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fortification d'agglomération d'Embrun

Dossier IA05001392 réalisé en 2018

Fiche

Historique, topographie et typologie générale

A la fin du XVIe siècle, la ville d’Embrun, siège d'un archevêché, devenue place forte d’intérêt national, et objet de projets de fortifications bastionnées, n’avait encore d’autres défenses que son enceinte médiévale, bâtie en plusieurs étapes à partir de l'enceinte primitive de la Cité. A la différence d'autres cités épiscopales anciennes, comme Gap ou Antibes, installées dans un castrum du Bas-empire romain, rien ne prouve qu'Embrun ait eu ce statut, en dépit de sa position stratégique et défensive avantageuse sur une plate-forme rocheuse puissamment retranchée au sud par une falaise abrupte. L'établissement du diocèse au IVe siècle et son érection en métropole de la province ecclésiastique des Alpes Maritimes en 794 attestent d'une importance précoce accordée à cette cité, mais il n'existe pas de preuves diplomatiques ou archéologiques de l'existence d'une probable enceinte fortifiée tant sous le bas-Empire qu'au haut Moyen-âge.

Les enceintes médiévales d'Embrun et leur reconstruction dans le dernier tiers du XIVe siècle

Les premières sources attestant de l'existence de l'enceinte urbaine d'Embrun remonte au XIIIe siècle, sous l'épiscopat d'Henri de Suze (1250-1263). Il s'agissait alors, pour l'archevêque, d'étendre la partie close de la cité par la construction d'un nouveau mur enveloppant au sud-est le quartier ou faubourg du Planiol, à partir d'un point de l'enceinte de la cité occupé par une tour dite des Champiers. Après réalisation de cette extension du périmètre clos, les habitants auraient pris en charge la démolition de la partie de l'ancienne enceinte devenue intérieure, entre le palais épiscopal et la tour des Champiers. Jusqu'au XIIIe siècle le pôle aristocratique laïc, antérieurement représenté par les comtes de Forcalquier, était resté en retrait, laissant toute autorité temporelle aux archevêques, lesquels avaient laissé les habitants constituer un consulat défendant les droits et libertés communales, mais cette situation avait évolué au temps des Dauphins du Viennois, héritiers en 1210 de la partie nord du comté de Forcalquier s'étendant sur les territoire des évêchés de Gap et d'Embrun, désormais dans la mouvance du Dauphiné. Un pacte établi à cette date établissait un lien de vassalité, à Embrun, entre le dauphin, portant les titres de comte de Gap et d'Embrun et l'archevêque, mais un nouvel accord ratifié par le pape Innocent IV en 1247 avait admis un partage des pouvoirs, notamment de justice, et le fait que le Dauphin, alors Guigues VII, tenait directement en fief le comté d'Embrun de l'Empereur Frédéric II. Par un traité de 1258, l'archevêque Henri de Suze, en conflit ouvert depuis plusieurs années avec les consuls d'Embrun qu'il avait excommuniés, s'accordait avec le Dauphin pour un partage exclusif des pouvoirs d'administration et de justice, en supprimant l'institution consulaire. Dans la décennie 1260, Guigues VII dauphin de Viennois et comte d'Embrun entreprit la construction d'un palais delphinal ou comtal au sud-est de la ville dans le quartier du Planiol, sans l'autorisation de l'archevêque. En 1316, à la suite du meurtre de deux officiers du Dauphiné, le bailli et le châtelain d'Embrun, en l'absence de l'archevêque Jean de Gascogne, Jean II dauphin de Viennois , transigea avec les syndics d'Embrun pour réunir la tour du Planiol, attenante à l'enceinte sud-est, à son palais voisin, relançant des travaux de construction coûteux, dont, probablement, la reconstruction de cette tour pour en faire un donjon, faisant pièce à celui du palais de l'archevêque. Après sa mort en 1319, sous l'épiscopat de Raymond IV, les travaux furent arrêtés et le nouveau dauphin Guigues VIII, mineur sous tutelle de son oncle Henri, évêque de Metz, consentit en 1321 à ce que l'usage du palais soit partagé entre les représentants du pouvoir du dauphin et ceux de l'évêque, et confié à la garde d'un officier de justice agréé par les deux parties. Perdant alors sa vocation de résidence, le palais fut affecté notamment à des usages carcéraux, le dauphin consentant à une démolition partielle, en se réservant les droits sur les produits des matériaux en provenant. L'ensemble de ces données tirées des archives municipales d'Embrun ne permet pas de reconstituer sans équivoque la topographie de l'enceinte à cette époque, des contradictions existant chez les historiens ayant évoqué le sujet en interprétant les sources, notamment s'agissant du tracé de l'enceinte primitive de la cité et de ses extensions 1, de la localisation et de l'étendue de l'extension de l'enceinte au Planiol dans les années 1250, et de l'implantation du palais plus ou moins en limite de cette extension.

