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Chapelle Notre-Dame-de-Piégut dite aussi chapelle Saint-Jean

Dossier IA04002421 réalisé en 2011

Fiche

Hypothèses historiques

Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille, 1764-1778. Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille, 1764-1778. Le lieu-dit du Piégut apparaît, pour la première mention connue, dans une charte du cartulaire de Saint-Victor de 1056 : le lieu de Poio dans le diocèse de Senez. Comme l'explique Mgr Soanen en 1712, le toponyme de Puyaigu vient de "podio acuto à cause de la colline qui est en pointe" (podium, lieu perché et acutus, aigu, pointu). Dans cette charte, il est déjà question de trois églises dédiées Sainte-Marie, Saint-Etienne et Saint-Jean, donnée par Rostan de Castellane à l'abbaye Saint-Victor de Marseille. Par la suite, il est plusieurs fois question, dans ce même cartulaire, de Sainte-Marie de Thorame, sans qu'il soit possible de déterminer avec certitude s'il s'agit de Notre-Dame de Piégut de Thorame-Basse ou de Notre-Dame-du-Serret de Thorame-Haute.

Concernant le 17e siècle, les archives livrent un prix-fait de 1620 concernant la reprise de la voûte de la chapelle (source non vérifiée), puis en 1641, un autre prix-fait commandant la réalisation de deux contreforts ainsi que la réfection de la toiture, alors en lauzes (voir transcription en annexe), à Jean Giraud maître-maçon de Clumanc. Le décor peint, très lacunaire, dans les tons ocres et rouges, que l'on observe encore sur les murs de la nef, datent sans doute également de la 2e moitié du 17e siècle.Vue intérieure : détail du mur sud.Vue intérieure : détail du mur sud.

La chapelle était contiguë à un ermitage et faisait l'objet d'une dévotion particulière donnant lieu à une procession. Pour le 18e siècle, les visites pastorales sont conservées, notamment celles de Mgr Soanen. Ainsi, en 1712, "la chapelle est bien couverte de planches" (il est ici question de la couverture qui est alors en bardeaux de mélèze). Le messe y est dite, à cette époque, deux fois par mois, elle est "l'objet de la dévotion de toute la paroisse". En 1788, Achard écrit que "l'Hermitage de N.D. est fort joli ; la chapelle est bien décorée". Un peu plus tard, en 1795, lors de l'estimation des biens du clergé saisis à la Révolution, on estime à 1400 livres : le "batiment cy devant chapelle rurale et hermitage sur le mont de Piegu contant cinquantes cannes environ dont les murs, voûte et toit se trouvent en assez bon état".

En 1840, un questionnaire est envoyé par l'évêché aux curés desservant. Au sujet de Piégut, le curé écrit qu'il existe une "confrérie en l'honneur de Notre Dame de Piégut sous le titre de sainte Anne". La confrérie "est érigée depuis 1648 en vertu d'un bref de sa Sainteté Innocent X qui a esté renouvelé le 22 août 1827 par un autre de Léon XII [...]. Le privilège est l'indulgence plénière qu'on peut gagner le dimanche avant la fête de sainte Anne et à l'article de la mort". Avant la Révolution, la fête de Notre Dame de Piégut attirait un grand concours mais maintenant, non seulement il n'y a pas d'étrangers mais un petit nombre de la paroisse se met en mesure pour gagner les indulgences". Le chemin de croix, avec quatorze stations sous forme d'oratoires, doit dater du 19e siècle et du regain de religiosité inhérent à la période.

Cependant, en 1842, d'après les écrits de Gras-Bourguet, si la chapelle est encore en état, l'ermitage est ruiné "jusqu'en 1790 l'ermitage avait été habité par un vénérable et pieux ermite. On n'aperçoit plus que des décombres de cette maison ; mais l'église n'a essuyé qu'une faible dégradation. [...] L'ermitage communiquait à la chapelle ; une citerne profonde y avait été creusée". En 1861, il n'y a déjà plus que la chapelle, Féraud écrit en effet que "l'ermitage de Piégut [...] avait autrefois une grande célébrité. On y accourait de toutes parts le jour de la fête nommée le Pardon de sainte Anne. L'ermitage n'existe plus mais la chapelle n'a essuyé qu'une faible dégradation. [...] Ses murs sont en tuf et d'une grande solidité". Dans la visite pastorale de 1869, les toitures et voûte semblent en bon état mais la "porte [est] à refaire et [il faut] recrépir à l'intérieur".

En 1906, le vocable de la chapelle a changé : "la fabrique possède non loin du hameau de Thorame-Basse une petite chapelle dédiée à St Jean [...] section A du plan n°271, construite sur le terrain communal avant l'époque révolutionnaire".

