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fort et château fort, puis batterie de côte dite château de Bandol, batterie du château de Bandol ou batterie de Bandol

Dossier IA83003107 réalisé en 2017

Fiche

HISTORIQUE ET TYPOLOGIE GÉNÉRALE

Du XVIe siècle à la Révolution

L'histoire militaire et l'intérêt stratégique public du site de Bandol ne se font jour qu'à partir de la fin du XVIe siècle. A l'époque médiévale, le lieu dépend de la seigneurie de La Cadière, possession de l'abbé de Saint-Victor de Marseille, et n'a pas de peuplement aggloméré, seulement un port de pèche. La fondation d'un fort, devenu château seigneurial, sur l'éminence rocheuse s'avançant en presqu'île dans la mer, est liée au contexte des guerres de la Ligue en Provence (1585-1598), et à la carrière personnelle d'un fils de notable d'Ollioules, Antoine Boyer, l'un des plus actifs lieutenants du duc d'Epernon pendant cette période troublée.

Antoine Boyer commence sa carrière militaire au service de Bernard de Nogaret de La Valette, lieutenant général et gouverneur de Provence et Dauphiné pour le roi Henri III, qui le nomme successivement, gouverneur de la place de Six-Fours (1588), du port de Bandol et d'Ollioules (1590). Il s'agit de charges de circonstance, éphémères, destinées à faire respecter les intérêts du roi localement. En octobre 1589, Boyer est chargé par La Valette de faire fortifier et garder le château du Bausset. Le gouvernement de Provence et le titre d'amiral du Levant sont attribués en 1589 au frère cadet Jean-Louis de Nogaret, duc d'Epernon, favori d'Henri III, hostile à la Ligue, qui se rallie à Henri de Navarre à la mort d'Henri III, et conserve ces charge et titres jusqu'en octobre 1594. Contraint de les céder à Charles Ier duc de Guise, en faveur de qui Henri IV, converti au catholicisme et sacré le 27 février, en a disposé, le duc d'Epernon retourne en Provence et s'allie avec Gaspard de Pontevès, comte de Carcès, gouverneur de Provence au nom de la Ligue, qu'il avait combattu et qui le laisse agir. Il se soumet et quitte la Provence en mai 1596. La création du fort de Bandol se situe à cette période de transition : le 13 décembre 1594, le duc d'Epernon donne des lettres de commission à Antoine (de) Boyer pour fortifier le lieu de la Motte Bandol, comme très nécessaire pour le service du roi, et lui en donne le gouvernement; le lieutenant de Brignoles doit ordonner l'estime des frais de cette fortification1. Le 5 mai 1595, de nouvelles commissions d'Epernon demandent d'activer les travaux du fort de Bandol pour empêcher les espagnols de s'en emparer 2. Le 20 novembre 1595, la Cour du parlement commet Antoine de Boyer, au gouvernement des places de La Cadière, Bandol, Saint-Nazaire, Ollioules, Le Beausset, Seireste, Bormes et Joucques, avec confirmation de la charge de capitaine d'une compagnie de cent chevau légers et dix compagnies de gens de pied. Dès le départ d'Epernon, Henri IV, par lettres patentes du 5 mai 1596 donne à Antoine de Boyer la capitainerie du fort de Bandol3 , charge fixe, érigée en fief relevant du roi au titre de morte paye.

Le 16 décembre de la même année, contre l'avis des consuls de Toulon, le roi nomme Auguste de Forbin, sieur de Solliès, au gouvernement militaire de Toulon, qui comprend, outre la ville et le port, le fort de Bandol, la tour de (Sa)Nary, les îles Ambiez, le fort Sainte-Marguerite, La Garde, le château d'Hyères et la côte des îles d'Or, avec les châteaux de Porquerolles et Port-Cros4. Bandol est donc l'un des deux postes stratégiques gardés au service du roi dans ce gouvernement, qui soit qualifié de fort, et de plus pourvu d'un capitaine titulaire permanent. Les termes des lettres patentes royales de mai 1601, adressées au duc de Guise, donnant pouvoir au sieur Antoine de Boyer de fortifier la maison de Bandol de toutes les mesures nécessaires5, montrent une évolution. Le fort de Bandol, dont Boyer tient la capitainerie en fief du roi, a aussi pris un statut de résidence pour son titulaire, roturier, qui peut en parfaire les défenses, sans pour autant jouir d'un véritable titre seigneurial, le fort restant une enclave dans la seigneurie de la Cadière. Henri IV contribue de manière décisive à l'évolution du statut d'Antoine de Boyer et à sa fortune. Par lettres patentes de mai 1603, il lui attribue le privilège exclusif "de faire a perpétuité la pèche des poissons appelés thons dans la mer du levant depuis La Ciotat jusqu'à Antibes", ce qui inclut la concession héréditaire, très lucrative, de la madrague de Bandol 6. L'année précédente, Boyer avait été nommé viguier de la ville de Marseille sur présentation du roi, qui, le 14 janvier 1609, lui donne le gouvernement du fort de Notre-Dame de la Garde à Marseille, en remplacement de Barthelémy de Libertat 7.

