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édifice fortifié (redoute) dite redoute de Berwick, de l'organisation défensive de l'Ubaye.

Dossier IA04000028 réalisé en 1992

Fiche

Historique

C'est en 1693, à la suite de la désastreuse invasion des coalisés aux ordres de Victor Amédée de Savoie sur la région d'Embrun-Gap, que l'ingénieur Richerand (en poste à Grenoble) dirige les travaux de mise en état de défense de la Haute Vallée de l'Ubaye, sous les ordres du maréchal de Catinat commandant l'armée des Alpes et occupant une région, qui, à l'époque, n'est pas française.

Le point fort du dispositif choisi par Catinat est le camp de Tournoux, dans la cuvette haute près du village. Outre le retranchement du camp proprement dit, Richerand fait établir toute une série de redoutes et fortifier villages et points importants pour assurer la sécurité à courte et moyenne distance du camp, tant en amont qu'en aval.

Le plan du camp, daté du 15.12.16941 fait apparaître, à l'emplacement de l'ouvrage actuel, une redoute projetée (figurée en jaune) avec un bâtiment (corps de garde ?) figuré en rouge. Si le projet de Richerand n'a peut-être pas été complètement réalisé, en raison de la modicité des crédits alloués (23.000 livres au lieu de 47.000 demandés) on peut cependant affirmer qu'en 1694 le site est déjà occupé par un petit ouvrage. Le fait est confirmé par le plan de Richerand de 1696. Après le traité de Ryswick, la région est restituée au duc de Savoie et les ouvrages ruinés, soit sur ordre supérieur, soit par récupération des matériaux par les habitants s'ajoutant aux intempéries. Carte du camp de Tournoux. 1696Carte du camp de Tournoux. 1696

La guerre de succession d'Espagne ramène l'occupation de la région par les troupes françaises commandées par les maréchaux de Tessi - jusqu'en 1707 - puis de Villard et, enfin, de Berwick à partir de 1709 et jusqu'à la fin. Berwick reprend et développe les dispositions adoptées par Catinat lors de la guerre précédente : le camp de Tournoux est réactivé, et le système défensif de l'Ubaye rétabli par l'ingénieur Huë de Langrune à partir de 1707 (donc avant même l'arrivée de Berwick).

Le 20 mai 1707, Langrune écrit dans un mémoire "on rétablit l'ancienne redoute à mâchicoulis qu'on avait faite de l'autre guerre pour garder le pont sur la rivière du Baye (sic) au-dessous de Tournoux sur le chemin qui va de Tournoux à Meyronnes, avec une enveloppe de terre, revêtue de fascinage, qui sera palissadée tout autour avec un fossé qu'on pourra remplir d'eau". La redoute figure sur un plan joint, daté du 28 mai 1707.

On notera que cette description est celle d'un ouvrage de campagne en terre, palissadé - du moins son "enveloppe" - alors que l'ouvrage actuel ne comporte rien de semblable. On peut cependant supposer, en l'absence d'autres documents plus probants, que la redoute ait été remaniée ou reconstruite entre 1707 et 1713, ou même lors de la guerre de succession d'Autriche (1741-48) qui ranima l'activité militaire dans la région.

Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. Détail : le camp de Tournoux et la redoute de Berwick, carte levée entre 1764 et 1769.Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. Détail : le camp de Tournoux et la redoute de Berwick, carte levée entre 1764 et 1769.

Un mémoire de Rignac, daté du 25.2.1743, fait le point des organisations existant dans la vallée, et fait état d’"une grande redoute en queue d'hyronde - entière – en plaine, gardant un pont de bois souvent emporté" ce qui pourrait correspondre à l'ouvrage actuel.

Le mémoire attribue la construction des redoutes à MM. d'Usson et le Guerchois, chargés du commandement local sous Catinat en 1694.

