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batterie, ouvrage mixte dit ouvrage, redoute et téléphérique de Roche-la-Croix, de l'organisation défensive de l'Ubaye.

Dossier IA04000018 réalisé en 1991

Fiche

1. HISTORIQUE

L'édifice actuel, "ouvrage de Roche-la-Croix", a été construit de 1931 à 1936 sur et sous un ouvrage antérieur dit "redoute de Roche-la-Croix", construit de 1883 à 1892 et dont une grande partie a été arasée pour construire le nouvel ouvrage, mais dont plusieurs éléments furent conservés comme casernement de temps de paix, ou même incorporés au nouvel ouvrage. Il semble logique donc d'évoquer séparément, et par ordre chronologique, les deux édifices successifs ainsi que le téléphérique construit pour alimenter l'ouvrage actuel et que, malgré la distance de 800 m qui les sépare, doit être considéré comme en faisant partie.

L'ouvrage (flanc gauche) vu depuis le haut de Saint-Ours, à 1600 m de l'autre côté de l'Ubayette. Au sommet de la falaise, le bloc 6. Derrière, le bloc 5 et le casernement de temps de paix. A gauche, le fossé vu en enfilade. A droite, le ravin de Siguret.L'ouvrage (flanc gauche) vu depuis le haut de Saint-Ours, à 1600 m de l'autre côté de l'Ubayette. Au sommet de la falaise, le bloc 6. Derrière, le bloc 5 et le casernement de temps de paix. A gauche, le fossé vu en enfilade. A droite, le ravin de Siguret.

A. Redoute de Roche-la-Croix (parfois "batterie inférieure de Roche-la-Croix") (édifice en partie disparu)

Pas de traces d'édifice antérieur. Lors de la conception de la forteresse de Tournoux (1836-1843) pour verrouiller la trouée de l'Ubaye, il avait été logiquement posé comme axiome, compte tenu de l'armement de l'époque, que les pentes de la forêt de la Silve et de la Tête de l'Homme, sises en face du nouvel ouvrage et le dominant, étaient inaccessibles à l'artillerie, même légère, et ne constituaient pas des hauteurs dangereuses. Mais, dès 1858, avant même l'achèvement de la construction, l'artillerie rayée venait conférer un surcroît de puissance non négligeable aux pièces de montagne, jusque là négligeables. Après 1870, la naissance, à l'initiative de l'Italie, de troupes de montagne spécialisées, et le développement des colonnes muletières amenèrent un renversement des données initiales : les pentes du versant sud-ouest de la vallée de l'Ubayette devenaient perméables, et la valeur de Tournoux en tant que fort d'arrêt se trouvait sensiblement réduite, avec ses positions de batteries à ciel ouvert et certaines façades de casemates exposées et "plongées" par les hauteurs de la Silve devenues dangereuses. A ce point que dès 1874, le Comité de Défense s'accorde pour considérer le nouveau fort - achevé depuis 6 ou 7 ans à peine - comme désormais incapable de résister et d'accomplir son rôle. Aussi, dès 1879, lui ajouta-t-on, au-dessus, les deux lignes de batteries des Caurres, dont les grosses pièces doivent enfiler la trouée de Meyronnes et battre les pentes de la Silve. Mais ce n'est qu'un palliatif, car ces ouvrages ne voient pas le col de Larche et la quasi totalité de la vallée de l'Ubayette, débouché d'un col carrossable particulièrement dangereux : de fort d'arrêt isolé, la position de Tournoux évolue vers un statut de place à forts détachés. Dans sa séance du 15 avril 1882, le Comité de Défense adopte les propositions de la sous-commission chargée des études du 15e corps d'armée, visant à construire, selon une idée émise par le Comité des Fortifications, un "ouvrage permanent" sur le contrefort abrupt dit "La Roche-de-la-Croix" pour interdire ce débouché des cols de Larche et de Mirandol, et de laisser à la défense mobile "le temps de s'organiser". Le projet d'un "ouvrage solide" est adopté pour Roche-la-Croix.

Les études conduisent, en fait, à le fractionner en deux ouvrages superposés : la "redoute" de Roche-la-Croix et la "batterie supérieure" de Roche-la-Croix, la désignation de "redoute" ayant été officialisée pour distinguer l'ouvrage bas de celui du haut : en fait, il ne s'agit pas d'une redoute, mais bien d'une batterie fermée, dotée d'une bonne autonomie défensive. L'ouvrage - et sa longue route d'accès (chemin stratégique n° 3) – sont construits de 1883 à 89, mais dès 1885, la crise dite "de l'obus torpille" vient remettre en cause les normes de construction. Certes l'apparition des nouveaux projectiles n'a pas les mêmes conséquences en montagne que dans le nord-est, mais elle confère néanmoins à l'artillerie de montagne une augmentation de puissance indéniable.

Aussi, à Roche-la-Croix, au lieu de s'arrêter, chantier terminé, les travaux se poursuivent par le creusement dans la falaise à une cinquantaine de mètres derrière la batterie, d'un magasin à poudre sous roc garantissant au moins l'ouvrage contre une explosion. Simultanément, on crée une coupure sur la route d'accès, avec porte et pont-levis, pour inclure le nouveau magasin dans un périmètre de sécurité. La batterie est ensuite reliée directement à la vallée par un "transporteur à câble" pour pallier la coupure éventuelle de la route par la neige ou un éboulement. Malgré quelques projets d'amélioration, dont l'un visant à cuirasser les embrasures des casemates à canon, les choses resteront en l'état jusqu'en 1931. De 1883 à 1892, l'ouvrage a coûté 553 831,48 francs.

L'ouvrage vu, sur l'arrière, depuis la route d'accès. A droite, le bloc 1 (entrée), à gauche, le casernement de temps de paix, utilisant une partie des casemates de l'ancienne redoute.L'ouvrage vu, sur l'arrière, depuis la route d'accès. A droite, le bloc 1 (entrée), à gauche, le casernement de temps de paix, utilisant une partie des casemates de l'ancienne redoute.

B. Ouvrage de Roche-la-Croix

Lors des études préliminaires relatives à la réorganisation complète de notre système défensif des frontières, la C.D.F., dans son rapport du 12 février 1929 relatif au sud-est, propose de barrer la vallée de l'Ubayette, débouché du col de Larche, par un "barrage de Larche", c'est-à-dire un tronçon de front fortifié puissant dont les deux piliers doivent être, en rive droite, le centre de résistance de Saint-Ours, et, en rive gauche, celui de Roche-la-Croix, distants de 1600 m environ.

