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ensemble fortifié : système défensif du Vallo Alpino

Dossier IA06001300 réalisé en 2001

Fiche

I. Présentation historique générale

Une nouvelle conception de la fortification permanente

Les expériences malheureuses vécues par l'armée italienne durant la première guerre mondiale sur le front autrichien avaient porté, dès 1915, un militaire comme le major du Génie Sacconi, à reconsidérer la validité de la conception alors encore en vigueur de la fortification frontalière. Ces considérations avaient été réunies et publiées en 1923 par G. Cincirione comme base théorique d'une nouvelle conception. L'exemple de la guerre de tranchée longue, comportant une stabilisation du front plusieurs années durant, avait entraîné à concevoir les ouvrages de campagne susceptibles de durer. Ces ouvrages de campagne devenaient des modèles potentiels pour la fortification permanente.

Celle-ci intégra le principe nouveau d'un plus grand développement en profondeur, appuyé sur des ouvrages plus modestes que les forts de la fin du XIXe siècle, mais nombreux, et comportant des ouvrages d'artillerie à souterrains casematés, appuyés sur des magasins actifs. Ces nombreux ouvrages devaient pouvoir se répartir sur l'ensemble d'un territoire étendu, avec une concentration plus dense dans les zones de passage. Dans les secteurs de montagne, les choix d'implantation étaient arrêtés en fonction des vues et des orientations de tir les plus étendues. Dans cette nouvelle conception de la fortification de frontière, les ouvrages permanents construits en temps de paix peuvent être complétés en cas de conflit par des ouvrages de campagne.

Dans les années 1920, commença l'application de ces principes de fortification échelonnée sur plusieurs lignes réparties en profondeur, ce qui permettait de maintenir la validité et la résistance du système général en cas de chute d'ouvrages de première ligne.

En théorie, les bandes échelonnées en profondeur: correspondaient à une zone de sécurité, une zone de résistance et une zone de fermeture.

Le concept de "centre de résistance", investi dans des ouvrages ou des groupe d'ouvrage de ce système multipolaire, est un élément essentiel de ce nouveau principe défensif.

Dès avant le lancement en Europe de vastes campagnes de fortification conçues en ligne de résistance (1928: ligne Staline, 1930 : ligne Maginot), de nouveaux ouvrages italiens de conception moderne, encore expérimentale, furent réalisés dès 1924-1925 dans les Alpes Maritimes sur la ligne Cadorna par la direction du Génie de la division territoriale de Cuneo.

Un document récapitulatif de 19271 fait état de plusieurs réalisations d'ouvrages et bâtiments militaires dans le secteur de la Haute vallée de La Roya :

- à Briga Maritima, un magasin pour abriter de l'artillerie de position (3 batteries de 76/906, en 12 pièces, 3 batteries de 149/A en 12 pièces, 2 batteries de 260, en 8 pièces) construit de mars à août 1925.

- au Col de Tende, dans le casernement central, un appentis pour abriter des pièces pour 3 batteries d'artillerie

- dans la vallée de la Roya, secteur de St Dalmazzo, construction de 12 postes pour mitraillettes avec 16 embrasures, sans abri logeable pour les troupes. Deux autres postes en attente. Le chantier réalisé fut conduit de février 1924 à décembre 1925.

Toutefois, il faut attendre la circulaire 200 sur l'organisation défensive permanente en montagne, signée le 6 juin 1931 par le général Bonzani, chef de l'Etat Major de l'Exercice, pour que s'ouvre officiellement la réalisation du grand programme défensif frontalier en lignes de résistance, dit : Vallo Alpino. Au cours des années suivantes, s'opère la lente implantation des structures défensives de ce programme.

La circulaire 7000 du 3 août 1938, imposa une nouvelle typologie d'implantation pour donner une meilleure profondeur au système défensif. Elle préconise la réalisation, à la place d'ouvrages simples munis de plusieurs postes de tir, des petites casemates distinctes en béton sous bloc unique, sans galeries, pour une ou deux armes servies par deux ou trois hommes et organisées entre elles en cordon. Les postes pour mitraillettes sont munis de plaques d'embrasures cuirassées; les armes ne sont plus fixées au sol, mais sur trépied. La ventilation est généralement sommaire, du fait de l'économie de conception des ouvrages: un conduit vers l'extérieur ou une cheminée pour l'évacuation des fumées sont les seuls équipements.

