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Commanderie de Templiers puis d'Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, Sainte-Marie-Madeleine puis Ermitage Notre-Dame-de-la-Cavalerie

Dossier IA84000024 réalisé en 1981

Fiche

HISTORIQUE

Construction

On ne sait presque rien de la fondation et de l'histoire de la maison du Temple appelée Notre-Dame-de-la-Cavalerie, sur le territoire de l'ancien village de Limaye : mentionnée pour la première fois en 1176, pourvue de possessions à La Tour-d'Aigues, Lauris, Saint- Saturnin-d'Apt et peut-être même jusqu'à La Brillanne, cette maison semble avoir compté parmi les plus importantes commanderies de cet ordre en Provence. Les documents la concernant sont malheureusement trop rares, et le procès verbal de l'arrestation des quatre chevaliers - nombre important - qui s'y trouvaient en 1308 ne contient pas (comme c'est le cas pour toutes les autres maisons du Temple) l'inventaire des possessions 1. L'inventaire des biens meubles conservé par ce même procès-verbal nous montre bien en revanche la richesse de l'établissement : le mobilier de la chapelle comprenait notamment une grande croix ornée de pierres, une autre, plus petite, contenant un fragment de la vraie croix, un calice et sa patène d'argent décorés d'une croix d'or, neuf livres reliés et trois sans reliure, et de nombreux autres objets de moindre valeur ; la maison elle-même était composée, semble- t-il, d'au moins cinq pièces principales, la chambre du précepteur, la chambre des frères, la chambre du chapelain, la cuisine et le cellier, où furent répertoriées de nombreuses pièces de linge et de mobilier 2. Mais ces quelques indications nous laissent ignorer les proportions et la disposition des bâtiments, probablement très importants.

Dégradations, restaurations, reconstructions, changements d'affectation

Après la dissolution de l'ordre du Temple, la plupart des biens qui lui avaient appartenu furent dévolus à un autre ordre militaire, celui des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Cet ordre comptait déjà en Provence de nombreuses maisons, regroupées sous l 'autorité du grand prieur de Saint- Gilles. Le domaine de la Cavalerie de Limaye, déchu de son rôle de commanderie, fut rattaché au baillage de Manosque. Un procès-verbal de visite générale des maisons dépendant du Grand-Prieuré de Saint-Gilles, daté de 1338, nous permet d'évaluer l'importance du domaine à cette époque : 810 séterées 3 de terre cultivable, exploitées moitié directement et moitié par des fermiers, donnaient en moyenne chaque année 500 setiers 4 de froment, 120 d'orge, 250 d'avoine, 125 d'épeautre 5 et 48 de conségal 6 - le rendement moyen des terres était de 4 à 5 pour 1 - ; pour les vignes et les prés, le procès-verbal n'indique aucun chiffre de production, mais le nombre élevé de journaliers employés pour leur culture et leur récolte suppose, à cet égard, un revenu non négligeable, auquel s'ajoutaient quelques menus profits tirés des récoltes de noix, d'amandes et de glands.

La maison de la Cavalerie percevait en outre des redevances en nature et en argent dans plusieurs villages des environs, à Lauris principalement, à Corbières, Limaye, Mézel , Ansouis et Manosque. Le chapitre des dépenses contient la liste du personnel employé au domaine en permanence : deux laboureurs et un bouvier (la maison possède huit bœufs de labour), un messager, un cuisinier, un clerc pour desservir la chapelle, un forgeron 7. Un autre signe de cette importance est la contribution élevée (4 livres et 9 sous) de la maison de la Cavalerie au milieu du XIVe siècle aux décimes du clergé du diocèse d'Aix 8. Cette prospérité prit fin dans la seconde moitié du XIVe siècle, période de guerres, d'épidémies et de désordre général en Provence. Le contraste est, en effet, saisissant, entre la visite ci-dessus évoquée et celle qui eut lieu en 1411 et qui nous montre la maison complètement en ruines, et les terres en friches depuis une quarantaine d'années en raison du manque de main-d’œuvre ; le domaine cultivé se compose de sept saumées 9 de terre, d'un rendement infime, six journaux de pré et vingt de vigne à l'abandon, une forêt dont le bois, les glands et les pâturages ne sont plus exploités, faute d'hommes et d'animaux ; quant aux redevances, la dépopulation générale du pays les a réduites à presque rien. Avec tous ses droits et appartenances, le domaine est donné à bail pour la rente annuelle dérisoire de six florins et trois gros 10. Une nouvelle visite en 1495 montre que la maison de la Cavaleriene ne s'est pas relevée de sa ruine : la rente du domaine n 'a pas augmenté depuis 1411, seules les redevances levées dans diverses localités de la région assurent un certain revenu en grains (42 saumées de blé) et en argent (deux florins) 11. L'ordre des Hospitaliers se désintéressait d'ailleurs de ces possessions : d'abord donnée à bail en 1487, la Cavalerie fut inféodée en 1503 à Georges d'Astoard, seigneur de La Bastide-des-Jourdans, retenue par droit de prélation par son successeur Claude Coriolis en 1560, puis de nouveau inféosée, en 1615, à Jean-Louis de Coriolis, seigneur de Limaye et de La Bastide-des-Jourdans. Les terres furent alors données en exploitation à des fermiers : le cadastre de 1574 recense au quartier de la Cavalerie une grange ou bastide partagée entre Guillaume Besson, Guillaume et Jean Chanousse 12.

