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fort Malbousquet

Dossier IA83001928 réalisé en 2014

Fiche

La redoute Malbousquet, ouvrage détaché ouest de la ville

A l’ouest de la ville, la hauteur Malbousquet, de forme allongée dans un axe nord-ouest / sud-est, avec point haut au nord-ouest, était deux à trois fois plus distante des fronts bastionnés de l’enceinte urbaine que ne l’étaient, à l'est et au nord-est, les forts Lamalgue et Sainte-Catherine. Rien, à la fin du XVIIIe siècle, ne permettait d’imaginer qu’un peu plus d’un demi-siècle plus tard, une extension de l’enceinte du corps de place se déploierait de ce côté ouest jusqu’à atteindre et inclure la hauteur Malbousquet.

En 1770, les forts Lamalgue et Sainte-Catherine étaient en voie d’achèvement, à grands frais, selon le projet général de Milet de Monville. Par comparaison, la hauteur Malbousquet, située à l’arrière de la place, était de très faible conséquence au plan stratégique. Cependant, à cette même date, une redoute sommaire y avait été établie à la hâte, et laissée inachevée, comme le mentionne cinq ans plus tard Charles-Marie d’Aumale, dans son atlas militaire de Toulon : « …redoute en pierres sèches commencée en 1770 qu’on eut quelque crainte de la guerre ». En vertu de son analyse stratégique de la position de Toulon, d’Aumale affirme ensuite l’intérêt d’occuper cette position de manière pérenne, parti qu’il venait d’inscrit au projet général de 1774 : «…il y aura nécessité d’établir sur cet emplacement un fort d’une certaine étendue dans l’intérieur duquel il y aura bâtiment pour loger les troupes.1 Ce projet resta sans suite jusqu’en 1788, date à laquelle est rappelé que les revêtements en pierres sèches de la redoute, dégradés, « pourroient être réparés, mais cette position exige un ouvrage important pour s’en assurer la possession ».

L’ouvrage en question, objet de l’article 27 du projet général, fut conçu, et dessiné pour la première fois, dans le projet de 1791 pour 1792, par l’officier ingénieur Desroys.2 Le projet comporte deux ouvrages distincts : le plus important, à l’emplacement de la redoute de 1770, soit au point culminant, était un fort ou redoute de plan hexagonal irrégulier mais centré tendant au carré, comparable au fort Faron par l’absence d’organes de flanquement, bastions ou caponnières, et par l’adossement systématique aux murs d’enveloppe d’une série continue de casemates de casernement ou de magasins portant terrasse d’artillerie, avec façades ouvrant sur une cour centrale. Certaines casemates devaient comporter deux niveaux, dont un en sous-sol pour les citernes. La porte était prévue au milieu d’un des petits côtés, et une poterne souterraine descendant sous le fossé devait donner accès à une galerie de contrescarpe bordant le fossé dans sa totalité. Des niches et rameaux de contremines étaient prévues dans cette galerie, selon le système appliqué pour les galeries de contrescarpe du fort Lamalgue et du fort Sainte Catherine. Un chemin couvert était prévu autour de l’ouvrage, avec places d’armes saillantes à trois des angles ert glacis. Le second ouvrage, projeté environ 300 m au sud-est et relié à l’ouvrage principal par un chemin couvert, était une petite redoute pentagonale, en forme de lunette, enveloppée d’un fossé, avec entrée à pont-levis à la gorge, série de magasins adossés aux faces et aux flancs, dont un magasin à poudres dans l’angle de capitale et un four, le tout portant plate-forme à parapet d’artillerie et ouvrant sur une cour intérieure au milieu de laquelle était proposé un corps de garde carré.

Aucun début de chantier n’avait été entrepris quand survint l’occupation anglaise de Toulon en 1793 : ce sont les occupants qui s’employèrent à rétablir sommairement la redoute, et surtout à en étendre le périmètre clos, toujours en pierres sèches, sur le prolongement sud-est de l’arête formée par la hauteur Malbousquet.

En 1800, à défaut de réalisation du projet d’ouvrages pérennes de 1791, l’ordonnateur de la Marine dut fournir 50 forçats du bagne pour travailler à la réparation de la redoute en pierres sèches de Malbousquet.

