Dossier IA06004182 | Réalisé par
Prédal Christophe
Prédal Christophe

Responsable de la cellule "inventaire du patrimoine architectural et paysager" à la ville de Nice, depuis septembre 2018.

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Promenade de bord de mer dite des Ponchettes
Auteur
Prédal Christophe
Prédal Christophe

Responsable de la cellule "inventaire du patrimoine architectural et paysager" à la ville de Nice, depuis septembre 2018.

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Copyright
  • (c) Ville de Nice

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Nice - Nice
  • Commune Nice
  • Lieu-dit Vieille-ville
  • Adresse cours Saleya , cité du Parc , rue des Ponchettes , quai des Etats-Unis , cours Jacques-Chirac
  • Cadastre 2021 KS 142 à 155  ; 2021 KS 157 à 165  ; 2021 KS 177 à 206  ; 2021 KS 208 à 214  ; 2021 KS 257 à 259  ; 2021 KS 298 à 299  ; 2021 KS 302
  • Dénominations
    promenade de bord de mer
  • Appellations
    les Ponchettes

Les terrasses des Ponchettes sont constituées de deux lignes de terrasses, ayant pris le toponyme du secteur pounchetta (petite pointe, en référence aux rochers de ce secteur maritime).

Terrasse nord, dite aussi Première terrasse, dite aussi Terrasse vieille (délimitée au nord par le cours Saleya et au sud par le cours Jacques-Chirac)

A la suite du siège français de 1705, la citadelle est démolie dès 1706 ainsi que la muraille dite de "la marine" qui protégeait Nice, face à la mer, le long du cours. Pendant une vingtaine d'années cette zone devient un terrain vague avec décombres des anciens remparts. En 1726, est planifiée la construction d'une rangée de boutiques et de petits entrepôts commerciaux, élevés d'un étage sur rez-de-chaussée. Ces constructions permettent ainsi d'augmenter la capacité commerciale de ce secteur du cours. La construction débute réellement en 1731 avec la vente aux enchères des premiers terrains par la ville. Ces bâtiments, ainsi édifiés par des commanditaires privés, doivent obligatoirement être couverts d'une couverture en terrasse permettant un accès public afin de bénéficier de vues, notamment en direction de la mer. Cette première ligne de terrasse reprend approximativement le tracé de l'ancienne muraille. Quelques dizaines de mètres de murailles de la seconde moitié du 16e siècle sont d'ailleurs conservés en extrémité est et intégrés à cet ensemble. Une porte ouvre sur la grève, reprenant l'emplacement de la porte de la marine qui ouvrait dans la muraille dans le prolongement de la rue de la poissonnerie.

Porte de la Marine ouverte dans la terrasse nord, vue depuis le cours Saleya. Porte de la Marine ouverte dans la terrasse nord, vue depuis le cours Saleya.

A l'ouest, le terrain où sera construit le Palais Hongran oblige la terrasse à un tracé en baïonnette. L'accès se fait au début par un escalier à double volée édifié face au Palais royal (actuellement préfecture), en 1775, par l'architecte Francesco Michaud, également auteur du tracé de la terrasse à l'ouest. Un autre accès à la promenade en terrasse se fait par une rampe à l'ouest.

Cette première terrasse, dont la construction se réalise d'est en ouest, serait achevée entre 1771 et 1776.

Terrasse sud, dite aussi Deuxième terrasse, dite aussi Terrasse neuve (délimitée au nord par le cours Jacques-Chirac et au sud par le quai des Etats-Unis).

Face au succès de l'entreprise, un deuxième rang de boutiques est projeté au sud. Ce nouveau projet est lié aussi à l'ouverture d'une route en direction du port, au sud de la colline du Château, à partir de 1773 (actuel quai Rauba-capeu). La vente des terrains, pris sur la grève, et les constructions débutent vers 1787-1789, depuis la colline du Château en direction de la porte de la marine. Nizza, presa dalla terrassa, 1837. On remarque à gauche les terrasses nord et au fond la partie est des terrasses sud, construites jusqu'au niveau de la porte de la marine. Nizza, presa dalla terrassa, 1837. On remarque à gauche les terrasses nord et au fond la partie est des terrasses sud, construites jusqu'au niveau de la porte de la marine.

