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château de Castellet-Saint-Cassien

Dossier IA04002111 réalisé en 2011

Fiche

Á rapprocher de

  • ferme
    Val-de-Chalvagne, le Castellet-Saint-Cassien

Evolution historique

Premières mentions médiévales

La première mention de Saint-Cassien est celle d'une cella (prieuré primitif où résident les moines) dépendant de l'abbaye Saint-Victor de Marseille grâce à une donation de 1043. D'après le cartulaire de Saint-Victor, cette donation comprend un château à Amirat et une église Saint-Cassien, ainsi que les terres en dépendant. Le territoire ainsi donné est décrit par rapport au col Avenos et à la rivière Calvaniam. Baratier en déduit que le lieu d'implantation de la cella, ne se trouve pas nécessairement à l'emplacement actuel du hameau de Castellet-Saint-Cassien mais entre ce lieu et Amirat. Tout porte à croire cependant que l'église offerte à l'abbaye est déjà à cet emplacement, tant par la description du lieu dans l'acte de donation que par les informations ultérieures données par les pouillés. Ainsi, dans les pouillés du diocèse de Glandèves, cet édifice est mentionné dès 1376 comme ecclesia de Casteleto sancti Cassiani, ou encore, au 16e siècle, ecclesia Castri Sancti Cassini. Une chapelle, se trouvant à l'emplacement du cimetière actuel, a été détruite avant 1840, elle apparaît sur le cadastre napoléonien (parcelle 1818 B 76). Il pourrait s'agir, sinon de cette ecclesia du 14e siècle, du moins de ses vestiges, ou de la mémoire de son emplacement.

D'après Isnard, les Glandevès (ou Glandevez) sont seigneurs de ce fief à partir de 1231 (1232 pour le baron du Roure) et jusqu'à la Révolution. Dès 1232, on trouve mention du Castelletum Sancti Casiani, à nouveau en 1252 du castrum de sancti Cassiani ou castrum de Castelleto, à nouveau en 1419 (Isnard). Sur la carte de Cassini, vers le milieu du 18e siècle, il est nommé le Castellet de Glandeve. Carte de Cassini : Le Castellet de Glandeve.Carte de Cassini : Le Castellet de Glandeve.

De la construction du château (1659) à la Révolution

Vue générale de la façade ouest.Vue générale de la façade ouest.Le château actuel est probablement construit dans la première moitié du 17e siècle (une cheminée porte la date de 1659) à l'emplacement du château médiéval, le seigneur en est alors Honoré de Glandevès (né en 1539, marié en 1584) ou plus probablement son fils Horace (qui se marie en 1612 et teste en 1644). Cette même inscription sur la cheminée contient trois initiales H.D.G. qui pourraient être celles du commanditaire. Cheminée (N°1) : cartouche portant inscription et date.Cheminée (N°1) : cartouche portant inscription et date.

Il est sans doute dès l'origine conçu comme une bastide fortifiée avec un corps rectangulaire flanqué de deux tours circulaires au sud, forme architecturale fréquente dans les Alpes-de-Haute-Provence à cette période. On peut à ce sujet consulter les notices des châteaux d'Eoulx (Castellane), de Tartonne (Référence IA04000727) et, dans une moindre mesure, de Villevieille (sur la même commune, référence IA04001745), de Moriez (Référence IA04001545) ou de Méouilles (Saint-André-les-Alpes, référence IA04002571).

L'inventaire réalisé en 1792 au moment de la vente du château comme "bien de l'émigré Glandèves", donne une description détaillée de la disposition intérieure du bâtiment ainsi que de son ameublement. Le rez-de-chaussée semble dévolu à la domesticité et au travail, le vestibule, orné "d'une fontaine avec un grand bassin le tout en airain", ouvre sur un "salon tapissé en cuir doré" avec décor coloré, visiblement meublé comme un bureau, sans doute la pièce au sud (non divisée à l'époque). Ce salon est attenant à "l'office" (sorte de cellier au vu de son contenu), la plus petite pièce à l'est (qui ne communique pas avec le vestibule). Enfin du cellier, il est possible de passer à la "cuisine", au nord. Aucune description n'est spécifiquement donnée des pièces à l'intérieur des tours.

