à volée droite unique à ciel ouvert, ménagé d’origine entre le pavillon de gauche (nord) et la première casemate contiguë, permet d’accéder accessoirement au premier étage du pavillon (régnant à mi-hauteur du rempart), puis à la banquette du rempart régnant au-dessus des casemates, de plain-pied avec le second étage. Un autre escalier, en bois, à rampes droites, intégré dans chaque pavillon, assurait la communication verticale interne des trois niveaux. Les étages de ces deux pavillons, comme celui de la porte d’Italie proprement dite, étaient affectés à des logements d’officiers ou de personnel administratif ; après le déclassement de 1921, ils ont été aliénés pour y aménager des appartements privés. Cette relative transgression d’usage, ou plutôt de statut, s’est accompagnée de l’aménagement de jardins sur le rempart, aux dépens des banquettes et parapets d’artillerie en terre, avec cloisonnements des parcelles.

Les façades des casemates étaient isolées de la place publique par une ruelle, aujourd’hui très légèrement encaissée en « cour anglaise », fermée d’une grille à mur-bahut et piliers carrés en pierre de taille régnant entre l’angle saillant du pavillon de la porte d’Italie et celui des deux pavillons d’extrémités ; l’entrée de la ruelle était ménagée dans l’axe du développement de la clôture, formant une porte-grille de gabarit piéton entre deux des huit piliers libres de la grille. Cette grille est conservée, mais remaniée (rythme des piliers modifiée, porte supprimée, grilles changée) devant trois des cinq casemates de gauche (nord), en partant du pavillon, et s’interrompt net au droit des deux casemates devenues passage routier. Du côté droit (sud) de la porte d’Italie, les façades des casemates sont mieux conservées, mais la grille de la ruelle a presque entièrement disparu.

7 – Bastion de Saint-Bernard.

Le bastion définitif, comme celui des Minimes (6) résulte de la refonte intégrale d’un bastion à orillons semi-circulaires de l’enceinte urbaine de 1589, d’abord nommé bastion Sainte Catherine (d’après le plan de 1666 publié par Tessier).Cette refonte du bastion Saint-Bernard, à la différence de celui des Minimes, était déjà programmée, au moins pour le côté gauche, dans le projet de 1755 pour 1756, signé de l’officier ingénieur Boniface, concernant la réfection des bastions 7-8-9 avec des flancs droits remplaçant les flancs retirés à orillons, Ce parti avait été préconisé quelques années plus tôt par Cauchy de Chaumont, pour élargir les flancs du XVIe siècle jugés trop étroits pour accueillir les trois embrasures en batterie que l’on projetait d’y installer depuis 1710. L’amélioration des flancs avait alors été proposé une première fois, en maintenant les orillons, sous l’influence des bastions récemment réalisés sur le front nord-ouest selon les principes de Vauban.

Dès 1759, alors que les travaux n’avaient pas commencé pour le bastion 7, le projet était critiqué par Milet de Monville, directeur des fortifications de Provence, qui pointait l’agrandissement insuffisant procuré aux bastions par ce parti de reconstruction, rejetant le principe des flancs droits pour réhabiliter les flancs retirés en hémicycle « à la Vauban », et projetant un chemisage complet de l’anciens revêtement par le nouveau, permettant un gain de surface important et l’aménagement de souterrains casematés ou galeries d’escarpe dans l’intervalle, à la faveur de percées en corridor dans les contreforts intérieurs. Ces souterrains, au niveau du fond des fossés, devaient communiquer à des poternes discrètement ménagées dans la face intérieure de l’orillon, comme celles qui existaient dans les bastions de Vauban.

Le bastion Saint-Bernard fut presque entièrement reconstruit selon ces principes entre 1762 et 1768. Le flanc droit fut refait sur l’emplacement de l’ancien, démoli, la face droite un peu en avant de l’ancienne, avec galeries d’escarpe intermédiaires et le côté gauche, face et flanc, beaucoup plus en avant du revêtement de l’ancien, en sorte que le nouveau revêtement, avec ses galeries casematées, était totalement indépendant de l’ancien, séparé de lui par un important remblai de terre et non plaqué contre. Les galeries d’escarpes furent réservées sur deux niveaux voûtées, celle du bas seulement ventilée de « ventouses » traversant le revêtement comme le montre un plan de détail du front nord-ouest pour le projet de 1764. Les dispositions internes prévues, très élaborées, déjà réalisées pour le côté gauche (construit jusqu’au cordon), étaient celles de galeries de contremines, avec étais intérieurs en bois, planchers, puits et fourneaux dans la galerie basse prévues à la fois pour limiter les dégâts au cas ou le revêtement serait battu en brèche par l’artillerie ennemie, et pour permettre au défenseur de miner volontairement l’ouvrage en cas de prise par l’ennemi.

En 1776, l’organisation interne du bastion n’était pas achevée, laissée en attente de la réalisation d’un cavalier établi sur des souterrains casematés qu’il était prévu d’aménager dans l’aire intérieure. Ce projet ayant été abandonné, le principe du cavalier fut maintenu sous une forme moins ambitieuse : il prit la forme d’une banquette de plan en chevron, parallèle aux faces du bastion, avec parapet en terre, et angle de capitale abattu, enveloppé par le chemin de ronde ménagé à son pied pour assurer (côté gorge) la continuité des communications sur le rempart, et (côté extérieur) desservir les postes de tir ménagés dans le parapet maçonné du revêtement, soit cinq embrasures autour de l’angle de capitale, et une embrasure à la tête des orillons. Ce cavalier étant ouvert à la gorge et formé seulement de deux faces, le terrassement destiné à le porter n’avait pas lieu de remplir la totalité de l’aire intérieure du bastion, d’où l’aménagement d’une cour de plan polygonal bordée par le mur de soutènement de la terrasse, dans lequel n’était percé aucun souterrain. L’accès au chemin de ronde du bastion et de la courtine attenante 6-7, puis au cavalier, se faisait tant à droite qu’à gauche par une rampe de roulage pour les canons, de plan incurvé, partant de la rue du rempart, au revers de la courtine, et desservant d’abord la partie de la terrasse bordant le flanc retiré courbe du bastion, percé de quatre embrasures convergentes. Un escalier plaqué au mur de soutènement permettait de monter directement de la cour à la partie du chemin de ronde longeant la gorge du cavalier.

Avant 1816, un magasin du Génie, simple hangar en appentis, fut construit dans la cour intérieure du bastion, devenue dépôt de chantier du service des fortifications et fermée côté ville d’un mur de clôture avec petit corps de garde; le magasin était adossé au mur de soutènement de la terrasse, dont il reproduisait le plan en chevron avec angle abattu. Un projet plus ambitieux, au même emplacement, d’une boulangerie pour la garnison, bâtiment à trois ailes au carré sur cour, haut de trois niveaux, proposé en 1792, était resté sans suite.

Vers 1820, la construction des casemates sous le rempart de la courtine 6-7 et du pavillon qui les termine au nord, adossé à la terrasse du bastion au droit du flanc retiré, entraîna la suppression de la grande rampe de roulage d’origine montant au flanc droit du bastion. Une petite rampe fut néanmoins réservée sur la cour, contre le mur de soutènement incurvé du flanc, à l’emplacement de l’ancien escalier de 1768.