Le Consiglio d'ornato, en charge de l'urbanisation et de l'embellissement de la ville, s'attelle au tracé permettant la poursuite de la construction de la terrasse sud vers l'ouest. Les plans sont de Jean-Antoine Scoffier, architecte municipal. Le chantier reprend en 1838. Sont prévus et édifiés un lavoir à l'ouest ainsi qu'une halle pour la vente des poissons à l'est, oeuvres de l'architecte municipal Joseph Vernier.

Progetto per la formazione dell'ala di ponente del nuovo terrazzo, 1848. Il s'agit du projet du lavoir sous la terrasse sud. Progetto per la formazione dell'ala di ponente del nuovo terrazzo, 1848. Il s'agit du projet du lavoir sous la terrasse sud.

Un passage est prévu entre les deux terrasses en position centrale. A cet effet, un passage piéton est ouvert par le même Vernier sous l'escalier central face au Palais royal en 1846. Sous la terrasse sud, est aménagé un grand passage à portiques, toujours par Vernier, en 1852.

Terrasse sud, vue depuis le quai des Etats-Unis. Au centre le passage à portiques ouvert par l'architecte Vernier en 1852 dans le prolongement du passage ouvert en 1846 sous la terrasse nord.Terrasse sud, vue depuis le quai des Etats-Unis. Au centre le passage à portiques ouvert par l'architecte Vernier en 1852 dans le prolongement du passage ouvert en 1846 sous la terrasse nord.

Les parcelles formant la terrasse sud semblent être construites dans leur totalité vers 1850.

Voici une description de l'ensemble au premier tiers du 19e siècle (rubrique Ponchettes, dans le dictionnaire de Gioffredo Casalis, 1833) :  

Vers le milieu des Ponchettes et au dessous  des ruines de la tour Bellanda  qu’un négociant a transformé en terrasse agréable, on parvient par un escalier spacieux et commode à un magnifique passage qui fut commencé au milieu du XVIIIème siècle et terminé vers 1780. Du côté de la mer, des ignobles baraques furent remplacées par une seconde terrasse  parallèle à la première où l’on peut accéder par les deux extrémités. Quand cet ouvrage sera terminé il en résultera un ensemble  de promenades très agréables. Un quai que l’on veut construire sur un terrain  au bord de mer réunira la route du port avec le quai que forme vers l’ouest  la continuation de la terrasse  et communiquera même avec le cours au moyen d’un portique qu’on doit ouvrir en bas d‘un escalier en marbre  par lequel on monte à la promenade de la terrasse qui forme comme une espèce de bastion distant de cinquante à cent pas du bord de mer. Sa hauteur est à peu près celle du premier étage d’une maison, sa largeur de dix à douze pas et  sa longueur de 750 mètres. Etant légèrement inclinée vers la mer et revêtue d’un ciment qui la recouvre entièrement  on peut s’y promener à pied  sec  dès qu’a cessé la pluie. Elle est flanquée de solides parapets. C’est en toute saison le passage le plus fréquenté de la ville et sa position délicieuse en justifie la prédilection  dont elle est l’objet. [...] La terrasse décrite ci-dessus  sera vraiment un monument très remarquable quand sera exécuté le projet d’ériger en marbre du pays les statues des plus illustres niçois qui devront être séparées par des colonnes monumentales surmontées d’un grand vase en forme d’urne.

