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Château Fort, Château

Dossier IA84000350 réalisé en 1968

Fiche

HISTORIQUE

Le château de La Tour-d'Aigues s'élève au nord-est du village, dont il est séparé par un large espace vide (place Jean-Jaurès), sur une plate-forme naturelle de calcaire coquillier surplombant d'une vingtaine de mètres, à l'est, le cours de l'Eze. Les ruines forment un vaste quadrilatère fermé, précédé au sud d'un fossé, où l'on distingue les restes de trois ailes, cantonnées de deux tours rondes au nord et de deux pavillons carrés au sud et ouvrant au sud par un portail monumental ; la masse imposante d'un donjon émerge au centre de l'ensemble. Malgré leur état de dégradation et un environnement peu valorisant (îlots de maisons et groupe scolaire modernes bâtis à l'ouest et au nord à l'emplacement des anciens jardins), ces vestiges excitent encore l'admiration des visiteurs : ils appartiennent à un monument qui fut jadis l'un des plus célèbres de Provence.

Un monument pourtant bien mal connu, en dépit des nombreux ouvrages historiques et littéraires qu'il a inspirés. Les grands travaux exécutés au XVIe siècle ont accaparé l'attention des auteurs, qui ont négligé ou ignoré les constructions précédentes comme les aménagements ultérieurs et ont contribué à entretenir la légende - qui courait déjà, avec quelques autres, au XVIIIe siècle - d'un édifice créé presque tout d'une pièce par la fantaisie d'un seigneur fortuné, contemporain des derniers Valois. Mais ici plus qu'ailleurs, la réalité (du moins ce qu'on peut en savoir) dépasse la fiction : le château de La Tour-d'Aigues a été dès ses débuts et tout au long de son histoire une œuvre exceptionnelle.

1. Les origines.

Vue aérienne rapprochée, façade sud, prise du sud-est.Vue aérienne rapprochée, façade sud, prise du sud-est. Façade sud, vue d'ensemble.Façade sud, vue d'ensemble.

Qualifié tantôt de "tour romaine",tantôt de "forteresse des comtes de Forcalquier", le puissant donjon qui occupe le centre du château a pu passer pour l'édifice éponyme de La Tour-d'Aigues. Cette opinion ne résiste pas à l'analyse archéologique de la construction et de son site d'implantation. Le château est en effet situé à l'écart - bien que proche - du village, sur un élément de relief autonome, aujourd'hui masqué par les terrassements des XVe et XVIe siècles, mais dont on peut imaginer la configuration naturelle grâce aux relevés des sous-sols et des conduites forcées des moulins aménagées sous la place Jean-Jaurès. Cette dernière résulte, semble-t-il, du comblement d'un petit vallon qui séparait autrefois le village du donjon établi sur un mamelon rocheux (encore partiellement visible) autour duquel furent probablement creusés les premiers fossés défensifs. Une telle disposition ne correspond évidemment pas à ce qu'on attend d'une fortification seigneuriale ayant donné naissance à une agglomération et dont l'emplacement doit être cherché au point de départ - centre ou sommet - du développement urbain.

C'est dans le noyau initial du village, dans le quartier dit du Château vieux, qu'il faut placer la turris Barangarii mentionnée dans un acte de 1018. Coincé entre le rebord escarpé de la falaise et les constructions serrées de l'agglomération, ce premier château fut par la suite abandonné faute de pouvoir s'agrandir et remplacé par le donjon de l'actuel édifice. On trouve là un exemple remarquable par sa précocité d'un phénomène peu fréquent : les autres cas connus de déplacement de la résidence seigneuriale (Lourmarin, Villelaure, Grambois, Cucuron, Vitrolles, Sannes) intervinrent dans un tout autre contexte, celui de la progressive démilitarisation des demeures nobles à partir de la Renaissance. A quelle date eut lieu ce transfert à La Tour-d'Aigues? La vraisemblance invite à situer l'événement à l'époque du grand développement de l'architecture castrale, donc pas avant la fin du XIIe siècle ; l'histoire suggère pour sa part de le faire coïncider avec l'établissement à La Tour-d' Aigues de la puissante dynastie des Sabran, au début du XIIIe siècle ; l'examen des vestiges conservés l'amène plus bas encore dans le temps, vers le début ou le milieu du XIVe siècle. Donjon, façade sud.Donjon, façade sud.

Belle construction de plan carré, comprenant deux étages voûtés sur un rez-de-chaussée plafonné et clos, le donjon de La Tour-d'Aigues s'apparente directement à celui de Pertuis, que les textes permettent de dater de la fin du XIIe siècle. Mais le magnifique parement à bossages rustiques dont fut revêtu l'édifice le rapproche d'ouvrages de beaucoup postérieurs, comme le château d'Ansouis et la seconde enceinte urbaine de Cucuron (XIIIe siècle?), la tour de l'Abbé à Montmajour et la tour de Philippe-le-Bel à Villeneuve-lès-Avignon (XIVe siècle). Et c'est à des réalisations de la seconde moitié du XIVe siècle (enceintes d'Ansouis et de Pertuis) que peut être comparé le mâchicoulis monumental que les vues anciennes nous montrent couronnant le donjon et dont deux pierres fortuitement découvertes dans les ruines ont permis de reconstituer avec exactitude le décor trilobé et chanfreiné. La documentation écrite, très parcimonieuse, ne fournit qu'un terminus encore plus tardif : l'appellation de Torre blanca, "tour blanche,- c'est-à-dire « neuve »-, donnée au château et, par extension, au village dans deux documents rédigés en 1395 et 1396.

2. Le château de Fouquet et Raimond d'Agoult.

La lignée des Sabran de La Tour d'Aigues s'étant éteinte dans le premier quart du XVe siècle, le château et la seigneurie échurent à Fouquet d'Agoult. Celui-ci était alors très jeune, mais, héritier d'une illustre famille, profita des perturbations économiques de son époque et des largesses des comtes de Provence - notamment du roi René, dont il fut le chambellan et l'ami - pour amasser une fortune foncière (plus de trente seigneuries) et mobilière considérable avant de mourir presque centenaire en 1491.

On ignore bien entendu dans quel état Fouquet trouva le château lorsqu'il en prit possession vers 1420, mais il ne fait pas de doute qu'au cours de sa longue existence, il y fit faire d'importants travaux. L'inventaire de sa succession dressé en 1491 lui attribue nommément la construction des deux tours rondes situées aux angles nord-ouest et nord-est (alors achevées depuis peu). Il faut par ailleurs mettre à son actif les gigantesques travaux hydrauliques qui drainèrent l'eau des sources de Mirail et des Hermitans (au pied du Lubéron) par l'intermédiaire des étangs de la Bonde et de La Tour d'Aigues jusqu'aux douves du château et aux moulins établis en contrebas.

Façade nord.Façade nord. Façade nord, tour nord-ouest.Façade nord, tour nord-ouest.

Fouquet d'Agoult fut en effet le premier seigneur à disposer des moyens financiers et, surtout, juridiques- par la possession simultanée des seigneuries de La Tour, Cabrières, La Motte, Saint-Martin et Peypin-d'Aigues à partir du milieu du XVe siècle - nécessaires à cette réalisation. Un tel ouvrage donne la mesure des capacités et de l'ambition du baron de La Tour d'Aigues, dont la demeure accueillit, si l'on en croit les noms donnés à deux des chambres du château en 1491, les souverains provençaux. A partir de là, on peut avec vraisemblance faire de Fouquet d'Agoult le promoteur de l'édifice actuel : à son instigation, le grand plan orthogonal, obtenu par l'adjonction au corps de logis oriental (manifestement le plus ancien, par son irrégularité de tracé comme par l'appellation des pièces qu'il contenait) de deux ailes en retour au nord et à l'ouest, et les larges douves qui, dès 1491, entouraient l'ensemble sur trois côtés, auraient dans le courant du XVe siècle remplacé un plan initial peut-être moins vaste et moins régulier et les fossés secs du château médiéval.

A Fouquet d'Agoult, mort sans héritier direct légitime, succéda son neveu Raymond d'Agoult. Celui-ci se borna, semble-t-il, à parachever l’œuvre de son oncle par quelques réalisations de détail - construction d'un nouveau cellier, achèvement de la chapelle neuve, complément d'ameublement. Après son décès en 1503, un nouvel inventaire fut rédigé, qui, confronté à celui de 1491, permet de retracer un schéma de l'édifice sans doute imprécis - voire hypothétique parfois - mais suggestif et incontestablement précieux en l'absence de tout autre moyen d'information.

A la fin du XVe siècle, le château de La Tour-d'Aigues présentait, à peu de chose près, l'étendue et la disposition qu'on lui voit encore. Protégé sur trois côtés par des douves, il surplombait à l'est, dominant le cours de l'Eze, une falaise qu'il avait fallu parementer et soutenir par des ouvrages dont il reste quelques vestiges dans les caves de la terrasse ajoutée par la suite. L'accès se faisait du côté méridional par un pont (probablement un pont-levis) jeté sur le fossé. A l'intérieur du quadrilatère ainsi défini, les bâtiments formaient quatre ailes - une aile centrale et trois ailes latérales est, nord et ouest - reliées les unes aux autres, entourant une grande cour au sud et une petite cour ou ciel-ouvert au nord.

