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Nous vous souhaitons de belles découvertes.

Focus sur

Le patrimoine industriel de Grasse

Le patrimoine portuaire en Région Provence-Alpes-Côte d’Azur

Le Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var (Alpes-de-Hautes-Provence)

Beaulieu et la villa Kérylos (Alpes-Maritimes)

L'Estaque et Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône)

Les ponts du Rhône (Bouches-du-Rhône et Vaucluse)

La villégiature à Hyères et Sainte-Maxime (Var)

Le patrimoine militaire des Hautes-Alpes 

La ligne des Chemins de Fer de Provence (Le Train des Pignes)

 

 

Lumière sur

Moulin à foulon, puis usine de drap dite Draperie ou Fabrique Honnorat, puis parfumerie (distillerie de lavande), puis centrale hydroélectrique, puis gendarmerie, actuellement logement

I Historique

La Draperie Honnorat fut la plus importante de la vallée du Verdon au 19e siècle. Enrichi par la contrebande (son commerce transfrontalier de mules et de tabacs lui aurait rapporté, d’après ses mémoires, de 20 à 25 000 francs !), André Honnorat, qui était né en 1776, décide en 1815 de développer la mécanisation des étapes de la fabrication des draps de laine. Il est difficile de dire d’où lui est venue cette idée. Jusqu’alors, seule l’étape du foulage avait connue une vraie mécanisation dans la vallée du Verdon. En 1815, il achète à Jacques Collomp une terre au quartier du Pré Barrin. Cet emplacement, situé à proximité immédiate de la chapelle Notre-Dame, se trouve à quelques dizaines de mètres d’un important foulon appartenant au même Collomp. Mais il est possible que, contrairement à ce qu’André Honnorat écrit après coup dans ses courts mémoires, ses ambitions drapières aient été plus tardives. Il semblait surtout à la recherche d’une activité stable dans laquelle investir sa nouvelle fortune. Et de fait, trois ans s’écoulent entre l’acquisition du moulin et l’ouverture de la manufacture. Toujours est-il qu’après avoir entendu parler de draperie hydraulique à Marseille, il part y observer les mécanismes servant à filer et à tisser la laine de la fabrique de M. Revolon, puis se rend à Lyon où il rencontre un constructeur de machines nommé Théron. Il commence son activité de fabricant de draps avec ses machines, mais rapidement, il s’en sépare puis va à Vienne pour en acheter de nouvelles. C’est avec cette dernière acquisition qu’il a finalement fait prospérer son usine, mais il est impossible de déterminer le nom du constructeur. La fabrique Honnorat ouvre en 1818 dans de nouveaux bâtiments, juste en aval du foulon qui appartient encore à Collomp. Rapidement, cette fabrique, qui fonctionne grâce à une roue hydraulique verticale placée sur le canal des moulins de la ville, dans l'angle nord-ouest du bâtiment, s'agrandit. André Honnorat fait construire une première fabrique (parcelle 26) adossée à la chapelle puis, après 1830, une extension appelée "nouvelle fabrique", toujours vers le nord (actuelle parcelle 659). Rapidement également, il acquiert le foulon. On dispose, grâce à la donation partage qu’il établit en 1841, d’une description précieuse des machines qu’il utilisait alors, et dont la valeur estimée se porte au double de la valeur des bâtiments, et des droits d’eau qui y sont attachés :

• Six cardes (5 000 francs)

• Trois mule jenny et une tondeuse système Collier (4 000 francs)

• Trois filatures en gros (800 francs)

• Neuf filatures en fin (800 francs)

• Onze grand métiers à tisser (1 000 francs)

• Quatre petits métiers à tisser (100 francs)

• Un battoir et deux [?]rrasses (300 francs)

• Un ourdissoir et accessoire (100 francs)

• Un garnissage, un brossage, une tondeuse système Garrigue et accessoires (1 350 francs)

• Deux rames (150 francs)

• Un lustrage et accessoires (100 francs)

• Trois chaudière à teinture, instruments pour la collage des pièces et le lavage de la laine (1 000 francs)

Il faut également ajouter le foulon, avec ses trois foulons et sa laveuse.

Au retrait d'André Honnorat, la fabrique est reprise par son fils Eugène, puis par le gendre de ce dernier, Edouard Bongarçon, en 1881. C'est lui qui met un terme à l'activité de la draperie en 1886. Si on en croit les matrices cadastrales, les bâtiments ont encore été agrandis en 1858. Aux alentours de 1900, la fabrique a été reconvertie. Deux distilleries de lavande y sont aménagées. Une dans l’ancien foulon et une autre, dans l’extension la plus récente du bâtiment principal. Cette dernière est exploitée par Lautier fils, parfumeur à Grasse, dans les années 1920. Une centrale hydroélectrique a également été aménagée, grâce à l’exploitation par Léon Honnorat d’une turbine, située non loin de la grande roue, juste de l’autre côté du mur mitoyen qui séparait les deux anciennes parties de la fabrique. Utilisé comme entrepôt agricole, le bâtiment est en partie laissé à l'abandon au cours du 20e siècle, avant d'être transformé pour abriter de nombreux appartements dans les années 1980. Il était, jusqu’alors, toujours doté de ses hautes fenêtres à petits carreaux qui permettaient de laisser entrer une lumière abondante à l’intérieur des salles de l’usine.

