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édifice fortifié (redoute) dit redoute des Cassons, de l'organisation défensive de l'Ubaye.

Dossier IA04000029 réalisé en 1992

Fiche

Historique

En 1693, à la suite de l'invasion des coalisés aux ordres de Victor Amédée de Savoie sur la région d'Embrun-Gap, l'ingénieur Richerand dirige les travaux de mise en état de défense de la Haute Vallée de l'Ubaye, sous les ordres du maréchal de Catinat commandant l'armée des Alpes. Le point fort du dispositif choisi par Catinat est le camp de Tournoux, dans la cuvette haute près du village. Outre le retranchement du camp proprement dit, Richerand fait établir toute une série de redoutes et fortifier villages et points importants pour assurer la sécurité à courte et moyenne distance du camp, tant en amont qu'en aval.

En septembre 1693, Richerand adresse une demande des fonds nécessaires à l'exécution des travaux, dont ceux d'une redoute à construire à Tournoux, derrière les retranchements de Larray. Son coût est estimé à 2000 livres.

Lors de la Guerre de Succession d'Espagne, la mise en défense de l'Ubaye est réactivée et les redoutes de la campagne précédente, en grande partie ruinés par les Piémontais, les intempéries et sans doute les habitants, furent rétablis par l'ingénieur Huë de Langrune.

Un mémoire de Rignac, du 25 février 17431 donne une description détaillée de l'état des redoutes de la Haute Ubaye : toutes sont en mauvais état,

En 1747, l'ingénieur Razaud laisse un mémoire relatif au camp de Tournoux et ouvrages environnants. Les plans joints permettent de faire le point des organisations existantes :

- la ligne des retranchements du camp de Tournoux entre le Rioussec et l'actuelle batterie 12

- une redoute au confluent Ubaye-Ubayette, près de Gleizolles

- une redoute près du pont, en face de Gleizolles

- une redoute à l'emplacement de l'actuelle "redoute de Berwick"

- une redoute en bas et au nord de Tournoux

- une redoute au Pas du Faure (près du Rioussec)

- une redoute au Pas de la Reyssolle.

La carte 200-63 de la deuxième levée de la Carte des frontières Est de la France, en 1764-1769 sous la direction de Bourcet de la Saigne montre également une série d'ouvrages autour de Tournoux. La redoute de Berwick, identifiée comme "Grande redoute", la ligne des retranchements, une redoute sans toponyme en contrebas au nord de Tournoux, une redoute près du "Pas de la Rissole" sous le toponyme "Redoute des Faure" et enfin, à mi-chemin entre ces deux derniers ouvrages, à proximité du Riou Sec, une redoute dite "des Cassons", dont l'emplacement correspond à celle actuellement conservée à environ 800 m. à vol d'oiseau de l'entrée du hameau de Tournoux. Ce toponyme des Cassons n'apparaissait pas dans le mémoire de Razaud. La carte de Bourcet établit en outre clairement que la redoute du Pas de Reyssole et celle du Pas de Faure n'en font qu'une.

Carte du camp de Tournoux, 1696.Carte du camp de Tournoux, 1696.Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. Détail de la feuille 200-63 : le camp retranché de Tournoux avec la redoute des Cassons au nord du village.Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. Détail de la feuille 200-63 : le camp retranché de Tournoux avec la redoute des Cassons au nord du village.

Ni la redoute des Cassons, ni celle du Pas de Faure, ni la redoute non identifiée en contrebas du village de Tournoux ne figurent sur la carte du Camp de Tournoux dressée par Richerand en 1696. Ces ouvrages ont-ils été construits par Richerand après cette date, peut-être suite à sa demande de travaux de 1693 ? Il est également possible, mais peu probable, qu'ils datent de la réactivation des défenses de l'Ubaye par Huë de Langrune lors de la Guerre de Succession d'Espagne au début du 18e siècle.

En l'an X (1801) le général Vallier de la Peyrouse estime inutile d'entretenir, en temps de paix, les cinq redoutes en pierres sèches, et conseille de les faire simplement surveiller pour éviter le vandalisme.

La redoute des Cassons constitue avec la redoute de Berwick un des deux seuls ouvrages de fortification de campagne renforcée à avoir survécu à la destruction. Signalons également pour mémoire les vestiges de la redoute du Pas de Faure : l'amorce de deux pans de mur percés chacun d'un créneau.

Description

Situation

1. Camp : le site occupait une cuvette allongée, orientée nord-ouest-sud-est, sur un replat intermédiaire (fig. 1) du versant nord-est de la Crête Tête de Vallon Claus-Serre de Laut, replat dominant de 130 m environ la vallée de l'Ubaye et dont le village de Tournoux occupe le rebord nord-est. Le fond de la cuvette était occupé par un petit étang, utilisé pour abreuver les chevaux et qui s'est asséché vers 1740.