En 1802 (an X) Vallier la Peyrouse déclare qu'il est inutile d'entretenir "les 5 redoutes en pierre sèche" en temps de paix, il suffit simplement de les faire surveiller contre pillage et vandalisme.

Aucun élément nouveau n'apparaît jusqu'en 1843 où, au moment de démarrer les travaux de la forteresse de Tournoux, la chefferie nouvellement créée à cet effet recense les sites d'hébergement possibles : un "camp de la Redoute" est proposé pour les ouvriers civils et une compagnie d'infanterie : un beau plan, avec élévation, de l'ouvrage est joint à l'étude et représente la redoute sensiblement dans son état actuel.

Nouvelle période de silence - qui n'exclut pas une utilisation de l'ouvrage entre temps - jusqu'en 1890, au moment où la VIIIe Armée, née de la tension italienne, a atteint le maximum de son développement et multiplie ses implantations conservée - de fait, et sans qu'il en soit fait mention - dans le domaine militaire, la redoute est reprise en compte par le service du génie (D.M. n° 18017 du 11 septembre 1890) et réparée en 1891. On y construit 2 hangars, terminés en 1892, où sont remisées, en juillet 1914, les 6 pièces de 90 mm destinées à armer la batterie de Mallemort à la mobilisation et qu'on ne peut y laisser en permanence, faute de quoi y héberger un détachement permanent. En fait, la redoute ne joue qu'un rôle de dépôt et de refuge qu'elle conservera jusqu'en 1940, fin de son utilisation militaire. Après déclassement et aliénation, elle est aujourd'hui propriété de la commune d'Epinay, en qualité d'annexe de son centre de vacances de Meyronnes. L'ouvrage a été discrètement restauré et est en service actuellement pendant la belle saison.

Description

Situation : dans le fond de la vallée de l'Ubaye, à 1324 m d'altitude, au bord de la rivière, le long de la RN 202 (D 902), au pied du village de Tournoux, et au tiers environ de la distance séparant le village de Gleizolles du défilé du Pas de la Reyssole. La redoute vue du village de Tournoux.La redoute vue du village de Tournoux.

L'ouvrage dessine le plan d'un triangle rectangle, dont deux côtés (nord-ouest et sud-ouest) rectilignes et de 37, 5 m chacun viennent se rejoindre à angle droit, sur une tour-réduit occupant le saillant ouest.

Le troisième côté, tenaillé en bonnet de prêtre et de 50 m de long constitue l'hypoténuse et, orienté à l'est, est en partie bordé par l'Ubaye, renforcé, au pied, par une digue contre les débordements de la rivière. L'enceinte, non terrassée, est constituée d'un mur de moellons grossiers de 5 à 6 m de haut et d'1 m d'épaisseur environ, à angles arrondis aux saillants, et percée de créneaux à fusil.

L'entrée se fait par la face sud-ouest, à 5 m de la tour-réduit, par un portail en plein cintre fermé par deux vantaux pivotant en bois.

Angle ouest et tour-réduit vus du nord-ouest.Angle ouest et tour-réduit vus du nord-ouest.La tour-réduit est un bâtiment hors œuvre triangulaire de 15 m de côté et 8 m de haut environ couvert d'une toiture de lauzes à trois pans et croupes, à faible pente, sur charpente traditionnelle en bois. Les parois sont percées de créneaux de fusillade soit horizontaux à linteau de bois, soit verticaux très longs, en archère, et desservis intérieurement à deux niveaux.

L'intérieur est divisé par des planches en trois niveaux : rez-de-chaussée, premier étage et grenier qui constituaient le logement du détachement permanent qu'on peut supposer pouvoir être renforcé par d'autres troupes logées sous tente dans la cour centrale.

L'accès à ce bâtiment se fait par porte à linteau surbaissé donnant de plain-pied sur la cour intérieure, porte surmontée au premier étage d'une fenêtre de même dessin.

