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église paroissiale puis chapelle Saint-Pierre

Dossier IA04000174 réalisé en 2004

Fiche

HISTORIQUE

L'église médiévale

Le plus ancien document relatif à l’église paroissiale de Demandolx est un compte de décime daté par son éditeur, Etienne Clouzot, vers 1300. L’ecclesia de Domandolis y figure au 26e rang (sur 48) avec un revenu annuel de 15 livres1. On la retrouve au même rang dans le compte des procurations de 13762, mais beaucoup plus haut dans le classement, en troisième ligne, dans un rôle de la taxe synodale du XVIe siècle3. Les seigneurs de Demandolx y avaient leur sépulture à la fin du XVe siècle, selon le testament de Barthélemy de Demandolx qui, le 2 janvier 1494, demandait à être enseveli in venerabili ecclesia Sancti Petri dicti loci et in tomba suorum predecessorum4. Il faut renoncer à en savoir davantage sur l’église médiévale de Demandolx faute de sources, en raison de l’absence d’archives communales et de la disparition presque totale des archives de l’évêché de Senez.

17e et 18e siècles

Les épaves du fonds moderne du même évêché donnent quelques indications à partir du milieu du XVIIe siècle. On y apprend notamment que l’église paroissiale de Demandolx, sous le titre de saint Pierre et saint Paul, faisait partie de la prébende du sacristie de la cathédrale de Senez. La paroisse, qui couvrait les deux territoires de Demandolx et de Saint-Julien-du-Verdon – il faut donc considérer Saint-Julien comme un démembrement de Demandolx, ce qui rendrait compte de l’exiguïté inhabituelle de cette commune –, était administrée par un vicaire, doté de quelques terres et de la moitié des dîmes5. La première visite pastorale dont le procès-verbal nous est parvenu fut effectuée le 22 mai 1697 par l’évêque Jean Soanen. Le prélat trouve, en bas de la nef et au dessus des fonts baptismaux, une tribune en mauvais état, qu’il ordonne de faire réparer, et deux autels latéraux, l’un dédié à saint Fortunat et contenu dans une chapelle à gauche du chœur (actuelle chapelle sud), l’autre, sans doute adossé au mur nord de la nef, dédié au Rosaire et orné d’un retable à l’image de la nativité de la Vierge6.

Monseigneur Soanen revint à Demandolx le 15 septembre 1708 et son second procès-verbal, beaucoup plus long et détaillé que le premier, montre l’attention qu’il prêtait même aux sanctuaires les plus modestes. Il commence par l’abside, qu’il trouve trop petite à cause de la sacristie qu’on y a aménagée. Les deux fenêtres, à l’est et au sud, n’ont ni vitre, ni grillage et les murs ont besoin d’être recrépis et blanchis. Au dessus du maître-autel se trouve un tableau représentant les titulaires, saint Pierre et saint Paul, dans un petit cadre de bois. La nef a été agrandie par la construction de deux chapelles du côté de l’Evangile (au nord), couvertes d’une bonne voûte, mais exposées aux infiltrations d’eau de pluie du fait de l’absence de drain le long du mur nord, appuyé sur toute sa hauteur et sa largeur contre le substrat rocheux. Dans la nef, il demande qu’on recrépisse la voûte et qu’on détruise la tribune, qui est devenue dangereuse et inutile depuis la construction des chapelles nord. Il faut aussi aménager un passage sur le toit pour éviter qu’on casse des tuiles en accédant au clocher. L’évêque approuve les deux autels secondaires dédiés à saint Fortunat (dans la chapelle sud) et au Rosaire (dans la 2e chapelle nord), mais interdit le troisième, celui de saint Antoine, mal bâti et exposé aux courants d’air venant de la petite porte – il se trouve donc dans la première chapelle latérale nord, en face de la porte sud de la nef. Quant au cimetière installé autour de l’église depuis assez peu de temps (probablement quelques décennies ; auparavant, on inhumait à la chapelle Notre-Dame de Conches), il a besoin d’être clôturé et soutenu du côté sud par un mur. Pour finir, le prélat donne l’ordre au vicaire, qui a fixé sa résidence habituelle à Saint-Julien et laisse la desserte de l’église paroissiale à son secondaire, de monter à Demandolx au moins une fois par mois7.

Le successeur de Jean Soanen, Louis-Jacques-François de Vocance, vint à Demandolx le 13 septembre 1745. Rien n’avait changé, semble-t-il, depuis la visite de 1708, hormis une niche aménagée dans le chœur pour les reliques de saint Fortuné. Malgré son interdiction, l’autel de saint Antoine est toujours là, surplombé par une fenêtre – percée dans le mur ouest de la première chapelle latérale nord – qu’il faut murer pour la sécurité des lieux. L’évêque réclame le recrépissage des murs et des voûtes, la réfection de la balustrade de communion et de la chaire . De retour le 17 septembre 1752, il enregistre quelques améliorations : le blanchissage des murs, la réfection du plancher de la tribune et du toit, la suppression de l’autel de saint Antoine et de la fenêtre au dessus8.

