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batterie dite fort Margheria ou fort de la Marguerie

Dossier IA06001318 réalisé en 2001

Fiche

Pas d'indices de la présence d'un édifice antérieur sur le site

I. Généralités

L'ouvrage dit "Fort Margheria" est apparenté à une batterie de protection de type italien 1877-1880, et non à un fort de barrage de camp retranché du type défini dans les années 1870-1875. Il n'avait pas le statut de "fort" à sa conception, mais était l'un des cinq "ouvrages" d'appoint du fort de Colle Alto, l'ensemble composant le "barrage" ou camp retranché du Col de Tende. C'est le plus important de ces cinq ouvrages, en dimensions (un peu moins de 100m de profondeur dans l'axe nord-sud, fossé compris), en nombre de locaux logeables et en armement. C'est aussi le plus complexe et le plus dissymétrique. Comme pour les autres ouvrages, l'appellation "fort", quoique impropre, a été consacrée par l'usage.

Il s'élève à la cote 1849m.

Il est laissé à l'abandon par l'administration militaire, et n'a pas d'affectataire. En juillet 2000, utilisation ponctuelle, avec aménagements semi-permanents (pont d'accès), par une association.

Son état sanitaire général est médiocre, certaines parties menacent ruine.

II. Historique

La construction de cet ouvrage, confiée par contrat du 10 juillet 1883 à l'entrepreneur Giuseppe Maggia, adjudicataire du marché pour la continuation des ouvrages du barrage de Tende, est estimée alors à 493.000 lires, c'est à dire moins cher que l'ouvrage de Giaura, mais plus que les trois autres ouvrages. Le chantier devait être terminé pour l'été 1885.

L'armement en fonction duquel est conçu le projet initial de la batterie comporte 8 sections d'artillerie composées de 11 canons de calibre 12 en fonte rayée cerclée, tous disposés pour le tir à barbette sur les terrasses, à raison de cinq sur le rempart du front sud (tir frontal vers la vallée), dont deux sur la même section (emplacement de tir double), quatre sur la terrasse basse orientale (tir de flanquement vers le col et vers la Roya), dont deux sur la même section, et deux sur une section unique sur le rempart ouest, près de l'angle nord-ouest.

Cet armement est complété par 2 mortiers de calibre 15 en acier rayé, sans emplacement fixe, à disposer à l'intérieur de la place, de préférence sur la terrasse basse du front oriental, devant les casernes, afin de battre le fond de la Roya et le vallon de Caramagna.

L'installation des lignes téléphoniques et télégraphiques reliant cet ouvrage à l'ensemble du dispositif date de juillet 1893, et le colonel Stabia, directeur territorial du génie de Cunéo, en confirma le bon fonctionnement le 18 octobre de la même année.

Le rapport confidentiel du service des renseignements militaires français rédigé en 1895, et mis à jour en 1898, 1899, 1907, 1909, 1914, produit un plan très inexact de l'ouvrage, et le crédite par conjecture de 4 pièces de 12 sur le parapet du front est, ce qui est exact, le supposant armé par ailleurs de canons de 15, 4 au sud, 4 à l'ouest, et 4 sous casemates à l'est, ce qui est globalement faux. Toujours d'après ces renseignements, un canon de 15 provenant du fort de Colle Alto aurait été placé en 1898 dans le "fort" Margheria.

Comme les autres ouvrages, cette batterie a été désarmée durant la première guerre mondiale, ce dont ne fait pas état la mise à jour pour 1933 du rapport des renseignements militaires français.

III. Description1

Fascicolo contenente il piano d'insieme [...] del Colle di Tenda [Document contenant le plan d'ensemble [...] du Col de Tende]. Détail : plan du sous-sol -SSC- [fort Margheria].Fascicolo contenente il piano d'insieme [...] del Colle di Tenda [Document contenant le plan d'ensemble [...] du Col de Tende]. Détail : plan du sous-sol -SSC- [fort Margheria].