Lunette et fort Malbousquet

Dans le projet général de 1841, l’amélioration du fort Malbousquet était proposée, avec des ouvrages maçonnés, pour 300.000 francs. Il s’agissait d’établir des défenses et une caserne casematée autour d’une lunette pérenne édifiée en 1814 selon un modèle-type proche de celui qui avait été proposé en 1809 pour occuper une hauteur quelques centaines de mètres plus au nord, entre Malbousquet et le « fort rouge » ; une autre lunette de même forme était projetée en 1813 et fut commencée en 1817 dans la presqu’île de Cépet (Saint-Mandrier), sur une hauteur entre la batterie de côte de la Carraque la tour-modèle occupant le sommet de la Croix des Signaux.

La lunette construite au point haut du site de Malbousquet, à l’emplacement de l’ancienne redoute de 1770 retouchée en 1793, était un ouvrage fossoyé à deux faces et deux flancs symétriques et front de gorge (face à l’est) bastionné en « corne », soit composé de deux petits demi-bastions encadrant une courtine percée en son centre d’une porte surmontée d’un petit corps de garde en pavillon. Elle était donc de même conception que la lunette Sainte-Anne, qui en reprit à peu près le modèle nettement plus tard.

Le projet de Malbousquet pour 1841, composant cette fois un véritable fort, encore que de dimensions réduites, comportait la construction d’un front de gorge (à l’est) encadré de deux demi-bastions avec courtine longue de 37m « occupée par une caserne défensive à l’épreuve composée d’un rez-de-chaussée à 2m au-dessus du fond du fossé et d’un étage à hauteur du pont-levis et du terre-plein intérieur, entourée dans l’ouvrage d’un fossé d’où débouchent les communications aux galeries d’escarpe », la création « d’une contrescarpe à galerie crénelée vis-à-vis la gorge et les flancs...», la mise en place, autour de la lunette, « d’un chemin couvert réduit à 5m de largeur à cause de la raideur des glacis » et « en avant des épaules de la lunette deux flèches de terre… »

En 1843, le projet du fort de Malbousquet, au début de sa réalisation, avait prit plus d’ampleur, et fit l’objet de rectifications et augmentations en fonction de propositions contradictoires ou complémentaires du directeur des fortifications et des capitaines du génie participant à l’élaboration du projet, principalement les chefs de bataillon du génie Corrèze et Dautheville. Outre le front de gorge maçonné avec ses deux demi-bastions et sa caserne casematée de cinq travées butées de deux travées de culées, le tout monté au niveau du rez-de-chaussée en 1844, le fort comportait en tête (nord-ouest), en avant de la face droite de la lunette, un saillant terrassé dit « as de pique » du fait de son plan à flancs fortement retirés. Cet ouvrage était commencé, au stade des terrassements, en 1844. Il participait d’une enceinte polygonale entourant entièrement la lunette devenue une sorte de cavalier, enceinte formée d’un rempart de terre et flanquée irrégulièrement de six petits bastions ou demi-bastions bas, y compris les deux encadrant la caserne. Deux autres devaient encadrer la porte, percée dans un petit côté au sud-est, un fossé à chemin couvert devant envelopper l’as de pique et à la suite les deux demi-bastions du le front nord. Le corps de garde en pavillon d’entrée de la lunette de 1814 était à démolir pour bâtir à la place et en arrière, enfoncé dans le terre-plein intérieur de la lunette, un magasin à poudres de 25.800 k avec fossé d’isolement ; ce changement était amorcé dès 1845, mais la construction du magasin à poudres tarda jusqu’en 1848, avec une implantation hors oeuvre de la gorge de la lunette, et plus dégagée.

Intégration à la troisième enceinte

Début 1855, le conseil d'amirauté envisage l'extension vers l'ouest, jusque dans la plaine de Missiessy, des limites de l'arsenal. Le 17 décembre 1856, le comité des fortifications délibéra en faveur d’un tracé définissant une aire close d’environ 100 hectares, qui permettait à la nouvelle enceinte de joindre de fort Malbousquet plutôt que d’être dominée par cet ouvrage détaché. Ce principe fut approuvé par le ministre de la Guerre le 2 mars et le 30 mai 1857. Un décret impérial du 23 janvier 1859 déclarait d’utilité publique l’acquisition des divers terrains reconnus nécessaires à l’extension de l’enceinte de Toulon jusqu’au fort Malbousquet.