Au premier étage, l'étage noble, la "grande salle tapissée en cuir doré" est meublée de meubles de repos (type bergère) mais aussi de tables de jeu ; la cheminée est munie de "deux gros chainets [sic] en pesant environ cinq livres". Il s'agit sans doute - si l'on tient compte du sens de visite lors de l'établissement de l'inventaire - d'une seule grande pièce au nord (aujourd'hui cloisonnée). De cette salle, on pouvait accéder à la "chambre rouge tapissée de damas ou étoffe de faye [sic] rouge et blanc" (plus petite pièce à l'est, derrière la cage d'escalier), meublée comme telle avec notamment "une couchette [...] en noyer [...] à la duchesse". Cette salle est nommée, un peu plus tard dans un récolement précédant la vente, "la chambre rouge". Cette chambre communique également avec "un autre appartement appelé la tour tapissée d'une toile peinte de plusieurs couleurs", une seule grande pièce au sud (aujourd'hui cloisonnée) ; il est également mentionné "un autre appartement", communiquant avec le précédent, peut-être la pièce occupant le premier étage de la tour, servant de salle de repos ("deux couchettes").

Au deuxième étage, l'espace est divisé en sept "appartements" ou chambres meublées de lits en baldaquin ou "à tomberau [sic]" ou encore munis d'un ciel de lit dont les étoffes et les couleurs sont à chaque fois décrites, le mobilier semble globalement en assez mauvais état. Les tours sont aménagées en "cabinet" ou bureau. Ainsi l'appartement "à la gauche" (soit au nord-ouest) contient deux lits, l'un à baldaquin, l'autre avec un ciel de lit "garni et entouré d'une étoffe en faye couleur verte fort usée" et le "petit appartement nommé la tour" attenant (soit sans doute le deuxième étage de la tour nord-ouest) est sans doute un petit bureau. L'appartement symétrique, celui du sud-ouest, est "tapissée d'une étoffe brochée en laine représentant des paysages", il s'agit également une grande chambre avec son "cabinet attenant" (la tour sud-ouest).

Au dernier étage, se trouve le "galetas divisé en cinq appartements", cela correspond également à des chambres, mais sans doute, considérant la qualité du mobilier, à celles des domestiques.

Le château est vendu comme bien national le 2 Frimaire an III (22 novembre 1794), il appartient, avant sa saisie, à Pierre-Raimond de Glandevès.

19e et 20e siècles

En 1817, au moment de la réalisation du cadastre napoléonien, le château est divisé en deux parcelles : la parcelle 73 semble contenir la partie nord et la cage d'escalier avec la pièce à l'arrière, la parcelle 74, la (ou les) pièce(s) au sud.

Vers 1840, un appartement du château est loué au sieur Aillaud d'Entrevaux (l'un des copropriétaires du château) par la commune pour loger le desservant de la paroisse et servir donc de presbytère. Il est décrit comme "passable mais très exigu" se composant de "trois pièces strictement dont une sert de salon, de cuisine et de chambre à coucher, l'autre de chambre de la domestique et la troisième, très exiguë sert de cabinet de provisions, il y a de plus une cave".

Par la suite, à partir de 1865, le rez-de-chaussée du château est loué par la commune pour servir d'école et de logement de l'instituteur. Le logement est cette fois décrit comme constitué de 4 pièces ; la grande pièce au sud a sans doute été cloisonnée mais pas exactement dans son état actuel, la cloison est décalée vers l'ouest. En 1875 la commune renouvelle le bail pour 9 ans. Malgré un projet de construction d'une école présenté au conseil municipal en 1883 (non réalisé car trop onéreux), le bail est régulièrement renouvelé avec les propriétaires successifs et en 1910, l'école est toujours au rez-de-chaussée du château selon la répartition suivante : dans la partie sud, la salle d'école (avec une ouverture à l'ouest et une au sud) et une chambre (ouverture au sud) ; une autre chambre à l'arrière de la cage d'escalier (ouverture à l'est) ; la cuisine demeure au même endroit (au nord). L'école quitte finalement le château en 1962.

