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fort dit Fort Carré

Dossier IA06000947 réalisé en 2006

Fiche

Étude historique

Dans le mémoire associé à son projet du 22 novembre 1700, Vauban écrit, d’après le souvenir local tant des habitants que du corps des ingénieurs attachés à la place forte d’Antibes : « Le petit fort de la péninsule est basty dans les temps de Henry second avant quoy il y avoit une grosse tour ».

L’administration royale d’Henri II avait décidé de mettre en état de défense l’entrée de l’anse Saint-Roch abritant le port d’Antibes, jugé stratégiquement important, alors même que la ville n’était pas fortifiée, ou, du moins, seulement close dans sa partie principale, ancienne cité épiscopale, d’une enceinte remontant au Bas Empire romain.

Faute de recherches approfondies sur les sources d’archives des travaux royaux de fortification en Provence au XVIe siècle, il faut se contenter des données assez imprécises de l’historiographie locale s’agissant de la genèse du Fort Carré.

Vue en enfilade vers la vieille ville depuis le fort.Vue en enfilade vers la vieille ville depuis le fort.

De la grosse tour Saint Laurent au fort carré bastionné, une genèse méconnue, 1550-1585.

Le programme de fortification royale aurait commencé selon les sources l’an 1550, ou en avril 1548, par le lancement du chantier de la « tour Saint-Laurent » au sommet par la presqu’île formant éminence rocheuse face au port et à la ville, à l’extrémité opposée de l’anse Saint-Roch. Cette éminence était couronnée par une chapelle Saint-Laurent, dont le vocable s’est d’abord transféré à l’ouvrage de fortification construit à son emplacement.

La mise en défense de l’entrée de l’anse comportait aussi la construction d’une autre tour sur un point plus bas, immédiatement à l’entrée du port, un îlot détaché dit de Saint-Jaume, relié au port par un môle bâti aux frais des habitants d’Antibes en 1550, la construction de tour étant lancée en 1552. A la différence de la tour Saint-Jaume, construite avec la contribution des habitants d’Antibes, le chantier la « grosse tour » Saint-Laurent semble avoir été entièrement pris en charge par le roi.

Cette grosse tour Saint-Laurent, réputée achevée vers 1553, a été incorporée une trentaine d’années plus tard dans le Fort Carré actuel, et il est difficile de reconnaître avec certitude sa forme initiale, faute de pouvoir mettre en évidence ses parements extérieurs d’origine. On peut admettre que le vide circulaire intérieur inscrit dans le corps central carré du fort, et occupé par un bâtiment continu de plan annulaire aux divisions radiantes, est celui de la tour d’origine. En revanche, on ignore si l’enveloppe extérieure était elle aussi circulaire, comme celle de la grosse tour royale de Toulon, construite au début du règne de François Ier, entre 1515 et 1524, ou si elle était carrée, comme le château d’If de Marseille, construit également sur ordre de François Ier, entre 1529 et 1533, qui sous sa forme première n’avait pas de tours d’angle mais était un cube, avec cour intérieure également carrée. Quoi qu’il en soit, la tour royale Saint-Laurent d’Antibes, moins grosse que la tour de Toulon, mais plus que la Tour d’If, pourrait avoir été une synthèse de ces deux précédents provençaux, ce qui donnerait quelque crédit à la seconde hypothèse. On ne saurait exclure une troisième hypothèse : celle d’un plan extérieur octogonal.

La question du maître d’œuvre, tant de cette première tour que du fort carré définitif à quatre bastions, est entourée d’obscurité et d’ambiguïtés. L’ambiguïté principale est attachée au nom de Saint-Remy, supposé être celui de l’ingénieur militaire responsable de la construction du fort. A une époque un peu antérieure, mais proche de celle de la construction de la première tour Saint-Laurent, on identifie deux personnages bien distincts et probablement sans lien de parenté, dont l’un est ingénieur du roi en Provence sous François Ier, maître d’œuvre de l’enceinte bastionnée de la place forte de Saint-Paul-de-Vence en 1546 et 1547. D’une part, François Mandon (ou de Mandon) dit de Saint-Remy, arlésien, simple capitaine artilleur, actif sous Henri II, mort en 15751 ; d’autre part l’ingénieur Jean de Saint-Remy, commissaire de l’artillerie, expert en fortification dès 1536, puis commissaire général des fortifications, actif surtout en Picardie au début de sa carrière de fortificateur, mais envoyé en mission par François Ier et Henri II en Provence, notamment en 1546. Ce Jean de Saint-Remy, personnage important, se confond avec un Jean (de) Renaud dit de Saint-Remy, ingénieur du roi, d’une famille de Saint-Remy de Provence, mort au siège de Saint-Quentin en 1557 et inhumé dans la collégiale Saint-Martin de Saint-Rémy de Provence. A propos d’un projet du sieur de Saint-Remy, assurément Jean de Saint-Remy, pour la fortification de Toulon, en 1552, l’historien ancien de la Provence Honoré Bouche (1598-1671) le qualifie de « plus suffisant ingénieur en matière de fortifications et d’admirables inventions d’artifices de feu qu’on sût trouver dans toute l’Europe ». Les lettres de commission de François Ier pour la tournée en Provence de 1546 précisent à Saint-Remy « que n’y pourrions envoyer personnage qui soyt pour mieux satisfaire à nostre desir volompté intentions que vous, par l’expérience et bonne intelligence que vous avez esd. fortifications » 2. Cette tournée équivaut à une mission durable pour l’amélioration ou la réparation des fortifications de plusieurs places de Provence, au nombre desquelles sont citées Arles, Marseille, Antibes, Saint-Paul-de-Vence et Barcelonnette3. Antibes faisant partie des places que Jean de Saint-Rémy était chargé d’expertiser, il est admissible de lui attribuer par hypothèse le projet de la première « Tour Saint-Laurent » qui, en tout état de cause, n’était pas une fortification bastionnée. En revanche, les dates vraisemblables de 1585, donnée par l’historiographie4 pour l’achèvement du fort bastionné, et de 1565 environ pour le commencement, sont largement postérieures à la mort de Jean de Saint-Remy. D’autre part, les qualités et la carrière de François Mandon de Saint-Remy, mort entre ces deux dates, sont trop modestes et vagues pour permettre d’associer son nom –sans preuve tangible- à la construction du fort définitif.

En définitive, l’ingénieur concepteur du Fort Carré sous sa forme bastionnée n’est pas connu. L’état actuel de la recherche donne peu d’éléments sur les ingénieurs militaires actifs sur les chantiers de fortification bastionnée français du sud des Alpes dans les années 1580. On notera, outre le méconnu Jehan Sarrazin, architecte de la citadelle de Sisteron, l’ingénieur piémontais Ercole Negro (ou Nigra) de Sanfront, qui œuvra en 1580 sur plusieurs chantiers des Alpes du sud (Gap, La Mûre) et au château de La Tour d’Aigues, et a fait des relevés de la forteresse de Nice vers 1590 pour le duc de Savoie. On observera que Negro passa en 1581 du service de François de Lesdiguières du parti huguenot français, à celui du parti catholique. La citadelle de La Mure, à laquelle il a travaillé, comportait un réduit en forme de petit fort carré bastionné. Le roi de France (Henri III) aurait pu aussi faire appel à un ingénieur par ailleurs au service des ducs de Savoie (comme l’a été Ercole Negro à partir de 1588) tel que Domenico Ponsello, auteur, vers 1560, du Fort Saint-Elme de Villefranche-sur-Mer et du proche Fort du Mont-Alban, dont le plan et la forme des bastions s’apparentent à ceux du Fort Carré d’Antibes. On pense encore à Ascanio Vitozzi, qui dessina en 1589 pour le duc des projets de création ou d’amélioration des enceintes des villes françaises d’Antibes et de Saint-Paul-de-Vence, ou du château de Cannes, et pourrait être le concepteur de la petite citadelle bastionnée d’Antibes, lors de l’occupation savoyarde de juillet-décembre 1592. L’hypothèse est cependant peu vraisemblable, surtout dans le second cas, car Charles-Emmanuel, duc de Savoie depuis 1580, n’aurait sans doute pas toléré un tel clientélisme, du côté français, d’un des ingénieurs officiellement à son service depuis 1584. Quoiqu’il en soit, le dessin du projet de Vitozzi pour Antibes daté de 1589 est le plus ancien connu figurant le fort carré achevé.

Grands projets et modestes réalisations du XVIIe siècle

Le fort carré figure sur un plan et une vue cavalière de projet pour les fortifications d’Antibes, dessinés vers 1600 par l’ingénieur cartographe François Martelleur, et qui correspondent probablement à un premier état du programme mis en œuvre à partir de 1603 par l’ingénieur du roi en Provence et Dauphiné Raymond de Bonnefons, et continué par son fils et successeur Jean de Bonnefons. Sur ces projets, la presqu’île que couronne le Fort Carré est environnée à la base d’une large enceinte à redans et front de terre bastionné, avec, sur la vue cavalière, un projet de lotissement ou de petite ville neuve à l’intérieur de cette enceinte basse5

Deux plans d’Antibes dessinés vers 1635-1640 par Pierre de Bonnefons, ingénieur militaire comme ses père et grand-père, donnent l’un l’état des lieux de la place forte, l’autre un projet général de sa conception. L’état des lieux se rapproche de celui donné par la gravure moins précise de Christophe Tassin (1638), qui n’indique aucun dehors autour du fort carré. Il apporte donc une précision, absente sur Tassin : une fausse braie avec redan en épi face à chaque courtine enveloppe le fort.

Le projet de Pierre de Bonnefons, d’après un tracé de l’ingénieur de siège Abraham Fabert, dépêché par le roi, propose une large enceinte polygonale irrégulière à redans suivant les contours rocheux de la presqu’île à la base, au ras de la mer, avec front de terre rectiligne à l’ouest précédé de trois demi-lunes et d’un chemin couvert. Cette enceinte inclurait des caserne « en cas qu’on fasse ledit travail »6

Une vue cavalière à la plume et un plan donnant aussi un état des lieux vers 1640 ou peu après7 indiquent un ouvrage à cornes en place, mais probablement non revêtu, au pied du fort carré, à l’ouest, à l’entrée de la presqu’île, constituant une amorce de front de terre pour une enceinte basse. Cette enceinte basse du fort carré avait fait l’objet d’un projet très différent de celui de Fabert, connu par un autre plan non daté mais probablement de 1635, avec plan général triangulaire à trois bastions d’angle, dont un face à la mer, et front de terre encadré de deux demi-bastions et précédé d’une demi-lune. Ce projet et son amorce de réalisation sont l’œuvre de Charles-Bernard de Besançon, sieur Duplessis, dit Duplessis-Besançon, ingénieur actif en Provence aux côtés de Jean de Bonnefons, et proche du grand ingénieur militaire de Louis XIII Pierre de Conty d’Argencourt. Ces trois ingénieurs s’étaient réunis en conférence en janvier 1635 pour arrêter une politique d’ensemble sur les fortifications royales de Provence8. La fausse braie entourant le pied du fort carré doit être mise au crédit de Jean de Bonnefons, alors en fin de carrière, ou de Duplessis-Besançon, dans cette période 1635-1640. On ne connaît pas la date de construction des bâtiments complémentaires édifiés sur tous les flancs des plates formes des bastions, déjà en place vers 1680 ; ces constructions ont entraîné l’obturation de plusieurs embrasures du fort, preuve d’une certaine récession de la vocation défensive au bénéfice des impératifs de logement du personnel militaire.

