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fortification d'agglomération de Sisteron

Dossier IA04002103 réalisé en 2002

Fiche

Histoire du site

L'enceinte au Moyen-Âge

L'origine de l'enceinte de ville de Sisteron n'est pas documentée : rien ne prouve que l'agglomération, siège d'un diocèse, dominée par un castrum seigneurial, puis comtal (comtes de Forcalquier), ait été entourée d'une enceinte avant le XIIIe siècle. On ignore si la construction initiale du mur de ville résulte de l'initiative du seigneur de tutelle, en l'occurrence le comte de Provence à partir du début du XIIIe siècle, ou de celle de la communauté des habitants, apparemment prospère, à laquelle le comte Raimond-Bérenger accorda une charte de franchise en 1212. La seconde hypothèse parait plausible, car la maîtrise d'ouvrage directe de la ville sur l'enceinte est attestée par les sources à partir du XIVe siècle, en partage toutefois avec un officier territorial du comté, et il semble par ailleurs que les comtes de Provence se soient désintéressés de leur château de Sisteron.

On sait que ce château, dont la consistance architecturale est mal connue, a été démoli par les habitants de Sisteron entre 1251 et 1257, au moins en partie en signe d'opposition à la politique du prince capétien Charles d'Anjou, comte de Provence depuis 1246, qui prétendait soumettre les villes à son autorité exclusive en les privant de leurs institutions consulaires et de leurs libertés municipales. La construction du premier mur de ville de Sisteron pourrait dater de cette époque, car il semble que la construction de son front nord sur l'arête rocheuse formant le point haut de l'actuelle citadelle ait nécessité la démolition au moins partielle de l'ancien château comtal qui occupait le même emplacement, et qui, apparemment, ne fut rétabli que sous la forme d'un réduit non privatif dans lequel s'élèvera dans le dernier tiers du XIVe siècle la chapelle Notre-Dame du Château. Les textes commencent à devenir explicites à partir de la guerre de Cent Ans en ce qui concerne l'existence de la muraille de ville. En 1347, un texte mentionne la "Porte Sauve" de l'enceinte de ville. En 1357, cette enceinte est mise en état de résister à une attaque éventuelle des routiers du capitaine de guerre Arnaud de Cervole, dit "l'Archiprêtre", dont les raids dans la région, assortis de pillages et de destructions, ont étés relatés par Froissard. Des impôts exceptionnels sont levés dans ce but, d'une part, hebdomadaires : deux deniers par semaine sur tous les chefs de famille, plus un denier sur chaque cent livres de capital, d'autre part, forfaitaire, sur le capital, à partir de 25 livres (imposés 2 sols 1 denier, 50 livres imposés 5 sols, 8 sols de 50 à 100, 1/2 florin par cent livres). Des corvées sont organisées, sans doute, comme il est fréquent dans de semblables contextes, pour creuser ou recreuser les fossés qui existaient sur deux fronts de l'enceinte. A la fin du mois de mai, le corps de ville institue, après délibération, une commission de la guerre et nomme directeur des fortifications un certain Jean Silvi, d'origine italienne : "Johanni Silvi flor. decem pro labore per eum passo in faciendo fortificare et reparare civitatem Sistarici." Le 14 juillet, ayant eu vent de l'invasion de la ville de Serres par une compagnie de trois cent hommes d'armes, le conseil de ville demande le secours logistique du sénéchal comtal territorialement compétent, et fait exécuter des travaux de murage de la plupart des portes et poternes de la ville, à l'exception de trois d'entre elles, nommées : porte Inviis, porte Sauve, porte des frères mineurs. La défense s'organise par quartiers et faubourg.

Un large fossé est creusé autour de l'hôpital Saint Jean, situé au sud de la ville,extra-muros , dont la défense est confiée à Pierre de Céléon, capitaine du Rieu . Ce dernier ordonne la coupe des arbres qui environnaient l'hôpital, pour des raisons défensives. De même, on procède à la démolition de maisons des faubourgs de Inviis et de Forcalquier (Foralpra), qui gênaient la défense ou risquaient de servir les desseins d'assiégeants. Du fait de la position stratégique de Sisteron, la défense de la ville est aussi une affaire concernant la sécurité publique du comté de Provence et du royaume, et des différents interviennent entre le conseil de ville et le capitaine général du comté de Forcalquier, le sieur de Viens, au sujet de certaines démolitions et du droit de disposer des clefs des portes de ville. La sécurité est assurée par une ligue, et le personnel recruté réparti en cinquante brigades. Le 29 octobre, la garnison de la ville est renforcée par la troupe de fantassins des capitaines Guillaume de Barras et Jean Siméonis. Les syndics de Sisteron s'étant placés sous la protection du roi (prise symbolique de la bannière en la cathédrale), la ville choisit en janvier 1358 un nouveau commandant général représentant la couronne, Raymond de Ventagrel, sans attendre l'approbation du sénéchal.

Cependant, dès 1357, on avait procédé à la reconstruction des deux principales portes de la ville, sous la forme de tours-portes fortifiées élevées : la porte Aurose ou de la saunerie au nord, la porte de l'hôpital au sud, pour y installer (sur leurs plates-formes ?) deux "machines" en défendant l'approche, surnommées Tournafol et Badafol qui étaient vraisemblablement de grosses arbalètes fixes (appelées "cornelhat" dans le sud-ouest) en usage depuis le second quart du XIVe siècle pour la défense des villes. Au début de 1358, on continuait ou achevait le creusement des fossés, au devant desquels on établissait des palissades, des chiens de garde étant lâchés hors les murs. Sont remises en état les portes dites Mazel et Garcine, qui sont qualifiées de portes "intérieures" : cela correspondait-il à une capacité de morcellement et de retranchement interne de la défense ou à un premier état de l'enceinte de ville, plus restreint que l'emprise définitive ? La seconde hypothèse pourrait être corroborée par certains vestiges liés à des caractéristiques du parcellaire, qui, sous toutes réserves, témoigneraient d'un premier état d'enceinte dans lequel la cathédrale aurait été extra muros. Quoiqu'il en soit, et au-delà du cas particulier de la reconstruction des portes nord et sud, l'ensemble de l'enceinte fait l'objet de grands travaux d'amélioration, que n'arrêtent pas la levée ponctuelle de la menace d'invasion des routiers de Cervolle en mars 1358.

Ce chantier est en pleine activité en 1359, comme en témoigne une tolérance curieuse et pragmatique qui assure l'impunité aux maîtres-maçons travaillant aux fortifications qui se rendent coupables d'injures et voies de fait à l'encontre des manoeuvres. En 1364, ces grands travaux, peut-être ralentis pour des raisons financières, restent d'actualité, car une bulle papale, sans doute sollicitée par la ville ou par les représentants du roi, ordonne aux ecclésiastiques de Sisteron de contribuer aux réparations des fortifications.

Dans ce grand élan reconstructeur, c'est le pont sur la Durance qui est rebâti à neuf en 1365, à la place du pontem vetus, comme en attestent les comptes du clavaire Falconet Chantelmi. A la tête de ce pont, la route traversait le village de La Baume sous le contrôle d'une tour de défense isolée, apparemment construite à flanc de rocher. Cette tour de La Baume ante Sistaricum , dont ne reste pas trace, mentionnée en 1388 comme étant gardée aux frais de l'administration royale, non à ceux de la ville; la Baume n'a prit le statut de faubourg de la ville de Sisteron qu'en 1445. En 1366, le corps de ville fait installer une grosse cloche en haut du "château", pour sonner la retraite et soustraire les habitants aux vexations des sous-viguiers; la même année, est accordée l'autorisation de récupérer les pierres provenant des maisons démolies du faubourg de Inviis, sous condition de les employer à la réparation des fortifications.Les sources de l'histoire de la ville semblent révéler à partir de 1368, une nouvelle phase des travaux de fortification, plus ambitieuse, qui comporta la construction de nouveaux ouvrages, notamment des tours de flanquement monumentales de plan semi-circulaire, surtout dans la décennie 1370.