Au début du XVIIIe siècle, le président de Coriolis conçut, avec le curé de la Bastide-des-Jourdans, Morellet, le projet d'y établir une communauté d'ermites et s 'adressa au monastère de Saint-Hilaire à Ollières : le 7 Septembre 1706, il donna à nouveau bail au prieur de Saint-Hilaire, Antoine Trompey, les terres de la Cavalerie "... avec tout le bâtiment et la vieille église qui s 'y trouvent...". L' ordre des Hospitaliers protesta que la seigneurie du domaine lui appartenait et réclama les arrérages des censives. Un long procès s'ensuivit, qui ne s'acheva qu'en 1775 par un compromis, laissant la seigneurie au bailli de Manosque (de qui dépendait la maison de la Cavalerie), mais confirmant la cession de 1706 13.

Entre temps, la petite communauté des ermites de Saint-Hilaire s'était installée et organisée. La chapelle fut restaurée, un bâtiment d'habitation construit à proximité, laissant à l'écart, de quelque cent pas, le bâtiment d'exploitation tenu par un fermier. Les frères vivaient du produit des terres qu'ils travaillent eux- mêmes, dans le silence et la pauvreté. Leur règle, très sévère, fut approuvée à diverses reprises par les archevêques d'Aix 14 .

Le monastère, rebaptisé Notre-Dame-de-la-Retraite, connut une existence paisible jusqu'à la Révolution. Confisqué et nationalisé, le domaine fut mis en vente à Apt le 28 mars 1795. Au moment de la confiscation, l'inventaire des meubles de la chapelle recensa un mobilier des plus simples, sans aucun objet d'or - on ne trouva qu'un calice, un ciboire et un ostensoir d'argent 15 - : la chapelle était seulement garnie de boiseries et d'une balustrade en noyer, et d'un autel "à la romaine" 16. C'est probablement de cet autel que provient le tableau, aujourd'hui conservé dans la chapelle Notre-Dame-de-Consolation à La Bastide-des-Jourdans, représentant le président de Coriolis offrant à la Vierge la chapelle de la Cavalerie restaurée.