Les projets inaboutis de Vauban

Aucune modification notable n’est apportée à cet état des lieux jusqu’à la visite de Vauban, en 1682. Dans son compte rendu, l’illustre ingénieur n’accorde guère de crédit au Fort Carré que du fait de sa situation topographique : « petit fort, qui quoique d’une construction bizarre et de nul service en l’état qu’il est, peut être rendu bon et très propre à la défense du port et de la ville ». Son mémoire du 9 mai 1682 précise son jugement et critique sévèrement les adjonctions des années 1635-1640 : « fort (...) très petit mais assez bien situé, et dont le revêtement est bon et passablement eslevé, les flancs casematés aussi bien que tout le dedans de la place, qui n’a que peu de bâtiments, petits, mal ordonnés et en mauvais estat. Au lieu de fossés et de chemin couvert, il est enveloppé de deux petits parapets de maçonnerie (la fausse-braie), l’un basty à chaux et à sable avec quantité de traverses, et l’autre à pierres sèches tous deux parallèles aux faces des bastions conduits suivant les pentes du terrain sans qu’on y ait observé aucun niveau, et tenaillés vis-à-vis des pointes, ces parapets qui ne sont pas à preuve (à l’épreuve des bombes) et très mal ordonnés ne valent rien du tout et sont très pernicieux.

On a autrefois commencé de couper l’isthme qui joint la presqu’isle à la terre ferme par deux demy bastions (41-42) à l’un desquels le revestement est commencé et près de la moitié des terres levées partout, ce qu’on dit avoir esté fait par M. Duplessis Bezançon qui avoit desseing d’isoler cette partie et d’en faire une fortification considérable, mais à mon advis sans raison puisque la situation d’Antibes qui est habitée et ou il y a de l’eau douce n’est que fort peu inférieure à celle-cy, est bien mieux située pour la commodité du port qui est tout de ce costé-là alors que de celui cy, le petit fort suffit pour occuper le terrain sur lequel il est assis… »

Le projet proprement dit proposait des remèdes aux vices constatés : « escarper de roc autour sur 6 pied de haut au milieu des courtines, revenant à 0 au milieu des faces, sur la largeur de la fausse braye qu’il faudra relever d’autant vers les pointes afin d’en mette le fond à peu près de niveau et la convertir en chemin couvert ; ruiner pour cet effet le parapet

Convertir le bâtiment découvert à gauche de l’entrée en corps de garde, ladite entrée n’en ayant aucun (…) faire ce mesme corps de garde à deux estages (pour le jour et la nuit). En faire encore un petit dans le chemin couvert devant la porte…

Ouvrir toutes les vieilles embrasures de ce fort qui sont fermées, reformer leurs ouvertures les retourner en dehors réduisant le plus étroit à deux pieds au plus, l’embrasement du dehors à 4 ou 5 et celui de dedans à 3, adaptés aux pièces montées sur des affûts marins. Paver leurs plates formes de grandes pierres de taille bien jointes et posées de niveau (…)

Faire les deux guérites qui manquent sur les pointes des bastions de ce fort et réparer les deux autres. Démolir tous les petits bastiments qui embarrassent son terre plein et n’en laisser aucun sur la terrasse a accommoder, pente d’écoulement des eaux ; raser les cheminées ; couvrir la citerne, y faire une pompe et y ajouter un citerneau » (avec filtre sable)

Vauban suggère ensuite la possibilité d’établir une batterie au bord de la mer, au pied du fort, avec les matériaux tirés des démolitions de sa fausse braie, et propose de « raser les ouvrages commencés dans l’isthme qui peuvent nuire à ce fort, et les effacer totalement ».

Un plan de 1692 indique les projets nouveaux alors envisagés par Antoine Niquet, directeur des fortifications de Provence et Languedoc, et l’ingénieur local Jacques Martin : le front d’entrée inachevé de la presqu’île, mis en place par Duplessis-Besançon, n’a pas été rasé malgré l’avis antérieur de Vauban, car cet avis a évolué. Le projet propose de le reprendre et de l’améliorer avec deux demi bastions plus grands, a flancs concaves et orillons conformes aux principes de Vauban, avec chemin de ronde, porte en milieu de courtine précédée d’une demi-lune de plan pentagonal, le tout retranché d’un fossé avec chemin couvert et glacis. Ce plan indiquant les projets ne figure à l’intérieur du Fort Carré que les bâtiments construits sur les plates-formes hautes des bastions, en appui contre les parapets, mais n’exprime pas les bâtiments de plan annulaire organisés autour de la cour centrale, que Vauban considérait comme médiocres et mal distribués, et prévoyait donc de démolir. Ceux-ci figurent en revanche sur le plan d’état des lieux, l’un des premiers connus qui exprime la forme circulaire de la cour centrale du fort, en général non indiquée sur les plans généraux plus anciens de la place forte.

Le « projet abrégé de ce qui reste à faire à la fortification d’Antibes suivant l’instruction de M. de Vauban du 3 mars dernier » rédigé par Niquet à Narbonne le 13 décembre 16939 , propose de démolir et refaire à neuf, sur un meilleur tracé, la fausse braie du fort. Les casemates desservant les embrasures basses des flancs des bastions sont à équiper de cheminées sortant dans les parapets et à paver de briques de chant. Une poterne est à percer à la place d’une des embrasures, et des portes nouvelles à percer dans les murs de refend séparant les casemates. En ce qui concerne les bâtiments internes affectés à la garnison et au logement du gouverneur, le projet de Vauban et Niquet, illustré d’un plan et d’une coupe10, propose la démolition intégrale des bâtiments existants depuis le sol de la cour intérieure jusqu’aux terrasses, et la reconstruction de ceux organisés sur plan annulaire autour de la cour centrale, les plates-formes des bastions devant rester dégagées. La reconstruction projetée, œuvre architecturale à part entière, prévoit d’accroître la capacité de ce bâtiment annulaire en lui donnant une double profondeur, aux dépends de la cour centrale, réduite de moitié en diamètre à la manière d’un puits de lumière, et en les élevant sur trois niveaux, dont un étage supérieur entièrement au-dessus des plates-formes. Deux cages d’escalier à rampes droites symétriques sont prévues dans l’axe de deux des bastions. Le projet comporte pour la façade circulaire sur cour une ordonnance à arcades pour galerie de distribution sur les deux premiers niveaux, fenêtres à chambranle au troisième, surmontées d’oculi d’attique.

Par ailleurs, le projet comporte, comme préconisé par Vauban en 1682, l’approfondissement de la citerne et le creusement d’un citerneau.

En ce qui concerne le « bas fort », le projet de Niquet fait l’objet d’un dessin particulier pour estimation de l’emprise au sol11, et reprend les dispositions du front d’entrée à deux bastions à orillons et dehors qui figure sur le plan général de projet de 1692. Ce projet est rapidement abandonné.

Le 22 novembre 1700, Vauban rédige une « addition à l’ancien projet d’Antibes », qui s’apparente à un nouveau projet général d’envergure, notamment pour le Fort Carré, dont il envisage de faire une nouvelle citadelle en complétant le projet antérieur du front d’entrée à deux bastions ou « corne » par une enceinte complète à la base de la presqu’île, reprenant les principes de projets des années 1640. Dans ce projet, le Fort Carré proprement dit dont « on ne saurait faire état que comme d’un colifichet juché sur le sommet de son rocher qui n’est bon à rien » ne serait plus que le réduit ou cavalier du « grand fort », à modifier dans sa forme pour en faire une redoute carrée. Le plan du projet indique en effet une adaptation supprimant les quatre bastions pour aboutir à une sorte de tour réduit de plan carré aux angles abattus.

Il est prévu de bâtir dans l’enceinte du bas fort plusieurs bâtiments militaires, dont une chapelle, un arsenal, des logements pour le commandant et le major, dix ou douze corps de casernes de trois étages dont un sous le toit et deux pavillons pour les officiers. Par là, écrit Vauban, « ce fort, changeant de nom et de mérite pourra être considéré comme l’une des grandes et meilleures citadelles du royaume ».

Ce projet de 1700, le plus ambitieux proposé, prévoit en outre de relier cette nouvelle « citadelle » à l’enceinte de la ville par une « grande couronne » ou retranchement en front bastionné à dehors enveloppant l’anse naturelle de la rade, et partant du front d’entrée projeté de la presqu’île, au droit de la demi-lune.

En 1704, d’après le plan dressé par Niquet le 25 octobre, le projet du front d’entrée du bas fort à deux demi-bastions a reçu un commencement d’exécution, en l’occurrence le terrassement des deux bastions et le revêtement de leurs faces et orillons.

Niquet ne reprend pas le projet général de Vauban pour le Fort Carré proprement dit, mais propose la réparation de la moitié des locaux de l’étage du bâtiment annulaire existant (qui alors ne comporte que deux niveaux), et l’aménagement d’une chapelle au rez-de-cour sous la travée médiane voûtée de la partie à formant avant-corps sur cour12. Ces articles ont été réalisés, et l’élévation du bâtiment annulaire a été surhaussée d’un étage pour en accroître la capacité locative.

Le fort porte alors le n° 33 dans la nomenclature des ouvrages de fortification de la place forte, faisant suite à la numérotation des ouvrages du port. Les demi bastions inaboutis du front d’entrée de la presqu’île sont désignés dès des années 1710 par les chiffres suivants, et par des noms : bastion 34 dit de Berri au sud, bastion 35 dit de Bourgogne au nord.

Le plus grand des bâtiments en place sur les flancs des plates formes des bastions est maintenu et aménagé pour le logement de l’officier major. Les autres sont démolis ou réduits aux dimensions de simples corps de garde.

Stagnation des projets pendant un siècle 1721-1822

Dans le projet de l’ingénieur du génie et directeur des fortifications Paul-François de Lozières d’Astier pour 1721, l’enceinte du bas fort en est toujours au même point d’inachèvement, et toujours programmée selon le dessin de Vauban. Par la suite, le projet général n’est plus présenté, mais Lozières d’Astier se soucie encore, en 1729, de compléter le front « à cornes » à l’entrée de la presqu’île, en proposant de construire le revêtement des flancs retirés des bastions et la courtine intermédiaire. Les terrasses des bastions inachevés sont alors occupées par des jardins. Les revêtements en question semblent avoir connu un commencement de réalisation dans les années 1740.