Ces tours font encore défaut dans l'aperçu d'ensemble que fournit la délibération du 30 juin 1368 sur la répartition des quatre-vingt quatorze hommes assurant la garde nocturne. Cette liste n'accorde de mention individuelle comme poste de garde, qu'aux deux portes-tour reconstruites dix ans plus tôt ( le "grand portail" ou porte de l'hôpital, et la porte Aurose ou Saunerie), à la porte Sauve, la porte de Durance, et à deux tours dont une seule peut être identifiée: la tour de l'angle nord-ouest ("la tour carrée, au bout du rocher, côté Chambrançon") qui était sans doute elle aussi de construction récente. La deuxième tour citée tirerait son appellation Marminorum du nom d'une famille patricienne, les Marmino. Peut-être s'agissait-il d'une tour-maison privative, mise à contribution pour la défense au même titre que plusieurs autres maisons importantes de la ville close situées près du mur de ville (la maison épiscopale, les maisons de Bertrand Marcelly et de Pierre Albi, la maison de l'abbaye de Cruis...). L'église (ou chapelle) Notre-Dame du Château et sa "place" sont également affectées à des postes de garde. Dans l'année 1368, les fossés creusés autour de la ville sont alors achevés et des ponts volants sont mis en place au devant des principales portes, munies de vantaux à triple serrure, une portion de la muraille "située le long de la rue Saint Esprit, dans le faubourg Saint Etienne", est refaite à neuf, tandis que des maisons de ce faubourg situées trop près du nouveau mur, sont rasées ; une autre courtine, près de l'église Notre Dame de Bourg-Raynaud, est pourvue d'un nouveau couronnement défensif à merlons (Merletis factis in meniis Nostre Domine Burgi Raynaudi ). Le compte du clavaire Pierre Botarelli pour l'année porte une dépense de 3228 florins 14 sols 10 deniers uniquement pour la chaux employée aux travaux des fortifications, le coût des journées ouvrées s'élevant à 600 florins 2 sols et 11 deniers.Trois quittances des 28 février 1372, 1er et 14 avril 1373, relatives à la construction de l'une des hautes tours du front sud de l'enceinte, la "tour du cimetière", par le maître des oeuvres Jehan Cordier, ont été conservées (per Johannem Corderium magistrum operis neniorum pro turri nova que fit in cementerio suptus magnum portalem ) ; des sources de même nature attribuent la construction d'une autre tour, dite "de la fontaine du Jallet", à des maçons piémontais à raison de deux florins d'or la canne et un florin le mur, la journée des ouvriers était à deux sols.

Le couvrement de ces tours, d'après les documents comptables, pouvait être en dalles quand il s'agissait d'une plate-forme, ou en tuiles sur planches avec faîtage recouvert de fer blanc. L'une des tours, dite "du charnier" (= tour du cimetière) ne reçut son faîtage à pommeau composé de dix feuilles de fer blanc qu'en 1418. L'armement de ces nouveaux ouvrages, tel qu'il fut pourvu en 1373, se composait d'engins de types "trabucs" (= trébuchet, puissante fronde mécanique), pour lesquels on avait fait venir d'Aix un maître, et de six balistes (= arbalètes) à tour dont le maniement fut confié aux habitants les plus qualifiés.

Achevée pour l'essentiel à la fin du XIVe siècle, cette grande campagne de reconstruction doit être considérée comme responsable de tout le front sud, voire de la majeure partie du front ouest de l'enceinte de ville définitive de Sisteron, qui se caractérise par ses hautes tours semi-circulaires avec fort commandement sur les courtines. Cette dernière particularité, qui donne à l'abord extérieur de l'enceinte un aspect très ostentatoire, est dans l'air du temps : c'est ce qu'on trouve dans la grande réalisation royale capétienne du règne de Charles V, Vincennes, dont l'enceinte est jalonnée de tours habitables de plan quadrangulaire. On trouve des traits communs dans d'autres grandes enceintes de ville contemporaines du midi : Avignon et Cahors, ou des moins grandes, comme Pertuis, dont les tours sont ouvertes à la gorge comme celles de Sisteron, mais moins hautes et de plan majoritairement carrées. La hauteur et la forme semi-cylindrique de ces hautes tours se retrouve à la même époque en Italie du nord (Ivrea, Montalcino) ou en Provence du sud-est (Castellane, Lucéram). La hauteur des tours de Sisteron se justifie sans doute pour favoriser les tirs d'action lointaine d'engins balistiques qu'on pouvait disposer sur leur couronnement, aménagé en plate-forme couverte ou découverte. Il faut noter toutefois que le programme mis en oeuvre à Sisteron, comportant au moins huit tours semi-circulaires et deux grandes tours-porte, est d'une ampleur exceptionnelle.

L'enceinte et ses défenses au temps des Guerres de Religion

Un siècle après leur construction, au moment de la réunion du comté de Provence à la couronne de France (1484-1487), les défenses de l'enceinte de Sisteron sont complètement périmées du fait des progrès de l'artillerie, et surtout de l'introduction des canons à boulet métallique. Il semble qu'aucune amélioration n'ait été apportée à ces défenses avant la seconde moitié du XVIe siècle, Sisteron n'étant pas en position frontalière, et le royaume étant en état de paix civile. Les Guerres de Religion à leur début réveilleront Sisteron de sa torpeur, rappelant aux habitants les enjeux stratégiques du site et la nécessité de se mettre en état de défense. En juillet 1562, la ville servit de refuge à Claude de Savoie, comte de Tende, gouverneur royal de Provence, remarié avec une réformée, Françoise de Foix, et favorable à la pacification édictée en janvier par Catherine de Médicis (édit de Saint Germain). Suspect d'adhésion à la cause protestante pour avoir chassé le catholique fanatique Flassans avec l'aide de Mauvans, chef de bande huguenot, le comte de Tende avait été dessaisi de sa charge de lieutenant général de Provence au profit de son fils Honorat de Savoie, comte de Tende-Sommerive, catholique militant. Quand, fin août, ce dernier assiégea Sisteron , où s'étaient regroupés les protestants de la région, l'artillerie de la ville, limitée à quelques pièces de petit calibre de type fauconneau, avait été quelque peu réassortie. Laissées longtemps sans entretien, les tours de l'enceinte n'étaient apparemment pas en état de porter des canons de plus gros calibre (les toits et plate-formes sommitales en bois devaient être délabrées ou détruites) ; c'est donc dans le clocher de la cathédrale que les habitants durent faire monter un canon faisant pièce aux batteries du comte de Sommerive. En revanche, de nouvelles embrasures de type canonnières "a la française", adaptées à l'arquebuse, avaient été percées au premier étage de plusieurs tours. Canonnée par les trois batteries de siège qui firent brèche dans la muraille, la ville se rendit.

En 1564, le lieutenant général Tende-Sommerive, organisa le désarmement de la place, dont l'artillerie fut transportée à Aix le 22 juin, et envoya sur place un de ses officiers, le capitaine Lagrange, pour faire procéder au démantèlement des fortifications. Ce dernier recruta parmi les habitants et confia au capitaine du guet Gaspard Castagny la surveillance des démolitions, qui commencèrent, entre le 31 août et le 7 septembre, par la suppression des ouvrages avancés (en terre ?) mis en place deux ans plus tôt. Les consuls de Sisteron firent alors surseoir à l'exécution du démantèlement, demandant à être déchargés des frais engendrés par cette entreprise. Tende-Sommerive leur accorda de ne pas étendre les démolitions aux murailles et aux tours, ce qui revint à arrêter là les démolitions. Les protestants réinstallés à Sisteron depuis la pacification de 1563 (édit d'Amboise) durent à nouveau subir, de janvier à mai 1568, un nouveau siège avec blocus dirigé par Jean de Pontevès, comte de Carcès, lieutenant-général d'Honorat de Tende-Sommerive, qui était devenu gouverneur de Provence à la mort de son père en 1566.

Un troisième édit de pacification (paix de Longjumeau), avait été accordé fin mars 1568 par le roi Charles IX. Un lieutenant de Tende-Sommerive, Dupuy Saint Martin, fut nommé gouverneur de Sisteron, et rendit un procès verbal d'inspection des défenses de la place qui proposa, outre la création d'une forteresse sur le site du "château", un certain nombre d'améliorations à l'enceinte de la ville : "Exhausser les tours placées en face du pont de la Durance, ainsi que le rempart tout le long de Bourg-Raynaud, et murer la porte de Font-Chaude, fermer la dernière brèche pratiquée auprès du grand portail, construire quatre corps de garde, savoir : un à chacune des deux portes principales, un sur la grand'place et le quatrième au milieu de la courtine depuis la porte du cimetière jusqu'au château (...) élever huit guérites à chaux et à sable et recouvertes en planches au-dessus des remparts, et remettre les galeries ou coursières en bon état afin que les rondes y puissent aller plus sûrement, s'y arrêter et combattre de pied ferme, quand besoin sera...". Ce rapport d'inspection ne préconise que des aménagements et réparations de modeste ampleur, mais les fossés et les boulevards ou ouvrages avancés qui avaient été organisés en hâte en prévision du siège de 1562 et détruits deux ans plus tard seront rétablis et perfectionnés dans le dernier quart du XVIe siècle.

Dupuy Saint Martin commença par réarmer la place : achat de cinquante arquebuses à Draguignan, et récupération de quatre pièces de canon provenant du château de La Tour d'Aigues, en 1570. Les réparations de l'enceinte durant cette période, qui échappent à la maîtrise d'ouvrage de la ville, sont moins bien documentées que les travaux de la guerre de Cent-Ans. On note, en 1585, la construction d'un nouveau "ravelin" à la porte de La Baume (probablement La Porte Saunerie), et murage "de la porte en fer sur le pont de la Durance" (poterne).