Une photographie de 1976 permet d'observer la façade principale (façade ouest) avant la restauration des enduits : l'encadrement de pierres de taille de la porte d'entrée a perdu la corniche (partie supérieure de l'entablement), déjà très détériorée en 1976. Porte d'entrée principale, façade ouest, 1976.Porte d'entrée principale, façade ouest, 1976. Elle était, à cette époque, surmontée d'une sorte de sorte d'imposte, plus étroite et légèrement décalée par rapport à l'axe de la porte ; percement sans doute postérieur à la construction. Dans la travée centrale, la cage d'escalier est, en 1976, éclairée par une petite baie, aujourd'hui agrandie en fenêtre de taille similaire à celle des autres ouvertures. Si, sur la façade nord, les ouvertures semblent avoir été peut modifiées, celles des façades est et sud en revanche ont été remaniées. A l'est, toutes les ouvertures ont été reprises ; on observe, autour de celle du premier étage, l'emplacement de l'ancien encadrement, plus large et façonné de gypse rouge. Au sud, au moins une ouverture en rez-de-chaussée a été percée récemment : à l'emplacement des deux baies les plus à l'est, une seule ouverture éclairait la pièce, sans doute dans l'axe de la travée (les baux de 1901 et 1910 ne mentionnent que deux ouvertures au midi en rez-de-chaussée). La photographie de 1976 et les traces d'arrachement encore visibles sur la façade est attestent de la présence de deux échauguettes , construite sur culots ornés de gypseries ; il ne reste aujourd'hui qu'un fragment de celle de l'angle sud-est.

Analyse et composition d'ensemble

Le château de Castellet-Saint-Cassien a été construit au sommet d'un promontoire rocheux. Le château est au centre d'un ensemble architectural : au sud, un bâtiment dit "le château neuf", au sud-ouest un cimetière, à l'ouest l'église paroissiale, et, un peu plus à l'écart, au nord un grand bassin et la ferme dépendante du château.

On accède au petit hameau et, en premier lieu au château, par une allée arborée qui ouvre sur la façade nord du château, la façade principale étant à l'ouest, vers la vallée de la Chalvagne.Vue de situation depuis l'est.Vue de situation depuis l'est.

Le château présente un plan massé rectangulaire accoté de deux tours rondes engagées aux angles nord-ouest et sud-ouest, un peu plus basses que le corps de logis principal. Jean-Luc Massot nomme ce type d'édifice "bastide fortifiée" plutôt que château. Le gros-oeuvre est constitué d'un blocage de moellons bruts en calcaire local, lié au mortier de chaux. L'enduit lisse est encore présent sur la façade ouest, il portait un décor de faux-appareil de pierre de taille (restitué sur la façade ouest). Les pavements, lorsqu'ils sont encore en place, sont en terre cuite, tomettes ou mallons carrés. Les toits sont couverts de tuiles creuses avec un toit en pavillon sur le bâtiment central et des toits coniques sur les deux tours, sur deux rangs de génoise.

Le château possède cinq niveaux : un étage de soubassement auquel on accède uniquement par la façade est, un rez-de-chaussée surélevé avec accès à l'ouest, deux étages carrés surmontés de combles. L'étage de soubassement ne couvre que les deux-tiers sud de l'emprise au sol du château : il s'agit de deux pièces en contrebas, allongées, parallèles, sans communication et voûtées en berceau. Par la pièce sud, on accède, par une porte avec encadrement façonné de gypse rouge, au sous-sol de la tour sud-ouest, dont la voûte maçonnée d'arêtes quasi plates à six quartiers. Dans le bas du mur, l'accès avec ébrasement en biais, muré, à la bouche à feu occulté par un volet en bois.

Le rez-de-chaussée surélevé et le premier étage carré présentent une composition similaire déterminée par deux murs de refend transversaux divisant l'espace oblong en trois. L'escalier intérieur, placé en façade, légèrement décentré, dessert deux grandes pièces, au nord et au sud, la première ouvre ensuite sur une plus petite pièce, à l'arrière de l'escalier, à l'est. Chacune de ces deux pièces offre un accès à une des deux tours. L'escalier est un escalier en vis suspendu, à l'origine avec jour (le limon étant orné), avec donc un limon porteur.

L'élévation ordonnancée de la façade principale ouest se structure autour de la porte centrale, seul ornement de la façade avec encadrement harpé de pierre de taille, en une travée de part et d'autre de cette ouverture. Cette dernière est surmontée d'une baie éclairant l'escalier intérieur (plus petite à l'origine). Les tours possèdent des canonnières étroites, circulaires ou rectangulaires, en pierre, aujourd'hui murées, disposées non verticalement alignées de manière à couvrir tous les angles de tirs. Elles sont ceintes d'un cordon de pierre à un tiers de leur hauteur.

La façade orientale est percée actuellement de trois baies éclairant les petites pièces à l'arrière de l'escalier. On observe également les fragments d'une échauguette à l'angle sud-est ornée d'un décor de gypserie. La façade sud est percée de sept baies non ordonnancées.