A partir des années 1730, la nomenclature des ouvrages de fortification de la place forte abandonne la numérotation unique 33 attribuée antérieurement au Fort Carré, pour attribuer à chacun de ses quatre bastions un numéro et un nom, à la suite de ceux des demi-bastions inachevés du front d’entrée de la presqu’île, soit 36 (bastion de France), 37 (bastion d’Antibes), 38 (bastion de Corse), 39 (bastion de Nice).

En 1749, l’ingénieur en chef Legier rédige un projet général d’amélioration de la place, selon les préconisations du Maréchal de Belle-Isle13. Concernant notamment la presqu’île du Fort Carré, le projet n’apporte que peu de variantes par comparaison avec le précédent.

Trente ans plus tard, le sieur de Caux, est l’ingénieur du génie territorialement compétent. Son mémoire général sur la ville et le « fort quarré » d’Antibes, daté du 1 décembre 1773 présente un projet expressément demandé par le Marquis de Monteynard, secrétaire d’État du département de la guerre, par lettre du 6 aout 177314. Ce projet reprend dans ses grandes lignes celui conçu par Vauban en 1700, tout particulièrement en ce qui concerne le retranchement « en couronne » reliant la ville au Fort Carré dont l’enceinte basse est programmée sur un plan légèrement actualisé. La demi-lune du front d’entrée est pourvue d’une ample contregarde, au fossé de laquelle se raccorde la couronne. Un seul grand bâtiment militaire est prévu dans l’enceinte, au pied du fort Carré, côté mer. Ce nouveau projet n’aura pas plus de succès que celui de Vauban.

Si l’état des lieux change finalement très peu au cours du siècle, on note quelques menus travaux d’adaptation, comme, en 1781 sous la direction d’Aguillon, officier du génie, la construction de latrines sur la courtine entre les bastions 1 et 2 du Fort Carré, recoupant le parapet préalablement en partie démoli, et portée sur deux consoles de pierres. Cette démolition s’est avérée très difficile, tant la maçonnerie du parapet était solide.

Des travaux extraordinaires sont exécutés durant l’année 1793, (an 2 de la République), tendant à achever le front d’entrée (est) de la presqu’île ou du « bas fort ». Les travaux amorcés, encore en cours un an plus tard, sont des terrassements et creusements destinés à former ou reconstituer la courtine du bas fort entre les deux bastions, courtine à laquelle il ne manque bientôt que le revêtement.

Le projet du 19 janvier 1795 (An 3 de la république), signé Marday15, s’aligne au tracé du projet Vauban de 1700 pour proposer la construction d’une enceinte complète constituant le bas fort, avec demi-lune à contregarde devant le front d’entrée et bâtiments de casernement tant au revers de ce front d’entrée que (sur le même axe) côté mer.

Les établissements militaires existants au Fort Carré en 1799 sont : un bâtiment servant de logement au commandant, un corps de casernes dans lequel on peut loger 8 officiers et 135 soldats ; sous les quatre bastions, 17 pièces voûtées à l’épreuve de la bombe, dans l’une desquelles est un four de deux mètres environ de diamètre ; en avant du fort, un petit pavillon…

Vingt ans se passent sans reprises des travaux au « bas fort ».

Le mémoire sur la place rédigé en 1821 par le lieutenant-colonel ingénieur en chef Méousson16 reprend et exagère les jugements de Vauban sur le Fort Carré : « Ce fort extrêmement remarquable par la bizarrerie de sa construction est nul et de toute nullité, quelques volées de coups de canons soit de terre soit de mer, en auraient bientôt fait justice. Si on exécutait à grands frais le projet de M. le Maréchal de Vauban de couper l’isthme à l’extrémité duquel est situé ce château de cartes, cela n’ajouterait rien à sa défense (…) Quand à la machine qu’on appelle Fort Carré, il serait convenable de la démolir et de la remplacer par quelque chose de plus solide, tel qu’une tour modèle de premier ordre, qui remplirait parfaitement son objet, la défense de l’entrée du port… »

Cependant, le projet général établi le 1er décembre 1822 par le capitaine du génie en chef Corrèze présente à nouveau un projet d’enceinte bastionnée formant le « bas fort » proposé par Vauban et certains de ses prédécesseurs, sans remettre en cause la forme du Fort Carré, dont on s’emploie à la réfection des parements.

L’achèvement de l’enceinte du bas fort entre 1830 et 1848

En 1830, le premier ordre de priorité des projets proposé par l’ingénieur en chef du génie Burel porte sur le front d’entrée de la presqu’île : il s’agit de faire le revêtement de la courtine du front de terre de l’enceinte basse amorcée par Vauban : la réparation et l’achèvement des demi- bastions sont prévus sur un nouveau plan, qui en fait des bastions complets. Le principe des flancs rentrants concaves à orillons est abandonné, par reprise de l’existant et constructions de nouveaux flancs ; une poterne est prévue dans le flanc droit du bastion vers l’anse Saint-Roch, dit bastion de Berri. Les parapets sont à surhausser. Les bastions sont effectivement repris dans l’année qui suit selon ce principe, comme en atteste un état des lieux du 8 juin 183117

Le projet pour 1832, signé Burel le 1 mars s’attache à continuer l’enceinte basse de la presqu’île du Fort Carré. Le front de terre est en grande partie réalisé avec ses bastions sans orillons, à faces et flancs latéraux réduits. Sont projetés : une tenaille, une petite demi-lune dissymétrique sans contregarde, un chemin couvert et un glacis. Le front de mer de l’enceinte est dessiné « en couronne » soit avec trois bastions définissant un plan général en pentagone symétrique, mais de moindre étendue et profondeur côté mer que dans les projets antérieurs inspirés de Vauban. 18

Pour 1833, Burel propose une variante de son projet pour achever la fermeture de l’isthme du Fort Carré par une enceinte complète19. Il n’y a plus de demi-lune devant la tenaille du front d’entrée, mais une simple place d’armes du chemin couvert. Le côté mer de l’enceinte est moins symétrique.

Le plan d’état de la place d’Antibes dressé le 9 février 1835 par le chef de bataillon du génie Clérici montre l’état d’avancement du projet de l’enceinte basse du fort Carré, dont le plan de principe, de pentagonal, est devenu hexagonal irrégulier, avec deux bastions rapprochés en front de mer.

En 1838 est construit un corps de garde à l’entrée du front de terre 34-35.

Dans cette période, entre 1837 et 1841, le tracé de principe de la fermeture de l’enceinte du côté de la mer fait l’objet de nombreuses tergiversation, avec projets et contre projets de la part des officiers locaux du Génie Clerici (alors commandant en chef de la place) et Léon, du chef du génie et du directeur des fortifications. Certains proposent une fermeture haute réduisant la surface de l’enceinte côté mer, avec murs montant se raccorder contre le Fort Carré et avec redans ou demi-bastions aux angles. Les autres, plus traditionnellement, proposent une enceinte basse suivant la base du rocher, toujours avec quatre bastions irréguliers. C’est ce dernier parti qui est finalement adopté, et commence à être tracé sur le terrain en décembre 1840, avec mise en œuvre assez rapide des deux bastions des angles extrêmes reliés aux bastions du front d’entrée par une courtine, achevés en 1843. La réalisation du front de mer proprement dit, avec ses deux bastions et ses trois courtines, prendra beaucoup plus de temps et ne sera achevée qu’en 1848. Les nouveaux bastions sont numérotés, du nord au sud, à la suite du bastion 35 (de Bourgogne), 40, 41, 42, 43, la numérotation intermédiaire : 36, 37, 38, 39, étant réservée, comme on l’a vu, aux quatre bastions du Fort Carré. Une batterie de côte formée d’un parapet d’artillerie en terre est organisée au-dessus du bastion 41 de ce front de mer en 1846. Le front de terre est achevé en 1847 par la finition de la tenaille et de la place d’armes rentrante traversée par le chemin d’entrée.

En 1844 commence, sous la direction du chef du génie local Depigny, la construction d’un grand corps de caserne casematée à deux niveaux, sur le modèle de la caserne de la ville (caserne Clerici), mais plus petite, pour 422 hommes. Cette caserne est placée à la gorge du bastion 34 (de Berri) et dans l’alignement de la courtine du front d’entrée, et comporte une citerne alimentée par deux aqueducs passant sous le front bastionné. Un premier projet la plaçait au revers du front sud, face à la ville, et proposait un magasin à poudres dans un des deux bastions du front de mer, après l’avoir proposé pour 1843 dans le bastion 35 (de Bourgogne). L’emplacement définitif de la caserne est choisi pour sa contiguïté à l’entrée unique du bas fort, par la poterne du flanc droit du bastion 34 (de Berri).

En 1845, on adjoint au projet en cours d’achèvement un bâtiment de cuisines à construire dans le bastion 34, qui en 1846 est devenu un projet plus ample de cuisines, de cantine et de latrines, dont un élément est réalisé dans l’année, l’autre l’année suivante. Cette même année est représenté le projet de magasin à poudres dans le bastion 35, puis à nouveau l’année suivante, sur un plan différent, plus allongé, et enfin une dernière fois sur un plan normatif en 1851. Il ne sera jamais réalisé. La caserne et ses annexes prennent l’appellation de « Caserne Reille ».

La réunion de Nice à la France en 1860 met un terme à tout nouveau projet concernant le « fort de la presqu’île », considéré comme achevé.

Le fort après le déclassement de la place forte 1895-XXe siècle.

La convention entre l’Etat et la municipalité d’Antibes en vue du déclassement et du démantèlement de la Place d’Antibes, passée le 23 octobre 1895 prévoit la cession de l’un à l’autre des terrains « provenant de la fortification de la place » après confirmation définitive du déclassement par la présidence de la république. Aux termes de cette convention, l’État se réserve, pour être conservés dans le domaine militaire, « la totalité des terrains du fort de la presqu’île ».

Le Fort Carré est classé Monument Historique par arrêté du 7 novembre 1906.

Ces terrains du « Fort Reille » conservent leur intégrité jusqu’à la première guerre mondiale

Puis l’armée, l’État et la ville s’accordent pour le déploiement d’un vaste projet mixte d’aménagement d’une partie de ces terrains, à l’emplacement du front d’entrée. Réalisé en 1920 et inauguré par le président de la république Paul Deschanel, cet aménagement qui a entraîné la destruction des dehors, d’une partie de la courtine et de la totalité du bastion 35 du front d’entrée, comporte la construction d’un vaste monument au morts formant une longue terrasse sur l’emplacement de la courtine, dont le revêtement est remployé, terrasse axée sur une statue de poilu de la guerre de 14-18. Au devant de ce monument, à l’emplacement du fossé et des dehors, est installé un stade à l’usage du Centre Régional d’Instruction Physique alors fondé sur le site, antenne de l’école nationale de gymnastique et d’escrime de Joinville-le-Pont, vouée à la préparation physique des soldats. Les gradins d’accueil du public, maçonnés, sont installés sur la terrasse, de part et d’autre de la statue, terminés à l’emplacement du bastion 35 détruit par un grand escalier suivi d’une partie de gradins en hémicycle. Monument aux morts aménagé en 1920 à l'emplacement du front d'entrée.Monument aux morts aménagé en 1920 à l'emplacement du front d'entrée.