L'aile centrale se composait du donjon, auquel était adossé au nord, avec deux petits retours à l'ouest et à l'est, un bâtiment aujourd'hui détruit dont l'élévation (deux étages carrés au-dessus du soubassement rocheux qui enveloppe le donjon) a laissé des traces sur le mur nord du même donjon, mais dont la profondeur reste incertaine : était-elle limitée au soubassement rocheux parementé ou s'étendait-elle au-delà, jusqu'au vestige de mur qu'on voit plus au nord, fermant un espace pavé comme la cour? Cette seconde solution paraît plus conforme au texte de 1503, qui place au rez-de-chaussée de ce bâtiment, au-dessus du cellier neuf creusé dans la cour, le four avec son fournil et la chambre du cuisinier. Le rez-de-chaussée du donjon contenait le grand cellier. Au premier étage se trouvaient la chambre de Fouquet d'Agoult devenue en 1503 celle de Louise d'Agoult (dans le donjon), une garde-robe contiguë et l'appartement de Mme de Rognes (Marie Saure, maîtresse de Fouquet) composé de trois chambres en enfilade, l'une servant de cabinet de toilette, la seconde de chambre d'apparat et la troisième de chambre de service ; au second étage, la grande garde-robe (dans le donjon), la petite garde-robe et l'armurerie.

Un petit corps de bâtiment reliait l'aile centrale à l'aile orientale et contenait au rez-de-chaussée un vestibule (bardat), où s'ouvrait la grande porte d'entrée surmontée d'une horloge avec son clocheton, et la chambre du maître d'hôtel. C'est apparemment là qu'était situé l'escalier principal (en vis, dans une tour hors-œuvre ou demi-hors-œuvre?) dont un piédroit de porte, conservé à un mètre au-dessus du sol du couloir actuel reliant cour d'honneur et arrière-cour, pourrait constituer un reste.

L'aile orientale avait, semble-t-il, à peu près le même développement qu'aujourd'hui : des vestiges de baies chanfreinées et des croisées murées apparaissent encore sur la façade est, à partir de la seconde travée moderne avant le pavillon, soit à une quinzaine de mètres en deçà de l'emplacement présumé de l'ancienne douve. Cette aile, qui présente de nombreuses traces de reprises (ruptures d'alignements, collages, modénatures diverses, chanfreins), fut probablement le plus ancien corps de logis bâti après le donjon. A la fin du XVe siècle déjà, elle devait représenter le fruit de plusieurs campagnes de construction et de remaniement, la dernière en date n'ayant été achevée qu'entre 1491 et 1503 (chapelle dite " neuve », non encore meublée en 1491). On y trouvait successivement du sud au nord : au rez-de-chaussée deux chambres, la salle « des Sangliers » avec sa dépense contiguë, une autre chambre, la salle « vieille » et la chapelle "neuve" ; à l'étage, l'appartement de Raymond d'Agoult composé de trois chambres et d'un bureau (studium), la chambre des « étuves », deux autres chambres et une garde-robe (chapelle "vieille"), ces dernières desservies par un "corridor" dans lequel il faut peut-être voir une galerie longeant la façade ouest de l'aile entre l'escalier principal et l'aile nord.

L'aile septentrionale entre les deux tours rondes, probablement bâtie par Fouquet d'Agoult en une seule campagne, était un grand corps de logis homogène comprenant au rez-de-chaussée trois chambres, à l'étage la grande salle "des Cerfs" et les chambres "du Roi" et "de la Reine", dans les combles des greniers, le tout desservi par un escalier situé, selon toute apparence, au milieu de l'aile.

L'aile occidentale était formée d'une succession de bâtiments de service de dimensions et de hauteurs diverses, où l'on trouvait du nord au sud la lingerie, l'appartement des fermiers, la cuisine, l'office et la bouteillerie au rez-de-chaussée et trois chambres à l'étage. Un puits - celui qui existe encore? - était appuyé contre la façade de la cuisine.

Les inventaires nous renseignent peu sur le décor intérieur. Tout au plus arrive-t-on à savoir que certaines pièces (20 au total) possédaient une cheminée. L'appellation donnée aux deux grandes pièces de réception, la salle "des Cerfs" et la salle "des Sangliers", suggère que celles-ci étaient peut-être ornées de peintures murales représentant des scènes de chasse. La chambre de Fouquet d'Agoult, au premier étage du donjon, a conservé des lambeaux d'un décor mural peint : une frise d'écussons armoriés (trop abîmés pour pouvoir être identifiés) d'environ 1,10 m de hauteur couronnant les quatre parois de la pièce. Cette frise est manifestement antérieure aux remaniements du XVIe siècle, qui ont bouleversé la disposition des étages, mais elle n'appartient pas pour autant à l'état originel. On observe en effet qu'elle a été peinte après la destruction du berceau couvrant initialement cet étage, sur l'arrachement conservé de la voûte et sur un bandeau enduit établi au-dessus. Le décor serait donc contemporain du remplacement du berceau par un plafond, lui-même probablement effectué lors de la construction du corps de logis adossé au nord du donjon, avant 1491. On ne peut dater plus précisément, encore qu'il soit tentant d'attribuer de tels travaux à Fouquet d'Agoult. D'autres vestiges de peintures murales apparaissent sur les murs de la même chambre : motifs encadrés et soulignés de bandes blanches, rouges, noires et ocres (faux appareil?), pour la plupart illisibles à l'exception des rinceaux et des quatre-feuilles ornant l'intrados de l'embrasure de la porte d'entrée primitive. Exécutées sur un badigeon léger recouvrant le parement en petit appareil avec joints au fer, ces peintures accompagnaient la voûte en berceau brisé ; elles appartenaient donc au premier état du donjon et pourraient remonter au XIVe siècle.

L'édifice renfermait un mobilier considérable en nombre et en valeur, d'ailleurs sensiblement augmenté entre 1491 et 1503. Notons seulement, parmi les objets précieux ou insolites, un grand miroir, une bibliothèque de 36 volumes et deux écritoires dans l'appartement de Louise d'Agoult ; un astrolabe en laiton ; quelques couleuvrines parmi les 430 pièces d'armement entreposées dans l'armurerie ; 56 pièces d'argenterie pesant en tout 26,5 kg à l'office ; une peinture sur toile, un petit retable de bois peint et trois tableaux sous verre dans la chapelle ; un grand buffet à deux compartiments et crédence en noyer sculpté aux armes du roi René et une table en noyer de 7,50 m de long dans la salle "des Cerfs" ; des tapisseries enfin, presque toutes rangées dans la grande garde-robe (61 pièces) - seules les chambres de Fouquet et de Raymond d'Agoult étaient tendues l'une de verdures «à ramages» ou «à la turque», l'autre de tentures «à ramages et personnages». D'importantes quantités de denrées alimentaires (grains, légumes secs, viande salée, vin et huile) et textiles (laine, chanvre) garnissaient en outre les caves et les greniers.

A cet ensemble, il faut ajouter, hors du château, la grande ferme seigneuriale située au bord de l'étang, avec ses chais, ses écuries, étables et poulaillers (2 880 ovins, 124 bovins, 250 porcs, 300 poules, 6 oies et 4 paons, 13 chevaux et 5 mulets), une autre ferme et un colombier rond - celui qu'on aperçoit, au bord de l'Eze, sur la plus ancienne vue du château -, deux moulins à farine, un moulin à foulon et un moulin à huile actionnés par l'eau des douves en contrebas du château. Autour de l'édifice, l'espace était aménagé dans un esprit très utilitaire : deux jardins clos de murs, l'un à l'ouest près de l'étang, l'autre à l'est, produisaient des fruits et des légumes ; un vignoble de 120 000 pieds en autin (palissés en hauteur) s'étendait au nord, avec une garenne et environ 60 hectares de prés sur les bords de l'Eze.

3. Le château de Jean-Louis-Nicolas de Bouliers.

A la mort de Raymond d'Agoult, l'héritage, faute de descendant, fut partagé entre des collatéraux : la sœur aînée de Raymond, Louise d'Agoult, veuve de Claude de Montauban, hérita du nom et des seigneuries de Sault et de Lourmarin ; la cadette, Jeanne, étant décédée avant 1503, l'autre part, comprenant La Tour-d'Aigues et sa vallée, revint au fils de cette dernière, François de Bouliers, vicomte de Reillanne. François de Bouliers mourut prématurément en 1511, laissant un fils, André, et une fille, Françoise, qui reçut en 1521 de son grand père la baronnie de La Tour-d'Aigues sous condition d'épouser son petit-cousin Antoine de Bouliers, héritier de la branche aînée des seigneurs de Cental et de Demont. Françoise et Antoine de Bouliers vécurent peu : décédés l'une en 1533, l'autre en 1537, ils ne laissaient qu'un fils, Jean-Louis-Nicolas, né en 1532, qui fut élevé par sa grand-mère paternelle, Mérite de Trivulce.

De 1503 à 1550 - date des premiers travaux entrepris par Jean-Louis-Nicolas - on manque de renseignements touchant le château. Il semble bien que durant cette période l'édifice ait perdu l'animation qu'il avait connue auparavant. Des trois prédécesseurs de Jean-Louis-Nicolas, le premier n'était qu'usufruitier et paraît avoir surtout résidé à Reillanne ; les deux autres moururent jeunes, après une carrière essentiellement consacrée aux guerres d'Italie. Le dernier, Antoine, accueillit cependant le roi François Ier à La Tour-d'Aigues en 1537. S'il y eut des travaux à cette époque, les archives notariales n'en portent pas trace et continuent à mentionner les anciens appartements, chambre "du Roi", salle "des Cerfs", etc. La grand-mère et tutrice de Jean-Louis-Nicolas fut peut-être plus active. Cette femme de caractère, qui géra seule, durant plus de dix ans, un patrimoine considérable et prit l'initiative du procès intenté aux responsables de l'expédition contre les Vaudois en 1545, exerça probablement, par l'éducation qu'elle donna à son petit-fils et par son administration prévoyante, une influence déterminante pour l'avenir. Jean-Louis-Nicolas avait à peine treize ans lorsque Mme de Cental - ainsi que l'appelaient ses contemporains - inaugura une série d'achats de parcelles, bâties ou non, contiguës (à l'est) au château. Ces acquisitions foncières, suivies de la démolition des constructions qui s'y trouvaient, n'avaient pour but que de protéger la demeure seigneuriale contre l'urbanisation alors intense des abords du village - Mérite de Trivulce ne fit elle-même au château que quelques travaux d'entretien et de décoration intérieure, dont témoigne la salle « grise » citée à plusieurs reprises en 1545 - mais elles permirent plus tard d'agrandir l'édifice et de le prolonger par des terrasses et des jardins.

