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batterie du Cimetière Russe, de la place forte de Nice

Dossier IA06001399 réalisé en 2006

Fiche

Historique et intérêt stratégique

La batterie dite du Cimetière Russe est conçue et réalisée en 1889-1891 comme ouvrage de défense côtière dans un secteur déjà en partie urbanisé entre la ville de Nice et la vallée du Var, sur la hauteur de Caucade, immédiatement au dessus d’un des cimetières décentralisés de Nice.

La politique de renforcement des défenses du front de mer de la Place de Nice, programmée dès 1875, avait donné lieu à la construction de deux nouvelles batteries répondant aux normes Séré de Rivières, au Mont Boron et à Canferrat, réalisées (avec leurs annexes) seulement en 1887. En 1888, deux nouvelles batteries autonomes sont proposée, l’une à La Madone Noire, au dessus et à l’arrière des deux précédentes, l’autre au-dessus de l’embouchure du Var et de la Baie des Anges, préconisée par les inspecteurs généraux de la défense des côtes pour le 5e arrondissement. Seule cette dernière, la batterie du Cimetière Russe, a été réalisée.

Peu contrainte par la topographie (site en relief modéré), très excentrée des forts du camp retranché de Nice, elle est conçue comme un ouvrage fermé et autonome avec casernements, magasin à poudres, fossés revêtus et flanqués, de plan pentagonal calqué sur le plan du fort-type Séré de Rivières de 1874. L’adaptation aux nouveaux critères défensifs postérieurs à la crise de l’obus torpille (1885-1886) se manifeste par l’enterrement général « en caverne » de la totalité des casemates, sans aucune façade à ciel ouvert, et par le défilement complet des escarpes par le fossé, y compris au front de gorge, sans façade ni porte dominant la contrescarpe. Par contre, la mise en œuvre est en matériaux traditionnels, sans emploi de béton. La batterie proprement dite était armée de 4 canons de 240 mm (artillerie de côte) modèle long de 1884 (11000 m de portée), et de 4 canons Lahitolle en acier de 95mm modèle 1875. L’artillerie était disposée classiquement sur des emplacements de tir traversés répartis en éventail sur les deux pans de tête du pentagone formant la face de l’ouvrage, vers la mer.

L’ouvrage n’a pas été modifié par la suite, si ce n’est par l’adjonction, dans les années 1930, de guérites de tir et autres accessoires en béton sur la batterie. Il est bien conservé et n’est aucunement touché par la croissance urbaine périphérique actuelle.

Description

Site et implantation générale

L’ouvrage est implanté à flanc de pente à la cote d’altitude 79, sur une petite plate-forme naturelle arrondie (le lieu-dit Caucade) dominant tant à l’ouest, vers l’embouchure du Var, qu’au sud et au sud-est, vers la baie des Anges. Il domine directement plein sud le cimetière de Caucade, anciennement cimetière russe. Il est desservi par la principale route de crête de la rive gauche du Var allant de Colomars à la baie (route du littoral). Le coude que forme la route à la gorge de l’ouvrage, d’où part le chemin d’accès, n’a pas changé dans l’état actuel, en dépit de l’élargissement de la voie et de l’urbanisation intensive des abords.

Plan , distribution spatiale, circulations et issues

L’ouvrage adopte un plan pentagonal classique (propre au fort-type Séré de Rivières) avec front de gorge bastionné (soit composé d’une courtine entre deux demi-bastions) au nord. L’axe du pentagone de la pointe des deux pans de face au milieu de la courtine du front de gorge, est décalé à droite (ouest) en sorte que l’ouvrage est dissymétrique (demi-bastion et flanc de l’aile gauche plus développés). La porte d’entrée de l’ouvrage n’est pas percée dans la courtine, mais dans la face du demi-bastion gauche du front de gorge. Le fossé continu qui entoure l’ouvrage est relativement étroit, entièrement revêtu ; la contrescarpe, surmontée d’un garde-corps, est arrondie à trois des angles, les deux angles entre face et flancs étant chacun dégagés d’un rentrant à trois pans correspondant aux coffres actifs de contrescarpes flanquant le fossé.

Fossé du flanc est de l'ouvrage; au fond, les créneaux du coffre de contrescarpe sud-est.Fossé du flanc est de l'ouvrage; au fond, les créneaux du coffre de contrescarpe sud-est. Tranchée d'accès, porte grille de contrescarpe et porte d'entrée de l'ouvrage, vues du nord.Tranchée d'accès, porte grille de contrescarpe et porte d'entrée de l'ouvrage, vues du nord.