Avant même la finition du projet de l’enceinte par le chef du génie, l’inspecteur général des fortifications lui faisait part de ses préconisations s’agissant de l’intégration du fort Malbousquet : "…tout en conservant la caserne voûtée du fort Malbousquet (le nouveau projet doit donner) sur ce point important, un tracé large et simple, le corps de place devant prendre du commandement sur la partie conservée du fort Malbousquet, qui ne sera plus qu’un dehors de la place proprement dite".3

L’état réalisé du secteur nord-ouest de l’enceinte « au travers du fort Malbousquet » et de l’adaptation dudit fort fut à peu près conforme au projet dessiné et décrit en avril 1862 par le chef du génie Antoine Long : c’est toute la moitié nord / nord-ouest du fort, soit non seulement l’as de pique et ses demi-bastions, mais encore la courtine ouest, et l’ancienne lunette (magasin compris), qui furent conservés pour former un dehors complexe, retranché du corps de place par un fossé dont la création entraîna la destruction de l’ancien front de gorge du fort et de sa caserne. Celle-ci fut remplacée à quelques mètres de distance par une nouvelle caserne casematée neuve équivalente, de sept travées, pour 280 hommes, nichée dans le bastion 5, devenu un double bastion coté 5-6.

Analyse architecturale

Le fort Malbousquet, on l’a vu, n’est plus un ouvrage détaché autonome depuis que la construction du front 6-7 de l’enceinte, achevé en 1868, l’a amputé de son front de gorge et l’a annexé en le réduisant à un dehors complexe.

Sa complexité même, et le réemploi -non sans importantes transformations- des ouvrages existants construits en partie en 1814 (lunette), mais surtout en 1843-1848 (enceinte du fort enveloppant la lunette) en font un dehors atypique, ce qui lui a valu de conserver le qualificatif, somme toute impropre, de « fort ». A cet égard, le casernement du demi-bastion 6 a remplacé fonctionnellement la caserne casematée du front de gorge du fort Malbousquet, construite en 1844-1846 et rasée en 1862 4. Le fort achevé en 1848 avait sa propre nomenclature chiffrée de 1 à 12, nomenclature dont l’usage s’est maintenu après 1868, les éléments chiffrés de 1 à 6, et une partie de celui chiffré 8 étant conservés, à la différence des suivants, détruits. Il ne s’agit pas ici de décrire à nouveau l’ensemble du fort de 1848 et revenir sur les campagnes de construction qui ont abouti à l’état final de cet ouvrage, ceci étant détaillé ci-dessus dans l’exposé d’histoire architecturale et de typologie générale. Il s’agit au contraire de décrire l’état actuel, d’une compréhension malaisée et d’une lecture très embrouillée, du fait du couvert végétal et de la difficulté d’accès et de visibilité de certaines zones.

L’ouvrage actuel conserve deux des quatre fronts du fort d’origine, enveloppant de près dans l’aire triangulaire qu’ils définissent, l’ancienne lunette pentagonale de 1814 (6), conservée comme réduit défilant le magasin à poudres (de temps de paix, n° 10) niché à sa gorge. Le front principal est le front de tête, face au nord / nord-ouest, composé d’un rempart formant deux angles, celui de droite obtus (2) l’autre droit (3), avec banquettes d’artillerie, angles épaulés de deux demi bastions plus bas, de modestes dimensions (1, 4), faisant saillie exclusivement sur les fronts latéraux. Au milieu de ce front de tête, un ouvrage plus grand, fortement saillant, dit « l’As de pique » (5) en forme de bastion à flancs fortement retirés, est aussi haut que le rempart (2 -3) qu’il défile entièrement. En retour d’angle droit de ce front de tête (1-2-3-4-5), le front gauche de l’ancien fort est conservé sur les trois quart de son développement d’origine, formant une courtine (4-7) défilée et masquée par une grande et haute tenaille, sans doute reconstruite vers 1868 pour lui donner une plus grande hauteur que dans l’état d’origine. Fossé et face droite (revêtement bas et rempart) de l'ouvrage de tête (5) dit ""As de pique"".Fossé et face droite (revêtement bas et rempart) de l'ouvrage de tête (5) dit ""As de pique"".

Au-delà du fossé retranchant le fort du corps de place, la face droite du bastion 7 de la grande enceinte, et le départ de sa longue face gauche, occupent l’emprise au sol exacte du flanc droit et de la face droite de l’ancien bastion du fort également chiffré 7, qui terminait ce front latéral gauche marquant l’angle de transition avec l’ancien front de gorge détruit. Une partie du terrassement et du revêtement de l’ancien bastion 7 du fort sont donc réemployés et adaptés dans le bastion 7 de la grande enceinte. Le rempart ou courtine 4-7 de l’ancien fort, et l’extrémité gauche de la tenaille, ont été amputés et recoupés par le fossé retranchant le fort du corps de place, fossé au sol fortement déclive vers l’extérieur (dans le sens de l’escarpement naturel sud-ouest).