Les matériaux de construction sont de provenance locale, qu'il s'agisse des parements courants, en blocage de gros moellons et cailloux (granite, calcaire et schiste) destinés à être enduits, ou des rares pierres de taille (bandeaux-larmiers, dalles de pavement, d'escaliers, encadrement de la porte). Les sols de circulation dans les corridors sont constitués d'une calade de cailloux. On ne sait si les briques employées dans la construction (en encoignures, en encadrement ou couvrement de baies) ont été produites dans un four créé sur place, ou apportées par l'entrepreneur. La mise en œuvre des matériaux et des enduits est traditionnelle, et n'emploie à l'origine que le mortier de chaux. L'ensemble des parements (murs et voûtes), à l'intérieur et pour les façades extérieures (y compris les murs d'escarpe), étaient revêtus d'un enduit couvrant blanc cassé, dont la conservation actuelle est très inégale d'un secteur à l'autre du fort. C'est au rez-de-chaussée du casernement nord, dans le passage d'entrée, les casemates et leur corridor, que cet enduit a le moins souffert de l'humidité.

Dans l'état actuel des lieux, touts les aménagements de second œuvre, ou mobiliers : menuiseries, huisseries, planchers, grilles et garde-corps en fer forgé, affûts des pièces, ont été systématiquement pillés et n'existent plus.

A. Plan

Établi à flanc de pente sur un relief de la montagne, en contrebas de la ligne de crête et, plus particulièrement, du fort Pernante, l'ouvrage tire parti d'une excroissance rocheuse très irrégulière aménagée artificiellement au moyen d'importants travaux de terrassements. Ces aménagements ont permis d'établir l'assiette trapézoïdale fossoyée de cette ample batterie en recherchant la planéité et en ménageant quatre fronts rectilignes de longueur assez proche, qui se retournent presque à angle droit. Trois de ses fronts surplombent naturellement les pentes, tandis que le front de gorge (nord) et l'angle nord-ouest sont retranchés artificiellement par le surcreusement du fossé dans le roc, et par une entaille dans l'arête rocheuse qui le domine.

La principale dissymétrie du plan tient au fait que le fossé du front est, plus bas que celui de l'ouest, débouche directement sur le ravin sans contrescarpe, alors même qu' il est dominé par une excroissance que forme l'angle sud-est de l'ouvrage, en saillie sur ce front oriental, pour se raccrocher à un rocher isolé dont la hauteur équivaut à celle des remparts hauts de l'ouvrage. Ce rocher dont l'aire sommitale joue le rôle de plate-forme haute en prolongement du rempart sud, interrompt donc la continuité du fossé.

Vue lointaine du site nord-est, pentes vers la Roya.Vue lointaine du site nord-est, pentes vers la Roya. Vue générale, fronts est et nord, vus de la route d'accès, à gauche rocher sud-est.Vue générale, fronts est et nord, vus de la route d'accès, à gauche rocher sud-est.

Il absorbe même un petit tronçon du revêtement d'escarpe de l'ouvrage, à l'angle sud-est, qui, sans cet obstacle naturel formant transition, ne se raccorderait bien ni en niveau de terrassement (le front oriental forme une terrasse qui règne 6 m environ en contrebas du rempart sud), ni en alignement (le retour d'angle du front sud est projeté en avant de l'alignement du front est).

Les quatre angles du revêtement d'escarpe du fort sont arrondis, formant une ellipse beaucoup plus large aux angles du front sud qu'à ceux du front nord, simplement émoussés.

L'ouvrage est dépourvu de tout organe de flanquement saillant sur l'escarpe de type caponnière, ce qui est compensé par la présence de deux coffres ou galeries de contrescarpe à feux de revers dans les angles opposés nord-est et sud-ouest. Ce parti serait significatif de l'évolution de la conception des ouvrages défensifs italiens dans les années 1880.

Les déchets de matériaux produits par les travaux de terrassement et de construction ont été épandus au revers de la contrescarpe des fossés sur les flancs les plus escarpés pour recharger et régulariser les pentes en formant un glacis de remblai ; cette recharge est incomplète à l'angle sud-ouest du fossé dont le revers est dénudé, soit que le remblai n'ait pas été achevé, soit -plus probable- qu'il ait "coulé" sur les pentes.

Vue générale depuis le dernier lacet de la route d'accès nord/nord-est.Vue générale depuis le dernier lacet de la route d'accès nord/nord-est. Vue générale lointaine du fort côté ouest, angle sud-ouest.Vue générale lointaine du fort côté ouest, angle sud-ouest.

La route militaire qui dessert le "fort" Margheria, et se poursuit vers l'ouest vers Peyrefique et vers le vallon de Castérino, longe le front de gorge (nord) de l'ouvrage au raz de la contrescarpe du fossé.