Adjugé pour la somme assez considérable de 115.000 livres à un orfèvre marseillais, Melchior Arquier 17, le domaine de la Cavalerie passa ensuite dans diverses mains avant d'être acheté, en 1846 , par le doyen du chapitre d'Aix, Figuière, et le Supérieur du petit séminaire d'Aix, Conil, qui, sur les instances du curé Dubois, de La Bastide-des-Jourdans, consentirent à rétablir un monastère dans les bâtiments fort délabrés par un demi-siècle d'abandon 18. Une description, faite par un visiteur de cette époque, évoque, dans le bâtiment d'habitation, un long corridor voûté au rez-de-chaussée, desservant les appartements encore bien conservés, un autre corridor, à l'étage, sur lequel s'ouvraient les cellules, en mauvais état, et la chapelle, coupée en deux par un plancher, servant d'écurie et de grenier à foin 19. La restauration fut entreprise dès 1848 par un petit groupe de frères agriculteurs, sous la direction d'un supérieur, le père Barnouin. La règle adoptée par la nouvelle communauté fut une adaptation de celle des anciens ermites de Saint- Hilaire. La bénédiction de la chapelle, remise en état, eut lieu le 15 Septembre 1849 20. L'abbé Barnouin, désireux de voir durer l’œuvre entreprise, sollicita à diverses reprises des propriétaires de la Cavalerie la cession à la communauté du domaine qui la faisait vivre, mais essuya des refus répétés. En 1854, il acheta l'abbaye de Sénanque et y transporta le monastère 21. Dans les bâtiments désertés de la Cavalerie, les propriétaires installèrent alors un orphelinat agricole, confié aux frères de Saint-Pierre-es-Liens 22. Ce nouvel établissement - en fait, davantage un pénitencier qu'un orphelinat - occupa les locaux jusqu' à la sécularisation, après le vote de la loi de séparation de l'Eglise et de l’État, et fut expulsé en 1880 23. Vendu à cette date à des particuliers, le domaine fut converti en exploitation agricole et l'est resté jusqu'à nos jours.

DESCRIPTION

Situation

Le monastère est situé à 3 km environ du village, dans un vallon isolé qu'entourent, à l'est, au nord et à l'ouest des collines boisées. L'édifice est implanté au bord d'un petit replat délimité au nord par le ravin de Picon et au sud par le ravin de la Cavalerie. La chapelle prend son assise sur le replat tandis que le corps de logis occupe le haut d'une pente assez abrupte dominant le ravin de Picon. A 100 m environ à l'ouest du monastère se trouvent la bergerie et un grand bassin d'arrosage.

Composition d'ensemble

- Parties constituantes : au sud-ouest de l'ensemble, la chapelle, orientée avec une très légère déviation vers le nord. Le corps de logis comprend deux parties contigües l'une à l'autre. La première, à l'ouest, appuyée contre le chevet de la chapelle, est double en profondeur et se prolonge vers l'ouest par un amas de ruines informes envahi par la végétation naturelle. La seconde, moins large et moins haute que la précédente, s' étire e n longueur vers l'est, sa façade nord alignée sur celle de la première.

- Clôtures et entrées : l'unique chemin d'accès est une allée bordée de tilleuls placée dans l'axe de la façade antérieure de la chapelle. Le corps de logis ouvre au sud sur une esplanade ombragée de platanes et au nord sur une terrasse plantée de marronniers. Cette terrasse était autrefois desservie par un chemin qui contournait la chapelle par le nord et qui est aujourd'hui partiellement occupé par des éboulis et des broussailles. On ne trouve pas trace de clôture.

Matériaux

- Gros-œuvre : le calcaire dur, blanc-grisâtre, du sous -sol local (Stampien ) a été utilisé pour l'ensemble des bâtiments. Seuls quelques éléments de décor ( chapiteaux de la chapelle, arcs du sous-sol, encadrements de fenêtres) ont été réalisés dans une molasse coquillière importée, vraisemblablement, de l'ouest du pays d'Aigues.

Un appareil assisé à joints fins, de belle qualité, a servi à la construction de la chapelle, dont les voûtes ont une stéréotomie parfaite. Un appareil de moellons assisés assez régulier a été utilisé pour certaines portions inférieures des murs du corps de logis.

Un blocage grossier de moellons noyés dans le mortier a servi pour toutes les autres parties. Un enduit de mortier à chaux et sable, partiellement tombé, recouvre tous les murs du corps de logis et les parois intérieures de la chapelle. Cet enduit a parfois servi de support à un décor peint.

- Sols : pavement de carreaux de terre cuite carrés dans la chapelle, avec seuil et marches en pierre de taille ; pavement de gros galets noyés dans le mortier (caladage) dans le sous-sol du corps de logis. Dans les étages, les revêtements de sol ont été arrachés ou refaits récemment.

- Couvertures : en tuile creuse partout, sauf sur le chœur de la chapelle, où une chape de ciment a été coulée directement sur l'extrados de la voûte.

Structure

- chapelle

Nef voûtée d'un berceau en plein-cintre, à deux travées carrées séparées par un arc doubleau qui retombe sur des colonnes engagées de moitié ; arcades latérales à simple rouleau, au plein cintre reposant sur des impostes en quart de rond. Deux contreforts pleins, talutés, étayent le mur nord. Porte dans le mur ouest. Sol de la 2e travée en contrehaut (une marche) de celui de la première.