La tranchée percée à travers la courtine 4-7 pour créer le fossé est en grande partie taillée dans le roc, ce qui prouve que l’élévation de cette courtine ne fait qu’utiliser le rocher naturel, retaillé et revêtu. Le revêtement extérieur de la courtine, de 1843-1846 est médiocrement mis en œuvre en blocage de moellons. Celui de la tranchée de 1868, ou mur de profil du rempart, habillant le rocher en le laissant largement affleurer par place, est en moellons équarris remployés des démolitions du front de gorge du fort. Le revêtement extérieur de la tenaille est parementé en bossages bruts, typique des années 1860, tandis que son imposant mur de profil, joignant à la base celui de la courtine en fermant le fossé intermédiaire, est aussi en moellons équarris remployés des démolitions du fort ; on y remarque, vers l’emplacement du fossé intermédiaire un grand arc de décharge muré dans une maçonnerie différente, qui pourrait correspondre à une entrée de casemate réservée dans le fossé intermédiaire, inaboutie. Ce mur de profil de la tenaille est contrebuté hors emprise de cet arc, de quatre contreforts massifs, saillants mais bas. Le fossé extérieur à la contrescarpe est occupé par un hangar à engins en pierre et béton datant probablement de la seconde guerre mondiale.

Le rempart de la courtine de gauche (4-7) n’est pas continu, mais divisé en deux zones bien distinctes, celle vers l’angle 3 (nord-est), la plus courte, participant de la défense du front de tête, celle vers le fossé du corps de place et le bastion 7 délimitant une plate-forme d’artillerie indépendante cotée 8. Cette partition, qui devait permettre au front de tête de continuer à se défendre, avec des postes de tir vers le sud-ouest, en cas de prise du front de gorge par l’ennemi, remonte à la conception du fort de 1842-1848. Elle est matérialisée par une coupure dissociant nettement les deux segments du rempart, coupure que referme, au-dessus du revêtement de la courtine, un mur maigre percé de trois créneaux de fusillade encadrés en brique sous niche couverte d’un arc segmentaire en pierre, coiffé d’un chaperon en bâtière lui-même sommé d’une dame, ce qui empêchait toute communication d’une partie à l’autre du rempart au niveau du parapet d’artillerie. Coupure interne dans le rempart 4-7 du fort; fossé intérieur coupant le chemin de ronde.Coupure interne dans le rempart 4-7 du fort; fossé intérieur coupant le chemin de ronde.

Entre le revêtement intérieur du rempart et le revêtement de la lunette (réduit central du fort), le chemin de ronde desservant les rampes et les escaliers en pas de souris qui accèdent aux banquettes, est lui-même intercepté au droit de la coupure par un petit fossé intérieur revêtu, jadis doublé d’un mur aujourd’hui disparu. C’est depuis le chemin de ronde du front de tête exclusivement que l’on accédait à la coupure entre remparts, au mur crénelé à dame , et, de là, par une petite porte (à gauche) aujourd’hui murée, à un étroit chemin de ronde d’infanterie longeant la plate-forme 8, au dessus du revêtement de la courtine, qui allait jusqu’à l’ancien bastion 7 du fort.

L’ « As de Pique » (5) est accessible de plain-pied depuis les banquettes du rempart, par l’isthme réservé entre ses deux flancs retirés. Le revêtement des faces de cet ouvrage (5) est assez bas (comme celui des demi-bastions) proportionnellement à la hauteur des banquettes et parapets en terre, qui font l’objet de hauts murs de profil ; les maçonneries sont médiocrement parementé en blocage (avec angles d’épaules arrondis sans chaînage), caractéristique des revêtements ordinaires du fort des années 1842-1848. La contrescarpe du fossé bordant ses faces existe encore, comportant ça et là des arcs de décharge.