Autre inconvénient: la contre-attaque est impossible avec les petits ouvrages individuels de 7 hommes au plus, qui sont condamnés en cas d'attaque ennemie.

La nouvelle circulaire 15000, du 31 décembre 1939, est signée par le chef de l'Etat Major Graziani. Elle présente une réforme complète de la conception défensive, qui devient plus organique et comporte quatre types différents de système défensif. Nouvelle définition de typologie d'ouvrages: Le gros ouvrage comporte 5 postes pour mitraillettes au moins, des pièces anti-char, éventuellement un mortier, un lance-flamme, des pièces d'artillerie de petit calibre. L'ouvrage moyen est muni de 2 à 4 positions de tir similaires aux précédentes. Le petit ouvrage comporte une à deux positions pour mitrailleuse, ou pièce antichar, ou lance-flamme. Les ouvrages de ce type ne sont jamais monoblocs, et intègrent souvent un observatoire casematé sous bloc. La présence de créneaux pour signaux lumineux entre ouvrages y est généralisée.

II. L'organisation militaire de la frontière alpine : le Vallo Alpino

La programmation et la mise en œuvre du système défensif italien sur la frontière des Alpes (arc alpin occidental) en prévision de la seconde guerre mondiale, dit génériquement "Vallo Alpino" à partir de 1931, était divisé en 10 secteurs de couverture défensive de la frontière (GaF) désignés par des chiffres romains de I à X, eux-même subdivisés en sous-secteurs, et ceux-ci en groupes de capisaldi (= groupe d'ouvrages arbitrairement défini au sein du système de défense général, probablement placés sous l'autorité d'un même officier, tant pour la réalisation que pour la cohérence défensive), à raison de deux à six capisaldi par groupe.

Les groupes de capisaldi comportent chacun plusieurs ouvrages fortifiés (ou "centres de résistance"): les plus ponctuels sont les ouvrages d'artillerie, batteries d'artillerie permanentes (S.P.), en caverne (avec position de tir sous bloc ou ouvertes) ou à ciel ouvert, batteries semi-permanentes (temps d'armement normal: AN; accéléré: AA) pour artillerie de gros et moyen calibre.

On trouve des ouvrages mixtes (artillerie et infanterie), mais les plus nombreux sont les ouvrages d'infanterie (avec positions de tir pour arme automatique type mitrailleuse sous bloc béton), tous "en caverne"; le tout complété par des implantations d'accompagnement "en caverne" pour les troupes: abris-cavernes actifs hébergeant des troupes d'attaque à découvert (ils sont liés dans ce cas à un ou plusieurs postes de tir d'infanterie découverts placés devant leurs issues), ou abris-cavernes non actifs pour les troupes de renfort. Une certaine partie ou une certaine proportion de ces types d'implantations se trouvent regroupés dans une zone restreinte, en principe topographiquement cohérente, que désigne un toponyme spécifique attaché à chaque caposaldo.

On trouve aussi dans les sous-secteurs des bâtiments militaires non souterrains, casernements ou casernes, certains créés au XIXe siècle pour héberger les troupes en campagne, et réaffectés dans le cadre général du Vallo Alpino, d'autres construits ex nihilo sur des plans-type (la plupart vers 1936).

Les ouvrages défensifs, actifs ou non, furent dès leur conception, batteries exceptées, numérotés dans chaque secteur à partir de 1 en chiffres arabes (avec ouvrages bis) ou, plus rarement désignés par des lettre de l'alphabet, des chiffres romains, mais cette numérotation n'est pas nécessairement cohérente au sein des capisaldi, voire au sein des secteurs et sous-secteurs. Elle permet toutefois d'éviter la confusion entre deux ouvrages, aucun chiffre de repérage n'étant en double emploi. On notera que certains ouvrages enregistrés sous un n° unique se composent en réalité de deux ouvrages juxtaposés mais bien distincts, tandis que deux parties liées l'une à l'autre d'un ouvrage complexe peuvent être désignées chacune par un chiffre spécifique (chacune est considérée en principe, dans ce cas, comme un "centre de résistance"). Les batteries, moins nombreuses que les ouvrages d'infanterie, sont enregistrées selon une autre logique de numérotation en chiffres arabes relatif au corps d'artillerie qui leur correspond (ex: 45a batterie S.P., ou 313a batterie A.N.).

