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batterie de côte du Cap Negre

Dossier IA83003102 réalisé en 2017

Fiche

HISTORIQUE ET TYPOLOGIE GÉNÉRALE

XVIIe et XVIIIe siècles

La ressource stratégique offerte par le port de Saint-Nazaire (aujourd'hui Sanary) et par la rade du Brusc, à l'ouest de celle de Toulon, semble avoir été considérée par Vauban dès la décennie 1680, à la suite de sa première tournée de commissaire général des fortifications à Toulon en 1679. C'est au moins ce qui ressort indirectement des termes d'un mémoire rédigé en mai 1688 par son collaborateur et relais local Antoine Niquet directeur des fortifications de Provence : "La petite isle des Embies forme à ce port une tres bonne rade qu’on nomme le Bruzc ou toutes sortes de vaisseaux sont en sureté. Les galleres et les autres bastimens du Roy s’y retirent souvent (...) sans les ports de Toulon et de Marseille il seroit tres considérable La depense pour l’accommoder sera très médiocre" 1. Six ans plus tard, le même Niquet avait esquissé un principe de défense de cette rade du Brusc, appuyé sur des batteries de côte. Ce principe est jugé favorablement par Vauban dans un mémoire sur la protection des rades entre Marseille et Toulon daté de décembre 16942 , qui préconise des batteries retranchées bien armées : " il n’y a qu’à disposer les batteries de manière qu’elles puissent voir toute l’estendue de la rade, les asseurer par un bon retranchement, et y mettre deux fois autant de gros canons que de mortiers » .

Rien n’est encore lancé le 30 mars 1695, date à laquelle Louis XIV charge le maréchal de Tourville, lieutenant-général des armées navales, vice-amiral du Levant, du commandement des côtes de Marseille à Toulon, devant la menace de croisière anglaise de l’amiral Russel.

Le projet de mise en état de défense opérationnel conçu par Antoine Niquet dès le 22 mars 1695, dans un mémoire sur l'état des batteries à faire et à réparer sur la côte des rades de Toulon, assorti d’une carte3 , ne s’étend pas, vers l’ouest, au-delà du pourtour de la presqu’île de Saint-Mandrier et des abords de l’isthme des Sablettes. La question de la défense de la rade du Brusc reste du ressort de Tourville, qui y fait une tournée avec l'intendant de la Marine de Toulon, Jean-Louis Girardin de Vauvré, et confirme l’importance d’y interdire le mouillage aux ennemis, qui pourraient de ce secteur intercepter les galères circulant entre Toulon et Marseille. Pour couvrir la rade, il propose trois batteries armées d’un mortier et deux canons de 24 livres, au cap de La Cride, au cap Nègre et sur l’île des Embiez. Si la construction des batteries de la presqu’île de Saint-Mandrier est confiée à un entrepreneur (Aiguillon) sous l’autorité de Niquet et selon ses plans, l’exécution de celles de la rade du Brusc est déléguée aux consuls de Sanary et de Six-Fours, et leur garnison recrutée dans ces deux localités au titre des milices garde-côtes4. Ouvrages de temps de crise vite réalisés, de construction sans doute sommaire, sans retranchements ou édifices maçonnés complexes, ces batteries sont achevées fin mai 1695 et servies chacune a minima par un canonnier et deux aides canonnier, complétés de deux bombardiers pour les mortiers.

En 1715, la paix revenue, ces batteries sont désarmées, et, dix ans plus tard, en 1726, Antoine Niquet songe à améliorer la défense de la rade du Brusc, ce qu’il exprime sur une carte légendée. A propos de deux des batteries existantes, celle de la pointe de la Cride et celle du Cap Nègre, la légende précise qu'elle peuvent être retranchées : " Le cap nègre se peut retrancher faisant un angle saillant sur l’arete, sur sa droite en regardant terre un flanc et sur le penchant de sa gauche des redents pour le flanquement et la fermer (...)", ce qui montre que les batteries de 1695 avaient été réalisées sommairement, sans retranchement à la gorge. Les trois batteries peinant à croiser leurs feux du fait de leur espacement, Niquet en propose deux autres, une à Portissol, au pied d’une tour existante, une autre à l’île de Rouveaux (au large de l’île des Embiez). La réalisation de ce programme et l'amélioration des batteries existantes ne sont pas ou très peu documentés, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, car les cartes et mémoires relatifs aux batteries de côte de la période intermédiaire ne concernent pas la rade du Brusc, jugée d'importance secondaire. Une carte des rades de la ville de Toulon et du Brusq avec les environs, jointe au mémoire sur la défense de Toulon du directeur des fortifications Milet de Monville, daté de 18 avril 17625, exprime de manière sommaire, mais lisible, les batteries du Cap Nègre et du Rayollet comme retranchées à la gorge d'un mur tenaillé, à la différence de celles de l'île des Embiez et de Portissol. Le projet général des fortifications de Toulon du même Milet, pour 1764 fait mention de la rade du Brusc à propos de l'établissement de (nouvelles) batteries sur l’ile des Embiez, à combiner avec la fortification (renforcement) "de celles de Portissol et du Rayolet qui déffendent la même rade et l’anse ou plage de Bandol” 6. Un plan également daté de 1764 7 donne les dispositions de la batterie du Cap Nègre plus en détail : l'épaulement de batterie proprement dit adopte un plan en chevron, et le retranchement, comme sur la carte de 1762, présente un tracé tenaillé avec un épi central dans lequel est ménagée la porte, le redan gauche enveloppant le corps de garde. Ce retranchement était en pierre sèche. Le Mémoire sur la ville de Toulon 8 du sous-brigadier du génie Louis d’Aguillon, rédigé en mars 1768 consacre un chapitre général aux batteries de côte, qui concerne l'ensemble de celles défendant Toulon, sans doute jusqu'à la rade du Brusc ; presque toutes sont à barbette et dans un très mauvais état. S'agissant des batteries de la rade de Toulon, il propose de consolider les plates-formes, avec un parapet d’artillerie protégeant les servants, de les retrancher à la gorge par un mur et un fossé, de les équiper d’un petit magasin à poudres, d'un magasin d’artillerie et d'un corps de garde.