Après approbation ministérielle de ce schéma (le 19 mars), la Direction du Génie de Briançon (lieutenant-colonel Loriferne), délégation locale de la C.O.R.F. - qui, en tant que maître d'oeuvre désigné, prend le relais de la C.D.F. - établit un avant-projet sommaire de l'ouvrage de Roche-la-Croix, inclus dans le dossier d'ensemble 679/S du 9 novembre 1929, relatif à l'organisation de la Haute-Durance, et contenu dans les limites des 61,5 MF de l'estimation de la C.D.F., en vue du chiffrement de la loi-programme.

La loi du 14 janvier 1930 - "loi Maginot" - n'accorde que 204 MF à la frontière du sud-est, ce qui se place en dessous du seuil du possible, et l'année 1930 est consacrée par le maréchal Pétain, vice-président du Conseil supérieur de la Guerre, à effectuer des reconnaissances détaillées et à essayer d'obtenir une rallonge de 200 MF, dont, finalement, 158 lui seront accordés. C'est donc d'un crédit total de 362 MF dont la CORF propose, le 24 décembre 1930 (rapport n" 434/FA) l'emploi au ministre (état-major de l'armée, 3e bureau) avec répartition des organisations projetées en trois catégories : constructibles directement, non constructibles sans crédits supplémentaires, constructibles éventuellement par main d'oeuvre militaire.

Dans ce document, le "barrage de Larche" - dont Roche-la-Croix - figure en première urgence pour une estimation globale de 19,1 MF, toujours incluse dans l'estimation précitée. Les propositions ayant été approuvées le 26 janvier 1931, Roche-la-Croix est incorporé, pour 10,5 MF (contre 12,4 à Restefond) dans le programme d'exécution qui, à quelques remaniements près, va devenir le cadre directeur des réalisations de 1931 à 1936.

L'APS de novembre 1929 prévoyait essentiellement, à l'intérieur de la batterie antérieure :

- un bloc-casemate, à gauche, en redan, avec 2 mortiers de 75 flanquant vers Saint-Ours, un mortier de 75 et un canon de 75 frontaux tirant sur le col de Larche

- à droite, un bloc-casemate à 2 canons de 75 tirant sur le col de Larche

- au-dessus, une cloche GFM, et une entrée arrière, le tout greffé sur une infrastructure souterraine.

On notera, au passage, que ce projet reste identique à la batterie de 1883, ce qui correspond au souhait souvent répété de la C.D.F. de mettre l'accent, pour des raisons d'économie, sur la modernisation des ouvrages existants, de préférence à la création d'ouvrages neufs : ce souhait était souvent tactiquement réalisable, puisque le tracé de la frontière n'avait pas varié, mais l'était beaucoup moins techniquement, et on fut souvent conduit, dans la réalité, à construire un ouvrage moderne sous l'ancien (Sapey, à Modane, Barbonnet, à Sospel) voire même, comme à Roche-la-Croix, à raser en partie l'ouvrage ancien avant d'établir le nouveau.

Normalement, les casemates frontales prévues dans l'APS de 1929 auraient dû être cuirassées, compte tenu de leur orientation face à une direction particulièrement dangereuse. Or, le cuirassement d'une casemate frontale, représentait un surcoût de 137.500 F pour un canon-obusier de 75, et 129.000 F pour un mortier de 75 (voir, à ce sujet, la discussion relative aux casemates de l'ouvrage de Restefond) par rapport au prix d'une casemate bétonnée ordinaire, soit dans le cas de Roche-la-Croix, un accroissement de dépense de 541.500 F (dont il faut cependant déduire le prix de la surépaisseur de béton armé d'1,25 m du mur de masque imposée par les normes aux casemates frontales non cuirassées, conformément à la "notice relative à l'organisation des casemates pour pièces de 75 en pays de montagne" approuvée par D.M. n° 3057-2/43 du 31 août 1931).

C'est le général Belhague qui, dès le 15 novembre 1930, à l'issue des réflexions relatives à ce sujet, trancha finalement en faveur d'une tourelle à éclipse de 75-33 à deux tubes, solution ayant l'avantage d'une bien moindre visibilité, d'une protection supérieure, de la possibilité théorique de tirer, en direction sur 360° au lieu de 45° en casemate, et de ramener le nombre des canons-obusiers de 3 à 2. Mais une tourelle coûtait, seule, 3.920.000 F + 250.000 F de transport, et de l'ordre d'une dizaine de millions avec le bloc, les munitions etc. : ce choix, idéal certes, tournait résolument le dos au souci d'économie et explique, en grande partie, le prix final de l'ouvrage.

Le projet d'ensemble fut établi le 18 mars 1931 par la DG de Briançon, suivi des projets des blocs, du nouveau téléphérique (754/S du 11.8.31) et de la voie ferrée de 0,60 (8.3.1932) réalisée par main d'oeuvre militaire pour relier la recette supérieure à l'entrée de l'ouvrage.Compte tenu de l'altitude moyenne, les travaux, commencés en 1931 étaient à peu près terminés en 1936 à la dissolution de la CORF, pour les cinq premiers blocs. A la date du 29.10.36, la fiche financière accuse un total de 14.651.100 F, dont 6.897.000 F à la charge des services centraux (cuirassements, armement, optique, munitions, transmissions etc.).

La première phase des travaux avait commencé par la démolition des casemates E, F et du magasin à poudre, et par le remodelage du site pour l'implantation de nouveaux blocs. Le fossé fut conservé, ainsi que la caserne exhaussée d'un étage et transformée en casernement du temps de paix. La caponnière fut rasée et sa galerie comblée. A ceci, il convient d'ajouter le prix du téléphérique et les 772.500 F consacrés à l'amélioration de la route d'accès et l'élargissement des virages destiné, en particulier, à permettre le passage des gros éléments non dissociables de la tourelle.L'ouvrage est à peine achevé, en 1936, que surgissent des projets supplémentaires, l'idée, en particulier, d'ajouter, au sommet de la falaise de l'Ubayette, un observatoire permettant de surveiller Saint-Ours-Bas et la partie de la vallée en angle mort par rapport au bloc 4 en raison de la pente. Son accès, greffé sur l'égoût partant du bloc 5, ce bloc supplémentaire devient le bloc 6, réalisé dans des conditions particulièrement audacieuses en 1938-39 et était juste occupable en 1940.

Casernement de temps de paix. Bâtiment 2 (les casemates de l'ancienne redoute). Détail de la casemate 16.Casernement de temps de paix. Bâtiment 2 (les casemates de l'ancienne redoute). Détail de la casemate 16.

