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batteries ouvertes du Coudon

Dossier IA83002193 réalisé en 2015

Fiche

Construction et armement

Une Instruction datée du 30 mai 1872 1 institue une commission mixte de révision de l'armement du littoral de l’arrondissement maritime de Toulon qui, de septembre 1872 à mai 1873, détermine un programme concernant notamment la mise aux normes des batteries de côte. En mars 1873, la défense terrestre éloignée de la place de Toulon fait l’objet d’un rapport rédigé par le colonel Le Masson, directeur des fortifications, qui renouvelle complètement un précédent projet général de camp retranché de mai 1867, en intégrant les enseignements tirés, entre temps, de la guerre de 1870 qui avait révélé les faiblesses de l'artillerie française. Cette même année 1873 le général Raymond-Adolphe Séré de Rivières, commandant du génie, prend la direction du Comité de Défense et planifie la réorganisation défensive des frontières de la France, tant terrestres que maritimes. Il en ressort officiellement la mise en place d'une nouvelle typologie des forts et batteries détachés à distance des places fortes, armés de canons permettant des tirs à longue portée (6-9 km).

Le comité des fortifications propose en avril 1873, reprenant une partie de ses conclusions antérieures d’un an, de renforcer les défenses du Mont Faron, et d’occuper les hauteurs autour de Toulon jusqu’à 6 km de distance, soit, du nord à l'ouest, Mont Caume, Croupatier, Gros Cerveau et Six-Fours (prévu dès 1872); et, dans le secteur nord-Est, à partir de la redoute en construction à La Croix-Faron : Mont Coudon, Thouars et La Colle-Noire, cette dernière position devant croiser ses feux avec ceux du Coudon. 2

Ce programme de fortification terrestre n'est pas officiellement mis en œuvre avant que soit lancé aussi le nouveau plan de défense de la rade de Toulon, en 1878, portant sur le remise au normes des batteries de côte, le tout appliquant les normes du « système Séré de Rivières ». Les réalisations terrestres concernent le secteur est, avec les forts du Coudon et de la Colle Noire, l'occupation de la hauteur intermédiaire de Thouars par un troisième fort étant finalement abandonnée. Ce programme de défense principalement terrestre s'intègre au plan de défense de la rade, le fort de la Colle Noire et son fortin d'appui de la Gavaresse étant aussi des batteries côtières de bombardement, de même que, dans une moindre mesure, comme on va le voir, une partie mineure des ouvrages du Coudon.

Au Coudon, l'appropriation du site commence par la création d'une route d'accès militaire, dont le tracé est approuvé en mars 1876, après qu'une surface totale cumulée de 11 hectares 8 centiares ait été acquise pour la route sur des terrains de particuliers, au moyen d'expropriations. Les travaux de la route sont confiés à l'entreprise Ligeart, et achevés en 1879. Le projet définitif de fortification du Coudon, rendu en mars 1878 et approuvé en décembre de la même année par le ministre de la Guerre, prévoit un dispositif complexe composé du fort, dit fort Est, d'un fortin d'appui dit du Bau Pointu ainsi que trois batteries annexes ouvertes, une liée au fort dite batterie du Gros Rocher, deux batteries annexes ouvertes distantes, plus importantes, dites batterie Nord et batterie Sud, sur la route d'accès entre le fort et le fortin, donc sur les terrains acquis dès 1875. L'ensemble du chantier de construction des ouvrages du Coudon est confié à l'entreprise Andreoli et réalisé entre 1879 et 1884, en commençant par le Fort Est, de 1879 à 1882, et en finissant par le fortin du Bau Pointu, de 1882 à 1884. Dans ce cadre, on ignore la date exacte et le coût de construction des deux batteries annexes, qui agissent dans des directions opposées, et n'ont pas de capacité d'autonomie à l'égard du fort, n'étant pas retranchées et n'ayant ni magasin à poudre, ni bâtiment de logement de troupe ou de gardien 3. Elles se composent essentiellement d'un épaulement avec plates-formes d'artillerie et traverses-abri, à l'instar de batteries annexes d'ouvrages de défense côtière (telles celles de la Croix des Signaux ou de la Piastre dans la presqu'île de Saint-Mandrier).

De fait, la batterie annexe Sud, par sa position faisant face à la grande rade, doit être considérée comme une batterie de côte capable de tirs de bombardement à longue portée 4. L'armement des deux batteries annexe n'est pas documenté avec précision dans l'état actuel des connaissances, mais on connaît l'état de l'artillerie totale du Coudon en 1883, ce qui permet de conclure par élimination qu'elles étaient armées de six à huit canons de 155 mm (les autres du même calibre étant au fort), répartis sur les deux batteries, sans doute surtout sur celle du Nord, et de deux canons de 24 cm, les plus gros calibres du site, assurément placés sur la batterie Sud puisqu'il s'agit d'artillerie lourde de côte, nécessairement des canons de 24 cm système De Bange, modèle 1878 ou 1883.