Le 12 juillet 1360, une convention passée entre les habitants d'Embrun et les chanoines de la cathédrale, co-financeurs, montre que des travaux de fortification étaient en cours à cette date, conduits par la communauté, sous l'autorité conjointe du vicaire général de l'archevêque Guillaume de Bordes et du bailli de l'Embrunais. Il s'agissait de travaux de retranchement (non localisés) par fossé et palissades, mentionnant des ponts et barrières, murs, avant-murs, tours et guérites, mâchicoulis et bretèches2 . En 1366, en période d'insécurité due aux raids des routiers, la muraille du front Est entre la tour des Champiers et la tour du Planiol, bâtie un peu plus d'un siècle plus tôt, est abattue sur la distance d'une portée d'arbalète (arbalestée), ne laissant d'autre obstacle qu'un fossé inondable et des ruines; la reconstruction, prévue en 1368, ne se concrétise pas du fait de divergences de vues entre les différents partenaires, habitants, châtelain et bailli de l'Embrunais, et officiers de l'archevêque Pierre Ameilh 3. En novembre 1369, ce dernier, qui revendiquait de disposer d'une poterne de sortie à son usage dans la muraille à reconstruire mentionne que les invasions ont empêché cette reconstruction, du côté du palais (delphinal). En 1371, le mur reconstruit s'étend au-delà du palais, jusqu'au rebord du roc, contre l'avis de l'archevêque qui menace les habitants d'excommunication. A partir de 1381, l'effort de construction de l'enceinte se porte sur l'ensemble front nord et sur les angles nord-est, avec la porte Saint-Marcel (ou Saint Marcelin, en référence à l'église), et nord-ouest, jusqu'à la porte du Saint-Esprit; les nouvelles courtines et tours sont édifiées en avant des anciens fronts de l'enceinte de la Cité, avec de nouvelles portes de ville, porte de Guillestre à l'est et porte de Gap à l'ouest, précédant les anciennes portes. Un accord de 1381 portant sur la participation aux travaux des habitants des villages voisins de Puy-Sanières et Puy-Saint-Eusèbe, en échange de leur droit de refuge dans l'enceinte, fait état de la construction en cours de deux tours et de quatorze bretèches en pierre. Le tracé nord / nord-est de l'enceinte reconstruite n'était probablement pas implanté beaucoup en avant du tracé existant au XIIe siècle : un texte relatif aux dommages subis par les franciscains lors de l'assaut d'Embrun le 18 octobre 1368 précise que l'église paroissiale Saint Marcellin, était située intra-muros ; or, les substructures de cette église détruite vers 1589 pour la création d'un retranchement intérieur bastionné et fossoyé, furent retrouvées en 1883 à l'occasion de la destruction du rempart du XVIIIe siècle directement adossé à l'enceinte reconstruite à partir de 13814 . En 1400, est mentionnée une autre porte, ou poterne de l'enceinte de ville, la porte du Planiol, sans doute contiguë à la tour du même nom, à propos d'un ravelin alors construit au-devant. L'une des caractéristiques principale du plan de l'enceinte d'Embrun, qui perdura jusqu'à la fin de de la place forte suivie des démolitions de 1883, est le tracé du front Est formant un angle rentrant très marqué, qui pérennisait le pointe de raccord de la muraille sud-est du Planiol, des XIIIe et XIVe siècle, avec le front sud-est de l'enceinte primitive de la Cité.

La modernisation des fortifications d'Embrun n'a commencé qu'à la fin du XVIe siècle, mais un projet plus précoce aurait pu voir le jour sous le règne de François Ier, si les circonstances n'avaient pas été de l'ordre du très court terme. L'intention est connue par une lettre datée de Valence le 24 aout 1536, adressée par le roi à Jean II d'Humières, lieutenant général en Dauphiné, Savoie et Piémont. Charles Quint, après avoir envahi la Provence, devant passer la Durance et le Dauphiné pour se retirer en Italie, en passant par Sisteron, Gap et Embrun, François Ier estimait que le mieulx que l'on scauroyt fere ce seraoit de fere fortiffier ledict Ambrun ; car en le fortiffiant et faisant retirer dedans les vivres des envyrons à toute dilligence et rompant les passaiges par ou l'artillerye et municions peuvent passer, je ne veoy moyen nul que ledict empereur ne soit la corde au col. (...) Parquoy j'ay advisé de vous escripre la presente, vous priant qu'en la plus grande dilligence que vous pourrez, vous vous retirez audict Ambrun pour la adviser au faict de ladicte fortiffication affin d'y fere besongne continuellement sans y perdre une seule heure de temps: et à ce que vous puissiez recouvrer promptement ung bon nombre de pyonniers pour cesteffect, j'ay commandé à mon cousin le duc d'Estouteville (François d'Estouteville, gouverneur du Dauphiné) de vous envoyer depesches necessaires, ce qu'il m'adict qu'il fera (...)Et sitost que vous aurez faict le desscing de la dessusdicte fortification et que vous aurez commis gens pour solliciter cest affaire, je vous prie vous retirer à Gap affin de savoir et entendre s'il y a chemin du costé de Tesquine d'Ase par ou l'on puisse conduire artillerie; et la ou vous en scauriez quelc'un faictes-le promptement rompre en sorte que l'ennemy ne s'en puisse servir ne ayder"5. Il n'existe pas de preuves que la campagne de fortification préconisée dans l'urgence par le roi ait reçu un début d'exécution. Au demeurant, le temps aurait manqué pour mettre en œuvre de nouveaux ouvrages défensifs pérennes, tours d'artillerie et boulevards. Par ailleurs, la date est trop précoce pour l'éventualité de réalisation d'ouvrages bastionnés dans une place française.