La chapelle est finalement désaffectée le 27 juillet 1960, date à laquelle l'acte est signé par l'évêque, à la demande du maire qui voit un danger pour les fidèles. Dans les archives communales, on trouve un état de la chapelle, avant travaux, au début des années 1990 : la chapelle est quasiment en ruine, laissée à l'abandon. La toiture n'est plus étanche, la voûte est effondrée en partie, les murs s'écartent malgré les contreforts. Aussi, en 1991, le conseil municipal en décide la restauration. En 1994, le sauvetage de l’édifice est assuré par la réfection de la voûte et de la toiture et la création d'un nouveau clocheton à l'identique, par la pose de trois clés et d’un chaînage de béton armé. Les travaux sont réalisés par René Blanc, entrepreneur à Colmars. En 1998, a lieu la réfection des façades de la chapelle et la restauration des quatorze stations du mont calvaire.

Description

Plan de situation sur fond d'orthophotographie.Plan de situation sur fond d'orthophotographie.La chapelle se trouve à mi-pente de la colline de Piégut, à l'ouest du village du Thorame-Basse, sur le chemin menant à la tour ruinée éponyme. On accède par un chemin non carrossable, bordé de quatorze stations d'un mont calvaire, figurées par de petits oratoires maçonnés abritant une niche où est placée un moulage de terre cuite.

Orienté, l'édifice, de dimensions modestes, présente un plan simple à nef unique, de trois travées prolongée par une abside semi-circulaire. La nef est voûtée en berceau brisé (voûte en pierre de taille), scandé de deux arcs doubleaux de section rectangulaire, retombant sur les piles engagées de même profil, contrebutés à l'extérieur par des contreforts. L'abside est couverte d'une voûte en cul-de-four. A la naissance de la voûte, court un cordon mouluré, prolongé par un cordon en demi-rond dans l'abside.

La chapelle est éclairée par des ouvertures en arcs segmentaires, datant sans doute du 18e siècle : l'une se trouve au-dessus de la porte d'entrée, assez haute, l'autre sur le pan sud de l'abside. On observe, dans la troisième travée, sur les murs nord et sud, deux grands arcs en plein cintre, aujourd'hui murés, qui posent la question de l'existence d'un éventuel petit transept ou, plus probablement, de chapelles latérales ou d'enfeux. Sur l'arc méridional, l'encadrement de pierre de taille est visible sous l'enduit. Sous l'arc méridional, une ouverture, postérieure, sans doute du 18e siècle, est également murée.

La toiture, moderne, est en zinc et est surmonté d'un petit clocheton au-dessus de l'abside.

Vocables Notre-Dame, Saint-Jean
Appellations Notre-Dame-de-Piégut
Parties constituantes non étudiées mont calvaire, oratoire
Dénominations chapelle
Aire d'étude et canton Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var - Allos-Colmars
Adresse Commune : Thorame-Basse
Lieu-dit : Piégut
Cadastre : 1827 A1 271 ; 2016 A 782

Il existe sans doute un édifice médiéval à cet emplacement, ancien prieuré de l'abbaye Saint-Victor de Marseille.

Peut-être détruit à la fin du 16e siècle, au moment des guerres de religion, il est reconstruit ou très restauré au début 17e siècle, avec d'autre modifications, notamment d'ouvertures, au 18e siècle. Jusqu'à la Révolution, la chapelle est associée à un ermitage et est le but d'une dévotion à sainte Anne et d'un pèlerinage. Au milieu du 19e siècle, l'ermitage n'existe plus, la chapelle est progressivement abandonnée.

A la fin du 20e siècle, elle est activement restaurée.

Période(s) Principale : 11e siècle , (?)
Principale : 1ère moitié 17e siècle
Secondaire : 18e siècle

Chapelle située à l'ouest du village du Thorame-Basse, à mi-chemin entre celui-ci et la tour ruinée, sur la colline de Piégut. Un mont calvaire, composé de quatorze oratoires, borde ce chemin jusqu'à la chapelle.

Il s'agit d'un édifice orienté, de plan simple, à nef unique à trois travées voûtées en berceau brisé, et prolongée par une abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four.

Murs calcaire enduit
Toit zinc en couverture
Couvrements voûte en berceau brisé
cul-de-four
Techniques peinture
Précision représentations

Le décor peint se trouve dans la troisième travée, sur le mur sud, autour, et sous, l'arc muré.

Peint dans les tons ocre et rouge, il figure, en trompe-l’œil, un retable architecturé. De part et d'autre, des médaillons portant le Christ (à l'est) et la Vierge (à l'ouest) représentés assez naïvement ; au-dessus du médaillon du Christ, une main divine émerge de nuées.

L'ensemble est très lacunaire et en très mauvais état.

Statut de la propriété propriété de la commune

Annexes

  • Transcription du prix-fait de 1641

    Prix-fait pour des réparations à chapelle Notre-Dame de Piégut, Thorame-Basse. Dans minutes de Me Jean Honorat, notaire à Thorame-Basse, 1637-1646. 22 juillet 1641. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 2 E 15757.

    Transcription par Elisabeth Sauze.