Jean-Joseph-Victor de Castellane-Adhémar, dernier évêque de Senez, n’a fait qu’une visite à Demandolx, le 16 octobre 1786. Il s’arrête longuement devant les reliques de saint Fortunat, dont le buste-reliquaire est abrité dans sa niche derrière des barreaux de fer, et se borne pour le reste à prescrire un nouveau blanchissage des murs et l’achèvement de la clôture du cimetière9.

Perte du statut paroissial au 19e siècle et abandon

Il existait, depuis au moins le milieu du XVIIe siècle, une succursale de la paroisse au hameau des Coulets (actuel chef-lieu). La chapelle Saint-Michel, devenue trop petite et en très mauvais état en 1786, avait perdu son statut probablement durant la Révolution, alors que la population de l’écart ne cessait de croître. Le conseil municipal en demanda le rétablissement en 1819 et finit par l’obtenir avant 1842, au détriment de l’église Saint-Pierre. Déchue de son rôle paroissial, la vieille église était, en 1858 encore, entretenue par les habitants de Ville et des proches alentours, qui y entendaient la messe quelques jours par an et refusaient l’intervention du conseil de fabrique promu par le curé.

De fait, tant qu’il est resté des habitants à Ville, l’édifice a gardé son intégrité. La mort, en 1971, du dernier habitant de l’ancien village a sonné le glas du sanctuaire, désormais négligé à la fois par les édiles communaux et par le clergé (il n’y a plus de prêtre résident dans la paroisse depuis 1918). Dépouillée de son mobilier et partiellement effondrée, l’église ne serait plus aujourd’hui qu’un tas de pierre sans l’intervention d’une association locale qui a entrepris son sauvetage. Depuis trois ans, des chantiers de jeunes bénévoles contribuent chaque été à nettoyer et consolider les vestiges.

II DESCRIPTION

1. Situation

L’église domine la partie conservée du village du haut d’une étroite terrasse accrochée à la pente, à peu près à la même altitude que le château. Elle se trouve, en revanche, en contrebas du site primitif du castrum, perché sur le rocher qui la surplombe (fig. 1).

Les constructeurs ont tiré parti, pour l’asseoir, d’un léger replat sur une pente très rapide qui n’a permis l’édification d’aucun autre bâtiment à proximité immédiate. Le choix de ce replat a probablement été dicté par la volonté d’orienter l’édifice, ce que ne permettaient pas les replats situés plus haut. L’orientation n’est d’ailleurs pas rigoureuse et accuse une déviation d’un peu plus de 30 degrés vers le nord.

L’exiguïté du terrain a limité les possibilités d’agrandissement : une seule chapelle au sud, pour ne pas empiéter sur l’espace du cimetière, qu’il a fallu maintenir par un mur de soutènement (fig. 4) ; les deux chapelles au nord ont été conquises en excavant le rocher sur toute leur hauteur ; le parvis occidental n’a que quatre mètres de large.

2. Composition d’ensemble

De plan compact, irrégulier, l’édifice n’est accessible que par un sentier qui débouche sur le parvis occidental et la petite esplanade méridionale où s’ouvrent la porte sud de la nef et la porte du cimetière. Ce dernier, entouré de murs de clôture à l’est et au sud et d’un mur de soutènement au sud, prolonge l’esplanade jusqu’au droit du chevet. Un autre sentier très étroit contourne le parvis à l’ouest, longe le sommet du mur nord de la nef, des chapelles et de l’abside avant de rejoindre le chemin qui relie le village à la chapelle Notre-Dame de Conches (fig. 2).

3. Matériaux

L’ensemble du gros-œuvre utilise un calcaire marneux gris de provenance inconnue, certainement proche. Ce matériau difficile à travailler a été employé brut dans la partie ouest de la nef et dans les chapelles latérales, équarri au marteau dans les parements de l’abside et de la partie est de la nef, taillé dans les chaînes d’angle et les encadrements des baies.

Les maçonneries sont assemblées au mortier de chaux. Quelques lambeaux d’un enduit rustique au mortier gris subsistent par endroits sur les élévations extérieures.

4. Structure

L’église est composée d’une nef unique, accostée de trois chapelles latérales, deux au nord et une au sud, et d’une abside carrée (plan 1).