Chœur voûté en cul-de-four, plus étroit et plus bas que la nef, percé au fond d'une petite porte. Sol plus élevé (une marche) que celui de la 2e travée de la nef.

- corps de logis

Partie occidentale

sous-sol : une seule pièce, dans l'angle nord-est, accessible depuis le sous-sol de la partie orientale par une courte volée d'escalier droit.

rez-de-chaussée : double en profondeur, desservi au centre par un couloir longitudinal, que prolongent deux escaliers droits, l'un descendant vers la partie orientale, l'autre montant vers l'ouest, vers la chapelle.

Au nord du couloir et au-dessus du sous-sol, ancienne cuisine couverte de deux travées inégales d'arêtes. Un petit four voûté en berceau a son ouverture au ras du sol dans le mur ouest, près de l'angle nord-ouest. Une porte dans le mur sud ouvre sur le couloir.

Au sud, ancien parloir transformé en écurie, couvert également de deux travées d'arêtes inégales ; porte au nord ouvrant sur le couloir, autre porte au sud donnant de plain-pied sur l'extérieur.

A l'ouest du parloir, une petite pièce voûtée d'arêtes qui sert de passage entre le couloir au nord et le chœur de la chapelle au sud, la sacristie à l'ouest et l'escalier montant à l'étage à l'est.

A l'ouest du passage, petite sacristie voûtée d'arêtes. Au sud-est du passage, petit escalier à demi tournant bâti dans l'espace résiduel entre le chevet de la chapelle et le mur ouest du parloir qui mène à l'étage supérieur.

étage : étage sous comble en deux pièces, l'une au-dessus du parloir, l'autre au-dessus du couloir central et de la cuisine .

Partie orientale

sous-sol : enfilade de huit pièces d'inégale grandeur, qui communiquent entre elles par des portes placées en vis-à-vis les unes des autres.

Successivement d'ouest en est :

- cave 1, carrée, voûtée d'arêtes, recoupée au sud par un grand arc en plein-cintre en pierre de taille, sous lequel ont été bâties deux cuves à vin en maçonnerie ; porte à l'ouest et petit escalier droit menant au sous-sol de la partie occidentale ; jour ébrasé intérieurement dans le mur nord ; trappe rectangulaire dans le voûtain nord.

- cave 2, identique à la précédente, sauf fenêtre ouverte dans le mur nord ; vestibule étroit, couvert dans sa partie nord d'un plafond, dans sa partie sud d'un berceau transversal à lunettes ; porte dans le mur nord ouvrant de plain-pied sur l'extérieur ; dans l'angle nord-est, fourneau en maçonnerie surmonté d'une cuvette en fonte et échelle en bois.

- cave 3, étroite, voûtée d'arêtes ; partie sud recoupée par un arc et occupée par une cuve à vin comme dans la cave 1 ; la bonde de la cuve débouche au-dessus d'une bouche d'égout circulaire.

- cave 4 identique.

- cave 5 : identique, mais de largeur double.

- cave 6 : très large, plafonnée, contenant 6 cuve s à vin alignées contre le mur sud ; à l'est, rampe montant vers la porte de la cave 7.

- cave 7, carrée, plafonnée ; double bassin en maçonnerie dans l'angle nord-est, porte charretière dans le mur est ; remise en appentis collée contre l'extrémité est du mur nord.

rez-de-chaussée : distribution et décor entièrement refaits à une date récente.

Abri de jardin en appentis collé dans l'angle sud-est des parties occidentale et orientale.

étage : étage sous comble, refait comme le rez-de-chaussée.

Élévations

- Chapelle

Façade antérieure : parement en pierre de taille à joints fins, légèrement repris en blocage sur les versants du pignon. Composition axée : porte à linteau monolithe sur coussinets en quart de rond, surmonté d'un arc de couvrement en plein-cintre, à claveaux extradossés, délimitant un tympan monolithe ; au-dessus , fenêtre étroite à double ébrasement et appui taluté, couverte d'un arc en plein-cintre à claveaux extradossés ; de part et d'autre, trous de boulins symétriques ; pignon couronné d'une petite croix monolithe.