B. Économie défensive générale : remparts et batteries

Conformément au type de la batterie de protection, l'ouvrage présente trois fronts d'attaque constitués d'un rempart avec revêtement d'escarpe bas en glacis couronné d'un cordon-larmier , parapet en terre et terre-plein destinés à porter les pièces d'artillerie de moyen calibre (canons de 12) pour le tir à barbette, dont les emplacements sont défilés par des traverses.

Le front de gorge, au nord (72m de long), au milieu duquel est ménagée la porte d'entrée est le seul, en principe, qui présente à l'extérieur, sur le fossé, un bâtiment de casernement à deux étages de casemates voûtées à l'épreuve, avec façade percée d'une fenêtre par travée (niveau fossé et rez-de-chaussée). Cette façade est couronnée par un parapet d'infanterie maigre percé de créneaux de fusillade qui assurent la défense rapprochée.

Vue générale plongeante au nord depuis la route de Giaure.Vue générale plongeante au nord depuis la route de Giaure. Corps de caserne du front de gorge, fossé nord et angle nord-est, vus de l'est.Corps de caserne du front de gorge, fossé nord et angle nord-est, vus de l'est. Front oriental du fort vu du rocher de l'angle sud-est, casemates, fausse braie et fossé.Front oriental du fort vu du rocher de l'angle sud-est, casemates, fausse braie et fossé.

Cependant, le "fort" Margheria offre, en retrait du front oriental, une seconde façade extérieure de casemates (58m de long), qui ne comporte que l'étage inférieur, car -à la faveur du dénivelé du site d'ouest en est- la terrasse d'artillerie de ce côté règne beaucoup plus bas que celles des autres fronts, de plain-pied avec le sol de cet étage inférieur. Cette terrasse du front oriental n'est d'ailleurs pas traitée comme un rempart a profil de terre, mais comme une fausse-braie avec parapet maçonné trop haut pour laisser passer les canons sans qu'il ait été nécessaire d'y ménager des embrasures découvertes. Cette fausse-braie est munie d'un égout qui s'évacue à l'extérieur par trois goulottes en pierre saillant sur l'escarpe.

Les trois emplacements de tir de cette fausse-braie du front oriental (dont un double au sud) conservent l'axe de rotation et le pavement en arc de cercle des affûts tournants ; ils sont défilés par deux traverses creuses à réserves, et au sud par le surplomb du revêtement intérieur de la partie du rempart sud qui fait saillie sur ce front oriental. A l'angle nord-est, un court segment de rempart à glacis défile aussi la fausse-braie en faisant raccord et épaulement entre le revêtement d'escarpe et le bâtiment à façade extérieure du front nord.

Angle nord-est du fort : escarpe de la fausse braie, rampant sur escalier souterrain.Angle nord-est du fort : escarpe de la fausse braie, rampant sur escalier souterrain. Vue plongeante du double emplacement de tir (affûts tournants et embrasure) de la fausse braie.Vue plongeante du double emplacement de tir (affûts tournants et embrasure) de la fausse braie.

Le rempart sud a un mur de terrassement soutenant la crête de son parapet vers l'intérieur. Au raz de ce mur, les quatre emplacements de tir à barbette front sud (long de 88m) sont défilés par trois traverses creuses qui communiquent en sous-œuvre par des escaliers coudés avec des casemates enterrées adossées à ce rempart. S'y ajoute une quatrième traverse pleine qui se confond avec la crête du rempart ouest.

Ce rempart ouest est plus élevé que celui du sud , et règne au même niveau que celui qui habille la face intérieure et les reins des voûtes supérieures du bâtiment nord. La crête du rempart occidental est matérialisée par un mur longitudinal enterré, l'unique emplacement de tir y étant calé entre une grosse traverse creuse saillant dans la cour, et la crête du rempart nord, qui en assurent le défilement latéral.

Le rempart qui enveloppe le couloir coudé d'entrée du fort et s'avance dans la cour transversalement au front nord, constitue en même temps un parados pour l' emplacement de tir du front occidental.