Émancipé et envoyé à la cour de France en 1548, Jean-Louis-Nicolas de Bouliers découvrit les grands châteaux de Paris et d'Ile-de-France, notamment ceux du Louvre et d'Écouen - il fit partie de l'entourage des Montmorency - encore en construction, et s'enthousiasma pour l'architecture nouvelle. Dès son retour à La Tour-d'Aigues en 1550, il entreprit de transformer et de moderniser la demeure, maintenant bien démodée, de ses aïeux et ouvrit un chantier qui allait durer plus de vingt-cinq ans. La récente thèse de J.-J. Gloton a bien montré à quel point, de 1550 à 1573, les réalisations de Pierre Lescot au Louvre et de Bullant à Écouen avaient marqué le goût de Jean-Louis-Nicolas et influé sur la conduite des travaux. Mais l'étude détaillée des ruines et la connaissance de l'état antérieur font aussi clairement apparaître les limites et les déformations imposées à l'imitation de ces chefs d’œuvre par le site et les constructions préexistantes de La Tour-d'Aigues.

Pour le plan, Écouen offrait dès 1550 un modèle parfait que Jean-Louis-Nicolas imaginait sans doute pouvoir reproduire sans difficulté : une cour carrée entourée par trois ailes homogènes et deux pavillons encadrant une galerie percée au centre d'un corps de passage monumental. Parti simple, en effet, auquel invitait apparemment la disposition de l'édifice. Deux ailes existaient déjà, qu'il suffisait de rhabiller et de compléter par une troisième, à l'ouest, à l'emplacement des communs. Mais cette solution se heurtait à des contraintes importantes. Il ne pouvait être question ni de déplacer les douves - surtout au sud, à cause des canalisations des moulins - , ni de détruire le donjon, colossal obstacle matériel et symbole intangible de la puissance seigneuriale. On résolut donc de sacrifier l'arrière-cour et de la masquer par deux courtes ailes centrales encadrant le donjon, à la manière du pavillon du Roi au Louvre. Restait une cour d'honneur beaucoup trop exiguë (environ 20 m sur 30 m) pour permettre la construction des deux pavillons et de la galerie et donner à l'ensemble, écrasé par la masse du donjon, des proportions plus acceptables : il fallut empiéter sur la douve méridionale, dont la largeur fut réduite de 8 mètres.

Ce programme fut sans doute défini dès 1550. Mais par qui ? Les documents, assez abondants, ne livrent aucun nom d'architecte - à l'exception d'Ercole Nigra, qui, né en 1541, n'intervint qu'à la fin du chantier (à partir de 1566). D'après les textes, au contraire, les maçons - tout au moins l'un d'eux, Nicolas Laurent, en 1566 - auraient exécuté eux-mêmes les dessins des portions d'ouvrage qu'on leur confiait. Il n'est pas impossible qu'un projet général ait été établi, à la demande de Jean-Louis-Nicolas, par un architecte parisien (J.-J. Gloton attribue précisément ce projet à l'atelier de Jean Goujon) ; à moins d'admettre - et pourquoi pas ? - que le baron de La Tour-d'Aigues ait assumé directement le rôle de concepteur et de maître d’œuvre : ce que tendrait à prouver le parti-pris systématique d'imitation qui servit de base au projet. Les changements de parti, les maladresses et irrégularités qu'on constate dans l'exécution paraissent refléter une certaine incohérence dans la conduite du chantier. Mais de tels défauts et repentirs n'ont rien d'exceptionnel à cette époque et doivent beaucoup, de surcroît, aux difficultés financières - quoique riche, Jean-Louis-Nicolas ne pouvait comparer ses revenus à ceux du connétable de Montmorency, encore moins du roi de France- qui obligèrent le commanditaire à allonger la durée du chantier et à conserver la quasi-totalité du bâti préexistant.

Pavillon sud-ouest, vue géométrale sud.Pavillon sud-ouest, vue géométrale sud. Pavillon sud-ouest.Pavillon sud-ouest.

Une série, malheureusement incomplète, de prix-faits et de quittances échelonnés de 1550 à 1577 permet d'entrevoir le déroulement chronologique des travaux. La première tranche débuta en 1550 : le 13 février, on note la présence au château d'un tailleur de pierre de Grignan, maître Didier Gautier ; le 17 décembre, maître Jacques Jehan dit «le Goujard>>, maçon de Pertuis établi à La Tour-d'Aigues, reçut quatre écus d'or "... en deduction du pris et somme que se monte le pris-faict des cornisses et aultres ouvraiges que le dict maistre Jacques Jehan a prins à faire et ediffier au dict seigneur ". L'imprécision et le laconisme des termes de cette quittance, comme ceux de la quittance finale du 27 juin 1558, qui se contente d'évoquer en bloc "... tous et chascuns les bastimens, ediffices et aultres choses que le dict Jacques Jehan à faictes ...de tout le passé jusque ad ce jourd'huy ..." empêchent d'apprécier la nature et l'étendue des travaux. De la durée de cette campagne (huit années) et des données plus précises qu'on possède sur la poursuite ultérieure du chantier, on peut cependant déduire qu'ils intéressèrent sûrement l'aile occidentale, édifiée à l'emplacement des anciens bâtiments de service ; peut-être aussi une partie des vieilles façades (aile septentrionale ?) qui furent rhabillées et harmonisées, par placage d'éléments décoratifs, avec les nouvelles.

Jacques Jehan n'avait pas encore terminé cet ouvrage lorsqu'il fut chargé, en 1555, d'entreprendre le pavillon sud-ouest et les caves qui, bâties dans les anciennes douves, serviraient ensuite de soubassement à la galerie et au portail d'entrée. La quittance du 27 juin 1558 excepte très expressément du compte réglé ce jour-là entre le maçon et Jean-Louis-Nicolas la commande du pavillon, encore inachevé, et deux autres prix-faits concernant l'un la chapelle Saint-Christophe (à 300 m au nord du château), l'autre la nouvelle cuisine et une cave que des textes - très postérieurs, il est vrai - invitent à situer dans l'aile septentrionale.

Entre 1558 et 1566, les archives notariales, notre unique source, restent presque muettes, comme si le chantier avait connu là un moment de répit. La guerre, active dans la région entre 1559 et 1562, aurait-elle interrompu la construction ? Quelques actes signalent cependant la présence au château, entre 1559 et 1566, du peintre Imbert Marechet originaire de Lyon, établi depuis 1547 à Aix-en-Provence qu'il quitta en 1576 pour la Suisse. Engagé comme intendant par Jean-Louis-Nicolas, Imbert Marechet participa peut-être à la décoration intérieure de l'édifice : son séjour paraît correspondre à une phase d'aménagement des bâtiments précédemment achevés, dont témoigne l'achat, le 28 août 1564, de 800 quintaux de plâtre à deux fabricants de La Bastide-des-Jourdans. La chambre "dorée", du seigneur où fut passée le 9 septembre 1566 la quittance finale de la gestion du peintre intendant fut probablement l'un des résultats de cette campagne de finitions.

En 1566, les travaux reprirent, cette fois dans la partie orientale du château. Jacques Jehan étant alors accaparé par le chantier litigieux de l'église de Grambois, un maçon d'Aix, maître Nicolas Laurent, reçut le 9 février la charge de construire " ... sus le coing de son chasleau... , du costé des molins, ung pavilhon à cinq estages comprenent les premiers offices qui seront dans terre ... , et seront les murailhes du dict pavilhon faictes c'est des diets costés de la basse court et de la dicte place devant le dict chasteau le caraige sive devant d'icelles seullement de pierre de taille et des autres costés de pierre de pestoyre (blocage), sauf les cantons que seront aussi faicts de pierre de taille à bosse rustique, le tout suyvant l'ordre du reste du dict chasteau et selon le portraict que le dict maistre Nicolas en a baillé au dict seigneur, saulf qu'il ne fera pas les tables d'estente (tables d'attente) que sont au dict portraict... ". En même temps que le pavillon, l'entrepreneur devait achever la grande terrasse précédemment commencée le long de l'aile orientale. La rénovation de l'aile orientale avait donc été entreprise avant 1566 : la construction de la terrasse suppose celle des caves - qui n'existaient pas auparavant - situées sous ce corps de bâtiment. C'est vraisemblablement pour la partie complémentaire de cette même aile, faisant le lien entre la partie préexistante et le pavillon, que Jean-LouisNicolas commanda le 21 juillet 1566 à Mary Jehan, fils de Jacques, « ... deux croysieres et une luquerne de tailhe de pierre blanche de la mesme quallité et façon que sont celles de la salle neufve du cbasteau du dict seigneur, excepté la grande cornisse qu'est entre la luquerne et la croysiere du millieu, et ce toutes overtes et aupres de celles de la dicte salle neufve..."· Commande destinée, semble-t-il, à la façade est de l'aile, dont les encadrements de baies seuls furent traités en pierre de taille. La référence aux baies du pavillon, dont la salle "neuve", occupait le premier étage, suggère que le reste de cette façade n'avait pas encore été remanié. Le pavillon sud-est fut achevé en novembre 1566, dans les délais prévus malgré l'important surcroît de travail imposé à l'entrepreneur par la nécessité d'asseoir la construction sur trois étages de soubassement au lieu d'un seul et l'adjonction, dans l'angle rentrant entre l'aile orientale et le pavillon, d'une tourelle imitée de celles que l'on trouve dans la même position à Écouen.

