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fort de la Gavaresse

Dossier IA83002047 réalisé en 2007

Fiche

Construction et armement

La commission de révision de l’armement du littoral de l’arrondissement maritime de Toulon détermine un programme de septembre 1872 à mai 1873 concernant notamment le renouvellement des batteries de côte. La réalisation de ce programme, différée de plusieurs années, appliquera les normes du « système Séré de Rivières », soit répondant à une typologie architecturale définie par le général Séré de Rivières, directeur du comité de défense des frontières de la France.

Un nouveau plan de défense de la rade de Toulon, actualisant et adaptant les propositions de la commission de 1873 sur les batteries de côte, est approuvé le 4 avril 1877. Il prévoit l’abandon de six batteries, l’adaptation de cinq et la création ex nihilo de neuf autres. Ce programme est mis en œuvre à partir de l’année 1878, en phase avec la construction de forts détachés distants assurant, selon les principes de Séré de Rivières, la défense terrestre de la place forte de Toulon.1

Les missions des batteries de côte programmées en 1877 se répartissent entre des batteries de bombardement, placées en altitude, pour le tir plongeant courbe sur les ponts des navires, des batteries de rupture, pour le tir tendu bas battant l’accès des passes et des rades contre les coques des navires, ces deux catégories adaptées aux canons de gros calibre, et des batteries de moyen calibre et de mortiers (gros calibre à tir vertical parabolique), pour l’action plus rapprochée.

Le fortin de la Gavaresse est dans son état définitif principalement une batterie de côte vouée au le tir de bombardement. Toutefois, sa proximité avec le fort de La Colle-Noire, l’un des trois forts construits à neuf à partir de 1878 pour la défense terrestre du secteur Est de Toulon, en fait aussi un ouvrage d’appoint de ce fort, une même route donnant accès au fortin et au fort, le premier étant en aval du second, qui occupe le sommet du massif de la Colle-Noire.

Construit à partir de 1880 sur un terrain acquis en 1878, alors que l’essentiel de la construction du fort de la Colle Noire s’achevait 2, l’ouvrage de la Gavaresse a été conçu, plus nettement que la batterie de la Bayarde, construite un peu plus tard sur le versant opposé du même massif, comme un fortin fermé de dimensions restreintes. L’aspect fortin de la batterie Gavaresse est en effet plus accusé qu’à celle de La Bayarde, du fait de l’unité compacte et des défenses spécifiques de son enceinte (la porte notamment), de sa hauteur de revêtement et de son fossé.

En 1893 une galerie desservant un magasin en caverne a été aménagée sous la cour intérieure du fortin.

En novembre 1897 la batterie de La Gavaresse était armée de quatre canons de 240mm modèle 1884 d’une portée de 9500 mètres, sur affut tournant. D’un poids de plus de 15 tonnes, ces très grosses pièces lançaient en direction de la rade de Giens (sud-est) des obus de 157 ou 162 kg à une vitesse initiale de l’ordre de 500 mètres seconde. Par ailleurs, le fortin disposait de six canons de petit calibre, mentionnés dès 1891, qui permettaient de battre la route d’accès terrestres au massif et au fort de la Colle noire, au nord-ouest.3

Il semble que les quatre emplacements de tir en fer-à-cheval de la batterie et les quatre canons de 240mm correspondants n’aient été mis en place qu’après 1891, probablement à la même époque que le magasin en caverne, soit en 1893, voire en 1892, dates auxquelles un document mentionne des « améliorations ». En effet, il existe un plan non daté mais sûrement antérieur à 1893 qui montre un état des lieux sans le magasin en caverne et sans les quatre emplacements de tir 4, la batterie vers la mer n’y étant constituée que d’une banquette ordinaire avec parapet de terre, sans traverses, identique à celle qui se retourne sur les autres côtés du fortin au sud-ouest, ouest et nord-ouest. On doit en conclure, comme le suggère l’appellation initiale de « fortin », que l’ouvrage de La Gavaresse a été conçu initialement davantage comme une batterie d’appoint du fort de La Colle Noire avec canons sur roues de moyenne portée, et n’est devenue plus spécifiquement une batterie de côte pour pièces de gros calibre à longue portée qu’en 1893.

