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Lumière sur

évêché, puis palais de justice

HISTORIQUE

Le palais épiscopal fut construit de 1640 à 1648 sur l'ordre du cardinal Bichi, d'après les plans de l'architecte avignonnais François Royers de la Valfenière. La construction paraît s'être déroulée en deux campagnes dont la seconde, de 1646 à 1648, est bien documentée. On trouve alors sur le chantier un maître-maçon de Cavaillon, Bernard Moureau, déjà associé à La Valfenière en 1639 à l'hôtel de Simiane à Valréas ; un sculpteur carpentrassien, Charles Coudray ; le menuisier Nicolas Jacquin avec lequel l'architecte traite en mai 1647 pour la charpente. Pour ce qui est des décors, on attribue à Romanelli la frise peinte de l'actuelle salle d'assises.

Dans le courant du XVIIIe siècle, des travaux de rajeunissement des décors sont entrepris : sous l'épiscopat de Mgr d'Inguimbert au milieu du siècle, ainsi que l'attestent les quelques gypseries rocaille du rez-de-chaussée et l'ornementation Louis XV de la salle du trône ; en1780, Jean Pierre Chevallier, sculpteur à Avignon, donne les lambris de la salle d'assises. Au tout début du XIXe siècle, lorsque le palais accueille l'administration judiciaire, quelques modifications sont apportées à ces boiseries : sur certains panneaux des peintures allégoriques viennent remplacer les chutes de trophées sculptés.

A partir du XIXe siècle, l'histoire du palais est liée à celle de l'aménagement des prisons de la ville. Conservé à la bibliothèque, un plan de la fin du XVIIIe siècle nous en indique la chronologie. Au nord, le bâtiment mitoyen qui primitivement contenait la chapelle épiscopale et sur l'emplacement duquel sera percée la rue d'Inguimbert, porte la légende "anciennes prisons".

Au sud la partie jouxtant la cathédrale porte la mention "local destiné à faire des prisons". Les plans de ces deux maisons d'arrêt signés des mêmes auteurs et portant la même date de juin 1819, laissent penser que le dégagement de la face nord du palais date approximativement de cette époque. Enfin le cadastre de 1834 indique un nouveau bâtiment pour les prisons, construites à l'est sur l'emplacement du cloître disparu : faute de recherche documentaire suffisante, on ne saurait dire si la façade orientale du palais qui présente une élévation récente date de cette période ou si elle correspond à un état plus récent encore, contemporain de la démolition des dernières prisons et de la cour.

Enfin une chronologie précise des interventions des Monuments Historiques, dont la dernière campagne a consisté dans la restauration des peintures de Romanelli, serait également à établir.

DESCRIPTION

Situation

Accolé au flanc nord de la cathédrale Saint-Siffrein, le palais présente une longue façade occidentale sur la place Charles de Gaulle. Longé par la rue d'Inguimbert au nord, sa façade postérieure s'ouvre à l'est dans une modeste cour qu'une simple grille sépare de la place d'Inguimbert.

Composition d'ensemble

Le palais se compose d'un corps de bâtiment rectangulaire A, encadré par deux gros pavillons carrés B et C amorçant des ailes en retour sur la cour ; sur chacun des pavillons fait saillie une pièce orientale.

Matériaux

- Maçonneries enduites avec reliefs en pierre de taille des élévations extérieures ; vestibule Ab en pierre.

- Escaliers de Ba, Bb et Cb en pierre de taille.

- Sols : dallages de pierre au rez-de-chaussée ; carrelages, tomettes rouges, carreaux de terre cuite anciens et modernes aux étages.

- Murs : - lambris au premier étage de A.

- peintures murales (toiles marouflées et peinture sur plâtre) au premier étage de A, B et C.

- Plafonds : voûtes en pierre et en plâtre au rez-de-chaussée. Plafonds à la française aux étages.

Structure

Le palais comporte deux étages carrés et un étage sous comble au-dessus d'un rez-de-chaussée et d'un étage de caves. A double en profondeur a un plan identique à tous les étages : une galerie orientale y dessert les pièces ouest et s'ouvre sur les pavillons nord et sud. B et C, doubles en largeur et en profondeur, contiennent les escaliers.