Le chemin d’entrée de l’ouvrage forme une rampe descendant en tranchée jusqu’au fond du fossé, en traversant la contrescarpe par une percée fermée d’une forte grille à porte en fer. L’accès unique de l’ouvrage desservait donc directement le fossé, d’où l’absence de poterne. La porte de l’escarpe, de plain-pied avec le fond du fossé, donc sans pont-levis, mais avec vantaux de fer, reproduit l’élévation de façade monumentale classique des forts Séré de Rivières malgré sa position moins valorisée. Le seuil de cette porte se poursuit par une rampe ascendante décrivant une courbe à gauche, puis ayant atteint le niveau de sol de desserte de la batterie, se contre-courbe à droite pour amorcer la « rue du rempart » qui distribue en arc de cercle les emplacements de tir des deux pans du front, séparés par des traverses. Rue du rempart de la batterie, traverses des emplacements de tir et issue des souterrains.Rue du rempart de la batterie, traverses des emplacements de tir et issue des souterrains.

La rampe, dans sa partie antérieure entre deux murs de terrassement distribue à droite successivement :

- le corps de garde, qui prend jour sur le fossé nord par des créneaux

- la galerie d’accès (carrossable) aux casemates et casernements souterrains, munie à l’entrée d’une porte-grille en fer.

Rampe intérieure, au revers de la porte d'entrée, desservant à gauche corps de garde et accès aux souterrains.Rampe intérieure, au revers de la porte d'entrée, desservant à gauche corps de garde et accès aux souterrains.

Cette galerie d’accès aux souterrains se courbe à gauche pour se transformer en escalier rectiligne à rampe de roulage d’axe nord-sud descendant jusqu’à la galerie de distribution principale perpendiculaire (est-ouest) qui dessert l’ensemble des casemates, magasins d’artillerie et coffres souterrains. Le magasin à poudres, plus profondément enterré, est desservi par une branche d’escalier à rampe de roulage continuant dans l’axe celui de la galerie d’accès, après la traversée de la galerie de distribution, élargie en ce point en vestibule. Dans ce vestibule, comme au bas de l’escalier d’accès au magasin à poudres, étaient établis les treuils des monte-charge mécaniques (type remonte-pente) aménagés sur la partie « rampe » des escaliers.

A partir du vestibule, la plus longue partie de la galerie principale rectiligne s’étend vers l’ouest (à droite) jusqu’au fossé du flanc droit sous lequel elle descend pour desservir les coffres de contrescarpe de l’angle sud-ouest. Elle dessert au passage casernements et leurs accessoires, répartis en trois travées de casemates parallèles, longues casemates de logement à droite, régnant jusqu’à la courtine du front de gorge avec prise de jour en soupirail dans le fossé, et deux casemates courtes à gauche (cuisine et sa pompe de ventilation, magasin aux vivres).

Les casemates sont fermées sur la galerie de distribution par une façade avec porte ; la première casemate ne servait de logement (pour les officiers) que dans le dernier quart de son développement ; le volume restant était compartimenté en trois travées longitudinales ayant chacune sa porte sur la galerie : le couloir d’accès au logement, une citerne et un dépôt de projectiles. Le bout de la troisième casemate communique avec un coffre actif logé dans le flanc du demi bastion droit du front de gorge, assurant le flanquement de la majeure partie du fossé nord. Après les casemates, la galerie principale dessert à gauche la cage du monte-charge / escalier ouest, de plan demi-circulaire, qui relie directement les souterrains à la batterie, et en vis-à-vis à droite un petit local ouvert affecté à l’atelier d’amorçage. Plus loin, la galerie dessert encore à droite les latrines à fosse du casernement, en contact avec le fossé ouest, avec soupiraux et évents, avant de descendre en rampe sous le fossé, et de remonter en escalier derrière la contrescarpe. Elle devient alors une galerie secondaire plus étroite à trois pans contournant à distance l’angle sud-est et distribuant ses deux coffres de contrescarpes, l’un flanquant l’enfilade du fossé ouest, l’autre la moitié du fossé sud.