Le redan est coupé, du côté de la cour centrale, par un mur isolant de l'ouvrage un petit bâtiment en maçonnerie à usage de magasin à poudre. Du hangar b (1892) construit contre la face intérieure de la courtine sud-ouest ne subsiste que la chape du sol.

Vue intérieure de l'ouvrage. Au centre, tour réduit, à gauche, courtine sud-ouest et portail d'entrée.Vue intérieure de l'ouvrage. Au centre, tour réduit, à gauche, courtine sud-ouest et portail d'entrée.

Conclusion

Edifice rustique, presque grossier, mais extrêmement pittoresque, relevant de la fortification de campagne renforcée, catégorie d'ouvrages dont très peu de spécimens anciens nous sont parvenus car très vulnérables par essence même et, dans la plupart des cas, échappant à la protection couvrant, d'une manière générale, le domaine militaire.

L'édifice a été bien restauré et a trouvé une utilisation fonctionnelle concrétisant l'intérêt de sa conservation prioritaire pour motifs historique et architecturaux.

1Service historique de la Défense, Vincennes. Art. 8 Son 1. Carton 1 
Précision dénomination redoute
Appellations redoute de Berwick, de l'organisation défensive de l'Ubaye
Parties constituantes non étudiées enceinte, cour, édifice logistique, poudrière
Dénominations édifice fortifié
Aire d'étude et canton Alpes-de-Haute-Provence
Adresse Commune : Saint-Paul-sur-Ubaye
Lieu-dit : la Redoute de Berwick
Cadastre : 1961 J 830

Une série de redoutes est construite par Creuzet de Richerand à l'époque de l'occupation de l'Ubaye par les troupes de Catinat. On sait qu'une redoute existe en 1694 à l'emplacement de l'ouvrage actuel. On connaît l'existence d'une autre en 1707, puis en 1743. En 1843, on propose un camp de la Redoute servant à l'hébergement des ouvriers civils et d'une compagnie d'infanterie. A la fin du 19e siècle, l'ouvrage est réparée et se voit adjoindre de deux hangars. Elle sert de dépôt et de refuge jusqu'en 1940.

Période(s) Principale : milieu 19e siècle
Principale : 4e quart 19e siècle
Auteur(s) Auteur : Creuzet de Richerand Guy,
Guy Creuzet de Richerand (15 juillet 1652 - 29 octobre 1704)

Ingénieur militaire, ingénieur en chef de la place de Sarrelouis de 1683 à 1692. Directeur des fortifications du Dauphiné en 1690, il dirige le renforcement des fortifications décidé à la suite de l'invasion savoyarde de 1692, à Saint-Vincent-les-Forts, Seyne et Colmars. Construit le fort Saint-Vincent, le fort Joubert et la tour dite Vauban à Saint-Vincent-les-Forts, la citadelle à Seyne, les forts de France et de Savoie à Colmars, réalise d'importants travaux au château de Guillaumes.


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ingénieur militaire, attribution par source

L'enceinte de l'ouvrage, constituée par un mur de moellons, dessine un triangle rectangle. L'angle droit de l'enceinte est occupé par la tour réduit, bâtiment couvert d'une toiture de lauzes à trois pans et croupes, divisé en trois niveaux, dont un sous comble, par des planches. Un petit bâtiment sert de magasin à poudre.

Murs pierre
moellon
Toit calcaire en couverture
Étages en rez-de-chaussée, 1 étage carré, étage de comble
Couvertures toit à longs pans
croupe
Typologies tout réduit
Statut de la propriété propriété publique
Protections inscrit MH, 1940/01/29

Références documentaires

Documents figurés
  • Carte du camp de Tournoux. / Dessin, signé Richerand, 1696, 52 cm x 69 cm. Service historique de la Défense, Vincennes : Fonds du Génie. Dépôt des fortifications. Tournoux. Article 8, section 1, carton 1, pièce 11.

  • Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 194 à 197.

    Feuille 200-63
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