Les casernes (nommées Caserma, ou Baraccamento, pour celles créées au XIXe siècle), bâtiments militaires (dont les casermettes en simple rez-de-chaussée, les abris non souterrains : ricoveri, qui s'en différencient peu) et les six forts préexistants du camp retranché de Tende sont identifiés par leur toponyme, non par un chiffre.

D'après un rapport des renseignements militaires français daté du 15 février 19342, les ouvrages alors en cours de construction dans le secteur (nommé dans le document secteur VII) relevant du bureau des fortifications (Génie) italien détaché à Saint Dalmas de Tende, sont réalisés selon une trame serrée, par des entreprises civiles adjudicataires très sévèrement contrôlées par les services du Génie. Un cas précis est cité pour un ouvrage d'infanterie moyen à deux emplacements de tir sous bloc, commencé en 1933 par l'entreprise Baiguini, adjudicataire pour 450000 lires. La surveillance des travaux aux est assurée par des postes de carabiniers détachés en permanence à proximité des chantiers, et par des patrouilles de miliciens. Les ouvriers civils recrutés sur les chantiers doivent obligatoirement être en possession d'un certificat du parti fasciste et d'une carte d'affiliation à un syndicat fasciste.

Le rythme des travaux est soutenu : la norme est de 10 heures par jour, mais certains ouvrages importants ont été réalisés en 6 mois de travail conduit en continu par des équipes se relayant toutes les 8 heures. Les chantiers souffrent une interruption saisonnière de fin novembre à fin avril. Le commandement italien apporte un soin particulier à dissimuler les chantiers en cours ou achevés, notamment ceux qui pourraient être visibles depuis la frontière, par des techniques de camouflage empiriques employant des branches de sapin naturelles, des faux sapins et des palissades.

On constate dans l'état actuel que le camouflage permanent est aussi une composante de la mise en œuvre de certains ouvrages (en principe les plus en vue d'une voie de passage), dont les blocs actifs peuvent être revêtus à l'extérieur d'un semis plus ou moins dense de moellons enchâssés dans le béton, qui leur donne un aspect "rustique", ou couverts d'un voile de ciment sur grillage imitant les formes aléatoires d'un rocher. Plus rarement, l'habillage simule un petit bâtiment pastoral de type bergerie, les embrasures de tir ou créneaux étant masquées par des contrevents. En outre, comme l'observe déjà le rapport d'espionnage français de 1934, "dans un but de camouflage, et dans certains ouvrages, la face extérieure du créneau présente des lignes irrégulières" (en général, ligne brisée ou en "dent" du couvrement de l'embrasure ou créneau, cassant la forme géométrique de l'encadrement extérieur.)

A l'intérieur, les galeries et chambres-abri revêtues de béton lissé sont généralement couvertes en berceau, plein-cintre ou segmentaire (pour les plus larges), et peintes en blanc. Les casemates sous bloc sont parfois couvertes en coupole, parfois d'un plafond plat en hourdis employant des rails métalliques ou IPN.

Les ouvrages construits de 1931 à 1942, certains avant, dans le secteur de la haute vallée de la Roya, entre la frontière franco-Italienne et le Col de Tende, sont répartis en suivant 2 lignes ou positions de résistance au tracé très irrégulier, échelonnées du sud au nord.

- La première ligne, commencée d'abord, en 1931, date de l'ouverture officielle du programme du Vallo Alpino, ou en 1929, d'après le rapport des renseignements militaires français daté du 15 février 1934, complète les ouvrages réalisés en 1924-1925 aux environs de Saint-Dalmas de Tende, avant la mise en place du programme d'ensemble. Elle adopte un tracé sinueux (d'est/sud-est en ouest/nord-ouest) : Mont Peirevieille - Cime de Marta - Crête de Rionard- Le Geréon - Durasca/Peluna ( avec ouvrages en arrière à Arpèse/Rocher des Nids)- Saint Dalmas de Tende - côte des Spegi - versant gauche du vallon de La Minière )- Plan Tendasque - Lac des Mesches - Valaurette/Chanvrairée. Elle devait s'étendre au delà, jusqu'au Mont Bego et à Valmasque, mais les ouvrages n'ont pas été construits.