Lorsque le père Etienne Martellange, architecte de la compagnie de Jésus, dessine la ville de Sisteron en 1606 et 1608, lors de voyages liés au projet (amorcé, puis avorté) de construction d'un collège de jésuites, d'autres "boulevards", en terre ou maçonnés, sont en place autour des front sud et ouest de l'enceinte, et devant la partie sud du front est. Il s'agit d'abord d'une fausse-braie, enceinte basse rapprochée bordant de façon continue le pied des murs de la majeure partie du front sud, depuis le "grand portail" jusqu'à l'angle sud-est, et se continuant au-delà sur le front est. Cette fausse-braie s'interpose entre la muraille et les fossés; son revêtement en maçonnerie forme des excroissances semi-circulaires au devant des tours, et prend la forme d'un véritable "tambour" devant le "grand portail", pour imposer une chicane à l'itinéraire d'accès. A l'ouest, le fossé borde directement la muraille, mais le pied de deux des tours est protégé par un mur à pans, sorte de parapet d'infanterie derrière lequel il était possible de ce retrancher. Entre 1606 et 1608, ces murs ont été détruits pour céder place au chantier de construction de la maison des jésuites, fondée en contact direct avec les murailles, vers l'extérieur, ce qui prouve que les défenses en question n'étaient dès lors plus considérées comme d'actualité. Environ 100m avant de cette partie médiane du front ouest, un rempart revêtu d'un gros mur d'escarpe rectiligne, peut-être destiné à une batterie détachée tirant au sud-ouest, semble avoir été commencé, et laissé inachevé.

Plus au nord, la citadelle, presque entièrement construite, a incorporé l'ancien front nord de l'enceinte de ville, et on remarque au devant de la partie nord du front ouest, près du raccord à la citadelle, un autre avant-mur de retranchement plus léger et déjà ruiné. Au devant de la porte principale nord (Porte Saunerie), le "ravelin" mentionné en 1585 est visible, et s'apparente plutôt à un vaste "tambour", précédé d'un fossé que franchit un pont dormant. Le plan et la vue levés par l'ingénieur Jean de Beins en 1609 expriment ce tambour, et indiquent l'existence d'une petite enceinte maçonnée avec porte à pont-levis autour du faubourg de La Baume. Le tambour de la porte Saunerie est le seul ouvrage extérieur de l'enceinte qui soit indiqué par Jean de Beins, de même que par les ingénieurs topographes ou officiers du Génie qui ont dressé les plans de la ville après cette date. Cela signifie simplement qu'on n'accordait plus guère de valeur dès lors à ces défenses assez sommaires et en partie inachevées, mais ne signifie pas qu'elles avaient été supprimées. En effet, elles sont mentionnées par les mémoires descriptifs, et encore bien lisibles pour la plupart, à l'état de simples terrassements, sur les plus précis des plans du XIXe siècle.

L'enceinte depuis Vauban jusqu'au XIXe siècle

Le premier mémoire d'ingénieur commandé par le ministre de la guerre Louvois, est daté de février 1691 et signé du sieur Gabriel du Cairon : concentré sur la remise en état de la citadelle, ce rapport consacre néanmoins quelques lignes instructives aux " murs d'enceintz de la ville de Sisteron " : "La communauté de Sisteron ayant entièrement négligé leurs murailles qui sont fort basses et flanquées par des tours avec une faussebraye au pied en la plus grande partie de l'enceinte, cette faussebraye n'est nullement en défense non plus que les murs de la ville. Une dépense de 1000 à 1200 écus que les habitants de la ville ou viguerie pourrait faire, comme ils y sont obligés pour leur conservation, mettrait ces murailles et faussebraye en etat de bien défendre contre une brusquerie des ennemis, ny ayant pas lieu d'y craindre un siège fort régulier, la citadelle et les murs de la ville estant rétablis et précautionnés comme nous venons de le dire.Les ponts, portes et barrières de la ville se trouvant dans un grand désordre et délabrés, M. de Valanoir a obligé la communauté à les rétablir à neuf, a quoi l'on travaille actuellement, si le roi voulait que cette communauté rétablit leurs murs d'enceinte, 1000 ou 1200 ecus, comme nous venons de la dire, les mettrait en bon estat."

Dans son rapport sur Sisteron daté du 21 décembre 1692, annulant l'expertise et les projets de son prédécesseur, Vauban donne une description plus précise de l'état des lieux de l'enceinte de ville, mais ne mentionne pas explicitement la fausse-braie : " La ville est petite, fermée d'une muraille peu épaisse, fort vieille, flanquée de tours rondes eslevées d'un tiers plus que les courtines, le sommet terminé en archères et machicoulis présentement ruinées, elles sont ouvertes du costé de la citadelle ; le corps de ces tours est encore assez entier et bien sur ses pieds, mais les sommets en sont ébrêchés de même que les machicoulis, archères, planchers et couvertures, notamment les deux derniers, qui ont tout à fait disparu il y a longtemps. On voit bien qu'il y a eu un fossé, mais il n'est resté que les vestiges ; de remparts il n'y en a point ni ne paroit qu'il y en ait eu. La ville est bordée d'un costé par la Durance qui est la partie la plus mal fermée, les murailles en étant basses, sans tours et d'une structure moins bonne que les autres (...) Du costé de la petite plaine (sud), la muraille et les tours se sont assés bien maintenues, mais oustre que le fossé de cette partie n'est plus qu'une ravine incommode, il y a deux couvents qui se sont placés sur ses bords qu'on ne pourrait pas se dispenser d'abattre si on estoit necessité de fortifier cette place (...) en retournant du costé de la citadelle (ouest), la muraille et les tours se sont conservées en l'estat que dessus, il ne paroit que peu ou point de fossé de ce costé lequel est commandé..."

Le projet général ambitieux contenu dans ce rapport, rédigé par Niquet, auxiliaire de Vauban pour la Provence, concentré sur la citadelle, comporte néanmoins quelques articles importants relatifs à l'enceinte et à son amélioration, articles qui ne recevront aucun commencement d'exécution. Pour l'essentiel, il s'agissait de compléter et renforcer les défenses propres de la porte nord et du pont sur la Durance, que la citadelle ne pouvait contrôler, par des ouvrages avancés plus performants que le tambour de la porte, au prix de démolitions-reconstructions lourdes ; l'autre secteur d'intervention prévu concerne le front sud et le front ouest, que Vauban et Niquet, ne faisant pas cas des tours médiévales, jugent pratiquement sans défenses. Ils proposent en conséquence de le flanquer à intervalles réguliers de quatre tours bastionnées, c'est à dire de plan pentagonal, adaptées au canon " ayant deux etages vouttés et un toit" ; ces tours sont d'un modèle que Vauban préconisa aussi en même temps pour Entrevaux et pour Colmars. Dans cette dernière place elles devaient remplacer des tours construites un an plus tôt par Niquet, seulement équipées pour les fusils, et jugées trop faibles par Vauban. Celles d'Entrevaux seules furent construites, les projets de Sisteron et de Colmars n'ayant pas été approuvés.

Vue générale du site, implantation de la ville au bord de la Durance.Vue générale du site, implantation de la ville au bord de la Durance.

Jusqu'en 1713, le projet Vauban-Niquet continua à être représenté, mais à cette date, M. de Lozières d'Astier, auteur du mémoire sur la place, ne propose plus pour la ville qu'un projet de réparation de deux courtines. En 1724, le même propose à l'administration de la guerre d'imposer aux consuls de faire réparer les brèches du mur de ville, après quoi tout est laissé en l'état, les officiers du Génie ne portant plus leur intérêt que sur la citadelle et laissant à l'abandon l'enceinte de ville. Pour être figurée sur les plans généraux de la place, la muraille médiévale n'est plus évoquée dans les rapports et projets jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, à l'exception d'un projet général isolé, en 1771, grandiose et irréaliste, qui proposait d'en démolir la majeure partie pour en reconstruire une nouvelle beaucoup plus en avant au sud et au sud-ouest. En l'an 9 de la République, on signale quatre points de la vieille enceinte, au sud et à l'ouest, dans lesquels l'état de ruine des courtines appelle des réparations. Trois ans plus tard, le 21 brumaire an 12, Monnier, directeur des fortifications, propose la démolition de" la tour cotée 32 faisant partie de l'enceinte de la place, l' apostille précisant que "cette dépense peu considérable parait très nécessaire pour la sûreté des maisons voisines, dont les propriétaires ont souvent réclamé l'appui des autorités contre le danger imminent". Elle ne sera pourtant pas exécutée. Il faut attendre 1814 pour que les officiers du Génie reconsidèrent sérieusement l'utilité de cette enceinte ; le mémoire du 17 août, signé Lavocat, donne un état des lieux sommaire et propose une adaptation des ouvrages existants : "...L'enceinte de la ville est un mur ordinaire d'un mètre et demi au réduit d'épaisseur, flanqué de plusieurs tours, percé de cinq portes et de deux poternes, le tout fort vieux et en très mauvais état faute de réparations; elle est d'ailleurs en partie surchargée par des maisons, de sorte qu'il n'existe de rue du rempart que sur une portion du circuit (...) L'enceinte de la ville ainsi que les tours dont elle est flanquée ont besoin de grandes réparations: il conviendrait de réduire l'une et l'autre à cinq ou six mètres de hauteur au dessus du sol actuel de la rue du rempart; de réparer l'intérieur des tours à l'effet de servir de magasins et de placer des vantaux aux diverses portes..." . L'année suivante, le colonel Izoard donne quelques précisions : "..La ville est entourée d'un ancien mur d'enceinte avec des petites tours rondes destinées à la flanquer; il a en général 25 à 30 pieds de hauteur. Il y avait sur tout son pourtour une petite banquette pour la fusillade, mais depuis le temps qu'on a cessé de l'entretenir, le parapet, la banquette et les moyens d'y communiquer n'existent pour ainsi dire plus".

