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Batterie de côte de Peyras

Dossier IA83003108 réalisé en 2017

HISTORIQUE ET TYPOLOGIE GENERALE

Une création de la fin du XIXe siècle

La création ex nihilo, en 1878, d'une batterie de défense côtière sur la hauteur de Peyras1, à environ 196m d'altitude, au nord-est du massif du Cap Sicié et au sud-ouest de la de la presqu'île de Saint-Mandrier, fait suite à une redéfinition de la menace sur les côtes, objet d’une Instruction du 30 mai 18722. Les progrès parallèles de la flotte de guerre à vapeur et de l’artillerie à longue portée, désormais rayée (ce qui décuplait portée utile et précision à l’impact), ouvraient la voie à une nouvelle génération de batteries de côte, implantées désormais en altitude et armées avec des pièces d’artillerie de marine. Ce secteur de la côte est du Cap Sicié, escarpée, offrant peu de points d'abordage accessibles aux navires ennemis, et regardant principalement la haute mer, avait été jugé antérieurement non prioritaire à armer pour la défense des approches de la rade de Toulon, à la différence de la presqu'île de Saint-Mandrier. Deux batteries de côte sommaires de 1794, construites de part et d'autre de la pointe du cap Sicié, soit la batterie du Cap Sicié (dite aussi du Cap Vieux), à l'ouest, et celle du Jonquet à l'est/nord-est, n'avaient connu qu'une durée de vie éphémère, ayant été abandonnées définitivement lors du programme de reconstruction ou réorganisation des batteries de côte jusqu’à Bandol, lancé à la chefferie du génie de Toulon à partir de 1843. Plus au nord de la côte Est, a proximité de l'anse des Sablettes qui relie cette côte à la presqu'île de Saint-Mandrier, deux autres batteries plus anciennes, moins sommaires (batteries fermées), et plus accessibles, Fabrégas et le Bau Rouge, avaient connu un sort dissemblable, la première remise aux normes et réarmée en 1846-1850, la seconde (la plus au sud), déclassée et abandonnée à la même époque.

Le rapport de la commission mixte de révision de l'armement du littoral de l’arrondissement maritime de Toulon du 6 mars 1873 proposant le remplacement de plusieurs batteries dirigées vers le large n'ayant pas un commandement suffisant (en altitude) par une ou deux fortes batteries de hauteur, concerne avant tout la presqu'île de Saint-Mandrier, et non le cap Sicié. De nouvelles normes spécifiques aux batteries de côte sont posées par instruction du 18 mars 18763. Les pièces doivent y être placées à barbette sur des plates-formes de maçonnerie séparées par des traverses-abris (une par pièce ou, au plus, par deux pièces). Le parapet en terre doit avoir 6 à 8 mètres de profondeur. Selon le type de batterie, les calibres oscillent de 16 cm à 32 cm.

Le 28 novembre 1876, la commission de révision de l'armement du littoral rend un rapport actualisant celui de 1873, qui planifie la réorganisation générale de la défense du port et de la rade de Toulon. Approuvé le 4 avril 18774 ce nouveau plan de défense prévoit l’abandon de six à huit batteries, l’adaptation de cinq à six et la création ex nihilo de neuf à dix autres, dont, pour la défense de la presqu'île de Saint-Mandrier, les batteries fermées de Cépet et du Gros Bau, et, au-dessus, les batteries ouvertes de la Croix des Signaux et du Lazaret. Ce dispositif couvrant la mer au large de la presqu'île et de l'isthme des Sablettes est complété, au sud-ouest, par la batterie de Peyras (déjà proposée en 1873), la plus haute en altitude, entre les Sablettes et le Cap Sicié. Le programme comportait non seulement des batteries de bombardement, placées en altitude, pour le tir plongeant courbe sur les ponts des navires, mais aussi des batteries de rupture, pour le tir tendu bas battant l’accès des passes et des rades contre les coques des navires, ces deux catégories adaptées aux canons de gros calibre, et des batteries de moyen calibre et de mortiers (gros calibre à tir vertical parabolique), pour l’action plus rapprochée. Ce programme est mis en œuvre à partir de l’année 1878, en phase avec la construction de forts détachés distants assurant, selon les principes de Séré de Rivières, la défense terrestre de la place forte de Toulon5.

Dans l'ordre chronologique de réalisation des ouvrages neufs, les batteries de bombardement de la Croix des Signaux et de Peyras sont les premières construites, Peyras étant la plus haute en altitude. Cette batterie est construite en 1878 et 1879, pour un coût considérable de 304.000 francs, trois fois supérieur à celui de la batterie la Croix des Signaux, mais aussi plus important que celui des batteries du Lazaret de Cépet et du Gros Bau, autres ouvrages neufs de la presqu'île de Saint Mandrier. Comme ces deux derniers ouvrages, Peyras est une batterie fermée, soit entièrement enveloppée dans un mur d'enceinte, comportant des casemates de casernement, ce qui augmente les coûts, et sans doute faut-il décompter de la dépense globale de construction, celle occasionnée par l'acquisition des terrains -en l'occurrence des bois communaux de La Seyne- et la construction de la route d'accès. A la différence de ces batteries de Cépet (1879-1880) et du Gros Bau (1882-1883), la batterie de Peyras n'adopte pas un plan compact évoquant un fortin, mais un plan étiré en chevron composé de deux ailes ou épaulements longilignes, sinon rectilignes (qui sont généralement plus caractéristiques des batteries ouvertes, comme celles de La Croix des Signaux et du Lazaret), ce qui s'explique sans doute en partie par les contraintes topographiques.

Les dispositions d'origine de l'ouvrage sont documentées par plusieurs plans antérieurs à 1901, dont un plan de projet de 1878 indiquant les directions de tir, un plan d'état des lieux daté du 2 juin 18806. Le développement en longueur de l'ouvrage est au-dessus de la moyenne, afin d'accueillir un nombre important de pièces : l'aile gauche, faisant face à l'est, est prévue pour huit pièces, soit quatre de 19cm, deux de 24cm et deux de 16cm , tirant en direction de l'anse des Sablettes, du fort Saint-Elme et de la pointe Marégau, soit les ouvrages sud-ouest de la presqu'île de Saint-Mandrier. L'aile droite, plus courte, face au sud-est, est conçue pour quatre pièces de 19cm couvrant les abords du rocher des deux Frères (au large de la pointe du Jonquet), de la pointe et du sémaphore de Sicié. Les sections d'artillerie, simples ou doubles, sont séparées, sur l'ensemble des deux ailes, par six traverses-abri de plan original, losangique. Une seule sur six (la première des quatre de l'aile gauche) est finalement réalisée sur un plan de traverse classique, allongé. A l'angle saillant des deux ailes, une avancée en forme de bastionnet flanquant le revêtement d'escarpe des fronts actifs de l'enceinte, arrondi en capitale, est aménagée pour une unique position de tir prévue en forme de cuve hémicirculaire, pour une pièce de 24 cm, placée en haut d'un cavalier, accessible par une rampe, à 200m d'altitude. Ce dispositif rappelle celui des positions de tir d'angle des batteries de Cépet et du Gros Bau, (dévolues à des pièces de 24), mais aussi celles d'extrémité des deux épaulements du Lazaret. Comme au Lazaret, la pièce de 24 du bastionnet de Peyras devait être équipée d'un socle circulaire pour affût de guerre à pivot central (GPC) permettant une rotation à 180°. Le revêtement de l'enceinte enveloppe les fronts de tête de la batterie, bastionnet compris, en réservant, au pied du talus des parapets d'artillerie, un chemin de ronde bordé d'un simple garde-corps maçonné maigre haut de 1m. A l'extrémité de chacune des deux ailes, ce chemin de ronde comporte une mince tourelle hémicirculaire flanquante, qui fait transition entre les fronts de tête et le front de gorge rentrant de l'enceinte. Cette position des deux tourelles adaptées au flanquement des revêtements par l'infanterie, est identique, dans son principe à l'enceinte de la batterie de Cépet. Le mur d'enceinte du front de gorge, à la fois revêtement et parapet maigre crénelé, reproduit le plan en chevron de la batterie, en augmentant la longueur du pan de l'aile gauche proportionnellement à celui de l'aile droite, et en décalant l'angle rentrant à droite. La porte de la batterie, à pont-levis, est ménagée dans le pan droit du mur de gorge, au ras de l'angle rentrant, à 186m d'altitude, le décalage à droite de l'angle rentrant du mur de gorge permettant de réserver à l'intérieur, la place nécessaire à la rampe d'accès à la batterie (c. 192m à 195m) , montant à gauche entre ce mur et un mur de soutènement portant une petite place d'armes triangulaire à la transition des deux ailes et à la gorge du bastionnet de tête. Le long mur de gorge de l'aile gauche n'est pas continu en alignement, mais comporte, à peu près à mi-longueur, un demi-bastionnet de trois pans, abritant un dégagement qui élargit la partie supérieure de la rampe tout en assurant le flanquement de la porte.Batterie de Peyras construite en 1878-79. [plan d'état des lieux]. 1880.Batterie de Peyras construite en 1878-79. [plan d'état des lieux]. 1880.

Le personnel au service des treize pièces de la batterie de Peyras était de 176 hommes au maximum en temps de guerre, quatre fois moins (44) en temps de paix, logés dans des casemates de casernement situées sous l'aile droite. En 1880, on dénombre 29 canonniers et 68 auxiliaires. Sur les six casemates dont la façade s'ouvre sur la cour-promenoir renfermée par le mur de gorge de la branche droite, en face et à droite en entrant dans la batterie, seules les quatre casemates médianes servaient au logement des troupes, les deux autres étant affectées au logement de l'officier et du sous-officier, et à un magasin. Le magasin à poudres souterrain, d'une capacité de 67200 kg, est logé à gauche du casernement, sous l'extrémité gauche de l'aile droite de la batterie, derrière le mur de soutènement qui fait retour d'équerre aux façades des casemates. La cuisine et le logement du gardien de batterie sont intégrés dans un petit bâtiment non casematé, au fond de la cour-promenoir du casernement, dans l'angle sud-ouest de l'enceinte de l'aile droite. Les latrines sont logées à côté, sous l'escalier montant de la cour aux casemates à l'aile droite de la batterie. Au milieu de la cour est une citerne enterrée de 40m3, avec pompe face aux façades du casernement.

Entre 1882 et 1884, une dépense de 31.000 francs est consacrée à des travaux d'amélioration des abris, des chapes et du mur d'escarpe; en 1901, une nouvelle citerne de 66 m3, initialement projetée sous la cour du casernement, proche de celle d'origine, est creusée et construite à l'extérieur du mur d'enceinte du front de gorge, à gauche de la porte et de son fossé, pour un coût de 15.000 francs. Ce montant paraît élevé, mais il s'explique par le fait que la nouvelle citerne comporte des aménagements annexes importants, dont une vaste dalle formant un toit au dessus de la partie étroite de la rampe, appuyée d'un côté sur l'arase rampant du mur-parapet crénelé, d'autre part contre le mur de soutènement ; cette dalle en plan incliné est une "surface de réception" des eaux pluviales s'écoulant dans l'aire intérieure de la batterie, et alimente la citerne par l'intermédiaire de gouttières, des canalisations permettant d'accéder intra-muros à l'eau de la citerne depuis le départ de la rampe, grâce à une pompe et à un regard.