La ville d'Ambrun en Dauphiné, 1575.La ville d'Ambrun en Dauphiné, 1575. La vue cavalière gravée La ville d'Ambrun en Dauphiné publiée en 1575 dans la Cosmographie universelle de François de Belleforest, prise du côté sud, est de facture très naïve. Pour autant, elle montre une enceinte médiévale jalonnée de tours semi-cylindriques ou carrées à couronnement crénelé et machicolé, sans toit, enceinte totalement dépourvue d'ouvrages d'artillerie modernes. Les portes de ville n'y sont pas explicitement indiquées, mais on peut identifier la porte ouest (porte de Gap), exprimée comme une tour-porte carrée couverte d'un toit précédée d'un pont de pierre avec haute arche sous laquelle coule un torrent, parapet crénelé et tour ronde en tête de pont. On remarque aussi la présence, dans la partie sud du front Est, d'une imposante tour carrée adossée vers l'extérieur de la muraille d'enceinte, et flanquée vers l'extérieur d'une tour semi-circulaire plus petite, couverte d'un toit sans couronnement défensif, et retranchée côté ville d'une cour close de murs crénelés. Cette tour monumentale cotée N, plutôt donjon logeable que tour de défense, est légendée "La tour du Palays, siège du baillage". On peut sans risque d'erreur l'identifier à la tour du Planiol, telle qu'elle fut adaptée en 1316 pour devenir la tour du palais delphinal . Devant cette tour et sa cour close s'étend la place du Palays, au nord de laquelle un ensemble de bâtiments fortifié flanqué de trois tours rondes basses côté place exprime vraisemblablement ce qui restait alors de l'ancien palais delphinal, alors dissocié de la "tour du Palays. Au cœur de la ville, l'Archevêché est également exprimé comme un ensemble monumental fortifié d'où émergent le clocher de la cathédrale et la tour maitresse dite Tour Brune (non légendée).

Les premières fortifications modernes d'Embrun, citadelle et fronts bastionnés, 1581-1610

Le 22 septembre 1581, Charles de Lorraine, duc de Mayenne, grand chambellan et amiral de France, chargé par le roi Henri III de s'opposer aux protestants du Dauphiné, faisait son entrée solennelle dans Embrun, à l'invitation de L'archevêque Guillaume de Saint-Marcel d'Avançon (titulaire de 1558 à 1600), chef politique de la Ligue en Dauphiné. Mayenne amenait avec lui des ingénieurs militaires qui auraient donné le dessin de nouveaux ouvrages de fortification à construire, dont une petite citadelle, près de l'emplacement de l'ancien palais Delphinal, dont ce qui pouvait subsister fut détruit pour la circonstance. Incorporant l'ancienne tour du palais figurée en 1575 sur la planche de Belleforest, la citadelle est l'œuvre de Jean de Varèse et Jean de La Tour, maîtres maçons6 , sous l'autorité du gouverneur ligueur Jean Aynard de Clermont-Chatte, nommé par Mayenne et par l'archevêque. Le 16 juin 1582, un moulin à bras ou à chevaux fut bâti sur le ravelin de l'ancienne porte du Planiol, devenue poterne de la citadelle7 . Le palais épiscopal fut également pourvu d'accessoires défensifs par le gouverneur en second Jean de Micha de Burcin, sur ordre de Mayenne, et aux frais de la ville.

François de Bonne de Lesdiguières, chef des protestants du Champsaur, avait organisé en 1577 la prise de la ville épiscopale de Gap, qui s'était soldée par de nombreuses violences et actes de vandalisme. Il avait fondé un petit fort ou citadelle sur la hauteur de Puymaure, dominant la ville, et put conserver cette position lors de la reprise de Gap par les troupes de Mayenne en 1580. Parallèlement, Lesdiguières avait prit la ville de La Mure en 1579, y avait fait renforcer les fortifications en y ajoutant une citadelle de hauteur, mais cette place avait également été reprise par Mayenne en novembre 1580, qui avait fait détruire les nouvelles fortifications et citadelle. La première citadelle de Puymaure à Gap fit l'objet en 1588 d'importants travaux d'agrandissement et de perfectionnement, commandés par Lesdiguières, sur un plan bastionné symétrique dû à l'ingénieur architecte piémontais Ercole Nigra, précédemment auteur des dessins des ouvrages neufs de La Mure. Reconnu depuis 1581 comme général en chef par l'ensemble des protestants du bas Dauphiné, Lesdiguières désirait s'emparer durablement d'Embrun, ville dont l'archevêque ligueur était son principal opposant dans la province. La prise d'Embrun eut lieu le 19 novembre 1585. Après avoir attiré la garnison à faire une sortie et l'avoir décimée en embuscade, les hommes de Lesdiguières purent prendre la place presque sans coup férir, après enfoncement de la porte de la citadelle par le capitaine pétardier Jean-Baptiste Gentil. Ce dernier a rédigé une relation de son rôle dans cet épisode militaire8 , décrivant la porte qu'il avait pétardée, contigüe à la citadelle (sans doute l'ancienne porte du Planiol), comme une poterne "estroicte dans une espesseur de murailles de quinze ou vingt pieds, le dehors estoit deffendu des pierres qu'on jettoit du donjon". Le donjon mentionné, qui contenait des poudres auxquelles le capitaine Gentil menaçait de mettre le feu pour en déloger les occupants, correspond à l'évidence à l'ancienne tour du palais, incorporée dans la citadelle en 1581 pour lui servir de réduit. Comme Gap en 1577, la ville d'Embrun fut mise à sac par les assiégeants à partir du 20 novembre 1585, sans incitation ni empêchement de la part de Lesdiguières, et le vandalisme porté sur les édifices religieux entraina la ruine du toit de la cathédrale, qui reconstruit en 1587-1588.