La nef, longue (16 m hors œuvre) et étroite (5,50 m), est couverte d’un berceau plein-cintre sans doubleau. Son mur nord, adossé à la pente, est partiellement enterré et le rocher émerge dans l’angle sud-ouest, malgré la surélévation du sol à cet endroit. Le mur sud est formé de deux segments continus séparés par un collage. Il diverge très légèrement, ce qui donne au volume un surcroît de largeur de 0,10 m, insensible à l’œil, à l’extrémité ouest. Le mur ouest affecte un biais plus important, quoique peu perceptible. Deux portes donnent accès à l’intérieur, l’une percée dans le mur ouest, non au centre mais légèrement décalée vers le sud, l’autre dans le mur sud, à faible distance de la chapelle.

Les deux chapelles latérales nord ont été gagnées en entaillant la pente contiguë. Le substrat rocheux n’était cependant pas assez solide pour constituer des parois cohérentes, il a fallu, comme pour la nef et l’abside, construire des murs en maçonnerie. Les deux chapelles forment en fait un volume unique, couvert de deux travées de voûtes d’arêtes (effondrées) et ouvert sur la nef par deux arcades retombant au centre sur un gros pilier cylindrique.

la chapelle latérale sud, également voûtée d’arêtes, a un plan légèrement trapézoïdal. Son mur sud n’est pas parallèle à celui de la nef et son mur est a une épaisseur beaucoup plus importante (1,10 m) que les autres (0,70 m).

L’abside, rectangulaire, est légèrement plus étroite que le nef (4,80 m pour 3,70 m de longueur hors œuvre) et couverte d’un berceau en plein cintre longitudinal.

5. Elévations

5.1. Elévations extérieures

Elévation nord : aveugle et plus ou moins enterrée sur toute la longueur de l’édifice (fig. 13).

A l’ouest, le mur de la nef, en blocage, émerge de 0,80 m au dessus du sol.

Ceux des chapelles latérales nord, également en blocage, ont 0,50 m de hauteur moyenne. D’une hauteur plus importante (1,75 à 1,95 m), l’extrémité est du mur de la nef, l’épaulement qui la relie à l’abside et le mur de l’abside sont habillés d’un parement en moellons équarris et assisés avec des chaînes d’angle appareillées en blocs assez gros, dont certains sont ornés de bossages : l’épaulement en porte un (2e assise, bossages nord et est), l’angle nord-est trois (assises 2, 3 et 4, la partie au dessus, en moellons équarris, est sans doute une réfection ultérieure).

Elévation est (abside) : mur pignon parementé en moellons équarris et assisés, couronné d’un rang de lauses noyées dans le mortier sous les tuiles de la couverture ; les chaînes d’angle sont montées en gros blocs de pierre de taille ornés de bossages en table à large ciselure (0,025 à 0,06 m) et saillant plus ou moins prononcé (0,02 à 0,04 m), disposés sans régularité (sur l’angle sud, aux assises 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 13, 15) ; le bossage de la 9e assise a la forme d’un petit écu couché sur le flanc dextre ; au centre, légèrement décalée vers le nord, fenêtre axiale en fente couverte d’un arc en plein cintre monolithe (fig. 12).

Elévation sud : même parement qu’à l’est pour l’abside, chaîne ornée de bossages aux assises 3, 4, 6, 7, 8 et 9 ; vers le milieu, fenêtre carrée dont le piédroit gauche, monté en moellons équarris, ne porte pas le linteau monolithe resté en équilibre sur le piédroit droit en pierre de taille (fig. 11).

L’extrémité est de la nef et son épaulement montrent le même type de maçonnerie ; l’angle de l’épaulement porte des bossages du côté est aux assises 3, 5, 7, 8, 9, 10, 11, du côté sud aux assises 2, 5, 8, 9, 10, 12 ; à la partie supérieure du côté sud, a été percée une fenêtre dont l’encadrement, probablement façonné au mortier, a disparu ; du côté est, sur le joint au mortier entre les assises 2 et 3, graffiti gravé, amputé par une cassure : Phili(...) / clem(...) / 192(.) (fig. 8).

La chapelle latérale sud est construite en blocage de moellons bruts, mêlés à d’assez nombreux moellons équarris en remploi, avec des chaînes d’angle appareillées ; le mur sud est couronné d’une génoise à trois rangs et percé en son centre d’une fenêtre en fente couverte d’un linteau monolithe (fig. 10).