Élévation sud : même parement, couronné de trois assises de moellons grossiers et d'un rang de gênoise ; au pied, trois assises de fondation débordantes ; à mi-hauteur, rangée de cinq corbeaux en pierre, qui supportait probablement un auvent en charpente disparu. Composition asymétrique : porte identique à celle de la façade antérieure, avec cadran solaire gravé sur le linteau, murée ; deux fenêtres à double ébrasement et appui droit, couvertes d'un arc en plein-cintre à claveaux extradossés. Près de l'angle sud-ouest, à hauteur de l'extrados des fenêtres, marque de tâcheron.

Élévation nord : même parement que précédemment entre l'angle nord-ouest et le premier contrefort ; deux contreforts talutés, en moellons avec chaînes appareillées ; blocage très irrégulier entre les deux contreforts.

Élévation est : même parement qu'au sud sur les parties visibles du chevet, avec plinthe chanfreinée à la base et corniche de couronnement en quart de rond ; au sud, jour en archère ; mur pignon épaulé, de part et d'autre du chevet, par deux petits contreforts corniers ; larmier en pierre de taille couronnant la pénétration de la voûte du chœur ; pignon couronné d'un petit clocher-mur à baie unique en plein-cintre, de facture moins soignée que le reste.

- corps de logis

Élévation sud ; deux niveaux ; mur en blocage enduit, couronné d'une gênoise à triple rang ; sur la partie occidentale, deux petits contreforts talutés ; composition irrégulière, baies rectangulaires sans autre décor qu'un bandeau peint en blanc sur la partie orientale.

Élévation est : mur pignon aveugle, en blocage non enduit ; larmier formé d'un triple rang de gênoise.

Élévation nord : trois niveaux; mur en blocage enduit à l'extrémité est, en moellons assisés sur la hauteur du premier niveau depuis la cave 5 jusqu'à l'extrémité ouest et en blocage sur les autres niveaux ; partie occidentale couronnée d'un double rang de gênoise partie orientale sans couronnement ; pas de composition : baies de dimensions diverses, la plupart rectangulaires sans décor, quelques-unes en arc en segment à encadrement en pierre de taille.

Élévation ouest : invisible, masquée par la végétation.

Couverture

- Chapelle

Toiture à deux versants sur la nef, en tuile creuse, probablement posée directement sur l'extrados de la voûte ; chœur couvert d'une chape en ciment posée sur l'extrados de la voûte.

- Corps de logis

Toiture à deux versants, en tuile creuse sur charpente de type ordinaire dans la région : voligeage porté par des fermes lancés entre les murs pignons et des refends.

Distribution intérieure

- chapelle

nef : murs et voûtes revêtus d'un léger enduit, partiellement tombé, badigeonné en blanc. Naissance de la voûte en berceau en plein-cintre soulignée de chaque côté par un cordon en quart de rond. Les colonnes engagées ont une base toscane, un fût à tambours nu et un chapiteau à astragale, corbeille ornée de feuilles et d'une rosace stylisées et haut tailloir mouluré. Dans la première travée, vestiges d'une tribune et du petit escalier en vis en bois qui la desservait. Dans chaque travée, du côté sud, une fenêtre en plein-cintre à double ébrasement et appui taluté.

chœur : même cordon que dans la nef à la naissance de la voûte, sous lequel ont été ultérieurement posées des têtes d'angelot en gypserie. Murs et voûtes pareillement couverts d'un enduit, dont ne subsistent ici que des fragments et qui servait de support à un décor peint : fausses ogives blanches sur fond de ciel bleu vif étoilé d'or pour la voûte ; semis de fleurettes et bandeau doré avec frise de croix pattées noires sur fond bleu clair pour les murs. Sous ce décor apparaissent par endroits des lambeaux d'un décor peint plus ancien : faux appareil gravé dans un enduit badigeonné en ocre jaune. Au-dessus de la porte percée au fond du chœur, traces d'une fenêtre en plein-cintre à claveaux extradossés qui a été murée. La porte a été ouverte juste au-dessous de l'appui de cette fenêtre. Au sud, jour en archère ébrasé intérieurement avec appui taluté et deux petites niches, l'une carrée et l'autre en plein-cintre