Ayant pu stabiliser la position de son parti à Embrun, alors même que Mayenne était nommé gouverneur royal du Dauphiné (1588), Lesdiguières, promu à son tour dans cette charge à l'avènement d'Henri IV, en aout 1589, fit entreprendre des travaux de fortification moderne à l'enceinte de ville dans les années 1589-1590. Ces travaux consistèrent en la construction d'un front bastionné avec fossé, formant un retranchement à l'intérieur du front nord de l'enceinte médiévale, depuis la porte de Gap (nord-ouest) jusqu'à la porte de Guillestre incluse (nord-est). Le fait que les églises Saint Marcellin, qui se trouvait à l'arrière de la porte de Guillestre, et Saint-Hilaire, située au nord de la ville médiévale, aient du être détruites pour faire place au nouveaux ouvrages prouvent qu'il s'agissait bien de ce retranchement intérieur, parti original et peu commun, sans doute justifié pour le concepteur non identifié de cette fortification (peut-être Ercole Nigra ?) par la trop forte proximité des hauteurs du Mont Guillaume au-devant du front nord. C'est un maître maçon entrepreneur local d'origine italienne, Guillaume Dioco, qui conduisit le chantier, comme le prouve une pièce comptable du 25 janvier 1591 : "...Me Guillaume Dioque, masson demeurant à Embrun (...) a dit et confessé avoir eu et reçu de Me (André) Perrinet, ci-devant receveur général (de Lesdiguières), et par les mains de Me Jacob Videl, de Crest, la somme de deux cent écus en diminution (solde) des cinq cent assignés par Mgr des Diguières audit Me Dioque de ce qui lui est dû pour le prix fait de la fortiffication d'Ambrun.."9 Après la fin de la Ligue, Guillaume Dioque , promu châtelain épiscopal de la ville d'Embrun travaillera à titre privé au château de Lesdiguières à Vizille en 1601-1602.

Profil de la ville d'Embrun en Dauphiné, 1608.Profil de la ville d'Embrun en Dauphiné, 1608. Le profil de la ville d'Embrun dessiné en 1608 par Jean de Beins, ingénieur du roi et géographe de Dauphiné et de Bresse, pris du même côté que la vue cavalière gravée de Belleforest de 1575, et de meilleure qualité pour l'exactitude du rendu topographique, permet de repérer une partie seulement des nouveaux ouvrages de défense bâtis entre 1581 et 1590. La citadelle y est exprimée de manière assez précise, comme un petit ouvrage de plan polygonal centré, développant côté ville un front tenaillé en étoile, sans fossé et incluant l'ancienne "tour du palais" ou "donjon". L'ensemble s'apparente à un fortin de dimensions restreintes, faiblement retranché, qui mérite mal le qualificatif de citadelle, impliquant en principe un ensemble plus développé intégrant des bâtiments militaires importants, dont un dévolu au siège du gouvernement de la place. Le dessin de Jean de Beins figure deux bâtiments militaires à l'intérieur de la citadelle : le plus au nord est l'ancien donjon, l'autre doit correspondre à un corps de garde pour le logement d'une petite garnison. Du côté extérieur à l'enceinte, cette citadelle apparait adossée à un bastion avec guérite en capitale, complété d'ouvrages extérieurs bas échelonnés. L'angle de vue choisi par Jean de Beins occulte entièrement l'enceinte basse retranchée construite en 1590 à l'intérieur du front nord de l'enceinte médiévale, l'avant-plan des maisons masquant à la fois ce retranchement et l'essentiel de la muraille médiévale, excepté trois tours dans la moitié ouest du front nord. La porte de Gap y est visible, précédée d'un ouvrage avancé de type demi-lune. Près de la citadelle, vers l'intérieur de la ville, sur l'ancienne place du Palais, le dessin figure un bâtiment important de trois travées, absent en 1575, évoquant une chapelle, qui semble devoir être identifié au temple protestant mentionné à cet emplacement, avec un cimetière, en dernier lieu en 1683, et démoli en aout de l'année suivante.10

Jean de Beins (1577-1651), auteur d'une importante série d'autres vues et cartes topographiques du Dauphiné et de ses places fortes, fut, à partir de 1600, le commis et l'élève de Raymond de Bonnefons (c. 1545-1607), ingénieur pour le roy en Provence, Daulphiné et Bresse. A la mort Raymond de Bonnefons, tué accidentellement en 1607, son fils Jean, qui avait été son adjoint comme "conducteur des ouvrages de fortifications " notamment à Antibes, lui succéda en Provence, en même temps que Jean de Beins obtenait le titre d'ingénieur et géographe pour le Dauphiné et la Bresse. Beins avait commencé son travail de cartographe et ses campagnes de relevés vers 1604 dans le territoire dont Raymond de Bonnefons avait la charge, et dans ses nouvelles fonctions, poursuivit son œuvre de cartographe topographe, qui semble prééminente sur son activité d'ingénieur fortificateur.