En Ba, après un degré de neuf marches situé dans l'axe de Ab, l'escalier principal axé ouest-est est un escalier rampe-sur-rampe ; ses volées couvertes de voûtes en berceau incliné comprennent jusqu'au premier étage deux fois dix-sept marches, puis vingt-une et dix-neuf marches jusqu 'au second. L'accès à l'étage sous comble se fait par un escalier relais à quatre volées suspendues, en retour à droite autour d'un jour. Enfin l'accès à la cave se fait par un escalier dont les deux volées de douze et six marches, également couvertes de berceaux inclinés, sont disposées en équerre et situées sous la première volée de l'escalier principal et le degré qui le précède ; le départ de cet escalier se trouve en Be, accessible depuis la cour. En Cb, l'escalier secondaire date du XIXe siècle : escalier suspendu à volées droites en retour à gauche autour d'un jour (escalier à quatre volées par étage).

- Étage en sous-sol

Les caves récemment restaurées ont leur sol cimenté. Les murs en blocage sont percés de soupiraux profondément ébrasés qui pénètrent les voûtes en berceau couvrant l'ensemble des pièces. Toutes les portes sont en plein-cintre et appareillées.

- Rez-de-chaussée

Au centre de A, le passage d'entrée couvert d'un berceau s'ouvre par un grand arc en plein-cintre sur le vestibule Ab qui donne accès à la cour par un portique à arcades dont les baies ont été vitrées. Le vestibule de cinq travées est couvert de voûtes plates en pendentif que séparent des arcs doubleaux : les voûtes des trois travées centrales carrées ont une stéréotomie sur plan circulaire ; celles des deux travées extrêmes barlongues ont une stéréotomie sur plan ovale. Toutes les pièces sont couvertes de voûtes que cachent des faux-plafonds. Dans la partie antérieure nord de ce rez-de-chaussée a été construit un étage entresolé distribué par les deux escaliers contenus en Ac et Be.

- Premier étage

Deux éléments de distribution différencient cet étage des autres :

- A y est constitué par une grande salle unique desservie par un étroit couloir oriental.

- La partie sud de C est une pièce à alcôve qui avait autrefois la particularité de communiquer avec la cathédrale Saint-Siffrein par le renfoncement Ch : une porte percée sous la première fenêtre haute nord (fenêtre obturée) s'ouvrait sur un petit oratoire en bois, toujours visible dans la cathédrale au-dessus de la première chapelle latérale nord.

Élévations

- Élévation antérieure ouest

Longue façade sévère à trois niveaux et un attique rigoureusement quadrillée par les bandeaux délimitant les niveaux et par les pilastres qui déterminent trois parties de cinq travées chacune. Dessin identique des baies : fenêtres rectangulaires entourées de cadres moulurés à crossettes. Seule se distingue la travée médiane de l'entrée : au premier niveau portail rectangulaire à chambranle mouluré, inscrit dans une travée de pilastres que surmontent d'imposantes consoles sculptées supportant le balcon du second niveau ; au-dessus les deux fenêtres sont couronnées de frontons cintrés. Le reste du décor est seulement constitué par les bossages adoucis des pilastres et par la corniche à modillons qui couronne l'attique. Dans son étude du bâtiment de la Valfenière, Jean-Jacques Gloton insiste sur les références romaines de cette élévation dont l'austérité majestueuse dériverait du palais Saint-Callixte de Rome, résidence urbaine des abbés de Saint-Paul-Hors-les-Murs.

- Élévation sud

Retour de l'élévation antérieure sur trois travées.

- Élévation nord

Son principal intérêt consiste dans le remontage au premier niveau du portail de l'ancien carmel de Carpentras.

- Élévation est

Entourant la cour, cette façade, qui a vraisemblablement fait l'objet de modifications, reprend les grandes lignes de l'élévation antérieure pour ce qui est des niveaux supérieurs ; seuls les pilastres à bossages ont disparu au profit de chaînes d'angle harpées. Au premier niveau, une ordonnance qui autrefois entourait la cour sur ses quatre côtés, comprend une série d'arcs en plein-cintre moulurés et sculptés de masques de lion à la clé ; ils reposent sur des piliers ornés de pilastres doriques. Sur B et C, ces arcs sont aveugles et ont été percés de portes rectangulaires ; en A ils constituent un portique à arcades.

