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entrepôts agricoles, ensembles agricoles

Dossier IA04000880 réalisé en 2005

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Corpus

Les 231 entrepôts agricoles repérés lors de l’enquête ne représentent qu’une partie – la partie conservée et accessible – de cette catégorie d’édifices. Le cadastre de 1831 en a enregistré 250, dont 12 dans le village, 100 dans les écarts et 138 isolés dans la campagne. Plus des trois quarts tenaient en une seule parcelle (bâtiment unique ou bâtiments accolés), mais 66 en comportaient plusieurs : 2 (58 cas), 3 (6 cas) ou 4 (2 cas) bâtiments disjoints formant des ensembles agricoles. Il est vrai que ces bâtiments avaient des dimensions modestes : 59% mesuraient moins de 50 m², 22,5% entre 50 et 100 m². Ceux qui dépassaient ce gabarit n’atteignaient pas 150 m², les superficies supérieures indiquées par le cadastre englobaient les cours adjacentes.

L'enquête de 2004 a repéré 44 de ces ensembles encore bien conservés, isolés au milieu de zones de culture. Certains sont de taille importante, pouvant comprendre jusqu'à 8 bâtiments, granges, fenils et étables (Barmettes et le Pont du Gay).

Le Revêt et la Coueste. Entrepôt agricole B 317 isolé.Le Revêt et la Coueste. Entrepôt agricole B 317 isolé.Cette multitude de petits bâtiments dispersés est à Braux un phénomène ancien. On en trouve la preuve dans les cadastres d’Ancien Régime. Celui de 1633 décompte 140 « granges », dont une composée d’au moins 2 bâtiments. Celui de 1707 en dénombre 182, dont 5 très petites (grangeons) et 23 à bâtiments multiples. Presque toutes, à chacune de ces deux dates, appartiennent à un seul propriétaire, mais une dizaine sont partagées entre deux. La répartition géographique des entrepôts agricoles touchait déjà au XVIIe siècle toutes les parties cultivées du territoire. Les bâtiments nouveaux au début du XVIIIe siècle sont venus densifier les nombreux écarts – déjà constitués ou en voie de constitution, où l’on reconnaît les hameaux toujours existants (les Barmettes, Champ d’Anode, les Châtaigniers etc.) et d’autres aujourd’hui en ruine (Aco de Dourde) ou transformés en ferme (les Clouas) – ou s’intercaler entre eux pour couvrir l’ensemble du territoire d’un réseau continu, qui n’épargne que les reliefs forestiers du nord et des marges est et ouest.

De l’ancienneté des entrepôts agricoles témoignent les nombreuses dates relevées sur les édifices, gravées sur les moellons des élévations, de préférence ceux, bien visibles, des chaînes d’angle et des piédroits. Les dates inscrites signalent des périodes particulièrement actives :

1700-1724 : 2 1800-1824 : 1 1900-1924 : 3

1725-1749 : 0 1825-1849 : 3 1925-1949 : 13

1750-1774 : 4 1850-1874 : 3

1775-1799 : 3 1875-1899 : 1

Il faut cependant considérer avec méfiance certains de ces témoignages, en particulier les plus anciens. Les cadastres – et parfois même la simple observation – prouvent que les bâtiments qu’ils paraissent dater ont été reconstruits et que les dates, déplacées, n’ont plus leur signification. Quelques inscriptions perpétuent aussi les noms d’anciens propriétaires, dont on retrouve les patronymes dans les cadastres et sur les tombes du cimetière : Grac, Gébelin, Dozoul.

Quatre seulement des entrepôts agricoles repérés à Braux sont encore utilisés à des fins agricoles, 27 ont été transformés en habitation (résidences secondaires surtout), 11 sont déjà à l’état de ruine. On les trouve en majorité isolés dans la campagne, mais 15 existent encore dans le village et 20 dans les écarts, souvent mitoyens (18 cas) d’autres édifices.

Typologie

La composition des édifices oppose 2 catégories : 108 bâtiments uniques et 123 regroupés en 44 ensembles agricoles comprenant de 2 à 8 bâtiments, tantôt accolés les uns aux autres, tantôt disjoints. Il faut observer qu’un certain nombre de groupes, disjoints à l’origine, ont été soudés par la construction de hangars intercalaires dans la 1ère moitié du XXe siècle.