On envisage également une liaison directe entre le casernement de temps de paix (ancienne casemate-logement conservée et exhaussée) et les locaux souterrains, pour permettre à l'équipage de gagner ses postes de combat, en cas d'attaque par surprise, sans avoir à passer par l'entrée normale de l'ouvrage qui pouvait être bloquée par l'ennemi, ou déjà sous son feu : ce dispositif n'était pas réalisé en 1940. Par contre, un vaste local supplémentaire est venu, à la veille de la guerre, s'ajouter aux locaux souterrains, partie d'un certain nombre d'extensions figurant sur certains plans : on ne sait s'il ne s'agirait pas de la salle de neutralisation, correspondant à la ventilation gazée, ajournée initialement en raison du peu de risques liés à la position en piton du site de l'ouvrage, mais dont la réalisation tardive s'était concrétisée par la mise en place des filtres, encore présents dans l'ouvrage d'aujourd'hui.En avril 1938, alors que le bloc 6 n'est pas construit et que le crédit correspondant n'est pas en place, la fiche financière détaillée des travaux fait état d'une dépense totale de 16.238.200 F, dont 2.321.800 non encore réglés relatifs à divers postes secondaires non terminés.

En juin 1940, l'effectif théorique de l'équipage est de 7 officiers, 29 sous officiers et 213 hommes de troupe sous les ordres du capitaine Fabre, commandant l'ouvrage. L'infanterie est issue du 83e BAP, l'artillerie, relevant de la 13e batterie du 162e RAP, fournit plusieurs détachements spécialisés : l'équipe de la tourelle de 75-33 (lieutenant Petit - indicatif K 16), celle des mortiers de 75-31 (lieutenant Brouardel - K 17), celle des mortiers de 81 mm (capitaine Hyvert - K 18), celle du P.C. et des observatoires des blocs 4 (0.2 U) et 6 (0.5 U). L'ouvrage dispose des approvisionnements en munitions suivants: 3.000 coups de 75-33, 3.000 de 75-31, 2.000 de 81, 59.000 cartouches de 7,5 mm, 450 coups de 50 mm (sur 9.500 prévus: le déficit est considérable).

En juin 1940, les combats se déroulent au-delà de la ligne des avant-postes, donc sans que les pièces de flanquement et, a fortiori, l'armement d'infanterie n'aient la possibilité d'intervenir.Par contre, dès le début des hostilités, grâce à sa portée et à sa faculté de balayer tout l'horizon, la tourelle de 75-33 intervient pour disperser et anéantir toutes les infiltrations italiennes. La rapidité et la précision diabolique de ses tirs, déclenchés et guidés par les observatoires, en font rapidement le cauchemar de l'infanterie italienne, sans que la médiocre artillerie d'appui parvienne en quoi que ce soit à entraver son action : l'engin, parfaitement au point, se révèle la clef de voûte de la défense française, en arrêtant l'attaque italienne à Maisonméane et en apportant à nos maigres effectifs d'infanterie un soutien permanent (du 17 au 24 juin, la tourelle tira 1938 coups, soit près de la moitié de son approvisionnement en munitions). Bloc 5. Tourelle de 75-33 en batterie.Bloc 5. Tourelle de 75-33 en batterie.

Le choix de la solution "tourelle" en novembre 1930 se trouvait ainsi pleinement justifié, par contre on ne sait ce qu'il en serait advenu si cette campagne avait duré, compte tenu de la réduction opérée dès le début sur les dotations en munitions des ouvrages du sud-est, ramenées à 1500 coups par pièce contre 6.400 dans le nord-est. Lors de la libération, en avril 1945, l'ouvrage est occupé par le peloton lourd de la 3e compagnie du 34e bataillon des fusiliers allemands, commandé par le Feldwebel Hentschel. Or, la tourelle et les groupes électrogènes de l'usine ont été mis préalablement hors de service par le personnel français, par enlèvement de pièces qui ont été dissimulées, donc plus de lumière, plus de ventilation, plus d'armement d'artillerie (enlevé par les Italiens). Les allemands ont aménagé une entrée arrière en faisant sauter un créneau du bloc 3, et n'ont d'autre ressource que de mettre en place leurs propres mitrailleuses dans les créneaux hauts dans lesquelles elles ne s'adaptent pas. Or, seuls deux créneaux FM du bloc 1 peuvent réellement tirer vers l'arrière (dont celui de la porte blindée). De plus, l'absence de ventilation, et spécialement de ventilation gazée qui n'a jamais été installée, laisse les quelques défenseurs exposés, par les créneaux béants, aux effets irritants des fumées des obus au phosphore tirés à profusion par l'artillerie alliée.

Finalement, l'ouvrage est investi, puis enlevé le 22 avril 1945 par le 5e régiment de dragons, au terme d'une vaste opération, bien soutenue par l'artillerie et l'aviation d'appui. Dans les rangs français, et le cas n'est pas isolé, on retrouve le lieutenant Delecraz, qui commandait, en 1940, l'ouvrage d'avant-poste des Fourches.L'ouvrage n'a pas subi de dommages importants. Repris en charge par les services du génie et du matériel, il est remis en état, les matériels disparus sont remplacés et l'entretien assuré régulièrement jusqu'en 1964, date de l'abandon des fortifications. Progressivement, il est peu à peu abandonné, puis remis aux services fiscaux et aliéné au profit du SIVM de Barcelonnette, en vue de sa promotion touristique en 1991.

C. Téléphérique de Roche-la-Croix

La "redoute" de Roche-la-Croix a été dotée vers 1890 d'un téléphérique manoeuvré à bras partant de Meyronnes et aboutissant à une plate forme au saillant nord de l'ouvrage. Cette installation, remplacée en 1933 par l'appareil actuel, fut alors démontée et réinstallée à la batterie XII où il fut remplacé, vers 1967, par un appareil neuf moderne.L'installation actuelle, réalisée en 1933 et supprimée vers 1985-90 avait été établie selon un tracé différent de la précédente, pour être mieux défilée des observatoires italiens.