C'est son successeur à Embrun, le colonel Michel, qui présente en 1817 un devis de simples réparations rédigé par l'officier Sardi : "Construire et mettre en place les vantaux de la porte de Font-Chaude, refaire à neuf les vantaux de la porte du collège, construire et mettre en place la porte de la poterne 44 (du pont de Durance), mettre en état de sûreté deux ouvertures des égouts de la ville, réparer une brèche dans l'enceinte entre la porte du collège 49 et la tour 33, réparer le mur d'enceinte écorché autant dans l'intérieur que l'extérieur entre les tours 36 et 37." En 1820, est débattue la question de l'utilité des dépenses qu'entraînerait le rachat par le département de la guerre de parcelles privées empiétant sur l'enceinte, dont la restauration projetée consiste rétablir sur leurs bases les anciens boulevards du XVIe siècle, et à établir des coursives en bois au revers des courtines. Dans un nouveau projet revu à la baisse, en 1821 et 1822, le capitaine Urtin propose "de créneler et compléter sommairement certaines parties de l'enceinte de ville..." Pour le colonel Izoard, il s'agit de "la mettre à l'abri d'un simple coup de main (....) on se bornera a créneler les tours qui flanquent le mur d'enceinte, à retrancher un peu les saillants et à mettre les portes à l'abri d'une insulte, sans garnir le mur d'enceinte de défenseurs".

Pour ce faire, les huit tours doivent être remises en état, selon un parti proche de celui préconisé en 1814 "conformément à l'avis du comité sur les projets de 1820, on s'est borné à un seul étage de feux. On démolira la partie supérieure des tours, et on remplira de décombres celles auxquelles on pourra placer l'escalier à l'extérieur. Ces escaliers et les planchers seront construits lors de la mise en état de défense seulement." Suivent des aménagements ponctuels : "élever par un mur crénelé l'escarpe du fossé en avant de la porte de Provence et de la porte Sauve (...) Le but de ce mur crénelé est de défendre le fossé dans la partie que l'ennemi attaquerait de préférence (...) on ne propose rien pour couvrir la porte du collège, lors de la mise en état de défense, on crénèlera les maisons qui sont à gauche de cette porte et on pourra la mettre à l'abri d'une surprise par une palanque (...) on condamnera la porte de Font-Chaude et la poterne du Bou-Reneau comme inutiles." C'est dans ce projet qu'apparaît pour la première fois l'idée du réduit ou "coupure" isolant un retranchement défensif dans la partie nord-est de l'enceinte de ville, qui commande le pont, pour le mettre en communication directe avec la citadelle. Ce réduit incluant la porte Saunerie et la tour d'angle Nord-est de l'enceinte sera réalisé dans les années 1840 après divers projets contradictoire, devenant une annexe de la citadelle, au détriment du reste de le l'ancienne enceinte de ville déclassée.(voir dossier Citadelle).

En 1825, le programme de restauration de la vieille enceinte est lancé et doit commencer par la remise en état des tours 34 et 35, qu'il n'est plus question de réduire en hauteur : la première est effectivement couverte d'une voûte, qui la met hors d'eau tout en consolidant son couronnement ; les nouveaux créneaux de fusillade restent à percer. La tour 35 est seulement pourvue d'un nouveau toit en écrêtant son couronnement, fermée à la gorge, et laissée en attente au bénéfice de la remise en état de la tour 32, qui était à consolider depuis longtemps, et sera en partie amputée. En 1829, il n'est plus question que de transformer les anciennes archères du rez de chaussée des tours 36, 37 et 38 en créneaux de fusillade. En 1834, les tours 32 et 44 ont été pourvues d'un nouveau couronnement à créneaux de fusillade, l'année suivante, c'est la tour 33 qui reçoit un toit semblable à celui de la tour 35. Il n'est plus question de chemin de ronde d'arase sur les courtines, qu'on prévoit de couronner d'un simple chaperon en pierre.

L'enceinte déclassée militairement, démolitions et protection

A partir de 1835, seule la tour-porte Saunerie cotée 45 fait l'objet de projets d'amélioration successifs, car elle fait partie du futur réduit nord relié à la citadelle, dont la réalisation permettra de déclasser le reste de l'enceinte. Ce déclassement est adopté par ordonnance royale du 6 décembre 1842, et l'ensemble des tours, murailles fossés de l'enceinte de ville, excepté les réduits 44 et 45 formant retranchement, et la tour 31, associée à la citadelle, sont remis aux domaines par le génie militaire le 19 novembre 1845. Dès le 7 novembre, en prévision de cette mesure, le maire de Sisteron Auguste Laplane réunit le conseil municipal pour délibérer sur la question du rachat par la ville de ces "remparts". L'objectif est surtout d'empêcher l'appropriation privée de portions de l'enceinte et de sauvegarder la fonction de barrière d'octroi des anciens murs. Toutefois, si la transformation de certaines portes est envisagée pour améliorer les communications, le conseil prend en compte la nécessité d'assurer la conservation de la muraille sur laquelle prennent appui, du côté de la Durance, plusieurs maisons et bâtiments publics, et considère aussi "que les tours qui font partie des remparts sont des monuments d'art qu'il est utile de conserver dans l'intérêt des arts et de l'histoire".

Le sous-préfet soutient tout spécialement ce dernier point de vue, qui doit sans doute beaucoup à la publication alors très récente de l'histoire de Sisteron d'E. de Laplane, et l'affaire est portée à la connaissance du ministre de l'Intérieur, secrétaire d'Etat chargé des Beaux-Arts, Duchatel, qui, le 28 novembre demande au préfet des Basses-Alpes de le renseigner sur la valeur des tours de l'enceinte de Sisteron. Ce dernier s'en acquitte le 21 janvier 1846. Son rapport, globalement dépréciatif, précise : " La partie du mur d'enceinte délaissée par l'administration militaire se trouve flanquée de sept tours cotées (...) sous les n° 32, 33, 34, 35, 36, 37 et 38. Les deux premières sont tout à fait sans intérêt; elles sont à peu près démolies et il ne reste que quelques pans de murailles que l'action inévitable du temps aura bientôt fait disparaître. Celle désignée sous le n° 34 a servi jusqu'à ce jour de magasin d'entrepôt à l'administration militaire. Par ce motif, elle est assez bien conservée, mais sa structure est d'une simplicité sans exemple, et elle est beaucoup moins élevée que les autres. Enclavée dans des maisons particulières, elle n'a rien de remarquable et l'art y a été complètement négligé. La tour n° 35 est louée à l'hospice de Sisteron (...) elle sert de grenier à foin à la gendarmerie. Les réparations qu'il a fallu faire pour l'approprier à sa destination actuelle et les mutilations qu'elle a subie lui ont fait perdre entièrement ce cachet d'ancienneté qui aurait pu déterminer à la conserver comme monument antique. Enfin, pour ce qui concerne les tours n° 36, 37 et 38, elles ne pourraient être rétablies dans leur état primitif sans recourir à de grandes dépenses. La toiture et les degrés ont complètement disparus et dans certaines parties, le mur circulaire est assez endommagé ". Après un dernier jugement négatif sur ces tours "construites précipitamment" au XIVe siècle "ce qui fait que leur construction grossière ne ressemble en rien à l'architecture qui distingue les monuments de cette époque", le préfet soutient néanmoins le projet d'acquisition de la ville, suivi par le ministre qui, par lettre du 6 mars, charge le préfet d'exprimer au conseil municipal "toute sa satisfaction au sujet des mesures conservatoires qu'il vient d'adopter".

Le 22 mai 1847, deux experts dépêchés par la municipalité visitent les tours pour en apprécier la valeur d'achat, et rendent un rapport plus objectif que celui du préfet, dans lequel les intentions de la municipalité apparaissent clairement : "Tour n°32, elle est en ruine et ne peut être utilisée pour rien, tour n° 33, elle est en bon état et peut servir pour grenier à foin; tour n° 34 dite de cantous, cette tour réparée à neuf peut être utilisée avantageusement, surtout par les propriétaires des maisons contre lesquelles elle est appuyée; tour n°35, dite de la gendarmerie, depuis longtemps elle sert de grenier à foin à la brigade de gendarmerie de Sisteron; les tours n° 36, 37 et 38 devant être conservées comme monuments historiques ne seront pas comprises dans l'évaluation...". Les murs et les portes, notamment la porte principale sud, dite "porte de Provence" ne sont jamais mentionnés dans ces descriptifs. La porte de Provence, qui avait déjà perdu ses étages en 1840, date approximative d'un dessin de Gudin gravé par Bishop sur lequel elle figure ainsi, avait été complètement démolie peu avant juillet 1850, d'après un autre dessin, daté, dû à Pierre Martel, sur lequel elle n'existe plus . Cette démolition dut avoir lieu après le 19 juin 1849, date d'achat par la ville des "terrains de l'ancienne enceinte" pour 400 f., le principe de cet achat ayant préalablement été déclaré d'utilité publique par arrêté présidentiel (19 mars 1849).