On observera à cet égard que ce fort de hauteur important dans le système défensif du port de Marseille est un ouvrage fortifié "à la moderne" dès le règne de François Ier, c'est à dire bastionné, issu de dessins d'ingénieurs militaires, tandis que l'enceinte du fort de Bandol, ouvrage secondaire bâti à l'extrême fin du XVIe siècle sans plans préétablis et dans une relative urgence, adopte une forme architecturale à l'ancienne polygonale irrégulière, du fait de l'adaptation au socle rocheux, soit celle d'un château médiéval dont les trois ou quatre tours circulaires de flanquement assez grêles, ne sont pas inspirées des grosses tours d'artillerie des fortifications royales provençales du règne de François Ier, comme celles du château d'If, ou celles des Iles d'Hyères. Le recours à des tourelles de flanquement caractérise, il est vrai, certains ouvrages bâtis aussi à l'extrême fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle en Provence par l'ingénieur du Roi Raymond de Bonnefons, à Marseille dans l'île de Ratonneau et à la citadelle de Saint-Tropez, mais il s'agit dans ces cas précis d'accessoires d'un réduit conçu selon un plan géométrique régulier, inclus dans une enceinte bastionnée.

En mai 1613 Antoine de Boyer, autorisé par lettres royales à "porter toutes sortes d'armes", ce qui signifie son anoblissement, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, est promu chevalier de l'ordre de Saint-Michel8. Une tradition donnée par les historiens locaux attribuent à Antoine Boyer la construction du château de Bandol en 1610, soit d'une ample demeure digne du rang qu'il avait acquis, à l'intérieur de l'enceinte du fort. Il ne manque plus désormais au gentilhomme capitaine et châtelain que de pouvoir s'intituler seigneur de Bandol. C'est chose faite en 1615 : Antoine de Boyer obtient de Robert de Frangipani, abbé de Saint Victor, seigneur de la Cadière, l'érection de Bandol en arrière-fief de Saint-Victor de Marseille9, avec les îles Rousse et de Bendor.

Dès lors, sous le règne de Louis XIII, ce qui fut conçu initialement comme fort d'intérêt public, ouvrage militaire de faible valeur et d'importance stratégique secondaire, est devenu le château du lignage seigneurial des Boyer. Il s'agit, implicitement, d'un changement de statut et d'un déclassement au sein du système défensif des côtes de Provence.

A la génération suivante, Jules de Boyer, par son testament du 18 novembre 1675, fonde une chapelle dédiée à la vierge dans son château de Bandol. A l'époque où s'élaborent les grands projets et chantiers de refonte du système défensif de Toulon et de sa rade sous l'autorité de Vauban et d'Antoine Niquet, le château de Bandol n'a plus aucun statut défensif et n'est pas mentionné dans les annales militaires autrement que pour un pillage qu'il subit le 31 juillet 1707, pendant le siège de Toulon par le duc de Savoie. Le compagnies sardes débarquées au port de Bandol, responsable de cette mise à sac, est rapidement dispersée par le comte de Barville, brigadier du roi, et quatre compagnies de grenadiers10. François II de Boyer dit de Foresta, petit fils de Jules de Boyer et d'Eleonore de Foresta, obtient l'érection de Bandol en fief indépendant de Saint-Victor. L’acte de séparation avec La Cadière est signé le 12 août 1715, et immédiatement à la suite, le seigneur rédige un acte d’habitation créant une colonie de peuplement qui forme en une trentaine d'année le village de Bandol. Une église y est fondée en 1748, érigée en paroisse deux ans plus tard.

On note l'appellation "fort et château de Bandol" sur la légende du plan de la baye de Bandol par le pilote Jacques Ayrouard, gravé en 1736, et ce château figure, au même titre que les batteries de côte, sur la carte des rades de la ville de Toulon et du Brusq avec les environs, jointe au mémoire sur la défense de Toulon du directeur des fortifications Milet de Monville, daté de 18 avril 176211. Ce château est connu par deux vues des années 1750, une peinture de Joseph Vernet (qui a donné lieu à une version gravée par Nicolas Cochin), où il figure à l'arrière plan d'une scène de pèche en mer12, et une gravure illustrant un imprimé édité par le seigneur "marquis" de Bandol, François III de Boyer de Foresta. On y constate la monumentalité de l'architecture de la résidence seigneuriale, logis à grande façade classique regardant le large, dans la moitié Est de l'enceinte, calé à l'est sur une tour d'angle de 1595, à l'arrière-plan d'une vaste cour d'honneur ouverte sur la mer par le dérasement de la partie supérieure des courtines et de la tour d'angle sud-est du fort. Une aile de galerie en retour d'équerre joint le logis à un pavillon attenant à une autre tour de flanquement du front sud. Dans la moitié ouest de l'enceinte, à l'arrière de la galerie, une aile de communs basse et allongée règne à l'arrière d'une grande basse-cour.

Plan de la baye de Bandol en Provence 1736. Détail.Plan de la baye de Bandol en Provence 1736. Détail.Vue du golfe de Bandol : la Madrague ou la pêche au thon, 1754. Détail : le château de Bandol.Vue du golfe de Bandol : la Madrague ou la pêche au thon, 1754. Détail : le château de Bandol.