Pavillon sud-est.Pavillon sud-est. Façade est, pavillon sud-est.Façade est, pavillon sud-est.

D'où viennent ces modifications par rapport au prix-fait et au modèle que constituait le pavillon sud-ouest déjà bâti ? Comme on le voit sur le plan, le second pavillon diffère du premier par son plan trapézoïdal et son implantation décalée de 4 m environ vers l'est à partir de l'axe du donjon. Une dissymétrie identique existe entre les deux ailes centrales, de part et d'autre du donjon, dont l'une, à l'ouest, mesure 8,50 m de longueur et l'autre, à l'est, 11,50 m. Or la cage de l'escalier principal contenu dans cette dernière a une longueur intérieure de 8,50 m. Il semblerait donc qu'on eût élaboré, de prime abord, un plan symétrique, qu'on aurait renoncé à suivre en1566. Mais pour quelle raison ? Une erreur de calcul d'une telle importance est difficile à admettre. Reste, seule explication plausible, la volonté de conserver l'aile orientale telle qu'elle existait déjà, avec sa largeur intérieure de 5,50 m au lieu des 8 m voulus par la symétrie, probablement pour éviter des frais et des délais supplémentaires. Cette décision, qui n'eut d'ailleurs peut-être pas toute l'incidence financière souhaitée, entraîna une distorsion du plan et de l'ordonnance du château : le pavillon sud-est, reculé au·delà du bord de la falaise, dut recevoir un soubassement plus important et une façade sur cour légèrement biaise, alignée sur celle de l'aile orientale ; l'aile de l'escalier devint plus longue que son pendant de l'autre côté du donjon ; au lieu d'un rectangle, la cour prit la forme d'un trapèze irrégulier ; le portail d'entrée ne put être placé dans l'axe du donjon. Ces défauts évidents sur le plan, sont en réalité à peine perceptibles à l’œil.

Aucun document ne permet de dater la rénovation du donjon et la construction des deux ailes qui l'encadrent. Si le changement de parti précédemment évoqué pour la partie orientale de la cour d'honneur est bien intervenu en 1566, il convient de placer après cette date la réalisation du grand escalier, dont la disposition a manifestement été calculée en fonction de la nouvelle longueur (11,50 m) donnée à la façade de l'aile à l'est du donjon, alors que les dimensions de la cage avaient été définies plus tôt - sans doute lors des remaniements exécutés avant 1566 à la partie nord de l'aile orientale - en fonction du plan symétrique primitif. On a en effet pratiqué dans l'espace de la cage trois passages d'égale largeur (2 m), soit deux volées d'escalier et un couloir d'accès à l'arrière-cour. L'excès de longueur de la cage (8,50 m) a imposé l'élargissement à 1,90 m du mur d'échiffre entre les deux volées, de façon à placer le mur qui sépare la première volée du couloir dans l'axe de la porte d'entrée (au milieu de la façade) et la seconde volée contre le donjon. On ne relève, sur le donjon, aucune trace d'une quatrième volée accédant au second étage. Faut-il imaginer un désaxement de cette quatrième volée au-dessus du mur d'échiffre ou du couloir, ou l'existence d'un autre dispositif d'accès dans le corps de logis accolé au donjon ? Quelques vestiges indiquent que les volées étaient couvertes de berceaux inclinés en brique, vraisemblablement habillés d'un décor de stuc auquel appartenaient peut-être les morceaux de corniches à cannelures rudentées trouvés dans les déblais du repos.

Donjon, façade est, escalier.Donjon, façade est, escalier. Donjon, façade est, escalier.Donjon, façade est, escalier.

Les travaux du donjon et de l'aile située à l'ouest pourraient avoir été réalisés avant l'escalier. Dans le premier, on remania les niveaux, on éventra la façade pour y ouvrir deux travées de croisées, on bûcha le parement pour en faire saillir les nouveaux bossages des angles et on coiffa probablement le sommet d'un toit à quatre pans avec des lucarnes, de façon à donner à la vieille tour médiévale l'allure d'un pavillon (le soubassement à bossages en table, le balcon et le dôme avec son lanternon sont vraisemblablement des adjonctions du XVIIe siècle). L'aile contiguë à l'ouest, de très petites dimensions (8,50 m sur 3,50 m), n'avait qu'un rôle décoratif et accessoirement de passage. Les traces d'ancrage encore visibles sur le donjon montrent qu'elle ne fut couverte que d'un toit en appentis. Telle qu'on peut la restituer d'après les rares vestiges et les vues anciennes, l'ordonnance des trois éléments formant le côté nord de la cour paraît assez nettement inspirée de celle du Louvre de Pierre Lescot, auquel sont empruntés les avant-corps à deux niveaux qui ornent les ailes. Toutefois la disposition des lucarnes et la modestie du décor sculpté trahissent ici encore l'influence d'Écouen, où l'on trouve, à l'aile nord, un double avant-corps d'esprit très proche. La référence au Louvre et le style très classique des façades invitent à situer l'élaboration de l'ensemble au cours de la première tranche des travaux, avant 1566, même si, pour des raisons purement matérielles, la réalisation n'en fut achevée qu'après.

Périmètre intérieur, côté sud, vue d'ensemble.Périmètre intérieur, côté sud, vue d'ensemble. Périmètre intérieur, galerie côté est.Périmètre intérieur, galerie côté est.

Le dernier prix-fait concernant le gros-œuvre fut passé le 4 novembre 1566, lorsque Jean-Louis-Nicolas confia à un artisan venu de La Roche-des-Arnauds (près de Gap, dans les Hautes-Alpes), Barthélemi Coutin, la facture du toit d'ardoise en poivrière, haut d'une dizaine de mètres, couvrant la tour de l'angle nord-est. La conclusion de ce contrat implique l'achèvement du rhabillage des bâtiments médiévaux (à l'exception de l'aile orientale qui fut la dernière traitée) et surtout le début de l'aménagement, dans la tour nord-est, de la chapelle. Le plan exigu et circulaire de la tour imposait d'étroites contraintes à cet aménagement, dont l'architecte - était-ce déjà Ercole Nigra, dont la présence à La Tour-d'Aigues est attestée à partir d'avril 1566? - sut tirer un parti étonnant. L'espace couvert d'une coupole, agrandi par le creusement dans l'épaisseur des murs de quatre petits bras donnant à l'ensemble la forme d'une croix grecque, fut entièrement habillé de stuc : ordre colossal de pilastres corinthiens encadrant des travées de niches en cul-de-four et de cadres au niveau inférieur, riche décor de panneaux moulurés rehaussés de frises et de motifs (feuillages, rosaces, masques) en relief sur les voûtes des bras, médaillons elliptiques frappés du monogramme de Jean-Louis-Nicolas sur les pendentifs, puissante corniche annulaire à modillons au-dessus, ordre de colonnettes alternant avec des baies ouvertes ou aveugles et des trumeaux sur le tambour, bandes concentriques de caissons carrés ornés de cinq feuilles sur la coupole. Œuvre d'ornemaniste plus que de sculpteur, le décor donne à la chapelle une incontestable originalité par rapport aux œuvres illustres qui ont pu servir ici de modèles, la chapelle d'Anet pour la disposition générale et l'ordonnance, l'escalier Henri II du Louvre pour le caissonnage des voûtes, la galerie Henri II de Fontainebleau pour les monogrammes, etc. N'étaient le plan cruciforme, la couverture en coupole et la forme particulière des baies - inscrites à l'extérieur dans des chambranles identiques à ceux des autres façades - , on pourrait s'interroger sur la destination d'un ouvrage aussi délibérément profane dans son ornementation. Des textes du XVIIIe siècle nous révèlent qu'à cette époque, la chapelle du château comprenait, outre ce volume exigu contenu dans la tour et servant de chœur, une pièce plus vaste, contiguë, dans l'aile septentrionale, servant de nef. En était-il déjà ainsi au XVIe siècle? Rien ne permet de l'affirmer.

Après 1566, les textes ne contiennent plus que des commandes de matériaux et d'éléments de finition (tuiles, bois de charpente, serrurerie), mais font état à plusieurs reprises de l'intervention d'un architecte, Ercole Nigra. Ce dernier reçut du baron le 21 octobre 1570, 50 écus "... pour ses estal et saleres durant le temps qu'il l'a servi pour architecte ..." et le 31 mars 1572 des terres situées à Festerne Forese, en Piémont, en remerciement des services rendus «... puys quelques années en çà qu'il l'a servi en l'art d'architecture et conduite du bastiment qu'il faict fere en son chasteau...». Sujet piémontais - originaire de Centallo,près de Cunéo - de Jean-Louis-Nicolas, Ercole Nigra était alors au tout début d'une longue carrière consacrée pour l'essentiel à l'architecture militaire, mais son rôle à La Tour-d'Aigues paraît avoir été important si l'on en juge par les textes déjà cités et par la notoriété dont il jouit ensuite. Il est tentant, et somme toute vraisemblable, d'attribuer à ce jeune architecte non seulement la conduite des travaux après 1566, mais encore la conception des derniers - et des plus spectaculaires - ouvrages exécutés au château : les avant-corps des ailes latérales et le portail d'entrée avec la galerie qui l'encadre.