La plate-forme ou cour intérieure du "fort" règne au niveau de la banquette de terre qui recouvre les voûtes de l'étage unique de l'aile orientale de casemates. A partir de cette cour intérieure, la distribution des ailes de casemates enterrées à niveau unique des fronts est et sud, celle du magasin à poudre (68) enterré dans le rempart ouest, et celle de la fausse-braie orientale, sont assurées par une courette rectangulaire encaissée (jadis bordée de garde-corps en fer forgé) d'axe est-ouest, accessible par une rampe de roulage adossée à son grand côté nord, adaptée aux pièces d'artillerie. Le grand côté sud de cette courette constitue la façade (ruinée par un large éboulement) de l'aile de casemates sud, tandis que le petit côté oriental est percé du passage charretier voûté (48) assurant l'accès à la fausse-braie.

Vue générale depuis l'ouest, profil du rempart, revers de la contrescarpe sud-est, petit poste de tir.Vue générale depuis l'ouest, profil du rempart, revers de la contrescarpe sud-est, petit poste de tir. Courette encaissée à l'intérieur du fort : rampe à droite, front ouest au fond.Courette encaissée à l'intérieur du fort : rampe à droite, front ouest au fond.

C. Circulations, aménagements, bâtiments, locaux internes et coffres

La porte du fort qui constitue l'axe de symétrie du front nord dans son ensemble, n'est pas percée exactement au centre de la façade du bâtiment de casernement qui occupe la majeure partie ce front de gorge: en effet, cette façade comporte onze travées de baies superposées sur deux étages, et la porte est percée dans la cinquième travée en partant de l'est. Les dispositions internes permettent toutefois de constater que cette dissymétrie (4 travées à gauche, 6 à droite) est en partie atténuée par le fait que la dernière travée de casemate de l'ouest est beaucoup plus étroite que les autres, réduite à un couloir. La largeur des casemates est d'ailleurs assez variable dans l'ensemble, en sorte que la régularité apparente du rythme des travées de fenêtres est illusoire. Cette façade, dont les deux étages sont séparés par un cordon-larmier qui prolonge celui couronnant les escarpes des autres fronts, est caractérisée par ses fenêtres à couvrement formé d'un arc surbaissé en briques (certains repris récemment en forme de linteau de béton). Une feuillure en réserve du parement concerne non seulement de l'encadrement de ces fenêtres, mais aussi -fait plus caractéristique ici- celui situé de part et d'autre, sur une emprise qui permettait d'encastrer les contrevents en position ouverte (et ainsi de les protéger des intempéries).

Les nombreux créneaux de fusillade du parapet d'infanterie qui constitue le troisième étage de la façade sont encadrés en briques (l'arase et certaines brèches de ce parapet ont été réparés récemment avec des moellons et une chape de ciment).

La porte est précédée d'un pont à unique arche dormante attenante à la contrescarpe (arc en moellons sommairement équarris, pile avec encoignures en briques), que complétait un tablier de pont-levis (complètement détruit) dont le contrepoids était assuré par deux fléaux lestés qui basculaient dans des saignées au sol du passage et s'abîmaient dans une fosse voûtée occupant la moitié antérieure de la travée sous la porte.

Porte du fort et partie de la façade nord, au centre, travée de l'escalier.Porte du fort et partie de la façade nord, au centre, travée de l'escalier. Pont d'accès à la porte du fort ; au fond, créneaux de la galerie de contrescarpe nord-est.Pont d'accès à la porte du fort ; au fond, créneaux de la galerie de contrescarpe nord-est.

L'encadrement de la porte est en pierre de taille noire avec arc segmentaire à voussoirs passants un sur deux et clef saillante, le tout inscrivant en retrait un sous-arc en briques simulant des voussoirs passants dans un arc supérieur en pierres (lequel n'est autre que la face d'entrée de la voûte du passage). Le tablier du pont-levis en position fermée venait s'inscrire dans l'encadrement de l'arcade en pierre de taille en masquant le sous-arc (un IPN formant linteau et portant un voile de parpaings creux en béton a été rapporté à une date tardive dans l'arcade intérieure pour réduire la hauteur de la porte).

Un mince bandeau de maçonnerie lisse régnant au dessus de la porte doit correspondre à un point d'accroche d'un panonceau annonçant le nom du fort.