Révolution et Empire

A la Révolution, François III Ange Hilaire Auguste Boyer de Foresta, chambellan de Louis XVI, décide d'émigrer, et désigne en 1791 le sieur Michel, de Paris, curateur de l'hoirie de la terre de Bandol, avec pour procureur un notaire de Saint Nazaire (Sanary), pour liquider le domaine en le vendant par pièces. La même année, la direction des places des départements du Var et des Bouches-du-Rhône définit les dépenses à engager pour mettre les batteries de la côte dans un état de défense désirable. Décision est prise de réquisitionner le château pour y installer une batterie sur le front sud, afin de protéger le mouillage et l'entrée dans la rade du Brusc, moyennant une dépense de 150 livres pour les réparations ou adaptations de l'existant, rien de plus n'étant proposé pour en augmenter le degré de force, à la différence des batteries de côte préexistantes 13. En 1792, la municipalité de Bandol visite les bâtiments du château dans l'intention d'y loger les canonniers, et constate un état de délabrement très avancé dont la cause n'est pas précisée (incendie ? pillage ? vandalisme ?) : "Nous avons trouvé le corps de bâtisse presque entièrement écroulé et le reste menaçant ruine ; l'état des planchers ne nous permettant pas d'y pénétrer, nous avons reconnu du dehors et par les fenêtres qui sont dépourvues de leurs vitres, volets et contrevents, qu'il n'existe plus aucun meuble dans ledit château"14. Ce corps principal du château, l'aile de galerie et le pavillon sont ensuite démolis en 1793 sur ordre de Paul Barras, représentant de la Convention à Marseille et Toulon. La même année, un rapport de la députation des sociétés populaires du Midi devant Toulon aux autorités marseillaises, daté du 16 octobre, comporte un état des lieux des défenses de Bandol : " L'artillerie de la batterie de Bandol consiste en deux pièces de douze et deux de vingt-quatre. Elle sont de fer. Leurs affuts paraissent bons. Il y a à la poudrière neuf à dix quintaux de poudre. Cette quantité ne suffit pas puisqu'il en faudrait encore cinq quintaux pour consommer les boulets de la Batterie. La muraille qui devrait former un rempart autour de la demi-lune s'est écroulée ; et il est urgent de la faire réparer. La batterie est servie par quarante-trois hommes, il n'y a point d'étapier ni d'hôpital ; il y a seulement dans le lieu, distribué à divers postes, environ vingt-cinq Allobroges (savoyards) commandés par un Lieutenant. Les patriotes n'y sont pas nombreux et quelques uns de ces derniers nous ont raporté qu'il y a à Cride une batterie avec quatre pièces de dix huit et qu'il y en a à Portissol deux de douze et deux de dix-huit " 15.

Un rapport sur la force des batteries de la rade du Brusc dressé le 18 prairial an 2 (6 juin 1794) par quatre commissaires nommés par le ci-devant pouvoir exécutif, indique, dans la colonne donnant l'état existant, pour la batterie du château de Bandol, un armement d'un canon de 24, deux de 18 et deux de 12, canons à remplacer par cinq canons de 36 (livres), deux mortiers en équipant le poste d'un four à caisse16. Après ce réarmement, un peu revu à la baisse, la commission donne une brève description du "château de Bandol" et de sa garnison : " Situé à l’ouest de l’anse et au nord de la petite île de ce nom, armé de 4 pièces de 36 sur affûts marins et 2 de 12 sur affûts marins. A barbette, plateformes de briques de champ et genouillère, qui est le cordon du château en pierres de taille. Cet emplacement est très vaste. Deux corps de garde et un ancien magasin à poudre. Croise ses feux avec la batterie de la Cride. Un Lt et 30 hommes de la Cie de la Ciotat, 1 Lt et 38 volontaires du 5° Bon des Basses-Alpes" . L'état des projets d'ouvrages à faire aux batteries du 21 novembre 1796, signé de Legier, sous directeur des fortif et de Garavague, directeur des fortifications de Toulon, propose une dépense de 400 livres à Bandol pour rallonger en maçonnerie deux plates-formes de (canons) de 8 et les rendre propres à recevoir du 24..17

Sous l'Empire, un mémoire sur les batteries qui défendent la rade de Brusc et celle de Bandol daté du 15 octobre 1811 définit l'armement à prévoir. Pour la batterie de Bandol, il préconise un armement de quatre canons de 36 sur affûts de côte, deux de 12 sur affûts marins, un de 4 de bataille, en précisant : " ...placée sur l’emplacement de l’ancien château de Bandol, on peut y former une batterie très forte et très défensive du côté de terre. L’emplacement du château est très vaste ayant un très beau glacis en arrière. Il y a en avant de cette batterie une île qu’il est inutile d’occuper." Cependant, cette opinion favorable ne semble pas partagée par le comité central des fortifications dans son rapport de la séance du du 11 avril 1812 qui planifie la construction de six tours modèles dans les batterie de côte su secteur de Toulon. L’amiral Emériau, préfet maritime, ne fait pas mention du château de Bandol, mais juge indispensable le renforcement des batteries du Cap Nègre, de La Cride, de Portissol et de Saint-Pierre des Embiez, destinées à être armées chacune de cinq ou six canons de 36 livres et un ou deux mortiers à la Gomer, et complétées d’un réduit de type tour n° 1. La batterie de Bandol ne figure pas davantage au tableau comparatif de l'armement actuel des batteries de la rade du Brusc avec celui proposé par la commission mixte, en date du 3 mai 1812, et elle n'est pas mentionnée en 1814 dans le mémoire du général Campredon sur la défense de Toulon et ses dépendances, à la différence des autres batteries. Ce déficit témoigne de l'importance limitée accordée alors à ce porte très excentré, qui avait dû être désaffecté.