Il. DESCRIPTION

A. Redoute de Roche-la-Croix

La "redoute de Roche-la-Croix" est implantée sur un replat de l'arête descendant de la Tête de Siguret. Son plan est un parallélogramme de 100 x 30 m, dont le flanc gauche est bordé par la falaise tombant sur l'Ubayette, et l'arrière adossée au rebord du ravin de Seguret. Ces deux côtés étant naturellement inabordables, on a pu limiter le creusement d'un fossé au front de tête et au flanc droit, qui coupe l'ouvrage des hauteurs dominantes. Ce fossé est flanqué par une caponnière double armée d'un canon-révolver modèle 1879 par direction à battre. La route d'accès, en partie à flanc de falaise, arrive à l'ouvrage à l'angle arrière droit après avoir desservi le magasin caverne. A l'intérieur de l'enceinte, on trouve :

- Une caserne casemate à un seul niveau de quatre casemates donnant sur le terre-plein du front de gorge, façade orientée au nord-ouest, et s'appuyant, à droite à l'escarpe du flanc droit.

- Au-dessus et un peu en avant, une batterie-casemate à 3 casemates à canon à la Haxo orientée sur le col de Larche (casemate F).

- En contrebas, à gauche et au même niveau que les casemates logements, un ensemble constitué par une seconde batterie casematée (E) à trois casemates à la Haxo, dont une braquée sur le col de Larche et les deux autres sur le torrent du Pinet et les cols-frontières qui y débouchent. Attenant à cette batterie, le magasin à poudre de la batterie, du type 1874, séparé du pignon de la casemate F par une courette avec escalier d'accès aux dessus.

- Au-dessus de la casemate E, un épaulement de batterie à air libre, qui, en 1914, était occupé par 3 canons de 120 L modèle 1878 dotés, semble-t-il, de freins hydrauliques.

- A l'entrée de l'ouvrage, un portail avec pont démontable et un petit corps de garde casematé.

Rappelons que cette "redoute" était doublée, 200 m plus haut et 300 m plus au sud, par la "batterie supérieure" dotée de 4 pièces sous casemates à la Haxo1 identiques à celles de l'ouvrage bas. Un retranchement d'infanterie intermédiaire était projeté entre les deux, et le tout était couvert par quatre petits postes s'échelonnant jusqu'au sommet de la crête de la Duyère et reliés par un double sentier intégré au domaine militaire. Altitude du poste 4 : 2880 m.

Casernement de temps de paix. Bâtiment 2. Au rez-de-chaussée, les casemates de l'ancienne redoute, exhaussée d'un étage en 1931-1935.Casernement de temps de paix. Bâtiment 2. Au rez-de-chaussée, les casemates de l'ancienne redoute, exhaussée d'un étage en 1931-1935.

B. Ouvrage de Roche-la-Croix

Accès: par ancienne route militaire de 7,5 km s'embranchant sur la D 900 (RN 100) en face de la batterie XII de la forteresse de Tournoux.Vue aérienne prise du nord-est.Vue aérienne prise du nord-est.

Situation et composition

Au sommet du dernier replat d'un contrefort se détachant, au nord, de la Tête de Siguret et dominant de 400 m de falaise la vallée de l'Ubayette, à 500 m en amont du village de Meyronnes. L'ouvrage est placé à vue directe du col de Larche, à 9.300 m de distance, et sensiblement à la même altitude qui est ici de 1911 m. L'ouvrage est un ouvrage mixte important, comprenant 7 blocs inclus dans un rectangle de 150 x 100 m, donc très concentrés, comme souvent en montagne. Ce sont :

- le bloc 1 (entrée) greffé sur l'ancien abri-caverne et le sol à se trouver en dehors du périmètre du fossé de l'ancienne "redoute"

- les blocs 2 et 3, coffres de contrescarpe défendant l'ancien fossé

- le bloc 4 : observatoire cuirassé

- le bloc 5, concentrant l'essentiel de l'artillerie de l'ouvrage, seul bloc actif d'action lointaine

- le bloc 6, observatoire de la falaise

- le bloc 7, cheminée

Tous greffés sur une infrastructure de galeries sous roc, abritant logement et moyens logistiques.

Le tout est traité en protection n° 3 (à l'épreuve du 305 mm) et même 4 (420 mm) pour la tourelle du bloc 5.

On notera tout d'abord la présence au-dessus et à l'arrière du casernement de temps de paix constitué par la caserne-casematée de l'ancienne "redoute" conservée, avec ses quatre casemates en maçonnerie à voûtes surbaissées en maçonnerie adossées au rocher et surmontées en 1931-35 d'un deuxième niveau moderne, à toiture plate en béton (pour diminuer la visibilité) mais réalisé dans le style du rez-de-chaussée. A côté, on trouve le pavillon des officiers, construit à neuf à la place de l'ancien magasin à poudre, à simple rez-de-chaussée et, près de l'entrée, l'infirmerie, à deux niveaux, accolée au bâtiment du corps de garde défensif de l'ancienne "redoute".

Tous ces bâtiments, bien construits, ont été endommagés par les combats de 1940-45, puis par le vandalisme consécutif à l'abandon de l'ouvrage, mais pourraient être facilement remis en état et réutilisés avantageusement à toutes sortes de fins.

- Le bloc 1 (entrée)

Avec 6 pièces d'artillerie (soit une de plus que Haut de Saint-Ours), Roche-la-Croix aurait mérité une entrée mixte type sud-est. Dans la pratique, on s'est contenté (par économie ?) d'une entrée réduite sans fossé, plaquée sur l'entrée de la galerie de droite de l'ancien magasin à poudre caverne dont les locaux ont été réutilisés. Le bloc ne comporte qu'un rez-de-chaussée.

Bloc 1. Vue de face. Façade avec la porte d'entrée et l'arrivée de la voie de 0,60 venant du téléphérique. A gauche, caponnière et créneau de FM de défense rapprochée. Au-dessus, visière et supports de l'antenne radio.Bloc 1. Vue de face. Façade avec la porte d'entrée et l'arrivée de la voie de 0,60 venant du téléphérique. A gauche, caponnière et créneau de FM de défense rapprochée. Au-dessus, visière et supports de l'antenne radio.

L'ouvrage, directement adossé à la falaise bordant la route d'accès à l'ouvrage, est constitué d'une courte façade, flanquée, à gauche, par l'avant-corps d'une caponnière double à deux créneaux FM, l'un (les plans indiquent la possibilité de substituer un mortier de 50 mm au FM dans le créneau : le matériel n'était pas réalisé en 1940 ; en l'absence de fossé, les douilles des FM sont rejetées dans un regard extérieur en béton, en dessous du créneau) défendant l'entrée et la route d'accès, l'autre, opposé dos à dos au précédent et battant l'accès du casernement de temps de paix. Une visière oblique protège la façade d'entrée et le créneau adjacent et porte, en fronton, les supports de l'antenne radio (disparue).