L’accès aux deux demi-bastions bas 1 et 4 adossés au rempart des fronts latéraux au droit des angles (1, 4) du front de tête, est assuré par des poternes voûtées traversant le rempart, l’une (secteur 3-4) au niveau de la banquette, l’autre (secteur 1-2) à un niveau intermédiaire entre chemin de ronde et banquette. Les démolitions partielles subies par le fort en 1863 ont supprimé son front latéral droit en le coupant au ras du flanc du demi-bastion 1 et au ras de l’entrée de la poterne qui y donne accès, laquelle se trouve de ce fait près d’un angle créé par la coupure du rempart. Là encore, le rempart est fondé sur un rocher, que la coupure n’a fait que tailler, en y ajoutant un revêtement partiel de maçonnerie, limité en un point à un arc de décharge au-dessus du roc brut. Cette poterne (1-2) est couverte d’une voûte en berceau segmentaire en blocage enduit, légèrement rampante, pour descendre dans le demi-bastion 1, qui se termine à chaque extrémité par arcades ménagées dans les revêtements du rempart. Ces arcades sont encadrées en pierre de taille, avec arc à claveaux extradossés en escalier, dispositif remontant à la construction des années 1842-1848. Elles comportent une feuillure dans laquelle s’ajustaient des vantaux (en fer ?) ouvrant vers le dehors. Celle donnant sur l’aire intérieure du demi-bastion est encadrée de deux goulottes en pierre qui évacuaient les eaux pluviales du rempart dans cette aire. La poterne (3-4) présente des dispositions analogues.

Le revêtement extérieur des faces et flancs de la lunette remployée de 1814, domine le chemin de ronde du rempart qui occupe l’emplacement de son ancien fossé. Ce revêtement n’est manifestement pas resté dans son état d’origine : la mise en œuvre des chaînes d’angle harpées en pierre de taille blanche lisse, et la tablette, trahissent une reprise des maçonneries dans les années 1863-1868.

La gorge de la lunette conserve son tracé « à cornes », soit formé d’un revêtement rentrant à trois côtés, enveloppant le magasin à poudres engagé en tenaille dans cette gorge et dégageant un fossé d’isolement. Ce magasin est lui-même bâti sur un soubassement un peu surhaussé par rapport au fossé d’isolement, et attenant à une terrasse qui le sépare du fossé du corps de place, terrasse dont le revêtement, participe du front de gorge du fort, en partie, taillé dans le rocher. On accède à la porte du magasin par un escalier en pas de souris longeant le soubassement en moellons équarris. Magasin à poudres de la lunette (6) du fort, mur-pignon du fond et mur gouttereau nord.Magasin à poudres de la lunette (6) du fort, mur-pignon du fond et mur gouttereau nord.

Le sol de la salle des poudres du magasin repose sur un vide sanitaire formé de deux voûtes parallèles logées dans le soubassement, comme le montrent les plans d’archive. La salle elle-même était divisée en deux niveaux par un solide plancher d’entresol régnant au niveau des sommiers de la voûte en berceau. La salle haute seule prenait jour par deux baies classiques sous arc segmentaires (extradossé en escalier) à feuillure de volets intérieure et extérieure. La porte, couverte d’un arc identique, était la seule baie de la salle basse. Le ressaut ou épaulement formé par les murs latéraux, légèrement inclinés, et les corbeaux de pierre présents au même niveau dans les murs pignon, témoignent de l’appui de ce plancher disparu. Ces murs latéraux sont percés des classiques évents en chicane caractéristiques des magasins à poudres, et les murs pignons, fait moins fréquent, présentent en partie basse des « ventouses », conduits muraux verticaux débouchant dans la salle par des orifices carrés, contribuant eux aussi à réguler la ventilation de la salle. Voûte et parois murales sont revêtues d’un enduit couvrant.

A l’extérieur, les parements ordinaires sont en blocage de moellons grossier, sur lequel subsistent les restes d’un enduit également couvrant. La pierre de taille blanche est réservée à une plinthe courrant à l’extérieur au-dessus du soubassement et à l’encadrement des fenêtres, porte et évents.Les pannes portant les chevrons de la couverture en tuile-canal (ruinée), reposent sur des murets montés sur les reins épais de la voûte, les intervalles étant remplis de terre.

A l’arrière du magasin à poudres, du côté droit du revêtement rentrant de la gorge de la lunette, ou fossé d’isolement, une porte donne accès à deux casemates parallèles, voûtées en berceau très surbaissé, occupant en soubassement tout l’espace interne de la « corne » droite de la lunette. On accède à la seconde casemate, plus proche de l’angle rentrant du revêtement et équipée d’un jour, par deux passages ménagés dans le mur qui la sépare de la première. Elle est aussi reliée à un petit passage en coude qui débouche dans le mur de fond du revêtement, près de l’angle, formant une porte étroite couverte en plein cintre. Ces portes et jour sont en pierre blanche, avec claveaux extradossés en escalier.