Le cavalier fut doté vers 1840 d’une traverse dans sa face droite.

Le flanc gauche du bastion fut démoli en 1852 en supprimant l’orillon, remplacé par un flanc droit en retour d’angle obtus, conforme au tracé défini en 1848, raccordé non plus, vers l’ouest/nord-ouest, à la courtine 7-8 (démolie en 1859) mais vers le nord/nord-ouest à la courtine 7-M participant du nouveau front bastionné de l’extension nord du corps de place. Ce changement modifia aussi la rampe d’accès à la terrasse du bastion et à ses aménagements, et entraîna la refonte de la face gauche du cavalier, en la prolongeant sur le nouveau flanc par un parapet d’artillerie. C’est probablement vers cette époque ou peu après que le mur de soutènement bordant la cour fut surhaussé à un niveau équivalent à celui de la banquette du cavalier, pour masquer la gorge de ce cavalier, surélévation percée de trois grands arcs de décharge.

Dans son état actuel, le bastion Saint-Bernard est plus largement conservé que le bastion des Minimes (6). Il n’a subi qu’une amputation affectant son emprise au sol : celle de son angle de capitale, détruit et remplacé par un pan coupé lors de la création de la voie rapide semi souterraine qui passe dans les anciens fossés remblayés. L’élévation extérieure de son revêtement de 1768, complète de son parapet maçonné surmontant le cordon, est conservée sur tout le côté droit, flanc retiré en arc de cercle, orillon et face, et sur la majeure partie de la face gauche. Le parement de moyen appareil à bossages rustique se distingue par la présence de zones formant un large chaînage, dans lequel les assises, proche du grand appareil, sont deux fois plus hautes que celles du parement courrant, notamment au raccord de la courbe de l’orillon avec la face droite. La partie inférieure de l’élévation est masquée par le remblai de comblement du fossé, ce qui ne permet plus de vérifier la présence des évents ou ventouses et de la poterne de la galerie d’escape basse, et à fortiori de reconnaître ces galeries inaccessibles et insoupçonnables derrière le revêtement en l’état actuel des lieux. Porte d'Italie. Détail de l'élévation de la face droite et de l'orillon droit du bastion 7, avec chaîne à bossages rustiques.Porte d'Italie. Détail de l'élévation de la face droite et de l'orillon droit du bastion 7, avec chaîne à bossages rustiques.

L’organisation interne du bastion est devenue à peu près méconnaissable, du fait des aménagements contemporains qui l’ont investi, en l’occurrence une école primaire bâtie à la fin du XXe siècle dans la cour et surtout à l’emplacement du cavalier, dont les terres ont été préalablement déblayées.

Les seules dispositions bien conservées sont le chemin de ronde de la face droite et, du même côté, les deux plates-formes d’artillerie à parapet maçonné, cloisonnées l’une de l’autre, d’une part celle de l’orillon, à embrasure unique (Fig. 48), d’autre part celle –un peu plus haute- du flanc curviligne, à quatre embrasures. Des tubes de canons de marine ont été placés de façon aléatoire dans ces embrasures à des fins décoratives et évocatrices. Au-dessus et à l’arrière du chemin de ronde de la face droite du bastion, le mur de revêtement extérieur de l’ancien cavalier déblayé existe toujours, dominant le chemin de ronde de son élévation deux à trois fois supérieure à celle du parapet ; l’architecte concepteur de l’école y a seulement ménagé deux larges entailles ou créneaux. Le mur de soutènement du terrassement du bastion, bâti en blocage de moellons de tout venant sommairement calibrés, est entièrement conservé sur toute son élévation surhaussée au XIXe siècle. Il domine d’une part, côté gorge du bastion, l’ancienne cour encaissée, d’autre part l’emplacement du cavalier déblayé, aujourd’hui occupé par l’école et par sa cour. Les grands arcs de décharge largement ouverts animant ce haut mur, y procurent des claires-voies contribuant à la clarté de l’établissement scolaire, invisible de l’extérieur. Cet établissement, fondé sur le terrassement à un niveau un peu inférieur à celui du chemin de ronde, est accessible par la petite rampe d’accès des années 1820, adaptée, régnant entre la cour et le mur de soutènement incurvé de la plate-forme d’artillerie du flanc droit.

Bastion Saint-Bernard. Ancien mur de soutènement de la gorge du cavalier disparu du bastion 7.Bastion Saint-Bernard. Ancien mur de soutènement de la gorge du cavalier disparu du bastion 7.

7-8- Courtine (Disparue)

Courtine de l’enceinte de 1589 remaniée vers 1760, démolie en 1859 et remplacée en 1852 par la nouvelle courtine 7-M.

8 – Bastion de Sainte-Ursule (Disparu)

Bastion à orillons de 1589, d’abord nommé bastion Saint Vincent (d’après le plan de 1666 publié par Tessier). Magasin à poudres du projet Vauban, en place en 1693, puis parc d’artillerie.

Ecroulé en 1755, puis remanié à la suite en supprimant les orillons. Démoli en 1859.

8-9 – Courtine (Disparue)

Courtine de l’enceinte de 1589 démolie en 1859.

9- Bastion de la fonderie (Disparu)

Bastion de 1589, d’abord nommé bastion Saint Roch (d’après le plan de 1666 publié par Tessier). La moitié gauche a été reconstruite avant 1691 selon le projet Vauban de 1679-1681, pour faire raccord avec le nouveau tracé de l’extension de l’enceinte, avec flanc gauche « à la Vauban » (flanc retiré courbe) , conformément au projet.

La fonderie, à l’usage de la Marine, est en place dans l’aire intérieure du bastion, avant 1691. Elle n’est qu’une extension en longueur de la fonderie existant antérieurement dans le bastion de 1589.

9-10 – Courtine (Disparue)

Courtine de l’extension de Vauban, bâtie avant 1691 selon le projet Vauban de 1679-1681, démolie en 1859.

10- Bastion du Roy (Disparu)

Bastion de l’extension Vauban , bâti avant 1691 selon le projet Vauban de 1679-1681, flancs « à la Vauban » (flanc retiré courbe), conformément au projet. Faisait face au « jardin du Roy » extra muros. Démoli en 1859.

10-11 – Courtine et Porte Royale (Disparues)

Courtine, porte de ville et dehors (demi-lune « Royale » avec avant-porte) de l’extension Vauban , bâtis en priorité de 1681 à 1686 selon le projet Vauban de 1679-1681 (voir détails p. 14). La porte royale, ainsi nommée dès sa construction (et sur les plans Niquet donnant l’état des lieux en 1702 et 1707), est aussi nommée sur certains documents de la même époque « porte neuve » (plan des attaques du siège de 1707) et, après la Révolution, « porte de France », appellation maintenue sous la monarchie de juillet. Ensemble démoli en 1859.

11- Bastion de l’Arsenal (Disparu)

Bastion de l’extension Vauban réalisé avant 1691 sur un plan asymétrique, la moitié droite régnant sur le fossé sec du front de terre, et la moitié gauche sur le début de la partie du fossé ouest inondée par les eaux de mer; le flanc du côté droit est « à la Vauban » (flanc retiré courbe), et le flanc gauche rectiligne, sans orillon ni retrait, conformément au projet. Dès 1691, le magasin aux goudrons, la goudronnerie et le parc de l’artillerie de l’Arsenal sont en place dans l’aire intérieure de ce bastion, le pavillon ouest de la corderie étant au revers du flanc droit. La moitié droite de ce bastion est démolie en 1858-1859, la moitié gauche, donnant sur la nouvelle darse Castigneau, peu après.