La chaussée d'accès à la cour, qui suit immédiatement les vantaux (disparus) de la porte et forme un long segment rectiligne sous passage voûté en berceau surbaissé, avant de se couder à gauche (sous voûte d'arête), comporte deux bandes de dalles en pierre dure, correspondant au passage des roues des convois, avec dans l'intervalle une calade de cailloux ou galets de rivière (importantes recharges tardives au ciment). La seconde moitié du segment rectiligne, qui se coude pour déboucher sur la cour vers l'est, surplombe une citerne rectangulaire de 150 m 3 (69), que dessert un puits à margelle semi-circulaire calé dans l'angle rentrant du passage. Cette citerne était alimentée par un aqueduc captant des sources à une distance d'environ 400 m, près de la route d'accès. La première moitié du segment rectiligne du couloir d'entrée, plus étroite que la seconde, correspond à l'emprise en profondeur des casemates. A la transition entre cette partie et la partie élargie passe le corridor est-ouest de distribution des casemates, voûté en demi-berceau à ce niveau du rez-de-chaussée, et en berceau au niveau inférieur (37). Les casemates sont toutes voûtées en berceau segmentaire d'axe nord-sud. Les deux travées de casemates qui encadrent immédiatement le couloir d'entrée sont à peine plus larges que ce couloir, et communiquent directement avec celui-ci par des portes latérales: la travée à gauche, d'un seul tenant, ouvrant aussi sur le corridor, correspondrait au corps de garde. La travée de gauche est divisée en deux par un mur de refend: la partie accessible depuis le passage d'entrée est la cage d'escalier à rampes droites (marches monolithes, repos en dalles sur voûte surbaissée en briques), qui dessert l'étage inférieur (cet escalier est en ruines). La partie postérieure, largement ouverte sur le corridor, est une sorte de petite réserve. De chaque côté de ces deux premières travées encadrant le passage d'entrée, règnent trois travées de casemates de dimensions normale, soit: plus larges, qui comportent chacune sur le corridor une porte encadrée de deux petites fenêtres. Celles de la partie gauche (est) auraient correspondu successivement à la cuisine, au mess des officiers, et à la chambre des sous-officiers, tandis que dans les cinq casemates de la branche droite (ouest) étaient établis des dortoirs pour 220 hommes de garnison. La branche gauche du corridor prend seule jour à son extrémité par une fenêtre surplombant la fausse-braie.

Au-dessous de ce rez-de-chaussée règnent les casemates basses qui prennent jour dans le fossé, numérotées à partir de l'escalier (19 à 24 vers l'est, 29 à 33 vers l'ouest). La casemate sous le passage d'entrée est divisée par un mur de refend; la moitié antérieure (19), voûtée dans un axe perpendiculaire à celui des autres casemates, est la fosse de rabattement des fléaux du pont-levis; son mur de front forme sur le fossé un léger avant-corps à encoignures de briques. Cette fosse communique à la fois avec l'escalier et avec la moitié postérieure de la travée qu'elle occupe (20) réputée avoir été affectée à la "chambre mortuaire". Les autres casemates reproduisent les dispositions de celles du rez-de-chaussée, et étaient aménagées en dortoir ou en prisons.

Passage d'entrée du fort, vu du débouché sur la cour, partie coudée, accès corridor, porte.Passage d'entrée du fort, vu du débouché sur la cour, partie coudée, accès corridor, porte. Enfilade du corridor des casemates du front nord au rez-de-chaussée, branche ouest.Enfilade du corridor des casemates du front nord au rez-de-chaussée, branche ouest.

L'extrémité ouest du corridor (37) distribue encore le couloir transversal (33) sous la dernière travée étroite des casemates du R-C, et par son intermédiaire, deux coffres situés dans l'angle nord-ouest de l'escarpe du fort, sous le versant extérieur du rempart ouest, et un cabinet de latrines. Ces deux coffres sont percés de créneaux de fusillade sur le fossé, exclusivement à l'ouest. Le corridor se termine de ce côté par une poterne de fond de fossé. A son autre bout, le corridor se termine comme au R-C par une fenêtre donnant sur la fausse-braie du front oriental. La dernière casemate de ce côté (24) communique avec un escalier voûté à deux volées droites (25) ménagé au revers de l'escarpe dans l'angle nord-est du fort. Cet escalier éclairé côté nord exclusivement de créneaux de fusillade échelonnés en crémaillère (encadrés en briques), dessert un souterrain passant sous le fossé nord (27) pour remonter en escalier au revers de la contrescarpe et y desservir une galerie casematée enveloppant l'angle rentrant nord-est, munie de nombreux créneaux de fusillade à feu de revers (encadrement en briques à ébrasement extérieur), assurant le flanquement des branches septentrionale et orientale du fossé.

