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Le patrimoine industriel de Grasse

Le patrimoine portuaire en Région Provence-Alpes-Côte d’Azur

Le Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var (Alpes-de-Haute-Provence)

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L'Estaque et Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône)

Les ponts du Rhône (Bouches-du-Rhône et Vaucluse)

La villégiature à Hyères et Sainte-Maxime (Var)

Le patrimoine militaire des Hautes-Alpes 

La ligne des Chemins de Fer de Provence (Le Train des Pignes)

 

 

Lumière sur

secteur urbain concerté dit opération de reconstruction de Marseille l'Estaque-Mirabeau

HISTORIQUE

La construction par l’armée allemande du « Mur de la Méditerranée» à partir de 1943, conduit à la réquisition et la démolition d'une quarantaine de maisons situées dans le bas du quartier de la Fontaine des Tuiles, à l'emplacement desquelles s'élèvent cinq blockhaus. Parmi les bombardements successifs que subit la ville de Marseille, celui du 27 mai 1944 – bombardement « en tapis» par les alliés visant les installations défensives et stratégiques - touche notamment l'Estaque. On compte au lendemain de la guerre une cinquantaine de maisons entièrement détruites, la plupart situées dans le périmètre délimité par le chemin du Littoral, le bas du boulevard Fenouil, le début de la traverse de la Sacomane et la traverse du Cerisier.

Marseille déclarée ville sinistrée après-guerre par le ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, la remise en état des infrastructures portuaires et industrielles est déclarée priorité nationale. En termes de logements, la Reconstruction s'engage sous l'impulsion du premier ministre de la Reconstruction Raoul Dautry avec l'implantation de trois ISAI (immeuble sans affectation individuelle immédiate) sous maîtrise d'ouvrage directe de l'Etat (l'Unité d'Habitation confiée à Le Corbusier, une opération à Saint-Just confié à P.-M. Maugée et une autre au Vieux Port sous la direction de Castel, Bart, Lajerige et Rasonglès). Après ces premiers chantiers volontaristes, montrant la voie à suivre, le cadre administratif et réglementaire de la reconstruction se met en place et les opérations sont confiées aux associations de sinistrés.

La reconstruction du bas du quartier de la Fontaine des Tuiles s'inscrit dans ce cadre juridique. Il doit se comprendre plus généralement dans le contexte de modernisation du parc immobilier et productif du pays, qui dicte la politique de l'Etat dès la loi relative à la reconstruction des immeubles d'habitation partiellement ou totalement détruits par suite d'actes de guerre des 11 octobre-12 juillet 1941, assouplie et validée par l'ordonnance du 8 septembre 1945. L'attribution des indemnités aux sinistrés est soumise à la mise en œuvre de règles d'urbanisme d'intérêt général, inscrites au Plan d'aménagement et de reconstruction, afin de privilégier, sous l'égide du MRU, une reconstruction utile à la nation conforme à la doctrine officielle en la matière: répartition "fonctionnelle de l'espace urbain, remaniement autoritaire du parcellaire, redéfinition de la voirie etc.

Le Plan d'aménagement et de reconstruction

Le Plan d'aménagement et de reconstruction de la ville de Marseille - imposé pour les villes sinistrées par décret du 21 juin 1945, il constitue le document de base pour la reconstruction - est approuvé par le MRU et déclaré d'utilité publique et d'urgence le 18 novembre 1949. Ce plan sera annulé par celui du 6 juin 1952, puis par le plan définitif du 7 mars 1959. Il vise pour l'Estaque, à la création d'une zone à vocation exclusivement résidentielle, grâce au transfert des activités industrielles sur le secteur de compensation du Ruisseau-Mirabeau. Son ambition réside également dans la restructuration du réseau viaire par l'élargissement et le redressement des voies existantes - l'élargissement important de l'allée Sacoman, de la rue de la Redonne, du boulevard Chieusse -, la création de voies de contournement du quartier Estaque-gare par le sud, le raccordement du boulevard Fenouil au littoral.