- Corps de logis

Partie occidentale

sous-sol : cave plafonnée ; murs nord et ouest en moellons assisés au-dessus d'une base en blocage de moellons grossiers ; murs sud et est en blocage ; dans l'angle sud-est, chaîne saillante en moellons, travail identique autour de la porte percée dans le mur est ; près de l'angle nord-est, ancienne porte murée dans laquelle a été ouverte l'actuelle fenêtre ; collages apparents : mur est sur mur nord et parement intérieur du mur est sur le parement extérieur (dans l'embrasure de la porte) ; sol en terre battue.

rez-de-chaussée : cuisine voûtée d'arêtes ; murs et voûtes en moellons assisés ( mur nord ) et en blocage revêtus d'un enduit partiellement tombé ; mur nord percé de deux fenêtres et d'un placard rectangulaires ; sur le mur ouest, ouverture du four en pierre de taille et arrachements d'une vaste cheminée ; sur le mur est, autre placard rectangulaire ; sol refait en béton.

Couloir plafonné ; parois enduites avec décor peint : faux appareil et encadrements de portes ornés de rinceaux au trait et au pochoir brun, bleu et ocre vif sur fond ocre clair.

Parloir transformé en écurie, voûté d'arêtes ; murs et voûtes enduits avec décor peint semis alterné de fleurs de lys brun et de rosaces bleu sur fond ocre rose clair, nervures et angles soulignés de bandeaux ocre rose vif ; sur le mur nord, lambeaux d'un décor plus ancien : badigeon blanc avec inscription peinte en capitales noires en arc de cercle au ras de la voûte " ... MONNAIE QUE DIEU NOUS MET ENTRE LES MAINS POUR GAGNER LE CIEL. PROFITONS NOUS DE CETTE GRÂCE ... " ; contre le mur est, mangeoire à chevaux.

Passage entre le couloir et la chapelle, voûté d'arêtes ; murs et voûte enduits avec décor peint : double trait brun sur fond blanc soulignant les arêtes et les angles de la voûte, faux appareil et encadrements de baies au trait brun sur fond ocre jaune pour les murs ; placards muraux dans les murs nord et est.

Sacristie voûtée d'arêtes, éclairée par un fenestron du côté nord.

Partie orientale

Caves 1 à 5 voûtées d'arêtes, recoupées au sud par un arc transversal et la paroi des cuves à vin, le tout enduit et badigeonné en blanc. Dans le mur ouest de la cave 1, communiquant avec le sous-sol de la partie occidentale, porte en plein-cintre à claveaux extradossés, dont les piédroits ont été refaits ou allongés à la base ( ils sont en blocage sur 0,88 m de hauteur au-dessus du sol ), peut-être lors de la construction de l'actuel escalier, qui est collé contre le mur. Au-dessus de la porte et contre la voûte, pierre saillante de 0,50 m de large et 0,19 de profondeur, creusée au centre d'une cavité carrée de 0,18 m de côté.

Les murs nord et sud de toutes ces caves et du vestibule sont appareillés en moellons assisés et portent par endroits ( vestibule et caves 3 et 4 ) des corbeaux en pierre de taille régulièrement espacés ( signalés par a sur le plan ). Les caves 3, 4 et 5 communiquent entre elles par deux arcades en plein-cintre en pierre de taille, de même facture que les arcs transversaux qui surmontent les cuves à vin. Les autres caves et le vestibule ont des portes en anse de panier à chambranle en mortier. Les cuves sont toutes munies d'une bonde, petite baie en plein-cintre fermée par une menuiserie en bois. Un égout souterrain longe la paroi antérieure des cuves et recueille leurs écoulements par une bouche circulaire ouverte sous chaque bonde.

Vestibule en partie plafonné à solives apparentes et entrevous de plâtre et en partie voûté en berceau à lunettes, enduit et badigeonné comme les caves ; contre le mur nord ,au-dessus du fourneau en maçonnerie à cuvette en fonte, vestiges d'un revêtement en carreaux de faïence bleu et blanc.

Caves 6, 7 et 8 plafonnées, enduites et badigeonnées en blanc ; murs nord et sud et paroi des cuves collés contre le mur ouest de la cave 6.

CONCLUSIONS

Dans cet édifice peu homogène, l'analyse laisse percevoir des remaniements successifs que l'historique permet de dater approximativement.

