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Lumière sur

cathédrale puis église paroissiale Notre-Dame-de-l'Assomption

Analyse historique

1604-1630

La première cathédrale romane de l'évêché de Glandèves, Notre-Dame-de-la-Seds (Référence IA04002051) ainsi que le palais épiscopal (Référence IA04002050), s’élevaient sur le site de l’ancienne cité romaine de Glanate, sur une terrasse de la rive droite du Var, au lieu dit actuel du Parc (voir annexe). La construction d'une nouvelle cathédrale est décidée après le transfert du chapitre de Glandèves à Entrevaux en 1603.

Vue de situation.Vue de situation.Le premier prix fait date du 17 août 1604. Il baille la construction des murailles de l’édifice à un maître-maçon de Draguignan, Pierre Veyran. Il était permis à l’entrepreneur de choisir et de prendre des pierres à l'ancienne cathédrale de la Seds. Les travaux devaient débuter le 15 octobre, mais un différend entre Monseigneur Clément Isnard et son chapitre suspend les travaux. Les ressources financières semblent en effet manquer. Ainsi, d'après la France pontificale, l'acte fondateur de la construction de la nouvelle cathédrale est l'acte pris par l'évêque de Glandèves Clément Isnard, évêque de 1593 à 1612, le 7 février 1609 par lequel "il unit à son chapitre, ruiné par les guerres et les injures du temps, tous les prieurés ruraux simples et les autres bénéfices, n'important pas charge d'âmes, qui vaqueraient à l'avenir dans le diocèse". Cette disposition avait pour but de dédommager les chanoines des pertes qu'ils avaient faites pendant les guerres civiles et de les aider à bâtir une nouvelle cathédrale dans la ville d'Entrevaux. Cet accord relance l'édification de la nouvelle église cathédrale. La construction avance cependant lentement. Pour accélérer les travaux, l’entrepreneur Pierre Veyran et ses quatre associés, Nicolas Raynard, Michel Moret, Honoré Henry et Pierre Serre, tous maîtres maçons d’Entrevaux, s’adjoignirent le 5 avril 1612, l’aide d’un sixième maître-maçon d’Entrevaux, Antoine Delabarre. Les murailles de la nef furent achevées en 1616.

Le 6 avril 1616, un prix-fait fut passé entre l’évêque, le chapitre et deux maçons de Digne, Bernard Poucart et Antoine Boulhit pour reprendre la construction de l’église. Il s’agissait de faire le chœur avec sa voûte de tuf et ses ogives de pierre de taille, de faire deux arcades, celle du chœur et celle de la nef dont la voûte de tuf devait être plus élevée que celle du chœur, de construire une sacristie voûtée de tuf, avec une fenêtre du côté du Var et une porte de communication avec le chœur. Sacristie, chœur et travée de la nef devaient être blanchis à « chaux et à gip » et pavés de "malons", le sol du chœur devait être élevé de trois marches. L’édifice devait être construit de plain-pied avec l’extérieur. La partie de la cathédrale ainsi construite devait être couverte de bois et de tuiles. Il fallait également « monter » le clocher jusqu’à hauteur du chœur et réaliser un maître-autel en maçonnerie. Un peu plus tard sont commandés les tuiles pour couvrir l’église et les malons pour le sol et enfin des pierres de taille de qualité.

La construction de la cathédrale n’est toujours pas achevée en novembre 1628 et le 18 mars 1629, les maçons d’Entrevaux Nicolas Raynard, Michel Moret, Jean Antoine de Remuzat et Antoine Delabarre, sous-traitent avec Vincent Brandegodo, tailleur de pierre de Digne, originaire de Voreppe en Dauphiné, la « facture » de « l’arc doubleau et deux croisillons de pierre coupée » ainsi que celle des deux « piliers », ces travaux devant être achevés à la fête de saint Jean Baptiste 1630. En 1630, la construction de la cathédrale est donc terminée, à l’exception du clocher.

1630-1672

L'aménagement initial de l'intérieur de la nouvelle cathédrale se fait sous l'impulsion tout d'abord Mgr René Leclerc, évêque de Glandèves de 1627 à 1651, puis de Mgr Jean-Dominique Ithier, évêque de 1654 à 1672. Ainsi on doit notamment à ce dernier le portail et les portes de la cathédraleDétail : portail ouest.Détail : portail ouest. ou encore l'ensemble de stalles.

On se préoccupe également des abords de la cathédrale. Mgr Ithier considère qu’il est nécessaire de réaliser une place devant la cathédrale. La communauté accepte la proposition et délibère le 28 février 1655 « que Messieurs du chapitre faisant ladite place conformément au dessin qu’ils ont proposés qui est d’accepter les greniers à foin et étables de Maitres Anthoine Bonnet et Honoré Mouret, notaires royaux, afin de les démolir pour rendre la place plus belle et pardessus la faire en sorte qu’elle ait six cannes de large1 […] »

La construction du clocher, laissé inachevé à la hauteur du chœur, fut semble-t-il reprise la même année. On sait que deux maçons, Etienne Michel de Digne et Michel Remuzati d’Entrevaux y travaillent en 1657. Le clocher est achevé en 1667 et en 1671 les cloches purent être posées.