On doit ajouter dans la vallée même de la Roya, appartenant à la même première position de résistance, mais hors de la ligne proprement dite, un échelonnement de trois positions de barrage constitués d'ouvrages en vis à vis sur les deux versants: Deux de ces positions sont en amont de Saint Dalmas (Merlo, Paganin), une en arrière (rio del Code, Lubaira). La plupart d'entre elles (au moins 6 ouvrages) correspondent aux postes de tir en caverne réalisés en 1924-1925, ceux situés en amont de Saint Dalmas n'ayant pas été transformés par la suite en ouvrages de type 200.

Cette ligne comporte plusieurs batteries permanentes en caverne : Balcon de Marta (batterie 605a, pour pièces de 75/27), Sapelli (batterie 606a, pour pièces de 75/27) Mont Agelino (batterie 344a, pour obus Skoda de 100/17), Spegi (batteries 43-44a, idem), Peluna (batterie 45a, idem)

- La seconde ligne, beaucoup moins dense, mise en oeuvre à partir de 1937, passe d'est en ouest par: Mont Bertrand - Croceta - Servia/Tournou - Mont Court - Vievola - Peyrefique - Gratin - Sabione.

Elle ne comporte aucune batterie souterraine, mais des ouvrages mixtes Infanterie/artillerie (position de tir pour pièces de 75/27)

- Des ouvrages de barrage furent construit en retrait de cette seconde ligne, au col de Tende, sous le front du fort Central et, à distance, de part et d'autre de ses flancs.

Les ouvrages et bâtiments situés sur les territoires des actuelles communes de Tende et La Brigue correspondent au secteur II du Vallo Alpino, dit de la Moyenne vallée de la Roya, sous-secteur A, dit de la Haute Vallée de La Roya, mais aussi au Secteur V, lui aussi dit de la Moyenne vallée de la Roya, sous-secteur B, dit de la Cime de Marta .

Un état de situation du 18 avril 19403, un appareil de cartes d'Etat Major italiennes annotées et surchargées au crayon rouge à la même époque4, et un plan de synthèse du 30 avril 19415, donnent la consistance du sous-secteur A du secteur II : Haute Vallée de La Roya.

Il comporte 15 capisaldi, groupes d'ouvrages, "forteresses" ou centres de résistance majeurs, répartis dans 5 groupes géographiques.

Les neuf premiers capisaldi, répartis dans les 4 premiers groupes, constituent l'état réalisé de la première ligne ou position de résistance.

La numérotation de ces neuf capisaldi, allant d'est en ouest, est indicative de la progression chronologique des grands travaux de mise en place des ouvrages, les plus anciens de ceux qui appartiennent au programme "Vallo Alpino", de type 200, datables de 1931 ou peu avant, se trouvant à l'extrême est, et les plus récents, du type 15000 (1940-1942) étant à l'ouest, avec des réalisations intermédiaire en date (type 7000) entre les deux.

Les deux premiers capisaldi du 5ème groupe (n° 10-11), alors en projet et appartenant aussi théoriquement à la première ligne, n'ont pas été réalisés.

Le reste du 5° groupe, comportant 4 capisaldi numérotés de 12 à 15, constitue la seconde ligne, à l'exception du 14° caposaldo, qui correspond aux ouvrages du Col de Tende. Les ouvrages n'y sont généralement pas antérieurs à 1938.

On dénombre en tout dans le sous-secteur II A, 78 ouvrages casematés actifs (comportant un ou plusieurs postes de tir sous bloc béton armé), dont 10 n'ont pas été réalisés, 113 noyaux d'armes supplémentaires dits : N.A.S. (répartis en 12 groupes), soit: des petits postes de tir pour mitrailleuse sous petit bloc, sans autonomie, annexes des ouvrages, dont 2 groupes n'ont pas été réalisés, 22 caverne ricoveri : abris-caverne non actifs, plusieurs d'entre eux situés à proximité d'un des 15 Appostamenti allo scoperto, postes de surveillance à ciel ouvert. Dans les autres cas, le terme Appostamento allo scoperto, désigne l'ensemble formé par un abri-caverne desservant directement un poste actif découvert, et n'est donc pas spécifiquement qualifié de caverna ricovero. Cet ensemble s'apparente alors à un ouvrage d'infanterie dont les positions de tir ne sont pas fixes, sous bloc, mais à découvert.