Portail côté sud.Portail côté sud. Portail central C.Portail central C. Portail central C.Portail central C.

Les avant-corps des ailes latérales - détruits mais bien visibles sur les vues anciennes du château - ne ressemblent en rien à ceux du côté nord de la cour. Formés de quatre puissantes colonnes cannelées portant un entablement, ces membres colossaux reprennent, avec une ornementation moins chargée et des dimensions plus modestes, le parti du grand avant-corps dessiné par Bullant pour l'aile sud d'Écouen. Selon J.-J. Gloton, les deux « frontispices >> latéraux auraient été ajoutés à la composition d'ensemble par Ercole Nigra après la construction du portail d'entrée. Mais on ignore en quel état se trouvaient les façades latérales sur la cour en 1571 - les aurait-on laissées inachevées pendant si longtemps après la construction de l'aile occidentale (1550-1555) et le remaniement de l'aile orientale (commencée en 1566)? ou bien avaient-elles reçu une ordonnance et un décor semblables à ceux des ailes encadrant le donjon ? - et on peut tout aussi bien placer leur construction entre 1566 et 1570, au début de l'intervention d'Ercole Nigra.

Pour les avant-corps, l'architecte s'était en effet contenté d'imiter ce que Bullant avait fait à Écouen. Pour le portail au contraire, il innova, à la fois sur le plan de la structure et du décor : ouvrage d'esprit complètement différent du reste du château et dont il faut chercher l'inspiration dans les monuments antiques de Provence (le pont de Saint-Chamas d'après Gébelin, également l'arc de triomphe d'Orange d'après J.-J. Gloton). Pour la galerie elle-même, le dispositif à double niveau d'Écouen fut simplifié et remplacé par un seul étage surmonté d'une terrasse.

Il ne reste aujourd'hui de cette galerie que le mur aveugle surplombant la douve méridionale et d'infimes vestiges accrochés aux façades des pavillons. L'un des dessins exécutés par Jacques Rigaud dans la première moitié du XVIIIe siècle nous montre, de part et d'autre du corps de passage, une succession de quatre arcades séparées par trois piliers ornés chacun d'un pilastre cannelé. Cette ordonnance ne correspond pas à celle que suggère l'existence, dans la cave située sous la galerie, de piles de soutien ajoutées sous la voûte : deux séries de trois arcades séparées par des piles larges à double colonne, identiques à celles qui apparaissent, encadrant le corps de passage, sur le dessin de Rigaud. On note encore une autre contradiction dans la présence simultanée d'arrachements d'une voûte en maçonnerie sur la façade du pavillon sud-ouest et de traces verticales régulières d'ancrage d'une charpente sur le mur méridional de la galerie.

Veue et perspective d'une partie de la grande cour de la Tour d'Aygues prise du balcon du grand pavillon.Veue et perspective d'une partie de la grande cour de la Tour d'Aygues prise du balcon du grand pavillon.

Tout cela amène à supposer, ici encore, un changement de parti. Un premier dispositif à travées rythmiques de trois arcs de chaque côté du passage - peut-être inspiré des façades sur cour du château d'Ancy-le-Franc, repris et réalisé au château de Villelaure - aurait été prévu d'abord et amorcé lors de la construction du pavillon sud-ouest et de la cave sous-jacente. Pour une raison inconnue- désir de simplification, changement de style? - ce projet aurait été abandonné par la suite et remplacé par celui que figure le dessin de Rigaud. Dans le nouveau dispositif, les piles légères ne reposaient plus sur les supports situés dans la cave et ne pouvaient soutenir une voûte en maçonnerie. On couvrit donc la galerie d'un berceau en bois enduit et stuqué : les tirants en fer ancrés dans le mur méridional pour étayer cette voûte et représentés sur les vues anciennes ont laissé des traces visibles dans le mur ; le berceau en charpente et gypserie "... de la gallerie du chasteau de La Tour-d'Aigues ..." fut donné comme modèle de référence au gipier aixois Bernard Laugier chargé en 1600 de voûter la chapelle des Pénitents blancs de Pertuis.

Derniers textes concernant la construction de l'édifice : pour les toitures, une commande, le 14 juillet 1570, de trente mille tuiles plates "envernissées de noyr" et percées d'un trou de fixation révèle que le baron, renonçant à l'ardoise trop coûteuse (il fallait la faire venir des Alpes avec les artisans capables de la mettre en œuvre), avait décidé de recourir à une imitation en terre cuite fabriquée sur place ; pour les charpentes et planchers, deux achats, en 1571 et 1573, de pièces de sapin et de mélèze à des bûcherons haut-alpins exploitant les forêts de l'abbaye de Boscodon, près d'Embrun, et expédiant le bois par radeaux sur la Durance ; pour les finitions intérieures, enfin, le prix-fait passé le 14 janvier 1577 entre Jean-Louis-Nicolas et un serrurier de Grambois, Jacques Niel, pour la confection des "... sarreures, fiches, gonds et aultres ferramentes necessaires et qu'il sera de besoing au dict seigneur pour fermer toutes et chacunes les salles, chambres et aultres instances qui sunt encores à fermer dans son chasteau ...". Le nouveau château était, semble-t-il, entièrement achevé et meublé lorsque la reine Catherine de Médicis, lors de son voyage en Provence en 1579, y fit un court séjour.

Hormis la chapelle, on ignore tout de la distribution et du décor intérieurs.

4. Le château des ducs de Lesdiguières.

Jean-Louis-Nicolas de Bouliers mourut le 26 septembre 1584 sans descendance et sans héritier désigné. A la faveur des guerres de la Ligue, plusieurs prétendants à la succession se disputèrent son héritage, occupant tour à tour le village et le château. Chrétienne d'Aguerre, veuve de François-Louis d'Agoult-Montauban - descendant direct de Louise d'Agoult - parvint à s'imposer et transmit ses droits à son fils - né d'un premier mariage - Charles de Créquy, devenu par son mariage duc de Lesdiguières. Les descendants de ce dernier, François (mort en1638), François-Emmanuel (maréchal de France, mort en 1687) et Jean-François·Paul (mort en 1703) vinrent à bout des ultimes contestations - closes en 1655 seulement - et firent du château l'une de leurs résidences préférées.

On connaît, par le récit qu'en fit un hôte et témoin, en 1675, l'ambiance galante et mondaine des séjours estivaux des ducs de Lesdiguières. On sait aussi que le château accueillit le cardinal Barberini - neveu du pape Urbain VIII - en exil. Les textes restent en revanche très discrets sur les travaux et aménagements exécutés à cette époque, que l'analyse archéologique et quelques documents postérieurs permettent seuls d'entrevoir.

C'est en effet aux Lesdiguières qu'il convient d'attribuer :

- 1° Le dôme sur plan carré, surmonté d'un double lanternon, qu'on voit couvrant le donjon sur les anciennes représentations du château. Encore inusité du temps où Jean-Louis-Nicolas transformait l'édifice, ce type de couverture connut une grande vogue durant tout le XVIIe siècle et fut substitué, pour des raisons que nous ignorons, à la toiture à quatre pans qui devait exister auparavant. On conserva, semble-t-il, les lucarnes du XVIe siècle : celle de la façade servit de cadre à la montre de l'horloge.

Donjon, soubassement, façade sud.Donjon, soubassement, façade sud. Donjon, façade est, collage escalier.Donjon, façade est, collage escalier.

- 2° Le soubassement à bossages en tables et le balcon porté par des consoles partiellement conservés à la base du même donjon. Solidaires l'un de l'autre, tous deux ont manifestement été plaqués contre la façade - remplaçant, probablement, un décor plus simple : mur nu avec cordon mouluré et bossages d'angle, comme sur les pavillons - ; ils introduisent une discordance dans l'ordonnance de l'édifice par la maladresse d'exécution de l'ancrage du nouveau parement et l'introduction d'éléments étrangers au parti d'ensemble. Ce type de décor présente en revanche une forte parenté de style avec les soubassements (hôtel de la Monnaie à Avignon) et les balcons (palais épiscopal de Carpentras) utilisés par les architectes régionaux dans la première moitié du XVIIe siècle.

- 3° La remarque vaut également pour les deux balcons placés en avant de la fenêtre sur cour du premier étage des pavillons. Les façades ont visiblement été remaniées pour permettre l'insertion de deux consoles d'appui - semblables à celles du balcon du donjon - et la mise en communication des balcons avec la terrasse surmontant la galerie. Sur le pavillon sud-ouest, le balcon a été supprimé probablement au début du XVIIIe siècle.

- 4° Les tableaux carrés en stuc, contenant des lettres entrelacées et entourées de rameaux de feuillage, qui ornaient la rampe du balcon et la façade du donjon et dont six (sur seize) existent encore partiellement. Les lettres figurées, le C de Créquy, le L (sous forme de lambda) et le D de Lesdiguières (jadis en deux mots) ont longtemps été mal lues, attribuées à Jean-Louis-Nicolas de Bouliers et interprétées de façon fantaisiste. Elles accompagnaient les blasons sculptés dans de grands tableaux au sommet de la façade du donjon. Telles que les montrent les dessins anciens, ces armoiries, bien que difficiles à lire, doivent être identifiées comme celles des Créquy-Lesdiguières (branche aînée), avec leurs quatre quartiers où figurent le créquier de Créquy, les lions léopardés de Bonne-Lesdiguières, les pals de Vesc-Montlaur et le loup d'Agoult.