1690-1694 : les travaux de fortifications

Au moment de son édification, la cathédrale se trouve hors les murs du bourg d’Entrevaux. Edifice bien trop ample pour être inséré à l’intérieur du parcellaire déjà dense de la ville close, elle avait été construite au sud-est de l’ancienne enceinte, au sud de la porte dite alors d’Ausol. En 1624, cette porte ainsi qu’une portion des murailles sont détruites et reconstruites plus à l’est, englobant cette fois la cathédrale dont le mur sud tient alors lieu de courtine. La nouvelle tour-porte, porte du Scel (du sceau), parfois du Ciel, prend place contre le premier niveau du clocher, alors encore inachevé. La façade ouest de la cathédrale, avec le portail d’entrée, se trouve alors à l’extrémité de la rue Basse de la ville.

Vue de situation avec le "cornichon" au chevet de la cathédrale..Vue de situation avec le "cornichon" au chevet de la cathédrale..Lorsque Antoine Niquet, directeur des fortifications de Provence, sous l’autorité de Vauban, reprend les fortifications de la ville, dès 1690, un ouvrage de défense, le « cornichon », est construit au-devant de la porte du Scel, alors nommée porte du Puget, et contre le chevet de la cathédrale, enserrant la sacristie. En 1694 une partie de son mur sud s’effondre entrainant la ruine de cette dernière. L’arrière du chevet est alors repris : la chambre abritant le mécanisme de l’orgue est démolie, la sacristie modifiée, la petite tourelle d’escalier menant à la salle capitulaire et au clocher construite. La petite place devant la cathédrale est également modifiée lors de ces travaux de renforcement de fortifications, dont la muraille est modifiée, avec la volonté de donner accès non seulement à l’édifice mais aussi aux postes de tir de la tour bastionnée.

1771-1789

Après ces travaux de reprise des fortifications, l'architecture de la cathédrale n'est plus modifiée. A l'exception peut-être de modifications d'ouvertures : sur le mur nord, on observe que des ouvertures ont été murées. A l’origine à l’extérieur des remparts, la cathédrale devait être éclairée, selon toute vraisemblance, par des baies au nord et au sud. L’intégration dans les remparts en 1624 puis le renforcement des fortifications à partir de 1690 ont sans doute conduit à obturer celles se trouvant au sud. Elles ont par la suite été (r)ouvertes, peu avant le placement des vitraux en 1861, ce qui explique sans doute l’absence d’encadrement des baies méridionale qui pourrait étonner sur un édifice de cette qualité.

Si l'architecture de la cathédrale nous est parvenue dans sa conception originelle, le décor a lui été repris au moins deux fois de manière significative. Avant la Révolution tout d'abord, Mgr Henri Hachette des Portes, évêque de Glandèves de 1771 à la Révolution, est ainsi à l’origine de rénovations importantes. Pour mener à bien ces dernières, il commandite Jean-Baptiste Nolliny, nommé « architecte » dans le prix fait de 1773. Artisan italien résidant à Entrevaux, il va être le maître d’œuvre chargé des « réparations et ouvrages au chœur et au sanctuaire de l’Eglise Cathédrale ».

Après la Révolution

La question qui surgit à la fin du 17e siècle et au début du 18e siècle de savoir si l’église était à la fois cathédrale et paroissiale, ne sera réellement résolue que par un arrêté du 6 nivôse an XI (27 décembre 1802) qui stipule que « la ci-devant cathédrale de Glandèves, connue sous le titre d’église Notre Dame ou d’Assomption de la Vierge dont les décorations ont été heureusement sauvées des fureurs de la révolution et dont le bon état et la beauté de son vaisseau présentent à la commune une assurance bien parfaite, qu’elle ne sera pas exposée de longtemps à des dépenses, sera la seule désignée pour église paroissiale ». L’édifice remplace donc définitivement l’église paroissiale Saint-Martin devenue trop exigüe et qui sera détruite un peu plus tard.

Une lettre datée de 1837 du maire Bonnetty au sous-préfet de Castellane fait état d’un certain nombre de réparations à effectuer à l’église. L’escalier d’accès à l’édifice fut refait en 1850 (date gravée sur deux des marches).