En 1818, cependant, est dressé un plan d'atlas détaillé de cette batterie du château 18, donnant à la fois l'état des lieux et un projet limité. L'enceinte du château y est figurée dans sa géométrie exacte, une moitié en trapèze à l'est, flanquée de deux tours d'angle, et une moitié polygonale arrondie plus large à l'ouest, une troisième tour, au milieu du front sud rentrant, faisant transition. L'aire intérieure décloisonnée est majoritairement vide, du fait de la disparition des bâtiments résidentiels du château, qui occupaient la moitié est : corps de logis adossé au front nord ou front de gorge, aile de galerie en retour d'équerre séparant antérieurement les deux parties et les deux cours, pavillon à l'extrémité sud de cette aile, appuyé sur la tour médiane du front sud. Tous ces bâtiments ont disparu sans laisser de trace. En revanche, l'ancien bâtiment de communs adossé au front nord-ouest et donnant sur l'ancienne basse cour existe toujours en 1818, c'est celui qui a été adapté pour loger les canonniers en 1792. Il est cependant aux deux tiers en ruines, comme l'indique la légende du plan : seul le tiers nord-est est redistribué, sur deux niveaux, pour abriter le corps de garde, le logement du chef de poste et celui du gardien, à l'étage, au dessus du magasin d'artillerie. En 1818, il n'y a plus de logement pour la garnison, la batterie étant désarmée. Le petit magasin à poudres, adossé à l'arrière de la partie en ruines de l'ancienne aile de communs, est certainement une construction de 1792. Il faut également mettre au crédit des travaux non documentés des années 1792-1796 la totalité du mur de gorge crénelé fermant au nord la batterie du château, partant à l'ouest de la saillie hors œuvre du magasin à poudres et aboutissant à la tour nord-est, elle-même adaptée pour recevoir un parapet crénelé. Ce mur crénelé du front nord, long d'environ 125m linéaires, haut d'environ 3m, se compose de deux branches, la moins longue face au nord-ouest, partant du magasin à poudres, l'autre face au nord, dans laquelle est percée la porte d'entrée de la batterie, flanquée d'un redan faisant transition entre les deux branches. Décalé de 4 à 6m en arrière de l'emprise des anciens bâtiments, le grand logis détruit en 1793, et l'ancienne aile de communs réutilisée, le mur crénelé ne pouvait faire partie du château. En revanche, ce type de mur maigre crénelé et peu élevé est caractéristique des retranchements de gorge économiques préconisés pour les batteries à l'époque révolutionnaire, notamment par le chef de bataillon du génie Marescot, et toujours préconisés sous l'Empire dans les refontes de batteries des années 1811-1813. Le mur de gorge de la batterie de Bandol est donc un ouvrage relativement récent lors de l'établissement du plan de 1818, et l'unique projet proposé sur ce plan, à en juger par l'emploi d'une teinte lavée en jaune, est le creusement d'un fossé en avant de la branche principale de ce mur, face au nord, redan flanquant et flancs de la tour nord-est compris, pour améliorer le retranchement en compensant la faible hauteur du mur proprement dit. Le fossé a effectivement été réalisé à la suite. Le plan de 1818 indique aussi les positions de tir existantes réparties sur le front sud, face au large, et sur le petit front est, soit quatre épaulements, dont deux au revers des deux tours, et cinq plates-formes d'artillerie, dont trois pour une seule pièce.[Plan de la batterie de Bandol, feuille d'atlas des batteries de côte] 1818[Plan de la batterie de Bandol, feuille d'atlas des batteries de côte] 1818

XIXe siècle

Comme les autres batteries de côte du secteur de la rade du Brusc, la batterie du Bandol est délaissée pendant plus d'un quart de siècle. La nouvelle commission de défense des côtes, en 184119 , lance un programme général de remise aux normes des batteries de côte, en plaçant au premier degré d'importance, dans la presqu'île de Saint-Mandrier, celles de Saint-Elme et de La Carraque, mais en formulant des préconisations générales pour toutes. L'avis de la commission pour la batterie du château de Bandol est qu'elle "sera appropriée. Croisera ses feux avec la Cride pour la défense de la baie de Bandol. Sera armée de trois canons de 30 et trois obusiers de 22. Tour n°2 pour réduit. Classée dans le 3° degré d’importance".

Dans ce cadre, la batterie de Bandol fait l'objet d'un premier projet de principe en 1846, avec dessins, comportant la conservation de la partie de bâtiment existant, tout en y ajoutant un réduit de batterie conçu selon l'un des modèles-type définis à l'échelle nationale, adapté à une batterie de six pièces d'artillerie croisant ses feux avec celle de la Cride, pour défendre l'ouverture de la baie de Bandol. Ce projet, jugé moins urgent que celui d'autres batteries mieux placées stratégiquement, classé par conséquent en troisième ordre de priorité, est soumis à la commission de révision de 1848 qui admet "l'appropriation de la batterie actuelle du château de Bandol pour six bouches à feu, en lui donnant pour réduit une tour n° 2, avec l'ancien château de Bandol, s'il peut-être restauré." Présenté à nouveau pour 1849, ce projet est ajourné d'une année sur l'autre pendant dix ans, jusqu'aux projets pour 1858-1859. A cette date, aucun changement n'est proposé au projet de 1846 revu en 1849, et l'amélioration de la batterie est chiffrée à 81.700 francs. Le chef du génie Antoine Long précise, en ajournant une nouvelle fois, qu'il suffira de reproduire la demande de fonds pour 1860-1861, en l'appuyant d'un projet20.