Après la seconde guerre mondiale, tandis que le fort est réaffecté (en 1959) à une base d'expérimentation de l'armement (G.T.E.S. : groupe technique d'engins spéciaux, puis C.E.M. : Centre d'Essais de la Méditerranée), investissant aussi les abords, les batteries annexes, probablement désarmées depuis la première guerre, sont abandonnées et progressivement dégradées, jusqu'à l'état de ruine actuel, devenu presque illisible.

Analyse architecturale

Site et implantation générale

Les deux batteries sont implantées sur le plateau supérieur du Mont Coudon, auquel on accède par la longue route militaire en lacets traversant le massif rocheux dans son grand axe est-ouest, construite en 1878-1879, dite aujourd'hui "route du fort Coudon" et classée route départementale 446. Son départ à l'ouest se branche à droite de la route départementale 46, en venant de La Valette-du-Var et à mi-distance du Revest. Nommé d'abord sur 1,3 km route de Tourris, cette ancienne route militaire ou D.446 fait une bifurcation entre la continuation de la route de Tourris à gauche, celle du fort à droite, puis monte en lacets sur environ 3,2 km jusqu'au fort. Elle dessert au passage, à 2, 5km, un premier embranchement à gauche, soit le chemin montant au fortin du Bau Pointu, puis, 200m plus loin, à droite, la batterie Sud, à 627m d'altitude, et, dans la courbe du dernier lacet de la route, à gauche, la batterie nord, à 658m d'altitude. Ces deux ouvrages étaient directement ouverts à la gorge sur la route. La batterie sud, face à la grande rade, sur le rebord du versant sud du massif est à 650m du fort par la route, 300m à vol d'oiseau, la batterie nord, sur le versant nord, à 100m à vol d'oiseau au nord du fort.

Plan, distribution spatiale, circulations et issues, structure et mise en œuvre

Les deux batteries annexes du Coudon sont aujourd'hui dans un tel état de dégradation que, faute de disposer de plans de leur état ancien, il n'est plus possible d'en donner une description précise. Les photographies aériennes IGN des années 1960, antérieures aux destructions qui défigurent les lieux, permettent cependant une lecture de leurs dispositions générales anciennes 5.

La batterie Nord, est actuellement totalement bouleversée par le nivellement et le remblaiement de ses plates-formes et parapets, réalisée à une date relativement récente pour établir une esplanade ou aire de stationnement de plain-pied avec la route, équipée d'un réservoir non enterré. La démolition des parapets a fourni les remblais de comblement. Elle se composait de deux épaulements de plan en chevron en continuité l'un de l'autre et échelonnés en profondeur, celui de gauche, très obtus, offrant des positions de tir au nord (branche gauche) et nord/nord-est (branche droite), en avant de celui de droite, moins obtus, avec positions de tir au nord et à l'est (branche droite formant flanc).

Deux grosses traverses-abri assuraient le défilement, l'une au centre, entre les deux épaulement, l'autre à gauche de l'épaulement de gauche. Ces deux traverses-abri, encore en partie garnies de leur merlon de terre, sont aujourd'hui au trois quarts ensevelies, en sorte que l'on ne voit plus émerger que le quart supérieur de leur façade ou mur de profil, mieux conservé pour celle de gauche, moins large que celle du centre. Il s'agit de façades classiques, l'une plate, l'autre (traverse centrale) en deux pans saillant en angle obtus, parementées en opus incertum soigné, avec arase couverte d'une tablette en pierre de taille dure, horizontale au centre, pendante sur les côtés. La partie centrale des deux façades, derrière laquelle est enterré l'abri voûté en berceau, profond et relativement étroit, est en léger avant-corps du reste du parement, sans traitement particulier des angles. L'abri ne s'ouvre pas par une simple porte, mais par une grande arcade en façade, couverte d'un arc segmentaire, avec claveaux en pierre de taille de finition rustique, saillant un sur deux à l'extrados. Munie d'une feuillure dans laquelle jouait une paire de vantaux blindée, cette arcade est identique à celle des niches à munitions du fortin du Bau Pointu, adapté à un abri beaucoup plus profond. Une cheminée placée vers le centre de la voûte de chaque abri assurait sa ventilation ; la souche émergeant est en briques, renforcée au ciment.