Un mémoire du 6 octobre 1777 signé du sieur d'Optère 9 évoque les amélioration jugées nécessaires à apporter aux batteries de la rade du Brusc, au nombre desquelles :" Reconstruire la batterie du Cap Nègre en portant son emplacement un peu en arrière, ce qui l'élèvera davantage, elle sera très bien disposée en ce qu'elle verra en flanc toute la plage du débarquement et l'entrée du golfe de Senary, quelques escarpements du côté de la mer la mettront hoprs de toute insulte de ce côté, et du côté des terres il convient de la couvrir d'un retranchement."

A la période révolutionnaire, en 1791, la direction des places des départements du Var et des Bouches du Rhône définit les dépenses à engager pour mettre les batteries de la côte dans un état de défense désirable. La liste indique pour la batterie du Cap Nègre une dépense de 172 livres pour les réparations de l'existant, et de 4000 livres pour lui donner le degré de force nécessaire 10 . Le 2 septembre 1792, la Garde Nationale de Six-Fours décrète l'armement des batteries de côte, la construction d'un magasin à poudres dans celle du Cap Nègre, et d'un refuge ou guérite dans chacune, pour les gardiens de batterie alors désignés par la municipalité de Six-Fours. Celui de la batterie du Cap Nègre, le citoyen Antoine Rey, canonnier au service de la république, s'était désisté le 1er mars 1793, ayant été employés à l'arsenal de Toulon. Le 5 mai, quatorze hommes prêtaient serment à Six-Fours, pour leur emploi réparti dans les deux batteries du Cap Nègre et du Rayollet, armées chacune de quatre canons 11.

A l'heure de la reprise de Toulon aux anglais par les républicains de septembre à décembre 1793, de nouveaux rapports et projets sur la défense des côtes nous renseignent sur l’état de la batterie du Cap Nègre, plus élaborée et pérenne qu’un siècle plus tôt. Une Commission du septième arrondissement des côtes, comprises entre Marseille et Savone est créée par arrêté du Comité de salut public le 23 brumaire An 2. Le rapport d’un des experts nommé pour examiner l’état de situation des batteries de la rade du Brusc, alors sous la surveillance du citoyen Sarrette, lieutenant d’artillerie de marine, comporte une description de la batterie du Cap Nègre, qui protège a sa droite la rade de St Nazaire, et a sa gauche celle du Brusc : " Cette batterie ancienne a barbette et platte forme partie en pierres de taille et briques de champ, est brisée a angle droit armée de 4 pièces de 36 (livres) sur affuts marins et d’un mortier de 12pouces en bronze a la gomer. Un corps de garde ancien sert a loger le commandant et les c(anonni)ers. Elle a un magasin a poudre neuf."12 Son service est alors assuré par vingt neuf canonniers de la compagnie de Six fours commandés par un lieutenant un sergent un capitaine, et quatre hommes du 5° bataillon des Basses Alpes. Au printemps 1794, l’armement est réduit à trois canons de 24 livres, mais il en est prévu jusqu'à douze de 36 livres, complétés de deux mortiers et un four à caisse.

XIXe siècle

En 1811, Napoléon valide les propositions du comité général des fortifications organisant à sa demande un projet général de mise en défense des côtes à l'échelle du territoire de l'Empire, jusqu'aux Pays-Bas au nord, et jusqu'à l'Italie et la Dalmatie au sud-est. Le programme définit et fixe des modules architecturaux normalisés pour les batteries de côte, et en particulier, pour les réduits de batteries. Ces réduits, en forme de tour cubique voûtée à l'épreuve, inspirées de celles bâties en 1801, lors de la campagne d'Egypte, pour défendre la place conquise du Caire, constituent des “tours-modèles” incluant tous les locaux de service de la batterie : en soubassement : magasin à poudre, magasin d’artillerie, réserve de vivres, citerne; à l'étage, logements de la garnison, et plate-forme d'artillerie en couronnement. Les tours-modèle sont retranchées et en partie défilée par un fossé, franchi par un pont dormant avec pont-levis. Cinq tailles de tours sont prévues, les trois premiers seuls casematés : n°1 pour 60 hommes; n°2 pour 30 hommes; n°3 pour 18 hommes. Cent soixante de ces tours devaient être construites sur l'ensemble du littoral, dans un délai de dix ans, dont à peine plus d'une dizaine ont été réalisées13. Cinquante quatre étaient prévues sur les côtes de la Méditerranée. Sept d'entre elles devaient être réparties d'ouest en est entre Sanary (île des Embiez) et la presqu'île de Giens, augmentée de quatre autres sur les îles d'Hyères.

Dans la presqu'île de Saint-Mandrier trois tours sont proposés en 1811 et 181214 . Le programme de principe annoncé dans le rapport de la séance du comité central des fortifications du 11 avril 1812 planifie la construction de six tours modèles pour la place de Toulon, réparties d’ouest en est entre l’île des Embiez et Carqueiranne; l'une d'elles, du type n°1, est proposée à l'appui de la batterie de la Carraque, toujours dans la presqu’île de Saint Mandrier, sur la hauteur de la Croix des Signaux, sera la seule effectivement construite. Pour la rade du Brusc, entre Bandol et les Embiez, l’amiral Emériau, préfet maritime, juge indispensable le renforcement des batteries du Cap Nègre, de La Cride, de Portissol et de Saint-Pierre des Embiez, destinées à être armées chacune de cinq ou six canons de 36 livres et un ou deux mortiers. Il est proposé de les compléter d’un réduit de type tour n° 1.Plan et profils de la batterie du Cap Nègre et de la tour à y établir, 1812.Plan et profils de la batterie du Cap Nègre et de la tour à y établir, 1812.