L’élévation sud de la nef est composée de deux parties bien distinctes : à l’est, le mur est parementé en moellons équarris et assisés (fig. 5) ; une porte en plein cintre y est percée, dont l’encadrement en pierre de taille (piédroits formés chacun de 2 très gros blocs et un petit sommier portant les 6 claveaux irréguliers de l’arc) n’est pas cohérent avec l’appareil du mur (fig. 6) ; à l’ouest, le mur en blocage de moellons bruts est venu s’appuyer sur l’angle de la partie orientale, dont il reste les trois blocs inférieurs (le troisième orné d’un bossage), surmontés d’un gros bloc où le maçon a tenté de graver la date de son intervention : M D C / 1610 (fig. 7) ; au dessus, l’appareillage a été arraché et la reprise fait des zigzags ; l’élévation s’achève à l’ouest par une chaîne d’angle en pierre de taille incluant deux gros blocs ornés de bossages sur les deux faces (assises 2 et 4).

Elévation ouest : mur pignon en blocage avec chaînes d’angle en pierre de taille, celle du côté nord masquée par le mur de soutènement du parvis (fig. 14) ; au centre s’ouvre la porte principale en plein-cintre, formée comme celle du sud de gros blocs de pierre de taille irréguliers : piédroit gauche monolithe, piédroit droit en deux morceaux, sommiers recevant les 5 claveaux de l’arc (fig. 15) ; au sommet du pignon est percée une petite fenêtre en fente couverte d’un arc segmentaire monolithe ; un clocher-mur à deux arcades en plein-cintre couronne l’élévation (fig. 16).

5.2. Elévations intérieures

Abside : les trois murs et le berceau de l’abside sont encore revêtus de plusieurs couches d’enduit au mortier de chaux en mauvais état qui laissent entrevoir l’appareil sous-jacent, fait comme à l’extérieur de moellons équarris posés en assises régulières. (fig. 20) La voûte retombe sur un cordon en pierre mouluré en bandeau souligné d’un cavet. Ce cordon, qui fait retour des deux côtés sur l’épaulement de la nef, n’est pas à la même hauteur de part et d’autre, mais plus élevé de 0,10 m au nord qu’au sud. Sur le mur est, les retours du cordon ne sont pas moulurés et sont interrompus à 0,20 m de chaque côté de la fenêtre (fig. 19). Au milieu de la voûte, l’enduit garde la trace de l’arrachement d’une cloison transversale qui divisait le volume en deux parts à peu près égales.

La fenêtre axiale, décalée vers le nord, est en plein-cintre (l. 0,70, h. 0,70, prof. 0,90 m) ; son embrasure intérieure, largement ébrasée sur un appui taluté, est appareillée (fig. 22).

Au sud, le cordon de la voûte sert de linteau à une autre fenêtre dont l’embrasure (l. 0,68, h. 0,53, prof. 0,90 m) ébrasée sur un appui droit a été modifiée ; le côté ouest a été en partie muré, du côté intérieur, pour permettre l’appui d’une cloison en plâtre (détruite) et cassé, du côté extérieur, pour élargir l’ouverture et diriger la lumière davantage vers le fond de l’abside. A gauche de la fenêtre, une niche rectangulaire, au sol creux, est entièrement habillée de mortier de plâtre rose (fig. 23).

Le mur nord ne possède aucune ouverture, seulement une petite niche en cul-de-four à peine reconnaissable du fait de la chute du mortier qui l’habillait ; on y retrouve la trace de la cloison transversale.

Nef : de la voûte en berceau plein-cintre effondrée ne subsistent que deux pans aux extrémités du vaisseau. La maçonnerie paraît identique des deux côtés, formée d’un appareil très grossier de petits moellons bruts ou à peine équarris recouvert du même enduit que les murs. Il n’y a pas trace de doubleau ou d’autre organe de division intérieure. On distingue, dans le pan occidental encore en place, un collage qui se situe à environ 1,00 m à l’ouest de la porte méridionale.

Le mur sud, encore recouvert d’enduit, ne laisse pas voir guère voir son mode de construction. Il est percé d’est en ouest :

1° d’une niche en plein-cintre à fond plat avec feuillure façonnée en mortier gris, l. 0,76, h. 0,90, prof. 0,58 (fig. 26)

2° au dessus de cette niche, une fenêtre à embrasure ébrasée intérieurement et appui taluté recouverts de mortier s’ouvrait au fond d’une lunette partiellement effondrée avec le berceau de la nef

3° d’une arcade en plein-cintre (en majeure partie effondrée), formée de deux rangs superposés de petits moellons bruts ou à peine équarris, ouvrant sur la chapelle latérale sud

4° d’une autre niche en cul-de-four avec feuillure façonnée en mortier grossier beige, l. 0,68, h. 1,20, prof. 0,55 (fig. 25)

5° d’une porte à embrasure légèrement ébrasée vers l’intérieur et couverte d’un plafond en mortier, l. 1,30, h. 2,05, prof. 0,95.