    Prix-fait pour la luminère et chapelle Nostre-Dame de Piey-Agutde Thorame-Basse

    L’an 1641, 22 juillet (...) Jacques Rangin recteur de la confrairie su sainct Rozaire de Thorame-Basse adsisté de me Sauvaire Monge consul moderne, Anthoine Honnoré, Pierre Sumian et Heriyes Laugier et autres particuliers dud. Thorame lesquelz de leurs grés ont bailhé et bailhent à prix-fait à Jehan Giraud me masson du lieu de Clumanc présant stippulant de fère deux ancres que sont nécessères à Notre-Dame de Piégut, l’une du cousté du midy et l’autre du septantrion aux paches suivantz que ladte confrairie sera tenue lui fournir de mortier et manuvres tant que sera nécessère et ledict Giraud sera tenu fère ledtes deux ancres là où il y sera dict par ledt recteur ou autres apparantz dudt lieu et ce de la mesme largeur et hauteur de celle quy est du cousté du septantrion et encores surpassera d’auteur de deux pans s’il en est besoin ; comme encores sera tenu de fère et acomoder les lauves du couvert fors et excepté celles du presbisteri à chaux et sable et d’y en mettre tant que sera nécessère et les prandre du pied jusques à la sime pour icelles estre acomodées en bon estat faizant le présent prix-fait moyenant la somme de quatorze livres que ledt recteur promet luy payer lors et quant que la besogne sera achevée promettant aussi ledt Giraud fère ladte réforme qu’elle soit receptable et icelluy Rangin recteur le payer au susdt terme, lequel prix-fait ce fera dans quinze jours prochains (...).

    Fait et publié aud. Thorame-Basse et dans ma maison es présences de Marc-Antoine Sauvan et Jehan Monge dudt lieu,

    Jacques Rangin, P. Simon, S. Monge, Giraud, Honnorat, M.-A. Sauvan.

    [A la suite : ] le 29 juillet suivant, quittance de 8 ½ livres.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Prix-fait pour des réparations à chapelle Notre-Dame de Piégut, Thorame-Basse. Dans minutes de Me Jean Honorat, notaire à Thorame-Basse, 1637-1646. 22 juillet 1641. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 2 E 15757.

  • Procès-verbaux de visites pastorales, évêché de Senez, 1708-1723. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 2 G 18.

  • Procès verbal d'estimation et de divisions des biens nationaux du district de Castellane. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 1 Q 062

    Estimation des biens nationaux du 3 février 1795.
  • Questionnaire sur l'état des paroisses du diocèse de Digne, cantons d'Allos à Colmars, vers 1840. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 2 V 76

  • Procès-verbaux de visites pastorales, évêché de Digne, doyennés de Castellane, Colmars, Digne et Entrevaux, 1840 - 1879. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 2 V 87

  • Inventaires des biens des fabriques des paroisses de l'arrondissement de Castellane dressés en exécution de l'article 3 de la loi du 9 décembre 1905. 1906. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 1 V 65

  • Dossier de désaffectation puis de restauration de la chapelle Notre-Dame-de-Piégut, Thorame-Basse. 1950-2000. Archives communales, Thorame-Basse : non coté.

Documents figurés
  • Carte de France dite carte de Cassini. / Dessin à l'encre par César-François Cassini de Thury, seconde moitié du 18e siècle. Bibliothèque nationale de France.

    Carte de Cassini levée entre 1760 et 1789 : Thorame-Basse.
  • Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 194 à 197.

    Détail de la planche 194-16bis : le vilage de Thorame-Basse et la chapelle de Piégut.
  • Plan cadastral de la commune de Thorame-Basse / Dessin à l'encre sur papier par Beaudun, Corriol et Ricard, 1827. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 105 Fi 218 / 001 à 022.

    Section A1, parcelle 271 (105 Fi 218 / 002).
Bibliographie
  • ACHARD, Claude-François. Description historique, géographique et topographique des villes, bourgs, villages et hameaux de la Provence ancienne et moderne, du Comté-Venaissin, de la principauté d'Orange, du comté de Nice etc. Aix-en-Provence : Pierre-Joseph Calmen, 1788, 2 vol.

    p. 496
  • FERAUD, Jean-Joseph-Maxime. Histoire, géographie et statistique du département des Basses-Alpes. Digne : Vial, 1861, 744 p.

  • GEAN, Jacky, GIORDANENGO, Jean. A l'ombre du clocher. Histoire d'un pays entre Var et Verdon. Breil-sur-Roya : Les Editions du Cabri, 1997. 207 p. : ill.

    p. 94
  • GRAS-BOURGUET. Antiquités de l'arrondissement de Castellane (Basses-Alpes). Digne : Repos, 1842, 314 p. : ill. ; 21 cm.

    p. 115-116.
  • VERLHAC, Josette, VIRE, Marie-Madeleine. Monuments d'hier et d'aujourd'hui. Dans : Annales de Haute-Provence ; le Haut-Verdon, n°306, 2e trimestre 1988, p. 221-271.

    p. 221, 231-232, 272.
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