Batterie nord, traverse-abri de la section gauche, cheminée de ventilation.Batterie nord, traverse-abri de la section gauche, cheminée de ventilation.

La batterie Sud, nichée à l'abri d'un gros massif de rochers qui la surplombe directement à l'ouest / sud-ouest, n'est pas remblayée ni dérasée, mais son état actuel n'en est pas moins chaotique et perturbé par des destructions partielles. Plus petite que celle du nord, elle se compose d'un épaulement en deux branches ou deux sections d'artillerie, séparées par une traverse creuse médiane. La branche gauche est de plan en chevron obtus, permettant des tirs au sud/sud-est et au sud, tandis que la branche droite est courte et rectiligne, face au sud/sud-est.

L'unique traverse-abri est de conception totalement différente de celles de la batterie nord : en effet, elle n'a pas de façade de gorge, mais abrite une communication casematée transversale entre les deux plates-formes ou sections d'artillerie. Voûté en berceau, ce couloir dessert au passage, en branche de croix un abri dans l'axe longitudinal de la traverse, également voûté en berceau et de même hauteur sous clef. La communication transversale débouche de chaque côté en formant une arcade dans un étroit mur de soutènement. Du côté de la plate-forme gauche, cette façade latérale est renfoncée dans le flanc taluté du merlon de la traverse, encadrée de murs de profil en retour d'équerre, à arase pendante. L'arcade d'entrée de la communication se distingue par les longs claveaux en pierre de taille soigneusement appareillée de son arc extradossé. Elles est encore munie d'une porte-grille en fer à deux vantaux, en bon état, qui semble relativement ancienne, même si elle ne date évidemment pas de 1883. Du côté de la branche droite, l'arcade, également fermée d'une porte-grille, est plus sommaire et son mur non renfoncé, sans murs de profil (actuellement tagué). De ce même côté, subsiste un revêtement en pierre sèche qui soutenait la face intérieure du parapet de batterie.

Batterie sud, traverse-abri : issue de la communication transversale casematée vers la plate-forme gauche.Batterie sud, traverse-abri : issue de la communication transversale casematée vers la plate-forme gauche.

L'ensemble de cette batterie Sud est directement surplombé par le front de gorge et l'avancée ouest du fort du Coudon, ce qui permettait un contrôle visuel à distance depuis le fort.

1Instruction destinée à guider les Commissions mixtes d’officiers de l’artillerie, du génie et de la marine qui devront, dans chaque arrondissement maritime, procéder à la révision de l’armement du littoral., Commission de défense des côtes. SHDV ancien article 13 (cote précise non notée)2B. Cros, Citadelles d’Azur, Aix en Provence, 1998, p. 120-1213Il n'y a pas, de ce fait, pour les batteries annexes, l'équivalent des feuilles de plans légendées des années 1900 existant pour le fort et le fortin. En effet, ces feuilles sont tirées d'un Petit Atlas des Bâtiments Militaires, et les batteries annexes sont des ouvrages de fortification dépourvues de bâtiment. D'autres informations ponctuelles, pauvres en ce qui concerne les batteries, sont données (d'après des sources conservées dans le fort - non référencées) dans une notice historique inédite dactylographiée établie en 1983 par un officier du C.E.M. sans date ni signature, en possession de Bernard Cros, qui me l'a communiquée. 4C'est aussi le cas de la batterie du Gros Rocher, directement liée au fort du Coudon.5Géoportail IGN, photos aériennes verticales, campagnes 1964, 1965, 1966, 1968, 1969.
Précision dénomination batteries ouvertes
Appellations batteries du Coudon
Dénominations batterie
Aire d'étude et canton Var
Adresse Commune : La Valette-du-Var
Lieu-dit : le Coudon

Les deux batteries annexes du Coudon n'ont pas d'histoire propre : elles font partie du programme général de fortification du Mont Coudon mis en œuvre entre 1879 et 1884, et sont des annexes sans autonomie du fort Est du Coudon, pièce maîtresse du dispositif.

Arrêté en 1873 par un rapport rédigé en mars 1873 par le colonel Le Masson, directeur des fortifications de Toulon, et un avis consécutif du comité des fortifications, le principe d'occupation du Mont Coudon par un fort répondait à la nécessité d’occuper les points hauts principaux d’où l’ennemi pourrait opérer un bombardement sur Toulon et sa rade, en rendant plus difficiles les attaques par l’est. L'ouvrage prévu observait les normes préconisées simultanément à l'échelle nationale par le général Séré de Rivières, notamment la capacité d'assurer une défense éloignée jusqu'à 6 à 9km par des tirs à longue portée.