Le plan de projet de la batterie du Cap Nègre, établi sous l’autorité du colonel Alexandre de Dianous (de La Perrotine), directeur des fortifications de Toulon, daté du 25 mai 1812, est signé de Geoffroy, major du génie, sous-directeur des fortifications, et de Riouffe-Lombard, adjudant du génie15. Ce plan de projet montre que pratiquement rien ne doit être conservé de la batterie antérieure, dont le retranchement tenaillé en pierre sèche, le corps de garde et l'épaulement ont ne figurent plus sur le plan : seul le magasin à poudres qualifié de neuf en 1794 est conservé en retour d'équerre d'un logement lui aussi existant, à la gorge d'un épaulement ou banquette d’artillerie prévu 22m au-dessus de la mer, de plan polygonal, face au sud-ouest, complété d'un redan à angle droit au nord-ouest; l'équipement projeté, dans l'aire restreinte de cette batterie, comporte un fourneau à réverbère et deux guérites. La gorge de cette batterie compacte est refermée d'un simple mur crénelé droit auquel le logement est attenant. La tour-modèle n°1, avec contrescarpe revêtue, est projetée à 200m à l'arrière de la batterie, en position dominante (8m plus haut sur le cap), sa porte fait face à la batterie et au large. La planche du projet donne en détail la coupe de la tour-modèle, estimée à 58.000 francs, qui ne recevra aucun commencement d'exécution. En revanche, une dépense de 7800 francs est engagée pour la batterie à la date du projet. Le 28 aout 1812, sur un fonds de 20.000 francs alloué par le ministre de la Guerre pour l'exécution des travaux les plus urgents des batteries de la rade du Brusc, une dépense de 3600 francs est imputée "pour l'agrandissement de la batterie du Cap Nègre & la fermeture de sa gorge par un mur crénelé".

L'armement de la batterie préexistante qui, lors de la visite d'inspection du 15 octobre 1811, était de deux canons de 36, devait, pour la nouvelle être porté à 6 pièces pour pouvoir croiser en même temps avec Portissol et jeter des feux dans l’ouvert de la rade. Cet armement projeté ajoutait non seulement quatre canons de 36 à ceux existant, mais aussi un mortier à grande portée; sur place, on note également la présence de deux pièces de 36 en chantier.

Un mémoire accompagnant l'état des batteries de la côte de Toulon daté du 25 novembre 1812 montre une hésitation sur le caractère prioritaire du financement des travaux projetés : " La batterie du cap Nègre qui défend à la fois l’entrée de la rade du Brusc et du port de Sennary, qui flanque la ligne d’embossage et agit sur plusieurs points de débarquement doit en vertu de cette triple propriété devenir un poste retranché fort et consistant. Néanmoins, avant de se livrer à de grands travaux sur cette partie du littoral, il paraîtrait convenable d’examiner s’il ne vaudrait pas mieux en imputer la dépense à améliorer les défenses extérieures de Toulon, qui sur ce point sont très imparfaites, et éliminer ainsi la combinaison d’une attaque de cette place par un débarquement au Brusc." 16 Ce point de vue répète une opinion déjà formulée par le colonel Dianous dans ses apostilles à l'estimatif des projets du 25 mai.

Comme la plupart des autres batteries de côte de la rade de Toulon et de celle du Brusc, la batterie du Cap Nègre est laissée en l’état pendant plus d'un quart de siècle. La nouvelle commission de défense des côtes, en 184117 , lance un programme général de remise aux normes des batteries de côte, en plaçant au premier degré d'importance, dans la presqu'île de Saint-Mandrier, celles de Saint-Elme et de La Carraque, mais en formulant des préconisations générales pour toutes. L’armement des batteries doit être normalisé, constitué de canons de 30 livres et d’obusiers de 22 cm en nombre égal, complété par des mortiers de 32 cm, et non plus de pièces d’artillerie hétérogènes débarquées des vaisseaux, comme dans la situation antérieure. La nouvelle batterie du Cap Nègre est à armer de six bouches à feu, et doit comporter un réduit de batterie qui, d'après la commission, "sera fort bien placé sur la hauteur voisine située derrière la gorge de la batterie", avec une caponnière couvrant la communication, ce qui se rapproche du principe prévu en 1812 avec la tour-modèle non réalisée. Toujours selon la commission, "le mur d’enceinte existant pourra être conservé en grande partie ; les bâtiments existant seraient sans objet à moins de les destiner au logement de quelque détachement de la force mobile qu’on pourrait envoyer sur cette côte pour l’éclairer".

Le colonel Edouard Picot, directeur des fortifications de Toulon, et le chef du génie Dautheville, bientôt remplacé par le chef de bataillon Joseph Corrèze, sont chargés, à partir de 1843, de travailler aux projets de reconstruction ou de réorganisation des ouvrages de défenses, tant forts que batteries de côte, jusqu’à Bandol. Celle du Cap Nègre fait l'objet d'un premier projet le 4 janvier 1846, signé par le capitaine du génie Huard, avec début d’exécution dans l'année, moyennant une dépense de 23.000 francs, sur un coût total estimé de 46.400 fr18. Ce projet comporte la construction d'un réduit prenant la forme d'une tour crénelée type 1846 n°2 pour 40 hommes, capacité correspondant en principe au service d'une batterie de huit à neuf pièces (quatre canons de 30, quatre obusiers de 22 et un mortier). En avril 1847, le projet est modifié en tenant compte des indications du comité des fortifications 19, demandant que la tour soit intégrée dans l'aire intérieure de l’épaulement de batterie assurant son défilement du côté du large. Cette disposition permet réciproquement d'utiliser la tour et son fossé comme défense et retranchement de gorge de la batterie, d'où résulte une économie de 2400 francs sur l'épaulement et le fossé de gorge initialement prévus. Toutefois, la sous-estimation initiale du coût de la tour, qui reste à construire, impose l'imputation d'une somme de 16.000 francs en plus des 21.000 francs restant du budget initial, soit un coût final de 37.000 francs pour la tour.

Le plan de l'épaulement réalisé, en fer à cheval ou en étrave ; "deux faces en ligne droite réunies par une portion circulaire vers le sommet assez aigu", et son implantation sur le cap, diffèrent très nettement de ceux de la batterie projetée en 1812, ce qui montre que, là encore, rien n'a été conservé de cette batterie antérieure dans la reconstruction de 1846-1850. Cette situation diffère très nettement de celle de la batterie de la Cride, qui comporte aussi une tour crénelée type 1846 n°2 , mais intégrée dans une importante enceinte composée d'un mur crénelé à bastionnets, construite en 1812.

L'armement proposé dans le rapport d'une commission spéciale rendu le 14 juin 1853 est de six pièces, comme prévu en 1841, deux sur la face gauche, croisant les feux avec Saint Pierre des Embiez, deux sur la face droite, voyant Portissol et deux au sommet croisant avec cette dernière batterie et avec celle de la Cride. Le rapport précise qu'il convient de ne pas tarder à y déposer le matériel et à y placer un gardien.