Le mur ouest, parementé en blocage de moellons bruts encore partiellement recouvert d’enduit, est percé d’une porte à embrasure rectangulaire droite couverte d’un plafond en bois jadis recouvert d’enduit (fig. 24) et d’une fenêtre à embrasure ébrasée vers l’intérieur entre un plafond et un appui droits.

Le mur nord ne possède pas d’autre ouverture que les deux arcades qui ouvraient sur les chapelles latérales. De ces arcades en plein-cintre, presque totalement effondrées, on voit encore les départs est et ouest (fig. 27 et 29) et la base du gros pilier cylindrique, formé de 9 tambours en pierre de taille, qui recevait leur retombée au centre (fig. 29). A l’est des arcades apparaît encore un petit pan de parement en moellons assisés. A l’ouest, le long du mur en blocage enduit, on voit les vestiges d’une banquette en maçonnerie de 0,40 m de largeur et 0,24 m de hauteur, jusqu’à l’affleurement rocheux qui occupe l’angle sud-ouest de la nef.

A l’est, l’arc triomphal en pierre de taille sans aucun décor, hormis les retours des cordons de l’abside en manière d’impostes, s’ouvre dans un pan de mur de facture assez soignée (moellons équarris et assisés) à sa partie inférieure, plus grossière (blocage) au dessus (fig. 17).

Chapelle latérale sud : il ne reste que des arrachements des retombées de la voûte d’arêtes. Les trois murs en blocage montrent encore des lambeaux d’un enduit à la chaux badigeonné en blanc. Au centre du mur sud, fenêtre à embrasure rectangulaire ébrasée vers l’intérieur, appui taluté et plafond recouvert de mortier, l. 0,59, h. 1,22, prof. 0,70 m (fig. 28). Au dessus de l’arcade qui ouvre sur la nef, on voit un fragment de parement en moellons assisés de l’ancienne élévation sud de la nef.

Chapelles latérales nord : les voûtes d’arêtes sont tombées en laissant des arrachements visibles aux angles et au sommet des murs. Le rocher naturel affleure à la base des murs en blocage qui portent encore des lambeaux d’enduit badigeonné (fig. 29 et 30).

6. Couverture

La couverture en tuiles creuses, là où elle est conservée, repose directement sur l’extrados des voûtes par l’intermédiaire d’une couche de terre et de mortier.

7. Distribution intérieure

Abside : on a observé ci-dessus les arrachements d’une cloison transversale en plâtre qui divisait en deux moitiés à peu près égales le volume et dont on voit encore un pan conservé à droite du maître-autel, lié au massif de maçonnerie de celui-ci et à une sorte de placard aménagé entre l’autel et le mur sud.

Le sol, surélevé d’une marche en pierre de taille, a conservé en partie son revêtement en carreaux de terre cuite de 0,17 m de côté sur un lit de mortier.

Les murs et la voûte portent des lambeaux de deux décors peints superposés.

1° Au dessus du mortier à la chaux blanchâtre qui lie les pierres, une couche de plâtre rose porte des traces d’un badigeon blanc dans la moitié est de l’abside, ocre dans la moitié ouest, sauf la voûte où l’on distingue, sur un fond blanc cerné de filets ocres, des rinceaux et une rosace de couleur ocre, brun et vert (fig. 20).

2° Sur une couche de plâtre fin blanc posée sur le premier décor, un autre décor associe le bleu ciel de la voûte et le rose des murs que relèvent des filets, une plinthe et de fausses chaînes d’angle noirs.

Nef : le sol était revêtu d’un carrelage en terre cuite identique à celui de l’abside, dont les pans arrachés laissent entrevoir, au dessous, deux pavements successifs en lauses scellées au mortier. A environ un mètre en avant de l’arc triomphal subsiste la base en pierre de taille d’une clôture de chœur. A l’autre extrémité, devant la porte ouest, deux marches en pierre de taille relèvent le sol jusqu’au niveau du seuil.

Chapelle latérale sud : le sol est carrelé comme dans la nef. Contre le mur est, autel adossé en maçonnerie de blocage recouvert de mortier de plâtre rose L. 2,00, l. 0,83, h. 1,00 m.

Chapelles latérales nord : sol comme ci-dessus. Contre le mur est, autel adossé identique à celui de la chapelle sud.

III. CONCLUSION

Aujourd’hui considérée comme une simple chapelle, l’église de Ville conserve, de son ancienne fonction paroissiale, des caractères évidents : ampleur du volume, complexité du développement, multiplicité des autels et des aménagements intérieurs.

L’examen de l’architecture et les quelques sources écrites connues permettent de retracer dans ses grandes lignes la genèse et l’évolution de l’édifice.