11-12 – Courtine précédée de la demi-lune ou place d’armes de la Boulangerie (Disparue)

Courtine du front de mer ouest de l’extension Vauban. En 1691, la courtine n’est montée qu’au niveau des fondations ; une petite porte d’eau y est ménagée, entre la darse neuve et fossé ouest inondé. Un bâtiment adossé A, entre les hangars du bastion 12 et la porte d’eau, est projeté de 1691 à 1701, non réalisé.

La demi-lune n’était pas prévue au projet de 1679, toujours pas en 1693, à peine amorcée en 1699 : revêtement de gorge ; aile gauche des fours construite ; en 1701 la boulangerie en capitale est bâtie ; en 1707, la boulangerie et ses deux ailes de fours,de plan en chevron est achevée (sauf l’étage de l’aile droite), mais la demi-lune n’a pas été réalisée, elle est remplacée par une sorte de grande place d’armes du chemin couvert. (pour la boulangerie, voir dossier sur les bâtiments militaires de l’Arsenal)

12- Bastion du Marais (infrastructure conservée, élévation du revêtement et des bâtiments adossés disparus)

Bastion de l’enceinte Vauban de la nouvelle darse, commencé en 1691, au stade des fondations, en cours d’achèvement en 1699, avec terre-plein ou plate-forme intérieure, régnant au niveau des quais et vouée à l’entreposement des canons ou parc d’artillerie ; le revêtement à parapet banquette en terre, était adossé intérieurement tant le long des face que des flancs, d’un bâtiment continu servant de magasins ou halle aux affûts, réalisée en 1701, toujours en place au début du XXe siècle.

12-1 Courtine-quai (Disparue)

Courtine du front de mer ouest de l’extension Vauban, en place et achevée dès 1691, avec série de magasins de désarmement adossés en continu vers l’intérieur du revêtement à arcades-niches.) Détruite dans l’entre-deux guerres.

Porte d'Italie. Vue panoramique de la courtine 6-7, de la porte d'Italie et des terrassements et voies dans l'ancien fossé.Porte d'Italie. Vue panoramique de la courtine 6-7, de la porte d'Italie et des terrassements et voies dans l'ancien fossé.

1Toulon, AC, BB, Délibérations du Conseil de Ville, Séance du 7 novembre 1531, f°346. Gustave Lambert, Histoire de Toulon , chapitre XI, « Toulon sous Charles VIII, Louis XII et François Ier ,1487-1544», Bulletin de l’académie du Var, nouv. Série, t. XIV, 1888, , p. 266-269. 2AC, série BB art. 52, fortifications ; citations par Octave Teissier, « Agrandissements et fortifications de la ville de Toulon », Bulletin de la société académique du Var, 1873 (p. 325-481), p. 349 et par Gustave Lambert, Histoire de Toulon, chapitre XII « Toulon pendant les guerres de Religion, 1530-1589», Bulletin de l’académie du Var, nouv. Série, t. XIV, 1888, p. 320-323. 3BNF, Ms, coll. Dupuy, ms. 273, f° 73, cité par H. Charnier, « Notes sur les origines du génie, du Moyen Âge à l’organisation de l’an VIII », Revue du génie militaire, t. LXXXVII, 1954, p. 39, et par H. Vérin, La gloire des ingénieurs , l’intelligence technique du XVIe au XVIIe siècle, Paris, 1993, p. 120. 4Citations par Teissier, p. 351, et par Gustave Lambert, Histoire de Toulon, chapitre XII», Bulletin de l’académie du Var, nouv. Série, t. XIV, 1888, p. 331. 5En 1755, lors de l’écroulement d’un des bastions, les épaisseurs constatées du revêtement sont de 6 pieds à la base, 3 au cordon, sans contreforts. 6Citations par Gustave Lambert, Histoire de Toulon, chapitre XII», Bulletin de l’académie du Var, nouv. Série, t. XIV, 1888, p. 360-361. 7Gustave Lambert, Agrandissements et fortifications de la ville de Toulon, Bulletin de la société académique du Var, 1873. 8Ibid. 9Ibid. 10Henry, Fortification de Toulon, bulletin des amis du vieux Toulon, 1853 et 1855. 11Nicolas Fabri de Peiresc, Histoire abrégée de la Provence, xxx 12BnF Cartes et Plans, GE SH 18E PF 71 DIV 3 P 2/2 RES 13Mémoire de l’archevêque de Bordeaux des places, garnisons de la Provence, et de ce qu’il faut faire pour mettre la côte en sûreté, 12 juin 1637, in Correspondance et dépêches de D’Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux, chef des conseils du roi en l’armée navale. 14Idem, Livre V Chapitre X, p. 270 15AC BB 59 f° 102, délibération du 19 décembre 1645. 16Pierre Clément, Lettres, instructions et mémoires de Colbert, Paris, 1861-1873, lettre du 4 oct. 1669. 17Pierre Clément, Op. cit, lettre du…septembre 1676. 18Mémoire sur les réparations plus necessaires des fortifications de Toulon, forts et batteries d’alentour de la rade et dessein d’un arcenal de marine (…) Vincennes SHD, Art. 8 carton 1 (1 VH 1831), n°1bis. Ce mémoire est accompagné d’une longue lettre d’explications adressée à Seignelay, fils et chargé de mission de Colbert, dans laquelle est fait état de six feuilles de plans jointes, lesquelles ont disparu des archives du Génie depuis le XVIIIe siècle.19Vincennes SHD, Art. 8 carton 2 (1 VH 1831), n°1, plan ainsi légendé après coup au dos (fin XVIIIe ou deb. XIXes) : « 1679 petit plan de Toulon et des environs qui peut tenir lieu de la feuille n° 1 jointe au mémoire de Vauban sur les réparations plus nécessaires à Toulon. 20Parmi les nombreux projets dessinés pour l’arsenal avant l’arrivée de Vauban, l’un des quatre proposés par Pierre Puget, daté de 1671, un vaste arsenal autour d’une darse rectangulaire placé au sud-ouest de la ville, en dissociant nettement l’enceinte de l’arsenal de celle de la ville, plaçait aussi le raccordement nord de l’une à l’autre au droit du flanc gauche du bastion Notre Dame. 21Vauban consacre deux pages de sa lettre à Seignelay présentant son projet, à discréditer celui de feu François d’Aspremont. 22 Appellation figurant sur le plan de Toulon du 27 juillet 1693 signé de Cauchy de Chaumont. 23Vincennes SHD, Art. 8 carton 2 (1 VH 1831), n°2 24B. Cros, Toulon, arsenal de Louis XIV, 1660-1701, Sanary, 1992 (inédit), p. 74. 25Vincennes SHD, Art. 8 carton 3 (1 VH 1833), n°18 26Documents conservés dans les fonds de la société des Amis du Vieux Toulon, publiés dans J. Gomez-Estienne, dir. , Vauban à Toulon : l’arsenal et laRade, Toulon, Musée Balaguier (cat. Expo), 2007, article d’E. Maushard, « l’enceinte fortifiée de Toulon », p. 46-48 et p. 63. 27Addition du premier mars 1693 au projet de Toulon de 1679. Vincennes SHD, art. 8, carton 1 ( 1V H 1831) n° 19. 28Bernard de Lacépède, Histoire générale, physique et civile, de l’Europe (…), Bruxelles, 1826, t. 17, p. 151-152. 29BnF Cartes et Plans, Vincennes SHD, Art. 8 carton 2 (1 VH 1832) plan Chaumont ; carton 4 (1 VH 1834), projet général Milet de Monville.30Vincennes SHD, Art. 8 carton 2 (1 VH 1832), n°30. 31Vincennes SHD, Art. 8 carton 2 (1 VH 1832), n°50. 32Vincennes SHD, Art. 8 carton 3 (1 VH 1833), n°9. 33Vincennes SHD, Art. 8 carton 3 (1 VH 1833), n°5. 34Vincennes SHD, Art. 8 carton 3 (1 VH 1833), n°13. 35Vincennes SHD, Art. 8 carton 3 (1 VH 1833), n°18. 36Vincennes SHD, Art. 8 carton 5 (1 VH 1835), n°15. 37Vincennes SHD, Art. 8 carton 4 (1 VH 1834), n°22. 38Notes et observations sur extrait du projet général, par d’Aumale, Vincennes SHD, Art. 8 carton 5 (1 VH 1835), n°16. 39Vincennes SHD, Bibliothèque du Génie, Atlas n° 64, Toulon, par d’Aumale, 1775, p. 19. 40Vincennes SHD, Art. 8 carton 5 (1 VH 1835), n°15. 41 Vincennes SHD, Art. 8 carton 5 (1 VH 1835). 42Vincennes SHD, Art. 8 carton 7 (1 VH 1837) n° 4. 43Vincennes SHD, Art. 8 carton 8 (1 VH 1838) n° 22. 44Vincennes SHD, Art. 8 carton 8 (1 VH 1838) n° 4. 45Vincennes SHD, Art. 8 carton 10 (1 VH 1840) n° 22 46Vincennes SHD, Art. 8 carton 10 (1 VH 1840) n° 13 47Vincennes SHD, Art. 8 carton 28 (1 VH 1858) n° 148Appellation relativement tardive (XXe siècle) et assez impropre.
Appellations enceinte de la ville ancienne et des darses Vieille et Neuve
Dénominations fortification d'agglomération
Aire d'étude et canton Var - Provence Alpes-Côte d'Azur
Adresse Commune : Toulon
Adresse : 1ère fortification d'agglomération