Les locaux administratifs et d’hébergement de ce centre investissent d’une part le bâtiment de l’ancienne caserne Reille, largement remanié et réaménagé à partir de cette date, et deux nouveaux bâtiments en barre sans étages édifiés parallèlement, dans la partie de l’enceinte du bas fort faisant face au port. Un autre bâtiment d’un étage est édifié dans un axe différent dans l’un des bastions du front de mer, le bastion 42. Il est aujourd’hui démoli.

Les batteries et parapets en terre des courtines et des bastions conservés de l’enceinte basse ont été soit entièrement déblayés (bastions et courtine 43-34), soit dérasés (40,41,42), en sorte qu’il n’en reste au mieux que le revêtement, relativement bas et lui aussi écrêté et remanié, formant un mur de ceinture à redans devenu peu significatif de son ancien caractère de fortification.

Analyse architecturale

Site et implantation générale

Le Fort Carré proprement dit est complètement isolé à 26m de hauteur au-dessus de la mer, au sommet d’une éminence rocheuse formant un isthme entre l’anse Saint-Roch, au sud, et la baie des Anges, continue jusqu’à Nice. Cette position commande directement l’entrée de l’anse et celle du port d’Antibes auquel le fort fait vis-à-vis. Les pentes du rocher s’amorcent de toutes part au pied même des courtines du fort, en sorte que les bastions sont fondés sur un sol en forte déclivité. L’enceinte du bas fort, en majeure partie conservée dans son périmètre, mais arasée et dénaturée, occupe les contours bas de la presqu’île en ménageant un dégagement périphérique sur lequel un chemin aujourd’hui public est aménagé.

Le Fort Carré et sa presqu'île, côté sud, vus du port d'Antibes.Le Fort Carré et sa presqu'île, côté sud, vus du port d'Antibes. Angle de capitale du bastion de France (36) et flanc du bastion d'Antibes (37).Angle de capitale du bastion de France (36) et flanc du bastion d'Antibes (37).

L’accès traditionnel se faisait depuis l’anse Saint-Roch par un chemin en raidillon montant directement vers le Fort Carré par le sud-ouest en traversant le flanc du bastion 34 (de Berri) du bas fort, et contournant le pied des bastions du fort pour aborder la porte, ménagée dans la face sud/sud-est. Lorsque l’enceinte du bas fort a été achevée dans les années 1840, ce chemin a été détourné pour passer dans la tenaille de la courtine 34-35 du front de terre, mais sa continuation traditionnelle a été maintenue, entrant par la poterne du flanc droit du bastion 34, et desservant au passage la caserne construite à cet emplacement. Cet accès au bas fort par la poterne était au mieux praticable à un attelage d’artillerie, l’accès du Fort Carré proprement dit étant avant tout piéton, et assez difficile d’utilisation pour monter des canons.

L’accès actuel, par le nord-est, a été créé lors des grands réaménagements de 1920 qui ont totalement dissocié l’accès du Fort Carré de celui de l’ancienne caserne transformée pour faire partie du Centre Régional d’Instruction Physique. Le chemin longe le stade par le nord et entre dans le bas fort à proximité de l’emplacement du bastion disparu 35, traversant le mur ou courtine d’enceinte 35-40 et contournant le fort par le nord-est. D’autres chemins piétons existent, passant par le monument aux morts.

Plan , volumétrie, distribution spatiale, circulations et issues

Le plan du Fort Carré, très compact, est proche de la perfection géométrique, témoignant d’une architecture militaire savante : il se compose d’un corps central carré très légèrement déformé en trapèze (36m de côté hors œuvre) cantonné aux angles de bastions dont l’angle de capitale est très aigu, donnant des faces relativement longues en proportions des courtines, et dont les flancs assez courts mais bien détachés sont pourvus d’un orillon. Cette apparente rigueur géométrique du plan est affectée de nombreuses irrégularités : à niveau égal, la longueur et l’angle des faces des bastions accusent des variations assez fortes d’un bastion à l’autre : au niveau du parapet : 26 m de longueur de faces pour le bastion de Corse (38), 28 m pour celui d’Antibes (37), 25 m pour celui de France (36) et 29m pour celui de Nice (39). En outre, toujours au niveau des parapets, les orillons, plutôt petits, présentent un diamètre et une saillie très dissemblables, allant de l’arête arrondie maigre et saillante d’à peine 1m de diamètre (bastion de Corse) ou un peu plus large et moins saillante (bastion de France), à la disparition de la saillie de l’orillon, ne formant plus qu’un angle arrondi entre face et flanc (bastion de Nice). Les orillons du bastion d’Antibes sont inégaux d’un flanc à l’autre : 2, 80m de diamètre au flanc gauche, 3, 60m au flanc droit.

Le fruit qui affecte l’ensemble du revêtement du fort jusqu’au niveau du cordon courant, est presque inexistant sur les flancs, peu marqué sur les courtines (1m de fruit) et très accusé sur les faces des bastions (2,40m à 3,20m en moyenne aux bastions de Nice et d’Antibes, jusque 4,80m aux bastions de France et de Corse). Ce fruit s’amplifie du flanc à la face sur le pourtour des orillons, qui prennent en élévation un aspect conique incliné, à partir d’un diamètre moyen à la base d’environ 6m.

Flanc, face et orillon gauche du bastion de Corse (38).Flanc, face et orillon gauche du bastion de Corse (38). Bastion de Nice.Bastion de Nice.

Malgré le pendage marqué du terrain, le fruit reste assez constant sur les faces des bastions grâce à une particularité de l’élévation, assez peu commune et très caractéristique du Fort Carré d’Antibes : la plongée des cordons nettement en dessous de l’horizontale sur ces faces. Ce pendage des cordons atteint 2,40m de dénivelé de l’orillon à l’angle de capitale. Le fruit marqué des faces s’accroît encore à leur point de rencontre, soit sur l’arête aigüe de l’angle de capitale, vigoureusement profilée en talus, ce qui, joint au pendage du cordon, donne au fort une silhouette très reconnaissable et spectaculaire. Le profil de cette arête de capitale est presque à 45° .

L’angle de capitale du parapet de chaque bastion portait une guérite cylindrique ou échauguette en encorbellement, qui a disparu, remplacée dans deux cas (bastions d’Antibes et de Nice) par une guérite carrée en retrait.

La hauteur totale des revêtements des bastions atteint 20 m au plus jusqu’à la crête du parapet, dont un tiers à un quart pour le parapet, au-dessus du cordon. La hauteur du corps central carré, autrement dit : des courtines, est de 14m en moyenne. Le volume creux cylindrique, imparfaitement centré à l’intérieur de ce corps central carré, a un diamètre de 24m, sans tenir compte du bâtiment annulaire adossé, élevé de trois niveaux dont le dernier règne au-dessus de la plate-forme du fort. Dans les deux tiers de son circuit, ce bâtiment annulaire n’est profond, façade comprise, que d’un peu moins de 4m, ce qui donne à la cour circulaire centrale pavée un diamètre de 16,40m. Le tiers restant du circuit forme, sur les deux premiers niveaux, un avant-corps de trois travées radiantes profondes de 7,60m, façade comprise. La citerne circulaire voûtée en coupole centrée sous la cour a un diamètre de 8m. Avant-corps sur la cour centrale.Avant-corps sur la cour centrale.

Ces dispositions internes proviennent de la tour primitive du milieu du XVIe siècle, y compris –probablement- le bâtiment annulaire et la citerne. Quelle qu’en ait été le plan extérieur, circulaire ou carré, la tour Saint-Laurent devait approcher, en diamètre ou en largeur hors œuvre, les dimensions du corps central actuel, soit 36m (à la base, peut-être réduits en élévation par un fruit). A titre de comparaison, le diamètre hors œuvre, à la base, de la Grosse Tour royale de Toulon atteint 52m, tandis que le corps central carré ou « tour » du Château d’If n’a que 28m de côté. L’épaisseur murale de la première est de 7m au plus, celle du second de 4m. Pour la tour Saint-Laurent d’Antibes, d’une échelle de grandeur intermédiaire, une épaisseur murale d’environ 5m (épaisseur minimum actuelle entre le cercle intérieur et le milieu de la courtine sud-ouest 36-37) parait plausible, dans l’hypothèse d’un plan extérieur circulaire. L’un comme l’autre de ces deux édifices royaux de Provence du règne de François Ier, possibles modèles de la tour Saint-Laurent d’Antibes, abritaient une cour intérieure centrée, soit en partie supérieure de l’élévation (Toulon), soit sur toute la hauteur (If).

La porte de la tour Saint-Laurent n’était certainement pas à l’emplacement de celle du Fort Carré définitif, cette dernière étant implantée plutôt en fonction de la présence des bastions qu’en harmonie avec le plan annulaire intérieur. Un emplacement possible pour cette porte primitive serait une grande niche au sol en forme d’embrasure de porte, au fond et dans l’axe de la travée centrale de l’avant-corps tripartite du bâtiment annulaire, niche accueillant l’autel de la chapelle aménagée dans cette travée en 1704.

La porte d’entrée du fort, à pont-levis, est de plain-pied avec la cour intérieure, ce qui place son seuil environ 3m au-dessus du sol extérieur au pied des murs. Elle est percée à l’extrémité de la courtine 37-38, directement attenante au flanc droit du bastion de Corse (38) et à l’embrasure à canon de la casemate logée derrière ce flanc. Cette porte est desservie par une longue volée unique d’escalier en pierre légèrement incurvée aboutissant au revers de l’orillon de ce flanc. Cette implantation de la porte « nichée » à l’abri d’un orillon est assez fréquente dans la fortification bastionnée du XVIe siècle, et se démode dès avant la fin du siècle : on la retrouve par exemple à l’enceinte urbaine de Saint-Paul-de-Vence.

Cette porte dessert un couloir axial voûté en berceau, long et étroit, qui aboutit dans la cour circulaire, sous une travée ouverte du bâtiment annulaire, dans un axe biais par rapport au diamètre de la cour. Ce couloir d’entrée dessert à mi-longueur, à droite, un autre segment de couloir divergent plus étroit qui communique aux casemates abritées à ce niveau dans le bastion de Corse (38). Depuis l’intérieur de travées du bâtiment annulaire sur cour, trois autres branches de couloir traversent la forte épaisseur murale des angles du corps central pour desservir (de gauche à droite) les casemates des bastions d’Antibes (37), de France (36) et de Nice (39). Les couloirs de ces deux derniers partent des deux travées latérales de la partie en avant-corps du bâtiment annulaire. En plan, aucun des quatre couloirs ne se conforme à un tracé radial géométrique partant du centre de la cour, et leur percée de départ dans des locaux du bâtiment semble contrainte : ces caractères aléatoires tiennent au fait qu’ils ne participent pas du plan « idéal » de la grosse tour d’origine, mais ont été percés après coup dans ses gros murs, lors de la mise en place des bastions.