Détail du décor peint du choeur.Détail du décor peint du choeur.La deuxième reprise du décor intérieur de la cathédrale est réalisée à la demande de Mgr Meirieu, évêque de Digne de 1849 à 1880. Il a notamment fait reprendre l’ensemble du décor peint entre 1862 et 1863 : le chœur, mais aussi l’arc diaphragme ou les voûtes de la nef sont à ce moment-là couverts d’un décor néogothique, tandis que les murs de la nef sont ornés d’un décor en faux-appareil de pierre de taille. Les travaux sont effectuées par M. Villan. Dans la visite pastorale de 1884, parmi les "réparations faites depuis la dernière visite" (soit 1880), est mentionnée "l'ornementation de l'église".

En 1882, le conseil de fabrique demande que « les premières ressources pécuniaires dont il pourra disposer, furent employées à refaire le carrelage de la nef qui offre des cavités dangereuses pour les personnes âgées et un aspect désagréable à tout œil qui a le goût de la régularité et du niveau. » Le mauvais état du "pavé" est en effet systématiquement souligné dans la visites pastorale de la 2e moitié du 19e siècle.

En 1980-1981 et en 1986, sont effectués des travaux sur la voûte et la toiture : la voûte est renforcée et la toiture est refaite (charpente et couverture). Le clocher a été consolidé en 1987.

L’ancienne cathédrale Notre-Dame de l’Assomption est classée MH depuis le 27 juin 1996.

Analyse architecturale

Implantation :

Intégrée aux fortifications depuis la fin du 17e siècle, elle est située à l’extrémité orientale de la ville. En raison de la configuration du terrain, elle est légèrement orientée nord-est / sud-ouest.

Extérieur :

Vue d'ensemble depuis le sud-estVue d'ensemble depuis le sud-estL’édifice suit l’horizontalité des remparts qu’il intègre. A l’abri d’un clocher qui ressemble à une tour de défense, sa hauteur diminue de la nef à la sacristie. Cette horizontalité est renforcée par les toitures à faible pente, soulignées par une génoise à triple rang. Le chevet est presque masqué par la sacristie, la semi-tourelle et le clocher.

Les murs de la nef en moellons avec chaînage en pierre de taille, sont renforcés par quatre légers contreforts en pierre de taille. Sur le mur nord-ouest, on remarque trois anciennes ouvertures qui ont été bouchées. Sur le mur sud-est qui domine le Var, les trois fenêtres de la nef en arc plein-cintre sont dépourvues de parement de pierre, elles sont uniquement maçonnées. Au-dessous, à mi-hauteur du mur, court un cordon de pierre qui se prolonge sur un des côtés du sanctuaire.

La façade sud-ouest, recouverte d’un crépissage moderne, est la seule à bénéficier d’un décor apporté par le portail classique en pierre de taille dont l’entablement est richement sculpté. Une très belle porte à deux vantaux en noyer sculpté donne accès à l’église. Le portail est surmonté d’une niche puis d’un oculus.

L’aspect fortifié de l’édifice est accentué par son clocher crénelé. Il s’agit d’une tour carrée aux angles de pierre de taille et dont les étages supérieurs sont percés de baies en plein cintre avec parements de pierres taillées et soulignés chacun d’un cordon que l’on retrouve également sous les créneaux.

Intérieur :

Le plan de l’édifice présente une nef unique prolongée par un sanctuaire pentagonal. La nef est composée de trois travées séparées par des doubleaux en arcs brisés. Chaque travée est voûtée sur croisée d’ogives à large méplat et cavets. Un cordon méplat sur doucine court à la naissance de la voûte et forme imposte sur les pilastres qui reçoivent les doubleaux et les nervures des ogives.Vue intérieure vers le choeur.Vue intérieure vers le choeur.

Doubleaux, nervures de la voûte et pilastres ont été décorés en 1862 d’entrelacs d’oves, de filets, de quadrilobes où s’inscrivent des croix, en rouge, vert et or. En même temps, les murs de la nef ont été couverts d’une peinture de fausses pierres.

La nef est éclairée au sud par trois fenêtres étroites en plein cintre et sur le pignon occidental par l’oculus. Le mur nord est aveugle.

Le sanctuaire pentagonal est moins élevé que la nef. Il est voûté sur croisée d’ogives à sept branches dont quatre sont reçues par de fines colonnettes. Un arc triomphal brisé retombant sur des pilastres le sépare de la première travée de la nef. Le mur au-dessus, a été percé d’un oculus.

Une toute petite fenêtre en plein cintre a été percée dans le mur, à gauche de l’autel principal, près de l’une des colonnettes. Cette fenêtre permet de voir le maître-autel lorsqu’on est au rez-de-chaussée de la tourelle.

Dans le prolongement du chœur se trouve la sacristie voûtée en berceau surbaissé avec, au-dessus, l’ancienne salle capitulaire. A gauche, en entrant, une porte ouvre sur une petite salle basse voûtée d’arêtes servant d’assise au clocher.

La tourelle abrite l’escalier tournant qui monte à la salle capitulaire ainsi qu’au clocher.

1Soit un peu moins de 12 m.
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