Le contournement de l'Estaque-gare se décompose comme suit: ouverture d'une voie nouvelle dans le prolongement de la rue Lepelletier du côté des carrières en face de la rue Bandini avec démolition de l'école jugée vétuste: " La déviation de la rue Lepelletier sera la grande voie du quartier » ; une voie de raccordement allant de la rue Roger-Chieusse au boulevard Fenouil; le tout articulé de part et d'autre d'une esplanade de 20 m. de large" qui pourra être utilisée comme place." L'esprit des plans d'embellissements de l'entre-deux-guerres n'en est pas absent: "La réalisation de ce programme (,..) comporte également des places spacieuses et des jardins, et qui donnera à notre localité leur allure très agréable (...).

La mise en conformité avec les normes de circulation et d'hygiéne publique d'après-guerre, justifie un périmètre de remembrement initial plus large que celui des cinq îlots détruits, pour se prolonger jusqu'à la rue Roger-Chieusse en englobant le " bidonville Pasteur", où l'on dénombre également deux ou trois maisons détruites. Quartier né de l'initiative privée, il est quasiment dépourvu d'équipements publics, à l'exception d'une école. Le projet prévoit ainsi de doter le quartier de deux HBM, de deux nouvelles écoles, rue Le Pelletier et allée Sacoman élargie, d'une station d'épuration; il réserve également un emplacement pour les PTT à l'extrémité du boulevard Sacoman.

Plusieurs projets sont mis à l'étude - le raccordement du boulevard Fenouil au littoral, la mise en état de la traverse de la Sacomane ; la création d'un chemin reliant l'avenue Chieusse avec le boulevard Fenouil - mais ne verront pas le jour. Leur mise en oeuvre suppose en effet à la fois le remembrement et l'expropriation d'un grand nombre de parcelles, que l'opposition des propriétaires et le manque généralisé de crédits ont mis en échec. Seul le remembrement imposé par le versement des dommages de guerre aux propriétaires sinistrés et par conséquence, le raccordement du boulevard Fenouil au littoral ont été menés à terme, en dépit d'une longue contestation.

L'Association Syndicale de remembrement (ASR) et le plan de remembrement

Conformément à la loi du 28.10.1946 (art 62), sur l'attribution des dommages de guerre, l'opération de remembrement et de reconstruction est confiée à une ASR dite de Marseille-Estaque-Mirabeau (MEM), constituée par arrêté préfectoral le 25 janvier 1949. Elle compte une petite centaine de membres, tous propriétaires sinistrés. Le même arrêté transfère à l'association la propriété du sol compris dans le périmètre syndical. Pour mémoire, le remembrement est l'acte par lequel l'ancien parcellaire disparaît pour faire place, après le remaniement, à une nouvelle parcelle mieux conformée pour la construction et sur laquelle on transfère le droit de propriété attaché à l'immeuble disparu. Ce plan de remembrement n'a qu'un rôle d'exécution des dispositions nouvelles d'urbanisme prévues au Plan d'aménagement et de reconstruction.

De 1949 à 1952, l'ASR est responsable de l'avancement de la procédure: le choix des architectes dans une liste des architectes agrées par le gouvernement, l'évaluation des dommages avec établissement de descriptifs des destructions (s'appuyant le plus souvent sur les états des lieux que les propriétaires ont fait établir au moment de la réquisition en 1943-44), la préparation des demandes d'indemnités et de subvention, le dépôt des dossiers individuels à la commission du remembrement, l'établissement de la liste des prioritaires, la préparation de l'avant projet de relogement en vue de la création de l'AS de Reconstruction. Parallèlement, l'Association syndicale de Reconstruction, créée par arrêté du MRU le 9 février 1950 prépare les adjudications et appels d'offre en vue du chantier à proprement parler.

Si le chantier des premières villas commence au début des années 1950 (v. ci-dessous), en revanche, le remembrement s'enlise dans une longue procédure de contestation des modalités financières d'évaluation de la valeur des terrains, qui se prolonge jusqu'en 1967.