La commission de révision de l’armement de 1859 y indique un armement transitoire de trois canons de 30 livres, trois obusiers de 22cm et un mortier, l'armement définitif remplaçant les trois obusiers par trois canons. En 1862, les plates-formes des pièces furent refaites avec des dés de sellettes, pour recevoir les canons de 30, modèle 1840, envoyés au rayage pour les adapter à l’évolution des armements, et qui n'en reviendront qu'en 1869. Cette révolution de l’artillerie rayée rendait obsolètes les pièces pour lesquelles les batteries de la génération 1846 étaient conçues, en termes de portée des tirs et de précision à l’impact.

Le rapport de la Commission mixte de révision de la défense du littoral dans le 5è arrondissement maritime de 1873 20 relève que l’armement en place est alors constitué de quatre canons de 30 livres rayés et de deux obusiers de 22 cm (rayés et frettés). Les rapporteurs considèrent que les batteries dispersées pourraient être avantageusement remplacées par de fortes batteries de hauteur. Le projet d’un fort au point haut de l’île des Embiez ayant avorté, la défense à longue portée des rades de Bandol et du Brusc, entre Bandol et les Embiez, est désormais concentrée sur un nouveau fort de hauteur, assurant à la fois une défense terrestre, projeté et réalisé à l’emplacement de l’ancien château de Six-Fours.

Le rapport de la commission considère que la batterie du Cap Nègre doit être déclassée abandonnée, mais elle est maintenue en fonction encore quelques années. En 1877, elle a toujours ses quatre canons rayés, mais un mortier de 32cm (lisse) a remplacé les obusiers. Le personnel affecté à cet armement se compose de dix canonniers et vingt et un auxiliaires, soit le même nombre d'hommes que dans l'état de l'armement de 1847, un peu inférieur à la capacité d'accueil de la tour n° 2. Le plan de la batterie figuré sur une feuille d'atlas des batteries de côte de 1876 montre que les quatre canons de 30 étaient répartis sur les faces de la batterie, deux au nord et deux au sud, tandis que les deux emplacements de tir situés à la pointe, visant le large, étaient désarmés. Une plate-forme planchéiée figurée en enclave dans la banquette de la face sud, ouverte sur la place d'armes, correspond sans doute à celle du mortier de 32cm, d'une emprise au sol de 1,53m en longueur et d'un poids de 2700kg.

Batterie du Cap Nègre. [Plan masse] 1876.Batterie du Cap Nègre. [Plan masse] 1876. Batterie du Cap Nègre [Plans et coupe du réduit] 1879.Batterie du Cap Nègre [Plans et coupe du réduit] 1879.

Déclassée et désarmée en 1889, la batterie du Cap Nègre reste dans le domaine militaire, mais est abandonnée.

Du début du XXe siècle à nos jours

A l'heure de la mobilisation de la seconde guerre mondiale, en 1939, les anciens emplacements des canons de 30 livres sont occupés par une batterie de D.C.A. (Défense contre aeronefs) de quatre pièces de 75 mm modèle 1897 sur affût C.A. (contre avions), et un poste de projecteur Bréguet est installé en tête de la batterie, en liaison avec le poste optique de la Cride, contribuant à l'éclairage des batteries antiaériennes du secteur. On ignore si l'armement, analogue à celui de la batterie du Lazaret (presqu'île de Saint-Mandrier) est resté en place jusqu'en 1942 ou a été déposé en septembre 1940, comme au Lazaret, en vertu du désarmement d'une part des batteries de côte imposées la convention d'armistice franco-italienne du 25 juin 1940.

Après le sabordement de l'artillerie et du matériel d'une partie des batteries par ordre du commandement de la D.C.A. de Toulon, fin novembre 1942, en réaction à l'invasion de la presqu'île de Saint-Mandrier par les troupes allemandes, la prise en charge des batteries de côte du camp retranché de Toulon est confiée par l'état-major allemand au Commandement militaire maritime italien en France. Les Italiens ayant capitulé en septembre 1943, les allemands prennent directement en charge les anciennes batteries de côte françaises. Dans ce cadre, celle du Cap Nègre, assez modeste, est intégrée à leur système défensif comme point d'appui sous l’appellation Tor Wn 029 tenu par un détachement du régiment d'infanterie 4/918. La batterie est alors équipée de deux casemates de flanquement sans locaux annexes adaptée au canon de 75mm, nichés dans l'escarpement : au nord, en contrebas du réduit tour de 1846, une casemate de type R 612 orientée pour flanquer les plages de Sanary, au sud, beaucoup plus distante, une R 677, pour pièce de 8,8cm Pak 41/43, battant les plages du Brusc. Ces casemates sont complétés de trois Ringstand, petits ouvrages individuels bétonnés enterrés (dits aussi : Tobrouk) avec abri casematé et position de tir ou d'observation à ciel ouvert, du modèle Vf 58 (Vf: Verstarktfeldmässig), adapté à l'arme portative principalement des mitrailleuses ; s'y ajoute une petite soute.

A la fin de la guerre fait suite une nouvelle période d'abandon du site de la batterie ; l'usage en est concédé, dans la décennie 1950, à la société de construction navale de La Seyne, les Forges et Chantiers de la Méditerranée, qui transforme les lieux en terrain d'essais de chars de combat, plus spécialement le modèle AMX 13 (1953). L'impact écologique négatif de cet usage (dont le ravinement du terrain) suscite des critiques à l'échelle locale. Le dérasement des parapets de l'épaulement de la batterie de 1846 est contemporain de cette période.

En 1991 la commune de Six-Fours fait l'acquisition de la batterie et de son emprise foncière, pour y entreprendre des travaux de réhabilitation. En 1999, l'effort de restauration s'est concentré sur le réduit de batterie / tour n° 2 de 1846, sous le contrôle du Service Départemental d'Architecture du Var.

DESCRIPTION

Site et implantation générale

Dans l’état actuel, la batterie, restaurée à partir de 1999, est un monument entretenu et accessible au public. Elle occupe l'extrémité du cap Nègre, dans une position comparable à celle de la batterie du cap de La Cride, mais moins en avant sur la pointe et nullement retranchée à la gorge, tant naturellement qu'artificiellement. La banquette de l’épaulement de la batterie proprement dite, aujourd’hui dérasée, régnait à une altitude moyenne de 21m, le parapet 1, 50m plus haut, la crête du parapet crénelé de la tour réduit crénelé culminant à 24,55m, le fond de son fossé étant à 14,62 / 14,89m.