L'avis exprimé en 1848 par Prosper Mérimée en faveur de la sauvegarde des tours, quelquefois mentionné comme décisif, n'a en réalité eu aucune incidence sur la logique de conservation sélective adoptée antérieurement par la municipalité, comportant la suppression des restes des fossés, la démolition des courtines, des portes et de certaines tours considérées comme inutiles ou nuisibles aux projets d'aménagements viaires ou parcellaires. Le point de vue de la ville était clair : seules les trois tours médianes du front sud (36, 37 et 38) étaient considérées comme des "Monuments Historiques", et c'est de fait à elles seules que se sont appliquées les effets de la protection officielle, intervenue tardivement, le 30 mars 1887, et ce malgré l'imprécision de l'arrêté de classement portant sur "les restes de l'ancienne enceinte de Sisteron". Dans les faits, les restes des courtines qui reliaient ces trois tours disparurent dans les années 1850.

Les parties de l'ancienne enceinte demeurées dans le domaine militaire comme dépendances de la citadelle subirent pour leur part des aménagements d'inégale ampleur entre 1849 et la décennie 1860 : c'est d'abord la transformation radicale de l'ancienne tour-porte "Saunerie", bientôt rebaptisée "porte du Dauphiné" (n° 45) achevée dans l'année 1850, qui équivaut à une reconstruction presque complète, non dépourvue d'un certain souci de rappeler la silhouette de l'édifice médiéval; on note ensuite, en 1860, la démolition de l'extrémité nord du front ouest se raccordant à la citadelle, et l'aménagement d'un poste de tir ( peut-être dès les années 1840) dans l'ancienne tour n° 31. Dans les années 1870, un plan d'alignement et d'urbanisation entraîna la démolition des deux tours du front ouest qui avaient été épargnées et utilisées jusque là (n° 33 et 34). Seule, la tour sud-ouest (n° 35) dite "de la gendarmerie", quoique non considéré comme classée, fut épargnée sans doute en partie par l'usage semi-public qui en était fait, mais aussi pour son apparence monumentale. Après 1887, elle entrait dans l'étendue de la protection Monuments Historiques.

En 1892, l'une des trois tours considérées depuis 1845 comme protégées par les Sisteronais (n° 38) fit l'objet d'une demande de démolition soutenue par le maire, M. Latils, car les pierres qui se détachaient de ses parties hautes tombaient sur la voie publique aux abords du collège construit à son pied. Le maire précisait "il y a quelques années deux tours ont été démolies pour permettre à des particuliers de bâtir sur leur emplacement et je n'ai pas entendu dire qu'aucune protestation se soit élevée". Faute d'une réaction du service des Monuments Historiques autre qu'un premier refus, le conseil municipal vota le 2 septembre 1898 une demande de déclassement et de démolition de cette tour "du collège", assortie d'un projet d'établir une cour de récréation sur son emplacement. Dès le 27 novembre, M. Jacob, architecte ordinaire des Monuments Historiques du département, adressa au directeur des Beaux-Arts un devis de travaux destinés "à assurer la conservation de cette partie des anciens remparts comme la sécurité du public". L'inspecteur général des Monuments Historiques Paul Boeswilwald fit adopter à la séance de la commission du 4 février 1899 le refus du déclassement, la "consolidation des parties mauvaises de la tour", aux frais de l'Etat, et les travaux furent effectués dans l'année, sans empêcher la création de la cour du collège qui incorpore désormais la tour. Précédemment, en 1895, le même inspecteur général avait donné un avis favorable à la démolition de la tour d'angle nord-est (n°44) dite "de la Gardette", demandée par les ingénieurs des Ponts et chaussées chargés de l'amélioration de la route passant sur le pont de la Beaume. Cette tour, qui faisait partie des annexes de la citadelle depuis 1842, n'était plus protégée par ce statut depuis le déclassement militaire de la place-forte en 1894, et l'inspecteur-architecte, qui considère que cette tour fait partie de l'étendue de la protection, s'explique de cette décision : "Des diverses tours de l'ancienne enceinte de Sisteron, l'administration des Beaux-Arts, sur l'avis de la commission, a sauvé de la destruction celles qui, au point de vue de leur architecture et de l'art militaire au moyen-âge, offraient un véritable intérêt et méritaient d'être conservées. Tel n'est pas le cas de la tour de la Gardette (...) de construction médiocre, reprise à diverses époques et entièrement découronnée, cette tour n'offre plus rien (...) qui puisse plaider en faveur de sa conservation. D'autre part, par sa situation à l'entrée du pont de la Baume (...) et du chemin du Bourg Reynaud, elle forme un obstacle dangereux et permanent à la circulation des voitures..."Le 19 décembre 1901, l'architecte départemental Jacob soumit au directeur général des Beaux-Arts, pour les deux tours proches du champ de foire et de la cathédrale (n° 36 et 37), un projet de travaux de consolidation "analogues à ceux exécutés en 1899 à la tour située devant l'entrée du collège", dans un souci de sécurité publique.

Ces travaux ne furent programmés qu'en février 1906, après une relance de l'architecte. De nouveaux travaux de réparation, rejointoiement et consolidations d'arases furent proposés en février 1926 pour la tour du collège par l'architecte en chef Henri Huignard, et réalisés en 1927. Son successeur Albert Chauvel procéda à des travaux de consolidation et réfection de couverture à la tour "de la gendarmerie" en 1930, puis à une nouvelle campagne de protection des arases de la tour du collège en 1931. En 1938, c'est la tour "du fort" (n° 31) qui fait l'objet d'un projet de consolidation et de rejointoiement dû à l'architecte ordinaire Varin, suivi d'exécution. Le bombardement allié de Sisteron du 15 août 1944 entraîna la destruction intégrale de la"porte du Dauphiné", qui avait été modifiée en 1928 pour créer un second passage routier.

Analyse architecturale

Site et implantation générale

L'enceinte de ville de Sisteron, aujourd'hui réduite à cinq tours isolées et à des segments de courtines plus ou moins parasitées par les maisons, calait deux de ses quatre côtés à deux obstacles naturels: à l'ouest, la Durance, et au nord une haute et longue arête rocheuse d'axe est-ouest brutalement coupée par la cluse livrant passage à la Durance. Cette arête produite par un plissement anticlinal constitue le sommet d'une colline rocheuse que gravit le front ouest de l'enceinte jusqu'à l'angle nord-ouest et au front nord, incorporés à la citadelle depuis le XVIe siècle.

Le front nord, sur l'arête rocheuse, est brusquement interrompu par l'abrupt de la cluse dans le tiers est de son développement, entre le point le plus haut, qui fait partie de la citadelle, et le plus bas, formé de l'angle nord-est de l'enceinte et de la porte nord ("porte Saunerie"). Le front sud fait face à l'étroite plaine alluviale de fond de vallée qui règne à l'ouest de la Durance. La ville est plus étirée du nord au sud que d'est en ouest, en sorte que l'enceinte comporte deux fronts courts et relativement rectilignes au nord et au sud, et deux fronts longs. Le plus irrégulier est à l'évidence le long front est, qui surplombe directement la Durance dans la moitié nord de son développement et enveloppe le quartier est de la ville, dit Bourg-Raynaud, ancien "bourg" réuni avant le XIIIe siècle.

La sinuosité rentrante qui décrit en plan la moitié sud de ce front est (au sud du Bourg-Raynaud) a été déterminée par le contour du socle naturel sur lequel est fondée la ville, et ce contour a été découpé par un ancien méandre ou bras mort de la Durance, dont le cours s'est déplacé plus à l'est à une époque inconnue, historique ou pré-historique.Un examen attentif du parcellaire et de la topographie de la ville, joint à des indices fournis par les sources, donne la conviction que l'enceinte actuelle est le résultat d'au moins trois étapes successives de construction et d'accroissement dont la plus ancienne ne parait pas antérieure au XIIIe siècle. Dans ce premier état, l'enceinte, flanquée de quelques rares tours carrées, aurait déjà incorporé le Bourg Raynaud à l'est, mais aurait été moins étendue au sud-ouest, laissant la cathédrale extra muros. Le second état, qui pourrait n'avoir été réalisé qu'après 1350, correspondrait à la construction du front sud actuel en avant de l'ancien, incluant la cathédrale, et de la majeure partie du front ouest à partir de l'angle sud-ouest, qui se caractérisent par les tours semi-cylindriques élancées dont ils sont scandés à intervalle régulier. Enfin, un dernier accroissement, datable du XVe siècle, aurait concerné un secteur restreint de la ville, au sud-est (47-40-41) d'abord laissé extra muros, puis inclus dans l'enceinte. Une tour semi-circulaire incorporée dans les maisons serait un vestige du tracé de ce secteur de l'enceinte outrepassé par le dernier état de la muraille. C'est alors que la porte sud du Bourg-Raynaud (41) serait devenue une porte intérieure.