Dans la façade s'ouvre l'entrée, baie rectangulaire d'1,5 x 1,55 m, fermée par une porte blindée étanche type 4 bis A donnant accès à un petit vestibule fermé par une seconde porte blindée, non étanche. On notera, au passage, les nombreux impacts de balles dans la face avant de la visière (avril 1945) et les reprises d'enduit autour du montant droit de la porte extérieure et du créneau FM, probablement réparations d'effets d'explosions lors de l'attaque. L'entrée est desservie par la voie de 0,60 extérieure et pénétrant dans l'ouvrage.Passé la seconde porte, on trouve, à gauche, l'accès aux trois petits locaux du bloc (chambre 2 hommes, local radio et chambre de tir de la caponnière) puis, tout droit, un tronçon de galerie menant au palier supérieur du plan incliné (a) (restes de l'ancien magasin à poudre caverne). A droite et à gauche, quelques locaux anciens remployés, dont l'un pour la prise d'air de l'aéro refroidisseur, avec orifice extérieur bétonné et muni d'un persiennage. Sur le palier, se trouve le treuil électrique (avec marche à bras de secours) de plan incliné, dont la rampe occupe, parallèlement à un escalier, la moitié droite de la galerie descendant dans l'ouvrage.

- Blocs 2 et 3 (coffres de contrescarpe)

On a vu que le fossé de l'ancienne redoute couvrant le front de tête et le flanc droit avait été judicieusement conservé pour la défense rapprochée du nouvel ouvrage, ainsi que la grille défensive de l'escarpe du front de tête.

Ce fossé était flanqué par une caponnière double au saillant sud, organe complètement périmé depuis 1885 et impossible à renforcer, pas plus que sa galerie d'accès. Aussi fut-elle démolie et remplacée par deux coffres de contrescarpe, l'un (B3) dans le prolongement du front de tête (105 m), l'autre (B4) dans le prolongement du fossé du flanc droit, long de 55 m seulement.

Dessus de l'ouvrage vu du sud, au-dessus des blocs 2 et 3.Dessus de l'ouvrage vu du sud, au-dessus des blocs 2 et 3. Fossé. Bloc 2 et 3.Fossé. Bloc 2 et 3.

Adaptés aux risques limités des ouvrages de haute montagne, ces deux organes n'ont que de lointains rapports avec les ouvrages grandioses prévus pour la défense des fossés des ensembles du nord-est (Hackenbey et Hockwald) et définis dans la notice du 25 avril 1932 ("notice relative à l'établissement des coffres de contrescarpe" approuvée par DM n° 1682-2/4 S). Il s'agit simplement de deux massifs de béton à plan rectangulaire de moins de 10 m de côté, à deux niveaux, encastrés sur trois côtés dans l'arrondi de la contrescarpe.

Leurs façades sur le fossé (seule partie dégagée) sont protégées par un fossé diamant et découpées d'une baie rectangulaire verticale, encadrant un renfoncement en fond duquel on trouve le mur de masque percé, à l'étage supérieur, des deux créneaux de fusil mitrailleur battant le fossé en tir tendu, et en dessous le créneau de mortier de 50 sous trémie blindée assurant la défense en tir courbe : les embrasures sont ainsi protégées au-dessus et latéralement. Les trémies des mortiers de 50 mm (portant la marque de coulée CFL (compagnie de Fives Lille) n° 10 et 12. On sait que tous ces matériels étaient numérotés et marqués par les constructeurs.) ont leur base renforcée par une surépaisseur du mur de masque venant à ras de la façade, pour éviter la faiblesse du profil en biseau de l'engin, incliné à + 45°.

Les deux blocs, simplement constitués, intérieurement, par les deux chambres de tir superposées, ont leurs rez-de-chaussée reliés par une galerie à personnel avec alvéoles-magasins et chambre de repos et de là, à l'ouvrage, par une galerie ascendante avec escalier à 3 volées droites et 2 paliers, partant de la galerie souterraine centrale.

On notera que le bloc 2 comporte un troisième créneau de FM oblique qui défend sa façade et flanque le bloc 4 voisin. De plus, le plan indique un poste optique dans chacune des chambres de tir supérieures des deux blocs correspondant peut-être avec Haut de Saint-Ours pour le bloc 3, et l'arrière (7) pour le bloc 2.

Il convient de souligner, à propos de ces blocs, que le mortier de 50 mm sous casemate y trouve l'emploi exact pour lequel il avait été conçu, à l'origine, en tant qu' « engin léger de défense de fossé » chargé de battre, en tir courbe, les angles morts et les entonnoirs des fossés, où l'adversaire pouvait trouver refuge ceci en doublage des armes à tir tendu.

Cet engin n'a été mis en place qu'à 14 exemplaires seulement, dont 7 en défense de fossé.

- Bloc 4

Au sommet topographique de l'ouvrage, c'est l'observatoire cuirassé de l'ouvrage, conforme au schéma usuel.

Il est constitué par une cloche observatoire V.D.P. et une cloche GFM type A à 3 créneaux (fig. 24-25) assurant à la fois la défense et la superstructure et le service de "cloche conjuguée" de l'observatoire.

Ces cloches émergent d'un massif de béton armé complètement enterré jusqu'à ras de la plongée de la collerette.

Le champ d'observation des 3 créneaux (216°) de la cloche VDP couvre le terrain entre la ligne de crête de la Duyère, à droite, jusqu'à la Rochaille, à gauche, Serre la Plate inclus.

Le bloc comporte un seul niveau, essentiellement constitué par le local séparant les puits des cloches (téléphone, repos) coiffant la tête du puits d'accès (h. 18 m) reliant le tout aux galeries profondes.

Bloc 4. Vue extérieure prise du nord-est. Au premier plan, la cloche observatoire VDP, derrière et à gauche la cloche GFM conjuguée.Bloc 4. Vue extérieure prise du nord-est. Au premier plan, la cloche observatoire VDP, derrière et à gauche la cloche GFM conjuguée.