Les décors intérieurs de gypseries sont riches : ils ornent l'ensemble de la voûte d'escalier (Référence IM04002544) et le limon (quand il est encore visible), ainsi que les paliers.

On les trouve également à l'étage noble (premier étage carré) sur les cheminées (Références IM04002542, IM04002543, IM04002545).

Graffiti, combles.Graffiti, combles.Sur les parois de l'escalier accédant aux combles, et sur les enduits de plâtres des murs de ce niveau se trouvent de nombreux graffitis et notamment des croquis incisés ou des dessins au fusain dont certains pourraient dater du 18e siècle et de l'époque révolutionnaire.

Dénominations château
Aire d'étude et canton Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var - Entrevaux
Adresse Commune : Val-de-Chalvagne
Lieu-dit : Castellet-Saint-Cassien
Cadastre : 1983 B 72 ; 1817 B 73, 74

Le château actuel est probablement construit dans la première moitié du 17e siècle (une cheminée porte la date de 1659) à l'emplacement d'un château médiéval par le seigneur de Glandevès. Il est divisé et vendu comme bien national le 2 Frimaire an III (22 novembre 1794). En plus des logements ainsi créées, le bâtiment va servir de logement et de presbytère pour la paroisse, puis de logement pour l'instituteur et d'école (jusqu'en 1962).

Période(s) Principale : 1ère moitié 17e siècle
Dates 1659, porte la date
Auteur(s) Personnalité : Glandèves Horace de,
Horace de Glandèves ( - 1644)

Horace de Glandèves, baron de Glandèves et du Castellet-Saint-Cassien. Marié en décembre 1612 à Cassandre alias Renée d'Alvis de Castellane. Il hérite de son père Honoré de Glandèves en 1626. Il teste le 14 mai 1644 en faveur de son fils, Honoré II de Glandèves.


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commanditaire, (?), attribution par source

Le château de Castellet-Saint-Cassien a été construit au sommet d'un promontoire rocheux. Le château est au centre d'un ensemble architectural : au sud, un bâtiment dit "le château neuf", au sud-ouest un cimetière, à l'ouest l'église paroissiale, et, un peu plus à l'écart, au nord un grand bassin et la ferme associée au château.

Le château présente un plan massé rectangulaire accoté de deux tours rondes engagées aux angles nord-ouest et sud-ouest, un peu plus basses que le corps de logis princiapl. Jean-Luc Massot nomme ce type d'édifice "bastide fortifiée" plutôt que château. Le gros-oeuvre est constitué d'un blocage de moellons bruts en calcaire local, lié au mortier de chaux. L'enduit lisse est encore présent sur la façade ouest, il portait un décor de faux-appareil de pierre de taille (restitué sur la façade ouest). Les toits sont couverts de tuiles creuses avec un toit en pavillon sur le bâtiment central et des toits coniques sur les deux tours, sur deux rangs de génoise. Le château possède 5 niveaux d'élévation : un étage de soubassement auquel on accède uniquement par la façade est, un rez-de-chaussée surélevé avec accès à l'ouest, deux étages carrés surmontés de combles.

La façade orientale est percée actuellement de trois baies éclairant les petites pièces à l'arrière de l'escalier. On observe également les fragments d'une échauguette à l'angle sud-est ornée d'un décor de gypserie. La façade sud est percée de sept baies non ordonnancées.

Les décors intérieurs de gypseries sont riches : ils ornent l'ensemble de la voûte d'escalier et le limon (quand il est encore visible), ainsi que les paliers. On les trouve également à l'étage noble (premier étage carré) sur les cheminées.

Murs calcaire moellon enduit partiel
Toit tuile creuse
Étages étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, 2 étages carrés
Couvrements
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit en pavillon
toit conique
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier en vis avec jour, suspendu
États conservations remanié
Techniques sculpture

Représentations mascaron
Précision représentations

A la base de l'échaugette située à l'angle sud-est du château est sculpté un mascaron : cette face grotesque grimaçante semble soutenir le culot mouluré.

Statut de la propriété propriété privée
Sites de protection site inscrit
Protections inscrit MH partiellement, 2012/12/18
Précisions sur la protection

Ensemble formé par le château de Castellet-Saint-Cassien et ses abords : site inscrit le 23/02/2009.