Donjon, façade sud, premier niveau, tableau stuqué.Donjon, façade sud, premier niveau, tableau stuqué. Donjon, façade sud, troisième niveau : tableau stuqué.Donjon, façade sud, troisième niveau : tableau stuqué.

- 5° D'autres tableaux armoriés, portant tous la même quadri-partition caractéristique, ornaient encore les façades des avant-corps latéraux et la souche des cheminées monumentales des pavillons. La souche conservée au haut du pavillon sud-ouest a effectivement gardé la trace d'un blason sculpté dans la pierre, mais il s'agit de l'écu, facilement reconnaissable à sa bordure componée de huit pièces, des Bouliers : le relief fut soigneusement bûché au XVIIe siècle et recouvert par les armoiries en stuc des Créquy-Lesdiguières. Il est probable que les tableaux armoriés des avant-corps et du donjon subirent le même sort.

- 6° Les peintures murales dont subsistent des fragments plus qu'à demi effacés dans la pièce du premier étage du donjon. Ces peintures constituaient un ensemble décoratif cohérent, organisé entravées incluant des tableaux et des médaillons dans une architecture en trompe-l’œil : corniche en grisaille couronnant les quatre murs, pilastres ioniques aux angles et embrasures des fenêtres, exèdres dans l'embrasure des portes. Un décor baroque exubérant de palmes, angelots, volutes, filets, coquilles agrémentait les cadres des tableaux et des médaillons représentant, semble·t-il, des scènes champêtres, galantes ou mythologiques. On y distingue des faunes, un joueur de flûte et un joueur de lyre parmi d'autres personnages aujourd'hui méconnaissables. Un visiteur du début du siècle, qui vit un état moins dégradé des peintures, évoque Pan, Cérès sur son char, les trois Grâces, des naïades, des bergers et bergères et une Folie brandissant sa marotte. Stylistiquement, ce décor paraît appartenir à la seconde moitié ou plus précisément à la fin du XVIIe siècle et avoir été conçu pour une pièce de réception - salon ou salle à manger - aux murs non masqués par le mobilier.

Donjon, premier étage, peintures murales sud, bande d'écussons, extrémité ouest.Donjon, premier étage, peintures murales sud, bande d'écussons, extrémité ouest.

Au nord du château, les ducs de Lesdiguières firent aménager un jardin à la française, avec un bassin et des parterres, sur une terrasse bordée de balustrades, soutenue à l'est par un mur qu'étayaient douze puissantes arcades. Dans le prolongement de ce mur, à l'angle nord-est du jardin, fut édifié un petit pavillon, pastiche simplifié de ceux du château - sans les bossages d'angle ni les lucarnes, qui figurent abusivement sur la plus ancienne vue du château et ne sont plus représentées sur les vues suivantes - destiné au logement du jardinier.

5. Le château des Bruny.

L'héritage du dernier duc de Lesdiguières, mort sans postérité, revint en 1718 à son cousin Louis-Nicolas de Neufville, duc de Villeroy, qui s'empressa d'en vendre une partie pour régler les dettes de la succession. C'est ainsi que, moyennant la somme de 900 000 livres, un armateur marseillais anobli, Jean-Baptiste Bruny, acquit le château et la baronnie de La Tour-d'Aigues le 7 juillet 1719.

Le nouveau seigneur, immensément riche - il possédait à Marseille un comptoir commercial très actif, deux savonneries et un vaste hôtel particulier, quelques bastides de rapport et la seigneurie et château de Saint-Cannat (Bouches-duRhône) - , entreprit aussitôt la remise en état de l'édifice vidé de la majeure partie de ses meubles et demeuré inhabité depuis une quinzaine d'années au moins. Jean-Baptiste Bruny mourut en 1723 sans avoir fini son programme de rénovation. L'inventaire mobilier dressé le 14 juillet 1723 à la demande de son fils aîné et héritier François témoigne de cet inachèvement et de la nature des travaux exécutés, qui portèrent essentiellement sur la décoration intérieure et l'ameublement. L'acte énumère et décrit 22 pièces, toutes situées dans l'aile orientale, l'aile septentrionale et le corps de logis contigu au donjon.

Dans l'aile orientale, on trouvait au premier étage une grande salle et trois chambres et, au rez-de-chaussée, une seule chambre, meublées avec un certain luxe (consoles en marbre vert, canapés revêtus de maroquin, fauteuils et chaises cannés, lits à baldaquin en noyer) et tendues de toiles peintes. L'aile septentrionale abritait au rez-de-chaussée les pièces de service - boulangerie, office, cuisine et dépenses - , à l'étage trois pièces servant de lingerie et de garde-meuble où l'on conservait l'argenterie (plats, écuelles, saucières, couverts, cafetières, chandeliers et autres, pesant au total 45 kg) et la vaisselle de porcelaine. La chapelle, à laquelle on accédait par une galerie (le "corridor" qui existait du temps des Agoult ?), ne contenait qu'un autel. Une seule chambre, dans le corps de logis du donjon, était aménagée et tapissée, les autres, sommairement meublées, devaient servir de logement provisoire aux domestiques.

Parmi les papiers du défunt rangés dans son bureau, à Marseille, furent inventoriées plusieurs quittances relatives aux travaux exécutés à La Tour-d'Aigues, dont une délivrée par un menuisier de Volonne nommé Eiries et plusieurs autres par un sieur Austric, membre d'une famille touraine qui comptait à cette date deux maîtres maçons et un menuisier. On trouva d'autre part, dans les magasins de la place de Vivaux, sept caisses de "...verreries en carreau de diverses grandeurs de Venise qui avaient été mandées pour être employées à l'usage du chateau de la Tour-d'Aigues et autres batimens ...".

François de Bruny, qui succéda à Jean-Baptiste, poursuivit la restauration. L'inventaire de sa succession atteste que le château "...inhabité depuis longues années lorsqu'il fut vendu à Jean-Baptiste Bruny, était dans un état de délabrement affreux, qu'il fut trouvé tel à sa mort, c'est-à-dire sans portes et sans fenêtres ... " et qu'il fallut refaire la quasi-totalité des menuiseries de baies. On a, grâce à cet inventaire, une idée assez précise des aménagements réalisés par le second des Bruny, qui n'était en droit que l'usufruitier du patrimoine familial : pour cette raison, le document, bien que rédigé 18 ans après la mort de François, ne prit en compte que les accroissements et améliorations apportés à ce patrimoine entre 1723 et 1772 (date du décès).

Pas plus que son père, François Bruny ne modifia l'architecture extérieure du château. L'édifice était alors célèbre et le cabaret voisin "...fort achalandé par l'affluence du monde qui venait voir le château de La Tour-d'Aigues ..."· L'intérieur, en revanche, subit quelques transformations. On cloisonna les pièces jugées trop grandes - en particulier dans les pavillons - pour y ménager des alcôves, des antichambres, des cabinets. Outre les menuiseries de baies, on refit la plupart des cheminées, sur un modèle plus petit et banalisé, à simple tablette et piédroits en marbre. Un grand pavement en carreaux de marbre alternés bleus et blancs fut retiré de la grande salle à l'étage de l'aile orientale, dont il faisait plier le plancher, et remonté dans trois pièces du rez-de-chaussée de la même aile. Dans la grande salle, on posa un carrelage de terre cuite. Quatre pièces (deux chambres et deux cabinets) reçurent un parquet et des plinthes en noyer.

Le pavillon sud-est contenait des chambres d'hôte : au rez-de-chaussée une antichambre, une chambre à coucher ornée de six tapisseries de haute lice à personnages et un cabinet tendu de brocatelle jaune ; au premier étage une chambre et un cabinet également tendus de brocatelle jaune ; au second une chambre tendue de brocatelle verte et un cabinet.

L'appartement du maître - François Bruny, puis son fils Jean-Baptiste-Jérôme - occupait tout le rez-de-chaussée de l'aile orientale : deux salons, dont un tapissé de cuir doré et de cartes géographiques, chambre tendue de damas cramoisi, galerie de peinture (34 tableaux), atelier de Jean-Baptiste-Jérôme (activité inconnue, mais témoignant d'une éducation très moderne à la Jean-Jacques Rousseau), cabinet de toilette avec baignoire ovale en marbre à canons de bronze, bureau et cabinet.

A l'étage se trouvaient l'appartement du fils du baron, composé de deux chambres, la grande salle, le garde-meuble, la chapelle. L'aile septentrionale était entièrement consacrée au service : cuisine, office, boulangerie au rez-de-chaussée, chambres de domestiques à l'étage, caves et jarrerie au sous-sol.

L'aile du donjon contenait un cellier et un débarras au rez-de-chaussée, à l'étage une grande salle à manger avec deux dépenses où étaient entreposées l'argenterie et la vaisselle (plusieurs services en porcelaine de Chine et faïence de Hollande), la chambre du portier sous l'escalier.

Dans l'aile occidentale, on trouvait, donnant dans l'arrière-cour, une autre salle à manger, la lingerie et la buanderie, à l'étage la chambre du secrétaire et la bibliothèque (dans la tour nord-ouest) contenant 982 volumes ; donnant sur la cour d'honneur, d'autres chambres et le grand appartement rouge destiné aux hôtes de marque, avec sa chambre tendue de damas contenant une grande cheminée de marbre vert de Gênes à cariatides de marbre blanc, son cabinet de toilette et son antichambre.

Le pavillon sud-ouest comportait trois appartements : au rez-de-chaussée une grande chambre tapissée de satin avec une alcôve et un petit salon tendu d'indienne ; au premier étage, la chambre de Madame avec son alcôve tapissée de damas cramoisi, une antichambre, deux cabinets dont un tendu de damas jaune et une autre chambre; au second, une chambre tapissée de satin vert et deux cabinets.