De fait, le projet de l'exercice suivant pour organiser la batterie du château de Bandol, daté du 20 avril 1860, élaboré et dessiné par le capitaine Bugnot selon les idées du chef du génie 21, est estimé un budget moindre, 76.000 francs. Le lieutenant colonel Antoine Long s'en explique dans son apostille : " Le dernier projet présenté avec détails l'a été en 1849. Dans ce projet, la tour réduit avait été mise à cheval sur le mur crénelé de la gorge, mais ce mur se flanquant suffisamment, nous avons préféré n'y point toucher et placer le réduit à l'intérieur, à peu près sur l'emplacement des anciennes constructions du château actuellement à l'état de ruines, et qu'il faut nécessairement démolir. Nous ne conservons que l'ancien puits qui se trouvera placé dans la cuisine du réduit. La dépense totale ne sera que de 68.000 francs, 13.000 de moins qu'en 1849." Le premier poste, de 26.0000 francs, est consacré à la construction des épaulements, des traverses et déblayer l'emplacement du réduit. Les déblais de l'emplacement de la tour réduit doivent servir à masser les parapets et traverses. Le nouvel épaulement projeté, gros parapet en terre peu différent de celui proposé dix ans plus tôt, comporte deux sections d'artillerie de trois pièces de canon chacune, l'une parallèle au petit côté est de l'enceinte du château, entre les deux tours, l'autre au milieu de l'ancien front sud, destinée à des tirs en direction de la batterie de la Cride et du fort projeté sur l'île des Embiez (dans ce dernier cas, tirs d'action très lointaine). Ces deux sections sont reliées par un épaulement passif défilant la cour de la batterie, et un autre épaulement ou traverse, en retour d'équerre nord-ouest, laisse à l'extérieur l'extrémité ouest de l'ancienne batterie, pour procurer un parados au réduit de batterie prévu au nord-ouest de la cour. Celui-ci, estimé à 40.000 francs, est une tour n° 2 modifiée (un peu réduite dans ses dimensions en plan) pour l'adapter à une garnison de 30 hommes, selon une variante aussi présentée simultanément pour la batterie de Portissol. Une dépense de 59.000 francs est proposée sur l'exercice 1860, le solde sur 1861, mais le projet est à nouveau ajourné, définitivement cette fois. Le bâtiment existant, ancienne aile de communs utilisé comme corps de garde, n'est pas détruit mais entretenu pour loger un gardien, qui se distingue en 1861 par la trouvaille, sur le site du château, d'une tête sculptée féminine réputée antique, et supposée tête de Cérès par le chef du bureau du génie de Toulon.

Du fait de sa position excentrée dans le système défensif toulonnais, hors de la rade du Brusc, et de l'obsolescence annoncée des batteries de côte de la génération 1841-1846 du fait de l'impact de l'artillerie rayée, la batterie du château est abandonnée sans avoir été réarmée, et ne fait l'objet d'aucun nouveau projet dans la seconde moitié du XIXe siècle. Elle est officiellement déclassée en vertu de la loi du 23 juillet 1881 et le terrain remis aux domaines le 30 décembre suivant.Projets pour 1860-1861. Fortifications. (Défense des côtes). Article 15. Organiser la batterie de Bandol. [Plan et coupe] 1860Projets pour 1860-1861. Fortifications. (Défense des côtes). Article 15. Organiser la batterie de Bandol. [Plan et coupe] 1860

La plate-forme de l'ancien château, demeurée longtemps terrain militaire, reste vierge de toute construction autre que le corps de garde jusqu'au début des années 1930, comme on le constate sur les photographies éditées en carte postale vers 1900-1910 22, et sur une photo aérienne verticale IGN de 1932 montrant que le mur de gorge crénelé est alors encore conservé intact avec son fossé. Le lotissement de la plate-forme commence entre 1932 et 1947, date à laquelle une nouvelle photo aérienne IGN montre trois villas construites dans l'enceinte, deux contiguës au nord-ouest, dont une sur l'ancien corps de garde, et une autre isolée dans une parcelle carrée dans l'angle sud-est de l'ancienne enceinte, incluant le plate-forme de l'ancienne tour. Le lotissement a aussi commencé à l'extérieur de l'enceinte, notamment autour de l'ancienne tour nord-est, enveloppée par une maison. En 1952, deux autres villas sont construite dans la partie sud-ouest de l'enceinte, mais une partie de l'aire intérieur reste libre et le mur de gorge crénelé conservé. En 1958, il n'existe plus, ayant fait place à une barre d'immeuble l'aménagement du lotissement ayant été planifié et achevé dans l'intervalle. L'ancien château est devenu un quartier résidentiel de l'agglomération de Bandol, avec trois rues, une place circulaire et un parcellaire densément bâti.

COTE D'AZUR. 2151. Bandol. Le vieux fort et château carré avec tours rondes aux angles, construit par Vauban. Panorama sur mer de toute beauté, vers 1900.COTE D'AZUR. 2151. Bandol. Le vieux fort et château carré avec tours rondes aux angles, construit par Vauban. Panorama sur mer de toute beauté, vers 1900.

DESCRIPTION

Site et implantation générale

Les restes du fort couronnent la tête d'une éminence rocheuse en poudigue ou conglomérat ocre incrusté de gros blocs de basalte, formant un isthme ou une presqu'île étranglée entre la baie ou rade de Bandol, à l'est (dissociée de la rade du Brusc par le Cap de la Cride), et une crique à l'ouest, nommée "calle du fort" sur la carte de Jacques Ayrouard (1736). Un bras de mer sépare cette avancée de l'île de Bandor, exactement en face au sud, qui aurait fait obstacle à certaines des directions de tir de la batterie si son nivellement n'avait pas été plus bas que celui du château. L'aire intérieure du fort, château, puis batterie règne à une altitude moyenne de 25 à 26m au-dessus du niveau de la mer, la crête des parapets des épaulements de la batterie de 1793 s'élevait à 27, 20m.Le village de Bandol s'est développé, au XVIIIe siècle, au bord de l'anse de Bandol, à environ 800m à l'est /nord-est du château, mais, depuis l'après seconde guerre mondiale, le parcellaire bâti de l'agglomération a envahi à la fois l'ancienne batterie et ses abords extérieurs. L'ancienne voie d'accès unique depuis le nord est devenue une des voies de la localité actuelle, dite avenue du château. Elle dessert le lotissement, soit les villas et un immeuble collectif, par deux impasses perpendiculaires, la traverse du château et la place du château. Dans ce lotissement et autour de cette voirie, il n'existe plus aujourd'hui aucun vestige des aménagements internes tant du château que de l'ancienne batterie.