Couverture

Toits à croupes. Tuiles creuses.

Distribution intérieure

- Rez-de-chaussée

Aa a un sol caladé et des murs enduits au-dessus d'une plinthe en pierre. Berceau en plein-cintre reposant sur une corniche moulurée. L'arc introduisant à Ab retombe sur des pilastres doriques.

Dans le vestibule Ab en pierre, dallage constitué de carreaux de 105 sur 53 cm, disposés en diagonale entre des bandes droites indiquant la limite des cinq travées. Le mur ouest et la claire-voie est sont scandés de pilastres doriques sur lesquels retombent les doubleaux des voûtes. Ensemble de portes avec cadres moulurés à crossettes dont une seule a conservé sa menuiserie d'origine : porte bâtarde à petits compartiments rectangulaires à grand cadre.

La cage d'escalier Ba s'ouvre par une première volée couverte d'un berceau et qui, située dans le prolongement de Ab, est cantonnée par quatre gros piliers doriques. Elle est transversalement axée sur l'escalier rampe sur rampe : les trois premières volées en pierre sont couvertes de berceaux inclinés ornés d'une corniche moulurée à la base. Repos et paliers sont constitués de deux travées voûtées d'arêtes et ornées de pilastres. La dernière volée en plâtre, revêtue de carreaux de terre cuite récents, est couverte d'un plafond plat. Occupant l'angle nord-ouest de la cage, l'escalier-relais vers les combles a un éclairage zénithal ; volées de 10-5-11 et 3 marches avec carreaux de terre cuite et nez-de-marches en bois, bordées par une balustrade récente en bois.

Située à l'angle nord-est du rez-de-chaussée, Bb est une vaste pièce carrée, accessible depuis Ba par une volée en pierre de 7 marches. Elle est couverte par une voûte en pendentif en plâtre, ornée d'un décor de gypseries Louis XV comprenant une rosace et des cartouches d'angle.

En Cb, escalier en pierre jusqu'au premier étage puis en plâtre avec carreaux de terre cuite et nez-de-marches en bois. Sur le limon à l'anglaise, rampe en fer forgé à barreaux droits et main-courante en bois.

- Premier étage

La salle d'assises A, principalement desservie par la galerie Ab, conserve un mobilier original (estrades et boiseries du tribunal). Du XIXe siècle également, le sol est un carrelage blanc et noir disposé en diagonale. Sur les murs, un lambris Louis XVI est surmonté par une frise peinte du XVIIe siècle qui se déroule tout autour de la pièce sous un plafond peint à poutres et solives apparentes.

Couronné par une corniche moulurée, le lambris vert amande et vert jade avec reliefs crème ou peintures en grisaille, est constitué par une suite de trumeaux encadrés de pilastres. Sur chaque trumeau, décor de table en relief cantonnée de rosettes et entourée d'une moulure. Sur les murs est et ouest, les deux premiers trumeaux ont conservé leur décor sculpté : deux trophées de jardinier et deux trophées d'armes retenus par des nœuds de ruban sont disposés en vis-à-vis. Sur la dernière travée encadrant l'estrade du tribunal, les sculptures ont été remplacées par des peintures de trophées de loi. Au nord, les panneaux sont peints de figures allégoriques, loi et justice ; au sud, peinture de trophées d'armes. Ce décor est complété par des panneaux longs et étroits aux angles de la pièce sur lesquels sont sculptées des arabesques ; par quatre dessus-de-portes identiques à motif d'urne.

Le plafond à faux caissonnage entre les poutres a un rythme alterné de travée simple et travée double ; à chaque extrémité se trouve une demi-travée. Peinture en camaïeu de brun comprenant un motif d'entrelacs sur la face interne des poutres, de torsades sur les solives.

Dans la galerie Ab, la porte et les trois fenêtres ouvrant sur A sont entourées de cadres moulurés à crossettes.