Embrun. [Plan de l'enceinte]. 1634.Embrun. [Plan de l'enceinte]. 1634.Deux figurations gravées d'Embrun, une en en plan et une autre cavalière, dues à Christophe Tassin, commissaire ordinaire des guerres, publiés chez Melchior Tavernier en 163411 , donnent en principe l'état des lieux vers 1630. Le plan, comme il est habituel chez Tassin, est vu très légèrement en perspective, prise du sud/sud-est, et ne figure que l'enceinte et les fortifications, à l'exclusion des rues, bâtiments et maisons de la ville. On y reconnait la citadelle figurée par Jean de Beins, dont le plan en étoile à 6 redans s'adosse à l'intérieur du mur de l'enceinte médiévale, représentant les trois quarts d'un plan centré complet. Elle intègre dans son aire intérieure restreinte un bâtiment en équerre qui n'est figuré qu'en plan. La tour carrée ou donjon, schématiquement figurée en relief mais sans toit et peut-être tronquée, fait saillie extérieure de l'enceinte de ville (comme sur la vue gravée de Belleforest), mais elle est incluse dans l'aire d'un large bastion à orillons qui flanque l'enceinte tout en couvrant le revers de la citadelle. Ce bastion existe déjà, sur le dessin de Jean de Beins, de même qu'une fausse-braie qui en borde le pied et une sorte de demi-lune dans l'axe du bastion, représentées d'une manière plus explicites par Tassin. Le plan gravé figure très clairement tous les autres ouvrages, intérieurs ou extérieurs, de tracé bastionné, dont l'enceinte avait été renforcée, en plusieurs campagnes depuis 1581. On note en premier lieu le retranchement intérieur bastionné nord construit vers 1589-1590 par l'entrepreneur Guillaume Dioque sur ordre de Lesdiguières, peut-être selon les plans d'Ercole Nigra, qui comportait quatre bastions et deux demi-bastions à orillons et angle de capitale très obtus, de dimensions assez modeste ; ce retranchement s'étendait à l'arrière de la porte de Guillestre, une seconde porte étant ménagée dans la courtine entre le bastion d'angle nord-est et le demi-bastion terminant le retranchement.

Toujours au nord et au nord-est, le plan de Tassin figure en outre un front bastionné extérieur avec fossé et chemin couvert, composé de quatre bastions à orillons deux fois plus vastes que ceux du retranchement intérieur, avec angle de capitale plus aigu, directement adossés au mur d'enceinte médiévale, deux d'entre eux, très rapprochés, encadrant la porte de Guillestre, nichée contre le flanc de celui de droite. On ne voit pas ce front bastionné extérieur sur le "profil" de la ville par Jean de Beins, mais cela ne signifie en rien qu'il n'existait pas en 1608 : comme le retranchement bastionné intérieur, il y est dérobé à la vue par l'avant-plan des maisons, du fait de l'angle choisi par l'ingénieur-géographe, qui a choisi de donner une vue réaliste de la ville en 1608 dans son site naturel et non un relevé en perspective "redressée" des ouvrages défensifs de la place forte. Un demi-bastion à orillon plus petit adossé à l'extrémité sud du front est de la muraille d'enceinte, figuré sur le plan Tassin, est en revanche absent du "profil" de Jean de Beins. Tassin indique aussi trois dehors apparentés à des demi-lunes: le premier devant la porte de Gap, déjà exprimé par Jean de Beins, à deux faces inégales, la face gauche très allongée, un angle de capitale aigu et un flanc à gauche. Les deux autres dehors concernent le front est, et sont figurés de plan hexagonal, l'un devant l'angle rentrant que forme de ce côté l'enceinte médiévale, l'autre, déjà cité, dans l'axe du bastion de la citadelle, également exprimé sur le "profil" de Jean de Beins. Le plan figure aussi un escalier en lacets taillé dans le roc escarpé en falaise qui retranche naturellement la ville au sud, escalier descendant jusque dans la plaine.

Embrun. [Vue en perspective de la ville]. 1634.Embrun. [Vue en perspective de la ville]. 1634. La vue perspective d'Embrun gravée par Tassin, prise du nord-ouest, de facture plus médiocre que le plan, est en partie en contradiction avec ce dernier : le retranchement intérieur parait ne comporter que trois bastions, mal dessinés, et ne se raccorde pas à l'enceinte médiévale comme l'indique le plan, ce qui doit être mis sur le compte de la maladresse du dessinateur. Plus significatif : le front bastionné extérieur du front nord / nord-est semble incomplet, ne comportant que trois bastions sur quatre, dont deux seulement, sur le front nord proprement dit, visibles sous l'angle choisi pour cette vue; dans une grande moitié ouest de ce front, jusqu'à la porte de Gap, l'enceinte médiévale n'est pas couverte par des ouvrages extérieurs, alors que le plan indique non seulement le 4eme bastion à orillons, entre le milieu et les 3/4 ouest du front nord, mais aussi un prolongement plus à l'ouest avec une courtine et une sorte de bastion sans orillons. Sur la vue, la porte de Gap est très mal dessinée, mais avec son ouvrage avancé, d'aspect sommaire.