Il semble logique, à défaut d'information directe, d'attribuer aux travaux de 1882-1884 le transfert précoce du logement du gardien de batterie dans un bâtiment neuf construit à cet effet dans le demi-bastionnet de l'aile gauche du front de gorge, en adossement du mur-parapet crénelé, et complété d'un petit hangar. Le nouvel usage donné aux pièces initialement dévolues au logement du gardien semble avoir été l'extension de la cuisine et de ses annexes; on note la présence, dès avant 1900, dans la cour, près de ce petit bâtiment, d'une citerne secondaire munie d'une pompe adossée à la façade.

Adaptations à l'entrée en usage de l'obus torpille

Après 1885, l'invention et l'utilisation de "l’obus-torpille", dont la charge explosive chimique brisante (mélinite) a des effets destructeurs décuplés, impose l'adaptation des batteries de côte, par l'aménagement souterrain "en caverne" de leurs magasins, en particulier les magasins à poudre. A la différence de celles de Cépet, Le Gros Bau et la Croix des Signaux, la batterie de Peyras, n'a pas été alors pourvue d'un nouveau magasin à poudres, celui existant étant sans doute jugée peu vulnérable du fait de sa situation et de son altitude. En revanche, les mêmes nécessités d'adaptation à l'impact de la nouvelle artillerie sont à l'origine d'un important remaniement de la batterie, réalisé de 1905 à 1907. Ces travaux représentent une dépense de 284.000 francs, bien qu'ils ne concernent que la refonte -complète il est vrai- de l'aile droite et de l'angle saillant du front de tête de la batterie. Ils consistent à adapter l'armement, et à reconstruire les positions de tir et les traverses-abris selon les normes définies par les notes techniques de 1901 et 19047 , les préconisations de juin 1904, imposant le remplacement des traverses-abri jugées obsolètes, par des magasins de combat doubles, avec monte-projectiles, en béton armé résistant aux coups directs.

Les nouveaux emplacements de tir de l'aile droite de la batterie, au sol bétonné, sont portés au nombre de quatre, séparés par trois magasins de combat doubles et encadré de deux autres, simples. Le plus grand développement en longueur du nouvel épaulement s'étend sur l'emplacement de l'ancien cavalier de l'angle saillant du front de tête, entrainant la démolition complète de ce cavalier et l'amputation du bastionnet qui le contenait, réduit à son flanc et à une partie de sa face gauche, tandis que son angle de capitale, sa face et son flanc droit sont démolis pour prolonger le revêtement de l'aile droite directement jusqu'à la face gauche, en réservant toutefois un petit saillant carré sur l'angle, pour le flanquement du revêtement de l'aile droite par l'infanterie. Ce revêtement, saillant compris est enveloppé d'un fossé à contrescarpe maçonnée. Le chemin de ronde extérieur est supprimé au-dessus de ce revêtement. La banquette de desserte de l'ancienne aile droite, dont le sol portait directement au-dessus de la façade et des reins des voûte des casemates de casernement, à la cote 191m, et remontait en rampe au-dessus du magasin à poudres jusqu'à 195m, à la gorge de l'ancien bastionnet, est rechargée de remblais et d'un coffrage de béton armé, sur une épaisseur de près de 3m, pour faire régner l'ensemble de la distribution de la nouvelle batterie à la cote 193,80m, soit le niveau du sol au-dessus du magasin à poudres dans l'ancienne disposition. Cette distribution est optimisée par la mise en place d'une voie ferrée pour chariots-wagonnets assurant un approvisionnement rapide des canons. Les quatre emplacements de tir sont desservis chacun par une rampe individuelle, des passerelles intermédiaires passant en façade des magasins de combat les reliant entre eux pour former une coursive haute ou chemin de ronde surélevé à la cote 195,09m.

L'armement de la nouvelle aile droite se compose de quatre canons en acier de 240mm à tir rapide (TR), d'une portée de 11000m, tandis que l'aile gauche reste inchangée, à part l'amputation de sa première section d'artillerie, ce qui met la première traverse, de forme classique, en premier plan8. Cette aile gauche conserve son armement d'origine, réduit toutefois à six pièces, par la suppression des deux pièces de 16cm. Un plan d'atlas de 19089 donnant l'état des lieux après l'achèvement de ces grands travaux, renseigne sur cet armement, et mentionne, pour le service de la batterie, une capacité d'hébergement plus importante qu'en 1880, soit une garnison normale de 170 hommes, à 242 maximum en temps de paix, montant à 374 hommes en temps de guerre. La légende précise que le casernement est complété par des baraquements, mais on ne trouve pas trace de ces derniers sur le plan. On peut admettre que cet accroissement du personnel ait été en partie lié à l'objectif d'atteindre une cadence de ravitaillement des canons beaucoup plus rapide qu'auparavant, soit à la desserte des équipements appropriés, monte-charges et guichets de distribution des magasins de combat, chariots de la voie ferrée type Decauville qui comportait une branche descendant de l'aile droite de la batterie jusqu'aux abords de la porte, en passant par la rampe. Quoiqu'il en soit, la principale explication de cette importante augmentation de la garnison est liée au service de la batterie annexe ou batterie basse de Peyras, construite en 1899 à 500m au sud / sud ouest et en contrebas. Ouvrage de défense à part entière et bien distinct, armé de six pièces de 95mm, et non simple sous-ensemble de la batterie principale, cette batterie ouverte n'en est pas moins une annexe, dépendante du point de vue de l'hébergement des personnels.

Batterie de Peyras [plan d'état des lieux après la réfection de l'aile gauche en 1905-1907], 1908.Batterie de Peyras [plan d'état des lieux après la réfection de l'aile gauche en 1905-1907], 1908. Plan de la batterie de Peyras en 1908, détail de l'aile droite refaite, avec chemins de fer.Plan de la batterie de Peyras en 1908, détail de l'aile droite refaite, avec chemins de fer.

La batterie pendant et après les deux guerres mondiales

En 1914, à l'entrée en guerre, la batterie est encore armée, mais son artillerie est déposée durant la guerre, comme celles du Lazaret et du Gros Bau, en l'occurrence pour compenser l'insuffisance de l'artillerie lourde disponible sur le front du Nord-Est de la France. En 1933, elle est réutilisée comme batterie de DCA (défense contre aeronefs) : l'aile droite est réarmée de quatre canons de 90mm, modèle 1926-1930, sur affût C modèle 1931, avec conduite de tir par télépointeur C.A. et P.C.C.A. modèle 1930, dont la plate-forme et le local sont installés sur la première traverse d'origine de l'aile gauche. Ce matériel est commun aux six batteries de DCA de l'organisation défensive de Toulon, les autres étant celles de Cépet, et celles des forts de Six-Fours, du Grand Saint-Antoine, de la Croix-Faron et du Cap Brun.

Le 27 novembre 1942, dans le cadre de l'opération Lila organisée par l'état-major allemand dans le but d'empêcher la flotte française de sortir du port de Toulon pour rejoindre les ports d'Afrique du nord, le Kampfgruppe A, (armée de 3000 hommes), chargé de se rendre maître du secteur ouest : La Seyne, fort Napoléon, Six-Fours et surtout Saint-Mandrier, prend pied dans la presqu'île à partir de 5 heures 10 du matin, en vue de récupérer les batteries et leur armement intacts. En réaction le capitaine de vaisseau Orlandini, commandant de la DCA française de Toulon, donne à 5heures 50 l'ordre d'exécuter immédiatement l'article 183 du registre de préparation au combat des batteries, c'est à dire la destruction des matériels. A la batterie de Peyras, dite n° 12, commandée par le Lieutenant de Vaisseau Platet, les allemands étant déjà arrivés en force, ce qui empêche l'exécution de l'ordre, seule la conduite de tir étant rendue inutilisable10 . Le 29 novembre, le Seekommandant de Toulon visite les batteries de côte prises en charge par les Allemands, de Sainte-Marguerite, à l'est de la ville, jusqu'à La Cride, à l'ouest de Sanary. Le groupe d'artillerie de la Marine, sous le commandement de la Marineartillerie, forme les Marineartillerieabteilungen placées sous les ordres des Kapitànleutnant Schleeweiss et Bünsch. Dès le 1er décembre, ils déclarent prêtes à tirer les batteries de DCA de Peyras, de Cépet et du Lazaret, mais seulement pour des tirs de barrage, faute de rétablissement des directions de tir .

Entre le 15 décembre 1942 et le 8 septembre 1943, la prise en charge des batteries de côte du camp retranché de Toulon est confiée par l'état-major allemand au Commandement militaire maritime italien en France, qui entreprend leur remise en état : celle de Peyras est utilisée en l'état, sans modifications. Après la capitulation italienne, à partir de novembre 1943, les allemands récupèrent les batteries et mettent en œuvre une organisation défensive au sein de laquelle la Flakbatterie (batterie antiaérienne) de Peyras constitue l'unité Stp Tor 118. L'armement est réformé : six canons de 88mm Flak 36 remplacent les quatre canons français de 90mm et y sont ajoutées quatre mitrailleuses de 20mm Flak 30 ou 38, comme à la batterie du Lazaret. Ce nouvel armement est réparti à la fois dans l'aile gauche de la batterie, auparavant abandonnée, et dans l'aile droite. Il impose la transformation de plusieurs emplacements de tir de 1878 ou de 1907 en plates-formes de type cuves bétonnée octogonales à niches, certaines placées en avant de l'emplacement d'origine, et le remaniement du poste de direction de tir, dont le télépointeur et le P.C.C.A sont démontés et remplacés par une conduite de tir allemande. Les équipements sont développés hors de l'enceinte de la batterie, sur la plate-forme rocheuse naturelle dite "butte" située en avant de l'angle saillant, où s'avançait l'ancien bastionnet détruit en 1905-1907 : une passerelle franchit le fossé au droit du petit saillant de 1907 pour desservir cette esplanade, ou les allemands construisent deux postes ou abris d'écoute. Une photographie aérienne verticale datée du 28 décembre 1943 montre la batterie en cours de réaménagement11. Une partie des cuves de 88mm et deux plates-formes pour mitrailleuses situées aux extrémités des ailes sont construites entre cette date et la reddition allemande d'août 1944. Certains équipements complémentaires sont ajoutés à cette époque, comme le château d'eau de 37m3 construit à l'extrémité de l'aile droite de la batterie, sur l'abri de combat, recueillant les eaux de la grande citerne par un système de pompage avec javellisation.

Vue aérienne verticale de la batterie de Peyras, 1943.Vue aérienne verticale de la batterie de Peyras, 1943.