Sont inscrits par arrêté du 18 décembre 2012 :

- les façades et toitures

- l'escalier, la cage d'escalier y compris les paliers

- la cheminée et la pièce princiaple de l'appartement sud situées au premier étage

- les hottes de cheminées de l'appartement nord situées au premier étage

- le bassin

Annexes

  • Le programme iconographique des gypseries du château de Castellet-Saint-Cassien à Val-de-Chalvagne

    Le programme iconographique des décors de gypseries du château de Castellet-Saint-Cassien se déploie dans l'escalier et sur trois cheminées (lacunaires pour deux d’entre elles). Il est réalisé dans le 3e quart du 17e siècle, avec deux dates points de repère : 1659 (date portée sur la cheminée n°1) et après 1666 (cf. blason de la cheminée n°3), sans doute sur une commande d’Honoré II de Glandèves, seigneur du Castellet-Saint-Cassien.

    Les modèles semblent être issus d’un même recueil de gravures constitué à partir de deux éditions des Métamorphoses d’Ovide, de 1557 et 1619 (majoritairement), dont les graveurs sont respectivement Bernard Salomon et Jean Mathieu dit Matheus.

    L’escalier: l'Amour profane

    L'iconographie se développe sur le thème de l'amour profane. Elle comprend à la fois des scènes figurées et une ornementation foisonnante. Au rez-de-chaussée, une figure féminine mêlant les attributs traditionnels de la Fortune et de Vénus, est juchée sur une sphère ailée et tient de ses deux mains, au-dessus de sa tête, un voile gonflé par le vent. A côté d'elle, démesurément grand, un singe tenu en laisse est assis : il symbolise les instincts maîtrisés, la luxure tenue en bride. Au premier étage, sur le palier de cet étage noble, à l'entrée des deux plus belles pièces du château, deux figurations de l'Eros de Platon (l'amour charnel) avec, au nord, une femme partiellement dénudée tenant dans ses bras un tout jeune homme, Vénus et Adonis, et, au sud, un faune enlaçant une jeune femme nue (Vénus et Pan?). Le premier couple est représenté d'après une gravure des Métamorphoses d'Ovide publié en 1619 : Adonis aimé de Vénus. Comme pendant à la Vénus du rez-de-chaussée, toujours sur ce thème de l'amour profane, au départ de la voûte de l'escalier vers le deuxième étage, est représenté le fils de cette dernière, Cupidon avec son carquois et ses flèches, fruit de ses amours avec Mars. Cupidon tient dans sa main droite le départ du rinceau qui va de déployer en volutes, suivant la voûte de l'escalier, bordant le noyau.

    Ce rinceau à volutes est constitué de feuilles de vignes et de pampres. Il est habité de nombreux oiseaux picorant du raisin, ou encore du singe précédemment cité mais aussi d'un écureuil, animal réputé gourmand.

    Les clés des voûtes d'arêtes ainsi que les dessus de portes du deuxième étage, sont ornés de mascarons. Les clés des paliers et du rez-de-chaussée sont constituées de motifs en très haut-relief, sur fond de décor incisé de rinceaux feuillagés. Au premier étage, il s'agit d'une figure grimaçante, les cheveux bouclés portant un diadème perlé. Les départs de voûtes, au-dessus des portes du palier du deuxième étage, portent des figures de faunes, cornues, moustachues, à la chevelure mêlée de feuilles d'acanthe.

    Cheminée n°1 : Mercure tuant Argos

    Du programme iconographique initial ne subsiste que celui réalisé sur la hotte (le manteau a disparu). Le trumeau porte la scène principale, elle est entourée d'une très large bordure ornée de motifs en haut-relief. La scène de Mercure tuant Argos demeure très fidèle à la gravure source d'inspiration. Au premier plan, sur la gauche, Mercure debout tue Argos endormi en lui coupant la tête de son glaive. Toujours sur la gauche, à l'arrière-plan, Junon assise recueille les yeux de la tête d'Argos et en couvre les plumes de son oiseau (paon). A droite, au second plan, Jupiter assis, tenant dans la main gauche le sceptre du ciel vient de transformer Io en génisse, peut-être sous les yeux de Junon qui se trouvait au sommet de la composition.