Au terme de cet examen des sources graphiques, il faut considérer que le plan gravé d'Embrun n'est pas un relevé fait directement par Christophe Tassin sur les lieux, mais très probablement une adaptation d'un plan d'ingénieur quelque peu antérieur montrant un état de projet sans doute en cours d'exécution. Le tracé du retranchement intérieur, achevé dès 1590, est bien conforme à celui crédité par les rares plans d'Embrun de la seconde moitié du XVIIe siècle, donnant un état immédiatement antérieur à 1692 ou contemporain de cette date. 12 Plan d'Embrun avant le siège de 1692, non daté.Plan d'Embrun avant le siège de 1692, non daté.Le tracé des quatre bastions du front nord / nord-est extérieur l'est aussi, a cette réserve que le plan Tassin indique en partie entre les bastions des courtines en avant et indépendantes de l'enceinte médiévale, alors que tous les plans postérieurs montrent que les bastions étaient directement adossés à cette enceinte. De même, le prolongement ouest du front bastionné, au-delà du quatrième bastion, n'a jamais existé. Ont été réalisés en revanche le demi-bastion à l'extrémité sud du front Est, les deux demi-lunes avancées de ce front, et probablement celle filtrant l'accès à la porte de Gap, cette dernière étant exprimée par Jean de Beins et sur la vue nord-ouest de Tassin; pour autant cette demi-lune de la porte de Gap fait défaut sur les plans de 1692, tandis que celles devant le front Est sont indiquées, sur l'un d'eux, en pointillé. Au nombre des différences, on notera, sur ces derniers plans, dans l'angle rentrant du front Est de l'enceinte, la présence d'un bastion asymétrique à un orillon de flanc droit, bastion qui ne figure pas sur le plan gravé de Tassin.

Par ailleurs, on sait qu'en 1630, soit à peu près à l'époque d'édition du plan de Tassin, l'enceinte d'Embrun n'était plus entretenue depuis plusieurs années, au point que certaines parties étaient dans un état de délabrement alarmant : les « muralles (...) sont brisées en plusieurs endroictz". Il est "impossible d'aller sur icelles pour faire les rondes que la garde requiert. (...) La fortification, tant dedans que dehors les- dites muralles est ruinée et démolie, les ponts-levis et les portes brisés. (...) On ne peut pas assurer le service du Roy contre les dessaintz que les ennemis de son estat pourroient avoir sans que le tout sois prontement réparé et remis en estat" 13.

Faute d'information précise et concrète délivrées par les sources d'archives sur les campagnes de fortifications postérieures à 1591, responsables de la construction des bastions extérieurs, on doit proposer l'hypothèse d'une mise en œuvre de ce bastionnement et des dehors vers 1600, chantier apparemment non encore achevé en 1608 mais déjà très avancé. On notera à cet égard une requête des consuls d'Embrun adressée en 1604 à Lesdiguières, lieutenant général du roi en Dauphiné, mentionnant que "les nouvelles fortifications ont incommodé les anciennes fontaines de la ville (eaux captées du côté nord) souvent comme taries" 14. Dans ce cadre, le plan gravé de Tassin pourrait avoir comme source un plan manuscrit aujourd'hui perdu donnant l'état du projet en cours d'exécution ou d'achèvement remontant à 1610 au plus tard, six bastions à orillons ayant finalement été construits, dont un (celui de l'angle rentrant Est) n'était pas prévu au projet reproduit par Tassin, et un autre (celui de l'extrémité sud du front Est) pas encore bâti en 1608.15 On peut donc proposer une chronologie de construction de ces bastions entre 1600 environ et 1610-1615. La conception du projet et la supervision de son exécution, sous l'autorité de Lesdiguières et de son parent Jean de Bonne, seigneur de Veynes, puis de Vitrolles, gouverneur d'Embrun de 1593 à 1626, sont logiquement à mettre au crédit de Raymond de Bonnefons, compte-tenu de la fonction qu'il assure jusqu'à sa mort en 1607. On doit évoquer ici le front de terre de l'enceinte d'Antibes, en Provence, dont les bastions à orillons très semblables à ceux d'Embrun avaient été conçus par Raymond de Bonnefons en 1600 et construits à partir de 1603 sous sa direction, puis sous celle de son fils Jean de Bonnefons, jusqu'en 1611. Dans le cas d'Embrun, c'est à Jean de Beins qu'il faut attribuer l'achèvement du bastionnement extérieur, après 1607.

Embrun, plan interprétatif de la place forte vers 1630, mis à l'échelle sur fond de plan géométrique actuel, 2021.Embrun, plan interprétatif de la place forte vers 1630, mis à l'échelle sur fond de plan géométrique actuel, 2021.

La place forte de 1630 au siège de 1692 : démolition de la citadelle, démantèlement des bastions.