Un état des lieux fait par l'état major français de la Marine du secteur de Toulon après la libération12 montre qu'une partie du matériel a été mis hors d'usage par sabordage volontaire de l'occupant, sans exclure une possible part de destructions par l'effet des bombardements alliés. Des photographies allemandes de 1944 montrent le poste de direction de tir avant et après ces dégradations, indiquant qu'une peinture de camouflage y avait été appliqué. L'état des lieux précise que si les liaisons de conduite de tir allemandes se faisaient par téléphone, "des liaisons de téléaffichage étaient prévues et se trouvaient en cours de réalisation au moment du débarquement". Quoiqu'il en soit, toutes les installations de conduite de tir sont détruites, quatre des six canons de 88mm sont détruits par sabordage, les deux autres étant en bon état, propres au service; trois mitrailleuses de 20mm sont détruites de la même manière, une quatrième restant en état "sur une plate-forme nouvellement construite à l'extrémité ouest de la batterie". Cinq des six plates-formes des pièces de 88 sont intactes. Les bâtiments au service de la garnison (cuisines, douches-wc, local javellisateur, poste d'équipage, carré des officiers, garage, etc) présentent des dommages d'importance variable nécessitant des réparations et remplacements, en particulier la vitrerie, des portes et fenêtres, certaines toitures et plafonds. Au poste de commandement, "la plate-forme du télémétriste et le petit bâtiment attenant sont démolis, le local du P.C.C.A. est intact". A l'extérieur, "sur la butte", une des casemates est en partie démolie, un petit pavillon est à réparer. A cet état des lieux sont joints des plans d'une plate-forme (cuve) de 88, d'un poste et d'une plate-forme d'écoute allemands.

Un décret ministériel du 15 janvier 1950 prescrit l'installation dans l'ouvrage de Peyras d'une batterie de DCA de quatre pièces allemandes, récupérées à Lorient, de 105mm SK (schnelladekanone) C 32 sur affûts marin de 88mm, d'une portée de tir de 15350m, complétée d'une défense rapprochée. A l'échelle nationale, Peyras et Trémet - Roscanvel près de Brest, sont les deux seules nouvelles batteries fixes de la Marine mises en place à cette époque -avec vocation de batterie école13 - sur d'anciens ouvrages, avec des pièces ex allemandes de 105mm SK C 32.

A Peyras, le programme est réalisé en 1952 et l'armement prêt pour essai le 8 décembre de l'année, bien que la conduite de tir ne soit pas réalisée, pas plus que les équipements de défense rapprochée. Les quatre canons, montés sur plates-formes BA modèle 32 de 90, sont installées, sous coupoles ou masques-tourelles blindées, dans des cuves ou alvéoles de béton de plan circulaire, ayant chacune trois niches à munitions dans l'épaisseur murale, d'une capacité de 200 coups. Ces nouvelles cuves remplacent quatre des six cuves allemandes octogonales, soit deux dans chaque aile de la batterie. Le poste de direction de tir allemand, en ruines, est réparé, refondu et agrandi, pour accueillir le matériel du télépointeur dans une alvéole ou cuve centrale cylindrique, sous une coupole de protection. Le télépointeur est décrit en 1952 comme comportant un altitélémètre (le télémètre optique de 6,58m de long), deux jumelles de pointage V 15x60 et une jumelle 10x80 allemande coudée à 45°, et "un poste à calcul Kommandogerät 40 M dans lequel entrent mécaniquement les éléments transmis par l'altitélémètre. Le poste central, sous le télépointeur, comporte les boites de jonction et de permutateurs de toutes les liaisons avec les canons, des standards, postes radio et une table de renseignements. Les transmissions des éléments de pointage sont assurées par un réseau de téléaffichage Siemens. Les casemates de casernement sont réaffectées, les quatre médianes pour les postes d'équipage, en continuité d'usage, pour un effectif maximum de 120 hommes, la première pour le mess des officiers mariniers, la sixième pour le poste des seconds-maîtres (20 hommes). L'ancienne maison du gardien de batterie, dans le demi bastionnet, en montant lac rampe d'entrée, est aménagée en chambres et carré des officiers, complétée d'une cuisine des officiers et d'une chambre de maître principal, accolées. La cuisine pour l'équipage et les officiers mariniers reste celle en fond de cour du casernement casematé, les locaux sanitaires, douches, lavabos, étant dans les locaux annexes adossés au mur d'enceinte de cette cour, en vis à vis de le façade du casernement (ces locaux sont en place depuis 1943 au moins). La construction de magasins à vivres et d'un garage sont prévus en décembre 1952 dans l'aile gauche de l'ancienne batterie. Une photographie aérienne de 1958 montre ces bâtiments en place, et, à l'extérieur de l'enceinte, à droite du chemin d'accès conduisant à la porte, une série de magasin juxtaposés en voûte de tôle d'acier.

[Vue aérienne verticale de la batterie de Peyras en 1958, après mise en place du nouvel armement de DCA en 1953][Vue aérienne verticale de la batterie de Peyras en 1958, après mise en place du nouvel armement de DCA en 1953]

La batterie-école de DCA du "fort de Peyras" est désaffectée à partir du 1er juin 1957, cédant place à une base d'opérations pour commandos de Marine basés à Lorient et agissant en Algérie, d'abord le commando Trépel, pendant la guerre d'Algérie, puis le commando Penfentenyo, jusqu'en juillet 1969. Le dernier tir, symbolique, d'une des pièces de 105mm aurait eu lieu en 1970.

A la suite, les lieux sont abandonnés, sans désarmement et avec une surveillance minimum qui permet la conservation en place des équipements. Depuis 1994, un regain d'intérêt se manifeste, et la Marine entreprend des travaux de préservation, puis concède l'occupation et l'animation de la batterie à une association de La Seyne fondée en 1987 dans le but de collecter et restaurer des véhicules et équipements militaires du temps du débarquement de Provence d'août 1944, le Group Military Conservation (GMC). L'action conjointe de cette association et de la Marine a permis le rapatriement et la présentation dans l'enceinte de l'ancienne batterie, d'armements étrangers au site, dont un canon de 95mm provenant du fort Saint-Elme, et de véhicules militaires de la seconde guerre mondiale. Une salle d'exposition, ou petit musée, est aménagée dans l'ancien magasin à poudres. Cette nouvelle vocation des lieux, en rapport direct avec l'histoire militaire récente, permet l'entretien et l'ouverture à la visite de la batterie et de certains de ses équipements. Toutefois, comme dans le cas de la batterie de Saint-Elme, le placement de certains armements et matériels en différents points de la batterie, notamment sur des emplacements de tirs annexes désarmés, brouille un peu la lisibilité immédiate des aménagements déjà complexes à comprendre de cet ouvrage remarquablement conservé mais plusieurs fois retouché entre 1878 et 1953.

DESCRIPTION

Site et implantation générale

L'assiette d'implantation de la batterie de Peyras correspond au point culminant, à 196m d'altitude, d'une longue ligne de crête rocheuse d'axe nord-sud surplombant la moitié sud de la côte Est qui règne entre l'isthme des Sablettes et la pointe du Cap Sicié. Elle n'était accessible que par le nord à l'origine, et jusqu'à la création, en 1962, de la route départementale 2816 (dite Corniche merveilleuse ou Corniche varoise), et de l'actuel chemin d'accès par le sud, partant de cette route à la cote 143. La route d'accès par le nord, soit la route militaire d'origine, part de La Seyne, ou elle se branche sur la route départementale 16 reliant Les Sablettes à Six-Fours, en passant par les hameaux des Moulières et des Gabrielles, puis par la forêt de Janas.

L'emprise de la batterie occupe au mieux les contours irréguliers du point haut, définis par la courbe de niveau 190m, dégageant hors les murs, au devant de l'angle saillant, face à l'est, une petite plate-forme naturelle en fer-à-cheval dite "la butte" qui culmine à 200 m et dont la présence en avant-plan contribuait au défilement de l'ouvrage vu de la mer. C'est sur cette "butte" que s'avançait le bastionnet à cavalier de la batterie d'origine, supprimé en 1907. A 500 m au sud de la batterie, une autre éminence plus réduite, à la courbe de niveau 180m, porte la batterie annexe de 1899, desservie par un prolongement de la route militaire.Vue générale de la batterie du côté du front de gorge, prise depuis Notre-Dame-de-la-Garde; au fond, la presqu'ile de St Mandrier.Vue générale de la batterie du côté du front de gorge, prise depuis Notre-Dame-de-la-Garde; au fond, la presqu'ile de St Mandrier.

Plan, distribution spatiale, circulations et issues, structure et mise en œuvre

Dans son état actuel, la batterie de Peyras conserve la quasi-totalité des dispositions fixées par son remaniement de 1905-1907, plutôt modifiées en reprise et adjonctions, sans destruction, que transformées, lors des réaménagements opérés en 1933, 1943-44 et 1953 pour la batterie de DCA. Le plan en chevron obtus de l'ensemble se développe sur 240m linéaires hors œuvre, de l'extrémité de l'aile gauche à celle de l'aile droite, ce qui est très au-dessus de la moyenne des autres batteries fermées de la même génération dans le secteur de Toulon, comme Cépet et le Gros Bau. La largeur hors œuvre de l'aile gauche, restée la plus longue après 1907, est de 32m, un peu moindre que celle de l'aile droite (38m), cette dernière intégrant le casernement casematé sous l'épaulement de batterie, ce qui nécessitait une cour de dégagement pas trop étroite (10m) entre la façade et le mur parapet crénelé du front de gorge.

L'enceinte, formant simple revêtement en front de tête et revêtement surmonté d'un mur-parapet crénelé en front de gorge, est complète. Parementé en opus incertum polygonal de grosses pierres dures, et couvert d'une tablette en briques posées de chant, par endroit enduites au ciment, ce mur d'enceinte est bien conservé sur toute son élévation et sur tout son circuit, y compris ses quatre organes de flanquement, à savoir le demi bastionnet (flanc et face du côté gauche, face sans flanc du côté droit) du front de gorge de l'aile gauche, les deux tourelles semi-cylindriques pleines (de 5 à 6m de diamètre) saillant aux extrémités des ailes, desservies depuis le chemin de ronde périphérique contournant les parapets de batterie, et le petit redan carré de l'angle saillant du front de tête, créé en 1905-1907 pour flanquer le revêtement de l'aile droite.