Le premier projet de reconstruction "à la moderne" de l'enceinte médiévale de Toulon, en plus étendu et avec fronts bastionnés, remonte à 1552. Il avait été dessiné par Jean de Saint-Rémy, commissaire de l'artillerie et ingénieur militaire français pionnier du bastion, à la demande de Claude de Savoie, comte de Tende-Sommerive, gouverneur de Provence. Ajourné faute d'approbation du corps de ville, qui recula devant la dépense, ce projet de principe est relancé en 1580, par le nouveau gouverneur de Provence Henri d'Angoulême, fils naturel du roi Henri II, qui sollicite à nouveau les consuls de Toulon. Après quatre ans d'ajournement, le conseil de la ville, désormais disposé à financer les travaux en l'échange de privilèges fiscaux, fait appel à "l'ingénieur de sa majesté, le sieur Herculle" soit l'ingénieur militaire piémontais Ercole Negro, qui élabore un nouveau plan avec front de terre à six bastions. Ce projet est réalisé entre 1589 et 1595, revu à la baisse (revêtements maçonnés moins hauts, cinq bastions seulement). Les bastions sont à orillons et flancs casematés, et l'enceinte comporte deux portes de ville (Saint-Lazare à l'est, Notre Dame à l'ouest).

Considérablement agrandie (passant d’un peu plus de trois hectares à un peu plus de treize, intra-muros), la ville n'est close que côté terre. Le front de mer, renfermant la darse et participant à la défense de la petite rade, n’est pas traité. Le dessin en est défini et réalisé seulement à partir de 1604 par Raymond de Bonnefons, ingénieur du roi pour la Provence, auteur de l'enceinte d'Antibes, et continué par son fils et successeur Jean de Bonnefons. Les môles fortifiés au tracé tenaillé symétrique ne sont achevés qu'en 1637, et pourvus de deux plates-formes d'artillerie encadrant la passe et sa chaîne.

Entre 1667 et 1678, plusieurs projets sont étudiés à la demande de Colbert pour l'agrandissement de l'Arsenal situé à l'ouest de la Darse, et pour l'extension de l'enceinte. Pierre Puget, Nicolas de Clerville, alors commissaire général aux fortifications, Arnoul père et fils, intendants des fortifications de Provence, François d'Aspremont, ingénieur, voient successivement leurs propositions rejetées ou ajournées par Colbert, qui finit par dépêcher Vauban en 1679 et lui confier l'ensemble du projet. Dès 1680 est lancée, sous la direction de l'ingénieur territorial Antoine Niquet, la construction de l'extension ouest de l'enceinte, destinée surtout à enclore une nouvelle darse et le nouvel arsenal, extension comportant trois bastions à orillons et flancs concaves et une porte, dite Royale, remplaçant la porte Notre-Dame. Les travaux de l'enceinte de terre sont confiés à l'entrepreneur André Boussonnel de 1680 à 1684, puis à l'entrepreneur Boyer à partir de 1685, à la fin du 18e siècle, c'est l'architecte de la ville de Toulon Antoine Sauvaire qui dirige le chantier à partir de 1773. Le front de mer de l'enceinte de la darse neuve, continuant celui de Bonnefons, adopte un tracé bastionné et l'ensemble des môles formant enceinte est conçu pour accueillir une série continue de magasins de désarmement adossée au revêtement. En 1693 et 1701, Vauban préconise la création de dehors : demi-lunes et tenailles, qui font défaut, excepté la demi-lune de la porte Royale, prévue dès 1679 et construite en 1686. Fossé et chemin couvert étaient à peu près achevés en 1707, sans les dehors proposés.

En 1755, l'écroulement du bastion 8 du front de terre (nord) entraîne la refonte complète ou partielle de trois bastions (7-8-9) de la fin du XVIe s, en supprimant les orillons (projet signé de l’officier ingénieur Boniface rejoignant un parti préconisé dès 1738 par l'ingénieur Cauchy de Chaumont). En 1759, Milet de Monville, directeur des fortifications de Provence, lance une nouvelle campagne de reconstruction des fronts de terre du XVIe siècle du bastion 7 à la mer par chemisage des fronts existants et pour augmenter leur surface, avec galeries casematées intermédiaires ; les bastions ainsi agrandis reprennent le modèle Vauban à orillons et flancs concaves. A la mort de Millet en 1773, le bastion 8 n'est pas fini et son successeur d'Aumale réduit les dépenses, s'attachant à lancer la refonte de la porte Saint-Lazare (courtine 6-7) et l'achèvement de sa demi-lune. Bientôt rebaptisée porte d'Italie, la porte est reconstruite en 1787 selon les dessins de l'ingénieur Vialis.