On ignore quelle fut l'importance des travaux de réparations demandés en 1630 pour l'enceinte d'Embrun, mais il ne s'agissait pas d'y ajouter de nouveaux ouvrages. A cette époque, Embrun était une place forte royale moyenne, toujours siège d'un gouvernement militaire territorial, au même titre que Grenoble, comme l'illustre la planche de plans de Tassin consacrée aux places du Dauphiné. Le gouverneur, de 1626 à 1635, était Jacques de l'Ollivier de Bonne de Vitrolles, seigneur de Réotier, gendre et héritier de son prédécesseur. Pour autant, cette époque correspondant au règne de Louis XIII et au ministère du cardinal de Richelieu, s'est aussi affirmée, à partir d'une déclaration royale daté de Nantes le 31 juillet 1626, dans une politique d'économie sur les dépenses liées aux places fortes, et par des démantèlements de forteresses privées ou publiques jugées d'intérêt secondaire, non frontalières, ou considérées comme repaires potentiel de sédition. Les ordres de démolition de places de sûreté protestantes consécutifs aux clauses de la Paix d'Alès, en 1629, s'étendirent à divers châteaux et forteresses notamment en Dauphiné. Un arrêt du conseil d'Etat du 26 janvier 1633 fixait le nombre, solde et entretien des places de guerres conservées dans ce secteur, au nombre desquelles Embrun et Gap eurent droit à un gouverneur et un sergent major, et 200 livres de solde; le même arrêt signifiait aussi la volonté royale que soit rasés et démolis vingt châteaux et forteresses, certains avec garnison, dont Pipet, La Bâtie de Vienne, tour et château de Crest, Livron, les châteaux de Nyons, Serre et Queyras, etc... Cette liste ne compte qu'une seule citadelle, de construction récente, celle d'Embrun16 . En enclave dans la ville et fortifiée contre elle, sans valeur défensive ajoutée pour l'enceinte, et de faible capacité, la citadelle d'Embrun fut sans doute alors jugée inutile, notamment en termes d'entretien. De plus, elle n'avait pas bonne réputation aux yeux des habitants, rappelant les épisodes de tension politique et religieuse et de guerre civile du passé récent. La paix revenue, en 1604, soit à l'époque de la construction des fronts bastionnés extérieurs, les consuls d'Embrun, s'étaient plaints des abus commis par le capitaine logé dans cette citadelle : "le capitaine Arnoux Philibert, gouverneur de la citadelle d'Embrun confisque à son profit (...) la fontaine de la rue Neuve (...) alors qu'il y a pour l'usage de la citadelle une bonne citerne"17

Dès août 1633, Louis XIII "désirant (...) gratiffier et favorablement traiter lesdits pères capucins et leur donner moyen de fonder et establir un couvent de leur ordre dans son pays de Dauphiné sur le chemin d’Italie, leur a accordé et faict don du lieu et place où estoit cy devant bastie la citadelle d’Embrun, laquelle depuis naguères elle a faict démolir, ensemble de tous et chascuns les matériaux provenantz de ladite démolition pour icelle achever,construire et édiffier en ladite place ung monastère de leur ordre (…)"18. Construite en partie en 1647, pavée en 1654, l'église du couvent des Capucins s'est effectivement implantée à l'emplacement de l'ancienne citadelle, en limite de la parcelle du temple et du cimetière protestant, mais bien détachée de la gorge du bastion de la citadelle (alors renommé bastion des Capucins) et de l'emplacement de l'ancien "donjon". Ce dernier ne semble pas avoir été entièrement rasé, son soubassement qui servait de magasin à poudres en 1585 parait avoir été conservé et en partie enterré dans le terre-plein du bastion. En 1668, un prix-fait concerne la construction du réservoir du couvent, ce qui laisse à penser qu'il était différent de la citerne de la citadelle mentionnée en 1604.

L'état de la place forte d'Embrun ne semble avoir fait l'objet d'aucune remise aux normes, hors entretien ordinaire minimal, jusqu'aux troubles qui suivirent la révocation de l'Edit de Nantes (1685) et aux débuts de la guerre de la Ligue d'Augsbourg. En 1689, devant les menaces d'invasion de vaudois persécutés par le duc de Savoie Victor-Amédée II, le maréchal de camp commandant en chef en Dauphiné Louis Lenet, marquis de Larray, replié à Embrun, aurait fait réparer des brèches de l'enceinte.

En juillet 1692, Nicolas de Catinat, commandant en chef de l'armée du roi, prévenant une invasion en Dauphiné de l'armée du duc de Savoie, et l'ayant supposée d'abord ciblée sur la forteresse de Pignerol, réalisa tardivement que le gros de l'armée ennemie avait pour visée la place d'Embrun, démunie et mal entretenue. Un état des lieux constatait l'abandon des terre-pleins des bastions du front nord à des jardins et vergers de particuliers, et le fait que le retranchement bastionné intérieur était "tout délabré et de nul usage dans l'état présent" 19 ; Catinat et Larray, en l'absence du gouverneur d'Embrun Antoine de Lafont de Savines, s'employèrent dans l'urgence à réapproprier ces ouvrages à la défense, et Larray fit rapatrier à Embrun plusieurs régiments placés sous l'autorité du sieur de Bachivillers, brigadier des armées du roi commandant en Embrunais, Queyras et Briançonnais. A l'approche de l'ennemi, fort de 20.000 hommes le 4 aout, les régiments de la Marine, des Irlandais, de Quercy, de Navarre et d'Argenson, moins de 3000 hommes en tout, furent répartis sur les divers ouvrages de l'enceinte, y compris sur le retranchement intérieur, la place d'Embrun ne disposant que de dix canons, sans réserves de munitions. Le siège proprement dit commença le 6 aout, les cantonnements des troupes ennemies : Savoyardes, Espagnoles, Allemandes, Piémontaises, encerclant la ville à distance, et dura jusqu'au 16, jour de la reddition. Un plan contemporain exprime ces positions et les opérations de siège.