Le personnel mentionné en 1897 comme affecté à l’armement de l’ouvrage était de 90 sous-officiers et artilleurs et 70 auxiliaires 5.

Une batterie annexe sommaire est aménagée immédiatement en avant de l’entrée du fortin, adaptée à des canons de 120mm tirant dans la même direction que la batterie du fortin.

Une ligne téléphonique, mentionnée en 1929, reliait La Gavaresse au poste de commandement du fort de la Colle Noire.6

En 1944, un stockage de munitions d’artillerie est mentionné dans le fortin. Deux postes de tir pour mitrailleuse ont été construits, l’un au-dessus de l’entrée du fort, l’autre à l’opposé, pendant la seconde guerre mondiale.

Une partie des terres de remblai qui formaient la banquette ou épaulement de la galerie, a été déblayée à une date inconnue du XXe siècle.

Analyse architecturale

Site et implantation générale

Le fortin de la Gavaresse est implanté sur un éperon rocheux naturel assez étroit qui se détache sur le versant sud-ouest du massif de la Colle Noire, à 225m d’altitude, en contrebas du sommet que couronne le fort de la Colle Noire.

Le chemin d’accès en lacets, commun au fortin et au fort monte d’ouest en est sur les versants ouest de la Colle Noire, à l’abri de l’éperon de La Gavaresse, sans visibilité sur la côte sud-est, depuis la route littorale sur laquelle il se branche aux abords du village du Pradet. Ce chemin dessert secondairement les batteries annexes du fort de la Colle Noire, dont la batterie nord (alt. 165m) en aval de la bifurcation entre le chemin du fortin et celui du fort, et la batterie sud (alt. 235m) au sud de la bifurcation, assez proche du fortin de la Gavaresse et de sa propre batterie annexe.

L’assiette du fortin, sur l’éperon, semble avoir été quelque peu aménagée et nivelée en plate-forme pour recevoir l’enceinte pentagonale du fortin et son fossé discontinu sans grosses contraintes topographiques.

Plan, distribution spatiale, circulations et issues

Le plan du fortin, très limité en surface, s’apparente au modèle-type pentagonal du fort Séré de Rivières, adapté à une économie interne plus simple et à une échelle réduite. Conformément à ce modèle, l’enceinte comporte un front d’attaque saillant formé de deux faces ou pans réunis en angle obtus (c. 150°), dans la direction majeure des tirs de batterie (ici le sud/sud-est), elle comporte deux flancs presque symétriques de même longueur, et un front de gorge à peu près parallèle à la base du triangle dont les faces du front d’attaque forment les deux autres cotés.

De plus, le front d’attaque est flanqué au saillant par un bastionnet pentagonal, et les angles de ce front comportent chacun un demi-bastionnet en position de flanquer les flancs du fortin. C’est une variante du modèle-type qui prévoit en lieu et place des bastionnets une caponnière double et deux caponnières simples. La symétrie idéale, réalisable sur le site, malgré son étroitesse, est empêchée par des déformations, notamment par l’asymétrie du front d’attaque dont les faces d’inégale longueur ne donnent pas un triangle isocèle. D’autres choix d’aménagement éloignent du plan-type, en particulier le fait que la porte du fortin soit percée non au milieu du front de gorge, mais au milieu du flanc gauche. Cette particularité est imposée en l’occurrence par l’étroitesse de l’éperon qui n’offre aucun dégagement devant le front de gorge, au pied duquel nait immédiatement le versant escarpé nord-ouest de l’éperon. D’autre part, un autre trait asymétrique dicté par une stricte économie de moyens est la présence d’un demi-bastionnet à un seul des deux angles du front de gorge, du côté droit : ce front formant un unique pan rectiligne, suffisamment flanqué par un côté, ne nécessitait pas la mise en place d’un organe flanquant à l’angle opposé. Enceinte : front de gorge, à l'arrière-plan du demi-bastionnet en bout du flanc droit.Enceinte : front de gorge, à l'arrière-plan du demi-bastionnet en bout du flanc droit.