On dénombre 13 batteries, la plupart à ciel ouvert, avec ou sans abri-caverne, certaines étant des ouvrages d'artillerie en caverne avec positions de tir sous bloc.

Cela revient à prendre en compte sur le terrain correspondant à ce sous-secteur, environ 130 ouvrages actifs ou structures militaires individualisables, tous réalisés, sans compter une centaine de N.A.S.

L'état de situation de 1941 fait état de 8 casernes, dont 5 dans les deux capisaldi non réalisés du 5ème groupe, ce qui réduit le nombre de celles actuellement en place, et construites à l'époque, à 2, la "caserma Plava" de Tende, casernement plus ancien, n'existant plus. On dénombre en outre 5 casermette , trois d'entre elles, d'un modèle stéréotypé, étant défensives.

La numérotation individuelle des ouvrages (y compris les Appostamenti allo scoperto et quatre caverne ricoveri ) est continue (avec quelques bis) de 1 à 34, reprend ensuite de 91 à 95, puis de 101 à 119, de 122 à 123 (113 à 123 : non réalisés); si l'on ajoute à ces ouvrages ceux cotés I, Ibis, II, III, et ceux (principalement des caverne ricoveri ) cotés de A à I, L et M, et encore 11 groupes de N.A.S. (numérotés en continu depuis le groupe 501 à 515, jusqu'au groupe 589 à 597), tout appartient à la première ligne.

Les ouvrages correspondant à la deuxième ligne et au col de Tende sont numérotés de 241 à 245 (15° caposaldo), de 252 à 255 (14° caposaldo), 257, 259 à 261 (13° caposaldo) et 262 à 269 A et B (12° caposaldo), les deux groupes de N.A.S. (12e et 14e capisaldi) sont numérotés de 598 à 616.

Le sous-secteur B du secteur V, pour lequel les sources d'archives italiennes n'ont pas été exploitées, couvre une aire géographique allant de la cime de Marta au nord, au Mont Peirevieille, au sud. Il comporte 15 ouvrages individualisables, dont 9 se trouvent sur le territoire de l'actuelle commune de Saorge (donc hors du territoire couvert par la mission d'Inventaire des communes de Tende-La Brigue). On note en outre le casernement de Marta, remontant au XIXe siècle.

Hors de ce sous-secteur, plus au nord, existent sur la commune de la Brigue (dans un autre sous-secteur non étudié par nos informateurs italiens) des ouvrages comme la batterie de la Tête de Nava, et la casermetta de Sanson. Plus au nord, est la batterie du Mont Saccarello, construite en 1896.

Tous les ouvrages construits entre 1924 et 1942 ont fait l'objet de campagnes de relevés (projets, état des lieux) par le Génie militaire Italien. Les plans correspondant sont en principe tous conservés dans le fonds de la section du Génie de Cuneo, détachée de la 1° direction de Turin, archives regroupées à Turin. Ces plans viennent d'être publiés à peu près complètement par D. Bagnaschino et P.G. Corino.

1Turin, Archivi della 1° Direzione Genio Militare di Torino, fonds de la Sezione Staccata di Cuneo. Relazione n°2, pièce comptable signée par D. Leonesi, le 5 mars 1927, cité par Bagnaschino (D.), Corino (P-G), Alta Roja fortificata, 2001, p. 65-66.2Vincennes, S.H.A.T., Archives du Génie, Art. 14, renseignements militaires, Tende3Rome, Archivio Stato Maggiore Esercito, rep. L-1, racc. 183, cité par Bagnaschino (D.), Corino (P-G), Alta Roja fortificata, 2001, appendice II, p. 200-201.4Rome, Archivio Stato Maggiore Esercito, rep. L-1, racc. 33, reproduites par Bagnaschino (D.), Corino (P-G), Alta Roja fortificata, 2001, p. 87, 115, 137, 155, 159, 171, 180, 187.5Turin, Archivi della 1° Direzione Genio Militare di Torino, fonds de la Sezione Staccata di Cuneo.
Dénominations ensemble fortifié
Aire d'étude et canton Alpes-Maritimes - Tende
Adresse Commune : Tende
Lieu-dit : près de Tende