Revêtement d'enceinte de la batterie, front de tête de l'aile gauche, avec chemin de ronde au pied du parapetRevêtement d'enceinte de la batterie, front de tête de l'aile gauche, avec chemin de ronde au pied du parapet Revêtement d'enceinte de la batterie, tourelle de flanquement à l'extrémité de l'aile droite Revêtement d'enceinte de la batterie, tourelle de flanquement à l'extrémité de l'aile droite

Le chemin de ronde du front de tête, comme à la batterie de Cépet et dans de nombreux forts du XIXe siècle (par exemple le fort Saint-Elme), n'est bordé que d'un mur garde-corps peu élevé et non crénelé, pour ne pas gêner les tirs de batterie au bénéfice d'un souci accessoire de défense rapprochée. Ce chemin de ronde n'existe plus sur la branche droite depuis le remaniement de 1905-1907, qui l'a supprimé (sauf à l'extrémité droite, dans la partie desservant la tourelle circulaire) pour élargir le parapet de batterie, portant de ce fait directement sur le revêtement. Implantées entre deux pans coupés de l'enceinte, les deux tourelles nord et sud-ouest n'avaient pas d'autre fonction que de permettre de compenser les angles morts générés pas ces pans coupés, en permettant des tirs de flanquement au fusil de rempart. Ces tirs plongeants se faisaient à l'origine par-dessus le garde-corps, sans protection, mais le mur garde-corps de la tourelle de l'aile gauche (nord), a été percé après coup de cinq fenêtres de tir horizontales, ou créneaux, sans doute à la première époque de le batterie de DCA, pour une défense rapprochée tournante à l'arme automatique. Un autre créneau analogue a été percé dans le redan flanquant le revêtement du front de tête de l'aile gauche, ce redan étant une relique (flanc gauche) du bastionnet de tête de 1878, supprimé en 1905-1907. Les créneaux de fusillade d'origine, classiquement des courtes fente verticale ébrasées vers l'intérieur, rapprochées et régulièrement espacées, sont ménagées dans les parties de l'enceinte du front de gorge formant un véritable mur-parapet haut de 2,40m vers l'intérieur, soit l'aile droite et la moitié droite de l'aile gauche, y compris le flanc et la face gauche du demi-bastionnet. Le reste du front de gorge de l'aile gauche, du fait d'un sol intérieur plus haut, est un revêtement analogue à celui du front de tête.Revêtement d'enceinte de la batterie, tourelle de flanquement à l'extrémité de l'aile gauche et chemin de ronde au pied du parapet Revêtement d'enceinte de la batterie, tourelle de flanquement à l'extrémité de l'aile gauche et chemin de ronde au pied du parapet

Le mur d'enceinte n'est pas nivelé à l'horizontale sur tout le circuit, du fait de différences d'élévations d'un bout à l'autre des épaulements de batterie, de ce fait, le revêtement du front de tête de l'aile gauche n'est pas nivelé à l'horizontale, mais marque trois décrochements en ressaut. Ces différences de niveaux sont accusées dans le front de gorge, dont la moitié sud est fondé plus bas que le reste de l'enceinte, dans une dépression du socle naturel : il s'agit de la partie de l'enceinte de gorge correspondant à l'aile droite, dont le mur-parapet crénelé enveloppe la cour du casernement, à la porte d'entrée et à la rampe d'accès aux batteries. Le mur crénelé s'en trouve soit nivelé à l'horizontale -dans le cas de l'aile droite- mais plus bas de 4m à l'arase que le revêtement du front de gorge, soit rampant, pour la partie de l'aile gauche intégrant la rampe, y compris le demi-bastionnet. Ce dénivelé permettait à la rampe et à la cour du casernement d'être efficacement défilées des tirs venus de la mer, à l'arrière desdits épaulements formant masse couvrante ou parados.

Du fait de cette configuration, la gorge des deux épaulements de batteries n'est, en majeure partie, pas directement refermée par le mur d'enceinte du front de gorge, mais par un mur de soutènement, plus haut que le mur d'enceinte et portant le chemin de ronde intérieur qui dessert les positions de tir. Sous l'épaulement ou aile de batterie de droite, ce mur de soutènement forme la façade du casernement casematé, parallèle au mur d'enceinte crénelé, les 10m de largeur de la cour séparant l'une de l'autre. A gauche de cette façade, en retour d'angle rentrant presque droit, le mur de soutènement, se poursuit, puis se brise en angle obtus saillant, pour suivre un axe parallèle a celui du mur d'enceinte crénelé, l'un et l'autre bordant la rampe carrossable qui monte à gauche de la porte vers les batteries et leurs chemins de ronde. Le parement du mur de soutènement est un opus incertum analogue à celui des murs d'enceinte, mais son arase est couronnée d'une tablette en pierre de taille blanche et non en briques, sur laquelle est scellée une rambarde garde-corps en fer. Par ailleurs, deux volées d'escaliers montent directement aux batteries en réservation dans le revêtement du mur de soutènement, aux deux extrémités de la cour du casernement : la première, à gauche, part de l'angle rentrant pour aboutir sur la place d'armes intermédiaire entre les deux épaulements de batterie, la seconde, à l'extrémité droite de la façade du casernement, monte aux chemins de ronde de l'épaulement ou aile droite de la batterie. Les pierres de taille blanches formant les marches de ces escaliers, analogues aux dalles des tablettes, contrastent avec les blocs irréguliers de teinte brune du parement courant.Revêtement d'enceinte de la batterie, redan flanquant et fossé à l'angle saillant du front de tête, passerelle vers "la butte"Revêtement d'enceinte de la batterie, redan flanquant et fossé à l'angle saillant du front de tête, passerelle vers "la butte"

La cour du casernement est encaissée au point le plus bas dans l'enceinte, correspondant au niveau de seuil de la porte d'entrée (cote d'altitude 186m), en sorte qu'elle se trouve puissamment abritée par l'élévation de l'épaulement de l'aile droite de la batterie, qui la surplombe de plus de 11m (le dessus des magasins de combat de 1905-1907 règne à la cote 197,40m). L'importante recharge à l'horizontale du sol du chemin de ronde intérieur desservant les emplacements de tir de l'aile droite de la batterie, recharge qui a remplacé en 1906 (millésime), sur les voûtes du casernement casematé, une banquette en terre plus basse, est parfaitement visible au-dessus du niveau d'arase de la façade de ce casernement. Elle y est revêtue, sur 3m de hauteur, d'un parement en béton armé fini au ciment gris lisse qui accuse un léger fruit, et s'amortit au droit du repos de l'escalier sud. Ce revêtement de béton armé repose, non sur la tablette qui couronnait à l'origine la façade du casernement, mais sur une sorte de bandeau saillant ou larmier, moulé en ciment gris, jalonné d'une série d'agrafes en saillie dont on peut penser qu'elles habillent des têtes de longrines, et qu'elles pouvaient servir à faire tenir sur le bandeau un égout ou une canalisation d'eaux pluviales.

Revêtement d'enceinte de la batterie, détail du front de gorge de l'aile droite, mur-parapet crénelé devant la cour du casernementRevêtement d'enceinte de la batterie, détail du front de gorge de l'aile droite, mur-parapet crénelé devant la cour du casernement Revêtement d'enceinte de la batterie, détail du front de gorge de l'aile gauche, mur-parapet crénelé bordant la rampe carossable; au fond, casernement sous l'aile droiteRevêtement d'enceinte de la batterie, détail du front de gorge de l'aile gauche, mur-parapet crénelé bordant la rampe carossable; au fond, casernement sous l'aile droite

Si l'on excepte sa surélévation en béton, la façade du casernement casematé, dont le parement en opus incertum est masqué par un enduit lissé à la chaux repris au ciment, reste conforme aux modèles de caserne des forts et batteries du « système Séré de Rivières ». Son implantation sur un long côté d’une cour promenoir relativement étroite peut évoquer les casernes monumentale des forts de Six-Fours et de la Croix-Faron, dans une variante beaucoup plus modeste, à un seul niveau de casernement. Les six casemates sont voûtées en berceau segmentaire, les cinq premières larges de 6m et profondes de 14m (dimensions très normatives), la sixième plus étroite (4m x 14m). En façade, de grandes arcades structurantes correspondant à l'ouverture du volume des casemates, sont refermées par un mur de remplage maigre non porteur dans lequel sont percées les baies, classiquement deux fenêtres encadrant une porte centrale plus haut couverte, donnant jour aux casemates. L'encadrement des arcades est en pierre de taille blanche appareillée, grand arc segmentaire extradossé portant sur les piliers intermédiaires, les murs de remplage sont en briques, sur plinthe en pierre blanche solidaire des piliers. Portes et fenêtres, couvertes en arc segmentaires, sont encadrées d'un chambranle l'appui des fenêtres, monolithe en saille, participe de la plinthe. Le vantail des portes, plein, est surmonté d'une imposte vitrée fixe. Seule la sixième travée, plus étroite, n'a qu'une fenêtre et une porte. Les trois dernières casemates, à droite, se distinguent par l'emploi de grès rose à la place du calcaire blanc pour les pierres de taille des trois derniers piliers et des trois assises inférieures de la plinthe. Les menuiseries en place ont été renouvelées du temps de la batterie de DCA, de même que les enduits intérieurs des casemates, au ciment peints en blanc. Aux retombées des voûtes, au-dessus de chacun des murs de refend, un vide voûté dans le même axe que les casemate abrite une gouttière qui recueillait les eaux pluviales du chemin de ronde supérieur, initialement égoutté en façade par une gargouille de pierre, aujourd'hui relayée par une descente de gouttière en zinguerie conduisant les eaux jusque dans le caniveau qui circule au sol devant la façade.

L'ordonnance de cette longue façade donne une impression d'inachèvement ou de traitement à l'économie ; en effet, à l'extrémité gauche, elle se termine par un pilier qui ne diffère pas des autres piliers séparant les travées, nullement prolongé verticalement par un chaînage montant en haut du mur, comme "en attente". Du côté gauche, ce pilier est suivi par une travée de façade aveugle de même largeur que celle des cinq casemates normatives, avec plinthe continue, et sans arc. Le mur aveugle est percé de trois discrètes fentes d'évents, trahissant la présence d'un vide dans cette travée. Il s'agit en l'occurrence d'une casemate obscure à vocation de sas d'isolement intermédiaire entre le casernement et le magasin à poudres situé à la suite, au-delà de l'angle rentrant entre la façade et le mur de soutènement qui lui fait suite en retour d'équerre. A l'extrémité droite de la façade, on retrouve le mur aveugle, avec la plinthe, interrompue par l'escalier adossé qui monte aux chemins de ronde de la batterie; sous la volée d'escalier, une arcade en pierre de taille de même type que celles des casemates, mais plus petite et plus basse, refermée d'un mur de remplage percé d'une porte, donne accès à la petite casemate qui abritait les latrines du casernement dès 1878. Au delà de ces latrines, le fond de la cour était occupé par le bâtiment des cuisines qui, à l'origine, se partageait avec le logement du gardien de batterie. Ce bâtiment, encore en place dans les années 1970, est aujourd'hui entièrement détruit, à l'exception de ses trois murs d'enveloppe participant de l'enceinte et du mur de soutènement, dans lesquels on reconnait encore les restes des enduits intérieurs et trois fenêtres couvertes d'un arc segmentaire, condamnées par murage.Cour et façade du casernement casematé sous l'aile droite de batterie, avec surhaussement en béton de 1906Cour et façade du casernement casematé sous l'aile droite de batterie, avec surhaussement en béton de 1906