En 1832-1834, la "Porte Neuve" est percée à l'est/sud-est dans la face gauche du bastion 5.

En 1859, la mise en œuvre de la grande extension nord-ouest de l'enceinte de la ville et de la darse Castigneau (II) entraîne la démolition de la moitié nord-ouest de l'enceinte existante, de la courtine 7-8 au bastion 12 : les ouvrages de Vauban, dont la porte Royale, disparaissent. Le bastion 5 est rasé dès 1887 au profit d'une place publique, en maintenant la porte Neuve, et, après le déclassement militaire des enceintes (1921), jusque l'après seconde guerre mondiale, les fronts de mer (ouvrages 1 à 5) disparaissent progressivement.

Période(s) Principale : 4e quart 16e siècle, 1ère moitié 17e siècle, 4e quart 17e siècle , (détruit)
Secondaire : 2e moitié 18e siècle, 2e moitié 19e siècle , (détruit)
Auteur(s) Auteur : Negro (Nigra) Ercole,
Ercole Negro (Nigra) (1541 - 1622)

Architecte militaire sujet du Marquisat de Saluces, d'abord inféodé au Roi de France, puis à partir de 1588 sous la domination du duc de Savoie. A réalisé de nombreuses constructions militaires et civiles.


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ingénieur militaire, attribution par source
Auteur : Bonnefons Raymond de,
Raymond de Bonnefons (vers 1545 - 1607)

Ingénieur pour le roi en 1600 en Provence. Il travaille aux fortifications d'Antibes, de Saint-Tropez et de Toulon. Il a pour apprentis son fils Jean et Jean de Beins.


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Auteur : Bonnefons Jean de,
Jean de Bonnefons (vers 1570 - après 1639)

Fils et successeur de Raymond de Bonnefons. Ingénieur du roi en Provence et Dauphiné en 1607, travaille à l'enceinte de Toulon, à celle d'Antibes, de Saint-Tropez, et à la citadelle de Sisteron.


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Auteur : Le Prestre de Vauban Sébastien,
Sébastien Le Prestre de Vauban (1er mai 1633 - 30 mars 1707)

Ingénieur, architecte militaire, urbaniste, ingénieur hydraulicien et essayiste français. Nommé maréchal de France par Louis XIV. Expert en poliorcétique (c'est-à-dire en l'art d'organiser l'attaque ou la défense lors du siège d'une ville, d'un lieu ou d'une place forte), il a conçu ou amélioré une centaine de places fortes.


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ingénieur militaire, attribution par source
Auteur : Niquet Antoine,
Antoine Niquet (vers 1640 - 1726)

Ingénieur général des fortifications de Provence, de Dauphiné, de Languedoc en 1680. En 1700, il est à Toulon où il travaille avec Vauban sur un nouveau projet d'aménagement du site : retranchement de la ville, aménagement du port et de la darse, défense de la ville avec des forts et des tours. Auteur des projets de fortification de la place de Seyne (Alpes-de-Haute-Provence) en 1690.


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ingénieur militaire, attribution par source
Auteur : Boniface François-Hyacinthe de,
François-Hyacinthe de Boniface (Vers 1690-1695 - 1758)

Ingénieur du Roi en 1723. Colonel en 1749. A la chefferie de Marseille en 1751. Mort en activité.


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ingénieur militaire, attribution par source
Auteur : Milet de Monville Nicolas François,
Nicolas François Milet de Monville (1696 - 1773)

Nicolas-François de Milet-d'Estouf, seigneur de Monville, dit Milet de Monville est ingénieur en 1723, affecté à Toulon. Ingénieur en chef à Toulon en 1741. A Marseille en 1746, aux iles Sainte-Marguerite en 1747. Directeur des fortifications de Provence en 1758.


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ingénieur militaire, attribution par source
Auteur : Aumale Charles François Marie d',
Charles François Marie d' Aumale (1723 - 1798)

Directeur des fortifications de Toulon et de Basse-Provence en 1772, de Franche-Comté en 1775. Maréchal de camp en 1780. Fait exécuter sous sa direction l'Atlas des îles d'Hyères et de Saint-Tropez et l'Atlas des forts extérieurs de Toulon en 1775.


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ingénieur militaire, attribution par source
Auteur : Vialis Michel-Joseph de,
Michel-Joseph de Vialis (1729 - 1802)

Ingénieur du Roi en 1743. Directeur des fortifications de Provence et de Dauphiné en 1787. Élu député de la noblesse de la sénéchaussée de Toulon aux États Généraux. Fuit Toulon pendant le siège avec l'escadre anglaise, réfugié aux Baléares. Rentre en France après le 18 brumaire.


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ingénieur militaire, attribution par source
Auteur : Boussonnel André,
André Boussonnel

Entrepreneur de maçonnerie à Toulon au 17e siècle. En charge des travaux de l'extension de l'enceinte de terre de Toulon de 1680 à 1684.


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entrepreneur de maçonnerie, attribution par source
Auteur : Boyer André
André Boyer

Architecte et entrepreneur de maçonnerie actif à Toulon au 17e siècle où il est qualifié d'architecte du roi de la ville de Paris. En charge de l'achèvement des travaux de l'extension de l'enceinte de terre de la ville à partir de 1685, de la construction de la corderie et du magasin général en 1686.


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Auteur : Sauvaire Antoine,
Antoine Sauvaire

Architecte de la ville de Toulon à la fin du 18e siècle. En charge du chantier des travaux de l’enceinte à partir de 1773.


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architecte, attribution par source

De la première enceinte bastionnée de Toulon, agrandie à l'ouest selon le projet Vauban, ne restent que peu de vestiges. Les cinq bastions à orillons du front de terre de l'enceinte du XVIe siècle ont disparu ou été transformés au cours du temps, deux d'entre eux lors de l'extension Vauban (l'un devenu le bastion 9 définitif), les autres (bastions 6-7-8) ont été transformés au XVIIIe siècle au point qu'aucune partie de leur revêtement d'origine ne demeurait apparent. Les bastions, courtines et porte (Royale) de l'extension Vauban (front de terre 9-10-11, bastions à orillons et flancs concaves, enceinte de la darse 12-1-2, bastions sans orillons et courtines, formant môle et quai, sont presque entièrement détruits, pour l'essentiel depuis 1859. Seul un fragment limité et isolé du revêtement de la face droite du bastion 2 (enceinte de la darse neuve) a survécu dans l'emprise actuel du parc de l'Arsenal, avec son cordon et ses contreforts- arcades intérieurs qui formaient autant de travées de magasins casematés. Dans le même parc, une plate-forme ou quai polygonal séparant la darse Neuve (ou Vauban) de la darse Castigneau perpétue le plan de l'ancien bastion 12.

Tous les bastions étaient plus larges que profonds, leurs faces réunies par un angle de capitale obtus.

Les vestiges monumentaux conservés de l'enceinte dans son ensemble sont, outre le fragment du bastion 2 déjà cité :

- la plate-forme d'artillerie haute (dite "fortin Robert") bâtie après 1637 du côté droit de la "chaîne vieille" qui barrait la passe ou entrée de la darse vieille (front 2-3),

- les restes plus ou moins mutilés des bastions 6 et 7 du front de terre est, la courtine intermédiaire,

- la Porte est dite porte d'Italie (porte Saint-Lazare avant la Révolution), liée à la courtine 6-7, bien conservée, avec son pont et les restes de sa demi-lune.