Dominée à l’est par le pendage du terrain naturel du cap, la batterie est desservie par un chemin modérément sinueux partant de la route côtière à environ 450m de distance, chemin qui dessert au passage plusieurs propriétés privées riveraines occupant la partie du cap qui était hors de la zone militaire.

Plan, distribution spatiale, circulations et issues, structure et mise en œuvre

Le seul élément bien conservé de l'ancienne batterie de 1846-1850 est son réduit, soit la tour crénelée type 1846 n° 2. L'épaulement de la batterie proprement dite, dérasé et aplani, a perdu son parapet, ses banquettes et ses six emplacements de tir. Cependant, son soubassement demeure lisible par son contour extérieur en partie taluté en remblai, en partie (branche gauche, face au sud) revêtu d'un parement vertical en blocage, et par le mur de genouillère du parapet, également en blocage, restauré. Ces infrastructures pérennisent le plan caractéristique de l'épaulement, en V ou en fer-à-cheval outrepassé. En revanche, le muret maçonné actuel arrondi en U matérialisant la transition entre la limite intérieure de l'ancienne banquette dérasée et la place d'armes interne à la batterie, est dû à une reconstruction récente qui ne respecte pas le plan en V anguleux de l'ancienne délimitation en ressaut non revêtue, indiqué notamment sur le plan d'état des lieux de 1876.Les abords du réduit de batterie tour crénelée type 1846 n° 2 du côté de l'entrée.Les abords du réduit de batterie tour crénelée type 1846 n° 2 du côté de l'entrée. Epaulement de batterie dérasé, avec mur de genouillère, vu du réduit.Epaulement de batterie dérasé, avec mur de genouillère, vu du réduit.

L'ouvrage construit en 1846-1850 n'ayant jamais été fermé à la gorge ni défilé, autrement que par la tour crénelée n°2 et son fossé propre, cette tour est immédiatement accessible par le chemin, qui s'enfonce progressivement en rampe d'environ 1m dans le terre-plein, immédiatement avant d'aborder le fossé de la tour.

Les restes des aménagements directement liés au service de la batterie de DCA française de 1939, notamment l’abri de jour et le poste de combat du projecteur, avaient été ruinés et ont disparu, leur restitution n'ayant pas été jugé pertinente lors des restaurations récentes. En revanche, les infrastructures de la batterie allemande, occupant des emplacements périphériques, certains distants, par rapport à l'emprise la batterie de 1846, sont restés en place, non restaurés : c'est le cas de la casemate de flanquement R 612 , au nord et en contrebas de la batterie dont les parties émergeante en béton, le front , l'embrasure et le mur de flanc en retour d'équerre, restent apparentes, l'accès ayant été condamné par murage. Les trois Ringstand, ouvrages plus petits et discrets, restent visibles sur le site, plus ou moins comblés et nullement mis en valeur, de même que la casemate sud de type R 677, distante d'environ 300m de la batterie de 1846 à l'est/sud-est, en contrebas d'une aire de jeux.

La tour crénelée type 1846 n° 2, construite en 1847-1848, est contemporaine de celle de la batterie du Cap de La Cride, l’autre cap en isthme de la rade du Brusc, et légèrement postérieure à celle de la Coudoulière, dans la presqu’île des Saint-Mandrier. Ces trois tours réduits de batterie son conformes au modèle-type, donc identiques : elles ne se différencient que par des variations dans la nature, la répartition et la mise en œuvre de leurs matériaux de construction, par quelques rares autres variantes, dans la forme et la répartition des percements, ou au niveau du parapet. Dans l’état actuel, les principales différences tiennent aux remaniements postérieurs qu’elles ont inégalement subis. A cet égard, la tour du Cap Nègre est la mieux préservée dans son état primitif.

Tour crénelée type 1846 n° 2 , façade d'entrée, porte à pont-levis, façade latérale et fossé.Tour crénelée type 1846 n° 2 , façade d'entrée, porte à pont-levis, façade latérale et fossé.

La tour proprement dite est enveloppée d'un fossé taillé dans le roc, relativement étroit ( c. 3m), à contrescarpe arrondie aux angles. Pratiquement verticale, haute de 3,75m (face d’entrée) à 5, 10m, elle ne conserve aucune trace de revêtement maçonné, même partiel, mais l'état actuel des fronts de taille est dégradé, notamment en partie haute. Sur les côtés nord et Est (côté de l'entrée), le sol de la banquette et du terre-plein précédent l'entrée surplombe de 1m à 1,50m la crête de la contrescarpe, la différence étant compensée par un talus et par le segment de rampe desservant la porte.

intérieur de la tour crénelée type 1846 n° 2 , travée de culée côté entrée, casemate latéral et départ escalier.intérieur de la tour crénelée type 1846 n° 2 , travée de culée côté entrée, casemate latéral et départ escalier.

Par ses dimensions en plan, 14,50m X 15,20m au RC, cette tour est proche du modèle-type qui toutefois propose une différence de longueur de seulement 20cm entre les façade d'entrée et postérieure et les faces latérales (15m X 15,20m) . Les faces accusent un léger fruit, et ne marquent aucune transition à la base du parapet du couronnement.

Elle est construite en pierre et en briques. Le parement ordinaire extérieur est un blocage de gros moellons polygonaux sommairement assisés, extraits directement du banc de prismes basaltiques qui affleure sur la pointe Nègre et lui a donné son nom. La pierre de taille dure, calcaire marbrier dit de Tourris, en fort contraste de teinte et de mise en œuvre avec les moellons de basalte noirs, est réservée aux chaînages d'angle harpés, à l'encadrement de la porte à pont-levis, à la tablette du parapet et à l’encorbellement des bretèches. La brique est largement employée, pour les parements des voûtes, des arcs de décharge (intérieur) et pour la totalité des encadrements des baies autres que la façade de la porte d'entrée, soit portes, jours, créneaux et embrasures, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, ainsi que pour les chaînes d’angle des bretèches. Ces encadrements et chaînages en briques forment un harpage aux jambages des baies formé de 3 ou 4 assises en saillie alternant avec 3, 4 ou 6 assises en retrait, le même principe d'alternance étant appliquée aux arcs, en imitation des jambages et arcs de pierre de taille à assises ou claveaux saillants un sur deux. Les portes de communication interne dans le mur de refend entre deux travées voutées donnent lieu à un traitement original de la pénétration du couvrement dans la voûte, employant, dans le tympan formant arrière-voussure, un parement de briques appareillé en chevrons.Casemate de flanquement allemande R 612 , au nord et en contrebas de la batterie et de sa tour-réduit.Casemate de flanquement allemande R 612 , au nord et en contrebas de la batterie et de sa tour-réduit.