- Bloc 5

Puissant édifice à trois niveaux de locaux, regroupant l'armement d'action lointaine de l'ouvrage et constituant, en fait, sa raison d'être. Son plan résulte de la combinaison d'un plan type de bloc tourelle de 75-33 et de celui d'une casemate de flanquement, type sud-est, pour 2 mortiers de 75, à deux étages de feux et chambres de tir décalées en échelons refusés. Le monolithe de béton armé résultant de cette combinaison s'inscrit, hors oeuvre, mais fossé non compris, dans un rectangle de 30 x 19 m dont le grand axe est orienté sud-est nord-ouest, enterré et rocaillé sur les trois-quarts de son périmètre jusqu'à ras de la dalle. Seule la façade nord-est et l'extrémité nord-ouest sont dégagées et couvertes par un fossé diamant. Extérieurement, sur la dalle, on voit la calotte sphérique de la toiture de la tourelle à éclipse. La tourelle a été fournie et montée par la Société de Construction de Locomotives de Batignolles-Châtillon (ainsi que les 20 autres exemplaires) par marché du 9.9.1931 (+ avenant du 8.2.1935 pour le 21e engin). Par contre, les avant-cuirasses des 20 premiers engins ont été construites par quatre firmes différentes (Schneider, Marine-Homécourt, Aciéries de Longwy, Etablissements Cail) à raison de 5 par fournisseur, par marchés des 19 et 20 octobre 1931.

L'engin porte le n° 219, c'est-à-dire le n° 19 de la série 200, correspondant au modèle 1933 (la tourelle n° 20, dernière du marché, devant être livrée en novembre 1934). La façade nord-est, défilée à droite par le massif de la tourelle formant caponnière et orillon, comprend, de droite à gauche :

- à l'étage supérieur, 2 créneaux de mortier de 75-31 tirant en flanquement vers le Haut de Saint-Ours, et, à l'extrémité, un angle arrondi, un créneau FM sous béton couvrant le bloc 6 voisin et les gaines (obturées) de télégraphie optique orientées vers l'abri nord-ouest de Fontvive et vers l'observatoire de Serre la Plate.

- à l'étage inférieur (sous le créneau FM de caponnière) dans l'orillon, l'issue de secours du bloc, les embrasures des 2 mortiers de 81 mm de flanquement vers Saint-Ours, disposés chacun sous l'embrasure d'un 75-31 et le tout défilé par la contrescarpe du fossé diamant.

La façade est décrochée en plan de façon à ce que le premier organe, défilé par l'orillon formé par la saillie du bloc-tourelle, assure lui-même le défilement du deuxième organe, lequel défile le créneau FM le plus en retrait à l'extrême gauche par une visière en secteur cylindrique, partiellement entaillée, au-dessous, d'un chanfrein conique s'adaptant géométriquement à l'enveloppe du volume balayée par la pièce à l'angle de tir maximum.

Bloc 5. Vue générale prise du nord.Bloc 5. Vue générale prise du nord. Bloc 5. Façade. Aile gauche, vue rapprochée.Bloc 5. Façade. Aile gauche, vue rapprochée.

D'autre part, le mur de masque, épais de 0,80 m au niveau des caissons d'embrasure des 75-31 (cas des pièces en flanquement) est, conformément aux dispositions réglementaires, porté à 1,50 m au-dessous, donc au niveau des embrasures des 81 mm, puis à nouveau surépaissi en dessous de celles-ci pour compenser la vulnérabilité du profil en biseau résultant de l'inclinaison à + 45° des trémies des mortiers.Ces dispositions règlementaires ont pu être appliquées au bloc, compte tenu de son retrait suffisant par rapport au bord de la falaise. On pourra comparer avec la façade du bloc 2 du Haut de Saint-Ours, où le manque de recul ne l'a pas permis.

Intérieurement, le bloc comporte trois niveaux reliés verticalement par deux puits accolés de part et d'autre d'une cloison en béton et contenant l'un, la cage d'escalier, l'autre le monte-charges à munitions, l'ensemble logé contre le mur extérieur de l'extrémité nord-est de la partie tourelle.

Les trois niveaux, pour d'évidentes raisons d'homogénéité de structure, donc de solidité, sont divisés, entre le massif de la tourelle et le pignon nord-ouest, en quatre travées par trois refends transversaux parallèles à l'axe du balancier d'éclipse (nord-est-sud-ouest) de la tourelle. Le troisième refend constitue la jonction mitoyenne entre la partie casemate de flanquement et le bloc-tourelle proprement dit, traité en protection. De gauche à droite, on trouve : (il convient de préciser, pour la compréhension de l'exposé que la tourelle est déterminée, par construction, en trois niveaux invariables)

- La chambre de tir (étage supérieur) en niveau de la dalle du bloc.

- L'étage intermédiaire (pointage-munitions) correspond à l'étage supérieur des locaux du bloc, et l'étage inférieur (éclipse) qui correspond à l'étage intermédiaire du bloc). Bloc 5. Etage intermédiaire de la tourelle, vue d'ensemble. Au centre le fût pivot avec, à gauche, une noria et, à droite, le poste de pointage principal.Bloc 5. Etage intermédiaire de la tourelle, vue d'ensemble. Au centre le fût pivot avec, à gauche, une noria et, à droite, le poste de pointage principal.

A l'étage supérieur :

- Le poste optique, avec les deux gaines et le créneau FMBloc 5. Etage supérieur. Vue intérieure du poste optique. De gauche à droite : goulotte lance-grenades, gaine optique de Serre la Plate, gaine optique de Fontvive. Créneau de FM.Bloc 5. Etage supérieur. Vue intérieure du poste optique. De gauche à droite : goulotte lance-grenades, gaine optique de Serre la Plate, gaine optique de Fontvive. Créneau de FM.

- les deux chambres de tir des mortiers de 75 Bloc 5. Etage supérieur. Pièce de mortier de 75 M 31. Vue d'ensemble.Bloc 5. Etage supérieur. Pièce de mortier de 75 M 31. Vue d'ensemble.

- le couloir central, menant au palier supérieur du puits à l'étage intermédiaire de la tourelle (poste de pointage et d'approvisionnement en munitions, avec échelle d'accès, le long du pivot, à la chambre de tir)

- à l'extrémité de ce couloir - côté puits - se trouve la chambre de tir du créneau FM de défense de façade.

La circulation dans le sens longitudinal, à tous les niveaux, se fait par passages dans les refends, mais décalés l'un par rapport à l'autre pour éviter l'enfilade.

- A l'étage intermédiaire: le PC des 75 (sous le poste optique), les chambres de tir des 81 mm et leur PC, la chambre à douilles de 75 et le PC de la tourelle et les locaux de l'étage inférieur de la tourelle, avec des locaux de repos, le mécanisme d'éclipse de l'engin et le ventilateur d'extraction d'air vicié.

Bloc 5. Etage intermédiaire : mortier de 81 mm modèle 32. A gauche de la pièce, étagère roulante à obus. A droite, poste haut de la noria d'alimentation.Bloc 5. Etage intermédiaire : mortier de 81 mm modèle 32. A gauche de la pièce, étagère roulante à obus. A droite, poste haut de la noria d'alimentation.