II Description

La Draperie Honnorat est implantée de part et d’autre de la route qui conduit à Lambruisse, derrière la chapelle Notre-Dame. Les anciens bâtiment de production sont tous du même côté, à l’est de la route, le long du canal qu’on a appelé au 19e siècle le canal des usines ou le canal des moulins de Saint-André. Seul le Château Honnorat, la vaste demeure patronale, est situé à l’ouest de cette route. Au 19e siècle, c’est également de ce côté de la route que se trouvaient les étendages, ces étendues planes sur lesquelles la laine pouvait être étalée au soleil. L’ensemble est construit en moellons de maçonnerie, sans chaîne d’angle, et le niveau de soubassement est voûté, parfois renforcé de puissants arcs plein-cintre formant arcs diaphragmes.

La première fabrique

La première fabrique, c’est-à-dire la partie directement adossée à la chapelle, présente, sur un plan rectangulaire parallèle à la route et quasiment orienté selon un axe nord-sud, un étage de soubassement, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré. Le toit est à longs pans et déborde sur deux rangs de génoise du côté du mur gouttereau et sur un rang de génoise du côté du pignon. La façade principale sur le mur gouttereau, qui regarde vers l’est, aligne six rangées de fenêtres, et celle qui regarde vers l’ouest, sept. La porte d’accès principale est encadrée en pierre de taille. Son couvrement, en arc segmentaire, est couronné d’une cimaise en doucine droite. Le mur pignon sud est percé de quatre baies au premier étage, au-dessus de la chapelle, et de seulement deux au niveau du rez-de-chaussée, disposées asymétriquement, à l’est de la pente du toit de la chapelle. On observe, sur la façade est, un léger décrochage qui délimite une première partie de deux baies, les quatre restantes au nord. Il est difficile de dire si cette particularité est d’origine, mais si elle l’était, elle pourrait correspondre à l’emprise au sol de l’ancien moulin acheté par André Honnorat à Collomp.Les enduits ont été refaits à la fin du 20e siècle.

La seconde fabrique

La seconde fabrique prolonge la première, dans le même axe nord-sud. Elle est construite en moellons selon les mêmes dispositions : plan rectangulaire sur trois niveaux, toit à longs pans. Elle est plus longue, puisqu’elle aligne neuf rangs de fenêtres très resserrés, et plus haute d’environ un mètre. Elle aussi a deux rangs de génoise sur les façades est et ouest, mais elle n’en a aucun sur les pignons. Sa couverture a été refaite récemment. Son enduit est aujourd’hui à pierres vues.

L’extension de 1858

L’agrandissement qui termine l’alignement de la fabrique vers le nord et qui date probablement de 1858 est, lui, fort différent. Il s’agit d’un bâtiment adossé en appentis au pignon nord de la seconde fabrique, doté d’un rez-de-chaussée, d’un étage et d’un niveau de comble, couvert d'un toit à un seul pan. Il a servi de distillerie à partir de la seconde moitié du 19e siècle (témoignage oral).

III Le foulon : historique et description

Le foulon se compose de trois parties distinctes. Au centre, le bâtiment principal présente un corps de bâtiment rectangulaire dont la façade est orientée au sud-est. Construit en moellons de maçonnerie, il comporte un étage de soubassement et un rez-de-chaussée surélevé. La façade est percée de cinq travées serrées de fenêtres. Le toit est à longs pans. Il déborde de la façade sur une génoise à deux rangs.

Ce bâtiment se prolonge à l’est d’une extension un peu plus petite, elle aussi de plan rectangulaire, qui ne comprenait à l’origine qu’un seul niveau, et qui a été augmentée à la fin du 19e siècle d’un étage formant aujourd’hui rez-de-chaussée surélevé. A l’ouest, un hangar à l’origine couvert d’un toit à un pan a été également ajouté à la fin du 19e siècle, à l’époque ou l’ancien foulon était tout entier utilisé par une distillerie équipée d’une locomobile (machine à vapeur). Ce foulon, qui a conservé sa vocation première lors de son acquisition par André Honnorat vers 1820-1830, est probablement une construction du 18e siècle ou du tout début du 19e siècle.

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