A l’est du vestibule, la galerie principale dessert dans sa partie rectiligne relativement courte un groupe de quatre magasins symétriquement répartis de part et d’autre, d’abord deux petits, simples niches pour les détonateurs et les fusées, puis deux moyens, pour le stockage et le chargement des gargousses (sacs de poudre d’une charge). Après un vestibule dans lequel le substrat rocheux de l’ouvrage est apparent, la galerie se courbe à droite (sud/sud-est). Elle dessert du côté droit la cage du monte-charge / escalier de l’est et en vis-à-vis un atelier d’amorçage, ensemble dont les dispositions sont identiques à celles décrites à l’ouest. Semblable aussi est la descente sous le fossé et la distribution des deux coffres de contrescarpe de l’angle sud-est, battant le fossé est et l’autre moitié du fossé sud. On notera toutefois que du coffre ayant cette dernière mission part une étroite branche de galerie partant à l’est qui aboutissait à une poterne débouchant dans le talus de la route de Caucade. Galerie de distribution des souterrains (partie est); façade des casemates à usage de magasins.Galerie de distribution des souterrains (partie est); façade des casemates à usage de magasins.

Des superstructures en béton ont été construites après coup (après 1900) sur la batterie, dont un château d’eau sur une traverse.

Dans le fossé, deux bâtiments couverts d’un toit en ciment armé on été construits tardivement contre la courtine du front de gorge, l’un aveuglant le flanc du demi-bastion droit.

Structure et aménagements

Les revêtements de l’escarpe et de la contrescarpe du fossé, ceux des murs latéraux de la rampe intérieure, sont profilés en léger fruit, parementés en opus incertum rustique maçonné au ciment, avec joints beurrés soulignés au fer ; ils sont percés de chantepleures et couronnés d’une tablette à 3 pans de pierre dure bouchardée. Seul le revêtement d’escarpe du front de gorge est surhaussé au-dessus du niveau de la tablette de contrescarpe pour porter un parapet d’infanterie percé de créneaux de fusillade.

Ce parapet est construit en pierres de taille de moyen appareil assisé sur le demi bastion de gauche, en appareil mixte sur la courtine et le demi-bastion de droite. Ce parapet vertical avec tablette règne sur la courtine et les demi-bastions, mais s’interrompt avant les angles ; au point ou il s’interrompt, le surhaussement de l’escarpe s’amortit en pente douce jusqu’au niveau de tablette des flancs.

Flanc du demi bastion droit ou nord-ouest du front de gorge (à droite du front vu de dehors), avec parapet crénelé.Flanc du demi bastion droit ou nord-ouest du front de gorge (à droite du front vu de dehors), avec parapet crénelé.

La tranchée de la rampe d’accès descendant au fossé vis-à-vis de la porte est taluté de chaque côté : les chaînes d’angle de la tranche du revêtement de contrescarpe sont penchées en suivant cette inclinaison. Dans l’ouverture évasée du revêtement, la porte-grille a deux vantaux ouvrants avec portillon incorporé jouant entre deux parties dormantes triangulaires scellées sur la chaîne d’angle penchée du revêtement. Cette grille est renforcée sur les pièces d’encadrement, les traverses et les angles de robustes plaques de fer fixées par un boulonnage très serré. Le haut de la grille se termine en pointes verticales alternées avec des pointes inclinées vers l’extérieur.

La porte d’entrée monumentale est en pierres de taille (calcaire dur blanc) à joints fins et finition lisse, l’arcade charretière couverte d’un arc segmentaire (arrière-voussure de même) encadrée de pilastres nus en saillie, le tout portant un lourd entablement, avec dans un cartouche de frise l’inscription en capitales : Batterie du cimetière russe, et corniche sur gros modillons.

La partie du parapet crénelé surmontant cette corniche, tout en pierre de taille, est desservie au revers de la porte par une passerelle métallique assurant la continuité du chemin de ronde d’infanterie au-dessus de la tranchée de la rampe.

Les rares baies ménagées dans les revêtements sont principalement des créneaux de fusillade à bouche horizontale cintrée ou en fente verticale, généralement groupés symétriquement et surmontés d’une baie haute à usage d’évent et de soupirail.

Les créneaux du coffre d’escarpe dans le flanc du demi bastion droit (ouest) sont surmontés d’un grand arc de décharge suivant le profil de la voûte du coffre. Les créneaux jumelés du corps de garde, percés dans l’escarpe à côté de la porte, ont une bouche horizontale sous arc et appui en gradins. Les créneaux des coffres de contrescarpe ont une embrasure centrale du même type, mais plus large, flanquée symétriquement de créneaux verticaux.