Aménagements et transformations

Ce double rang de terrasses constitue ainsi le lieu de promenade face à la mer, alors que le reste du rivage niçois n'est pas encore aménagé. Il est le lieu à la mode et de rencontre des premiers hivernants. L'année 1842 marque l'embellissement de l'ensemble avec pose de bancs en marbre contre le parapet nord et obligation, pour chaque bâtiment de la terrasse sud, de disposer du même modèle de souche de cheminée en fonte, placée régulièrement sur le parapet avec console décorative en pierre calcaire blanche. Certains vestiges demeurent de cet aménagement. Les anciennes terrasses nord conservent, quant à elles, leurs cheminées en maçonnerie, mais la gravure de 1837 montre, là aussi, l'emploi d'un profil type.

La ligne de ces deux terrasses pouvait constituer une barrière entre la ville et la mer. C'est la raison pour laquelle on a cherché à créer et à élargir des passages au cours des 19e et 20e siècles. Par exemple, à la porte Charles-Félix ouverte en 1826 à l'extrémité est de la terrasse nord (porte attribuée à Jean-Antoine Scoffier), répond la porte ouverte en vis à vis dans la terrasse sud, entre 1870 et 1881. Les deux portes seront doublées entre 1963 et 1965 pour permettre une circulation automobile.

Avec le développement de la Promenade des Anglais à la fin du 19e siècle, la Promenade des Ponchettes va péricliter à partir de cette période, perdant son statut de lieu de prédilection pour les hivernants. L'espace entre les deux lignes de terrasse (appelée Cité du parc) deviendra espace de stockage et des constructions adventices y seront édifiées. Durant la Seconde Guerre mondiale, un certain nombre de destructions concernent la partie est de la terrasse sud, proche de la colline du château (reconstruction en 1955). C'est au milieu du 20e siècle que les terrasses deviennent inaccessibles en tant que promenade et que des installations techniques (climatisation, extraction de cuisines...) y sont petit à petit installées.

Type d'habitat

Les constructions des Ponchettes sont destinées à du commerce, bénéficiant de la proximité du cours et de la poissonnerie. La réalité des différentes fonctions des constructions nous est inconnue pour le 18e siècle dans l'état actuel des recherches. L'étude du bâti et des documents illustrés anciens nous permet une meilleure connaissance pour le 19e siècle. Ainsi, la partie de la terrasse sud la plus à l'est (après la porte de la marine), donnant au nord sur la rue des Ponchettes, reçoit un habitat plus qualitatif et certaines constructions sont redécorées avec des éléments de style "balnéaire" : véranda, cabochons en céramique, toit débordant....

Villa Sea Side, 32 rue des Ponchettes (terrasse sud)Villa Sea Side, 32 rue des Ponchettes (terrasse sud)

Au niveau de la Cité du parc, l'habitat prenant place sous la terrasse sud est plus modeste et l'on y mentionnait du logement pour pêcheurs (témoignage oral). Ce sont les propriétés donnant au nord sur le cours Saleya qui semblent avoir développé davantage la fonction commerciale en rez-de-chaussée et même souvent au premier étage. Avec la transformation du cours Saleya en espace piétonnier et le développement des cafés et restaurants sur celui-ci dans les années 1980, la fonction commerciale de la ligne de la terrasse nord s'est spécialisée en restauration ainsi qu'une bonne partie de la terrasse sud, entre la porte de la marine et son extrémité ouest. La réhabilitation de la cité du Parc et des propriétés de la terrasse sud en partie centrale et occidentale, paupérisées, a débuté en 2018 avec, notamment, la création du cours Jacques-Chirac entre les deux lignes de terrasse.

La terrasse nord, donnant sur le cours Saleya (également appelée Terrasse vieille ou Première terrasse) est édifiée d'est en ouest entre 1726 et 1776 environ. Le nom de l'architecte Francesco Michaud apparaît pour la construction de l'escalier principal d'accès et l'achèvement de cette terrasse nord. La construction de la terrasse sud (également appelée Terrasse neuve ou Deuxième terrasse), plus proche de la mer, est édifiée à compter de 1787-1789, en partant de la colline du château. A partir de 1838, le chantier est encadré par le Consiglio d'ornato à travers les architectes Jean-Antoine Scoffier et Joseph Vernier. Un lavoir et une halle pour la vente du poisson y sont notamment créés. Tout semble terminé vers 1850-1860.