Le Villard et les Clouans. Ensemble agricole B 799 et 800.Le Villard et les Clouans. Ensemble agricole B 799 et 800.Le médiocre état de conservation des bâtiments rend parfois difficile la détermination précise des fonctions auxquelles ils répondaient et qui ne sont plus exercées aujourd’hui : remisage des outils, foulage des céréales, stabulation du bétail, stockage du fourrage, récolte et séchage des fruits, principalement des châtaignes. Cette incertitude n’a d’ailleurs qu’une importance limitée, car la plupart des entrepôts paraissent avoir été polyvalents.

La typologie du corpus fait peu de place aux édifices à fonction unique (35 cas), principalement des étables (6) ou des remises (26). Le fenil sur étable domine largement (135 cas), l'autre type important (parfois difficilement distinct du premier) est celui du fenil sur remise (34 cas). Un dernier groupe est celui des séchoirs sur remise et/ou étable : 14 cas.

Distribution des fonctions

Même dans les ensembles complexes, la distribution spécialise rarement des bâtiments entiers. On trouve dans ce cas quelques porcheries et poulaillers, des fours à pain des bûchers. La répartition se fait plus volontiers par niveaux. L’étage inférieur est généralement réservé à l’outillage et au bétail, toutes catégories mêlées, y compris les volailles souvent logées dans une étable, avec un portillon spécial pour leur permettre d’entrer et de sortir. Quand il existe, l’étage médian abrite une partie des réserves et, dans quelques cas, un petit logement occasionnel ou saisonnier. L’étage supérieur sert de fenil et/ou de séchoir. A l’exception des combles desservis par des échelles, tous les étages ont au moins un accès direct depuis l’extérieur, que la déclivité du terrain a permis d’aménager presque toujours sans escalier. Celui-ci, quand il s’est avéré indispensable, a pris la forme d’une volée droite perpendiculaire à la façade, entièrement extérieure ou à demi intégrée à l’intérieur.

A ces bâtiments, renouvelés sans changement de structure ni de technique, le XIXe siècle et surtout le XXe siècle ont ajouté en grand nombre des hangars. Quelques-uns, à poteaux en bois, servent de porche ou de bûcher. La plupart, formés de pignons et d’un mur de fond en maçonnerie traditionnelle et divisés en hauteur par un plancher, complètent ou relient d’autres bâtiments. Ils abritaient les gerbes après la moisson, la paille après le foulage.

Les hangars-porches

Plusieurs hangars formant porche ont été observés. On peut distinguer deux cas principaux :

- bâtiment unique : le porche est dans oeuvre, soit en pignon, soit en gouttereau. Il est matérialisé par l'avancée des murs par rapport au plan de la façade. Le porche ainsi formé précède la porte de l'étable ou de la remise. Il est divisé en hauteur par un plancher, son étage servant de séchoir ou de fenil. L'étage est clôturé par un essentage de planche, par des claies de branchage, rarement par un pan de maçonnerie.

- ensemble de plusieurs bâtiments (ferme, ensemble de plusieurs entrepôts) : le hangar est accolé à un entrepôt, appuyé contre le pignon ou le gouttereau, en avant de la porte d'étable ou de remise. Il comporte deux murs en équerre, un toit à un ou deux pans reposant sur les murs de fond et parfois sur un poteau. Il est divisé en hauteur comme dans le cas précédent.

Le Villard. Hangar-porche à étage clos de planches.Le Villard. Hangar-porche à étage clos de planches. Village. Hangar-porche à étage maçonné.Village. Hangar-porche à étage maçonné.Champ d'Anode, ferme. Hangar-porche de l'étable.Champ d'Anode, ferme. Hangar-porche de l'étable. Le Revêt, hangar-porche de l'entrepôt principal.Le Revêt, hangar-porche de l'entrepôt principal.