A l'extrémité gauche de la cour, dans le mur de soutènement en retour d'équerre de la façade, tout près de l'angle rentrant, s'ouvre la porte d'accès au magasin à poudres, dont l' encadrement en pierre de taille blanche, partant de la plinthe, comporte des jambages harpés; son élévation comporte deux jours superposés : la porte proprement dite (vantail de fer années 1950), couverte d'une épaisse plate-bande de trois claveaux, et, au-dessus, un fenestron ou soupirail horizontal couvert d'un arc surbaissé extradossé qui termine l'encadrement. Le fenestron, muni de barreaux de fer, n'a plus son volet ouvrant vers l'intérieur, et le vantail en fer actuel de la porte (années 1950?) a remplacé la fermeture d'origine (deux vantaux, un ouvrant au-dehors, l'autre au dedans ?). La salle des poudres du magasin longue de 16,44m pour 5, 6m de largeur, très basse (2, 40m), sous sa voûte en berceau surbaissé, est une structure complète en briques, de faible épaisseur murale, construite à l'intérieur d'une casemate un peu plus grande, notamment en longueur, afin de dégager au pourtour le volume du sas d'entrée, un couloir d'isolement et, au-dessus, un vide technique entre les deux voûtes, voûte en voile léger de la salle et voûte en pierre, à l'épreuve, de la casemate. Le sas communique à la salle des poudres par une porte axée, et au couloir d'isolement par deux petites portes, ayant leur propres vantaux. Trois créneaux de lampe éclairaient au fond la salle des poudres, desservis depuis le couloir d'isolement. L'ensemble de ces dispositions est très classique dans les ouvrages de cette période, semblable entre autres à celles du grand magasin à poudres de la batterie de la Croix des Signaux, aussi construit en 1878.Détail de la façade du casernement casematé, travée de la casemate de gauche, angle rentrant de la cour et retour du revêtement, avec porte du magasin à poudresDétail de la façade du casernement casematé, travée de la casemate de gauche, angle rentrant de la cour et retour du revêtement, avec porte du magasin à poudres

La cour du casernement est encombrée, en vis à vis de la façade des casemates, par une enfilade de bâtiments à parois maigres en ciment et toits-terrasse en dalle de béton, qui se sont adossés au mur-parapet crénelé de 1878, en le masquant et en obturant son crénelage. Il s'agit des locaux sanitaires de la batterie de DCA, douches, lavabos, lavoir, etc., qui existaient déjà en 1943 mais ont été complétés et en grande partie reconstruits du temps de la batterie-école, dix ans plus tard.Extrémité droite de la façade du casernement, escalier montant aux chemins de ronde de l'aile droite de batterie, niche des latrines sous l'escalierExtrémité droite de la façade du casernement, escalier montant aux chemins de ronde de l'aile droite de batterie, niche des latrines sous l'escalier Extrémité droite ou fond de la cour du casernement, murs de l'ancien bâtiment des cuisines, détruit, participant de l'enceinteExtrémité droite ou fond de la cour du casernement, murs de l'ancien bâtiment des cuisines, détruit, participant de l'enceinte

La rampe carrossable montant aux batteries a conservé en partie son d'origine, les parements du mur de soutènement n'ayant pas été modifiés, de même que ceux du mur parapet d'enceinte, en "branche pendante", dont le crénelage reste complet et apparent, jusques et y compris le flanc du demi-bastionnet. Le mur de soutènement conserve la trace rampante du solin de l'ancienne dalle couvrante dite "surface de réception" de 1901, qui recueillait les eaux pluviales pour les amener à la citerne extérieure, et qui n'a été démolie que vers 1960. L'ancienne maison du gardien de batterie construite avant 1900, dans le demi-bastionnet, a été plusieurs fois adaptée et modernisée jusque à l'époque de la batterie-école de DCA, voire plus tard. Son aspect est celui d'une maison civile ordinaire de type provençal, avec enduit couvrant peint en blanc et toit à faible pente revêtu de tuiles-canal. Elle s'adosse au mur d'enceinte constituant de la face gauche du demi-bastionnet, qui n'est plus reconnaissable dans son aspect d'origine, remplacé par la façade postérieure enduite de la maison.La rampe carrossable montant de la porte au batteries, le revêtement intérieur des terrasses, avec escalier et porte du magasin à poudres; à gauche, maison du gardien de batterie, au centre poste de direction de tir 1953La rampe carrossable montant de la porte au batteries, le revêtement intérieur des terrasses, avec escalier et porte du magasin à poudres; à gauche, maison du gardien de batterie, au centre poste de direction de tir 1953

La continuité du mur d'enceinte du front de gorge de l'aile gauche de la batterie, à la suite du demi-bastionnet, n'a plus son étroite banquette d'infanterie en terre qui permettait de desservir le crénelage. Cette disposition d'origine a été remplacée par une série de petits bâtiments annexes en béton et voile de tôle d'acier formant voûte construits 1953 pour le service de la batterie-école de DCA, à l'usage de magasins, selon le projet de 1952, mais aussi à l'usage de sanitaires dans l'état réalisé. Les locaux principaux sont couverts d'une dalle débordante formant toit-terrasse, et percés de petites fenêtres hautes de jour, selon un modèle identique à celui des bâtiments adossés au mur crénelé de la cour du casernement de l'aile droite. Le chemin de fer type Decauville qui avait été installé en 1907 sur la rampe d'accès et sur le chemin de ronde intérieur de l'aile gauche de la batterie, pour en faciliter l'approvisionnement, a complètement disparu.

L'aile gauche de la batterie a conservé la majeure partie de ses dispositions d'origine crées en 1878, adaptées, remaniées, mais pas détruites. L'emprise des quatre emplacements de tir est nettement reconnaissable, de même que les trois traverses-abri intermédiaires qui se distinguent par leur plan losangique ou "carré sur l'angle". Assez bien conservées, ces traverses présentent entre les banquettes d'artillerie deux côtés disposés obliquement, parementés en opus incertum de moellons schisteux rouges, formant un angle droit abattu d'un pan coupé. Ce pan coupé accueille la porte de l'abri casematé (pour le personnel et pour les munitions) inclus dans chaque traverse, prenant jour par une étroite ouverture sur chacun des deux côtés, et ventilé verticalement par une cheminé ménagée dans la voûte, qui émerge de la masse couvrante de terre et de remblai tenant lieu de couverture aux traverses et les mettant à l'épreuve des bombes. Les portes ont un encadrement en pierre de taille piquetées, harpées, l'arc segmentaire souligné d'un bandeau ; les vantaux blindées actuellement en place dans deux traverses sur trois, récupérées sur des vaisseaux désarmés, ont remplacé les portes d'origine dans les années 1950. Le mur des deux faces, couvert d'une tablette de pierre de taille dure, se continue entre les traverses pour former la genouillère des parapets des emplacements de tir, tels qu'ils étaient conçus à l'origine pour les pièces de 24, 19 et 16cm.

Aile gauche de la batterie, traverse-abri losangique de 1978 et garage post 1953.Aile gauche de la batterie, traverse-abri losangique de 1978 et garage post 1953. Aile gauche de la batterie, traverse-abri losangique de 1878 et cuve allemande de 1943 pour canon de 88mm Flak 36.Aile gauche de la batterie, traverse-abri losangique de 1878 et cuve allemande de 1943 pour canon de 88mm Flak 36.

Dans l'état actuel, les deux premiers emplacements de tir, en partant de la droite, sont occupés par les larges cuves circulaires en béton armé construites en 1952 pour les pièces ex allemandes de 105mm SK C 32 sous cuirasse de fer tournante. Les pièces sont actuellement toujours en place et en parfait état de conservation, de même que leur cuirasse de couvrement ou masque-tourelle de plan circulaire formant dans les deux-tiers arrière un dôme à facette d'ou sort le canon, encadré de trappes de sortie. L'intérieur comporte deux niveaux, le plus haut sous la cuirasse tournante, abritant la pièce proprement dite, au centre de la cuve, soit un canon long de 4,74m pour un poids de 1700kg, avec ses différents accessoires : un affût 8,8cm MPLC (Marine Pivotlafettte C) / 30 D, un levier de pointage vertical (amplitude 3 à 79°), un moteur de pointage latéral (amplitude 350°), deux lunettes de visée, un appareil de mise à la hausse, un autre de mise à la dérive, avec cadrans, la culasse et l'appareil de mise à feu. Le niveau inférieur, périphérique, logé dans l'épaisseur du murs genouillère de la cuve, comporte l'escalier d'accès à la pièce et les quatre niches, trois à munitions, une pour l'appareillage électrique. Le dispositif actuel a remplacé deux cuves allemandes construites dix ans plus tôt, qui étaient beaucoup plus simples, de plan octogonal et à ciel ouvert. Les cuves de 1952, comme celles de 1943, ne sont pas centrées dans les emplacements de tir de 1878, mais placées en avant, dans le parapet de terre, en recoupant l'ancienne genouillère d'origine.

Le troisième emplacement de tir est encore occupé par une des cuves allemandes de 1943-1944 pour canon de 88mm Flak 36, en béton banché laissé sans finition, de plan intérieur octogonal inscrit dans un plan carré, pour réserver des niches à munitions dans certains pans. L'accès de cette cuves est encadré de murets garde-corps en avancée. Le quatrième emplacement de tir est occupé par les trois murs d'enveloppe du garage à véhicules militaires, construit en 1953, en remplacement d'une plate-forme allemande pour mitrailleuse de 20mm. Ces murs sont montés en maçonnerie traditionnelle de moellon local, principalement calcaire blanc, ébauché et monté en blocage, lié et arasé au ciment. Le mur de droite du garage (actuellement découvert, le toit en tôle existait encore dans les années 1990) est bâti en prolongement d'alignement de celui du côté gauche de la troisième traverse-abri de 1878, ce qui permet d'observer le contraste des matériaux et de mise en œuvre.

A proximité, l'angle nord-ouest de l'enceinte ou revêtement de cette aile gauche de la batterie est occupé par une plate-forme surélevée de construction allemande (1944), composée d'une petite cuve octogonale pour mitrailleuse de 20mm, flanquée de deux avant-corps carrés reliés à angle droit dont le soubassement abrite des magasins à munitions, dont un avec cheminée. La construction est en blocage de moellons locaux non dégrossis, avec joints beurrés au ciment, dalle et tablette de couvrement de béton, encadrements de portes en brique creuse et béton. La cuve, avec accès par un des avant-corps (escalier supprimé) et niche à munition dans l'autre, est actuellement équipé d'un affut tournant avec volant de manœuvre et volets de blindage. On a mentionné ci-dessus, à propos de l'enceinte, l'adaptation (en 1943, ou 1953 ?) de la tourelle nord de 1878 par percements de créneaux horizontaux dans son mur garde-corps. La partie extrême nord et est de l'ancien parapet d'artillerie de 1878 est fortement dégradé, dévoilant, en bordure de l'ancien chemin de ronde extérieur, le blocage maçonné qui formait la souche des profilés en terre.Aile gauche de la batterie, angle d'extrémité du chemin de ronde, plate-forme allemande de 1944 pour mitrailleuse de 20mm.Aile gauche de la batterie, angle d'extrémité du chemin de ronde, plate-forme allemande de 1944 pour mitrailleuse de 20mm.