Plan, distribution spatiale, circulations et issues, structure et mise en œuvre

L'analyse descriptive des restes actuels de l'ancien fort et de l'ancienne batterie est fortement limitée par la disparition complète des anciens aménagements internes, qui vient d'être évoquée. Pratiquement, il ne reste plus rien de la batterie de côte de 1792-1796, les restes monumentaux actuels et encore bien apparents vus de l'extérieur, sont ceux des escarpes du front sud et du front est de l'ancien fort de 1594-1596, soit la partie de l'élévation des courtines et des trois tours semi-circulaires qui règne sous le niveau du terre-plein intérieur. Il s'agit donc à proprement parler, et pour employer la terminologie de l'architecture militaire moderne, du revêtement du terrassement intérieur, ancré sur le rocher à un niveau très variable. La partie d'élévation la plus haute et la plus apparente, à l'arrière plan des parcelles loties, est celle de la tour sud-est, haute de 16m, et fondée sur le rocher à la cote de niveau 10m, et des deux courtines attenantes. En revanche, le mur polygonal de la partie ouest du front sud étant fondé sur le haut du rocher (instable et dégradé dans ce secteur), l'élévation qui en reste varie de 3m à 0,60m, tandis que la souche de tour médiane est élevée de 4m. Dans l'état actuel, ces élévations, encore parfaitement dégagées au début du XXe siècle, sont aujourd'hui masquée par de nombreux arbres. Quand à la troisième tour, celle du nord-est, son soubassement existe toujours, mais il est aux deux-tiers enveloppé dans une maison qui s'y est greffée; la parapet crénelé qui y avait été ajouté vers 1795 et existait encore dans les années 1930, a été complètement rasé. Le diamètre des trois tours conservées varie de 5m (tours sud et nord-est) a 7m (tour sud-est), l'élévation de l'escarpe accusant un léger fruit qui augmente sensiblement le diamètre de la tour sud-est à sa base.

Vestiges de l'enceinte de la batterie du château, front sud face à la mer.Vestiges de l'enceinte de la batterie du château, front sud face à la mer.

Les parements sont en blocage de moellons dégrossis (calcaire et poudingue) de gabarit moyen, sommairement calibrés, mis en œuvre avec soin en formant des assises de réglage nivelées à l'horizontale, très apparentes sur la courtine sud attenante à la tour sud-est . Les assises supérieures panachent de plus gros blocs bruts avec des petits moellons de calage. Ces pierres de parements étaient revêtues d'un enduit couvrant don il reste des lambeaux très dégradés. L'élévation de cette escarpe, y compris celle, importante, de la tour sud-est, ne comporte aucune baie ou embrasure, ce qui prouve qu'il n'existait ni casemates, ni galerie d'escarpe casematée dans ce revêtement. Les canonnières du fort de la fin du XVIe siècle n'existaient que dans l'élévation supérieure des tours, voire des courtines, déjà dérasées au XVIIIe siècle, en ce qui concerne la tour sud-est et les courtines attenantes. L'élément architectonique le plus caractéristique de l’architecture militaire du XVIe siècle encore observable sur les élévations actuelles très diminuées, est le cordon torique qui souligne la magistrale, nivelé partout à l'horizontale, et marquant la transition entre le sol intérieur, soit l'escarpe remparée marqué d'un fruit, et l'élévation supérieure verticale. Cette élévation disparue est remplacée par un muret garde-corps lui-même couronné d'un second cordon formant tablette de couvrement, qui est à l'évidence en remploi. Il est difficile de savoir à quelle époque les pierres appartenant à des parties détruites du cordon de la fin du XVIe siècle ont été ainsi récupérées et remployées pour servir de tablette, mais cette disposition existant déjà sur les photographies prises vers 1890-1900, on doit en conclure qu'elle avait du être mise en œuvre lors de l'aménagement de la batterie de 1792-1796 (la genouillère mentionnée en 1794 correspond au moins en partie à ce mur garde-corps) sinon antérieurement, lors du dérasement de cette partie des courtines et tours au XVIIIe siècle pour dégager les vues sur la mer de la façade principale du château.

Vestiges de l'enceinte de la batterie du château,  détail courtine et tour sud-est, parapet à cordons.Vestiges de l'enceinte de la batterie du château, détail courtine et tour sud-est, parapet à cordons.