Matériaux et mise en oeuvre

Le Revêt. Entrepôt agricole A 161 isolé. Pignon à redents.Le Revêt. Entrepôt agricole A 161 isolé. Pignon à redents.Comme celle des maisons et des fermes, la construction utilise exclusivement et avec les mêmes modes de mise en œuvre les ressources locales :

- dalles et blocs de grès empilés, liés à la terre ou au mortier maigre, sans enduit ;

- pour les baies, linteaux en bois, exceptionnellement en pierre ;

- aux étages inférieurs, quelques pavements en lauses ; plafonds à poutres et solives équarries, recouvertes de planches, rarement d’une semelle de mortier ;

- charpentes de couverture à pannes ancrées dans les murs, sauf pour quelques bâtiments plus amples de la période contemporaine, où l’on trouve des fermes de structure variée, à poinçon et arbalétriers (9 cas), à poinçon unique (1 cas) ou multiples sans arbalétrier (2 cas) ou sans poinçon (1 cas). Les toits à longs pans (72%) ou à un pan (28%) sont presque toujours encadrés par des avant-toits et des pignons découverts, à pentes et à redents plus ou moins prononcés, couverts de lauses.

La tuile plate mécanique, parfois suppléée par le ciment amiante ou la tôle ondulée, a remplacé le chaume, attesté par de nombreux témoignages, et la lause, dont il reste quelques vestiges.

Presque tous les entrepôts étaient accompagnés d’espaces libres, le plus souvent des aires à battre pavées de lauses, parfois des cours, dont le décompte n’est pas exact car beaucoup de ces aménagements, envahis par la végétation, sont devenus invisibles. Il en va de même des annexes, citernes, réservoirs, lavoirs, dont ne subsistent que quelques exemplaires.

Les Clapières. Entrepôt B 504 : serrure de la porte nord.Les Clapières. Entrepôt B 504 : serrure de la porte nord.Les équipements encore observables font preuve de la même robuste simplicité que les bâtiments. Les menuiseries des baies, vantaux simples ou doubles faits de planches clouées, n’ont rien de remarquable, mais certains détails méritent une mention particulière. D’abord les serrures en bois, toujours utilisées. Quelques-unes sont de simples verrous, d’autres fonctionnent avec une clef en bois qui permet de bloquer le pêne dans la gâche, simple cavité ménagée dans le chambranle. Ensuite les gonds en bois, solidaires du montant de la porte et pivotant dans les cavités creusées à cet effet dans les pièces de bois qui forment le seuil et le plafond de l’embrasure.

Ces deux détails contribuent, avec les pignons découverts à redents, les toits en lauses et les maçonneries en empilage, à faire de Braux un conservatoire de structures et de techniques archaïques.

Les Clapières. Entrepôt agricole B 435. Crèche monoxyle.Les Clapières. Entrepôt agricole B 435. Crèche monoxyle.Dans les étables restent en place de nombreuses crèches en maçonnerie et en bois, avec leurs râteliers à longs barreaux droits pour le gros bétail, à petits barreaux plats et échancrés pour les ovins. Certaines porcheries ont toujours leur auge en pierre logée dans l’embrasure d’une baie spéciale, fermée par un volet abattant, qui permettait de les remplir de l’extérieur. On peut encore voir dans des étables les perchoirs à poules avec les portillons, précédés d’une échelle, qui les desservaient, et quelques clapiers en bois.

Les serrures en bois

Les huisseries et portes des entrepôts sont assez systématiquement équipées de deux systèmes de fermetures, des verrous (ou targettes) et des serrures.

Les deux systèmes présentent des formes très proches et seule la présence d’un trou pour introduire la clef permet d’identifier les serrures.

Dans les deux cas, un boîtier de forme rectangulaire chanfreinée est fixé verticalement sur le battant. Dans sa partie inférieure le pêne coulisse latéralement à l’intérieur du boîtier pour se loger dans la gâche. Celle-ci n’est qu’une cavité ménagée dans le chambranle de moellons. C’est à ce stade un verrou simple qui ne permet que de maintenir la porte en position fermée.

Les serrures présentent un mécanisme à coulisseaux à l’intérieur du boîtier, actionnable par une clef en bois qui s’introduit latéralement, dans la partie supérieure du boîtier.

Mécanisme à coulisseaux

- A l’intérieur du boîtier sont creusés entre 2 et 4 rainures verticales1, les coulisses Serrure bloquée.Serrure bloquée.