Au dehors, toujours du fait de l’étroitesse de l’éperon dont les pentes s’amorcent pratiquement au pied des murs du front de gorge d’une part, de la face gauche du front d’attaque d’autre par, le fossé est discontinu et n’existe pas devant ces fronts. Un véritable fossé à contrescarpe revêtue, assez peu élevée, n’est réalisé que devant le flanc gauche de l’enceinte, où il est franchi par le pont-levis de la porte, et devant le flanc droit de l’enceinte et la face droite de son front de gorge. De ce côté du fortin, opposé à l’entrée, la contrescarpe du fossé s’échancre pour contourner la saillie du demi-bastionnet sud-ouest, et contourne également le flanc droit du bastionnet central, avant de s’interrompre pour laisser place à une sorte de lice ou chemin de ronde en pied de mur du front d’attaque, régnant au niveau du fond des deux segments de fossé.

Dans l’ensemble, du fait de l’insuffisance des fossés et de la relative hauteur murale, le fortin était donc mal ou pas défilé des tirs ennemis potentiels, notamment ceux tirés depuis la mer ; le risque était toutefois nul, les canons des bateaux ne pouvant orienter leurs tirs jusqu’à à cette altitude.

L’organisation interne du fortin est relativement asymétrique. Les trois quart de l’aire intérieure sont occupés par la batterie proprement dite, sous laquelle est creusé le magasin en caverne, et le quart nord du fort abrite le casernement sur cour intérieure quadrangulaire.Cour intérieure ; ailes de casernement au fond et à gauche, batterie principale à droite.Cour intérieure ; ailes de casernement au fond et à gauche, batterie principale à droite.

Ce casernement forme deux ailes abritant un seul niveau de casemates voutées à l’épreuve, couvertes par un toit-terrasse. L’aile d’entrée est adossée à la moitié du flanc gauche du fortin, et incorpore l’entrée voûtée en berceau ménagée au milieu de ce flanc. Cette aile ne comporte que trois casemates inégales affectées à des locaux de service, la première à droite du passage d’entrée est refendue en deux petites pièces carrées, une pour le corps de garde (porte vers le passage d’entrée), l’autre pour une chambre d’officier (porte et petite fenêtre sur cour). Les deux casemates suivantes étaient successivement la cuisine (porte sur cour) et le magasin à vivres, accessible seulement par la cuisine, par une porte dans le mur de refend. La citerne du fortin, de 92000 litres, en deux travées voûtées, est aménagée sous les deux premières travées de casemate de cette aile. Chacune des trois casemates était percée côté fossé, dans le mur d’enceinte, d’une paire de créneaux de fusillade pour la défense rapprochée, mais donnant aussi du jour ; pour les deux premières casemates, voutées en berceau d’axe transversal, le mur de fond percé de ces créneaux est relativement maigre. La travée d’angle, soit l’ancien magasin à vivres, plus grande et sans prise de jour sur cour, bénéficie d’une seconde paire de créneaux percée dans le mur du front de gorge, au bout de son volume voûté en berceau longitudinal. Ses créneaux du flanc gauche donnent lieu à une niche en berceau transversal pénétrant dans le volume voûté principal. Ces créneaux en fente ébrasée au-dedans ont tous été agrandis en petite fenêtre carrée vers la fin du XXe siècle.