Dernière casemate à l'est du bâtiment nord, niveau 2 (rez-de-chaussée), vue du corridor.Dernière casemate à l'est du bâtiment nord, niveau 2 (rez-de-chaussée), vue du corridor. Dernière casemate à l'est du bâtiment nord, niveau 2 (rez-de-chaussée), vue du nord vers le corridor.Dernière casemate à l'est du bâtiment nord, niveau 2 (rez-de-chaussée), vue du nord vers le corridor.

Dans le corridor des casemates basses du casernement nord, s'embranche vers le sud au droit de la casemate 22, un corridor perpendiculaire (39), dénivelé de quelques marches, qui distribue les casemates du front oriental (38, 41 à 47), flanqué à son départ d'un petit réduit (40). Ces casemates qui prennent jour ou prennent pied ( la travée 42 est un couloir transversal débouchant) sur la fausse-braie constituaient une séries de magasins, l'une d'elles étant affectée à la cuisine de troupe. Trois de ces casemates (42-43-44) communiquent entre elles par un large passage transversal au revers du mur de façade, passage dont le voûtement croise celui des casemates en formant des pénétrations en voûtes d'arêtes. Ce secteur est aujourd'hui très délabré et tombe en ruines. Les fenêtres sont d'un type identique à celles de la façade nord.

On remarque à cet égard que les petits abris à double fond des traverses (49-50) de la fausse braie ont une porte d'accès (suivi de quelques marches descendantes) flanquée à gauche d'une minuscule fenêtre avec encastrement de contrevent sur la droite.

Le corridor (39) des casemates orientales débouche au sud sur la courette encaissée qui dégage la façade des casemates sud. Il forme aussi un coude à gauche pour desservir la dernière casemate orientale (47), qui communique avec le passage charretier (48) entre courette encaissée et fausse-braie.

Enfilade du corridor des casemates orientales, vue du sud.Enfilade du corridor des casemates orientales, vue du sud. Passage de liaison entre la courette encaissée et la fausse braie, vu de l'est.Passage de liaison entre la courette encaissée et la fausse braie, vu de l'est.

Au sud de ce passage, à gauche de la première casemate (53) du front sud, une porte communique à un magasin aveugle (50) environné d'un couloir d'isolement voûté, le tout contenu dans le massif qui prolonge le front sud jusqu'au rocher sud-est en dominant la fausse-braie. Malgré ses dispositions rappelant une poudrière, il s'agissait d'un magasin à vivres de réserve.

L'aile de casemates sud, qui prend jour en façade sur la cour encaissée, comporte 7 travées (53 à 59) pourvues chacune d'une porte et d'une fenêtre en façade et dans le mur de fond longé par un corridor voûté (60). Ce corridor adossé au rempart sud a pour fonction, outre une desserte de ces casemates affectées au magasins d'artillerie et du Génie, de distribuer les trois escaliers coudés qui remontent aux abris-réserves des traverses du rempart sud. A son extrémité ouest, ce corridor se prolonge par un escalier (62) descendant sous le fossé (63), près de l'angle sud-ouest, pour desservir la deuxième galerie de contrescarpe à feu de revers (65). On notera ici qu'au dessus du passage du souterrain d'accès aux deux galeries de contrescarpe, les parements de l'escarpe et de la contrescarpe incluent un arc de décharge bien appareillée.

Cette galerie de contrescarpe percée de créneaux de fusillade qui assurent le flanquement des branches méridionale et occidentale du fossé, est d'une conception plus complexe que celle de l'angle opposé.

Elle forme en plan deux segments en quart de cercle qui se rencontrent à angle droit dans un saillant à deux pans (presque une caponnière) qui occupe le raccord des deux branches du fossé. On retrouve la même disposition au fort Pepino. Les maçonneries qui forment le revers de cette galeries de contrescarpe, sans doute destinées à être enterrées, sont actuellement mises à nu et bien visibles vers l'extérieur du fort.

Après avoir desservi l'escalier d'accès à cette galerie de contrescarpe, le corridor des casemates sud se retourne vers le nord pour desservir 1) un escalier montant au repart dans l'angle sud-ouest près de la quatrième traverse, 2) un vestibule perpendiculaire (66) dénivelé de quelques marches, qui débouche aussi sur la courette encaissée, 3) de plain-pied avec ce vestibule, la porte d'accès du magasin à poudre (68) du fort, qui, avec son couloir d'isolement périphérique (67), règne profondément enterré sous le rempart occidental. Ce magasin à poudres avait une capacité de 70.000 kg.