A la multiplication des pièces répondait celle du mobilier, entièrement renouvelé - les meubles de 1723 avaient été remisés au garde-meuble ou abandonnés aux domestiques. Le cadre de vie plus fragmenté, plus intime, entraînait le recours à des meubles nombreux, souvent de petites dimensions et étroitement spécialisés : beaucoup de lits pour une personne, des tables de nuit, de jeu, de toilette, des consoles, des encoignures, des étagères, des commodes, des bureaux, un grand nombre de sièges (107 chaises, 72 fauteuils, 6 canapés). L'abondance des appareils d'éclairage (lustres en cristal, flambeaux et chandeliers) et des tentures isolantes (portières, rideaux de fenêtre et d'alcôve) révèle un sens tout nouveau du confort non exempt d'un certain apparat.

Pavillon sud-ouest. Façade sud. Souche de cheminée. Tête d'angelot supérieur.Pavillon sud-ouest. Façade sud. Souche de cheminée. Tête d'angelot supérieur.

A l'exception de deux armoires grillagées, d'une écritoire et d'un bureau, tous en écaille et cuivre et signés par Boulle, l'origine de ce mobilier, très sommairement décrit, n'est pas connue. Il en va de même des pièces décoratives et objets d'art signalés : 2 pendules - dont une, surmontée d'une renommée, attribuée à Boulle - , 2 miroirs, 4 vases de porcelaine de Chine, une fontaine en porcelaine, 4 bustes et 13 médaillons (têtes des douze empereurs romains et portrait du Grand Dauphin, copie d'un bas-relief de Veyrier) en marbre, un Christ en ivoire présenté sur un fond de velours noir, 54 tableaux dont 5 à sujet religieux (3 représentant la Vierge, un, sainte Madeleine et un, saint Antoine), 8 paysages (dont 4 vues de Rome), 7 scènes (Enlèvement de Proserpine, Diogène et Alexandre, Les Quatre Saisons, une bataille) et 34 portraits (portrait d'un vieux cuisinier de la maison et 33 petits personnages costumés - des chinoiseries ?).

Les transformations les plus importantes concernaient les jardins. François Bruny fit des vastes terres cultivées qui s'étendaient au nord du château un parc d'agrément compliqué d'un labyrinthe et fermé par une monumentale grille en fer forgé. L'étang fut asséché en 1750 et remplacé par un bassin, imité du grand canal de Versailles (373 m de long, 35 m de large, 3 m de profondeur), muni de deux petits hangars à bateaux et bordé de chaque côté d'un double rang d'ormeaux et d'ifs taillés en cône. Le grand parterre situé au nord fut redessiné en huit grandes plates-bandes de gazon et de fleurs. A l'est du château, un jardin potager décoratif, composé de deux terrasses divisées en compartiments par des haies de buis taillés et d'arbres fruitiers et agrémentées de bassins et de jets d'eau, prit la place d'un ancien jardin de rapport. Pour cette réalisation, il fallut démolir la vieille métairie et le colombier rond construits là par Raymond d'Agoult. François Bruny fit également bâtir l'orangerie dont on voit les vestiges sur la terrasse supérieure, petit édifice en pierre de taille ouvert de sept grandes baies vitrées, couronné d'un attique et décoré à l'intérieur d'un treillage vert en trompe-l’œil.

François Bruny mourut en 1772 en léguant la totalité de ses biens à son fils aîné Jean-Baptiste-Jérôme. Un long procès opposa l'héritier désigné à son frère puîné et ses trois sœurs, qui obtinrent en 1782 du parlement de Grenoble la cassation du testament et l'établissement d'un partage plus équitable - mais l'inventaire de la succession, qui devait permettre le partage, ne fut, grâce aux lenteurs de la procédure, achevé qu'en 1791 et ne servit à rien.

Vue perspective des ruines du château de La Tour d'Aigues prise le 3 février 1797. [Façade sud]Vue perspective des ruines du château de La Tour d'Aigues prise le 3 février 1797. [Façade sud]

Jean-Baptiste-Jérôme, conseiller (1746) puis président à mortier (1777) au parlement de Provence, alliait un esprit chicanier et étroitement conservateur - d'ailleurs hérité de son père -, qui lui suscita de vives oppositions et des rancunes tenaces de la part de ses sujets et de ses sœurs, à un goût prononcé et des capacités reconnues pour l'érudition. Sa prédilection allait aux sciences naturelles, botanique, zoologie, agronomie. Quelques-uns des meilleurs spécialistes de son temps, Barbier, Darluc et l'anglais Arthur Young, ont admiré ses collections - bibliothèque, herbier, minéraux - et vanté ses réalisations. Le président de Bruny avait fait de son château un musée et de ses domaines un champ d'expérience : au milieu du parc, une ménagerie peuplée d'animaux rares, singes, gazelles, mouflons, oiseaux exotiques ; dans les jardins, de nombreuses essences récemment ou non encore acclimatées, platanes, thuyas, acacias, cèdres ; une seconde serre chauffée abritant des plantes tropicales devenues, depuis lors, communes, jasmins, géraniums, mimosas, sensitives, yuccas, aloès, etc. ; dans les bastides de la Bonde et du Bois, des troupeaux de mérinos et de chèvres angora, mais aussi des cultures nouvelles (fourrages, pomme de terre) conduites selon les méthodes préconisées par les physiocrates.

6. La destruction.

En pleine gloire, le château subit une première atteinte grave. Au mois d'octobre1780, lors de travaux de réfection de la toiture, un ouvrier provoqua accidentellement un incendie qui, en une nuit et malgré les secours empressés des villageois, ravagea en partie l'aile occidentale et le donjon. Les dégâts, considérables, n'étaient pas encore totalement réparés lorsque débuta la Révolution. L'inventaire de 1790 contient une grande lacune correspondant aux parties endommagées et signale des meubles et des boiseries arrachés au feu et entreposés dans la grande salle, le garde-meuble et les caves. Jean-Baptiste-Jérôme Bruny avait été un farouche tenant de la réaction seigneuriale. Élu maire de La Tour-d'Aigues aux élections municipales de février 1790, il fit quelques efforts pour se résigner à l'abolition des droits féodaux et déchira publiquement ses titres rachetables, mais sa réputation était faite. Aussi les républicains du club révolutionnaire de La Tour·d'Aigues qui, au retour d' une visite au club d'Aix, vinrent attaquer le château le 14 septembre 1792 ne rencontrèrent-ils aucune résistance, ni de la part des gardiens - le baron étant absent - , ni de la part des autorités municipales débordées par le nombre des assaillants. Saccagé et pillé, l'édifice fut incendié et brûla durant cinq jours et cinq nuits.

Les ruines servirent ensuite de carrière de pierre. Jean-Baptiste-Jérôme, refusant d'émigrer, se retira à Uzès où il décéda en 1795. Son fils Marie-Jean·Joseph mourut dans la misère à Rouen, en 1800, et sa fille Pauline, épouse du marquis de Caumont, recueillit l'héritage qu'elle vendit morceau par morceau avant de s'éteindre à Aix en 1850, sans enfant. Les vestiges du château et les jardins furent partagés en deux lots et transformés en exploitations agricoles. En dépit de sa célébrité, le monument ne bénéficia que très tard de mesures de protection. Le classement parmi les Monuments historiques de la façade et du donjon, intervenu en 1883, faillit être révoqué à la demande des propriétaires et il fallut de longues tractations pour obtenir de ces derniers la cession des ruines au Conseil général de Vaucluse, en 1897. Depuis cette date, malgré plusieurs campagnes de nettoyage et de consolidation et l'extension du classement aux terrasses situées sous le château, les vestiges n'ont cessé de se dégrader.

Le Conseil général et le syndicat d'initiative ont récemment fait dégager les importants sous-sols de l'édifice et mis à l'étude un projet de restauration partielle. Les fouilles ont permis de compléter les relevés et de préciser certains détails. Un abondant matériel a été exhumé, dont une partie correspond à des objets signalés dans les textes : tuiles vernissées du XVIe siècle, ardoises, baignoire et médaillons en marbre, vaisselle de faïence et de porcelaine du XVIIIe siècle.

Parties constituantes non étudiées donjon
Dénominations château fort, château
Aire d'étude et canton Pertuis
Adresse Commune : La Tour-d'Aigues
Adresse : Jean-Jaurès
Cadastre : 1939 H 231, 232 ; 1837 H 331 A 334

Donjon construit probablement dans le 4e quart du 13e ou le 1e quart du 14e siècle ; dans la 2e moitié du 15e siècle, transformation pour Fouquet d'Agoult : aménagement des douves, construction des corps de bâtiment nord et ouest, remaniement du corps de bâtiment est ; à partir de 1550, transformation pour Jean Louis Nicolas de Bouliers : corps de bâtiment ouest entre 1550 et 1558, pavillon sud-ouest entre 1555 et 1558 par le maçon Jacques Jean, corps de bâtiment est en 1564, pavillon sud-est en 1566 par le maçon Nicolas Laurens, chapelle en 1566, portail d'entrée en 1571 (date inscrite) probablement sur des plans d'Ercole Nigra, décors intérieurs par le peintre Imbert Marechet ; nouvelle campagne de réfection et d'agrandissement pour Chrétienne d'Aguerre de 1608 à 1611, avec dessins d'exécution par Gilles Bulet : transformation du donjon, réfection des voûtes des galeries de l'entrée, décor de la grande galerie par les peintres François Valisset, Michel Féron, Pierre Marée et Abel Ramponneau ; en 1780, destruction accidentelle du corps de bâtiment nord et reconstruction à l'économie ; incendie et ruine du château en 1792 ; vestiges rachetés en 1897 par le département.