- A l'étage inférieur, de plain-pied avec les galeries souterraines de l'ouvrage : les locaux à munitions des 81 mm, un magasin aux rechanges d'artillerie, la chambre à douilles de la tourelle (en sous-sol), un réservoir d'eau et la machinerie du monte-charges.

Au même niveau, de part et d'autre de la galerie principale, les 4 alvéoles à munitions de la tourelle et des mortiers de 75, le tableau divisionnaire et le ventilateur du bloc. Enfin, à noter, dans le sol de la galerie, près du monte-charges, la trappe du puits menant à la galerie du bloc 6.

A noter que les pièces de 75 modèle 33 de la tourelle, encore en place, sont, comme toutes les tourelles du sud-est dotées d'origine de la culasse à bloc oscillant système Nordenfeld, et non pas de la culasse S.A.33. Les culasses mobiles (comme celles de toutes les pièces de l'ouvrage ainsi que les têtes de goulottes) ont été enlevées au désarmement de l'ouvrage, vers 1970.

Bloc 5. Tourelle, chambre de tir.Bloc 5. Tourelle, chambre de tir. Bloc 5. Tourelle. Poste de pointage.Bloc 5. Tourelle. Poste de pointage. Bloc 5. Tourelle. Culasse de canon.Bloc 5. Tourelle. Culasse de canon.

- Bloc 6

Casemate en béton à deux niveaux construite après coup au sommet de la falaise tombant sur l'Ubayette, comme observatoire.

Bloc 6. Face sud-est, vue extérieure de la cloche et du créneau observatoire sous béton regardant le col de Larche.Bloc 6. Face sud-est, vue extérieure de la cloche et du créneau observatoire sous béton regardant le col de Larche.

En partant de la trappe de l'étage inférieur du bloc 5, on accède par un puits muni d'échelons métalliques à l'ancienne galerie d'égout de l'ouvrage menant de plain-pied, 25 m plus loin, à l'étage inférieur du bloc. Ce bloc est un parallélépipède encastré dans le rocher, dont la façade nord-est, regardant Saint-Ours, est brisée en dedans, à trois pans.

A l'étage inférieur on trouve, à gauche, le local d'un projecteur non installé dont la baie, réservée en façade (1,5 x 1,5 m) est bouchée provisoirement en béton. Une partie de l'appareillage électrique de commande est installé le long de la paroi. Au centre un local pour un mortier de 50 sous créneau FM et une chambre de repos.

A l'étage supérieur (accès par trappe et échelle métallique) on trouve, répartis dans les parois et orientés respectivement vers le nord, l'est, le nord-est et le sud-est, quatre créneaux observatoires sous trémies cuirassées. Les trémies (fig. 52-53-54) de fabrication spéciale limitée à ces quatre exemplaires, ont été commandées par le S.E.M.G. le 28.7.1939 à la firme Ferry-Capitain, à Bussy ; elles étaient conçues pour recevoir l'équipement de créneau de la cloche GFM "A", dont les épiscopes et, pour l'observation, le bloc jumelle D (x 8). Les équipements n'ayant pas été livrés, les créneaux furent obturés, intérieurement, par une plaque de blindage percée d'un orifice carré de 12 x 12 avec volet à glissières : il est vraisemblable que les observateurs furent réduits à travailler avec leurs appareils optiques portatifs de campagne.Au saillant est, on trouve une cloche GFM "A", probablement organisée en observatoire auxiliaire, et doté - ou susceptible de l'être - d'un périscope 12 et du bloc jumelle D.

Bloc 6. Vue rapprochée du créneau observatoire nord-est, regardant le col de Larche.Bloc 6. Vue rapprochée du créneau observatoire nord-est, regardant le col de Larche.

- Bloc 7 (cheminée)

Simple cube de béton avec ouverture à persiennage logé, dans le ressaut d'extrémité du fossé du flanc droit de l'ouvrage, le long de la route d'accès, au-dessus du puits d'évacuation des gaz brûlés de la centrale électrique.

Locaux souterrains : le plan en est simple et constitué par deux grandes galeries parallèles et rectilignes :

- La première, allant du pied du plan incliné à l'entrée du bloc 5, renferme la galerie centrale de l'ouvrage (avec voie de 0,60 dans le radier) et, isolés par des cloisons, d'arrière en avant, le chauffage central, l'infirmerie, 4 chambres pour 112 hommes en lits à trois étages, sur châssis fixes, le PC, la chambre du commandant d'ouvrage, 2 chambres pour 2 officiers et 12 sous officiers.Sur son trajet, deux transversales mènent (point d) aux blocs 2 et 3, et (point t) au bloc 4. La galerie est voûtée en voûte elliptique.

- La seconde, 4,5 m à l'ouest, et reliée par des transversales à la précédente, regroupe, d'arrière en avant les réservoirs d'eau (alimentés par une source extérieure et une station de pompage dans le ravin de Siguret), les réservoirs à mazout, la salle des groupes ("usine"), la cuisine, le bloc hygiène et une grande salle, construite sans doute en dernier, non répertoriée sur le plan et sans doute destinée à la ventilation gazée (salle utilisée, pendant la guerre, comme salle de cinéma).

La centrale électrique comporte :

- 3 groupes électrogènes diesel CLM 308, à 3 cylindres, disposés en ligne, avec pont roulant, tableaux électriques plaqués aux parois

- 1 groupe de secours CLM 1 PI65 avec compresseur et génératrice C.C.

- 1 aéro refroidisseur prenant l'air par les locaux de l'ancien magasin-caverne, à gauche du bloc 1.

Centrale électrique.Centrale électrique. Dessous. Usine. Aérorefroidisseur.Dessous. Usine. Aérorefroidisseur.

C. Téléphérique de Roche-la-Croix

L'ensemble est constitué :

- d'une recette inférieure, motrice, construite dans les graves de l'Ubayette, près du confluent de l'Ubaye, au sud-est du hameau de Gleizolles, à 1310 m d'altitude - d'une recette supérieure, creusée en abri caverne dans la falaise bordant la route d'accès à l'ouvrage, près de l'abri de l'ancien camp à 700 m derrière l'ouvrage, à la limite de la zone échappant aux vues des sommets-frontières (cote 1892)

- d'une ligne monocable de 2323 m de long et 580 m de dénivelée, portée par 12 pylônes en charpente métallique de hauteurs variant de 3,50 à 28 m.