Les bastions n’ont qu’un niveau de casemates, de plain-pied avec la cour, sur un soubassement massif, niveau au-dessus duquel la plate-forme d’artillerie bordée d’un gros parapet maçonné règne à la fois sur les bastions et en chemin de ronde autour du surcroît de hauteur du bâtiment annulaire et distribuant le second étage logé dans ce surcroît. Le rez-de-cour de ce bâtiment est cloisonné par des murs de refend radiants, en une série de chambres voûtées ou casemates de dimensions variables, qui ont toutes individuellement une issue et un jour sur la cour et peu ou pas de communications entre elles. Les trois travées radiantes et identiques de la partie en avant-corps se distinguent non seulement par leur plus grande profondeur, mais aussi par leur hauteur sous voûte en berceau évasé radiant, hauteur cumulant celle des deux premiers niveaux des travées ordinaires.

Cour centrale, vue en plongée.Cour centrale, vue en plongée. Une des chambres voûtées ou casemates radiantes de l'avant-corps : issue en direction de la cour.Une des chambres voûtées ou casemates radiantes de l'avant-corps : issue en direction de la cour.

Le premier étage des travées ordinaires de ce bâtiment annulaire, à mi-hauteur entre la cour et la plate-forme, est desservi par un petit escalier en pierre à deux volées montant à droite dans la travée ouverte par laquelle le couloir d’entrée du fort débouche dans la cour ; cette travée ouverte sur cour par une arcade de toute sa largeur, est couverte par le plancher du 3e niveau. Le petit escalier dessert directement les chambres du premier étage situées à droite en regardant la cour, et celles situées à gauche, par l’intermédiaire d’une passerelle à mi-hauteur de la travée ouverte.

A l’opposé de la cour, une seule des petites travées du premier niveau n’est pas voûtée, pour assurer une communication directe par un escalier de bois avec le second niveau, ce qui semble résulter d’un remaniement postérieur à 1704. Au premier étage, les chambres sont moins nombreuses et plus longues, cloisonnées par des murs de refend plus maigres, et couvertes d’un plancher. La répartition des murs de refend du second étage, ménageant aussi des pièces longues en arc de cercle, reprend celle du premier. Différence notable toutefois : ce second étage du bâtiment, couvert d’une voûte annulaire, construit après 1704, ne reproduit pas l’avant-corps, arrêté à ce niveau de l’élévation pour former une plate-forme ou balcon à ciel ouvert, auquel communiquent de plain-pied quatre petites travées égales de chambre du second étage.

La communication verticale entre la cour et le chemin de ronde de la plate-forme est assurée, indépendamment de celle du bâtiment, par un escalier hors œuvre découvert qui s’amorce à droite en entrant dans la cour et rampe le long de la façade circulaire jusqu’à la saillie de l’avant-corps. Au droit de cette saillie et au niveau du premier étage, l’escalier marque un repos puis fait un coude à droite pour traverser le bâtiment annulaire en une volée droite sous voûte non rampante, aboutissant à la plate forme en chemin de ronde près du bastion de Nice (39).

Les casemates logées dans les bastions sont globalement de plan polygonal symétrique avec pans aveugles parallèles au faces et pan court parallèle à chacun des flancs et percés d’une l’embrasure à canon à ébrasement extérieur. Ce volume polygonal plus ou moins profond d’un bastion à l’autre selon la variation de longueur des faces, est subdivisé par des murs de refend en compartiments voûtés en berceau. L’un de ces murs, longitudinal et axial, isole l’une de l’autre les deux spacieuses casemates de flanquement symétriques de plan hexagonal. C’est dans l’une de ces casemates qu’aboutit le couloir d’accès à chaque bastion ; elles communiquent entre elles par une porte, et celle à laquelle aboutit le couloir d’accès communique avec une (bastions de France et de Corse) ou deux (bastions de Nice et d’Antibes) autres casemates plus petites, aveugles, de plan en tenaille, logée vers la pointe du bastion.

L’embrasure du flanc droit du bastion de France, la plus éloignée de l’entrée du fort, a été transformée en poterne sur l’initiative de Vauban.

Flanc et orillon droit du bastion de France, avec poterne remplaçant l'embrasure.Flanc et orillon droit du bastion de France, avec poterne remplaçant l'embrasure.

L’étage de la plate-forme, à ciel ouvert, est bordé d’un gros parapet d’artillerie (2,80m d’épaisseur) continu des courtines aux flancs et faces des bastions, percé dans les flancs et au milieu de chaque courtine et chaque face de bastion, d’une énorme embrasure ou fenêtre de tir pour le canon, qui a été systématiquement remaniée (murée complètement, ou en partie, pour la réduire, transformée en baie non ébrasée, etc.).

Seul, le parapet de la courtine d’entrée (37-38) est en maçonnerie maigre, et crénelé sur une partie de sa longueur, ce qui résulte d’un remaniement du XVIIe siècle (destruction du parapet d’artillerie, reconstruction sous forme de parapet d’infanterie). Deux des bâtiments construits au XVIIe siècle sur la plate-forme sont conservés, et s’appuient de part et d’autre de cette courtine, sur les flancs attenants et une partie de la face contiguë des deux bastions d’Antibes et de Corse. Ces deux bâtiments, dont le premier est une maison à part entière, le second un simple corps d’une travée, comportent chacun deux niveaux.

Flanc, face et orillon gauche du bastion d'Antibes, maison et parapet crénelé.Flanc, face et orillon gauche du bastion d'Antibes, maison et parapet crénelé.

Le bastion de France porte sur la majeure partie de sa plate-forme, vers la pointe, une grande casemate rectangulaire bas voûtée, flanquée symétriquement de deux réduits latéraux. Cette casemate, ajoutée au cours du XVIIe siècle, porte elle-même sur les reins de sa voûte une plate-forme, accessible par un petit escalier montant à ciel ouvert dans le bastion le long du flanc droit. La plate-forme en question règne au troisième niveau de défense du fort, qui consiste en un chemin de ronde d’infanterie circulant entre deux garde-corps sur l’arase du gros parapet d’artillerie de la plate-forme principale. Cette circulation de ronde supérieure discontinue (absente sur la courtine 37 -38 et sur une partie de la face gauche du bastion d’Antibes 37) n’est certainement pas d’origine, et a dû remplacer au cours du XVIIe siècle un chaperon en pente douce versant vers l’extérieur. Ce chemin de ronde d’infanterie a deux autres escaliers d’accès, en plus de celui du bastion de France : l’un à la pointe du bastion de Corse ; un autre, dans le bastion d’Antibes, vis-à-vis de la façade de la maison qui y est installée, monte de la plate-forme perpendiculairement à la face droite. Un troisième escalier monte à l’étage du petit corps de bâtiment du flanc droit du bastion de Corse ; cette chambre d’étage communique de plain pied sur une extrémité de ce chemin de ronde haut.

Hormis ce petit bâtiment et la maison sur le bastion d’Antibes, le seul autre édifice disposant d’un étage à ce niveau est une travée du bâtiment annulaire, surhaussée au-dessus du toit en appentis de son second étage. Cette travée surplombe celle qui, au rez-de-cour, à l’opposé de l’entrée de la cour, est dépourvue de voûte et abrite un escalier. Elle a été ainsi surhaussée, après 1704, pour servir de beffroi à la chapelle alors aménagée dans la travée médiane de l’avant-corps voisin. Ce beffroi est distribué par une échelle fixe depuis le second étage du bâtiment, dont un segment de la voûte a été supprimé au droit de cette travée.

Les dehors du Fort Carré se composent de la fausse braie et d’un petit tambour à deux pans en épi couvrant la courtine d’entrée 37-38. La fausse braie est formée d’un double mur parapet bas continu (mur intérieur maçonné non crénelé, mur extérieur en pierres sèches, aujourd’hui ruiné) qui suit la pente naturelle du terrain, destiné à couvrir les circulations au pied des bastions et courtines du fort, à la manière d’un chemin couvert de contrescarpe de fossé. Construite vers 1640, sévèrement critiquée par Vauban mais toujours maintenue en place, elle était percée d’une porte unique, peu ou pas défendue, au droit de la face droite du bastion de France, première porte du fort en montant de l’anse Saint-Roch.

Le plan de la fausse braie épouse celui du fort, à 9 m de distance de la base des faces des bastions, avec la même logique géométrique « idéale », mais peu fonctionnelle. Les quatre pointes du double mur parapet, au droit des pointes des bastions, sont coupées « en tenaille » (angle rentrant obtus). A la rencontre des faces, au droit des courtines, le mur forme un redan en épi, à angle droit et faces de même longueur, dégageant une sorte de place d’armes.

Le tambour de la courtine d’entrée du fort, raccordé aux orillons des bastions d’Antibes et de Corse, s’inscrit parfaitement en plan dans le redan correspondant de la fausse braie, indice probable de contemporanéité de l’un et de l’autre de ces dehors.

Courtine d'entrée 37-38.Courtine d'entrée 37-38.

Les deux murs du tambour, à angle droit, sont maigres comme un parapet d’infanterie, et de hauteur décroissante de la pointe au point d’appui sur le revêtement des bastions ; ils abritent un petit corps de garde triangulaire adossé à la pointe, couvert en appentis, desservant deux créneaux de fusillade par face. La porte du tambour est percée dans la face droite, au pied du bastion d’Antibes, entre deux créneaux de fusillade.

Structure et aménagements.

Les maçonneries du fort mises en œuvre au XVIe siècle sont réalisées en blocage de moellons sommairement échantillonnés, certains équarris, remarquablement dressés sans déformation de planéité des parements, avec de nombreuses assises de réglages à l’horizontale. Les joints sont gras et lissés avec soin au nu des parements, dans un mortier très résistant. La pierre de taille, un calcaire brun coquillier, est réservée au cordon, de forte section, aux encadrements des embrasures à canon, au parement des orillons les plus étroits, au niveau du parapet, et au chaînage des angles aigus de la capitale des bastions . Ces chaînages d’angle, remarquablement mis en œuvre en pierres de taille longues de hauteur d’assise assez constante à joints fins, comportent un adoucissement arrondi de l’arête d’angle.

Une composition sculptée monumentale d’origine, aujourd’hui très dégradée, en calcaire blanc plus fragile, est reproduite en deux points de l’élévation extérieure : d’une part sur la pointe du bastion de France, au niveau du parapet, immédiatement au-dessus du cordon , d’autre part au-dessus de la porte du fort. Il s’agit d’un ornement héraldique composé d’un grand écu principal de forme grossièrement ovale aux contours « maniérisants », surmonté d’un cimier ou d’une couronne, et posé sur un socle, flanqué de deux petites pierres armoriées plates attenantes, et en décalé, de deux autres pierres plus grandes fortement bombées qui semblent avoir été aussi des écus. Devenue totalement illisible, cette emblématique mise en scène selon des modèles italiens (surtout dans le cas du blason détaché sur l’angle), devait afficher les armes de France sur le blason principal. On ignore la signification des écus secondaires. Porte du fort et embrasure du flanc du bastion de Corse (38).Porte du fort et embrasure du flanc du bastion de Corse (38).