En Bb, salle du tribunal correctionnel, sol récent et plafond à la française d'origine. L'intérêt de la pièce réside dans ses peintures murales : sous le plafond, frise représentant dans des cartouches les villages de la campagne carpentrassienne et sur le mur nord composition baroque enfermant une vue de la ville.

La pièce à alcôve Cdf, ancienne chambre des évêques dite salle du trône, conserve une partie de son décor classique - alcôve, frise peinte et plafond - et des éléments des XVIIIe et XIXe siècles. Sol revêtu de tomettes rouges. Sur les murs, au-dessus d'une plinthe en faux marbre rouge-orangé et d'un lambris bas à panneautage rectangulaire, les panneaux sont tendus d'un papier peint cramoisi imitant le velours de Gênes avec encadrement doré. Sur le trumeau sud, cheminée Louis XV en marbre blanc et brèche verte avec piédroits angulaires et linteau chantourné ; la hotte inscrite dans une travée de pilastres comprend un panneau cintré orné d'une glace en bois doré. Le trumeau nord se compose également d'un panneau cintré avec peinture représentant le Précurseur. A l'origine, la partie basse de ce trumeau consistait en un décor de gypserie imitant un manteau de cheminée, décor qui a été partiellement amputé par le lambris bas au XIXe.

A l'ouest, autre trumeau Louis XV de même inspiration et orné d'une glace. Les deux portes nord à petits compartiments rectangulaires sont surmontées par un dessus-de-porte peint en grisaille. Au-dessus d'une frise peinte, le plafond à la française est peint en camaïeu gris-beige : sur la face interne des poutres enroulements d'acanthes ponctués de têtes de lion et d'aigles. L'alcôve qu'un degré en pierre d'une marche sépare de la pièce est fermée par une balustrade. Elle s'ouvre par un bel encadrement en gypserie doré et elle est couverte d'un plafond dont les compartiments peints s'inscrivent dans un riche décor sculpté.

Au-dessus d'une plinthe en faux marbre vert, un papier peint du XIXe siècle se compose d'un faux lambris bas en grisaille (H. 48 cm) dont les panneaux ornés d'animaux affrontés en médaillon sont alternés avec des pilastres ; d'une frise d'entrelacs (H. 23,5 cm) qui se retrouve au ras du plafond ; d'une imitation de velours de Gênes cramoisi. Dans le mur sud, s'ouvre la porte vers Ch : porte peinte à quatre panneaux chacun orné au centre d'enroulements d'un médaillon enfermant un paysage italianisant ; même décor au revers.

Dans le renfoncement Ch, sol d'origine avec carreaux de terre cuite disposés en épi et vestige d'un décor peint sur plâtre en grisaille relevé de rouge brique, jaune safran et bleu azur. Peinture encore bien lisible sur la paroi nord et sur un refend qui consistait en un panneautage orné de tables sur les panneaux inférieurs, de motifs géométriques et guirlandes d'acanthe sur les panneaux supérieurs. Un grand panneau très effacé semble avoir été peint d'une perspective architecturale. L'ébrasement de l'ancienne porte de l'oratoire épiscopal conserve un enroulement d'acanthe. Sur le berceau en moellons qui couvre le réduit, se trouvent également des vestiges d'enduit peint.

Dans la pièce Ccg, plafond à la française peint et frise dont les panneaux narrent des épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament.

En Ce se trouvent également un plafond peint et une frise consacrée à divers saints dont plusieurs panneaux paraissent d'une facture récente.

- Deuxième étage

Seule la pièce Cf conserve un décor visible : plafond à poutres et solives apparentes peintes en camaïeu de brun clair. Sur les poutres, peinture de draperies retenues alternativement par des consoles et par des têtes de putti.

ETABLISSEMENT CONVENTUEL

Les bâtiments du chapître s'étendaient au nord du chœur de la cathédrale et à l'est de l'évêché à l'emplacement de l'actuelle place d'Inguimbert.

Ils ont été détruits dans le deuxième quart du XIXe siècle pour construire la prison.

Le cloître est la seule partie connue par des vues anciennes. Il comprend quatre galeries inégales voûtées en berceau. Elles ouvraient par de grandes arcades en plein-cintre abritant des triplets.

Une recherche de vestiges éventuels et une étude documentaire restent indispensables.

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