L’encadrement de ces groupes de créneaux des coffres est en bossage bouchardé à liseré. Le même traitement d’encadrement caractérise les fenêtres en soupirail des latrines (flanc ouest de l’escarpe) percées au ras du sol du fossé et encadrées de petits évents débouchant plus haut dans le mur sous forme de trou circulaire.

Angle sud-est du fossé, avec les créneaux du coffre de contrescarpe.Angle sud-est du fossé, avec les créneaux du coffre de contrescarpe.

Le bossage bouchardé à liseré se retrouve à l’encadrement de la porte du corps de garde (assises des jambages et claveaux passant un sur deux, d’un style néo Louis XIII) et à la grande arcade d’entrée de la galerie d’accès au souterrains, l’une comme l’autre couvertes en arc segmentaire et percées dans le revêtement de la tranchée de la rampe intérieure.

La galerie d’accès aux souterrains est voûtée en berceau plein-cintre, moins ample et partant du fond de la grande arcade d’entrée qui fait office d’arrière-voussure pour abriter ses portes-grille en position ouverte.

Les souterrains, galeries et casemates, sont voûtés en berceau plein-cintre, rampants dans les escaliers ; leurs parements clavés et assisés sont assez peu soignés, a joints beurrés. Les vestibules de transition sont voûtés plus haut que les galeries, généralement d’un berceau d’axe perpendiculaire, avec pénétration en arêtes du berceau de la galerie. Sur les parois murales on retrouve l’opus incertum à joints beurrés soulignés au fer, sauf aux encadrements des baies.

Les deux cages d’escalier monte-charge est et ouest adoptent un plan en fer à cheval ; les marches de l’escalier, monolithes, sont engagées dans le parement curviligne de la cage, dégageant un large vide central réservé au monte-charge ; l’escalier ouest a conservé sa rampe en fer.

Le palier supérieur est en pierre à la base du plan en fer-à-cheval, mais comporte une passerelle en fer sur IPN sur un côté. Au-dessus de ce palier communiquant à la rue du rempart de la batterie par une volée d’escalier montant à ciel ouvert, le volume de la cage d’escalier monte-charge est couvert d’une voûte en cul-de-four complètement ouverte vers la batterie, abritée sous une des traverses.

La poulie du treuil supérieur du monte-charge est fixée sur deux poutrelles de fer assemblées en T est scellées en trois points dans la voûte.

Sur la batterie, les murets d’appui de la rue du rempart et des emplacements de tir entre traverses sont en opus incertum, sans tablette. Depuis la rue du rempart, de petits escaliers montent vers la partie centrale de la batterie, formant un massif de terre ou cavalier qui tient lieu de parados pour le chemin de ronde d’infanterie crénelé du front de gorge.

Chemin de ronde d'infanterie du front de gorge sur la face du demi-bastion nord-est, avec passerelle sur la porte.Chemin de ronde d'infanterie du front de gorge sur la face du demi-bastion nord-est, avec passerelle sur la porte.

Dénominations batterie
Aire d'étude et canton Alpes-Maritimes
Adresse Commune : Nice
Lieu-dit : Caucade
Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle
Statut de la propriété propriété publique

Références documentaires

Documents figurés
  • Batterie du Cimetière Russe. [plan des dessous]. / Tirage de calque, sd [1946]. Service historique de la Défense, Vincennes : CDAOA (9), inv. 1946, IXe région militaire, 6V10548, dossier n° 44.

Bibliographie
  • CHIAVASSA, H. L’environnement fortifié de Monaco au XIXe siècle : la ligne « Séré de Rivières ». Dans : Les Alpes-Maritimes. Annales Monégasques, n° 14.

  • CHIAVASSA, H. Essai sur les défenses du comté de Nice de Séré de Rivières (1880) à Maginot (1930). Dans : Guerres et fortifications en Provence. Mouans-Sartoux, 1995.

  • GARIGLIO, Dario, MINOLA, Mauro. Le fortezze delle Alpi occidentali [Les forteresses des Alpes occidentales]. Cuneo : L'Arcière, 1995.

  • TRUTTMANN, Philippe. La barrière de fer, l’architecture des forts du général Séré de Rivières (1872-1914). – Thionville : édition Gérard Klopp, 2000. 542 p.

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