Dans le même mur de fond du revêtement de gorge, près de l’angle rentrant de gauche et de la façade d’entrée du magasin à poudres, une large arcade couverte en plein-cintre, également en pierre de taille avec claveaux extradossés en escalier, dessert une rampe de roulage montant sur la plate-forme d’artillerie de la lunette, en s’incurvant légèrement droite. Les parapets d’artillerie de la lunette sont aujourd’hui dégradés (muret de genouillère conservé), mais celui de la face gauche comme celui de la face droite conservent une traverse abri (magasin à munitions), dont la mise en œuvre du mur de façade en opus incertum polygonal, et la porte à arc segmentaire extradossé, trahit une adjonction des années 1880-1890.

Coupure interne dans le rempart 4-7 du fort, détail du mur crénelé avec dame en couronnement.Coupure interne dans le rempart 4-7 du fort, détail du mur crénelé avec dame en couronnement.

1Vincennes SHD, Bibliothèque du Génie, Atlas n° 64, Toulon, par d’Aumale, 1775, p. 23.2Vincennes SHD, Art. 8 carton 8 (1 VH 1838) n° 16, et carton 9 (1 VH 1839) n° 1 3Vincennes SHD, Art. 8 carton 32 (1 VH 1870), Etat des projets à présenter pour 1858-1859.4La légende des photographies éditées en carte postale en 1900 représentant la hauteur Malbousquet vue de l’intérieur de l’arsenal Missiessy, avec la façade du casernement du bastion 6, est écrite : « le fort Malbousquet ».
Dénominations fort
Aire d'étude et canton Var
Adresse Commune : Toulon

A l’ouest de la ville, la hauteur Malbousquet, de forme allongée dans un axe nord-ouest / sud-est, avec point haut au nord-ouest, était deux à trois fois plus distante des fronts bastionnés de l’enceinte XVIe-XVIIIe siècle de Toulon que ne l’étaient, à l’est et au nord-est, les forts Lamalgue et Sainte-Catherine. Une redoute sommaire en pierre sèche y avait été amorcée en 1770, et l'idée d'un fort pérenne, proposée pour la première fois en 1774 par Charles-Marie d'Aumale, reformulée en 1791, ne se concrétise pas avant 1814. Rien ne prédisposait alors cette position à être annexée, un demi-siècle plus tard, par une extension de l’enceinte du corps de place.

En 1814, une solide lunette fossoyée de plan pentagonal, avec petit corps de garde, est construite sur le site de l'ancienne redoute.

Ce n'est qu'en 1841 que le projet général du chef du génie de Toulon A. Louis comporte l'établissement d'un véritable fort bastionné autour de la lunette de Malbousquet. L'un des objectifs est d'assurer, depuis ce point haut, la défense de barrage de l'extension de l'arsenal vers l'est, à Castigneau. Le projet du fort, discuté, est complété et amplifié, au début de sa réalisation en 1843, par les chefs de bataillon du génie Corrèze et Dautheville. Achevée en 1848, l'enceinte du fort entourant la lunette, de plan polygonal irrégulier, comporte six petits bastions ou demi bastions bas, dont deux encadrant le front de gorge ou s'élève une caserne casematée. Elle est complétée en outre par un saillant terrassé supplémentaire en tête (nord-ouest) dit "as de pique". Un magasin à poudre de 25.800 kg est construit à la place de l'ancien corps de garde de la lunette. Les ouvrages et organes du fort sont numérotés de 1 à 12.

Le 17 décembre 1856, le tracé de la nouvelle extension de l'enceinte du corps de place de Toulon alors projetée pour étendre considérablement à l'ouest l'emprise de l'arsenal, est arrêté par le comité des fortifications de manière à joindre et annexer le fort Malbousquet, destiné à perdre son statut de fort détaché pour devenir un simple dehors.

Le chef du génie Antoine Long conçoit en 1860 le projet de l'enceinte et les dispositions permettant la traversée du fort Malbousquet par les nouveaux fronts. En 1862, il modifie les dispositions prévues, revenant sur ce qui, dans le fort, doit être sacrifié ou conservé pour l'utiliser comme dehors. Il en résulte la démolition de la caserne interne à l'ex fort et son remplacement par une autre d'une capacité de 280 hommes, enterrée dans le bastion 6 de l'enceinte, le plus proche. Les ouvrages restants du fort devenu un dehors complexe (mais toujours nommé fort Malbousquet) conservent une nomenclature indépendante de celle de l'enceinte, chiffrée de 1 à 6.