L'aile droite de la batterie

Les quatre emplacements ou plates-formes de tir, y compris le chemin de ronde surélevé qui les borde, les rampes d'accès et les cinq magasins de combat de cette aile droite reconstruite en 1905-1907 pour pièces de 240mm TR, sont assez bien conservés, en dépit des importants remaniements qu'ils ont subi en 1943 et 1953. Ces ouvrages sont très largement réalisés en béton, dès l'origine, à l'exception des parements des murets de soutènement des plates-formes, du chemin de ronde surélevé et des rampes, construits en appareil polygonal de pierre blanche assez irrégulier avec joints ciment au fer. Les passerelles métalliques qui assuraient la continuité du chemin de ronde surélevé devant les façades des magasins de combat ont été supprimées, il n'en reste que les piles maçonnées intermédiaires sur lesquelles reposaient leur tablier. Les rambardes garde-corps associées à ce chemin de ronde et aux rampes, ont également disparu, à l'exception d'un vestige sur la rampe du quatrième emplacement de tir. De même, on ne trouve plus trace des rails du chemin de fer rectiligne qui avait été installé dès 1906-1907 tout au long du chemin de ronde principal ou terrasse, au pied du chemin de ronde surélevé et des rampes, pour faciliter l'approvisionnement rapide des magasins de combat. Aile droite de la batterie, chemin de ronde intérieur ou terrasse, chemin de ronde surélevé, rampes d'accès aux emplacements de tir et magasins de combat intermédiaires.Aile droite de la batterie, chemin de ronde intérieur ou terrasse, chemin de ronde surélevé, rampes d'accès aux emplacements de tir et magasins de combat intermédiaires.

Les secondes et quatrièmes plates-formes de tir, en partant de la gauche, ont conservé leur plan d'origine, rectangulaire, avec genouillère à exèdre centrale à deux pans (et non hémicirculaire). Les sellettes d'affut de la pièce d'artillerie y sont placées en position surélevée sur un socle en béton semi circulaire de gros diamètre, haut de 0,80m engagé dans l'exèdre et saillant dans l'aire rectangulaire. Le socle est accessible latéralement par quatre marches en ciment, et entouré par une paire de rails également en arc de cercle ; il est encore présent aussi dans la première plate-forme de tir, mais dans un état remanié, avec emmarchement frontal. Ces socles surélevés ne correspondent pas à l'état d'origine de la batterie reconstruite pour pièces de 240mm TR, documenté par les plans de 1907-1908, mais à une adaptation non documentée antérieure à la réutilisation de la batterie pour la DCA, puisqu'ils sont déjà en place en 1931, d'après une photo aérienne verticale.

Les magasins de combat tenant lieu de traverses-abri, en forme de blockhaus de béton armé enduit au ciment, classiquement cubique à angles adoucis, couvert d'une dalle épaisse d'environ 1,50m, sont conçus pour abriter des magasins à projectiles et des soutes à gargousses. Les trois magasins de combat médians sont doubles, avec soute centrale encadrée de deux magasins à projectiles, tandis que les deux blocs d'extrémités, associés d'un côté seulement à une plate-forme de tir, sont simples, avec magasin à projectiles du côté attenant à la plate-forme. Chacun des huit blocs magasin à projectiles comportait une entrée basse en façade au niveau du sol du chemin de ronde principal ou terrasse, desservie par des rails toujours en place, jadis branchés par une plaque tournante à 90° au chemin de fer longitudinal, ce qui permettait d'entrer les munitions dans le magasin sur un chariot bas passant sous la passerelle du chemin de ronde surélevé. Cet accès est aujourd'hui muré, seule la porte d'entrée piétonne, et, dans certains cas, la fenêtre haute des magasins à projectiles restant ouverte dans l'état actuel. On notera que le personnel au service de la batterie devait se baisser pour atteindre les portes depuis la terrasse, en passant sous les passerelles du chemin de ronde surélevé d'environ 1,20m. Du fait de cette contrainte des passerelles, les portes métalliques des magasins à projectiles, qui ne pouvaient s'ouvrir vers l'extérieur comme celles actuellement en place, récupérées sur des navires (posées du temps de la batterie de DCA), étaient primitivement coulissantes comme l'indique le bandeau en relief courant sur la façade au-dessus des baies, destiné à abriter le rail de coulisse supérieur14 . L'intérieur des soutes à gargousses, peint en blanc avec bandeau de plinthe rouge, comportait des rayonnages latéraux portant sur des fers scellés aux parois, aujourd'hui supprimés. Les magasins à projectiles communiquaient aux plates-formes de tir par un guichet situé de chaque côté, dans l'angle rentrant, d'où on pouvait approvisionner un chariot bas posé sur les rails en arc de cercle allant d'un angle à l'autre en contournant le socle du canon. Ces dispositions complexes sont le fruit d'une adaptation du parti initial de 1905-1907, et ont été condamnées du temps de la batterie de DCA.Aile droite de la batterie, emplacement de tir de gauche entre deux magasins de combat 1905-1907 ; cuve de 1952 pour pièce de 105mm sous cuirasse tournante.Aile droite de la batterie, emplacement de tir de gauche entre deux magasins de combat 1905-1907 ; cuve de 1952 pour pièce de 105mm sous cuirasse tournante. Aile droite de la batterie, côté chemin de ronde intérieur, cuve de 1952 pour pièce de 105mm sous cuirasse tournante dans un emplacement de tir 1905-1907, entre deux magasin de combat.Aile droite de la batterie, côté chemin de ronde intérieur, cuve de 1952 pour pièce de 105mm sous cuirasse tournante dans un emplacement de tir 1905-1907, entre deux magasin de combat. Aile droite de la batterie, côté chemin de ronde intérieur, façade et portes d'un magasin de combat, murs et piles d'appui des passerelles du chemin de ronde surélevé.Aile droite de la batterie, côté chemin de ronde intérieur, façade et portes d'un magasin de combat, murs et piles d'appui des passerelles du chemin de ronde surélevé.

Dans l'état actuel, de gauche à droite :

-le premier magasin de combat simple est masqué en façade par un petit bâtiment en béton de même hauteur bâti vers 1953

-la première plate-forme de tir qui fait suite est transformée du fait de la présence, à cheval sur l'ancien parapet, d'une des deux cuves circulaire en béton pour pièce antiaérienne de 105mm SK C 32 sous cuirasse de fer tournante, construites dans cette aile de batterie en 1952 en remplacement d'une cuve allemande de 1943.

-la troisième plate-forme est transformée du fait de la seconde cuve circulaire en béton de pièce de 105mm SK C 32, qui, en l'occurrence, y est construite (comme avant elle la cuve allemande de 1943), non en avant, mais au milieu de la plate-forme de tir d'origine et sur sa genouillère.

-la quatrième plate-forme est en partie encombrée, sur son côté droit, par un petit bâtiment en béton léger à toit plat construit pour la batterie de DCA, en place fin 1943.

-le cinquième magasin de combat est surmonté de la superstructure du château d'eau, masse cubique aveugle en béton, sans doute reconstruite du temps de la batterie-école après 1952, bien qu'un château d'eau soit mentionné dans l'état des lieux établi à cette date15 . Elle portait un réservoir suspendu en métal, circulaire, qui a été récemment supprimé.

-A droite de la façade de ce cinquième magasin de combat, le petit local ou corps de garde en béton de même hauteur, avec porte centré encadrée de deux fenêtres, face à l'escalier d'origine descendant du chemin de ronde surélevé à la terrasse ou chemin de ronde principal, remonte à la construction de 1905-1907, car il figure sur les plans de cette époque.

-A droite de ce cinquième magasin de combat, subsiste une adjonctions de la batterie de DCA allemande : un mirador ou guérite de poste de veille (ou plate-forme de mitrailleuse?) à ciel ouvert, de plan rectangulaire, surhaussée dix marches par rapport au chemin de ronde surélevé entre hauts murs en ciment.

-A l'arrière du cinquième magasin de combat et de la guérite, subsiste, l'une des six cuves de plan intérieur octogonal construites par les allemands en 1943-1944 pour leurs canons de 88mm Flak 36, en très bon état de conservation, avec ses niches à munition. La sous-sellette de la pièce de 88mm y a été remplacée par deux socles avec sous-selettes pour deux armes distinctes de défense rapprochée, au temps de la batterie-école française, après 1953. Il reste donc sur le site deux des cuves de la batterie de DCA allemande, à l'extrémité des deux ailes de la batterie, les quatre autres ayant été remplacées part les cuves circulaires de 1952.

Le poste de direction de tir, reconstruit en 1952 sur les ruines de celui de la batterie de DCA française de 1933, puis allemande, occupe l'emplacement de la première traverse-abri (disparue, la seule de plan rectangulaire), de l'aile gauche de la batterie. C'est un bâtiment à deux niveaux, entièrement bâti en ciment armé, de plan de base à peu près carré, composé d'un corps central cylindrique à deux avant-corps quadrangulaires, sur toute la hauteur, adossé sur ses grands côtés de locaux plus légers en simple rez-de-chaussée de trois travées, couverts en toit-terrasse. L'intérieur de ce bâtiment conserve la quasi-totalité de l'équipement mis en place en 1952, soit, dans la cuve centrale cylindrique, le télémètre optique de 6,58m de long, sur son arbre central, solidaire de sa coupole blindée en acier boulonné, avec les marches d'accès aux sièges de télépointage (accès aux différentes jumelles) et l'ensemble du dispositif (volants, bras verticaux soutenant la coupole tournante et reliées aux, sols roulants) commandant manuellement la double rotation complète et les changements d'axe vertical.Le poste central conserve l'ensemble de ses équipements : tableaux électriques, postes radio et téléphoniques, boites de jonction et de permutateurs de toutes les liaisons avec les canons, table de renseignements, ainsi que les différents cadrans de contrôle du poste à calcul conjugateur (tachymètre, témoin de distance, calculateur de parallaxe, etc), dont un grand cadran sur fond de carte de la côte des environs de Toulon.

Aile droite de la batterie, emplacement de tir 1905-1907 modifié, socle de la pièce de 240mm TR et rails circulaires (le canon en place n'est pas conforme).Aile droite de la batterie, emplacement de tir 1905-1907 modifié, socle de la pièce de 240mm TR et rails circulaires (le canon en place n'est pas conforme). Cuve de 1952 pour pièce de 105mm : détail de la cuirasse tournante et du canon vus de l'extérieur.Cuve de 1952 pour pièce de 105mm : détail de la cuirasse tournante et du canon vus de l'extérieur. Cuve de 1952 pour pièce de 105mm : détail de la cuirasse tournante et du canon vus de l'intérieur.Cuve de 1952 pour pièce de 105mm : détail de la cuirasse tournante et du canon vus de l'intérieur. Cuve de 1952 pour pièce de 105mm : détail de la culasse et de l'affût du canon en place vue de l'intérieur.Cuve de 1952 pour pièce de 105mm : détail de la culasse et de l'affût du canon en place vue de l'intérieur.

A l'extérieur de l'enceinte, en tête d'ouvrage, face à la mer, la plate-forme naturelle dite "la butte", reliée à la batterie par une passerelle en fer franchissant le fossé, sur le saillant d'angle, ne conserve qu'une seule cuve circulaire, qui ne semble pas correspondre aux plate-formes d'écoute allemandes mentionnées en 1952, et disparues. Cette cuve est actuellement armée d'un canon de 95mm modèle 1888 Lahitolle, version défense côtière,sur affût crinoline, avec bouclier frontal de protection, rapporté sur le site tardivement et supposé provenir de la batterie de Saint Elme. Ce canon donne le modèle de ceux qui armaient la batterie annexe de Peyras.