    Le trumeau est placé dans un cadre orné de cuirs, au centre d'un décor très chargé qui orne tout l'espace restant de la face de la hotte. Dans la partie inférieure un mascaron, très proche de ceux représentés sur les voûtes des paliers de l'escalier, est encadré par des trophées guerriers, rappelant ceux de la cheminée n°3 ; sur les montants des chutes de fruits alternent avec les cuirs ; dans la partie supérieure, le blason est accoté de palmes puis d'angelots debout et de rameaux d'olivier.

    Sur la jouée droite, un personnage nu, figuré en pied, est surmonté du cartouche portant les inscriptions : 1659 et H D G.

    Cheminée n°2 : Adieu d’Enée à Didon ( ?)

    L'identification de la scène est incertaine : il pourrait s'agir des adieux d'Enée à Didon à Carthage. Les deux personnages principaux, une femme, peut-être Didon, et un soldat, Enée, se tiennent debout et enlacés désignant chacun de l'index ou de la main un endroit opposé. Il se trouve au port où une nef occupée par trois personnages (dont une vigie) est amarrée et semble attendre l'embarquement d'Enée. Derrière eux, une procession de quatre personnages (une femme et trois soldats) portant des récipients circulaires est abritée par un petit édifice constitué d'un toit bombé reposant sur quatre colonnes corinthiennes. Dans le fond, est figurée d'une ville avec enceinte crénelée et toits de diverses formes.

    Cheminée n°3 : Ophée, Mercure et Minerve (?), glorification de la famille de Glandèves

    Le programme iconographique de la cheminée se développe sur trois niveaux. Au niveau du foyer tout d’abord, les jambages sont constitués de deux personnages représentés nus, debout, les mains sur les hanches, le dos arrondi sous le poids : un atlante à la barbe et aux cheveux bouclés, une cariatide aux très longs cheveux ondulés.

    Ensuite la face du linteau est constituée de trois parties. En premier lieu, au centre, Orphée charme les animaux. Dans sa composition, cette scène reste très fidèle aux gravures : dans un cadre champêtre, Orphée, au centre, assis, tient sa lyre sur ses genoux avec, de part et d'autre des animaux couchés, dont une licorne sur la gauche. Au même niveau, à l'aplomb des jambages, deux sirènes stylisées, pourraient être une allusion au voyage des Argonautes au cours duquel Orphée permit à l’expédition, grâce à son chant, de résister au danger de celui des sirènes, surpassant leur pouvoir de séduction. Toujours au niveau du linteau mais sur les jouées cette fois, deux scène qui peuvent être lues en correspondance, comme un jeu de mots : à droite un personnage, assis, dévore des membres humains éparpillés autour de lui, il pourrait s’agir de Cronos dévorant ses enfants. Sur la jouée gauche, un personnage allongé, endormi, à côté d’un sablier : peut-être Chronos cette fois, personnification du temps.

    Enfin, troisième registre de lecture, la hotte à proprement parler est le support de la glorification de la famille de Glandèves. Sur le trumeau, un médaillon central, aujourd'hui vide, est surmonté du blason de la famille de Glandèves (fascé d'or et de gueules de six pièces), timbré d'un heaume taré de front et grillé, heaume réservé aux grands officiers du royaume, Honoré II de Glandèves est en effet nommé Sénéchal en 1666.

    A la base de la composition se trouvent deux animaux adossés, de part et d'autre du médaillon deux bustes (un féminin un masculin) gainés, sur l'épaulement du médaillons, deux putti, enfin, de part et d'autre des armoiries, deux pots à fleurs. Sur les montants et les jouées, la gloire militaire est mise à l’honneur. Sur les montants de la hotte, de part et d’autre du trumeau, sont figurés, en pied, sur fond de trophées d'armes : à gauche, un soldat et à droite une figure féminine, peut-être Mercure et Minerve ? Ces deux figures sont en effet souvent associés : l'éducateur de l'Amour mais aussi le dieu du commerce et des échanges, et la déesse de la sagesse qui est aussi une déesse guerrière. Leurs représentations, tout comme leurs positions sur la cheminée, est ici assez proche de celle de la cheminée du château d'Allemagne-en-Provence.

    Sur la jouée gauche, un personnage assis sur un canon souffle dans une trompette, toujours sur fond de trophée d'armes : cela pourrait être une représentation de la Renommée. Sur la jouée droite, un soldat en armure, debout, brandit un sabre.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Extrait du registre des délibérations du conseil municipal de Castetellet-Saint-Cassien. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : E DEP 043/002.