Le premier état perceptible associait l’abside et une nef nettement plus courte que celle d’aujourd’hui, arrêtée à la chaîne d’angle dont subsistent les trois premières assises à l’ouest de la porte sud. Dans cet état, la nef était probablement couverte d’une charpente. Le berceau que l’on voit actuellement, réalisé en blocage, n’a aucun point commun avec l’appareil assisé de la voûte de l’abside. Il ne reste rien des baies aménagées pour l’accès et l’éclairage de cette nef. L’abside, en revanche, a conservé intactes sa voûte et sa fenêtre axiale et partiellement sa fenêtre latérale.

La maçonnerie à parements de moellons assisés pourrait remonter au XIIIe siècle. Mais la structure – abside rectangulaire couverte d’un berceau longitudinal et nef charpentée – oriente la datation davantage vers le XIVe siècle, par comparaison avec l’église de la Roquebrussanne (Var), conçue en 1340 selon ce même parti. L’emploi des bossages en table aux angles de la construction n’est pas habituel pour un édifice cultuel, sauf lorsque celui-ci dépend directement de l’autorité seigneuriale du lieu. Il faudrait donc supposer que le prieur de Demandolx (était-ce déjà le sacristie ou le chapitre de Senez ?), à l’époque, détenait quelques droits sur la seigneurie. La chose n’a rien d’impossible et trouverait un indice de confirmation dans la présence de bossages – bossages rustiques, d’un type plus fruste ou moins évolué – aux angles de la chapelle Notre-Dame de Conches, ancienne chapelle cimétériale de la paroisse, construite probablement au XIIIe siècle. La récupération d’éléments provenant d’un autre édifice détruit paraît, à cette date, très improbable, à moins d’admettre que l’édifice de provenance ait été la précédente église paroissiale, ce qui nous ramène au même problème, insoluble faute de sources écrites.

Dans un cas comme dans l’autre, il faut bien évoquer la question des antécédents de l’église de Demandolx. La construction du XIVe siècle a nécessairement succédé à une autre, dont l’édification remontait aux origines de l’agglomération, soit au plus tard au XIe siècle. Une tradition déjà ancienne, évoquée par Jean Soanen dans le procès-verbal de sa seconde visite pastorale, fait de la chapelle Notre-Dame de Conches la première église paroissiale du village. L’exiguïté de l’édifice et son éloignement du site castral rendent l’hypothèse bien peu crédible. On admettra plus facilement l’installation au fond de la cuvette de Couenches du cimetière paroissial, impossible à loger sur les rochers du castrum, tandis que l’église avait sa place parmi les maisons. Seules des fouilles pourraient nous dire à quel endroit précis, distinct ou non de celui de l’église encore visible, elle se trouvait.

L’allongement de la nef est daté par le chronogramme gravé sur un bloc posé à la place de l’ancienne chaîne d’angle sud-ouest. Le maçon, assez malhabile, a d’abord tenté d’écrire en chiffres romains ; puis, après avoir tracé les lettres M D C, comprenant qu’il ne parviendrait pas à faire tenir le millésime entier sur une ligne, il a inscrit au dessous la date 1616 en chiffres arabes. La lecture des deux derniers chiffres est délicate et l’on pourrait hésiter, pour le troisième, entre un 1 et un 7. Cependant, l’état de vétusté de la tribune du fond de la nef dénoncé en 1697 par monseigneur Soanen serait bien surprenant pour un élément réalisé une vingtaine d’années plus tôt, dans les années 1670, et plus facile à admettre pour une construction de 80 ans.

La nef allongée a été dotée de deux portes, celles qu’on voit à l’ouest et au sud, de facture identique. La partie neuve a reçu une voûte en berceau dans le prolongement de celle qui existait précédemment : le collage observé sur la retombée sud l’atteste. A quel moment avait-on voûté la partie ancienne ? Probablement dans le courant du XVIe siècle, au vu de la facture de la maçonnerie. Le secours des textes nous manque ici encore.