La porte du fortin occupe une quatrième travée de l’aile d’entrée, alignée au grand côté de la cour dominé par la batterie principale. Le voûtement du passage, plus haut en moyenne que celui des autres travées de l’aile d’entrée comporte deux segments successifs de voûte en berceau surbaissé. Le premier segment du passage est moins profond et plus haut voûté que le second, car il était destiné à accueillir le rabattement latéral des vantaux de l’arcade d’entrée, couverte d’un arc surbaissé. A l’extérieur, cette arcade d’entrée est inscrite en retrait dans un encadrement de même forme qu’elle, plus large et surtout plus haut, dans lequel venait se rabattre le tablier du pont-levis en position fermée. Ce pont-levis n’existe plus et a été remplacé par une passerelle dormante à une date récente. Son système de levage, sans chaînes ni poulies, semble avoir été celui employé pour d’autres forts de l’époque, comme ceux du col de Tende, soit une bascule procurée par des fléaux au sol lestés prolongeant le tablier et faisant contrepoids en s’abîmant dans une fosse voûtée sous la chaussée. Cette fosse est aujourd’hui comblée.

Dans la façade d’entrée ou flanc gauche du fortin, la travée de la porte bénéficie d’une plus grande hauteur murale, la tablette d’arase du mur rampant de chaque côté pour rattraper le niveau d’élévation normal de ce flanc de l’enceinte, qui reste constant autour du casernement, soit sur la moitié du front de gorge. Ensemble du flanc gauche ou face d'entrée du fortin.Ensemble du flanc gauche ou face d'entrée du fortin.

L’aile principale du casernement, en retour d’équerre de l’aile précédente, comporte une série de trois grandes casemates identiques pour le logement de troupes (conçues pour 8 lits de 4 places par casemate), puis une quatrième travée plus étroite et refendue en deux petites pièces carrées réservées chacune pour servir de chambre à deux sous-officiers. Ces petites chambres ont chacune porte et fenêtre dans le petit côté de l’aile, regardant vers l’ouest/sud-ouest. Les trois grandes casemates offrent chacune sur cour une façade normative avec porte centrale encadrée de deux fenêtres et surmontée d’un fenestron ou soupirail, tandis que leur mur de fond n’offre qu’une petite fenêtre centrée percée dans la muraille du front de gorge. Le toit terrasse de ce casernement, jadis revêtu d’un remblai de terre qui contribuait à mettre les voûtes des casemates à l’épreuve, s’égoutte par des gargouilles ou goulottes monolithe dans la façade sur cour, au droit des murs de refend entre casemates.

Outre le casernement, la cour offre d’autres locaux voûtés en nombre limité, sous le terrassement de la batterie, à gauche du débouché du passage d’entrée. C’est d’abord un magasin aux projectiles, casemate assez profonde recoupée d’un mur de refend isolant un court vestibule ou sas, puis deux petits cabinets de latrines jumelés, l’un pour la troupe, l’autre pour les officiers. Ces locaux donnent lieu à un segment de façade dans le mur de terrassement de la batterie, en vis-à-vis de l’aile principale du casernement, formant deux travées d’apparence identique, avec pour chacune (magasin et double cabinet) deux portes jumelles sommées d’un fenestron unique et centrée. Au-delà de cette façade, le mur de terrassement, aveugle, est longé par le premier segment de la rampe de roulage qui monte à la batterie. Ce mur est animé d’une série de trois arcades plaquées hors-œuvre, qui portent un retour de la rampe et une partie du chemin de distribution des emplacements de tir de la batterie.

Desservies par ces segments de rampes et ce chemin de ronde, les quatre emplacements de tir ont la forme en cuve de plan en fer à cheval caractéristiques des grosses pièces d’artillerie sur pivot. Ces quatre sections d’artillerie sont séparées et bordées par des traverses-abri dont la médiane, plus large et volumineuse que les autres (Fig. 13), de plain-pied avec le palier médian de la rampe, est la seule remontant à la construction d’origine de 1880. Cette grosse traverse-abri recoupait seule la banquette et le parapet de la première batterie avant la création des quatre emplacements de tir vers 1893. Les quatre autres traverses ne contiennent qu’un petit abri au sol surbaissé à usage de niches à munitions. La rampe et le chemin de ronde sur arcades de la batterie de canons de 240.La rampe et le chemin de ronde sur arcades de la batterie de canons de 240.