2. Redoute des Cassons : du même côté de l'Ubaye (rive droite) et sensiblement sur la même courbe de niveau que le village de Tournoux, mais un kilomètre au nord, le long d'un chemin menant à Saint-Paul, de l'autre côté du torrent de Riou Sec.

Vue générale prise du sud-est. A gauche sur le replat, village de Tournoux et site du camp. Au centre : la redoute ruinée. A l'arrière-plan, la tête de Cassoun.Vue générale prise du sud-est. A gauche sur le replat, village de Tournoux et site du camp. Au centre : la redoute ruinée. A l'arrière-plan, la tête de Cassoun.

Analyse architecturale

L'ouvrage est constitué par une grosse tour pentagonale à plan irrégulier dont la face principale (nord-ouest) longue de 18 m environ est perpendiculaire aux deux flancs adjacents d'une dizaine de mètres chacun, et s'élève encore sur une hauteur de 6 à 7 m.

Vue extérieure du saillant ouest.Vue extérieure du saillant ouest. Vue extérieure du flanc droit. A droite, près de l'angle, poterne d'entrée.Vue extérieure du flanc droit. A droite, près de l'angle, poterne d'entrée.

Les parois sont percées, au nord-ouest, de créneaux de fusillade verticaux en archères très hautes, desservies par les différents niveaux intérieurs et constituent autant de lignes de fracture de la maçonnerie.

Les autres parois sont, à la partie inférieure, percées de créneaux horizontaux à linteau de bois. Entrée par poterne surélevée dans le flanc droit (sud-ouest). Vue intérieure de la face nord-ouest et des créneaux verticaux.Vue intérieure de la face nord-ouest et des créneaux verticaux.

Le tout était divisé en plusieurs niveaux planchéiés (au moins quatre, dont un sous-sol, à ce qu'on peut discerner), couverts par une toiture portée par une charpente reposant sur un pilier central en maçonnerie. Vestiges d'une cheminée au centre de la face nord-ouest.

Conclusion

Edifice en ruine, mais dont les vestiges, encore imposants, constituent un centre d'intérêt indéniable, au même titre que la redoute de Berwick toute proche, et dont le mode de construction présente de multiples similitudes. Une restauration étant utopique, il serait néanmoins souhaitable que les abords soient déboisés et les parties hautes des murs protégées par une chape de ciment, afin d'enrayer le processus de destruction d'un témoin aussi important sur le plan historique qu'architectural.

1Service Historique de la Défense, Vincennes : Archives du Génie, Tournoux. Art. 8. Son 1. Carton 1, pièce 18
Précision dénomination redoute
Appellations redoute des Cassons, de l'organisation défensive de l'Ubaye
Dénominations édifice fortifié
Aire d'étude et canton Alpes-de-Haute-Provence
Adresse Commune : Saint-Paul-sur-Ubaye
Lieu-dit : près de Tournoux
Cadastre : 1961 J 254

Cet édifice fait partie des redoutes, ouvrages de fortification de campagne renforcée, construites à l'initiative du maréchal Catinat par Guy Creuzet de Richerand pendant les guerres de la Ligue d'Augsbourg et de Succession d'Espagne pour la sûreté du camp de Tournoux.

Période(s) Principale : limite 17e siècle 18e siècle
Auteur(s) Auteur : Creuzet de Richerand Guy,
Guy Creuzet de Richerand (15 juillet 1652 - 29 octobre 1704)

Ingénieur militaire, ingénieur en chef de la place de Sarrelouis de 1683 à 1692. Directeur des fortifications du Dauphiné en 1690, il dirige le renforcement des fortifications décidé à la suite de l'invasion savoyarde de 1692, à Saint-Vincent-les-Forts, Seyne et Colmars. Construit le fort Saint-Vincent, le fort Joubert et la tour dite Vauban à Saint-Vincent-les-Forts, la citadelle à Seyne, les forts de France et de Savoie à Colmars, réalise d'importants travaux au château de Guillaumes.


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ingénieur militaire, attribution par source

L'ouvrage, bâti en moellons, est construit en plan pentagonal irrégulier. La charpente reposait sur un pilier central en maçonnerie. On discerne la présence d'un sous-sol. L'édifice, dont les étages et la toiture ont disparu, est à l'état de vestige.

Murs pierre moellon
Étages sous-sol
États conservations vestiges
Statut de la propriété propriété publique

Références documentaires

Documents figurés
  • Carte du camp de Tournoux. / Dessin, signé Richerand, 1696, 52 cm x 69 cm. Service historique de la Défense, Vincennes : Fonds du Génie. Dépôt des fortifications. Tournoux. Article 8, section 1, carton 1, pièce 11.

  • Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 194 à 197.

    Feuilles 191-28 et 200-63
  • Vue aérienne infra rouge de Tournoux et ses environs. / Photographie argentique infra rouge au 1/16855 de l'Institut National Géographique, 10/07/1974. Photothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : mission C3240-0034_1974_IFN04_IRC_1819, cliché n°1819.

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