L'élévation abrite deux niveaux voûtés : un étage de soubassement prenant jour dans le fossé et un rez-de-chaussée, surmontés d'une plate-forme à parapet crénelé à bretèches, sur une hauteur totale variant de 9,65 à 9,90m depuis le fond du fossé, inégalement nivelé, jusqu'à la crête du parapet. Ce parapet est conservé et restauré dans son organisation d'origine, disposant, sur chaque côté, une embrasure centrale, encadrée de deux créneaux, puis de deux bretèches auxquels s'ajoutent, quatre autres créneaux de part et d'autre des angles de la face opposée à l'entrée. Les bretèches, conformes au modèle-type, reposent en encorbellement sur trois consoles portant linteaux ; la console du centre, plus haute, à deux ressauts en quart de rond, est encadrée de deux consoles monolithes, de même profil. Elles comportent chacune trois petits créneaux, un frontal, deux flanquants.Les quatre embrasures de la plate-forme étaient susceptibles d’accueillir, de manière optionnelle, des pièces de plus petit calibre et de moins longue portée que celles de la batterie, par exemple des obusiers de 15 ou de 16cm.

La distribution intérieure comporte, aux deux niveaux voûtés, deux grandes casemates de casernement transversales couvertes en berceau proche du plein-cintre au rez-de-chaussée, surbaissé à l'étage de soubassement, dont la hauteur sous voûte est inférieure d'un quart à celle du rez-de-chaussée. Du côté de l'entrée seulement, ces casemates sont complétées par une travée de culée tripartite, c'est à dire subdivisée classiquement en trois petites casemates dont les voûtes en berceau contrebutent perpendiculairement celles des grandes casemates. L'ensemble des locaux est desservi par une circulation axiale en corridor traversant les murs de refend. Ce corridor, au rez-de-chaussée, part de la porte de la tour dont le sas occupe la petite casemate médiane de la travée de culée.

Intérieur de la tour crénelée type 1846 n° 2 ,grande casemate centrale et porte de communication axiale.Intérieur de la tour crénelée type 1846 n° 2 ,grande casemate centrale et porte de communication axiale.

La circulation verticale est assurée par deux escaliers logés symétriquement dans une partie des casemates latérales de la culée, volées droites longeant le mur de refend et passant sur les côtés, dans le mur latéral surépaissi, en tournant autour d'un noyau, en partie sous voûte en berceau rampante, et en partie directement sous la sous-face des marches de la volée supérieure. Ces deux escaliers, en double emploi, montent à la plate-forme (ou leur débouché en guérite rampante occupe les angles rentrants) et descendent au soubassement. Il en résulte une certaine perte de place disponible, la volée droite de l'escalier encombrant les deux casemates aux deux niveaux. Pour autant, le volume restant des casemates du rez-de-chaussée était utilisé, pour celle de droite, par la loge du gardien de batterie, pour celle de gauche, par la loge du chef de poste. Le volume interne de ces casemates est en outre un peu augmenté aux dépens de l'épaisseur du mur participant de la façade, aminci vers l'intérieur sous un grand arc de décharge. En soubassement, la casemate de droite était affectée à la cuisine.

Les chambres du soubassement prennent jour sur le fossé par neuf soupiraux à bouche extérieure horizontale très petite. Les casemates principales du soubassement étaient affectées au stockage, magasins aux vivres (à droite) et magasin d'artillerie (à gauche) dans la première grande casemate, cloisonnée, encore magasin d'artillerie (à gauche) et magasin à poudre (à droite) dans la seconde grande casemate, séparés par un mur de refend percé d'une porte. Plus grand, le magasin à poudres, n'est percé que de deux évents en chicane au lieu des soupiraux, en forme de fente. Sous les travées de culée, en sous-sol, régnait la citerne dans laquelle on pouvait puiser depuis la casemate de l'escalier de droite.

Plate-forme de la tour crénelée type 1846 n° 2 ,issue d'un des deux escaliers, dans l'angle du parapet.Plate-forme de la tour crénelée type 1846 n° 2 ,issue d'un des deux escaliers, dans l'angle du parapet.

Au rez-de-chaussée, les casemates sont percées de dix-huit créneaux de fusillade, dans les quatre murs (dont deux seulement dans le mur de façade d'entrée), avec ébrasement extérieur à ressauts en trémie couvert en arc surbaissé. Le mur postérieur étant plus épais que les autres, ses créneaux comportent un ébrasement plus large à 3 ressauts. En outre, les casemates prennent jour dans les murs des faces latérales nord et sud, par deux fenêtres en demi-cercle situées au-dessus des créneaux. Les deux grandes casemates servaient au logement de la troupe. Les six créneaux du grand côté postérieur de la casemate s'ouvrent vers l'intérieur dans des niches couvertes en plein-cintre, comme presque toutes les baies de cet étage. L'axe des créneaux percés près des angles est biaisé, pour améliorer l'angle de tir. La prise de jour des deux petites casemates de culées combinées avec les cages d'escalier se fait, pour la partie tournante de l'escalier, par un créneau débouchant dans les façades latérales, pour la casemate proprement dite, par une petite fenêtre avec ébrasement à deux ressaut, comme les créneaux, et par un créneau d’axe biais près de l’angle, disposés symétriquement dans la façade d'entrée, de part et d'autre de la porte et sous les bretèches.