Les expériences malheureuses vécues par l'armée italienne durant la première guerre mondiale sur le front autrichien avaient porté dès 1915 l'armée à reconsidérer la validité du système défensif de la frontière, en intégrant le principe nouveau d'un plus grand développement en profondeur, appuyé sur des ouvrages plus modestes que les forts de la fin du 19e siècle, mais nombreux et comportant des ouvrages d'artillerie à souterrains casematés et de magasins actifs (la commune de Tende a été rendue à la France en 1947, par référendum) . Ces nombreux ouvrages devaient pouvoir se répartir sur l'ensemble d'un territoire étendu, avec une concentration plus dense dans les zones de passage. En théorie, les bandes échelonnées en profondeur correspondaient à une zone de sécurité, une zone de résistance et une zone de fermeture. Le concept de zone de résistance, investi dans des ouvrages ou des groupes d'ouvrages de ce système multipolaire, est un élément essentiel de ce nouveau principe défensif. De nombreux ouvrages italiens de conception moderne, encore expérimentale, furent réalisés dès 1924-25 dans les Alpes-Maritimes sur la ligne Cadorna par la direction du Génie de la division territoriale de Cuneo. Un document récapitulatif de 1927 fait état de plusieurs réalisations d'ouvrages et bâtiments militaires dans le secteur de la Haute vallée de la Roya. Plusieurs circulaires successives, 1931 (no 200) , 1938 (no 7000) , 1939 (no 15000) permettent de compléter le dispositif appelé Vallo Alpino. Elles sont construites par des entreprises adjudicataires, très sévèrement contrôlées par les services du Génie.

Période(s) Principale : 2e quart 20e siècle
Auteur(s) Auteur :

Le système défensif italien de la frontière dit Vallo Alpino était divisé en 10 secteurs (numérotés de I à X) divisés en sous-secteurs, eux-mêmes divisés en groupes de capisaldi qui comprennent chacun plusieurs ouvrages fortifiés. Les plus ponctuels sont les ouvrages d'artillerie, batteries d'artillerie permanentes (S.P.) en caverne (avec position de tir sous bloc ou ouvertes) ou à ciel ouvert, batteries semi-permanentes pour artillerie de gros et moyen calibre. On trouve des ouvrages mixtes (artillerie et infanterie) , mais les plus nombreux sont les ouvrages d'infanterie, en caverne, le tout complété par des implantations d'accompagnement en caverne pour les troupes. On trouve également dans les sous-secteurs des bâtiments militaires non souterrains, casernements ou casernes, certains créés au 19e siècle, la plupart construits sur des plans-types vers 1936. Les ouvrages construits de 1931 à 1942 et avant sont répartis en deux lignes au tracé très irrégulier échelonnées du sud au nord. La première ligne, commencée en 1931, adopte un tracé sinueux : Mont Peirevieille - Cime de Marta - crête de Rionard - le Géréon-Durasca/Peluna - Saint-Dalmas de Tende - côte des Spegi - versant gauche du vallon de la Minière - plan Tendasque- lac des Mesches-Valaurette/Chanvrairée. La seconde ligne, beaucoup moins dense, mise en oeuvre à partir de 1937, passe d'est en ouest par : Mont Bertrand - Croceta-Servia/Tournou - Mont Court - Vievola - Peyrefique - Gratin - Sabione ; elle ne comporte aucune batterie souterraine, mais des ouvrages mixtes infanterie/artillerie. Un état de situation du 18 avril 1940 indique 15 capisaldi (groupes d'ouvrages, forteresses ou centres de résistance majeurs) répartis dans 5 groupes géographiques. On dénombre en tout dans le sous-secteur II A (le seul étudié ici) 78 ouvrages casematés actifs (comportant un ou plusieurs postes de tir sous bloc de béton armé) dont 10 n'ont pas été réalisés, 113 noyaux d'armes supplémentaires (dits N.A.S). On dénombre 13 batteries, la plupart à ciel ouvert, avec ou sans abri-caverne : en tout donc 130 ouvrages actifs réalisés, sans compter une centaine de N.A.S. Le camouflage permanent est une composante de la mise en œuvre de certains ouvrages : semis de moellons enchâssés dans le béton, couverture par un voile de ciment sur grillage imitant les formes aléatoires d'un rocher ; plus rarement, l'habillage simule un petit bâtiment pastoral. Les créneaux de tirs présentent extérieurement des lignes irrégulières cassant leurs formes géométriques. A l'intérieur, les galeries et chambres-abris revêtues de béton lissé sont généralement couvertes en berceau, plein-cintre ou segmentaire (pour les plus larges) et peintes en blanc. Les casemates sous bloc sont parfois couvertes en coupole, parfois en plafond plat en hourdis employant des rails métalliques IPN.