Les restes des bastions 6 (dit des Minimes) et 7 (dit Saint-Bernard), conservent chacun un flanc retiré concave couvert d'un orillon, une face, voire l'angle de capitale (bastion 7), avec revêtement à bossages rustique, cordon et parapet d'artillerie maçonné à embrasures (bastion 7) ou en terre (bastion 6), le tout construit entre 1762 et 1787, sur le modèle des bastions de Vauban. La courtine présente le même revêtement. Le noyau des anciens bastions fin XVIe alors conservés derrière le nouveau revêtement formant chemisage, ainsi que les galeries casematées réservées dans l'intervalle, ne sont plus perceptibles aujourd'hui. L'aire intérieure du bastion 7, évidée au centre pour dégager une cour basse polygonale était enveloppée par une banquette d'artillerie en terre formant cavalier, avec mur de soutènement à arcades et chemin de ronde sur flancs et faces du bastion. Un magasin du génie avait été construit dans sa cour centrale en 1816 ; il n'existe plus, mais le cavalier a été remplacé à la fin du XXe siècle par une école maternelle bien intégrée au bastion.

La porte d'Italie, à la fois ouvrage de défense avec demi-lune et bâtiment militaire intégré à l'enceinte, fait l'objet d'un sous-dossier, de même que le "fortin Robert".

Murs calcaire moellon
brique
pierre pierre de taille
Toit tuile creuse
Plans système bastionné
Couvrements voûte en berceau
voûte d'arêtes
Statut de la propriété propriété publique
Éléments remarquables porte de ville
Protections inscrit MH partiellement, 1986/10/21
Précisions sur la protection

Porte d'Italie (cad. CK 262) : inscription par arrêté du 21 octobre 1986

Annexes

  • Déclassement et démantèlement des enceintes de Toulon

    La démolition de l’ancienne enceinte, 1859

    Dans son récit de circonstance publié en 1859, destiné au voyageur touriste empruntant la nouvelle ligne ouverte dans l’année, l’essayiste marseillais Adolphe Meyer donne une idée de l’avancement encore limité des travaux de lotissement de la nouvelle ville, l’emprise de l’ancienne enceinte n’étant pas encore libérée : « De la gare (de Toulon), on descend vers la ville par un boulevard nouveau qui coupe l’ancienne ceinture de remparts. On les démolit avec activité, et leurs débris servent à combler les énormes fossés qui s’étendaient à leurs pieds.»1

    L’état des projets du génie à présenter pour les exercices 1858-1859, rédigé en août et septembre 1857, précisait qu’à cette date il n’avait pas encore été statué sur la démolition de l’ancienne enceinte, mais le déclassement et la remise aux Domaines des terrains des fortifications de cette enceinte furent annoncé en mars 18582, deux semaines après que le comité du Génie eut délibéré qu’il était avantageux que « la démolition des anciens remparts de Louis XIV à Toulon (fut) faite par les particuliers qui se rendront acquéreurs des lots de terrains à bâtir ». Cette solution fut finalement écartée par le ministre de la guerre, qui prescrivit, le 7 juillet, que le Génie dirigerait la démolition, les acquéreurs des terrains libérés ne faisant que contribuer financièrement au coût des travaux, immédiatement confiés par marché au sieur Dauphin, entrepreneur. C’est donc seulement –et logiquement- au moment où la nouvelle enceinte était pour l’essentiel achevée, que disparurent sous la pioche des démolisseurs (non moins de 400 ouvriers) les quatre bastions de l’ancien front de terre (8-9-10-11) et les courtines intermédiaires, à partir de la courtine 7-8.

    Certains plans de Toulon, comme celui publié par Armand Imbert en 1847, ou le plan des alignements de la ville dessiné en avril 1858 sous la direction du colonel Antoine Long, chef du génie3, doivent être considérés avec beaucoup de circonspection, car ils figurent non un état des lieux, mais l’état projeté à la date de leur établissement, soit le projet Picot, sans chemin de fer, pour le premier, et le projet en cours de réalisation, sensiblement différent,pour le second : l’ancienne enceinte ne figure plus sur l’un et l’autre de ces plans, alors que sa démolition n’en fut conduite que de juillet 1859 à avril 1860.

    Les établissements et bâtiments militaires qui s’étaient développés dans l’aire intérieure des bastions 8, 9 et 10 de l’ancienne enceinte, comme la fonderie, en place dès l’origine dans le bastion 9, complétée de bureaux du commissaire général et des subsistances et de l’école d’artillerie navale, ou, dans le bastion 10, la caserne du Jeu-de-Paume et l’hôpital militaire,devaient être conservés et réintégrés au nouveau parcellaire, formant des îlots réservés à l’Etat. Dans le bastion 8, les bâtiments de l’arsenal de terre ou arsenal d’artillerie (d’abord parc d’artillerie en 1790) devaient être conservés, mais leur transfert de leur fonction était prévu en 1859 dans le nouveau quartier militaire intra-muros au nord du chemin de fer. Le bastion Saint-Bernard (7), intégré dans le tracé de la nouvelle enceinte en ne perdant, lors des démolitions, que son flanc gauche (la nouvelle courtine 7-M se raccordant directement à sa face gauche) conservait en son sein le magasin du génie et l’enclos pour le chantier des fortifications de la place, établis dans son aire intérieure dans les années 1820.

    De l’enceinte Vauban ne demeura donc, après les démolitions, que la partie maritime, incluse dans l’arsenal et formant séparation entre la darse neuve et la darse de Castigneau.

    La démolition des enceintes du XIXe siècle

    Les premières atteintes apportées à l’intégrité de la grande enceinte commune à la ville et à l’arsenal de Toulon, générées par la croissance urbaine et la fluidité des axes viaires, sont nettement antérieures au déclassement militaire, et postérieurs de moins de vingt ans à l’achèvement de l’ensemble. En juillet 1887, une convention était passée entre la ville de Toulon, représentée par son maire M. Dutasta, et l‘Etat, autorisant le dérasement du bastion 5 (de la Poncherimade), de la courtine 5-6, et des fossés et dehors attenants (ouvrages considérés comme suffisamment couverts par la communication au fort Lamalgue), afin de créer un boulevard et une place : seuls les piliers de la « porte neuve » de 1867 furent maintenus en place symboliquement, mais sans utilité défensive.

    La même convention de 1887 autorisait la percée d’une nouvelle issue non défensive de l’enceinte de ville dite « coupure Montéty », dans la courtine H-I de l’enceinte nord, au nord de la gare, pour procurer une issue directe des quartiers extra muros à la cité Montéty. Cette coupure, traversant le fossé par un pont à tablier de bois, fut percée seulement après juillet 1890 et ouverte à la circulation en aout-septembre 1891. Dans l’intervalle, en novembre 1889, une issue en tunnel percée à gauche (nord) de la porte d’Italie, aux dépens d’une des casemates de la courtine, permit d’établir deux passage dissociés, offrant un double sens de circulation ouvert au voitures, selon le principe qui détermina le parti des arches jumelles caractérisant les portes de ville de la génération 1850-1860.