La totalité de la batterie, soit le front d’attaque et le retour de banquette sur le flanc droit et sur la moitié droite du front de gorge, est enveloppée par un chemin de ronde d’arase qui dessert les plate formes des quatre bastionnets ou demi-bastionnets. Le tout, y compris les ouvrages flanquants est bordé d’un simple parapet garde-corps à tablette. La hauteur d’arase n’est pas parfaitement nivelée au pourtour de l’enceinte, mais descend insensiblement de façon constante dans le sens des aiguilles d’une montre sur le front d’attaque et sur le flanc droit, jusque sur la moitié du front de gorge. Au milieu du front de gorge, un net rattrapage de niveau d’arase en rampant ascendant marque la transition entre la partie batterie et la partie casernement, dont le nivellement à l’horizontale est rigoureux.

Le flanquement, soir la défense des fronts et faces de l’enceinte du fortin et celle du fossé, ne pouvait se faire que depuis les plates formes des bastionnets par des tirs au fusil à courte portée. En effet, ces bastionnets ou demi-bastionnets ne comportent aucune casemate souterraine formant caponnière, ni aucun créneau de pied. Le chemin de ronde courant, hors les ouvrages flanquants, est étroit, délimité au-dehors par le parapet garde-corps et au-dedans par un muret en pierre sèche de soutènement de la banquette de terre de la batterie.

L’accès principal du chemin de ronde se branche sous le passage d’entrée à gauche, par une porte donnant accès à un escalier courbe tournant à gauche(Fig. 16), formant une trémie élégamment arrondie émergeant dans le talus de la banquette de terre, conservée dans ce secteur. Cet accès au départ du chemin de ronde d’enceinte communique secondairement au chemin de desserte des emplacements de tir de la batterie. A l’autre bout du chemin de ronde existe un autre escalier, droit, descendant au niveau de la cour le long du parement intérieur du front de gorge, en face du petit côté de l’aile principale du casernement, avec ses deux chambres de sous-officiers.

En face de ce petit côté, l’extrémité du remblai de la partie de la batterie adossée au front de gorge est déblayé et a été remplacé à une date inconnue, probablement durant la seconde guerre mondiale, par un préau dont le toit en appentis est détruit, préau abritant un lavoir et un bassin à l’usage de la garnison.

Les deux postes de tir pour fusil mitrailleur construits à la même époque sur chacun des deux flancs de l’enceinte sont d’inégale importance ; le plus grand est celui du flanc opposé à l’entrée : c’est une tourelle semi-circulaire en béton armé bâtie sur le haut du remblai de la batterie, avec dalle plate de couvrement et ouverture de visée et de tir horizontale regardant la mer. Elle est associée à un petit corps de garde carré fondé en contrebas sur le chemin de ronde qu’il intercepte. Le second poste de tir, au-dessus de la porte du fort, plus petit et d’apparence inachevée, ressemble plutôt à un abri.Enceinte : vue latérale du flanc gauche, de son fossé avec porte à pont du fortin.Enceinte : vue latérale du flanc gauche, de son fossé avec porte à pont du fortin.

Autre aménagement de la seconde guerre mondiale : un bloc-abri en béton de plan rectangulaire (pour munitions) construit à côté de la traverse-abri de la batterie la plus proche de l’entrée du fort.