Statut de la propriété propriété publique

Références documentaires

Documents d'archives
  • Monografia delle opere di fortificazione che costituiscono il Campo trincerato del Colle di Tenda, 8 luglio 1887 [Monographie des ouvrages de fortification qui constituent le Camp retranché du Col de Tende, 8 juillet 1887]. 1887. Istituto Storico e di cultura dell'arma del Genio, Rome : n. 1444, ris. 416.

  • Fortification des places étrangères, Italie, Tende, 1895-1914. Service Historique de la Défense, Vincennes : Archives techniques du génie, série 1V, art 14.

    Rapport des renseignements [15 février 1934]
  • LEONESI, Dino. Relazione n°2 [rapport comptable de la Division Territoriale du Génie de Cuneo, 5 mars 1927]. 5 mars 1927. Archivio Ufficio Staccato del Genio Militare di Cuneo, Cuneo : fonds de la Sezione Staccata di Cuneo.

Documents figurés
  • Fascicolo contenente il piano d'insieme, la planimetria, la pianta e le sezioni delle opere che costituiscono il campo trincerato del Colle di Tenda [Document contenant le plan d'ensemble, la planimétrie, le plan et les coupes des ouvrages qui constituent le camp retranché du Col de Tende] / Dessin, vers 1887. Archivi del Genio Militare, Turin : fonds de la Sezione Staccata di Cuneo (référencé S.S.C.). Original disparu.

  • Plans de projet et d'avancement des travaux des ouvrages du Vallo Alpino dans le secteur de la Haute-Roya [de 1931 à 1941] / Dessin, 30 avril 1941, autres non datés [entre 1931 et 1941]. Archivi del Genio Militare, Turin : Fonds de la Sezione Staccata di Cuneo (référencé S.S.C.).

  • État de situation du sous-secteur A du secteur II, dit Haute Vallée de La Roya [18 avril 1940]. 18 avril 1940. Archivio Stato Maggiore Esercito, Rome : Rep. L-1, racc. 183.

  • Cartes d'état major italiennes du sous-secteur A du secteur II, dit Haute Vallée de La Roya. Vers 1940. Archivio Stato Maggiore Esercito, Rome : Rep. L-1, racc. 33.

  • Les trois types d'ouvrages d'infanterie du Vallo Alpino, 1931-1942 / Dessin numérique par PEGAND, Nathalie, 2003. Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Direction de la Culture, Service Inventaire et Patrimoine, Marseille.

Bibliographie
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    T. 2 : dal Monginevro al mare
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  • DUVIVIER, Y. A la découverte d'une forteresse montagnarde, les Balcons de Marte. Dans : Le Haut Pays, journal de la Roya Bevera, n° 34, décembre 1995.

  • CORINO, P.-G. Materiale da fortificazione del Vallo Alpino [Matériaux de la fortification du Vallo Alpino]. Dans : Pietra e Acciaio [Pierre et acier], novembre 1999.

  • ROBOTTI, M. La tagliata della galleria del Colle di tenda [Le creusement de la galerie du Col de Tende]. Dans : Notiziario della associazione per gli studi di Storia e Architettura Militare, 1996.

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