    L’enceinte fortifiée de Toulon « comprise entre les forts Lamalgue, au sud (sud-est), et Malbousquet, à l’ouest », ne fut déclassée militairement qu’aux termes de la loi du 13 janvier 1921. A la suite de ce déclassement, la municipalité de Toulon entreprit un démantèlement partiel qui lui permettait de mettre en oeuvre son plan d’aménagement, d’extension et d’embellissement urbain, en conformité avec les obligations imposées aux villes de plus de10.000 habitants par la loi du 16 mars 1919.4

    La nécessité de dépassement des limites des remparts se faisait ressentir principalement dans l’axe du boulevard de Strasbourg, ce qui imposait à l’est la suppression de la porte Notre-Dame, et à l’ouest / nord-ouest, celle des portes de France et Nationale, ainsi que du bastion intermédiaire FG, situé dans l’axe du boulevard. C’est ce front nord-ouest qui fut le plus largement détruit, tant du fait de l’intention de décloisonner la ville intra-muros de faubourgs Saint-Roch et du Pont du Las, que par le projet de la SNCF d’agrandir la gare de Toulon vers l’ouest.

    Du fait de la topographie pentue du terrain, et de la faible présence d’habitat urbain au nord de la gare, la partie nord de l’enceinte abritant l’arsenal de terre, soit les bastions I-K-Let la porte Sainte-Anne, fut exceptée des démolitions, seule la « coupure Montéty » étant élargie. De la même manière, les projets d’urbanisme n’ayant pas vocation de fondre le parcellaire de la ville avec les secteurs alors peu bâtis de l’est, vers le fort Sainte-Catherine, la percée au droit de porte Notre-Dame parut procurer une ouverture suffisante de ce côté, d’autant qu’un peu plus au sud du même front, la porte Neuve avait déjà perdu ses retranchements défensifs. C’est cette circonstance qui valut à la porte d’Italie et aux deux bastions l’encadrant d’être conservés.

    La première démolition programmée toucha la porte Notre-Dame, détruite le 20 février1923 sous l’autorité de M. Colson, ingénieur des Ponts et Chaussées de l’arrondissement de Toulon, ce qui permit de prolonger vers l’est le boulevard de Strasbourg. En 1924, furent démontés les piliers de la porte Neuve, tandis que la porte Missiessy (ou du Las) était supprimée en 1925.

    D’avril 1926 à février 1928, fut procédé au dérasement de la courtine H-I aux frais de la SNCF, à l’aide d’une machine à vapeur excavatrice, pour dégager l’espace nécessaire à l’extension de la gare de Toulon vers l’ouest. Les terres extraites du rempart des bastions et des courtines étaient chargées dans des wagonnets Decauville sur rails amovibles permettant de les déverser dans les fossés voisins au fur et à mesure du démantèlement. Le 7 mars 1928, une convention passée entre la ville de Toulon et l‘Etat entérinait la démolition des remparts nord-ouest de la ville, entre la « coupure Montéty » et la porte Nationale, incluse. Le marché d’adjudication des travaux fut passé le 10 avril 1929, en faveur des entrepreneurs Pellerin et Fages. Cette même année, les deux passages en tunnel du chemin de fer à travers les remparts furent démolis.

    La démolition de la porte Nationale, dégagée des remparts attenants nivelés, fut amorcée en mars 1930, après la démolition du bastion FG et de la porte de France, qui permirent de mettre en chantier le prolongement ouest du boulevard de Strasbourg. Suspendue, cette démolition fut reprise et achevée en 1933.

    La phase principale du démantèlement programmé étant alors achevé, ce qui restait des fronts bastionnés fit encore l’objet, au cours du XXe siècle et au cas par cas, de destructions partielles et d’adaptations ou modifications ponctuelles.

    A l’intérieur de l’enceinte de l’arsenal, l’enceinte bastionnée de la « darse neuve » de Vauban,avec ses trois bastions (1,2, 12) était encore bien conservée dans son état ancien, avec revêtement à arcades et magasins continus adossés, jusqu’aux abords de la première guerre mondiale. A partir de cette époque, et dans l’entre-deux guerres, diverses améliorations des darses, dont la création d’une grande plate-forme avec deux grands bassins de radoub à double entrée à l’emplacement de l’entrée primitive de la darse neuve (front 1-2) , puis le décloisonnement de cette darse vers celle de Castigneau, ont entraîné la disparition de la majeure partie des restes de l’enceinte maritime de Vauban : courtines-quai 12-1 et 1-2,bastion 1, et la restructuration de l’ancien bastion 2, inclus dans la nouvelle plate-forme.

    Certaines destructions, rares en vérité (comme le dérasement des revêtements et magasins du bastion 12 de l’enceinte et de la darse Vauban) font suite aux dommages engendrées par les bombardements aériens américains de novembre 1943 et février-mars1944. Cependant, l’essentiel des destructions ponctuelles ou modifications, hors arsenal, est postérieur à la seconde guerre, volontaires et associé à des contraintes imposées par l’amélioration de la voirie urbaine et périurbaine. On notera dans cette catégorie, et sous l’autorité de la ville, la démolition incomplète du bastion M du front est de l’extension nord,le dérasement du côté droit du bastion 6, à droite de la porte d’Italie, celui de la moitié gauche de la demi-lune de la porte d’Italie, et le percement, en 1975, d’un nouveau passage contigu à celui percé en 1889 à côté de cette même porte d’Italie, afin de faire passer la circulation automobile à double sens par ces deux arches, et de limiter aux piétons le passage par la porte ancienne. C’est à la même date que fut aménagé un parking souterrain dans le fossé décomblé, en dégageant l’ancien pont dormant.

    En 1986, sous l’autorité de la Marine, quatre arches analogues furent ménagées, aux dépens de quatre casemates de courtine, à raison de deux jumelées de chaque côté de la porte Malbousquet, l’espacement de ces percées jumelles par rapport à la porte étant dicté par le contournement nécessaire des pavillons existant à la gorge de cette porte. Avant cette adaptation, la Marine avait procédé au cours du XXe siècle, à la suppression des ouvrages du front bastionné maritime sud de l’extension Castigneau-Missiessy (Front 9-10-B-A), et à des percées dans le front ouest (7-8-9), laissé en ruines.

    1Adolphe Meyer, Promenade sur le chemin de fer de Marseille à Toulon, Marseille, A. Gueidon, 1859, p. 186.2Vincennes SHD, Art. 8 carton 32 (1 VH 1870)3Vincennes SHD, Art. 8 carton 32 (1 VH 1870) projet 1858-1859, feuille n° 224Loi Cornudet

Références documentaires

Documents d'archives
  • Délibérations du Conseil de Ville, Toulon. Archives communales, Toulon : BB.

    Art. 52, fortifications.
  • Délibérations du Conseil de Ville, Toulon. Archives communales, Toulon : BB.

    F° 346. 7 novembre 1531.
  • Délibérations du Conseil de Ville, Toulon. Archives communales, Toulon : BB.

    Art. 59, f° 102, 19 décembre 1645.
  • LE PRESTRE DE VAUBAN SEBASTIEN. Mémoire sur les réparations plus nécessaires des fortifications de Toulon,... et dessein d'un arsenal de marine... 10 mars 1679. Service Historique de la Défense, Vincennes : Art. 8, carton 1 (1 VH 1831), n°1bis.