    Délibérations du conseil municipal en date du 30 octobre 1865 concernant la location d'un nouveau local pour servir de maison d'école et de logement pour l'instituteur. Ce nouveau local dans le château "se situe au rez-de-chaussée sur voûte, il est composé de quatres pièces, cuisine et chambre à coucher, salle d'école et une autre pièce pour y tenir le bois et autres provisions ; la salle d'école éclairée par deux ouvertures et les autres par une". Le local est louée à Joseph Ginoyer pour une durée de neuf ans, pour la somme de cinquante francs.
  • Extrait du registre des délibérations du conseil municipal de Castetellet-Saint-Cassien. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : E DEP 043/002.

    Délibération du conseil municipal en date du 3 janvier 1875 concernant le renouvellement du bail de location du bâtiment pour l'école pour 9 ans. Le bailleur s'engage à quelques travaux d'amélioration "blanchir à lait de chaux, réparer les croisées et carrelages, enfin à faire toues les réparations urgentes dans le courant du bail".
  • Baux à loyer pour la maison d'école, 1901 et 1910. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 1 O 100.

    Deux baux successifs signés entre la commune de Castellet-Saint-Cassien et le nouveau propriétaire de l'appartement du rez-de-chaussée du château, Germain Grac. La description du logement mentionne cinq pièces : "une chambre éclairée par deux fenêtres, dont l'une au midi et l'autre au couchant servant de salle d'école, une cuisine, deux chambres à coucher, l'une exposée au midi et l'autre au levant, une cinquième pièce servant de bûcher, le tout attenant. Dans ce bail est compris un petit jardin, d'une superficie de 29 mètres carrés, contigu au logement, exposé au midi".
  • Etat de sections du cadastre napoléonien de la commune de Castellet-Saint-Cassien. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 3 P111.

    Mensions des différents propriétaires des parcelles composant le château de Castellet-Saint-Cassien entre 1817 et 1867.
  • Inventaire des biens des émigrés dans les cantons d'Annot, Entrevaux et Ubraye. Inventaire des biens de l'émigré Glandèves en date du 28 avril 1792 au lieu de Castellet-Saint-Cassien en la ville d'Entrevaux. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 1 Q 62

    Inventaire des biens de l'émigré Glandèves en date du 28 avril 1792 au lieu de Castellet-Saint-Cassien en la ville d'Entrevaux
  • Récolement et vente des biens des émigrés du canton d'Entrevaux. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 1 Q 92.

    Récolement préalable à la vente des biens de l'émigré Glandèves au lieu de Castellet-Saint-Cassien du 10 au 17 janvier 1793
  • Répertoire des actes de vente de 1790 à 1812. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 1 Q 57.

    Liste des biens l'émigré Pierre Raimond Glandèves, avec numéros et dates des ventes ainsi que nom de l'adjudicataire et montant de l'adjudication. Pour le château de Castellet-Saint-Cassien : vente n°685 du 2 Frimaire an III du "château et dépendances à Saint-Cassien à Antoine Boulle pour 60200 livres". Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 1Q57
  • Registre des actes de ventes des biens nationaux du district de Castellane de décembre 1790 à nivose an II. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 1 Q 9.

    Adjudication définitive des biens de l'émigré Glandèves situés à Castellet-Saint-Cassien, 2 frimaire an III (22 novembre 1794).
  • Questionnaire sur l'état des paroisse du diocèse de Glandèves. Vers 1840. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 2 V77.

    Questionnaire sur l'état de la paroisse du Castellet-Saint-Cassien rempli par le desservant vers 1840. Il y est question du presbytère de Castellet-Saint-Cassien : la commune loue au sieur Aillaud d'Entrevaux (l'un des copropriétaires du château) un logement décrit comme "passable mais très exigu" se composant de "trois pièces strictement dont une sert de salon, de cuisine et de chambre à coucher, l'autre de chambre de la domestique et la troisième, très exigue sert de cabinet de provisions, il y a de plus une cave".
  • Arrêté ministériel du 4 août 1967 portant inscription sur l'Inventaire des sites pittoresques du département des Basses-Alpes l'ensemble formé par le village de Castellet-Saint-Cassien et ses abords. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 1190W0054.