Dans l’état initial du fort, les vingt grandes embrasures à canon du parapet (une par flanc, une par face de bastion, une par flanc de bastion) semblent toutes avoir été dépourvues de couvrement voûté. Les voûtements qui existent actuellement, frustres et parfois mal ajustés au gabarit initial de l’ouverture, appartenant à la campagne du XVIIe siècle responsable de l’aménagement du chemin de ronde d’infanterie sur la crête de ce parapet, légèrement surélevé à l’occasion. Ces grandes embrasures à appui taluté portant sur le cordon, encadrées de larges ébrasements extérieurs en pierre de taille, avec bouche à canon soit au nu du parapet côté plate-forme, soit au fond d’un renfoncement (au bastion de Nice, ce qui réduit l’ampleur de l’ébrasement extérieur), étaient donc toutes à ciel ouvert avant les remaniements qui, dès le milieu du XVIIe siècle les ont couvertes, parfois rétrécies (bouche extérieure non ébrasée, couverte d’un arc en briques) , parfois élargies ( grandes baies non ébrasées, surtout aux bastions d’Antibes et de France), parfois murées (au bastion d’Antibes, du fait de la maison du gouverneur du fort. Au bastion de France, du fait de la mise en place de la casemate, les murages de celles des flancs ménagent des créneaux de fusillade.

Les embrasures des casemates de flanc des bastions, aussi à ébrasement extérieur mais plus petites, du fait de la moindre épaisseur murale à traverser, sont couvertes d’une voûte surbaissée et comportent un appui taluté. Deux seulement, sur huit, ont été modifiées, celle du flanc droit du bastion de France pour en faire une poterne (porte simple encadrée en briques), au XVIIIe siècle.

La porte à pont-levis du fort a connu deux états successifs, le second ayant réduit précocement l’ouverture de la porte primitive, et ayant rendu plus commode le système de levage du tablier. L’encadrement initial, ménagé en pierre de taille dans le parement ordinaire de la courtine, se compose d’une arcade d’entrée en pierre de taille couverte en plein-cintre, large d’environ 1,20m, haute d’environ 2, 60 à la clef inscrite en retrait dans un tableau rectangulaire. Dans ce tableau, joignant à ras au ras le flanc du bastion de Corse, venait s’ajuster en position fermée le tablier du premier pont-levis, sans doute levé par une paire de cordes ou de chaînes qui passait sous l’arc. L’état actuel, qui remonte probablement à la première moitié du XVIIe siècle, si ce n’est plus tôt, est obtenu par placage dans le tableau du premier pont-levis, d’un mur en pierres blanches de petit appareil parementé à bossages adoucis, mur percé d’une petite porte rectangulaire. Cette porte couverte d’une plate-bande clavée à bossages, est encadrée d’une feuillure étroite destinée à accueillir le tablier du second pont-levis. Celui-ci est levé par deux chaînes, chacune passant dans une fente ménagée de part et d’autre de la plate-bande, entre deux bossages ; les chaînes passent au revers de cette fente sur deux poulies reliées par une barre d’axe, le tout en fer forgé, et sont accrochées à un contrepoids de plomb, qui joue dans des glissières engravées dans le jambage de l’ancienne arcade d’entrée devenue embrasure de la nouvelle porte.

Porte à pont-levis.Porte à pont-levis. Cour centrale, pavement et puits de la citerne.Cour centrale, pavement et puits de la citerne.

Cette ancienne arcade d’entrée conserve son vantail d’origine de la fin du XVIe siècle, découpé en demi-cercle en haut pour s’adapter à la voûte en berceau du couloir. Ce lourd vantail composé de fortes planches horizontales cloutées de fer forgé contre des planches verticales au revers, est percé en partie haute de deux trous qui semblent avoir servi un temps au passage des chaînes de l’ancien pont-levis, dont le treuil pouvait être accroché au dos du vantail lorsqu’il s’agissait de fermer le tablier. Un guichet, avec petit vantail bas également clouté, a été taillé après coup au milieu de ce grand vantail.

Le couloir d’entrée qui fait suite à cette porte est pavé de dalles de calcaire blanc engravées de rainures transversales ; ce pavement ménage sur un coté du passage (gauche, en entrant) un caniveau pour l’évacuation des eaux de la cour vers une goulotte sous le tablier du pont-levis.

La cour circulaire est revêtue d’un pavement de dalles de même nature, disposé en rangées parfaitement concentriques, à partir du puits central de la citerne, dont la haute margelle, flanquée d’un petit bassin monolithe, est formée de grands blocs de calcaire blanc taillés en segments de cylindre. Les trois premières rangées du pavement à partir du puits sont légèrement surélevées, la troisième offrant le même rainurage que celui observé dans le passage d’entrée, mais ici rayonnant. Les eaux d’aspersion de la citerne et les eaux de pluie non récupérées étaient recueillies dans le caniveau du couloir d’entrée, qui traverse le pavement de la cour et s’amorce dans la quatrième rangée concentrique.

La capacité de la citerne, d’environ. 60 mètres cubes, était estimée suffisante en 1719 pour une garnison de 200 hommes durant trois mois.

Les façades sur cour et sur plate-forme du bâtiment circulaire sont entièrement revêtues d’un enduit couvrant blanc qui, à trois exception près, cache les matériaux d’encadrement des arches de passage, portes et fenêtres (très simples et pour la plupart petites), percées dans les façades (portes piétonnes couvertes en arc surbaissé, certaines avec imposte, fenêtres couvertes pour la plupart d’un linteau). Seule, la porte de la travée d’axe de la partie en avant-corps fait l’objet d’un traitement formel plus soigné, justifié pat l’aménagement de la chapelle du fort dans cette travée après 1704. L’encadrement de cette porte, en pierres de taille blanche, forme un grand chambranle en relief sur le mur enduit, souligné d’une baguette, surmonté d’une corniche, et subdivisé en deux ouvertures, la porte proprement dite, couverte d’un arc segmentaire, et une grande imposte rectangulaire couverte d’une plate-bande, qui était vitrée, constituant l’unique prise de jour de la chapelle. Cette imposte est aujourd’hui refermée d’une maçonnerie de ciment. Une pierre sculptée d’une croix est insérée dans le mur au-dessus de la corniche. Le beffroi de la chapelle, sur la travée surhaussée du bâtiment annulaire, à gauche de la façade de l’avant-corps, est couronné d’un campanile formé d’une arcade libre cintrée en pierre dans laquelle était suspendue une cloche. Le troisième étage en surélévation de cette travée, ou beffroi portant le campanile, était destiné à accueillir le mécanisme de l’horloge du fort, qui avait deux cadrans opposés, un petit vers la cour, et un grand, dans un mur pignon surhaussé, vers les plates formes et les chemins de ronde. La moulure circulaire de ce dernier est conservée. Le beffroi de la chapelle sur le bâtiment annulaire, vus du bastion de France.Le beffroi de la chapelle sur le bâtiment annulaire, vus du bastion de France. Intérieur de la chapelle, niche et autel.Intérieur de la chapelle, niche et autel.

Les locaux du bâtiment annulaire, voûtés ou non, sont systématiquement enduits, de même que les casemates des bastions.

Certains de ces enduits portent les restes d’un décor peint du XVIIIe siècle de style baroque ou rococo provençal. C’est le cas dans la chapelle, où règne une plinthe peinte en trompe l’œil imitant une menuiserie à panneaux peints, et où le reste de la composition décorative, dans des teintes dominantes résiduelles ocre et vert, se concentre sur le mur de fond, autour de l’autel. La niche d’autel, probable ancienne porte condamnée de la tour Saint-Laurent initiale, est cernée d’un grand cadre sans base, mouluré, en stuc peint ; dans un autre cadre plus petit et complet, au fond de la niche se détache une croix rayonnante très effacée. Un décor stuqué de rinceaux en léger relief meuble les tableaux et le soffite de la niche. Celle-ci est encadrée de deux motifs peints simulant des ailerons de retable baroque, puis de deux panneaux figurant un vase de fleurs, au-dessus d’un motif de rameaux croisés noués. Entre le berceau de la voûte, le dessus de la niche et des deux panneaux floraux, des rinceaux symétriques se développent à partir d’un cartouche inscrivant le monogramme DOM et sommé d’une tête d’ange ailée. Le sol de la chapelle est pavé de briques à plat appareillées en chevrons.

Les huit casemates actives des flancs des bastions, spacieuses, sont ventilées d’une cheminée d’évacuation pour les gaz toxiques de l’artillerie. L’une de ces casemates, dans le bastion de Corse, a dû servir de salle de réception pour l’officier major commandant le fort au XVIIIe siècle, car elle est ornée d’un décor très effacé de même style que celui de la chapelle, notamment sur le mur du flanc, autour de l’embrasure (qui pouvait servir de judas pour voir les visiteurs). L’ensemble des casemates des bastions était supposé, en cas de nécessité, pouvoir servir de logement pour une garnison de 150 hommes. L’une des casemates secondaire du bastion de Nice est aménagée en four depuis la première moitié du XVIIIe siècle, ce qui suppose une utilisation de la casemate de flanc attenante comme manutention des vivres ou boulangerie. Le magasin à poudres du fort était logé dans la première moitié du XIXe dans une des casemates de flanc du bastion de Corse.

Parmi les travées en rez-de-cour du bâtiment annulaire, les deux plus grandes, de part et d’autre de l’entrée, on servi de logement pour le personnel militaire du fort et sont pourvues d’une cheminée. Le segment de voûte annulaire qui couvre l’une d’elles, avec pénétration pour la fenêtre, est monté en briques posées à plat et appareillées en assises obliques opposées se rencontrant en chevrons à la clef. Cette casemate a été équipée vers la fin du XIXe siècle d’un lavabo collectif. La plus petite travée, couverte d’une voûte d’axe perpendiculaire à l’anneau, était une cuisine, encore équipée de ses deux fourneaux en pierre et briques, sous une vaste hotte en plâtre. Les pavements des casemates et locaux sont majoritairement en briques posées à plat, sauf une calade de galets dans les travées latérales de l’avant-corps, encadrant la chapelle.

Bâtiment annulaire, travée en rez-de-cour, ancien logement.Bâtiment annulaire, travée en rez-de-cour, ancien logement. Casemate du bâtiment annulaire, travée aménagée en cuisine : fourneaux.Casemate du bâtiment annulaire, travée aménagée en cuisine : fourneaux.

La capacité cumulée des locaux logeables répartis sur les trois niveaux de ce bâtiment annulaire, considéré aux XVIIIe et XIXe siècle comme un corps de casernes, était de 135 soldats et 8 officiers. Les quatre petites chambres du second étage communiquant sur le balcon de l’avant-corps, équipées de cheminées adossées à deux des murs de refend, étaient réservées aux officiers. Les travées longues des deux étages, équipées d’une cheminée sur le mur d’enveloppe, servaient de dortoir de soldats.