Distribution spatiale, circulations et issues, structure et mise en oeuvre

Dans son état médiéval définitif, l'enceinte de Sisteron comportait au minimum 13 tours de flanquement actives, les plus anciennes, de plan quadrangulaire, réparties sur le peu vulnérable front nord, et les plus récentes, semi-circulaires, au nombre de 9 réparties sur les fronts ouest et nord (tours 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38) excepté la tour nord-est (44). Ces tours circulaires dataient toutes de la seconde moitié du XIVe siècle, de même que la tour de l'angle nord-est, de forme quadrangulaire, et les deux tours de même forme qui formaient le corps des deux principales porte nord (45, porte Saunerie) et Sud (48, Grand Portail) de la ville.

Ces tours et tours portes construites entre 1357 et 1380 se caractérisaient toutes par leur haute élévation (16 à 22m) et leur structure ouverte à la gorge, avec voûtes (pour les tours-portes ou tours carrées) ou arcs diaphragmes (associés à des planchers) marquant les étages. En revanche, les tours circulaires du front ouest, excepté celle de l'angle sud-ouest, étaient simplement couronnées de créneaux, comme l'ensemble des courtines, tandis que les autres, tours-portes comprises, comportaient des mâchicoulis sur consoles (Fig. 2).

Vue générale sud-ouest : tours du front sud de l'enceinte de ville, citadelle.Vue générale sud-ouest : tours du front sud de l'enceinte de ville, citadelle.

Le rapport de Vauban indique que les tours étaient élevées "d'un tiers plus que les courtines", mais les relevés du XIXe siècle prouvent qu'en réalité, les courtines n'avaient pas plus de 10m de hauteur, crénelage compris, tandis que l'élévation de la plupart des tours semi-circulaires du sud et de l'ouest (la petite tour 31 exceptée), dans leur état en partie découronné se tenait entre 19 et 22 m de hauteur, ce qui donne un commandement doublant l'élévation des courtines. Les tours-portes étaient un peu moins hautes. Le chemin de ronde d'arase des courtines (épaisses de 1m à 1m 75) traversait le flanc de certaines tours, mais dans la plupart des cas, il prenait au mieux la forme d'une coursive passant à la gorge de ces tours et desservant l'étage au passage. Cette relative indépendance structurelle des tours a permit que dans l'état actuel "isolé" de celles qui subsistent, les traces d'accroche des courtine aient à peu près complètement disparu. Les étages des tours semi-circulaires, au nombre de trois, couronnement non compris, dans la plupart des cas étaient distribués par des escaliers en pierre rampant dans le cylindre intérieur.

Les deux premiers niveaux étaient percés chacun de trois archères ou arbalétrières à fente extérieure en croix pattée (Fig. 3), deux flanquantes, une frontale. Ce type de fente, comme les mâchicoulis dont les corbeaux à ressauts portaient de petits arceaux, apparentent les tours de Sisteron aux modèles architecturaux diffusés à partir de 1350 autour des grands chantiers royaux ou pontificaux de l'orbite avignonnaise. Des archères, certaines pouvant remonter au XIIIe siècle, étaient ménagées de loin en loin dans les courtines, selon une répartition apparemment très lâche. Le plancher de la plate-forme de couronnement des tours portait en partie sur un arc tendu dans le volume intérieur. Murs et tours sont mis en oeuvre en petit moellons calcaires liés à la chaux blanche, sommairement dégrossis et assisés en parement, apparentés à un petit appareil dans les secteurs les plus soignés, mais plus proche d'un blocage dans la plupart des cas. Les encadrement de baies, arcs et les encoignures emploient de la pierre de taille calcaire, le plus souvent d'une veine tendre ocre jaune (de type molasse).

La taille et la mise en oeuvre en sont généralement négligées, sauf pour les corbeaux ou consoles à ressauts qui portent les mâchicoulis ou les volées d'escaliers rampants intérieurs des tours.Outre les deux portes principales nord et sud, l'enceinte comportait d'autres portes et poternes, dont certaines n'eurent qu'une durée d'usage limitée, ayant pu être percée tardivement et condamnées précocement. Toutes, à une exception près (41), étaient percées à même la muraille, sans donner lieu à un ouvrage d'entrée monumental de type tour-porte; elles étaient au mieux sommées d'un mâchicoulis ou bretèche desservi depuis le chemin de ronde d'arase des courtines. Les issues qu'on peut considérer comme constantes ou permanentes (même si des murages provisoires ont pu intervenir en période troublée) étaient, en partant de la porte principale nord (45): la poterne du pont de Durance (44), percée au flanc de la tour d'angle nord-est, la porte de Font-Chaude (46) au nord du Bourg-Raynaud, la porte sud du Bourg-Raynaud (41) devenue porte intérieure avant la fin du moyen-âge, et qui était peut-être la première porte Sauve, la porte Sauve (47) au front sud, près de l'angle sud-est de l'enceinte, la porte principale sud (48), la porte ouest (49). On ignore l'origine des deux poternes intérieures de la citadelle, qui traversent en deux points l'ancien front nord de l'enceinte de ville : peut-être existaient-elles avant la création de la citadelle.

Vue générale rapprochée du front nord : tours 36, 37, 38.Vue générale rapprochée du front nord : tours 36, 37, 38. Tour 36 : détail d'une arbalétrière à croix pattée du niveau 2.Tour 36 : détail d'une arbalétrière à croix pattée du niveau 2.

Nomenclature des ouvrages

Une enceinte urbaine médiévale étant un ensemble composé d'un certain nombre d' ouvrages individualisables, tours, portes, etc, et l'enceinte de Sisteron étant aujourd'hui réduite à quelques-uns seulement de ces ouvrages, il a paru adapté de les passer en revue en reprenant la nomenclature chiffrée du Génie militaire, en usage aux XVIIIe et XIXe siècle.Cette nomenclature ouvrage par ouvrage, dans l'ordre numérique et alphabétique, permet de donner quelques précisions qualificatives et descriptives qui ne figurent pas déjà dans les précédents chapitres.

(Pour l'ancien front nord, voir le dossier : Citadelle.)

  • tour 31 - Tourelle de flanquement de forme demi-cylindrique, 2e moitié XIVe s; la plus petite tour de l'enceinte (5m de diamètre hors œuvre). La partie de son élévation adossée à la courtine est en maçonnerie pleine, et elle ne comporte qu'un étage actif, au niveau du chemin de ronde de la courtine, dont le mur (0, 70m d'épaisseur) est percé de deux archères flanquantes a fente simple et ébrasement intérieur étroit.

Après 1842 et le rattachement de cette tourelle aux annexes de la citadelle, cet étage a été fermé à la gorge d'un mur percé d'une porte d'accès (sans doute desservie à l'époque par un escalier métallique), encadrée de deux créneaux à ébrasement extérieur dont les tirs flanquaient l'avant porte 30. Deux autres créneaux (en forme d'archères) sont ménagés sur les flancs nord et sud au raccord entre la maçonnerie médiévale et celle du mur de fermeture. L'ensemble de ces percements du XIXe siècle est encadré en briques.

  • courtine 31-32 - Conservée, ruinée dans sa moitié nord; reste d'une archère condamnée à peu de distance de la tour 31.tour 32 (disparue) Cette tour demi-circulaire de 7m de diamètre, haute de 22m avait conservé ses créneaux jusqu'au XIXe siècle; elle avait été anciennement éventrée sur son flanc sud, et était pleine jusqu'au niveau d'arase des courtines. Consolidée en 1827, détruite entre 1848 et 1870.tour 33 (disparue) Cette tour adoptait un plan en fer à cheval de 6, 20m de diamètre et sa hauteur au XIXe siècle, sans les créneaux, était de 19m. Elle était fermée à la gorge (après coup ?) et abritait un escalier en pierre montant sur une surépaisseur du mur courbe intérieur à partir du rez-de-chaussée. Une voûte en berceau (rapportée ?) séparait le niveau 2 du niveau 3. Détruite dans la décennie 1870.
  • courtine 33-34 (disparue) voir porte 49tour 34 (disparue) La souche de cette tour existerait encore au rez-de-chaussée de la maison qui en occupe l'emplacement. Son plan en fer à cheval et sa fermeture (partielle) à la gorge la rapproche de la tour 33, mais son diamètre était de 7m. Au début du XIXe siècle, la partie haute était ruinée. Restaurée par le Génie militaire en 1825-1826 (couverture sur voûte ). Démolie après 1871.
  • Courtine 34-35 (disparue) Haute de 8, 50m au début du XIXe siècle, cette courtine a déterminé l'alignement sur l'actuelle rue du Jalet des façades postérieures des maisons de la rue de Provence, mais il n'y a pas apparence que les murs de ces façades conservent des maçonneries de la courtine médiévale.
  • tour 35 - Dite "de la gendarmerie" (appellation XIXe siècle). Tour de l'angle sud-ouest de l'enceinte. C'est la plus forte des tours semi-circulaires 2e moitié XIVe siècle de Sisteron. Son plan décrit les 3/4 d'un cercle de 8, 50m de diamètre hors œuvre, pour une épaisseur murale de 1, 55m. La gorge, rectiligne, était ouverte de trois grandes arcades superposées à plein-cintre (comme les tours 36, 37 et 38). Avant 1826, l'arcade du haut était ruinée, mais la tour avait conservé ses mâchicoulis avec consoles à 3 ressauts, jusqu'aux arceaux reliant les corbeaux, la hauteur totale à ce niveau (dons sans le parapet crénelé disparu) était de 21 à 22m. L'arcade de gorge du second niveau était déjà fermée d'un mur rapporté (du XVIe s ?). La restauration de 1826 a nivelé le couronnement en ne laissant que le premier ressaut des consoles, pour asseoir l'actuelle charpente conique à faible pente revêtue de tuiles canal, et a refermé complètement la gorge de la tour par une maçonnerie maigre qui laisse lisibles les anciennes arcades. Le sol du premier niveau n'est pas en rez-de-chaussée, mais surélevé d'environ 3m sur un soubassement massif. Ce premier niveau est percé de quatre archères ou arbalétrières faiblement ébrasées vers l'intérieur; deux d'entre elles (sud et flanc sud-est) ont été transformées en embrasures "à la française" (ébrasement extérieur rectangulaire) vers 1562, mais ces modifications ont été masquées au dehors par un bouchon rapporté lors d'une restauration (XIXe s ou début XXe s. ?). Les arbalétrières à fente en croix pattée du second niveau sont superposées à celles du premier. Ce second niveau, dont le plancher date de 1826, était relié au niveau de couronnement par un escalier en pierre tournant dans le cercle intérieur du troisième niveau aveugle, formé de volées appareillées lancées comme des arcs rampants portant à intervalle régulier sur des corbeaux intérieurs à 3 ressauts, comme ceux des mâchicoulis. Cet escalier est conservé, mais les marches sont érodées. L'élévation extérieure de la tour se distingue par le carroyage des trous de boulins de construction laissés ouverts dans le parement, trame régulière pour l' espacement des assises horizontales. Ces trous de boulins manquent dans le quart supérieur de l'élévation.