Fossé sud vu de l'est, à gauche, contrescarpe éboulée.Fossé sud vu de l'est, à gauche, contrescarpe éboulée. Fossé ouest, détail de la galerie de contrescarpe à feu de revers du sud-ouest.Fossé ouest, détail de la galerie de contrescarpe à feu de revers du sud-ouest. Vue générale lointaine depuis l'ouest.Vue générale lointaine depuis l'ouest.

D. Ouvrages et bâtiments annexes

Sur la pente au sud-est du fort, quelques mètres en contrebas du niveau du fossé sud, au pied du rocher qui recoupe ce fossé, est construit en matériaux traditionnels (schiste principalement) un très petit ouvrage détaché de plan semi-circulaire, à deux niveaux, reliés par un escalier, adossé à une saillie rocheuse. Quoique non documenté et très ruiné, cet ouvrage qui ne fait pas partie du projet initial peut être identifié par hypothèse à une tourelle d'artillerie du début du XXe siècle, destinée à être équipée d'un canon battant dans un axe privilégié sud-est les lacets de la route du col de Tende.

Cette "tourelle" compensait un angle mort que le gros rocher sud-est imposait aux tirs des sections d'artillerie du front oriental du fort, mais elle n'était apparemment relié au corps de la batterie ni par un souterrain, ni par une tranchée.

Escarpements à l'extérieur du fossé du front sud, et tourelle détachée sud-est.Escarpements à l'extérieur du fossé du front sud, et tourelle détachée sud-est. Ruines de la tourelle détachée sud-est et route du col.Ruines de la tourelle détachée sud-est et route du col. Tranchée et poste de tir au revers de la contrescarpe du fossé sud.Tranchée et poste de tir au revers de la contrescarpe du fossé sud.

Au revers de la contrescarpe du front sud, est aménagée une étroite tranchée défensive partant du débouché sud-est de ce fossé sur la pente, et se prolongeant de plusieurs mètres vers l'ouest pour desservir un poste d'observation et de tir à ciel ouvert pouvant accueillir un homme, avec parois et appui en béton, orienté vers les pentes sud /sud-ouest. Il parait s'agir d'un aménagement des années 1930 pour mitrailleuse.

Au revers de la contrescarpe ouest, aménagé à la même époque, est un noyau d'arme supplémentaire, soit un petit abri sous bloc béton peu épais pour une mitraillette.

On trouve des réaménagements du même type au fort de Giaure.

Au début de la pente nord qui domine abruptement la tranchée de la route et le front de gorge du fort, au nord-nord-ouest, s'élèvent les ruines d'un petit corps de garde carré construit en blocage de schiste, aménagement classique qu'on retrouve aux autres batteries du camp retranché.

1les chiffres de repérage portés entre parenthèses dans la description revoient à la numérotation portée sur le plan de l'opera di Margheria au niveau inférieur, tiré de l'atlas (fascicolo) du camp retranché du Col de Tende, contemporain de la construction (Sessione Staccata di Cuneo). Cette numérotation concorde avec celle encore en partie en place au dessus des portes des casemates.
Parties constituantes non étudiées poste d'observation
Dénominations batterie
Aire d'étude et canton Alpes-Maritimes - Tende
Adresse Commune : Tende
Lieu-dit : col de Tende

L'ouvrage dit Fort Margheria est apparenté à une batterie de protection de type italien 1877-1880 et non à un fort de barrage de camp retranché du type défini dans les années 1870-1875. La construction est confiée à l'entrepreneur Giuseppe Maggia, adjudicataire le 10 juillet 1883 pour 493 000 lires. L'installation des lignes téléphoniques et télégraphiques date de juillet 1893. Comme les autres ouvrages, cette batterie a été désarmée durant la première guerre mondiale. L'ouvrage est dépourvu de tout organe de flanquement saillant sur l'escarpe, de type caponnière, ce qui est compensé par la présence de deux coffres ou galeries de contrescarpe à feux de revers dans les angles opposés nord-est et sud-ouest. Ce parti serait significatif de l'évolution des ouvrages défensifs italiens dans les années 1880.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle
Secondaire : 2e quart 20e siècle
Dates 1883, daté par source, daté par travaux historiques
Auteur(s) Auteur : Maggia Giuseppe, entrepreneur de maçonnerie, attribution par source