La transformation du fort en dehors est achevée en 1868, de même que la construction du nouveau casernement casematé dissocié de l'ancien fort mais fonctionnellement lié.

Période(s) Principale : 1er quart 19e siècle, 2e quart 19e siècle
Secondaire : 3e quart 19e siècle
Auteur(s) Auteur : Louis A.,
A. Louis

Colonel, chef du génie de Toulon dans la première moitié du 19e siècle.


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Auteur : Dautheville,
Dautheville

Chef de bataillon du Génie à Toulon dans la première moitié du 19e siècle.


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Auteur : Long Antoine,
Antoine Long

Colonel du Génie à Toulon au milieu du XIXe siècle. Auteur d'un projet (non réalisé) pour le fort Balaguier en 1858, participe à l'élaboration du projet de la 2e enceinte de Toulon en 1845, conçoit le dessin de la 3e enceinte de Toulon en 1860.


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Auteur : Corrèze Joseph,
Joseph Corrèze

Chef du Génie à Toulon en 1845, lieutenant colonel en 1848. Collaboration ou direction de plusieurs chantiers de la place de Toulon :

- 1843-1848 : remaniement du fort Malbousquet

- 1845 : caserne du Pas de la Masque

- 1846 : remaniement du fort Lamalgue

- 1844-1848 : batterie de la Carraque et fort de la Croix des Signaux

- 1846-1849 : remaniement de la batterie basse du Cap Brun et de la batterie de la Cride

- 1861 : 2e enceinte de Toulon


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ingénieur militaire, attribution par source

L'état actuel du fort Malbousquet, à l'abandon et semi-ruiné, témoigne des transformations qu'il a subi entre 1862 et 1868, qui l'ont amputé de deux de ses fronts, le front d'entrée et le front de gorge, avec la la caserne qui s'y élevait.

Le deux fronts subsistants de 1848 enveloppent de près dans l’aire triangulaire qu’ils définissent, l’ancienne lunette pentagonale de 1814 (n°6), conservée comme réduit défilant le magasin à poudres (de temps de paix, n° 10) niché à sa gorge. Le front de tête, face au nord / nord-ouest, est composé d’un rempart formant deux angles, celui de droite obtus (2) l’autre droit (3), avec banquettes d’artillerie ; ces angles sont épaulés de deux demi bastions plus bas, de modestes dimensions (1, 4), faisant saillie exclusivement sur les fronts latéraux. Au milieu de ce front, un ouvrage plus grand, fortement saillant, dit « l’As de pique » (5) en forme de bastion à flancs fortement retirés, est aussi haut que le rempart (2 -3) qu’il défile entièrement. En retour d’angle droit de ce front de tête (1-2-3-4-5), le front gauche de l’ancien fort est conservé sur les trois quart de son développement d’origine, formant une courtine (4-7) défilée et masquée par une grande et haute tenaille, sans doute reconstruite vers 1868 pour lui donner une plus grande hauteur que dans l’état d’origine.

Le rempart ou courtine 4-7 de l’ancien fort, et l’extrémité gauche de la tenaille, ont été amputés et recoupés par le fossé qui retranche le fort du corps de place, fossé au sol fortement déclive vers l’extérieur (dans le sens de l’escarpement naturel sud-ouest). Le rempart (4-7) n’est pas continu, mais divisé en deux zones bien distinctes, celle vers l’angle 3 (nord-est), la plus courte, participant de la défense du front de tête, celle vers le fossé du corps de place et le bastion 7 délimitant une plate-forme d’artillerie indépendante cotée 8. Entre les deux segments, règne une coupure que referme, au-dessus du revêtement de la courtine, un mur maigre percé de trois créneaux de fusillade, et coiffé d’une dame, qui empêchait toute communication d’une partie à l’autre du rempart au niveau du parapet d’artillerie.

L’accès aux deux demi-bastions bas 1 et 4 adossés au rempart des fronts latéraux au droit des angles (1, 4) du front de tête, est assuré par des poternes voûtées en berceau traversant le rempart.