La route d'accès militaire fait l'objet d'un projet approuvé en mars 1876, précédé de l'expropriation de plus de 11 hectares. Le projet définitif de fortification du Coudon, rendu en mars 1878 et approuvé en décembre par le ministre de la Guerre, comporte, outre le fort, dit fort Est, et le fortin dit du Bau Pointu, une batterie extérieure attenante au fort, et deux batteries annexes ouvertes distantes, plus importantes. L'ensemble du chantier de construction des ouvrages est confié à l'entreprise Andreoli et réalisé entre 1879 et 1884, en commençant par le Fort Est, de 1879 à 1882, et en finissant par le fortin du Bau Pointu, de 1882 à 1884. Ce programme de fortification avant tout terrestre s'intègre aussi dans le nouveau plan de défense de la rade de Toulon (1878), portant sur la remise au normes des batteries de côte, la batterie annexe sud du Coudon pouvant être considérée, par sa position, et malgré la distance, comme une batterie de côte. L'armement des deux batteries était composé principalement de pièces de 150mm, mais aussi de deux pièces de 24cm, artillerie lourde de défense côtière, assurément placées sur la batterie annexe Sud.

Désarmées sans doute dès la première guerre mondiale, mais en assez bon état jusque vers les années 1970, les deux batteries annexes du Coudon sont aujourd'hui très défigurées par des destructions et remblaiements.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle
Auteur(s) Auteur : Andreoli,
Andreoli

Entreprise de terrassement et maçonnerie dans le secteur de Toulon, 2e moitié du 19e siècle. Adjudicataire des travaux de construction des batteries côtières et du système de défense du secteur du Coudon entre 1879 et 1884.


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entrepreneur de maçonnerie, attribution par source

Les restes des deux batteries sont immédiatement accessibles au bord de la route montant au fort ; la batterie Sud, face à la grande rade, sur le rebord du versant sud du massif est à 650m du fort par la route, 300m à vol d'oiseau, la batterie nord, sur le versant nord, dans le dernier lacet de la route, à 100m à vol d'oiseau au nord du fort.

La batterie Nord se composait de deux épaulements (rasés) de plan en chevron en continuité l'un de l'autre et échelonnés en profondeur, celui de gauche, très obtus, offrant des positions de tir au nord (branche gauche) et nord/nord-est (branche droite), en avant de celui de droite, moins obtus, avec positions de tir au nord et à l'est (branche droite formant flanc). Deux grosses traverses-abri assuraient le défilement, l'une au centre, entre les deux épaulement, l'autre à gauche de l'épaulement de gauche. Ces deux traverses sont aujourd'hui au trois quarts ensevelies, en sorte que l'on ne voit plus émerger que le quart supérieur de leur façade ou mur de profil. La partie centrale des deux façades, derrière laquelle est enterré l'abri voûté en berceau, profond et relativement étroit, ventilé par une cheminée, est en léger avant-corps et percée d'une grande arcade couverte d'un arc segmentaire, semblable à celle des niches à munitions du fortin du Bau Pointu.

La batterie Sud, nichée à l'abri d'un gros massif de rochers qui la surplombe directement à l'ouest / sud-ouest, mieux conservée, se compose d'un épaulement en deux branches ou deux sections d'artillerie, séparées par une traverse creuse médiane. La branche gauche est de plan en chevron obtus, permettant des tirs au sud/sud-est et au sud, tandis que la branche droite fait face au sud/sud-est. La traverse-abri diffère de celles de la batterie nord : elle abrite une communication casematée transversale entre les deux sections d'artillerie, voûtée en berceau, et desservant au passage, un abri voûté de même dans l'axe longitudinal de la traverse. Les deux issues opposées de la communication forment une arcade ménagées dans un étroit mur de soutènement. Du côté gauche, l'arcade, renfoncée entre deux murs de profil se distingue par les longs claveaux en pierre de taille de son arc extradossé.

L'ensemble de cette batterie Sud est directement surplombé par le front de gorge et l'avancée ouest du fort du Coudon, ce qui permettait un contrôle visuel à distance depuis le fort.

Murs calcaire moellon
pierre pierre de taille
brique
ciment
Toit terre en couverture
Couvrements voûte en berceau

Ensemble des deux batteries mal conservé, et potentiellement en voie de disparition.

Statut de la propriété propriété publique

Références documentaires

Bibliographie
  • CROS, Bernard. Citadelles d'Azur, quatre siècles d'architecture militaire varoise. Aix-en-Provence : 1998, 159 p.

    P. 120-121.
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