Tour 31 : vue du haut de gorge avec fermeture à la gorge du XIXe siècle.Tour 31 : vue du haut de gorge avec fermeture à la gorge du XIXe siècle. Tour 35 : la tour d'angle sud-ouest de l'enceinte de ville vue du sud.Tour 35 : la tour d'angle sud-ouest de l'enceinte de ville vue du sud.

  • courtine 35-36 (disparue) Voir porte 48 tour 36 - Dite "de la médisance" (appellation 2e moitié XIXe s- XXe siècle). Tour du front nord aujourd'hui isolée au milieu d'un carrefour, anciennement champ de foire. Plan en fer à cheval ouvert à la gorge de 7m de diamètre extérieur, pour une épaisseur murale de 1, 40m et une hauteur actuelle d'environ 20m (jusqu'aux arases restaurées). Ses caractéristiques générales sont les mêmes que celles de la tour 35, adaptée à une tour de front : Niveau 1 surélevé sur soubassement massif, trois niveaux d'arcades plein-cintre superposées à la gorge, celle du bas étant murée jusqu'à mi-hauteur (tardivement) pour interdire l'accès à l'intérieur, mâchicoulis sur consoles (arceaux disparus), trois arbalétrières superposées aux deux premiers niveaux, celles du premier transformées en embrasures "à la française" du XVIe siècle (Fig. 7) pour l'arquebuse (bien conservées), escalier en pierre rampant sur consoles à l'intérieur du niveau 3, pour la desserte du couronnement (Fig. 8). Les arcades de gorge et les arases ont été consolidées et restaurées en 1906, et ont subi du "gros entretien" depuis.

Vue en enfilade des tours 36, 37, 38.Vue en enfilade des tours 36, 37, 38.

  • courtine 36-37 (disparue) Une grande brèche percée par le canon au temps des guerres de religion, rebouchée, était encore lisible au milieu de cette courtine jusqu'à sa démolition, de même qu'une poterne condamnée (arcade plein-cintre) plus près de la tour 36. Démolie après 1850.
  • tour 37 - Tour aux dispositions identiques à celles de la tour 36, restaurée de la même manière. Diamètre extérieur : 7, 50m, épaisseur murale 1, 60. Le niveau 1 a été aménagé en local technique après 1944 et ses arbalétrières ont été rétablies en même temps en supprimant l'état 1562. L'escalier rampant intérieur est détruit, réduit à ses corbeaux.
  • tour 38 - Dite "du collège" (appellation fin XIXe s- XXe siècle) Analogue pour l'essentiel aux deux précédentes; mêmes mensurations que la tour 37, hauteur : 19m. Différence: son niveau 1 règne directement en rez-de-chaussée, et il est couvert d'une voûte en berceau surbaissée de facture médiocre montée plus bas que l'arc du premier niveau d'arcade de gorge. Cette voûte, qui existe déjà au début du XIXe siècle, pourrait dater des travaux de 1562. L'arc du 3e niveau d'arcade de gorge est détruit. Les arbalétrières, restaurées, n'avaient pas été adaptées à l'arquebuse au XVIe siècle.
  • redan 39 (disparu) -Sorte de redan, contrefort ou petite tour carrée sans commandement sur la courtine, visible sur les dessins de Martellange (1606-1608)courtine 39-40 (disparue) -voir porte 47. Avant le XVe siècle, l'angle sud-est de l'enceinte se retournait vraisemblablement vers l'emplacement de la porte 47.
  • angle 40 (disparu) Cet angle sud-est de l'enceinte, mal documenté, n'était pas flanqué d'une tour monumentale, mais, au mieux, d'un petit saillant carré comparable au redan 39. Il appartenait à l'accroissement sud-est de l'enceinte datable du XVe siècle, mis en oeuvre avec moins de moyens que la campagne de la 2e moitié du XIVe siècle.

Tour 36 : détail d'une archère du niveau 1 transformée en arquebusière du XVIe siècle.Tour 36 : détail d'une archère du niveau 1 transformée en arquebusière du XVIe siècle.

  • courtine 40-41 - une portion de cette courtine est conservée sur un développement d'environ 40m et une élévation de 8 à 10m. Elle est de construction plus médiocre que la moyenne, et ne présente pas d'aménagements significatifs. Elle appartient à l'accroissement sud-est de l'enceinte datable du XVe siècle.porte 41 - Cette porte "intérieure" assez bien conservée, présente toutes les caractéristiques d'une tour-porte de plan rectangulaire qu'on peu dater entre la seconde moitié du XIIIesiècle et le milieu du XIVe siècle. Son arcade d'entrée, inscrite en retrait dans la façade dans une arcade beaucoup plus haute formant mâchicoulis ou assommoir (arrière voussure en berceau surbaissé), qualifie bien une porte fortifiée, conçue initialement pour protéger une des entrées sud de la ville. Il s'agit peut-être de la porte nommée avant le XVe siècle "porte Sauve", dont l'appellation aurait pu se reporter ensuite à la porte 47. La mise en oeuvre ne se différencie guère de celle des tours 2e moitié XIVe siècle, et l'étage comme la façade de gorge de cette tour-porte ont été transformés anciennement pour accueillir une maison.
  • courtine 41-42 (disparue) - Cette courtine construite sur un terrain en forte déclivité était percée d'une poterne formant l'issue méridionale du "Bourg-Raynaud", bien visible sur un dessin de Martellange (1608) et encore exprimée sur les plans jusqu'au début du XIXe siècle. Cette poterne, murée vers 1824 aurait été surnommée "porte des abbesses" (?) et poterne du Bourg-Raynaud. Devant son emplacement, la voie publique passe encore sur une arche dormante. Courtine démolie entre 1850 et 1870.
  • angle 42 -angle non flanqué de l'enceinte enveloppant le "Bourg-Raynaud" et dominant la Durance.
  • courtine 42-46 - Long segment de courtine de plan irrégulier suivant les contours de l'assiette géologique du "Bourg-Raynaud". Utile comme mur de soutènement, cette courtine a été en grande partie conservée au moins à niveau de terrasse (souvent dénaturée) et, par endroits (près de l'angle 42) sur une plus haute élévation : le segment le mieux conservé est parementé en moyen appareil de qualité supérieure à la moyenne de la mise en oeuvre de l'enceinte, et percé d'une embrasure de tir à fente simple, de type archère. Un contrefort ou saillant carré renforçait l'angle nord-est de ce segment.

Tour 37 : vue ouest/nord-ouest.Tour 37 : vue ouest/nord-ouest.