Poste de direction de tir reconstruit en 1952, vue extérieure.Poste de direction de tir reconstruit en 1952, vue extérieure. Poste de direction de tir reconstruit en 1952, vue intérieure de la cuve du télémètre, bras de la coupole tournante, télémètre sur affut.Poste de direction de tir reconstruit en 1952, vue intérieure de la cuve du télémètre, bras de la coupole tournante, télémètre sur affut. Poste de direction de tir reconstruit en 1952, vue intérieure de la cuve du télémètre, détail des escaliers d'accès au télémètre , sièges de visée et volantsPoste de direction de tir reconstruit en 1952, vue intérieure de la cuve du télémètre, détail des escaliers d'accès au télémètre , sièges de visée et volants Plate-forme dite "La butte", hors enceinte du front de tête de la batterie : canon de 95mm modèle 1888 Lahitolle, version défense côtière sur affût crinoline, provenant de la batterie de Saint-Elme (?).Plate-forme dite "La butte", hors enceinte du front de tête de la batterie : canon de 95mm modèle 1888 Lahitolle, version défense côtière sur affût crinoline, provenant de la batterie de Saint-Elme (?). Poste de direction de tir reconstruit en 1952, vue intérieure du poste central, tableaux électriques et grand cadranPoste de direction de tir reconstruit en 1952, vue intérieure du poste central, tableaux électriques et grand cadran

1Il n'y a pas lieu de retenir l'idée de la préexistence d'une batterie plus ancienne sur le site, proposée par M. Frijns, L. Malchair, J-J Moulins, J. Puelinckx, Index de la fortification française. Métropole et Outre-Mer, 1874-1914, Welkenraedt, Belgique, 2008, p. 196, notice Peyras.2Instruction destinée à guider les Commissions mixtes d’officiers de l’artillerie, du génie et de la marine qui devront, dans chaque arrondissement maritime, procéder à la révision de l’armement du littoral., Commission de défense des côtes. Vincennes, SHD ancien article 13 (cote précise non notée)3Instruction sur la rédaction des projets de batteries de côtes, par le général de division Farre, inspecteur permanent des travaux de défense littorale. Vincennes, SHD, Ancien article 13 n° 28; voir aussi La défense des côtes, cours professé par M. l’ingénieur en chef Nicolas, Ecole d’application de l’artillerie navale, 1921.4Rapport de la commission … sur un nouveau plan d’ensemble de la défense du port de Toulon. Vincennes, SHD Marine DD² 10455B. Cros, Citadelles d’Azur, Aix en Provence, 1998, p. 1286Toulon, SHD, archives ESID, batterie de Peyras, feuilles d'Atlas (1880 : n° 93)7Note provisoire destinée à servir de guide pour les études relatives à la construction ou la réorganisation des ouvrages du littoral (25/2/1901), Notice descriptive provisoire des magasins de combat pour batteries de côte de gros calibre à construire ou à remanier (11/6/1904), Note sur le montage et l’installation des organes de ravitaillement des magasins de combat des batteries de côte de gros calibre (11/6/1904) ( Vincennes, SHD Génie ancien art 13 n° 350, 579, 579 bis).8Un plan général de situation, tiré d'un atlas des batteries de côte c. 1907(Vincennes, SHD, feuille d'atlas) montre le plan de la batterie de Peyras avec le nouvel armement de l'aile droite, mais sans les transformations associées, cette aile étant figurée plus courte que réalisée. Il s'agit soit du dessin d'un premier projet d'intégration sans gros remaniements, soit d'une copie non actualisée d'un plan général antérieur.9Toulon, SHD, archives ESID, batterie de Peyras, feuille d'Atlas mise à jour le 1er septembre 1908 et le 1er janvier 1911 (n° 93)10Alain Chazette, Pierre Gimenez, Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon, Vertou, 2009, p. 140-143.11Géoportail IGN (http://www.geoportail.gouv.fr - Remonter le temps ) secteur La Seyne, missions aériennes 1943.12Non daté, (1950 ?). Toulon, SHD 6A7 155 (communiqué par Bernard Cros)13Comme à la batterie de Saint-Elme ou des Sablettes.14Reste que l'ouverture de la porte de la soute à gargousse pose problème, faute de dégagement latéral ; la passerelle était-elle moins large devant cette porte pour dégager l'ouverture d'un vantail.15Cette superstructure semble absente sur une photo arienne IGN de 1950.
Précision dénomination batterie de côte
Appellations batterie de Peyras
Dénominations batterie
Aire d'étude et canton Var
Adresse Commune : La Seyne-sur-Mer
Lieu-dit : Peyras

La batterie de Peyras est fondée ex nihilo en 1878 sur une hauteur dominant au nord-est le massif du Cap Sicié, face à la mer à l'est et à bonne distance au sud-ouest de la presqu'île de Saint-Mandrier. Il s'agit d'une grande batterie de bombardement, implantée en altitude et armée d'une artillerie de marine, répondant aux nouvelles normes définies en 1872 et 1876 face aux progrès de l'artillerie rayée, et incluse dans un programme général mis en œuvre à partir de 1877 dans le secteur de Toulon. Dans l'ordre chronologique de réalisation des ouvrages neufs, les batteries de bombardement de la Croix des Signaux et de Peyras sont les premières construites, Peyras étant la plus haute en altitude et celle dont la construction a entrainé la plus grosse dépense (304.000 francs), supérieure au coût de la batterie ouverte de la Croix des Signaux, mais aussi des batteries fermées de Cépet et du Gros Bau, autres ouvrages neufs de la presqu'île de Saint Mandrier. Comme ces deux derniers ouvrages, la batterie de Peyras est entièrement enveloppée dans un mur d'enceinte, et comporte des casemates de casernement, mais elle s'en distingue par son plan qui n'est pas compact, évoquant un fortin, mais étiré en chevron composé de deux ailes ou épaulements longilignes (qui sont généralement plus caractéristiques des batteries ouvertes). L'aile gauche, face à l'est, est prévue pour huit pièces, soit quatre de 19cm, deux de 24cm et deux de 16cm, tirant en direction de l'anse des Sablettes, du fort Saint-Elme et de la pointe Marégau (sud-ouest de la presqu'île de Saint-Mandrier), l'aile droite, plus courte, face au sud-est, étant conçue pour quatre pièces de 19cm couvrant les abords du rocher des deux Frères, et de la pointe de Sicié. Les sections d'artillerie, simples ou doubles, sont séparées, sur l'ensemble des deux ailes, par six traverses-abris de plan original, losangique. A l'angle saillant des deux ailes, une avancée en forme de bastionnet flanquant le revêtement d'escarpe des fronts actifs de l'enceinte, abrite une position de tir pour une pièce de 24 cm, placée en haut d'un cavalier. Un chemin de ronde d'infanterie court sur le revêtement des fronts de tête, au pied des parapets d'artillerie. Le mur d'enceinte du front de gorge, en partie crénelé, réserve à l'intérieur, à gauche la place nécessaire à la rampe d'accès à la batterie, en formant un demi-bastionnet flanquant la porte, et à droite, la cour du casernement, niché sous la terrasse de l'aile droite de batterie. Ce casernement casematé, voisinant avec le magasin à poudres enterré, était adapté à un affectif de 176 hommes maximum en temps de guerre.

Entre 1882 et 1884, une dépense de 31.000 francs est consacrée à des travaux d'amélioration, dont le transfert du logement du gardien de batterie du fond de la cour du casernement dans le bastionnet de la rampe. A la différence de celles de Cépet, Le Gros Bau et la Croix des Signaux, la batterie de Peyras, n'a pas été pourvue, après la "crise de l'obus-torpille" d'un nouveau magasin à poudres "en caverne', celui existant étant sans doute jugée peu vulnérable. Par contre l'adaptation à la nouvelle artillerie entraine un important remaniement de la batterie, réalisé de 1905 à 1907, pour 284.000 francs, consistant en la refonte complète de l'aile droite et de l'angle saillant du front de tête de la batterie. Les nouveaux emplacements de tir sont portés au nombre de quatre, séparés par trois magasins de combat doubles en béton armé et encadré de deux autres, simples. Le chemin de ronde extérieur de l'aile droite est supprimé, et sa terrasse de desserte, au dessus du casernement, rechargée de remblais et d'un coffrage de béton armé, sur une épaisseur de près de 3m.Cette distribution est optimisée par la mise en place d'une voie ferrée pour chariots-wagonnets assurant un approvisionnement rapide des canons. La nouvelle aile droite est armée de quatre canons en acier de 240mm à tir rapide (TR), d'une portée de 11000m, tandis que l'aile gauche reste inchangée, à part l'amputation de sa première section d'artillerie. En 1933, la batterie de Peyras est réutilisée pour la DCA (défense contre aéronefs) : l'aile droite est réarmée de quatre canons de 90mm, modèle 1926-1930, avec conduite de tir par télépointeur modèle 1930, dont la plate-forme et le local sont construits sur la première traverse d'origine de l'aile gauche. A partir de novembre 1943, les allemands récupèrent les batteries de côte du secteur de Toulon et mettent en œuvre une organisation défensive au sein de laquelle la Flakbatterie (batterie antiaérienne) de Peyras constitue l'unité Stp Tor 118. L'armement est réformé : six canons de 88mm Flak 36 remplacent les quatre canons français de 90mm. Ce nouvel armement est réparti à la fois dans l'aile gauche de la batterie, auparavant abandonnée, et dans l'aile droite. Il impose la transformation de plusieurs emplacements de tir de 1878 ou de 1907 en plates-formes de type cuves bétonnée octogonales. A la Libération, une partie du matériel est hors d'usage par sabordage volontaire de l'occupant. Un décret ministériel du 15 janvier 1950 prescrit l'installation dans l'ouvrage de Peyras d'une batterie de DCA de quatre pièces allemandes, récupérées à Lorient, de 105mm SK C 32 sur affûts marin de 88mm, d'une portée de tir de 15350m. Les nouvelles cuves construites pour ces pièces remplacent quatre des six cuves allemandes octogonales, deux dans chaque aile de la batterie. Le poste de direction de tir allemand est refondu et agrandi, pour accueillir le matériel du télépointeur dans une alvéole ou cuve centrale cylindrique, sous une coupole de protection. La batterie-école de DCA du "fort de Peyras" est désaffectée à partir du 1er juin 1957. Depuis 1994, la Marine entreprend des travaux de préservation, puis concède l'occupation et l'animation de la batterie à l'association Group Military Conservation (GMC) ce qui a permis le rapatriement et la présentation dans l'enceinte de l'ancienne batterie, d'armements étrangers au site, et de véhicules militaires de la seconde guerre mondiale.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle , daté par source
Secondaire : 1er quart 20e siècle , daté par source
Secondaire : 2e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
Secondaire : 3e quart 20e siècle , daté par source
Dates 1878, daté par source
1906, porte la date