1Magloire Giraud,. Mélanges historiques, archéologiques et statistiques, biographie d'Antoine de Boyer, Bulletin de la société académique du Var, t. VIII, 1877, p. 85-90, d'après un manuscrit des archives paroissiales de Saint Cyr intitulé Diverses commissions dont messire Antoine de Boyer a été honoré pour le service du roi. 2Arch. Dep. Bouche du Rhône, 70J42 (dossier Boyer-Bandol), Fréderic d'Agay, Les concessions, reprises ou créations de fiefs sur la côte provençale aux temps modernes, Provence historique, fascicule 254, 2013, p. 427-439 (Bandol, p. 431-432).3Magloire Giraud,. Mélanges historiques (...) Op. Cit, p. 884 Gustave Lambert, histoire de Toulon, Toulon, 1886-1892, t. III, p. 196.5 Magloire Giraud,. Mélanges historiques (...) Op. Cit, p. 886Fréderic d'Agay, Les concessions (...) Op. Cit, p. 4327Fréderic d'Agay, Les concessions (...) Op. Cit, p. 4318Magloire Giraud,. Mélanges historiques (...) Op. Cit, p. 89; Fréderic d'Agay, Les concessions (...) Op. Cit, p. 4329Magloire Giraud, recherches relatives à la géographie et aux antiquités, ou dictionnaire topographique et répertoire archéologique du canton du Beausset, Toulon, 1864, p. 12610A travers la Provence, impressions de voyage, descriptions pittoresques, histoires (...), Marseille, 1875, p. 62.11Vincennes, SHD, 1 VH 1833, 12Joseph Vernet (série des ports de France) Vue du golfe de Bandol : la Madrague ou la pêche au thon, 1754, Paris, Musée National de la Marine.13Vincennes, SHD, 1 VH 1838, n° 19.14 Raymond Culioli, Bandol. La deuxième vague, Bandol 1997, p. 3615J. Gourbin, Devant Toulon 1793 (documents inédits), Annales de la société d'études provençales, 1908, vol. 5, p. 382.16 Vincennes, SHD, 1 VH 1839, n° 30.17Vincennes, SHD, 1 VH 1839, n° 4118 Toulon, SHD, 4B1 bis19Toulon, SHD 4B1 47 n° 44.20 Vincennes, SHD, 1 VH 1870, n° 1, art 1821Vincennes, SHD, 1 VH 1872, n° 1, art 15 et feuille n° 16.22 La légende d'une de ces cartes postales est à la fois précise et peu soucieuse de rigueur historique : "Bandol - le vieux fort et château carré avec tours rondes aux angles, construit par Vauban"
Précision dénomination batterie de côte
Appellations batterie du château de Bandol, batterie de Bandol, château de Bandol
Dénominations fort, château fort, batterie
Aire d'étude et canton Var
Adresse Commune : Bandol
Lieu-dit : Le château
Adresse : avenue du château
Précisions

Nommée au XVIIIe et XIXe siècles batterie de Bandol ou batterie du château de bandol, cette batterie de côte a effectivement pour origine un fort, construit entre 1595 et 1610, dans un but initialement militaire. Antoine Boyer, capitaine itinérant au service de deux gouverneurs de Provence successifs du temps de la Ligue, Bernard de Nogaret de La Valette, puis Jean-Louis de Nogaret (frère du précédent), duc d'Epernon, favori d'Henri III, est chargé par ce dernier en 1594 de "fortifier le lieu de la Motte Bandol, comme très nécessaire pour le service du roi", autrement dit de diriger les travaux de construction du "fort de Bandol". Dès le départ d'Epernon, Henri IV, par lettres patentes du 5 mai 1596, donne à Antoine de Boyer la capitainerie du fort de Bandol, charge fixe, érigée en fief relevant du roi au titre de morte paye. Le fort alors édifié est de conception archaïque, n'étant pas flanqué de bastions mais de tours circulaires assez grêles, sur le modèles des châteaux du XVIe siècle ; toutefois, ce type de tours de flanquement est encore employé en Provence à la même époque pour des ouvrages plus savants d'ingénieurs militaires, comme le réduit de la citadelle de Saint-Tropez, oeuvre de l'ingénieur royal Raymond de Bonnefons. En 1601, le fort de Bandol a aussi pris un statut de résidence pour son titulaire, roturier, qui peut en parfaire les défenses, sans pour autant jouir d'un véritable titre seigneurial, le fort restant une enclave dans la seigneurie de la Cadière. Henri IV contribue de manière décisive à l'évolution du statut d'Antoine de Boyer et à sa fortune. Par lettres patentes de mai 1603, il lui concède, à titre héréditaire, la très lucrative madrague de Bandol (droit de pèche exclusif). L'année précédente, Boyer avait été nommé viguier de la ville de Marseille sur présentation du roi, qui, le 14 janvier 1609, lui donne le gouvernement du fort de Notre-Dame de la Garde à Marseille. Ennobli par Louis XIII en 1613, Boyer obtient deux ans plus tard de l'abbé de Saint-Victor de Marseille, seigneur de la Cadière, l'érection de Bandol en fief relevant de Saint-Victor. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, le "fort et château de Bandol" (tel que nommé sur les cartes maritimes du temps) perd son statut militaire d'intérêt public et n'est plus que la résidence seigneuriale de la famille Boyer de Foresta, avec grand logis à façade classique face à la mer et aile de galerie en retour d'équerre. Cet ensemble est peint par Joseph Vernet en 1754. Une petite agglomération s'est établie a proximité.