Le fort de Margheria est le plus important des cinq ouvrages d'appoint du fort de Colle Alto (environ 100 m de pofondeur dans l'axe nord-sud, fossé compris) ; il est également le plus complexe et le plus dissymétrique. L'armement comporte 8 sections d'artillerie, 11 canons de calibre 12, complétés par 2 mortier de calibre 15. Les matériaux de construction sont de provenance locale, gros moellons ou cailloux de granite, calcaire et schiste destinés à être enduits ; les sols des corridors sont des calades ; emploi de brique en encadrement des baies. Etabli à flanc de pente, à 1849 m d'altitude, en contrebas de la ligne de crête, il est situé sur une excroissance rocheuse très irrégulière aménagée artificiellement au moyen d'importants travaux de terrassement : quatre fronts rectilignes qui se retournent presque à angle droit, avec fossé, dont trois fronts d'attaque constitués d'un rempart avec revêtement d'escarpe bas en glacis, parapet en terre et terre-plein destiné à porter les pièces d'artillerie. Le front de gorge au nord, au milieu duquel est ménagée la porte d'entrée, est le seul à présenter un bâtiment de casernement à deux étages de casemates voûtées, avec façade percée d'un fenêtre par travée ; couronnement par un parapet d'infanterie percé de créneaux de fusillade. Le front oriental a également une seconde façade extérieure de casemates, à l'étage inférieur. Le rempart sud a un mur de terrassement soutenant la crête de son parapet vers l'intérieur ; le rempart ouest est plus élevé que le précédent. La plate-forme ou cour intérieure règne au niveau de la banquette de terre qui recouvre les voûtes de l'étage unique de l'aile orientale de casemates. La distribution des ailes de casemates est et sud, du magasin à poudre enterré dans le rempart ouest et de la fausse-braie est assurée par une courette intérieure encaissée. La porte du fort au front nord est décentrée et précédée d'un pont à arche unique dormante. Chaussée d'accès à la cour sous passage voûté en berceau segmentaire coudée vers la droite, avec branche secondaire voûtée d'arêtes partant à gauche ; elle passe sur une citerne de 150 m3 alimentée par un aqueduc et donne accès au couloir en demi-berceau des casemates (en berceau au niveau inférieur) . Les casemates sont toutes voûtées en berceau segmentaire d'axe nord-sud. Celles de gauche correspondaient à la cuisine et aux chambres des officiers et des sous-officiers et celles de droite aux dortoirs pour 220 hommes de garnison. Les casemates du front oriental sur la fausse-braie constituaient une série de magasins et la cuisine de troupe. L'aile de casemates sud était affectée aux magasins d'artillerie et du Génie. L'extrados des voûtes de toutes les structures maçonnées est revêtu d'une banquette de terre de 2, 50 m d'épaisseur. Sur la pente au sud-est du fort, est construit en matériaux traditionnels un très petit ouvrage détaché de plan semi-circulaire, à deux niveaux et adossé à une saillie rocheuse. Il peut être identifié à une tourelle d'artillerie du début du 19e siècle. Au revers de la contrescarpe sud est aménagée une étroite tranchée défensive pour desservir un poste d'observation et de tir à ciel ouvert, probablement un aménagement des années 1930.

Murs granite
calcaire
schiste
enduit
moellon sans chaîne en pierre de taille
Toit terre en couverture
Étages étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré
Couvrements voûte en berceau segmentaire
voûte en arc-de-cloître
voûte d'arêtes
voûte en demi-berceau
voûte en berceau
Élévations extérieures élévation à travées
Escaliers escalier intérieur
États conservations mauvais état
Statut de la propriété propriété publique

Références documentaires

Documents figurés
  • Fascicolo contenente il piano d'insieme, la planimetria, la pianta e le sezioni delle opere che costituiscono il campo trincerato del Colle di Tenda [Document contenant le plan d'ensemble, la planimétrie, le plan et les coupes des ouvrages qui constituent le camp retranché du Col de Tende] / Dessin, vers 1887. Archivi del Genio Militare, Turin : fonds de la Sezione Staccata di Cuneo (référencé S.S.C.). Original disparu.

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