Les terrasses constituent deux lignes parallèles de maisons de trois niveaux : sous-sol, rez-de-chaussée, 1er étage. En raison de l'élévation du niveau du sol en s'approchant de la colline du Château, les maisons de la terrasse sud, proches de cette colline, ouvrent leur sous-sol sur une cour anglaise implantée au sud. Les maisons des terrasses ouvrent indistinctement sur l'une ou l'autre de leurs façades, excepté pour les maisons bénéficiant d'une cour anglaise, dont toutes les portes d'entrée sont au nord sur la rue des Ponchettes. Les murs sont en moellons enduits. Les pierres de taille se concentrent sur le gros-oeuvre des bâtiments publics (piliers du lavoir et de la poissonnerie) et pour les divers passages et portes publiques. Ces pierres de taille demeurent apparentes. L'étude n'a pas été réalisée sur l'ensemble du bâti mais il semble que les planchers séparant les rez-de-chaussée et premier étage soient en poutraison alors que le toit-terrasse des bâtiments est le plus souvent supporté par des coupoles en pendentifs, plutôt plates, réalisées en briques ou briquettes de calcaire. Le toit-terrasse, utilisé comme promenade, semble avoir été recouvert de ciment. Garde-corps sommital en maçonnerie.

  • Murs
    • pierre moellon enduit
    • pierre grand appareil
  • Toits
    ciment en couverture
  • Étages
    sous-sol, 1 étage carré
  • Couvrements
    • coupole en pendentifs
  • Couvertures
    • terrasse
  • Techniques
    • fonderie
    • sculpture
  • Statut de la propriété
    propriété privée
    propriété de la commune

Bibliographie

  • STEVE, Michel. Histoire de l'architecture à Nice de 1830 à nos jours. Nice : Institut d'études niçoises, 2018. 280 p.

    p.64

Documents figurés

  • Disegno della gradinata del terrazzo all'estremità di ponente, come venne approvata dal Consiglio di ornato in seduta dello 13 maggio 1837. / Dessin à l'encre sur papier par Jean-Antoine Scoffier. 1837. Archives communales, Nice : D37 323.

  • Progetto per la formazione dell'ala di ponente del nuovo terrazzo. / Dessin à l'encre sur papier rehaussé d'aquarelle - plan géométral par Joseph Vernier. 1848. 53 x 117 cm. Archives communales, Nice : D49 501.

  • Prospetto d'una parte della facciata centrale del nuovo terrazzo pubblico formante i due lotti siti a ponente della porta attigua alla nuova peschiera da costruirsi da questa civ. amministrazione col disegno del balcone che ognuno dei proprietari desirebbe eseguire. / Dessin à l'encre sur papier rehaussé d'aquarelle, par Vittorio Servet. 1840. 24,4 x 82,1 cm. Archives communales, Nice : O4 8-227.

  • Nizza, presa dalla terrassa, 1837. / Estampe en taille douce par Grundmann dessinateur et Léonce Lhuillier graveur. Paris : chez Audot, 1837. 16,5 x 26 cm. Archives communales, Nice : 4 Fi 40.

  • 218 - Nice - Vue générale des terrasses et du château. / Carte postale. Paris : Lévy et Amp Neurdein réunis, [circa 1910]. Archives communales, Nice : 10 Fi 881.

  • Portique, place Charles-Félix, Nice, 1955. / Négatif noir et blanc. Anonyme. 1955. 6 x 6 cm. Archives communales, Nice : 1064 W 111.

Date d'enquête 2021 ; Dernière mise à jour en 2021
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
(c) Ville de Nice
Prédal Christophe
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