1 ° De la construction primitive, probablement réalisée dans le dernier quart du XIIe ou au début du XIIIe siècle, restent :

- la chapelle, qui a subi peu de transformations ultérieures ( reprise de la toiture et du clocher, percement de la porte du chœur, adjonction de la tribune ) mais a perdu son auvent en charpente appuyé contre la façade sud.

- une partie des substructions du corps de logis, soit le sous-sol et la base des murs de la cuisine et du parloir dans la partie occidentale, le vestibule et les caves 1 à 5 du sous-sol dans la partie orientale, partout où ont été observées des constructions en moellons assisés.

Le corps de logis initial, apparemment, ne touchait pas la chapelle. Il se composait de deux corps de bâtiment au moins l'un, à l'ouest, dont on ignore l'étendue totale mais dont on connait la limite orientale ( mur est du sous-sol et de la cuisine du rez-de-chaussée de la partie occidentale ) et la profondeur ( entre le mur nord du sous-sol et de la cuisine et le mur nord du parloir de la même partie ). Ce corps de bâtiment comprenait au moins deux étages, l'un en sous-sol et l'autre en rez-de-chaussée. L'autre corps de bâtiment, aligné sur le premier et de même profondeur, était contigu à celui-ci à l'est, mais légèrement en contrebas du fait de la déclivité du terrain. Il mesurait, hors-œuvre, 33 m de long sur 7,5 m de large et possédait au moins deux étages, l'un en sous-sol, plafonné ( les poutres étaient soutenues parles corbeaux remarqués dans les caves de la partie orientale), l'autre au rez-de-chaussée.

2° Lorsque le président de Coriolis résolut, au début du XVIIIe siècle, d'installer à la Cavalerie des ermites de Saint-Hilaire, il dût faire faire d'importants travaux de remise en état, car l'édifice était ruiné et inhabité depuis le début du XVe siècle. Seule la chapelle était encore debout. C'est probablement à ce moment-là que furent réalisés le vestibule et les caves 1 à 5, le parloir, le couloir, la cuisine, le passage et la sacristie décrits dans le chapitre précédent. Une description ancienne parle d'un long couloir voûté desservant les pièces du rez-de-chaussée : le couloir conservé, qui a perdu son voûtement, est sans doute un vestige de celui du XVIIIe siècle, qui devait longer la façade sud de l'actuelle partie orientale, soutenu par les arcs lancés au travers des voûtes du sous-sol.

Le même témoin évoque un autre couloir, à l'étage, sur lequel s'ouvraient les cellules. Mais les profonds remaniements subis ultérieurement par le corps de logis interdisent d'aller plus loin dans la restitution de l' état ancien. Abandonné sous la Révolution, le monastère fut réoccupe en 1848 et de nouveau remis en état, puis, en 1854, transformé en orphelinat. On peut attribuer à cette période l'extension vers l'est du corps de logis et les décors peints partiellement conservés dans la chapelle et dans certaines pièces du rez-de-chaussée. La ruine de la partie occidentale et les transformations et bouleversements de la distribution intérieure du corps de logis datent certainement de la dernière période, au cours de laquelle l'édifice devint une exploitation agricole.

1DURBEC (J.-A.), Les Templiers en Provence..., p. 97- 98. 2AD 13 (Marsseille), B 151, f° 3 v°.3La valeur de la séterée de terre à La Bastide-des-Jourdans et à cette époque n'est pas connue. La qualité des terres étant assez médiocre , on peut cependant la fixer au minimum à 160 cannes carrées,soit 625 mètres carrés, ce qui ferait, pour le domaine de la Cavalerie,une cinquantaine d'hectares.4Le setier valait communément en Provence environ 33 litres.5Céréale apparentée à l'orge.6Conségal : mélange de froment et de seigle.7AD 13 (Marseille), 56 H 123, f° 197 r° - 215 v°.8Albanès (chanoine J.-H.), Gallia Christiana Novissima, Aix, Instrumenta, n° XL.9La saumée de terre valait à La Bastide-des-Jourdans 1800 cannes carrées, soit environ 70 ares.10AD 13 (Marseille), 56 H 124, f° 29 v° - 30 r°.11AD 13 (Marseille), 56 H 125, f° 51 v° - 52 r°.12AC La Bastide-des-Jourdans, CC 1.13AD 13 (Marseille), 56 H 170, f° 15 et suiv.14AD 13 (Marseille), G 452, Reglemens pour les solitaires de Notre-Dame-de-la- Raitrete , approuvés par Monseigneur de Brancas le 20 Juillet 1748 et par Monseigneur de Boisgelin le 18 Août 1770. 15AD 84, II Q 4.16AD 84, II Q 9.17Redon (chanoine Fr.-X.), Le révérend père Marie-Benoit Barnouin..., p. 21.18ibid. p. 22.19ibid. p. 24-25.20ibid. p. 26.21ibid. p. 84.22ibid. p. 86.23ibid. p. 89.
Genre de chevaliers de la milice du Temple, d'hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem
Vocables Sainte-Marie-Madeleine, Notre-Dame-de-la-Cavalerie
Destinations ferme, maison
Dénominations commanderie, ermitage
Aire d'étude et canton Pertuis
Adresse Commune : La Bastide-des-Jourdans
Lieu-dit : la Cavalerie
Cadastre : 1974 AE 70 ; 1838 B5 19