Le souterrain ou magasin en caverne créé en 1893 s’étend à un niveau inférieur de sept mètres à celui du sol de la cour. Son escalier d’accès plonge d’une quarantaine de marches à l’angle rentrant des terrasses de la batterie sur la cour, sous le premier segment de rampe de roulage montant de la cour à la batterie. L’escalier aboutit à une sorte de vestibule élargi de plan carré avec pilier carré isolé soutenant la voûte surbaissée. Sur les plans les anciens de ce souterrain, ce vestibule élargi et son pilier n’existent pas : le pilier résulte d’un élargissement après coup du volume en bas de l’escalier derrière l’angle droit de la descente à une branche ou galerie perpendiculaire tournant à droite. Le vestibule distribue aussi, au fond et légèrement à gauche, un petit local au sol surcreusé pour servir de citerne, prolongé par une longue et étroite galerie taillée à même le roc jusqu’au-dehors du fortin pour assurer l’écoulement du trop-plein des eaux. Le segment de couloir vers la citerne est relié verticalement au local interne de la grosse traverse-abri de la batterie par une large cage carrée en cheminée aménagée pour un monte-charge.

La galerie principale du souterrain, à droite du vestibule, dessert au passage à gauche une petite casemate qui servait d’atelier de chargement des projectiles (obus), puis elle aboutit, en retour d’angle droit à droite, à un vaste magasin à poudres souterrain de plan rectangulaire avec prise d’aération en fond de salle, sans couloir d’isolement mais précédé d’un sas obtenu en isolant la dernière partie de la galerie par un gros mur de refend avec porte. Souterrain de 1893 : vestibule vu du local de départ du monte-charge.Souterrain de 1893 : vestibule vu du local de départ du monte-charge.

Structure et mise en œuvre

Les parements courants des murs d’enveloppe du fortin, ouvrages flanquants compris, des contrescarpes du fossé, comme ceux des façades sur cour des bâtiments militaires et des traverses-abri, sont réalisés à l’économie mais avec soin. Ces parements sont en moellons de pierre dure brute dégrossie au marteau, sommairement calibrée et bloquée en assises assez irrégulières, l’ensemble étant dressé avec un léger fruit et une bonne planéité des surfaces, et jointoyé au ciment en joints ruban soulignés au fer. On note quelques chantepleures dans les murs du flanc droit et du front d’attaque. Les angles saillants de l’enceinte, dont ceux des bastionnets, et l’unique angle saillant du casernement (aile principale) sont chaînés en pierres de taille dures de moyen appareil régulier disposées en besace, et soigneusement bouchardée, la tablette d’arase des murs d’enceinte et de façade employant la même nature de pierre, de même que les encadrements des créneaux jumeaux (modifiés) ou des baies de jour percés dans l’enceinte pour les casemates des deux ailes de casernement. Dans la façade d’entrée du fortin, la porte, surmontée d’un cartouche en ciment moulé portant l’inscription « Fortin de la Gavaresse » fait l’objet d’un traitement particulier : son encadrement forme un chambranle en léger relief, en pierre de taille finement bouchardée avec liseré, qui se prolonge en soubassement, sous le pont-levis, par une sorte d’embase en relief légèrement évasée, parementée en petit appareil de pierre à bossages rustiques et chainée aux angles en pierre de taille finement bouchardée appareillée en besace. Le raccord entre soubassement et encadrement, au niveau du tablier du pont est souligné par un gros tore ou boudin. L’arcade d’entrée du fortin encastrée en retrait dans cet encadrement est couverte d’un arc en pierre de taille non extradossé (claveaux en escalier) surmonté à la clef d’un cartouche en ciment portant le millésime 1880. Trémie courbe de sortie de l'escalier d'accès au chemin de ronde à flanc de banquette.Trémie courbe de sortie de l'escalier d'accès au chemin de ronde à flanc de banquette.