La batterie de Peyras occupe le point culminant, à 196m d'altitude, d'une longue ligne de crête rocheuse d'axe nord-sud surplombant la moitié sud de la côte Est qui règne entre l'isthme des Sablettes et la pointe du Cap Sicié. Dans son état actuel,elle conserve la quasi-totalité des dispositions fixées par son remaniement de 1905-1907, plutôt modifiées que transformées lors des réaménagements opérés en 1933, 1943-44 et 1953 pour la batterie de DCA. Le plan en chevron obtus de l'ensemble se développe sur 240m linéaires hors œuvre, ce qui est très au-dessus de la moyenne des autres batteries fermées de la même génération dans le secteur de Toulon, comme Cépet et le Gros Bau. L'enceinte, simple revêtement en front de tête et revêtement surmonté d'un mur-parapet crénelé en front de gorge, est parementée en opus incertum polygonal de grosses pierres dures, et couverte d'une tablette en briques; elle est bien conservé sur toute son élévation et sur tout son circuit, y compris ses quatre organes de flanquement : le demi bastionnet du front de gorge, deux tourelles semi-cylindriques pleines (de 5 à 6m de diamètre) saillant aux extrémités des ailes, desservies depuis le chemin de ronde périphérique, et un petit redan carré à l'angle saillant du front de tête. Les créneaux de fusillade d'origine, courtes fente verticale ébrasées vers l'intérieur, sont ménagées dans les parties de l'enceinte du front de gorge formant un véritable mur-parapet haut de 2,40m vers l'intérieur, soit l'aile droite et la moitié droite de l'aile gauche, y compris le flanc et la face gauche du demi-bastionnet. Des différences de niveaux sont marquées dans le front de gorge, dont la moitié sud est fondé plus bas que le reste de l'enceinte, dans une dépression du socle naturel : le mur-parapet crénelé y accueille la porte, enveloppe à droite la cour du casernement et à gauche la rampe d'accès aux batteries. La gorge de celles-ci est en partie refermée par un mur de soutènement dominant cette partie basse de l'enceinte ; à droite, c'est la façade sur cour du casernement casematé qui tient lieu de mur de soutènement. Outre la rampe, deux volées d'escalier adossées à ce mur relient la cour aux terrasses et chemins de ronde de la batterie. Si l'on excepte sa surélévation en béton, la façade du casernement reste conforme aux modèles de caserne des forts et batteries du « système Séré de Rivières ». Son implantation sur un long côté d’une cour promenoir relativement étroite peut évoquer les casernes monumentale des forts de Six-Fours et de la Croix-Faron, dans une variante beaucoup plus modeste, à un seul niveau de casernement. Les six casemates sont voûtées en berceau segmentaire. En façade, de grandes arcades structurantes correspondant à l'ouverture du volume des casemates, sont refermées par un mur de remplage maigre non porteur dans lequel sont percées les baies, classiquement deux fenêtres encadrant une porte centrale plus haut couverte, donnant jour aux casemates. A l'extrémité droite de la façade, au fond de la cour, le bâtiment des cuisines qui, à l'origine, se partageait avec le logement du gardien de batterie est aujourd'hui entièrement détruit, à l'exception de ses trois murs d'enveloppe participant de l'enceinte, dans lesquels on reconnait trois fenêtres condamnées. A l'extrémité gauche de la cour, la porte d'accès du magasin à poudres s'ouvre dans le mur de soutènement en retour d'équerre de la façade. Précédée d'un sas, la salle des poudres très basse sous sa voûte en berceau surbaissé, est une structure complète en briques, de faible épaisseur murale, construite à l'intérieur d'une casemate un peu plus grande, afin de dégager au pourtour le volume du sas et un couloir d'isolement et, au-dessus, un vide technique entre les deux voûtes.

L'aile gauche de la batterie a conservé la majeure partie des dispositions de 1878, adaptées, et remaniées. Les trois traverses-abri séparant les emplacements de tir se distinguent par leur plan losangique ou "carré sur l'angle", cet angle étant abattu pour accueillir la porte de l'abri casematé inclus dans chaque traverse, sous masse couvrante de terre et de remblai tenant lieu de couverture les mettant à l'épreuve des bombes. Dans l'état actuel, les deux premiers emplacements de tir, en partant de la droite, sont occupés par les larges cuves circulaires en béton armé construites en 1952 pour les pièces ex allemandes de 105mm SK C 32 sous cuirasse de fer tournante. Les pièces sont en parfait état de conservation, de même que leur cuirasse ou masque-tourelle de plan circulaire formant un dôme à facette d'où sort le canon. L'intérieur comporte deux niveaux, le plus haut sous la cuirasse tournante, abritant la pièce proprement dite, au centre de la cuve, soit un canon long de 4,74m pour un poids de 1700kg, avec ses différents accessoires. Ce dispositif actuel a remplacé deux cuves allemandes construites dix ans plus tôt, dont une subsiste dans le troisieme emplacement de tir, le quatrième étant occupé par un garage de 1953. A l'angle nord-ouest de l'enceinte de cette aile gauche de la batterie, une plate-forme surélevée de construction allemande (1944), est composée d'une petite cuve octogonale pour mitrailleuse de 20mm. L'aile droite de la batterie a conservé ses quatre plates-formes de tir, y compris le chemin de ronde surélevé qui les borde, les rampes d'accès et les cinq magasins de combat de 1905-1907, en dépit des importants remaniements de 1943 et 1953. Ces ouvrages sont très largement réalisés en béton armé, dès l'origine, à l'exception des parements des murets de soutènement des plates-formes, du chemin de ronde surélevé et des rampes, parementés en appareil polygonal de pierre blanche. Les passerelles métalliques qui assuraient la continuité du chemin de ronde surélevé ont été supprimées. Les secondes et quatrièmes plates-formes de tir, en partant de la gauche, ont encore leur plan d'origine, rectangulaire, avec genouillère à exèdre centrale et sellettes d'affut de la pièce surélevée sur un socle en béton semi circulaire. Les doubles magasins de combat, bockhaus cubiques à angles arrondis, comportent une soute à gargousse entre deux magasins à projectiles qui permettaient d'alimenter les canons par des guichets et des wagonnets. La première et la troisième plates-formes de tir (de gauche à droite) sont transformées par l'adjonction, en avant sur le parapet, des deux cuves circulaires en béton pour pièce antiaérienne de 105mm SK C 32 sous cuirasse de fer tournante, construites dans cette aile de batterie en 1952 en remplacement de cuves allemande de 1943. A l'arrière du cinquième magasin de combat et d'une guérite à ciel ouvert, subsiste l'une des six cuves de plan intérieur octogonal construites par les allemands en 1943-1944 pour leurs canons de 88mm Flak 36, en très bon état de conservation, avec ses niches à munition. La sous-sellette de la pièce de 88mm y a été remplacée par deux socles au temps de la batterie-école française. Le poste de direction de tir, reconstruit en 1952 sur les ruines de celui de la batterie de DCA française de 1933, puis allemande, à l'emplacement de la première traverse-abri (disparue) de l'aile gauche de la batterie est un bâtiment à deux niveaux, en ciment armé, de plan de base à peu près carré, composé d'un corps central cylindrique à deux avant-corps quadrangulaires, sur toute la hauteur, adossé sur ses grands côtés de locaux plus légers en simple rez-de-chaussée de trois travées, couverts en toit-terrasse. L'intérieur conserve la quasi-totalité de l'équipement mis en place en 1952, soit, dans la cuve centrale cylindrique, le télémètre optique de 6,58m de long, sur son arbre central, solidaire de sa coupole blindée en acier boulonné, avec les marches d'accès aux sièges de télépointage et l'ensemble du dispositif commandant manuellement la double rotation complète et les changements d'axe vertical.Le poste central conserve l'ensemble de ses équipements : tableaux électriques, postes radio et téléphoniques, boites de jonction et de permutateurs de toutes les liaisons avec les canons, table de renseignements, ainsi que les différents cadrans de contrôle du poste à calcul conjugateur dont un grand cadran sur fond de carte de la côte des environs de Toulon.

Murs pierre moellon parement
calcaire pierre de taille
brique
béton béton armé
Toit terre en couverture
Couvertures terrasse

Escaliers escalier de distribution extérieur : escalier droit, en maçonnerie, sur voûte
Autres organes de circulations rampe d'accès
Typologies batterie fermée
États conservations désaffecté

Batterie exemplaire par son ampleur et son état de conservation, notamment celle du dernier état de l'armement, encore en place. Représentative de l'époque Séré de Rivières et des remises aux normes du XXe siècle.

Statut de la propriété propriété de l'Etat, propriété de la Marine, affectée à une association
Intérêt de l'œuvre à signaler
Sites de protection zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique
Protections

Références documentaires

Documents d'archives
  • Rapport de la Commission de révision de l'armement du littoral du 5e arrondissement sur un nouveau plan d'ensemble de la défense du port de Toulon. 28 novembre 1876. Service Historique de la Défense, Vincennes : DD2 1045.

  • [Etat des lieux de la batterie de Peyras après la Libération], vers 1950. Service Historique de la Défense, Toulon : 6A7 155.

Documents figurés
  • Batterie de Peyras [plan de projet avec les directions de tir]. / Dessin, plume et encre (feuille d'atlas), 1878. Service Historique de la Défense, Toulon : ESID, n° 93.

  • Batterie de Peyras construite en 1878-79. [plan d'état des lieux]. / Dessin, encre et lavis (feuille d'atlas), 2 juin 1880. Service Historique de la Défense, Toulon : ESID, n° 93

  • Batterie de Peyras [plan d'état des lieux après la réfection de l'aile gauche en 1905-1907]. / Dessin, encre et lavis, 1908 (feuille d'atlas mise à jour le 1er septembre 1908 et le 1er janvier 1911). Service Historique de la Défense, Toulon : ESID, n° 93.

  • [Vue aérienne verticale de la batterie de Peyras] / Phototype argentique noir et blanc, 4 juin 1931. Institut Géographique National, Saint-Mandé : C3346-0561_1931_NP7_0070.

  • [Vue aérienne verticale de la batterie de Peyras.] / Phototype argentique noir et blanc, 28 décembre1943. Institut Géographique National, Saint-Mandé : C3639-0691_1943_33S26_3033.

  • [Plan d'état des lieux de la batterie de Peyras]. / Dessin à l'encre, [vers 1950 ?]. Service Historique de la Défense, Toulon : 6A7 155.

  • [Vue aérienne verticale de la batterie de Peyras en 1958, après mise en place du nouvel armement de DCA en 1953] / Phototype argentique noir et blanc, 19 avril 1958. Institut Géographique National, Saint-Mandé : C3246-0131_1958_FR97_0004.

Bibliographie
  • CHAZETTE, A., GIMENEZ, P. Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009.

    p. 254
  • CROS Bernard. La batterie de Peyras. Dans : Vauban et ses successeurs dans les ports du Ponant et du levant : Brest et Toulon. Paris : Association Vauban, 2000. p 333-335

  • CROS, Bernard. Citadelles d'Azur, quatre siècles d'architecture militaire varoise. Aix-en-Provence : 1998, 159 p.

  • FRIJNS, M., MALCHAIR, L., MOULINS, J.-J., PUELINCKX, J. Index de la fortification française, Métropole et Outre-mer, 1874-1914. Welkenraedt : 2008.

    p. 196
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