Commanderie de l'ordre du Temple mentionnée à partir de 1176 ; occupée après 1308 par les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem ; établissement abandonné au début du 15e siècle, mis en fermage à partir de 1503 ; à partir de 1706, occupé et restauré par des ermites de Saint-Hilaire sous le titre de Notre-Dame-de-la-Retraite ; vendu et transformé en ferme en 1795, racheté et restauré en 1846 par des frères agriculteurs, transformé en 1854 en orphelinat ; de nouveau vendu et transformé en ferme en 1880

Période(s) Principale : 4e quart 12e siècle
Principale : 1ère moitié 13e siècle
Auteur(s) Auteur : maître d'oeuvre inconnu

Edifice composé d'une église et d'un grand corps de bâtiment contigus ; église à nef unique de 2 travées voûtées en berceau plein-cintre et abside en cul-de-four ; corps de bâtiment allongé à un étage de soubassement, un rez-de-chaussée partiellement voûté d'arêtes et un étage de comble

Murs calcaire
molasse
enduit
moyen appareil
moellon
pierre de taille
Toit tuile creuse
Plans plan allongé
Étages 1 vaisseau, étage de soubassement, étage en surcroît
Couvrements voûte en berceau plein-cintre
voûte d'arêtes
Couvertures toit à longs pans
Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre à signaler
Éléments remarquables église
Protections classé MH partiellement, 1942/02/21

Références documentaires

Documents d'archives
  • Procès-verbal d'arrestation des templiers de la commanderie de Limaye, 24 janvier 1308. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : B 51.

    F° 3 v° et suiv.
  • Reglemens pour les solitaires de Notre-Dame-de-la-Raitrete. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : G 452.

  • Procès-verbal de visite générale de l'ensemble du Grand-Prieuré de Saint-Gilles, 1338. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 56 H 123.

    F° 197 r° - 215 v°.
  • Procès-verbaux de visites de commanderies, 1411-1491. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 56 H 124.

    F° 29 v° - 30 r°.
  • Procès-verbal de visite générale, 1495. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 56 H 125.

    F° 51 v° - 52 r°.
  • Procès-verbal de visite générale, 1775-1776. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 56 H 170.

    F° 15 et suiv.
  • État des effets d'or et d'argent provenant des églises, 1792. Archives départementales de Vaucluse, Avignon : II Q 4.

  • Biens nationaux. Archives départementales de Vaucluse, Avignon : II Q 9.

Bibliographie
  • ALBANES, Joseph Hyacinthe. Gallia Christiana Novissima. Tome 1 : Aix, Apt, Fréjus, Gap, Riez et Sisteron. - Montbéliard : Société anonyme d'imprimerie montbéliardaise, 1899.

  • REDON (chanoine François-Xavier). Le Révérend Père Marie-Benoit Barnouin, supérieur du monastère de la Cavalerie. Aperçu historique sur la Cavalerie. Avignon : Aubanel, 1900, 96 p.

  • DURBEC, Joseph-Antoine. Les Templiers en Provence, formation des commanderies et répartition géographique de leurs biens. Dans Provence Historique, tome IX, 1959.

    P. 3 à 37 et 97 à 132.
  • CLAPIER, Marcel. La Bastide-des-Jourdans. Paris, 1966.

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