La porte de la tour est conforme au modèle-type : arcade d’entrée en pierre de taille appareillée couverte d'un arc plein-cintre, inscrite en retrait dans le tableau rectangulaire d’effacement du tablier du pont-levis, ici encadré d'un chambranle en pierre de taille. Les assises des jambages et les claveaux de l'arcade d'entrée ne forment qu'un bloc avec les assises et couvrement du chambranle. A la suite, deux sas successifs avec arcade et vantaux intermédiaire. Le premier sas, le plus court abritait sur les côtés les poulies (disparues) et les contrepoids des chaînes du pont-levis. Il est séparé du second sas, ou vestibule, par une arcade intermédiaire à feuillure de vantaux, un peu plus basse, couverte d’un arc plein-cintre, surmontée d'un fenestron de second jour couvert d'un arc surbaissé, le tout en briques. Le second sas dessert, de part et d'autre, les casemates latérales de culée. Un créneau-judas (muré) percé dans un angle de ces casemates défendait le premier sas.

Les menuiseries des portes et des fenêtres d'origine ont toutes disparu et ont été remplacées par des menuiseries traditionnelles en bois lors de la restauration de 1999.

1 Mémoire daté de Marseille le 26 mai 1688 , Arch. Nat. 3JJ2062 Lettre du 4 décembre 1694. SHD Vincennes, 1 VH 1831.3 Vincennes, SHD, 1 VH 1831, 1679-1701, n° 23, 25. Malheureusement, la numérotation des ouvrages sur la carte de Vauban ne correspond pas à celle de la carte et du mémoire de Niquet.4 Lettre de l'amiral de Vauvré du 15 avril 1695, Arch. Nat. B391 f° 675 Vincennes, SHD, 1 VH 1833, 6 Vincennes, SHD, 1 VH 1834, n° 10.7 Archives Nationales, fonds Marine.8 Vincennes SHD, 1 VH 1834, 1764-1769 n° 22.9 Vincennes, SHD, 1 VH 1835, n° 28.10 Vincennes, SHD, 1 VH 1838, n° 19.11 Délibérations communales de Six-Fours : 1791 – 1794 - récolement Claude Métaurie12 Toulon SHD, Marine, 4 A 1440.13 Sur six tours réalisées en rade de Brest, quatre subsistent, dont deux intactes (Toulonguet, Roscanvel/Cornouailles) , trois subsistent près de Rochefort, celle de Chatellaillon seule bien conservée .14 Vincennes, SHD, 1 VH 1840 1799-1811.15 Vincennes, SHD, 1 VH 1841 16 Toulon, SHAD, Génie A 8 C1117 Toulon, SHD 4B1 47 n° 44.18Vincennes, SHD, 1 VH 1863, mémoire n° 1, feuille n° 14.19 Vincennes, SHD, 1 VH 1864, mémoire n° 1, feuille n° 23.20 Rapports du 6 mars et du 22 décembre 1873. Toulon, SHD 4B1 22, n° 275
Précision dénomination batterie de côte
Appellations batterie du Cap Nègre
Dénominations batterie
Aire d'étude et canton Var
Adresse Commune : Six-Fours-les-Plages
Lieu-dit : Cap Nègre

Une première batterie sommaire, non retranchée, pour un mortier et deux canons, est fondée en 1695 sur un projet d'Antoine Niquet. Un retranchement à la gorge est ajouté après 1726. Un magasin à poudres est ajouté en 1792, et la batterie est réarmée de quatre canons de 36 livres et d'un mortier. A l'époque napoléonienne, la batterie est reconstruite avec un nouvel épaulement sur un projet du 25 mai 1812, sous l'autorité du colonel Alexandre de Dianous ; seule la tour-modèle n° 1 alors projetée à l'arrière n'est pas réalisée. Une nouvelle reconstruction, qui ne conserve rien de la batterie antérieure, est mis en œuvre entre 1846 et 1850 sous la direction du chef du génie Joseph Corrèze, selon un projet confié au capitaine Huard. L'épaulement est refait sur un plan en étrave, pour six pièces (trois canons, trois obusiers, un mortier), et un réduit de batterie est construit sous la forme d'une tour crénelée type 1846 n° 2. Jugée obsolète et à déclasser dès 1873 par la commission de révision de la défense du territoire, la batterie reste active et armée jusqu'en 1889, date de son abandon définitif. Une batterie de la DCA française est installée sur le site en 1939, éclairée par un poste de projecteur Bréguet. Après septembre 1943, elle est intégrée comme point d'appui au système défensif côtier allemand, ce qui justifie la construction de deux casemates actives de flanquement, de part et d'autre du cap, en contrebas et à quelque distance de l'ancienne batterie. Après guerre, le site sert de terrain d'essais de chars, ce qui détruit l'ancien épaulement; il est racheté en 1991 par la commune de Six-Fours, qui restaure le réduit.

Période(s) Principale : 4e quart 17e siècle, 1er quart 18e siècle, 1er quart 19e siècle , daté par source , (détruit)
Principale : milieu 19e siècle, milieu 20e siècle , daté par source
Auteur(s) Auteur : Dianous de la Perrotine Alexandre de
Alexandre de Dianous de la Perrotine

Directeur des fortifications de Toulon autour de 1812-1813.


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Auteur : Niquet Antoine
Antoine Niquet (vers 1640 - 1726)

Ingénieur général des fortifications de Provence, de Dauphiné, de Languedoc en 1680. En 1700, il est à Toulon où il travaille avec Vauban sur un nouveau projet d'aménagement du site : retranchement de la ville, aménagement du port et de la darse, défense de la ville avec des forts et des tours. Auteur des projets de fortification de la place de Seyne (Alpes-de-Haute-Provence) en 1690.


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Auteur : Corrèze Joseph
Joseph Corrèze

Chef du Génie à Toulon en 1845, lieutenant colonel en 1848. Collaboration ou direction de plusieurs chantiers de la place de Toulon :

- 1843-1848 : remaniement du fort Malbousquet

- 1845 : caserne du Pas de la Masque

- 1846 : remaniement du fort Lamalgue

- 1844-1848 : batterie de la Carraque et fort de la Croix des Signaux

- 1846-1849 : remaniement de la batterie basse du Cap Brun et de la batterie de la Cride

- 1861 : 2e enceinte de Toulon


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Auteur : Huard
Huard

capitaine du génie à Toulon vers 1846


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Auteur : Riouffe-Lombard
Riouffe-Lombard

Adjudant du génie à Toulon en 1812, co-auteur du projet de batterie de la Cride et de la modification de celle de Portissol (Sanary).