A cet étage, la maison construite depuis le XVIIe siècle sur la plate-forme du bastion d’Antibes était affectée au logement de l’adjudant ou officier major assurant les fonctions de gouverneur du fort. Cette maison de deux niveaux d’appartements s’appuie sur le parapet au droit du flanc à orillon et d’une partie de la face gauche, l’étage étant entièrement bâti en surélévation du parapet. Cette maison de plan trapézoïdal, refendue en trois travées, est entièrement revêtue au-dehors d’un enduit couvrant, qui règne jusqu’au cordon du bastion. Le premier niveau abritait un vestibule, un salon, la cuisine, avec four, cheminée et potager, la dépense et l’office (hors œuvre). L’étage, accessible par un escalier intérieur, était divisé en trois chambres, une antichambre et un cabinet, chacun pourvu d’une fenêtre dans une des deux façades. Les petites fenêtres des murs pignons n’existaient pas au XVIIIe siècle. L’organisation interne actuelle de cette maison est conservée dans ses grandes lignes, excepté les équipements de la cuisine. Cette maison du major utilisait la plate-forme du bastion d’Antibes comme cour privative, avec petite dépendance à usage de bûcher adossée au flanc et à une partie de la face droite du parapet, calée contre l’escalier montant au chemin de ronde d’infanterie. Ce petit bâtiment déjà en place au XVIIe siècle, augmenté au XIXe siècle pour loger un sous-officier, et complété de latrines, n’existe plus. La cour est fermée à la gorge vers le reste des plates-formes du fort par un mur simple percé au centre d’une porte qui devait être équipée d’un vantail ou d’une grille ouvrante. Le parapet de la face gauche du bastion, à la suite de la maison, est percé de trois grandes arcades juxtaposées dont la première résulte de la transformation de l’ancienne embrasure à canon. Ces arcades n’ont été percées, dans un but d’agrément (vue sur la mer et le port) autant que de défense, que vers le début du XIXe siècle.

Le bastion de Corse présente deux arcades semblables dans son flanc droit, regardant le large comme le flanc gauche du bastion d’Antibes, déjà en place avant 1817 ; ces arcades qui avaient alors une allège haute, conservaient une utilité de fenêtre de tir, mais étaient surtout destinées à ménager des vues. Le petit bâtiment carré d’une travée à deux niveaux monté sur le flanc droit du bastion de Corse servait sans doute de corps de garde lié au guet sur le chemin de ronde supérieur ; il est enduit de la même manière que la maison du major. Les couvertures de tous les bâtiments surplombant la plate-forme : le bâtiment annulaire, en appentis versant vers la cour, et les maison et corps de garde des bastions d’Antibes et de Corse, en bâtière, sont revêtues de tuiles canal creuses. Il en va de même pour le petit corps de garde triangulaire du tambour d’entrée du fort.

Le pavement des plates-formes (y compris celle portant sur la casemate du bastion de France), récemment restauré, est en briques posées à plat ; sauf dans les bastions d’Antibes et de Nice, elles sont posées en chevrons dans des quartiers délimités par des bandes.

Les autres aménagements du niveau des plates-formes sont la casemate dans le bastion de France, et les guérites à la pointe des bastions de Nice et de Corse.

La casemate sur le bastion de France, qui devait servir de magasin d’artillerie, construite en blocage, emploie la brique pour la voûte et, dans sa façade de gorge, pour l’encadrement de la porte et des deux petites fenêtres qui l’encadrent. Les deux guérites de pointe de bastion encore en place, de plan polygonal proche du trapèze, bâties sur le chemin de ronde d’infanterie en surélévation du parapet, rebâties en briques au XIXe siècle, sont couvertes d’un petit toit en bâtière. L’une d’elles (bastion de Corse), encadrée d’ailerons de protection à la gorge, est revêtue d’un enduit couvrant blanc. Les couloirs qui donnaient accès aux échauguettes d’origine au niveau des plates-formes, traversant le parapet à la pointe des bastions, sont conservés, murées en cul-de-sac, aux bastions d’Antibes et de Nice.

Les aménagements du chemin de ronde d’infanterie établi en surélévation des parapets, consistent essentiellement en des petits créneaux ébrasés à ciel ouvert, ménagés dans le garde-corps au niveau du chaperon (enduit au mortier de chaux couvrant). Ces créneaux se répartissent sauf exception à raison de deux sur les flancs des bastions, un par face, quatre sur les faces du bastion de France, où le chemin de ronde se fond dans la plate-forme sur la casemate. Ils ne correspondent pas aux aménagements du XVIIe siècle, qui comportaient quatre créneaux plus bas percés dans l’angle flanc-face droit du bastion de Nice, murés mais encore bien lisibles dans le parement sous le chaperon actuel.

Seul, le parapet de la courtine d’entrée, refait au XVIIe siècle depuis le cordon sous forme de mur maigre crénelé, est moins haut et simplement couvert d’un chaperon en briques posées de chant.

Flanc, face et orillon gauche du bastion d'Antibes, maison et parapet crénelé.Flanc, face et orillon gauche du bastion d'Antibes, maison et parapet crénelé.

1François Mandon de Saint-Remy serait inhumé en l’église des Cordeliers d’Arles où il avait son épitaphe. Certains auteurs mentionnent aussi un Henri de Mandon de Saint Remy2BNF, Ms, coll. Dupuy, ms. 273, f° 73, cité par H. Charnier, p. 39, et par H. Vérin p. 120.3H. Rolland p. 258, d’après BNF, Ms, coll. Dupuy, ms. 273, f° 73.4D. Buisseret, p. 22. M. Froissard, Antibes, grandeur et servitudes d’une place forte…p. 11 ; dans le même catalogue, p. 52, la date de 1578 est proposée concurremment, sans indication de sources, pour l’achèvement du gros-œuvre.5British Library, Ms, Add Mss 21117, fol. 82 v°-83r° ; Bnf Estampes Ve 26 s, t. XIV, fol. 275, voir D. Buisseret, Ingénieurs et fortifications avant Vauban …, p. 58-59, fig. 31-32.6Légende du plan de Pierre de Bonnefons, voir J-B Lacroix, « Les travaux militaires à Antibes au XVIIe siècle », p. 13.7BNF Estampes, Va topo France, 06, t. I, mc. 109379 et 1093848C. de La Roncière, Histoire de la marine française, t. IV, Paris, 1923, p. 623.9Vincennes, S.H.D., Archives du génie, Art. 8, section 1, Antibes, carton 1, n° 16.10Vincennes, S.H.D., Archives du génie, Art. 8, section 1, Antibes, carton 1, n° 16 (2)11Vincennes, S.H.D., Archives du génie, Art. 8, section 1, Antibes, carton 1, n° 16 (3).12Vincennes, S.H.D., Archives du génie, Art. 8, section 1, Antibes, carton 1, n° 29.13Vincennes, S.H.D., Archives du génie, Art. 8, section 1, Antibes, carton 1, n° 53 (3)14Vincennes, S.H.D., Archives du génie, Art. 8, section 1, Antibes, carton 2, n° 38.15Vincennes, S.H.D., Archives du génie, Art. 8, section 1, Antibes, carton 3, n° 21(4).16Vincennes, S.H.D., Archives du génie, Art. 8, section 1, Antibes, carton 4, n° 1.17Vincennes, S.H.D., Archives du génie, Art. 8, section 1, Antibes, carton 4, n° 25.18Vincennes, S.H.D., Archives du génie, Art. 8, section 1, Antibes, carton 4, n° 28 (8).19Vincennes, S.H.D., Archives du génie, Art. 8, section 1, Antibes, carton 5, n° 1 (7)
Appellations Fort Carré
Dénominations fort
Aire d'étude et canton Alpes-Maritimes
Adresse Commune : Antibes

Le programme de fortification royale aurait commencé selon les sources en 1550, ou en avril 1548, par le lancement du chantier de la tour Saint-Laurent sur la presqu’île formant éminence rocheuse face au port et à la ville. Cette grosse tour Saint-Laurent, réputée achevée vers 1553, a été incorporée une trentaine d’années plus tard dans le Fort Carré actuel.

Si l'auteur de la grosse tour Saint-Laurent peut être identifié comme Jean de Saint-Rémy, la construction du fort à système bastionné, entre 1565 et 1585, est largement postérieure à sa disparition en 1557. A partir de 1603, un programme de construction d'une enceinte à redans et front de terre bastionné autour du fort est mis en oeuvre par l’ingénieur du roi en Provence et Dauphiné Raymond de Bonnefons, et continué par son fils et successeur Jean de Bonnefons. Vers 1635-1640 une fausse braie avec redan en épi face à chaque courtine enveloppe le fort et un ouvrage à corne constitue une amorce de front de terre pour une enceinte basse. La fausse braie entourant le pied du fort est attribuable à Jean de Bonnefons, ou à Duplessis-Besançon, ingénieur actif en Provence à ses côtés vers 1635-1640. On ne connaît pas la date de construction des bâtiments complémentaires édifiés sur tous les flancs des plates formes des bastions, déjà en place vers 1680.

Les projets dressés par Vauban en 1682 et par Niquet en 1692-1693 n'aboutissent pas. En 1700, Vauban rédige une « addition à l’ancien projet d’Antibes », qui s’apparente à un nouveau projet général d’envergure, notamment pour le Fort Carré, dont il envisage de faire une nouvelle citadelle. En 1704, Niquet fait réparer la moitié des locaux de l’étage du bâtiment annulaire existant, le fait surhausser d'un étage et aménage une chapelle au rez-de-cour.

Au 18e siècle, plusieurs projets, reprenant peu ou prou celui de Vauban, restent sans lendemain. En 1793 des travaux sont engagés pour achever le front d’entrée (est) de la presqu’île ou du « bas fort » : terrassements et creusements destinés à former ou reconstituer la courtine du bas fort entre les deux bastions.

L'enceinte du bas fort est finalement achevée entre 1830 et 1848. En 1844 commence, sous la direction du chef du génie local Depigny, la construction d’un grand corps de caserne casematée à deux niveaux, sur le modèle de la caserne de la ville. La réunion de Nice à la France en 1860 met un terme à tout nouveau projet. Le fort est déclassé en 1895, l'Etat rétrocède les bâtiments à la ville et se réserve pour être conservés dans le domaine militaire, « la totalité des terrains du fort de la presqu’île ». Le fort est classé monument historique en 1906.

En 1920 un vaste projet d'aménagement des terrains militaires, à l’emplacement du front d’entrée, entraîne la destruction des dehors, d’une partie de la courtine et de la totalité du bastion 35 du front d’entrée. A l’emplacement du fossé et des dehors, est installé un stade à l’usage du Centre Régional d’Instruction Physique alors fondé sur le site. Les batteries et parapets en terre des courtines et des bastions conservés de l’enceinte basse ont été soit entièrement déblayés, soit dérasés.