La chapelle latérale sud n’est guère plus aisée à dater. Elle existait assurément en 1697 et abritait une fondation seigneuriale. Saint Fortunat – le diacre martyrisé à Valence vers 212 ou l’évêque de Poitiers mort peu après 600 ? La date de sa fête (lundi de Pentecôte, au plus tôt le 13 mai) ne correspond ni au premier (23 avril), ni au second (14 décembre) – n’est pas un familier des autels provençaux. L’introduction de son culte a sans doute une relation avec le choix de ce nom de baptême pour deux fils de la famille de Demandolx : Fortunat, fils de Claude, baptisé le 28 janvier 1648, et Fortuné, fils du précédent, né vers 1667. L’apport des reliques, la fondation de la chapellenie et la construction de la chapelle seraient donc à mettre au crédit de Claude de Demandolx (vers 1617-1664), de son père Jean (vers 1591-1659) ou de son grand-père Samuel (vers 1563-après 1616), revenu au catholicisme après l’adhésion à la Réforme de son père Gaspard II et de son grand-père Gaspard I . Les reliques trouvées par l’évêque Jean Soanen sous le sceau de son prédécesseur Louis-Anne Aubert de Villeserin (1671-1695) ont pu être apportées plusieurs décennies auparavant, le cachet ne datant que leur inspection par l’autorité épiscopale. D’après Achard, elles auraient été apportées de Rome par un membre de la famille qui était chevalier de Malte et commandeur de Pézenas , ce qui peut correspondre à l’un des fils de Samuel de Demandolx, Balthazar, qui fut parrain de Fortunat I .

Les visites pastorales situent la construction des deux chapelles latérales nord entre 1697 et 1708. En l’absence de délibérations communales, on peut espérer retrouver le prix-fait des travaux chez les notaires de Castellane. Outre le nom des constructeurs, il nous renseignerait peut-être sur la fenêtre, ouverte dans la première chapelle, dont l’évêque réclama à plusieurs reprises la suppression, sans doute pour des raisons d’étanchéité. Cette baie n’a laissé aucune trace dans les murs de la chapelle, qui sont adossés au rocher. Il faut donc supposer qu’elle avait été pratiquée dans la voûte, mais à quel endroit et sous quelle forme : lucarne, lanternon ?

Les mêmes documents datent l’aménagement du cimetière et du parvis sud de l’église. Selon le témoignage de Jean Soanen en 1708, l’installation du cimetière près de l’église n’était pas très ancienne puisqu’on voyait encore à cette date, désaffecté mais reconnaissable, l’ancien cimetière établi autour de la chapelle Notre-Dame de Conches. Le nouveau lieu de sépulture occupait tout le terrain, pentu et rocailleux, qui touchait l’église au sud, terrain dont l’évêque réclame alors le soutien et la clôture par des murs. Les travaux ont sans doute été exécutés avant la visite de 1745, qui n’évoque pas ce sujet, alors que celle de 1754 dénonce le mauvais état de la porte à claire-voie qu’on y a posée. La clôture actuelle, qui libère l’espace devant la porte sud de l’église, est sans doute postérieure au transfert de la paroisse à Saint-Michel des Coulets.

Le graffiti gravé sur un joint près de l’angle sud-est de la nef signale peut-être les derniers travaux exécutés à l’église, qui auraient donc eu lieu dans les années 1920.

1E. Clouzot, Pouillés des provinces d’Aix, d’Arles et d’Embrun, Paris, 1923, p. 290.2Ibidem, p. 292.3Ibidem, p. 294.4Marquis Henri de Demandolx, La famille des Demandolx, Avignon, novembre 1877 (manuscrit), p. 50-52. Election de sépulture réitérée par la plupart de ses successeurs.5R. Collier, Une commune type de Haute-Provence, Demandolx, Digne, 1982, p. 97-99.6Ibidem, p. 100-102.7Ibidem, p. 103-110.8Ibidem, p. 114-115.9Ibidem, p. 115-117
Vocables Saint-Pierre
Parties constituantes non étudiées cimetière
Dénominations église paroissiale, chapelle
Aire d'étude et canton Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var - Castellane
Adresse Commune : Demandolx
Lieu-dit : Ville
Cadastre : 1983 A 259 ; 1834 A 594 bis

L'édifice, construit probablement au 14e siècle pour remplacer une église plus ancienne non localisée, comprenait l'abside et une courte nef couverte d'une charpente. Le voûtement de cette nef ne peut être daté, mais est assurément antérieur à l'allongement du vaisseau survenu en 1610 (inscription sur la base conservée de l'ancienne chaîne d'angle sud-ouest). La chapelle latérale sud, où les seigneurs de Demandolx avaient leur sépulture au moins depuis le 15e siècle, a sans doute été réédifiée dans le 2e quart du 17e siècle, quand l'un des cadets de la famille, chevalier de Malte, rapporta de Rome les reliques de saint Fortunat ; d'où le nom de baptême donné pour la première fois à son neveu en 1648. Les visites pastorales situent entre 1697 et 1708 l'aménagement de la sacristie au fond de l'abside et la construction des deux chapelles latérales nord, destinées à agrandir l'espace pour les paroissiens, et le transfert au sud de l'église du cimetière. Dépossédée entre 1819 et 1842 de son statut paroissial, l'église devenue simple chapelle a été abandonnée en même temps que le village.