- Dans les rainures sont logées des pièces mobiles (les coulisseaux), bâtonnets verticaux présentant une encoche

- Dans la partie inférieure du boîtier est ménagé le logement qui permet d’introduire et de faire glisser le pêne

- Le pêne est creusé d’autant d’échancrures qu’il existe de coulisseaux

- Les coulisseaux glissent par gravité à l’intérieur de la coulisse et viennent s’encastrer dans les échancrures du pêne, ce qui le bloque et empêche de le dégager de la gâche

- Au 2/3 de la hauteur du boîtier, le trou destiné à la clef est parallèle au logement du pêne

- La clef adopte la forme d’un bâtonnet découpé d’encoches, qui dessinent autant de tenons qu’il existe de coulisseaux

- La clef introduite dans la serrure positionne ses tenons sous les encoches des coulisseaux

- Il suffit de soulever la clef pour que les coulisseaux soient entraînés verticalement et se dégagent des échancrures du pêne, libérant celui-ci. Serrure débloquée.Serrure débloquée.

Les deux photographies ci-jointes ont été prises sur une serrure reconstituée à la fin du 20e siècle, dans la commune de Val-de-Chalvagne, au sud de Braux. La première montre le boîtier ouvert, avec le mécanisme en position bloquée. La deuxième montre le mécanisme ouvert avec la clef maintenant les coulisseaux hors des échancrures du pêne.

Ce type de serrure, dit « à coulisseaux » est connu depuis la période romaine dans une aire géographique assez large, allant des îles britanniques au Maghreb. Il semble s’être perpétué du Haut moyen Age jusqu’à la fin du 19e siècle.

La fabrication de nombreuses serrures de ce type est attestée des années 1890 à 1914 dans la proche vallée de l’Estéron2 par un menuisier du village de Roquestéron-Grasse.

Des exemples sont signalés3 en Italie du nord au 17e siècle, en Ecosse vers 1880 et dans les îles Féroé également au 19e.

1chiffres théoriques, l'intérieur des boîtiers n'étant par définition pas accessible et la totalité des clefs ayant disparu.2Alpes-Maritimes3Mathieu Linlaud, p. 73-74
Aires d'études Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var
Dénominations entrepôt agricole, ensemble agricole
Adresse Commune : Braux

Déjà nombreux sur tout le territoire communal en 1633, multipliés par la suite, les entrepôts agricoles aujourd'hui visibles peuvent être datés pour partie du 18e siècle, mais ont continué à être édifiés avec les mêmes structures et les mêmes techniques jusqu'au milieu du 20e siècle.

Période(s) Principale : Temps modernes, Epoque contemporaine

231 entrepôts ont été repérés, dont 108 bâtiment uniques et 123 regroupés dans des ensembles. Isolés dans les zones de culture, les ensembles agricoles (44 repérés, 7 étudiés) sont une particularité de la commune de Braux, également rencontrée, mais en moins grand nombre, sur la commune voisine de Castellet-lès-Sausses. Ils sont en général composés de quelques entrepôts agricoles réunis autour d'une cour ou d'une aire à battre. Certains sont de taille importante, pouvant comprendre jusqu'à 8 bâtiments, granges, fenils et étables (Barmettes et le Pont du Gay). L'implantation des entrepôts agricoles est plus variée : isolé, en écart, en village. Le type dominant est l'entrepôt multifonctionnel superposant un fenil sur une étable (135 cas pour 231 repérés). L'autre grand type est celui des entrepôts unifonctionnels (35 cas). Les autres types sont représentés de manière marginale. Le gros oeuvre est en moellons de grès sans chaîne en pierre de taille et sans enduit. Les toits à longs pans ou à un seul pan, à l'origine couverts de chaume ou de lauses, ont été pour la plupart refaits en tuile plate mécanique. Les pignons découverts dallés de lauses ne sont pas rares, certains présentent des redents, mais cette particularité se retrouve aussi dans les fermes et les maisons de la commune.

Typologies 1.2 : entrepôt agricole unifonctionnel : remise ou étable, 2.1 : entrepôt agricole multifonctionnel : fenil sur étable, 2.2 : entrepôt agricole multifonctionnel : polyvalent avec fenil, 2.3 : entrepôt agricole multifonctionnel : polyvalent sans fenil
Murs grès moellon sans chaîne en pierre de taille
Décompte des œuvres repérés 108
étudiés 23
repéré 44
étudié 7

Références documentaires

Bibliographie
  • FONTANA, Jean-Loup. Les serrures en bois de Roquestéron. Dans : L'Entrelus n° 4, novembre-décembre 1976, p. 6-11.

  • LINLAUD, Mathieu. Serrures médiévales. VIIIe-XIIIe siècle. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2014. Collection Archéologie et Culture. 344 p. ; 30 cm.

    p. 72-74. PL. II.
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