Période(s) Principale : 2e moitié 16e siècle, 1ère moitié 17e siècle, 2e quart 19e siècle , daté par travaux historiques, daté par source
Secondaire : 18e siècle , daté par source
Auteur(s) Auteur : Saint-Rémy de Jean,
Jean Saint-Rémy de ( - 1557)

Commissaire de l’artillerie, expert en fortification dès 1536, puis commissaire général des fortifications, actif surtout en Picardie au début de sa carrière de fortificateur, envoyé en mission par François Ier et Henri II en Provence, notamment en 1546. Maître d’œuvre de l’enceinte bastionnée de la place forte de Saint-Paul-de-Vence en 1546 et 1547, on lui attribue la construction de la tour Saint-Laurent, à l'origine du fort Carré d'Antibes.


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ingénieur militaire, attribution par travaux historiques
Auteur : Bonnefons Jean de,
Jean de Bonnefons (vers 1570 - après 1639)

Fils et successeur de Raymond de Bonnefons. Ingénieur du roi en Provence et Dauphiné en 1607, travaille à l'enceinte de Toulon, à celle d'Antibes, de Saint-Tropez, et à la citadelle de Sisteron.


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ingénieur, attribution par source
Auteur : Besançon de Charles-Bernard, dit(e) Duplessis-Besançon,
Charles-Bernard Besançon de , dit(e) Duplessis-Besançon

ingénieur actif en Provence aux côtés de Jean de Bonnefons, et proche du grand ingénieur militaire de Louis XIII Pierre de Conty d’Argencourt.


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ingénieur, attribution par source
Auteur : Niquet Antoine,
Antoine Niquet (vers 1640 - 1726)

Ingénieur général des fortifications de Provence, de Dauphiné, de Languedoc en 1680. En 1700, il est à Toulon où il travaille avec Vauban sur un nouveau projet d'aménagement du site : retranchement de la ville, aménagement du port et de la darse, défense de la ville avec des forts et des tours. Auteur des projets de fortification de la place de Seyne (Alpes-de-Haute-Provence) en 1690.


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ingénieur militaire, attribution par source
Auteur : Le Prestre de Vauban Sébastien,
Sébastien Le Prestre de Vauban (1er mai 1633 - 30 mars 1707)

Ingénieur, architecte militaire, urbaniste, ingénieur hydraulicien et essayiste français. Nommé maréchal de France par Louis XIV. Expert en poliorcétique (c'est-à-dire en l'art d'organiser l'attaque ou la défense lors du siège d'une ville, d'un lieu ou d'une place forte), il a conçu ou amélioré une centaine de places fortes.


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ingénieur militaire, attribution par source

Le Fort Carré se compose d’un corps central carré très légèrement déformé en trapèze cantonné aux angles de bastions dont l’angle de capitale, très aigu, portait une guérite cylindrique ou échauguette en encorbellement, qui a disparu. Le volume creux cylindrique, à l’intérieur de ce corps central carré, contient un bâtiment annulaire adossé, élevé de trois niveaux dont le dernier règne au-dessus de la plate-forme du fort. La porte d’entrée du fort, à pont-levis, est de plain-pied avec la cour intérieure. Elle est percée à l’extrémité de la courtine 37-38, Cette porte est desservie par une longue volée unique d’escalier en pierre légèrement incurvée aboutissant au revers de l’orillon de ce flanc. Cette porte dessert un couloir axial voûté en berceau, long et étroit, qui aboutit dans la cour circulaire, sous une travée ouverte du bâtiment annulaire. Ce couloir d’entrée dessert un autre segment de couloir divergent qui communique aux casemates abritées à ce niveau dans le bastion de Corse. Depuis l’intérieur de travées du bâtiment annulaire sur cour, trois autres branches de couloir traversent la forte épaisseur murale des angles du corps central pour desservir les casemates des bastions d’Antibes, de France et de Nice.

Les bastions n’ont qu’un niveau de casemates, de plain-pied avec la cour, sur un soubassement massif, niveau au-dessus duquel la plate-forme d’artillerie bordée d’un gros parapet maçonné règne à la fois sur les bastions et en chemin de ronde autour du surcroît de hauteur du bâtiment annulaire et distribuant le second étage logé dans ce surcroît. Le rez-de-cour de ce bâtiment est cloisonné en une série de chambres voûtées ou casemates, qui ont toutes individuellement une issue et un jour sur la cour. Le premier étage des travées ordinaires du bâtiment annulaire est desservi par un petit escalier en pierre à deux volées montant à droite dans la travée ouverte par laquelle le couloir d’entrée du fort débouche dans la cour.

Le second étage du bâtiment est voûté en berceau annulaire, le toit à un pan est couvert de tuiles creuses. La communication verticale entre la cour et le chemin de ronde de la plate-forme est assurée par un escalier hors œuvre découvert qui rampe le long de la façade circulaire jusqu’à la saillie de l’avant-corps. Les casemates logées dans les bastions sont de plan polygonal symétrique et voûtées en berceau. Le bastion de France porte sur la majeure partie de sa plate-forme une grande casemate rectangulaire bas voûtée, flanquée symétriquement de deux réduits latéraux. Cette casemate porte elle-même sur les reins de sa voûte une plate-forme, accessible par un petit escalier montant à ciel ouvert dans le bastion le long du flanc droit. La plate-forme en question règne au troisième niveau de défense du fort, qui consiste en un chemin de ronde d’infanterie circulant entre deux garde-corps sur l’arase du gros parapet d’artillerie de la plate-forme principale.

Les dehors se composent de la fausse braie et d’un petit tambour à deux pans en épi couvrant la courtine d’entrée 37-38. La fausse braie est formée d’un double mur parapet bas continu destiné à couvrir les circulations au pied des bastions et courtines du fort, à la manière d’un chemin couvert de contrescarpe de fossé.

Les maçonneries du fort mises en œuvre au XVIe siècle sont réalisées en blocage de moellons sommairement échantillonnés. La pierre de taille, un calcaire brun coquillier, est réservée au cordon, de forte section, aux encadrements des embrasures à canon, au parement des orillons les plus étroits, au niveau du parapet, et au chaînage des angles aigus de la capitale des bastions.

Les façades sur cour et sur plate-forme du bâtiment circulaire sont entièrement revêtues d’un enduit couvrant blanc qui cache les matériaux d’encadrement des arches de passage, portes et fenêtres, percées dans les façades. Les locaux du bâtiment annulaire, voûtés ou non, sont systématiquement enduits, de même que les casemates des bastions. Certains de ces enduits portent les restes d’un décor peint du XVIIIe siècle de style baroque ou rococo provençal, notamment dans la chapelle.

Murs calcaire moellon enduit

Toit calcaire en couverture, tuile creuse
Plans plan centré
Étages 2 étages carrés
Couvrements voûte en berceau
Couvertures terrasse toit à un pan
toit à longs pans
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours, en maçonnerie
escalier hors-oeuvre : en maçonnerie
Techniques peinture
Représentations ornement architectural, vase, feuillage
Précision représentations

Décor peint de la chapelle : plinthe imitant une menuiserie à panneaux peints, niche d’autel encadrée de deux motifs peints simulant des ailerons de retable baroque, puis de deux panneaux figurant un vase de fleurs, au-dessus d’un motif de rameaux croisés noués. Entre le berceau de la voûte, le dessus de la niche et des deux panneaux floraux, des rinceaux symétriques se développent à partir d’un cartouche inscrivant le monogramme DOM et sommé d’une tête d’ange ailée.

Statut de la propriété propriété publique
Intérêt de l'œuvre à signaler
Protections classé MH, 1906/11/07, 1913/08/20
Précisions sur la protection

Le Fort Carré : classement par arrêté du 7 novembre 1906 - Les deux enceintes ; dans l'enceinte supérieure et dans le bâtiment annulaire qui enveloppe la cour intérieure : ancienne chapelle convertie en magasin d'habillement ; dans le bastion nord-ouest : tombeau du général Championnet : classement par arrêté du 20 août 1913.

Références documentaires

Documents d'archives
  • [Plans et mémoires sur le fort Carré d'Antibes] 1677-1875. 65 à 90 documents, plans et mémoires, par carton.

Documents figurés
  • Projet de fortification bastionnée pour la ville d’Antibes. / Dessin, par Ascanio Vitozzi, 1589. Archivio di Stato, Biblioteca Antica, Turin : Archittetura militare, vol. III, fol. 30.

  • [Série de plans de la fin du XVIe siècle à la fin du XVIIe siècle (issus en partie des collections Marolles et Gaignières)]. Bibliothèque Nationale de France, Paris : Estampes série Va – Topographie de la France, Alpes-Maritimes, Antibes.

  • [Plan et vue cavalière de projet pour les fortifications d’Antibes, incluant le Fort Carré]. / Dessin par François Martelleur, ingénieur cartographe, vers 1600. British Library : Ms, Add Mss 21117, fol. 82 v°-83r°

  • [Plan et vue cavalière du fort Carré d'Antibes]. / Dessin à la plume, sd, vers 1640. Bibliothèque Nationale de France, Paris : Estampes : Va topo France, 06, t. I, mc. 109379 et 109384.

Bibliographie
  • BOISSIER J. Antibes et le fort Carré. Dans : Revue historique de l’armée, 1958, 14e année, n°4.

  • BUISSERET, D. Ingénieurs et fortifications avant Vauban, l’organisation d’un service royal aux XVIe-XVIIe siècles. – Paris : CTHS, 2002.

    p. 58, fig. 31.
  • CHARNIER, H. Notes sur les origines du génie, du Moyen Âge à l’organisation de l’an VIII. Dans : Revue du génie militaire, t. LXXXVII, 1954, p. 39.

    p. 39
  • CLAVAYRAC-REYNE, C. ; RIBIERE, Henri. Le fort Carré d’Antibes ou fort Championnet. Dans : Vauban et ses successeurs dans les Alpes-Maritimes - Paris : Association Vauban, 2004

    p. 131-142.
  • Club du Vieux-Manoir Le Fort Carré d’Antibes, Paris, 1980, 30 p.

  • FROISSARD, M. Les fortifications d’Antibes. Dans : Vauban et ses successeurs dans les Alpes-Maritimes.- Paris : Association Vauban, 2004, 318 p.

  • FROISSARD, M. Antibes, grandeur et servitudes d’une place forte, XVIe-XIXe siècle Catatlogue d'exposition, Antibes, Archives Municipales, 1995.

  • LACROIX, Jean-Bernard. Les travaux du port d’Antibes du XVIe au XXe siècle. Dans : Recherches régionales, Alpes-Maritimes et contrées limitrophes, 2004, n° 171.

  • LACROIX, Jean-Bernard. Les travaux militaires à Antibes au XVIIe siècle. Dans : Recherches régionales, Alpes-Maritimes et contrées limitrophes, 2003, n° 168

    p. 1-38
  • ROLLAND, H. En marge de Brantôme, Jean de Saint-Remy. Dans : Mémoires de l’Institut historique de Provence, t. XIX, 1936

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  • TISSERAND, E. Histoire d’Antibes.- Antibes, 1876.

  • VERIN, Hélène. La gloire des ingénieurs , l’intelligence technique du XVIe au XVIIe siècle. Paris : Albin Michel,1993, 455 p. (Coll. l'évolution de l'humanité).

    p. 120
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Corvisier Christian - Fournel Brigitte