Une longue contestation

L'expropriation de propriétaires non sinistrés, mais dont les parcelles sont amputées par le tracé des nouvelles voies de communication projetés au plan d'urbanisme, provoque une première levée de boucliers. Le premier plan de remembrement se voit ainsi rejeté en 1949 par une pétition portant 35 signatures. En décembre de la même année, le plan modifié est approuvé par le bureau de l'association: «( .. ) le plan a été modifié dans sa voie d'accès au bd Fenouil, obligeant ainsi une refonte complète du projet primitif dans l'implantation des immeubles à reconstruire en bordure du Littoral, mais sans retarder cependant la mise en chantier prochaine de ces immeubles. »

Le plan de remembrement est subdivisé par quartiers. Les îlots 1 à 5 forment ainsi le « Quartier Littoral" (dénomination strictement administrative), correspondant aux 54 parcelles sinistrées dans le bas du quartier. Le parcellaire est redessiné en fonction du tracé de la nouvelle voirie pour former 42 parcelles régulières, sur lesquelles est tracé le plan-masse du quartier.

Le 21 mai 1951, un premier arrêté préfectoral fixe les prix d'acquisition des terrains transférés à l'ASR Marseille-Estaque-Mirabeau. Mais le refus de l'Etat de démolir les blockhaus et plus généralement le mauvais état des terrains de l'îlot 2 entraînent une longue bataille sur le montant des indemnités et du coefficient revalorisant'' devant la Commission spéciale de remembrement (créée par l'art. 2.7 de la loi de 1940-41, elle siège au Tribunal Civil, dans le règlement des litiges individuels; ses avis ou décisions cherchent à concilier les intérêts privés avec l'intérêt public, en favorisant/es accords amiables).

Les difficultés de mettre en œuvre le remembrement partiel du « Quartier du Littoral» contribue à revoir le périmètre à la baisse. Au cours des années 1950, toutes les parcelles situées en dehors des deux périmètres de reconstruction (Littoral et Pasteur) sont exclues du périmètre syndical de remembrement. Au début des années 1960 la zone délimitée par le boulevard Chieusse, la rue de la Redonne et l'allée Saccoman (îlots 7 à 10) est définitivement abandonnée : «Par lettre du 5.7.1960 vous m'avez fait part de l'intérêt qui s'attache à la liquidation des opérations de remembrement dans le quartier de l'Estaque-Mirabeau, et dans ce but, vous souhaiteriez connaître, d'une part le projet définitif de voirie concernant la zone délimitée par le bd Roger-Chieusse, la rue de la Redonne et l'allée Sacoman, d'autre part, le cas échéant les projets de reconstruction ou de constructions nouvelles dans le périmètre de cette AS. Faisant suite, je vous informe qu'en ce qui concerne les dommages de Guerre, l'Unité de chantier n° 1 est terminée, l'Unité n° 2 est totalement implantée et l'Unité n° 3 ne sera pas lancée, les dossiers ayant fait l'objet d'un règlement individuel, »(Le Commissaire au remembrement, 24.11.1960, AD, 52W120, voirie Estaque littoral.)

En 1961, Le remembrement partiel du « Quartier du Littoral» est mis à l'enquête publique, dans le cadre d'une procédure exceptionnelle permettant de contourner le blocage de l'association. Le préfet met en œuvre la procédure spéciale prévue par l'art 24 des lois des 11 octobre 1940-12 Juillet 1941 et les articles 37 et 40 de l'arrêté ministériel du 11 octobre 1946. L'enquête publique est ainsi ordonnée par arrêté préfectoral en date du 8 novembre 1961 et ouverte à compter du 27 novembre 1961 Mais il faut attendre 1966 pour une clôture partielle des opérations de remembrement et avril 1967 pour un arrêté de clôture définitif avec mention des hypothèques.

Conclusion

Opération « ordinaire » de reconstruction, elle se caractérise par la tentative des autorités de réguler un urbanisme d'initiative privée et de rationnaliser l'occupation du sol selon une vision normative de la ville, à laquelle s'opposent les résistances des intéressés sur un territoire et les réalités économiques d'après-guerre. Du fait du remodelage urbain, ces cinq ilots contrastent avec le reste de l'Estaque.

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