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Auteur : Geoffroy
Geoffroy

Major du génie, sous-directeur des fortifications de Toulon en 1812, co-auteur du projet de batterie de la Cride et de la modification de celle de Portissol (Sanary).


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Fondée à l'extrémité du Cap Nègre, à une altitude moyenne de 21m, la batterie est mal conservée en ce qui concerne l'épaulement, dérasé. C'est une batterie de côte ouverte, c'est à dire sans retranchement à la gorge, contrairement à la batterie de la Cride, très comparable par ailleurs.

Le seul élément bien conservé appartient à la campagne 1846-1850; c'est le réduit, soit la tour crénelée type 1846 n° 2, conforme au modèle-type : Tour rectangulaire de 14,50m X 15, 20m, haute de 9,65 à 9,90m depuis le fond du fossé qui l'enveloppe, abritant deux niveaux voûtés surmontés d'une plate-forme à parapet crénelé à bretèches. La porte, au milieu du petit côté opposé à pointe du cap, était classiquement à pont-levis avec sas. Le parement ordinaire extérieur est un blocage de gros moellons polygonaux de prismes basaltiques qui affleure sur la pointe Nègre et lui a donné son nom. La pierre de taille dure, calcaire marbrier dit de Tourris est réservée aux chaînages d'angle harpés, à l'encadrement de la porte, à la tablette du parapet et à l’encorbellement des bretèches. La brique est largement employée, pour les parements des voûtes, des arcs de décharge (intérieur) et pour la totalité des encadrements des baies autres que la porte d'entrée. A l'intérieur, deux grandes casemates de casernement transversales sont couvertes en berceau proche du plein-cintre au rez-de-chaussée, surbaissé à l'étage de soubassement. Du côté de l'entrée seulement, ces casemates sont complétées par une travée de culée subdivisée classiquement en trois petites casemates dont les voûtes en berceau contrebutent perpendiculairement celles des grandes casemates. La circulation verticale est assurée par deux escaliers logés symétriquement dans une partie des casemates latérales de la culée.

Les deux casemates de flanquement allemandes (type R612 et R677), blocs en béton armé, sont conservés sur les deux côtés du cap, à quelque distance et en contrebas de l'ancienne batterie.

Murs basalte moellon parement
calcaire marbrier pierre de taille parement
brique brique et pierre parement
Étages 1 étage carré, rez-de-chaussée, étage de soubassement
Couvrements voûte en berceau plein-cintre, en brique
voûte en berceau segmentaire, en brique
Couvertures terrasse
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours sans jour, en maçonnerie
Typologies batterie ouverte
États conservations restauré

Ensemble ayant fait l'objet d'une restauration récente semi-restitutive.

Statut de la propriété propriété d'un établissement public communal
Protections

Références documentaires

Documents d'archives
  • NIQUET, Antoine. Mémoire sur l'état des batteries à faire et à réparer sur la côte des rades de Toulon, 22 mars 1695. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1831 n°23, 25.

  • GIRARDIN DE VAUVRE, Jean-Louis. Lettre sur la défense de la rade du Brusc, 15 avril 1695, Archives nationales, Paris : B391 f° 67.

  • AGUILLON LOUIS D'. Mémoire sur la ville de Toulon, son objet relativement à une déffensive simple en Provence, sa fortification ancienne de terre & de mer, et la nécessité indispensable qu'il y avoit d'avoir cette place dans un meilleur état de défense, pour metre à l'abry d'insulte l'arcenal et le département de marine, 1er mars 1768. Service Historique de la Défense, Vincennes : Art. 8 sect 1 (1 VH 1834), n°22.

  • [Mémoire sur les batteries de la rade du Brusc], 6 octobre 1777. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1835, n°28.

  • Direction des places des départements du Var et des Bouches-du-Rhône, dépenses à engager pour mettre les batteries de la côte dans un état de défense désirable, 1791. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1838, n° 19.

  • Commission du septième arrondissement des côtes comprises entre Marseille et Savone, créée par arrêté du Comité de salut public en date du 23 Brumaire an 3. [14 novembre 1794]. Service Historique de la Défense, Toulon : 4 A 1 440.

  • [Mémoire sur l'état de batteries de la côte de Toulon], 25 novembre 1812. Service Historique de la Défense, Toulon : Génie A 8 C11.

  • HUARD, capitaine, CORREZE Joseph. Terminer la batterie du Cap Nègre - Mémoire sur les projets de 1846, 4 janvier 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1863, mémoire n°1, feuilles n°14 et 23.

    Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1863, mémoire n°1, feuilles n°14 et 23
  • Rapport de la Commission mixte de révision de la défense du littoral dans le 5è arrondissement maritime, 6 mars et 22 décembre 1873. Service Historique de la Défense, Toulon : 4B1 22, n° 275

Documents figurés
  • Carte des rade de la ville de Toulon et du Brusq avec les environs. [1762]. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1833 n°34.

  • Plan et profils de la batterie du Cap Nègre et de la tour à y établir, relatifs au projet rédigé d'après les bases posées par la commission réunie en vertu de la lettre de S. Ex. le Ministre de la Guerre du 27 mars 1812 et de celle de S. Ex. le Ministre de la Marine du 2 avril suivant. / Dessin aquarellé, signé Geoffroy, major du Génie, Riouffe-Lombard adjudant du Génie, vu par le colonel directeur des fortification de Toulon Dianous (de la Perrotine), 25 mai 1812. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1 VH 1841.

  • Batterie du Cap Nègre. [Plan masse]. Dessin aquarellé, 1876. Service Historique de la Défense, Vincennes : EG Nice Toulon feuille d'atlas des batteries de côte Art. 2 / 8915.

  • Batterie du Cap Nègre [Plans et coupe du réduit]. / Dessin aquarellé, 1879. Service Historique de la Défense, Vincennes : EG Nice Toulon feuille d'atlas des bâtiments militaires Art. 2 / 8915.

Bibliographie
  • CHAZETTE, A., GIMENEZ, P. Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009.

  • CROS, Bernard, GUARINO, Delphine, La batterie du Cap Nègre, Six-Fours-Les-Plages, service Affaires culturelles de Six-Fours, 2000, 11p.

  • FRIJNS, M., MALCHAIR, L., MOULINS, J.-J., PUELINCKX, J. Index de la fortification française, Métropole et Outre-mer, 1874-1914. Welkenraedt : 2008.

    p. 344
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