  • LE PRESTRE DE VAUBAN Sébastien. Addition au mémoire de 1679 sur les réparations à faire aux fortifications de Toulon, 1er mars 1693. Service historique de la Défense, Vincennes : Archives du génie, Série 1V, Toulon, Art 8, sect.1, carton 1 n°19.

  • LE PRESTRE DE VAUBAN Sébastien. Deuxième adition au projet des fortiffications de Toulon, 19 mars 1701. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1831 n° 36. Archives du génie, Série 1V, Toulon, Art 8, sect.1, carton 1 n°36

  • Mémoire pour servir au projet général des fortifications de la ville de Toulon, des forts et des batteries retranchées qui en dépendent... 8 janvier 1764. Service Historique de la Défense, Vincennes : Art. 8 sect 1 carton 4 (1 VH 1834).

  • AGUILLON LOUIS D'. Mémoire sur la ville de Toulon, son objet relativement à une déffensive simple en Provence, sa fortification ancienne de terre & de mer, et la nécessité indispensable qu'il y avoit d'avoir cette place dans un meilleur état de défense, pour metre à l'abry d'insulte l'arcenal et le département de marine, 1er mars 1768. Service Historique de la Défense, Vincennes : Art. 8 sect 1 (1 VH 1834), n°22.

Documents figurés
  • 1679 petit plan de Toulon et des environs qui peut tenir lieu de la feuille n° 1 jointe au mémoire de Vauban sur les réparations plus nécessaires à Toulon. (légende tardive au verso de la feuille) / Dessin à l'encre, attribué à Sébastien Le Prestre de Vauban. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1831 n° 1.

  • [Plan de masse du projet de l’arsenal de Toulon.] / Dessin à l'encre, par Sébastien Le Prestre de Vauban, mars 1681. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1831 n° 8.

  • [Deuxième plan de masse du projet de l'arsenal de Toulon]. / Dessin à l'encre aquarellé, par Sébastien Le Prestre de Vauban, mai 1682. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1831 n° 9.

  • Plan de Toulon. / Dessin à l'encre aquarellé, 27 juillet 1693, signé Chaumon. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1831.

  • Plan de l'Etat present des fortifications et de l'Arcenal de Toulon. Dessin à l'encre aquarellé, 15 novembre 1699, signé Niquet. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1831 n°30.

  • Plan & profil de la demi-lune St-Lazare de Toulon avec ses fondations et la gallerie qui passe sous le fossé... 1710. / Dessin à l'encre aquarellé, 1710, par Verville. Service Historique de la Défense, Toulon : 1 VH 1832.

  • Plan de Toulon. / Dessin à l'encre aquarellé, 1726. Service Historique de la Défense, Toulon : 1 VH 1832.

  • Plan de Toulon et de ses environs. / Dessin à l'encre aquarellé, par Pierre Nègre, 1738. Service Historique de la Défense, Toulon : 1 VH 1832.

  • Plan et profils [du retranchement Ste-Anne]. / Dessin à l'encre aquarellé, 1751, par Honoré Antibes de Bertaud. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1833.

  • Plan de la fortification de la ville de Toulon. Dessin à l'encre aquarellé, 25 mai 1759, signé Milet de Monville, échelle de 200 toises. Service Historique de la Défense, Toulon : 1 VH 1833.

  • Plan des fronts formés par les bastions du Roy, de l'Arcenal et du Marais de la ville de Toulon pour servir au projet de 1762. / Dessin, encre et lavis, 1762. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1833.

  • Plan des Bastions de la Fonderie, de Ste-Ursule, de St-Bernard et des Minimes pour servir au projet de l'année 1763. Dessin à l'encre aquarellé, 31 décembre 1762, signé Milet de Monville, échelle de 50 toises. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1835 n° 15.

  • Plan des nouveaux Fronts pour servir au projet de 1764. / Dessin à l'encre aquarellé, par Milet de Monville, échelle de 60 toises. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1833.

  • Ville de Toulon avec les ouvrages et fortifications projettés. [Projet général pour la ville de Toulon]. Dessin à l'encre aquarellé, 1764, par Milet de Monville, échelle de 1 pouce pour 100 toises. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1834.

  • Plan du front de fortifications formé par les bastions de St-Bernard et des Minimes... Dessin à l'encre aquarellé, 22 décembre 1771, signé Milet de Monville, échelle de 60 toises. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1835 a.

  • Plan du bastion des Minimes et de la courtine entre ledit bastion et celuy de S. Bernard ... / Dessin à l'encre aquarellé, 15 septembre 1784, signé Rozières. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1837.

  • Fortifications Toulon 1787 pour 1788. Plan et Profils de la courtine à aggrandir entre le Bastion des Minimes et celui de St-Bernard [...] avec le Plan de détail [...] de la nouvelle Porte sur cette courtine. / Dessin à l'encre aquarellé, 1787, signé Vialis. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1838.

  • Plan de Toulon relativement aux Batimens a conserver ou a demander pour le Service de l'Armée. / Dessin à l'encre aquarellé, [1792], échelle d'un pouce et demi pour 100 toises. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1839.

Bibliographie
  • CLEMENT, Pierre. Lettres, instructions et mémoires de Colbert. Paris, 1861-1873.

    Lettres du 4 octobre 1669 et de septembre 1676.
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    P. 74.
  • ESCOUBLEAU DE SOURDIS, Henri d'. Correspondance et dépêches de D’Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux, chef des conseils du roi en l’armée navale, commandeur du Saint-Esprit, primat d'Aquitaine, etc. Paris : imprimerie de Crapelet, 1839. 3 vol. (XCVI-550, 686, 572 p.) ; 27 cm.

    Tome 1, p. 403 et suivantes. Mémoire de l’archevêque de Bordeaux des places, garnisons de la Provence, et de ce qu’il faut faire pour mettre la côte en sûreté, 12 juin 1637.
  • JOSEPH, Ferdinand. La démolition des remparts. Le Petit Var, 10 octobre 1929, 27 mai 1930.

  • JOSEPH, Ferdinand. Les remparts construits sous Napoléon III. Le Petit Var, 14 août 1933, 17 août 1933, 15 novembre 1933, 24 novembre 1933

  • LAMBERT, Gustave. Histoire de Toulon. Dans Bulletin de l'académie du Var, nouvelle série, tome XIV, 1888.

  • MAUSHARD, E. L'enceinte fortifiée de Toulon. Dans GOMEZ-ESTIENNE, J. Vauban à Toulon : l'arsenal et la rade. Toulon, exposition Musée Balaguier, 2007.

  • MEYER, Adolphe. Promenade sur le chemin de fer de Marseille à Toulon. A. Gueidon, 1859.

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  • VERIN, Hélène. La gloire des ingénieurs , l’intelligence technique du XVIe au XVIIe siècle. Paris : Albin Michel,1993, 455 p. (Coll. l'évolution de l'humanité).

  • TEISSIER, Octave. Agrandissements et fortifications de la ville de Toulon. Dans Bulletin de la société académique du Var, 1873, p. 325 à 481.

(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Corvisier Christian - Fournel Brigitte