La gorge du fort amputé relie la courtine 8 aux abords du demi-bastion 1, en passant par la gorge de l'ancienne lunette remployée de 1814. La gorge de la lunette conserve son tracé « à cornes », soit formé d’un revêtement rentrant à trois côtés, enveloppant le magasin à poudres engagé en tenaille dans cette gorge et dégageant un fossé d’isolement. Ce magasin un peu surhaussé par rapport au fossé d’isolement, et attenant à une terrasse qui le sépare du fossé du corps de place, comporte une salle des poudres voûtée en berceau, jadis entresolée. Les murs latéraux sont percés des évents en chicane caractéristiques des magasins à poudres, et les murs pignons, fait moins fréquent, présentent en partie basse des « ventouses », conduits muraux verticaux.

La poterne traversant la courtine 6-7 du corps de place met la gorge du fort amputé en communication indirecte avec le casernement casematé de 1868, niché dans le bastion 6 du corps de place. Les sept amples casemates, entresolées, pénétrant profondément dans le terre-plein du demi-bastion, définissent chacune une travée de la façade du casernement. Chaque façade de casemate comporte classiquement une porte flanquée de deux fenêtres de même largeur, avec couvrement en plate-bande appareillée. Dans l’état actuel, les fenêtres et la partie supérieure des portes sont toutes murées. Le profil de la voûte des casemates est exprimé en façade par un grand arc en segment de cercle, avec appui régnant au niveau du plancher de l’entresol des casemates. Les casemates communiquent entre elles, aux deux niveaux, par des passages en corridor percés dans les murs de refend, vers le fond. L’accès à l’entresol se fait par un escalier en charpente ménagé au fond de la casemate centrale, avec deux courtes volées convergeant dans une volée centrale. L’ensemble est isolé du terre-plein du bastion par un haut couloir voûté enveloppant permettant d’assainir le casernement, à la manière d’un couloir d’isolement de magasin à poudres.

Murs calcaire moellon
brique
Toit tuile creuse
Plans système bastionné
Étages entresol
Couvrements voûte en berceau
Couvertures terrasse
toit à longs pans
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier tournant, en charpente
Statut de la propriété propriété publique

Références documentaires

Documents d'archives
  • AUMALE, CHARLES-FRANCOIS MARIE D'. Atlas des places fortes, Toulon et ses forts extérieurs. Par Charles-François Marie d'Aumale, directeur des fortifications de Toulon et de Basse Provence, 1775. Service Historique de la Défense, Vincennes : Bibliothèque du Génie, Atlas des places fortes n° 64.

    p. 23
Documents figurés
  • [Projet du fort Malbousquet]. / Dessin à l'encre en couleur, par Etienne François Joseph Desroys, 1791. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1839.

  • [Ensemble fortification d'agglomération et Malbousquet. An 9]. / Dessin à l'encre en couleur, 1800. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1840.

  • [Ensemble fortification d'agglomération et fort Malbousquet.] / Dessin à l'encre en couleur, 1814. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1840.

  • Plan du fort Malbousquet. / Dessin plume et encre, 1814. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1840.

  • Projets pour 1842. Fort Malbousquet. Acquisition du terrain [Lunette]. / Dessin à l'encre en couleur, [1841]. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1860.

  • Fort Malbousquet et poudrière Milhaud. / Dessin à l'encre en couleur, 1843. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1860.

  • Projets pour 1847. Construire un magasin à poudre [...] dans la lunette du fort Malbousquet. / Dessin à l'encre en couleur, 1847. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1864.

  • Projets pour 1848 fortifications. Construire un magasin à poudre au fort Malbousquet. Plans et coupes. / Dessin encre et lavis, signé Corrèze, 1848. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1865.

  • Projets pour 1848 fortifications. Construire le fort Malbousquet. Plan d'ensemble. / Dessin à l'encre en couleur. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1865.

  • Projet supplémentaire pour 1861 Fortifications. Fronts 5-9 et 6-7 de la nouvelle enceinte à l'ouest au travers du fort Malbousquet. / Dessin à l'encre en couleur, signé A. Long, mars 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1872.

  • Projets pour 1864-65. Fortifications. Nouvelle enceinte ouest. Etat des lieux des fronts 5, 6, 7. / Dessin, encre et lavis, 1864. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1874.

  • [Plan du Fort Malbousquet.] / Dessin à l'encre en couleur, 1868. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1877.

  • [Plan secteur Malbousquet.] / Dessin à l'encre en couleur, 1871. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1878.

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