Période(s) Principale : 14e siècle , (?)
Principale : 2e quart 17e siècle
Principale : limite 17e siècle 18e siècle
Dates 1610, porte la date
Auteur(s) Auteur : ,

Edifice orienté de plan irrégulier, composé d'une abside rectangulaire et d'une nef accostée de trois chapelles latérales, deux au nord et une sud. L'abside est entièrement parementée en moellons équarris et assisés avec des chaînes d'angle à bossages en table. Son berceau en plein cintre longitudinal retombe sur des cordons moulurés en bandeau et cavet. La fenêtre axiale en pierre de taille à ébrasement intérieur en plein cintre est légèrement décalée vers le nord. L'autre fenêtre, au sud, également ébrasée du côté intérieur mais couverte d'un plafond en dalles, a été modifiée pour permettre l'appui d'une cloison en plâtre qui isolait au fond du volume un étroit espace servant de sacristie. La trace de cette cloison détruite se retrouve sur le mur nord et sur la voûte, dont les moitiés de part et d'autre portent des lambeaux de décors peints. Deux niches revêtues de mortier de plâtre, un autel en maçonnerie et un dallage en carreaux de terre cuite complètent l'aménagement du choeur. La nef comprend deux parties. La plus ancienne, à l'est, a ses murs parementés comme ceux de l'abside et un berceau longitudinal en plein cintre en blocage enduit (partiellement effondré). Elle s'ouvre au sud par une porte en plein cintre aux claveaux irréguliers et une fenêtre également en plein cintre, à ébrasement intérieur en maçonnerie, au fond d'une lunette. La base de son ancienne chaîne d'angle sud-ouest est conservée dans l'élévation sud, avec un bloc à bossage et un gros bloc portant la date gravée 1610. L'autre partie, dans le prolongement de la première, est construite entièrement en maçonnerie de blocage et partiellement creusée dans le rocher à son extrémité ouest. Dans la chaîne d'angle sud-ouest on retrouve plusieurs blocs de pierre ornés de bossages comme aux angles de l'abside. Un collage bien visible dans les murs et la voûte sépare les deux parties. Une autre porte en plein cintre aux claveaux irréguliers est percée dans le mur ouest, sous une petite fenêtre segmentaire et un clocher-mur à deux arcades en plein cintre. Le sol est revêtu des mêmes carreaux en terre cuite que l'abside, posé sur deux autres pavements successifs en lauses. Les deux chapelles latérales nord ont été creusées dans la pente rocheuse très vive qui surplombe la nef de ce côté. Les deux chapelles ouvraient sur la nef par des arcades en plein cintre retombant au centre sur une grosse colonne appareillée en pierre de taille et communiquaient entre elles par une autre arcade. Les murs et les deux voûtes d'arêtes, aujourd'hui effondrées, qui les couvraient étaient en blocage. La chapelle latérale sud présente les mêmes caractères, maçonnerie de blocage, voûte d'arêtes, arcade de communication avec la nef, avec ici en plus une fenêtre rectangulaire ouverte au sud. Deux autels en maçonnerie sont adossés au mur est de chacune des chapelles nord et sud.

Murs calcaire
bossage
enduit
moellon
Toit tuile creuse
Plans plan allongé
Étages 1 vaisseau
Couvrements voûte en berceau plein-cintre
voûte d'arêtes
Couvertures toit à longs pans
États conservations mauvais état, désaffecté
Techniques peinture
Représentations rosace rinceau ornement géométrique
Précision représentations

Décor peint uniformément blanc sur la partie est de la voûte de l'abside. Sur la partie ouest de l'abside, ornée de filets, lambeaux de décor comprenant des rinceaux sur les retombées et une rosace au sommet dans les tons ocre, brun et vert. Ce décor a lui-même été recouvert par un autre décor à fond bleu, panneaux ocre-rose et faux appareil au trait noir.

Edifice remarquable par sa chronologie et ses bossages.

Statut de la propriété propriété de la commune, []
Intérêt de l'œuvre à signaler

Références documentaires

Documents d'archives
  • DEMANDOLX, Henri de. La famille des Demandolx. Manuscrit, 1877, 2 vol., 297 p. Collection particulière.

    p. 50-52
Bibliographie
  • CLOUZOT, Etienne. Pouillés des provinces d'Aix, d'Arles et d'Embrun. Diocèse de Gap. Paris, Imprimerie Nationale, 1923, CLIII-315 p.

    p. 290, 292, 294
  • Collier Raymond. Une commune type de Haute-Provence, Demandolx. - Digne : Raymond Collier, 1982, 232 p.

    p. 97-99, 100-102, 103-110, 111-112, 114-115, 115-117
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