A la Révolution, en 1791, le seigneur de Bandol émigre, le domaine est vendu et la direction des places des départements du Var et des Bouches-du-Rhône réquisitionne le château pour y installer une batterie sur le front sud défendant le mouillage et l'entrée dans la rade du Brusc. Les logis sont alors à demi en ruines, et seules les dépendances peuvent servir de logement aux canonniers : la majeure partie est démolie en 1793 sur ordre de Paul Barras, représentant de la Convention à Marseille et Toulon. Un petit magasin à poudre est construit, et le front de l'enceinte du château opposé à la mer est reconstruit sous la forme d'un mur crénelé retranchant la batterie à la gorge. L'armement de la batterie et modeste : en 1794, un canon de 24, deux de 18 et deux de 12, à remplacer par cinq canons de 36 (livres), deux mortiers. En 1796, deux plates formes sont à rallonger pour accueillir des canons de 24. Cette batterie n'est pas incluse aux projets de 1812 pour la remise aux normes des batteries de côte. Un plan d'état des lieux en est dressé en 1818, montrant qu'elle n'est pas abandonnée, mais seulement inutilisée et sans doute désarmée. Le programme général rendu par la nouvelle commission de défense des côtes de 1841 prend en compte la batterie de Bandol. Elle fait l'objet d'un premier projet en 1846, actualisé en 1848 avec épaulement pour six pièces d'artillerie croisant leurs deux avec celles de la Cride, et un réduit de batterie type 1846 tour n°2. Ajourné pendant dix ans, ce projet est représenté en 1858, puis modifié en 1860, mais cette dernière version du projet est ajournée définitivement en 1861, sans aucun début d'exécution. Le déclassement définitif intervient en 1881, comme celui de la plupart des autres batteries de côte antérieures aux années 1860. L'emplacement de la batterie a été densément loti et bâti au cours du XXe siècle.

Auteur(s) Personnalité : Boyer Antoine,
Antoine Boyer (1562 - 1641)

lieutenant du gouverneur général de Provence à l'époque de la Ligue, capitaine et directeur de la construction du fort de Bandol (1596), viguier de Marseille (1602), gouverneur du fort de Notre-Dame de la Garde de Marseille (1609), seigneur de Bandol (1615).


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commanditaire, attribution par travaux historiques

Les restes du fort ou château couronnent la tête d'une éminence rocheuse en poudingue ocre incrusté de gros blocs de basalte, à environ 25m d'altitude, qui forme une presqu'île étranglée entre la rade de Bandol, à l'est (dissociée de la rade du Brusc par le Cap de la Cride), et une crique à l'ouest. Pratiquement, il ne reste plus rien de la batterie de côte de 1792-1796, remplacée par des parcelles privées avec villas et immeubles de la 2e moitié du XXe siècle. Les vestiges monumentaux actuels, encore bien apparents vus de l'extérieur, sont ceux des escarpes du front sud et du front est de l'ancien fort de 1594-1596, soit la partie de l'élévation des courtines et des trois tours semi-circulaires qui règne sous le niveau du terre-plein intérieur. Il s'agit donc du revêtement du terrassement intérieur, ancré sur le rocher à un niveau très variable, sans casemates ni abris souterrains. L'élément architectonique le plus caractéristique de l'architecture militaire du XVIe siècle encore observable sur les élévations actuelles est le cordon torique qui souligne la magistrale, nivelé partout à l'horizontale, et marquant la transition entre le sol intérieur soit l'escarpe remparée marqué d'un fruit et l'élévation supérieure verticale. Cette élévation disparue est remplacée par un muret garde-corps établi en 1792-1796, voire plus tôt, lui-même couronné d'un second cordon en remploi, formant tablette de couvrement.

Murs pierre moellon sans chaîne en pierre de taille parement
pierre pierre de taille
Typologies batterie fermée
États conservations vestiges, détruit
Mesures :

Infrastructures du "fort" fin XVIe siècle seules conservées, ensemble très diminué et défiguré.

Statut de la propriété propriété privée, Lotissement de plusieurs parcelles bâties privées sur l'emplacement de l'ancienne batterie.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Etat des projets d'ouvrages à faire aux batteries, par Legier, sous directeur des fortifications et Garavague, directeur des fortifications de Toulon, 21 novembre 1796. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1839, n°41.

  • Direction des places des départements du Var et des Bouches-du-Rhône, dépenses à engager pour mettre les batteries de la côte dans un état de défense désirable, 1791. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1838, n° 19.

Documents figurés
  • Plan de la baye de Bandol en Provence / Estampe, par Jacques Ayrouard pilote real, gravé par Louis Corne, 1736. Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans : GE DD-2987 (1397).

  • Vue du golfe de Bandol : la Madrague ou la pêche au thon. / Huile sur toile de Joseph Vernet, 1754, Paris, Musée National de la Marine.

  • Carte des rade de la ville de Toulon et du Brusq avec les environs. [1762]. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1833 n°34.

  • [Plan de la batterie de Bandol, feuille d'atlas des batteries de côte] / Dessin aquarellé, 1818. Service Historique de la Défense, Toulon : 4B1 bis

  • Projets pour 1860-1861. Fortifications. (Défense des côtes). Article 15. Organiser la batterie de Bandol. [Plan et coupe]. / Dessin aquarellé, signé Bugnot capitaine du Génie, 1860. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1872, n° 1, feuille n° 16.

  • COTE D'AZUR. 2151. Bandol. Le vieux fort et château carré avec tours rondes aux angles, construit par Vauban. Panorama sur mer de toute beauté. / Carte postale, vers 1900. Collection particulière

Bibliographie
  • AGAY, Fréderic d'. Les concessions, reprises ou créations de fiefs sur la côte provençale aux temps modernes. Dans : Provence historique, fascicule 254, 2013, p. 427-439.

    p.431-432
  • GIRAUD, Magloire, Mélanges historiques, archéologiques et statistiques, biographie d'Antoine de Boyer. Dans : Bulletin de la société académique du Var, t. VIII, 1877, p. 85-90.

  • GIRAUD Magloire. Recherches relatives à la géographie et aux antiquités, ou dictionnaire topographique et répertoire archéologique du canton du Beausset, Toulon, 1864.

    p. 126
  • GOURBIN, J, Devant Toulon 1793 (documents inédits). Dans : Annales de la société d'études provençales, 1908, vol. 5.

    p. 382.
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