Le même soin de mise en œuvre caractérise la partie tournante débouchant en trémie à ciel ouvert de l’escalier d’accès au chemin de ronde, avec marches monolithes et arcade de sortie plein-cintre et tablettes d’arase à la fois tournantes et rampantes, pour suivre le profil de la banquette de la batterie. L’encadrement de la porte de cet escalier dans le passage d’entrée, couvert d’un arc surbaissé extradossé, est en pierre de taille et en léger relief, indiquant l’intention inaboutie d’enduire le parement courant. L’arcade sur cour du passage d’entrée et les portes des traverses-abri ordinaires offrent les mêmes caractéristiques, l’arc des portes des traverses-abri étant extradossé en pignon, avec feuillure extérieure de grille. La grande traverse-abri centrale est mise en œuvre avec moins de soin, notamment l’encadrement de sa porte.

Les autres encadrements de portes et de fenêtres sur cour, celles du casernement, du magasin d’artillerie et des latrines, sont en briques. Les sols sont en majeure partie cimentés, sols intérieurs des bâtiments mais aussi sol formant revêtement du toit terrasse du casernement, et sols des emplacements de tir et chemin de ronde de la batterie principale. Le chemin de ronde qui dessert ces emplacements de tir est porté au-dessus de la façade des latrines et du magasin en encorbellement sur un système de voûtains juxtaposés en briques sur IPN. Le garde-corps en fer forgé qui bordait ce chemin de ronde et la rampe qui y monte a été arraché. Les niches sous cette rampe et les portes des traverses-abri sont munies d’un petit parapluie en tôle scellé sur l’arc. L’intérieur voûté des traverses-abri est enduit en ciment, et le sol aussi en ciment porte la trace de rails ou rainures qui devaient guider des wagonnets distribuant les poudres et munitions stockées dans le souterrain et montées par le monte-charge sur les postes de tir des canons de 240.

Les maçonneries intérieures des casemates sont plus négligées que celles des parements extérieurs, et étaient destinées à être enduites ; leur dernier état d’enduit cimenté a été décapé récemment.

Les maçonneries du souterrain de 1893 sont semblables à celles du reste du fort : soignées pour la façade d’entrée de l’escalier, à ciel ouvert (cartouche millésime au dessus de l’arcade d’entrée), sommaire pour les souterrains proprement dits. Dans cette partie voûtée, seul le pilier d’angle du vestibule et les encadrements des portes (atelier, magasin à poudres et son sas) emploient la pierre de taille. Les encadrements de porte ont des feuillures de grilles ou de vantaux blindés (supprimés). Les sols sont en terre battue (magasin) ou en ciment à fausses dalles (galerie).

Souterrain de 1893 : galerie d'accès au magasin à poudres.Souterrain de 1893 : galerie d'accès au magasin à poudres.

1B. Cros, Citadelles d’Azur, Aix en Provence, 1998, p. 1282Vincennes, SHD, Toulon, 6V4130.3Notice inédite communiquée par Bernard Cros.4Toulon, direction des Travaux Maritimes, plan non daté, retirage.5Notice inédite communiquée par Bernard Cros.6Vincennes, SHD, Toulon, 6V4130.
Dénominations fort
Aire d'étude et canton Var
Adresse Commune : Carqueiranne

L'ouvrage de la Gavaresse est construit à partir de 1880, alors que la construction du fort de la Colle Noire s'achève. C'est un fortin compact, de dimensions restreintes. Conçu initialement comme une batterie d'appoint du fort de la Colle Noire, le fort de la Gavaresse est devenue une batterie de côte pour canons de longue portée après 1893, comme en témoignent les emplacements de tir en fer-à-cheval.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle

Références documentaires

Documents d'archives
  • [Fort de la Gavaresse]. Service Historique de la Défense, Vincennes : 6 V 4130.

Documents figurés
  • Fortin de la Gavarresse. [Plan et coupe]. Dessin, plume et encre, vers 1900. Direction des Travaux Maritimes, Toulon.

Bibliographie
  • CROS, Bernard. Citadelles d'Azur, quatre siècles d'architecture militaire varoise. Aix-en-Provence : 1998, 159 p.

    P. 128.
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