Période(s) Principale : 4e quart 13e siècle
Principale : 1er quart 14e siècle
Principale : 2e moitié 15e siècle
Principale : 2e moitié 16e siècle
Principale : 1er quart 17e siècle
Principale : 4e quart 18e siècle
Auteur(s) Auteur : Negro (Nigra) Ercole
Ercole Negro (Nigra) (1541 - 1622)

Architecte militaire sujet du Marquisat de Saluces, d'abord inféodé au Roi de France, puis à partir de 1588 sous la domination du duc de Savoie. A réalisé de nombreuses constructions militaires et civiles.


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Auteur : Jean Jacques
Jacques Jean

Maître maçon ayant travaillé à Pertuis (84) entre 1535 et 1558.


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Auteur : Laurens Nicolas,
Nicolas Laurens

Maçon ayant travaillé au pavillon sud-est du château de La Tour-d'Aigues en 1566.


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maçon, attribution par source
Auteur : Bulet Gilles,
Gilles Bulet

A travaillé au château de La Tour d'Aigues dans le premier quart du 17e siècle.


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maître de l'oeuvre, attribution par source
Auteur : Marechet Imbert,
Imbert Marechet

Peintre ayant travaillé au château de La Tour-d'Aigues dans le dernier quart du 16e siècle.


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peintre, attribution par source
Auteur : Valisset François,
François Valisset

Peintre ayant travaillé au château de La Tour d'Aigues dans le premier quart du 17e siècle.


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peintre, attribution par source
Auteur : Féron Michel,
Michel Féron

Peintre ayant travaillé au château de La Tour d'Aigues dans le premier quart du 17e siècle.


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peintre, attribution par source
Auteur : Marée Pierre,
Pierre Marée

Peintre ayant travaillé au château de La Tour d'Aigues dans le premier quart du 17e siècle.


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peintre, attribution par source
Auteur : Ramponneau Abel,
Abel Ramponneau

Peintre ayant travaillé au château de La Tour d'Aigues dans le premier quart du 17e siècle.


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peintre, attribution par source

Edifice forme de 4 corps de bâtiment cantonnés au nord de tours rondes, au sud de pavillons et disposés autour d'une cour dont le centre est occupé par un donjon, le tout entouré de douves (aujourd'hui sèches) ; donjon rectangulaire parementé à bossages, contenant primitivement 3 étages voûtes, les 2 premiers remplacés par un rez-de-chaussée voûte et 2 étages carrés planchéiés ; autour du donjon, vestiges d'un corps de bâtiment adossé au nord et de 2 petites ailes latérales, celle de l'est contenant un grand escalier rampe sur rampe ; au sud de la cour, corps de passage d'entrée, avec portail en forme d'arc de triomphe, orné d'un riche décor sculpté, et vestiges de 2 galeries voûtées d'arêtes sur un sous-sol voûte construit dans l'ancienne douve ; au sud-est, pavillon (restauré) de 3 étages de soubassement et 2 étages carrés, desservi par un escalier en vis ; au nord-est, tour ronde contenant à l'étage la chapelle ornée de gypseries ; autres parties en ruine sur sous-sol voûte partiel

Murs molasse
enduit
pierre de taille
moellon
Étages sous-sol, 3 étages de soubassement, 2 étages carrés
Couvrements voûte en berceau brisé
voûte en berceau plein-cintre
voûte d'arêtes
voûte en arc-de-cloître
coupole
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours sans jour
escalier dans-oeuvre : escalier en vis sans jour
États conservations vestiges, restauré
Techniques sculpture
peinture
décor stuqué
Statut de la propriété propriété du département
Intérêt de l'œuvre à signaler
Protections classé MH partiellement, 1883
classé MH partiellement, 1984/12/21

Références documentaires

Documents d'archives
  • Etude notariale David/Barrande/Anselmo, Aix. 1608-1610. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 303 E 395.

    f° 589.
  • Etude notariale Muraire. Aix. 1517-1523. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 308 E 906.

    f° 218-221.
  • Histoire de l'abbaye de Montmajour par Dom Chantelou, 1100-1789. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2 H 650.

    Vol. 1, p. 198, 321.
  • Etude notariale Barriol de Pertuis. Archives départementales de Vaucluse, Avignon : série E notaires.

    N° 35, f° 409 v°-421 ; n° 36, f° 166 v°-218 ; n° 74, f° 53 ; n° 224, f° 230.
  • Etude notariale Enjoulbert de Pertuis. Archives départementales de Vaucluse, Avignon : série E, notaires.

    N° 431, f° 231 ; n° 432, f° 318.
  • Etude notariale de La Tour-d'Aigues. Archives départementales de Vaucluse, Avignon : série E notaires.

    N° 17, f°530 ; n° 33, f° 183 v° ; n° 34, f° 170 v°, 193 ; n° 62, f°153 v°, 208 ; n° 66, f° 60 ; n° 71, f° 260 ; n° 74, f° 383 v° ; n° 79, f° 257 ; n° 81, f° 54 v°, 339 v° ; n° 84, f° 199 v° ; n° 85, f° 167-168 v°, 253 v° ; n° 87, f° 19 ; n° 99, f° 175 ; n° 102, f° 248, 311 ; n° 104, f° 14 v°.
Documents figurés
  • Ruines du château de La Tour-d'Aigues. Dans : Histoire de Cadenet, le christianisme dans la vallée de la Durance, par le Docteur C. Jacquème. Marseille : Imprimerie de la Société du "Petit Marseillais", 1923.

  • Plan du château et parc de La Tour D'Aigues. (Détail du cartouche). Dessin colorié, s.d. (18e siècle). Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence : Est. A2.

  • Veue de la grande façade du château de la Tour d'Aygues du côté du pont levis. Dessin à l'encre de chine, s.d. (18e siècle). Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence : Est. A1.

  • La Tour d'Aigues (Vaucluse) Ruines. Château Renaissance. Tour côté midi, façade principale. Carte postale, s.d. Collection particulière.

  • Vue perspective des ruines du château de La Tour d'Aigues prise le 2 février 1797. [Façade sud]. Sépia rehaussée d'aquarelle, 1797. Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence : Est. B 62.

  • Veue de la grande façade du château de la Tour d'Aygues du côté du pont levis. Rigaud, Jacques (dessinateur). Dessin, plume et lavis s.d. Collection particulière.

  • La Tour d'Aigues, ruines du château, prise du sud-ouest. Dessin, s.d. Collection particulière.

  • Vue perspective des ruines du château de La Tour d'Aigues prise le 2 février 1797. [Façades ouest et nord]. Sépia rehaussée d'aquarelle, 1797. Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence : Est. B 61.

  • Veue et perspective d'une partie de la grande cour de la Tour d'Aygues prise du balcon du grand pavillon. Rigaud, Jacques (dessinateur). Dessin, plume et lavis s.d. Collection particulière.

  • Château de La Tour-d'Aigues. [Vue générale.]. Dessin, lavis, s.d.

  • La Tour d'Aigues (Vaucluse). Façade du château. Carte postale, sd., Collection particulière.

  • Veue du château et du village de La Tour d'Aygues du costé de l'estang. Rigaud, Jacques (dessinateur). Dessin, plume et lavis s.d. Collection particulière.

  • Veue et perspective d'une partie de la grande cour de la Tour D'aygues prise de la terrasse. Rigaud, Jacques (dessinateur). Dessin, plume et lavis s.d., Collection particulière.

  • Plan du château et parc de La Tour D'Aigues. Dessin colorié, s.d (18e siècle). Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence : Est. A2.

  • La Tour d'Aigues. Façade intérieure et partie du château (XIe siècle). [Revers du portail avec restes du corps de passage et pavillon ouest]. Carte postale, vers 1914. Collection particulière.

Bibliographie
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    P. 18-35.
  • BILLIOUD, Joseph. Une baronnie de grands négociants marseillais : La Tour-d'Aigues. Dans Provence Historique, t. XIX, 1969.

    P. 118-132.
  • Boyer, Jean. La peinture et la gravure à Aix-en-Provence aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles (1530-1790). Dans : Gazette des Beaux-Arts, tome LXXVIII, juillet-septembre 1971, 188 p.

    P. 145.
  • BRAYDA, C., COLI, L., SESIA, D. Ingegneri e architetti del sei e settecento in Piemonte. Turin, 1963.

  • CHEYLAN, Gérard, GANNE, Jean. Le château de La Tour-d'Aigues (Vaucluse). Première édition, 1975. Nouvelle édition, 1995.

  • CHOBAUT, Hyacinthe. Documents sur la construction du château de La Tour-d'Aigues (1545-1577). Dans Mémoires de l'Académie de Vaucluse, t. V, 1960.

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  • Gloton, Jean-Jacques. Renaissance et baroque à Aix-en-Provence. - Rome : Ecole Française de Rome, 1979, 222 p.

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  • GEBELIN, François. Les châteaux de la Renaissance. 1927.

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  • VITRY, Paul. Le château de La Tour-d'Aigues. Dans Congrès Archéologique de France : Aix-en-Provence et Nice. Paris : Picard, 1933.

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  • MILLIN, Aubin-Louis. Voyage dans les départemens du midi de la France. Paris : Imprimerie Impériale, 1807-1811. 4 vol.

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  • YOUNG, Arthur. Voyages en France en 1787, 1788 et 1789. Traduction, introduction et notes par Henri Sée. Paris : A. Colin, 1931. Rééd., Taillandier, 2009.

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