Lors de son déclassement, la recette inférieure a été transformée en centrale hydroélectrique pour la commune de Meyronnes, le câble a été déposé, et la recette supérieure vendue à un particulier. Cependant, les matériels de la recette inférieure ont été démontés et transportés au village de Meyronnes pour être exposés comme souvenirs : poulie motrice et bâti, moteur diesel Baudoin, groupe auxiliaire CLM et quelques bennes. Le bâtiment est une construction en élévation bétonnée, traitée en protection 1 (à l'épreuve du 150 mm), hall rectangulaire de 19 x 8,50 m avec entrée latérale dans le long pan sud, protégée par un mur pare-éclats, et 2 baies de passage de bennes dans le pignon est. Au fronton est inscrite la date du 27 avril 1933. En avant se trouve un pont-abri au-dessus de l'ancien chemin.

La recette supérieure est constituée par un tunnel en T, à entrée bétonnée, creusé dans la falaise pour abriter la poulie de renvoi, le contrepoids et le hall de déchargement des bennes. Une seconde galerie perpendiculaire couvre la sortie de la voie de 0,60 assurant la liaison avec l'entrée de l'ouvrage de Roche-la-Croix, où elle pénètre dans l'ouvrage, en suivant la route stratégique.

Téléphérique. Recette inférieure. Pont abri sur l'ancienne route.Téléphérique. Recette inférieure. Pont abri sur l'ancienne route. Téléphérique. Recette supérieure.Téléphérique. Recette supérieure.Téléphérique. Ensemble mécanique moteur de la recette inférieure, transporté à Meyronnes.Téléphérique. Ensemble mécanique moteur de la recette inférieure, transporté à Meyronnes.

III.CONCLUSION

Ouvrage bien construit, surtout par rapport aux difficultés d'implantation. Gros-oeuvre en excellent état, l'équipement en place et en bon état fonctionnait encore en 1989 et pourrait être remis en marche.

A tous points de vue, il constitue l'ensemble le plus important et le plus intéressant du secteur de l'Ubaye, avec son bloc 5 et surtout la seule tourelle à éclipse de 75-33 de la région, restée en excellent état (il n'existe que 5 tourelles de ce type sur les Alpes et 21 sur l'ensemble de la ligne Maginot).

Il constitue en outre un excellent exemple de pérennité d'un site défensif et d'adaptation d'un ouvrage moderne à une organisation antérieure, avec réemploi partiel de cette dernière. Il fait actuellement l'objet d'une tentative de promotion touristique. A ces divers titres, et compte tenu du potentiel de réemploi possible, à classer et à conserver en priorité, intérieur et extérieur compris.

1Modèle de batterie conçue par le général François Haxo, inspecteur général des fortifications sous la Restauration. Batterie casematée dont les maçonneries recouvertes de terre absorbent le choc des impacts, formant une coquille protectrice qui empêche l'ouvrage de se disloquer.
Appellations ouvrage, redoute et téléphérique de Roche-la-Croix, de l'organisation défensive de l'Ubaye
Parties constituantes non étudiées enceinte, fossé, caserne, batterie, casemate, bloc, souterrain, édifice logistique, infirmerie, abri
Dénominations batterie, ouvrage mixte
Aire d'étude et canton Alpes-de-Haute-Provence
Adresse Commune : Val d'Oronaye
Lieu-dit : Roche-la-Croix
Précisions nouvelle commune Val d'Oronaye
anciennement commune de Meyronnes

Après 1874, le Comité de Défense considère que le nouveau fort de Tournoux est inapte à accomplir son rôle. Comme les deux batteries des Caurres, l'ouvrage de Roche-la-Croix a pour but de le compléter et, plus particulièrement, de battre les cols de Larche et de Mirandol. Les études du terrain conduisent à la nécessité de le fractionner en deux ouvrages : la redoute et la batterie supérieure. On construit la redoute de 1883 à 1889. On creuse un magasin à poudre sous roc mettant à l'abri le fort de l'explosion. Roche-la-Croix est incorporé dans le programme d'exécution établi par la Commission d'Organisation des Régions Frontalières. Le projet prévoit une batterie composée de blocs-casemates. On décide d'établir une tourelle à eclipse dans l'un des blocs. Les travaux débutent en 1931 avec la démolition de la majeure partie de l'ouvrage précédent et le remodelage du site pour l'implantation des nouveaux blocs. On conserve seulement le fossé et la caserne que l'on exhausse d'un étage. L'ouvrage, achevé en 1936, participe aux combats de 1940 par de nombreux tirs d'artillerie. Le téléphérique mis en place en 1890 à la redoute est remplacé par l'édifice actuel en 1933, date portée par une inscription de la recette inférieure.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle, 2e quart 20e siècle
Secondaire : 2e quart 20e siècle

L'enceinte est précédée sur deux flancs par des fossés. A l'intérieur se trouve un casernement dont le rez-de-chaussée est composé de quatre casemates en maçonnerie et à voûtes surbaissées. L'étage est couvert d'une toiture plate en béton. A proximité se trouvent deux batteries de trois casemates à la Haxo chacune. Le pavillon des officiers est à simple rez-de-chaussée. L'infirmerie s'élève sur deux étages. L'ouvrage mixte comprend sept blocs concentrés dans un rectangle, tous greffés sur une infrastructure de galeries, voûtées en anse de panier, sous roc, abritant logement et moyens logistiques. Les blocs sont construits en béton armé. Deux d'entre eux sont équipés de cloches cuirassées. Deux blocs sont élevés sur deux niveaux distribués par un escalier à trois volées droites et deux repos intermédiaires. Le bloc le plus important, élevé sur trois niveaux de locaux, est équipé d'une tourelle à éclipse. La recette supérieure du téléphérique est édifiée en abri-caverne. La recette inférieure est construite en béton armé.

Murs pierre moellon
béton béton armé
Toit béton en couverture
Étages en rez-de-chaussée, sous-sol, 2 étages carrés
Couvrements roche en couvrement
voûte en berceau segmentaire
voûte plate, en béton armé
voûte en berceau en anse-de-panier
Couvertures terrasse
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours, en maçonnerie
Typologies casemate à la Haxo, cloche cuirassée, tourelle en eclipse
Statut de la propriété propriété publique

Références documentaires

Documents figurés
  • Plan terrier du domaine militaire. Redoute de Roche-le-Croix. / Dessin, encre et lavis, 1899. Service Historique de la Défense, Vincennes : Fonds du Génie

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