    L'arrêté concerne les parcelles section B 69 à 84 et 92 à 98.
  • GUEYRAUD, Marie-Hélène. Les décors de gypseries dans l'architecture civile des Alpes du sud, 16e-17e siècles. DEA, université de Provence, sous la direction de Jean-Jacques Gloton, 1988.

    pp. 35-37, 46, 53, 64-67
Documents figurés
  • Carte de France dite carte de Cassini. / Dessin à l'encre par César-François Cassini de Thury, seconde moitié du 18e siècle. Bibliothèque nationale de France.

    Carte de Cassini levée entre 1760 et 1789 : le Castellet de Glandève.
  • Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 194 à 197.

    Feuille 194-12.
Bibliographie
  • OVIDE. Les métamorphoses. Paris : Veuve Langelier, 1619. Bibliothèque nationale de France, Paris : RES G- YC- 431.

    pp. 17, 28, 49, 210, 277, 294, 296, 303, 333, 400
  • FERAUD, Jean-Joseph-Maxime. Histoire, géographie et statistique du département des Basses-Alpes. Digne : Vial, 1861, 744 p.

    p. 519
  • ACHARD, Claude-François. Description historique, géographique et topographique des villes, bourgs, villages et hameaux de la Provence ancienne et moderne, du Comté-Venaissin, de la principauté d'Orange, du comté de Nice etc. Aix-en-Provence : Pierre-Joseph Calmen, 1788, 2 vol.

    p. 430
  • Clouzot, Etienne, Prou, Maurice. Pouillés des provinces d'Aix, d'Arles et d'Embrun. Diocèse de Glandèves. Paris : imprimerie nationale, 1923.

    Pouillés concernant le diocèse de Glandèves.
  • GRAC, Fernande. Le pays de la Chalvagne autrefois. Paris : Société des gens de lettres de France, 2011, 174 p.

    pp. 74-78
  • GRAC, Fernande. Les villages du val de Chalvagne. Puget-Théniers : Les Editions du Mercantour, 2005, 176 p.

    pp. 146-147.
  • COLLIER, Raymond. La Haute-Provence monumentale et artistique. Digne: Imprimerie Louis-Jean, 1986, 559 p. : ill.

    pp. 256-257, 377, 497-498, 529
  • MASSOT, Jean-Luc (dir.). Maisons rurales et vie paysanne en Provence : l'habitat en ordre dispersé. Ivry : Société d'Etudes et de Réalisations Graphiques (SERG), 1975, 401 p.

    p. 164. Bastide fortifiée de Vachères, exemple de domaine en Haute-Provence.
  • Avignon : imprimerie Aubanel, 1991, 166p. [photocopie partielle de l'ouvrage].

    pp. 53-54
  • ISNARD, Marie Zéphirin. Etat documentaire et féodal de la Haute-Provence. Digne : imprimerie Vial, 1913, 496 p.

    pp. 85-86 : au sujet de Castellet-Saint-Cassien et de la famille de Glandevez, seigneurs du lieu de 1231 à 1789.
  • ARTEFEUIL. Histoire héroïque et universelle de la noblesse de Provence.- Avignon : imprimerie Girard, 1776.

    pp. 492-499. Famille des comtes de Glandevès
  • ROURE, Scipion de. Les anciennes familles de Provence. Généalogie de la maison de Glandevès. Barons de Glandevès Comtes et Vicomtes de Pourrières. Paris : Honoré Champion Librairie, 1907.

    pp. 59-65 Seigneurs du Castellet-Saint-Cassien, barons de Glandevès.
  • GUERARD, Benjamin, DELISLE Léopold, De WAILLY Natalis. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille. Collection des cartulaires de France, t. VIII, éditeur B. Guérard, Paris : Typographie de Ch. Lahure, 1857, 2 volumes, CLVI-651-945 p.

    tome II, pp. 129-130, charte 781 : Carta sancti Cassiani.
  • COLLIER, Raymond. Monuments et art de Haute-Provence. Digne : Société Scientifique et Littéraire des Basses-Alpes, 1966, 225 p.

  • Baratier Edouard. La fondation et l'étendue du temporel de l'abbaye de Saint-Victor. Dans : Provence Historique, 1966, fasc. 65, t. XVI. Recueil des actes du congrès sur l'histoire de l'abbaye Saint-Victor de Marseille, 29-30 janvier 1966.

    p. 428
  • Fontana Jean-Loup. Décors de gypserie dans des résidences seigneuriales de Provence orientale. Dans : Chroniques de Haute Provence, 2010, n°365, 130e année. Revue de la Société scientifique et littéraire des Alpes-de-Haute-Provence.

    pp. 5-33

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