  • 43 - Poterne indiquée sur les plans jusqu'en 1845; elle était ouverte vers la Durance vers le milieu du développement de cette courtine : il s'agissait d'une porte d'eau.
  • tour (disparue) et poterne 44 - La tour "de la Gardette", marquant l'angle nord-est de l'enceinte de ville, était de dimensions semblables à celles de la tour 33 : diamètre hors œuvre de 6, 10m, mais elle était de médiocre élévation et avait été fortement remaniée à partir de 1845 pour l'adapter au réduit retranchement excepté du déclassement de l'enceinte, et annexé à la citadelle. Une canonnière embouchant le pont sur la Durance avait été percée à sa base, et son parapet avait reçu des créneaux de fusillade identiques à ceux, contemporains, qui existent encore sur la partie conservée de la courtine attenante au sud, au dessus de la poterne "du pont de Durance". Cette poterne existe encore, remaniée aussi vers 1846, communiquant à l'intérieur à une rampe compensant le fort dénivelé, dont le tracé en lacets fut alors amélioré et régularisé. La tour a été démolie après 1895.
  • Porte 45 (disparue) -Dite Porte Aurose (XIVe s) , Porte Saunerie ou de la Sonnerie (XIVe-XIXe s.), Porte de La Baume (? 1685), Porte de Gap (1800), Porte du Dauphiné (fin XIXe-XXe s) L'une des deux portes principales de la ville a conservé son importance stratégique jusqu'au déclassement de la citadelle en 1894. Il s'agissait d'une tour-porte de plan rectangulaire, haute de 15m de la chaussée aux mâchicoulis, avec soubassement massif vers la Durance, dont le passage d'entrée était défendue par une herse et une paire de vantaux. La façade, sobre, n'était percée que de l'arcade d'entrée en tiers-point, et d'une archère à l'étage, les mâchicoulis étaient semblables à ceux des tours du front sud. Ouverte à la gorge, cette tour-porte ne comportait que deux niveaux sous voûte en berceau, la première formant l'arrière voussure du passage d'entrée. Cet état des lieux, inchangé jusqu'en 1849, remontait à 1357. En 1850, après divers projets avortés liés a l'aménagement du retranchement annexe de la citadelle, cette tour-porte fut en grande partie rebâtie en réduisant sa hauteur, en fermant sa gorge et en élargissant l'arcade d'entrée, en plein-cintre. Ajoutée à l'angle sud-est de la tour-porte, une tourelle d'escalier cylindrique coiffée d'une coupole de pierre en améliorait la distribution. Couronnée de pseudo mâchicoulis et percée de créneaux de fusillade, la nouvelle porte Saunerie ne s'éloignait pas trop de l'aspect de l'ancienne. Percée d'un nouveau passage routier à l'ouest en 1928. La "porte du Dauphiné" a été anéantie par les bombes de 1944.
  • Porte 46 (disparue) - Dite Porte de Font-Chaude (XVIe-XIXe s). Cette porte nord du "Bourg Raynaud", simple arcade charretière ouverte dans la muraille, n'est guère documentée. Son existence remonte au moins à la fin du Moyen-Âge. Démolie après 1849.
  • Porte 47 (disparue) - Dite Porte Sauve, porte Notre-Dame (1690) ou Porte des Capucins (XVIIIe s.) Cette porte, simple arcade cintrée percée dans la muraille, et surmontée d'une bretèche ou mâchicoulis sur consoles (Martellange 1606-1608), faisait partie de l'accroissement sud-est de l'enceinte datable du XVe siècle. Démolie vers 1849.
  • Porte 48 (disparue) - Dite "Grand Portail" (XIVe-XVIe siècle), Porte du Cimetière (1690), Porte de l'Hôpital ou près l'Hôpital (XVIIIe s.), Porte du Midi (1800), Porte de Provence (XIXe s.)C'est l'une des deux principales portes de la ville, celle du sud.Il s'agissait d'une tour-porte de plan rectangulaire, à mâchicoulis, assez semblable à la porte 45, à en juger par les dessins de Martellange (1606-1609). Au début du XIXe siècle, elle était décapitée (gravure de 1830), depuis une date indéterminée. Ce qui en restait fut démoli en 1849.
  • Porte 49 (disparue) - Dite Porte Jalet (1609), Porte des Tanneurs (?), Porte du Collège (1690-1848) ou Porte de la Rue Droite (XIXe s.). L'aspect de cette porte unique du front ouest, la troisième de la ville en importance, est connu par les dessins de Martellange (1606-1608). Caractérisé par sa bretèche, il était en tout point semblable à celui de la porte 47. L'appellation persistante de "Porte du collège" vient de la proximité de la maison des jésuites, dont la construction fut pourtant avortée (1609).
Dénominations fortification d'agglomération
Aire d'étude et canton Alpes-de-Haute-Provence
Adresse Commune : Sisteron

L'agglomération est dominée au 13e siècle par le château des comtes de Forcalquier. La construction de la première enceinte de la ville n'est pas documentée, mais elle pourrait dater du milieu du 13e siècle, époque où les habitants, en révolte contre le comte, démolissent une partie du château féodal.L'enceinte fait l'objet d'une campagne de reconstruction à partir de 1357, achevée à la fin du 14e siècle. Des travaux sont réalisés au 16e siècle, dans le contexte des Guerres de religion. En 1692, le rapport d'inspection de Vauban mentionne que l'enceinte en fort mauvais état n'est plus entretenue. Le projet de modernisation présenté alors par Niquet, ainsi que les projets suivants du 18e siècle ne sont pas retenus. Ce n'est qu'au début du 19e siècle que des travaux sont réalisés : un programme de restauration est mené de 1825 à 1835. En 1845 la majeure partie de l'enceinte est déclassée, puis achetée par la ville en 1849. La municipalité démolit les courtines, des portes et certaines tours considérées comme inutiles ou nuisibles aux projets d'aménagements, ne conservant que les trois tours médianes du front sud. D'autres démolitions interviennent dans la partie conservée au domaine militaire en 1860, dans les années 1870 et en 1895. En 1887, les restes de l'enceinte avaient pourtant été classés monuments historiques. Le bombardement allié de Sisteron du 15 août 1944 entraîna la destruction intégrale de la"porte du Dauphiné".

Période(s) Principale : 13e siècle, 14e siècle
Principale : 16e siècle
Principale : 19e siècle
Statut de la propriété propriété de la commune
Protections classé MH partiellement, 1887/03/30
Précisions sur la protection

Enceinte (restes de l'ancienne) : classement par arrêté du 30 mars 1887.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Place de Sisteron (1823, 1832-1927, 1940). Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 2 R 29.

  • Enceinte (à partir de 1842), plan daté du 19 novembre 1845 [Sisteron]. Archives Communales, Sisteron : Série V M. Art. 1, 2, 3.

    Fonds d'Ancien Régime
  • Fortification des places françaises, place de Sisteron. Service Historique de la Défense, Vincennes : Archives techniques du génie, série 1V, art.8, section 1.

    Cartons 1 à 7 : mémoires, apostilles, états estimatifs des dépenses
  • [Sisteron] Restes de l'ancienne enceinte de la ville : tours. Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, Paris : 81/04 121/1 14, dossier 158.

  • [Atlas, Sisteron]. 1775. Service Historique de la Défense, Vincennes : Bibliothèque du Génie, atlas 57.

    P. 1 à 14.
Documents figurés
  • Plans et vues de la citadelle de Sisteron. [1609]. British Museum, Londres : Add. Ms 21, 117.

    F° 80 r°, f° 80 v°, f° 81 r°
  • Plans, coupes et élévations relatifs aux travaux de construction et d'amélioration projetés ou en cours dans la place de Sisteron (1690-1876). Service Historique de la Défense, Vincennes : Archives du génie, Places-fortes, article 8, section 1, cartons 1 à 7

  • Recueil des vues de France du Père Martellange. Bibliothèque nationale de France, Paris : Ub 9a format 5 (Réserve)

    F° 153, 154, 155, 156, 157, 158 et 159 v°
  • Topographie de la France. Série de cartes gravées des XVIIe et XVIIIe siècles issues en partie des collections Marolles et Gaignières. Bibliothèque nationale de France, Paris : Va. Département des Estampes et de la Photographie.

    Sisteron.
  • Plan de Sisteron et de ses environs jusqu'à 300 toises. Echelle de 200 toises (163), 565 x 830. Dans [Atlas, Sisteron], 1775. Par Paul Louis Antoine de Rosières. Service Historique de la Défense, Vincennes : Bibliothèque du Génie, Atlas 57.

  • Plan de la ville de Sisteron. Echelle de 200 toises (110), 430 x 610. Dans [Atlas, Sisteron], 1775, par Paul Louis Antoine de Rosières. Service Historique de la Défense, Vincennes : Bibliothèque du Génie, Atlas 57.

  • Plan de l'enceinte de la place [de Sisteron]. Echelle de 40 toises (88), 590 x 910. Dans [Atlas, Sisteron] 1775 par Paul Louis Antoine de Rosières. Service Historique de la Défense, Vincennes : Bibliothèque du Génie, Atlas 57.

  • Plan de Sisteron (nivellement). Echelle de 300 toises (163), 565 x 630.Dans [Atlas, Sisteron], 1775 par Paul Louis Antoine de Rosières. Service Historique de la Défense, Vincennes : Bibliothèque du Génie, Atlas 57.

Bibliographie
  • LAPLANE, E. de. Histoire de Sisteron tirée de ses archives. Digne, 1843. 2 vol.

  • COLOMB, Pierre. Sisteron, perle de la Haute-Provence. Sisteron, 1970.

  • SALCH, Charles-Laurent. L'atlas des villes et villages fortifiés en France. Strasbourg, 1978.

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