[Plan du siège d'Embrun en 1692.].[Plan du siège d'Embrun en 1692.]. L'assaillant attaqua la place par des tranchées et tentatives de mine, et par des batteries de campagne implantées à l'est et au nord-ouest, mais les tirs de ses huit pièces de canons, renouvelés presque tous les jours à partir du 9, ne firent pas brèche dans les murailles. Les tirs d'infanterie, sur les remparts ou lors des sorties de la garnison (la nuit du 11) avaient fait plusieurs dizaines de victimes de part et d'autre. La garnison put évacuer la place avec armes et bagages et 50 mulets, en toute sûreté. L'ennemi occupa la place, en effectif réduit, jusqu'au 18 septembre, mais un mois plus tôt, il avait commencé à combler ses tranchées de siège et à percer des mines en vue du démantèlement des fortifications. La situation de la place est résumée le 27 aout dans une lettre de Catinat: "Embrun a esté pris sans estre ouvert et n'a receu de dommage dans sa closture que celui que le canon a fait dans les créneaux et les trous des mines prestes à jouer aux ouvrages extérieurs devant les Capucins. Si M. de Larray se fust laissé ouvrir, il eust esté sans ressource de capitulation de ce costé-là, et sa défense n'a pu estre que d'empescher les approches par la vivacité de son feu et la vigueur de ses sorties. Quiconque verra Embrun trouvera que c'est en avoir tiré un parti bien avantageux que de l'avoir fait durer dix nuits de tranchée ouverte"20. La relation détaillée du siège et de l'occupation, jusqu'à la retraite de l'armée ennemie, rédigée par le sieur Robert, ingénieur de la place d'Embrun, précise que le 14 septembre l'ennemi commença à faire jouer les mines pour mettre à bas les bastions de la ville, et que le 18 après midi, on acheva de faire jouer les mines, pour mètre à bas les bastions, les murailles et les tours de la ville, et la garnison se retira avec les autres troupes qui restoient 21. Ce démantèlement par la mine est également mentionné de façon circonstanciée dans le mémoire rédigé par les magistrats et habitants d'Embrun le 25 septembre 1692 pour exposer leurs doléances pour les dommages subis à la suite du siège : " le seize du mesme mois d'aoust son Altesse Royalle (le duc de Savoie) entra lui mesme dans la ville avec la garnison du régiment de Montferrat dont M. le marquis de la Roque estant le colonel il a esté fait gouverneur de la ville d'Ambrun jusque au dix-huitième du mois de septembre suivant, que l'armée de S. A. R. et de ses alliés s'est retirée apprès avoir fait abbattre, esbouler, et entièrement ruiner à force de mines les sept demy lunes et bastions du dehors et fait encore sept grandes bresches aus murailles de la ville surtout aux endroits des deux principales portes (...) et aux autres endroits où il y avait des tours et autres élévations aux murailles" 22. Les sept ouvrages mentionnés correspondent aux six bastions et au demi-bastion à orillons flanquant l'enceinte sur les deux tiers est du front nord et sur l'ensemble du front Est, cotées de 1 à 7 en partant du demi-bastion sud-est sur un plan de 1692.23 Ne sont pas considérées les trois demi-lunes, soit les deux en avant du front est, peut-être détruites par les assiégeants, ou déjà ruinées faute d'entretien avant le siège (indiqués en pointillé en cotées 11 et 12 sur le même plan de 1692), la troisième étant celle de la porte de Gap, dont on a vu qu'elle ne figurait plus sur les plans de la place en 1692, plan du siège et plans de l'état avant le siège.

Le rétablissement de la place : les projets de Vauban, 1692-1700

Plan d'Ambrun en l'estat que les ennemis l'ont laissé, 3 décembre 1692.Plan d'Ambrun en l'estat que les ennemis l'ont laissé, 3 décembre 1692. Un Plan d'Embrun en l'état que les ennemis l'ont laissé, dressé par un officier du génie, Chapotot, le 3 décembre 1692, semble destiné à renseigner le mémoire rédigé par Vauban le 9 décembre 1692, à l'appui de son premier projet pour rétablir la fortification d'Embrun24. Ce plan montre les fronts bastionnés extérieur et le retranchement intérieur en ruines, les bastions sont exprimés en terres coulantes, avec des traverses de terre dans cinq de ceux de l'extérieur (nord, nord-est).Ces traverses devaient avoir été construites immédiatement avant le siège, en urgence, elles ne figurent pas sur les plans antérieurs. La légende du plan indique neuf brèches de 6 à 7 toises de large, (cotées A à I) percées dans le mur d'enceinte ou "grande muraille" en différents points des fronts nord et Est, dont deux à la place de la porte de Briançon et de la porte de Gap, entièrement détruites. Le plan indique une partie encore revêtue dans le retranchement bastionné intérieur, à l'extrême ouest, près de la porte de Gap, qui pourrait correspondre à un début de réparation (les deux bastions concernés n'ont plus d'orillons). un petit front en tenaille entre deux bastions à l'extrême ouest de l'enceinte intérieure, près de la porte de Gap. Ce plan donne le détail d'un profil de la grande muraille et de celle qui se doit faire au droit des brêches. Un seul bastion y est nommé, celui des Capucins.

Dans son mémoire, Vauban donne une description de l'enceinte et des ouvrages ruinés, indiquant au passage que la réparation des brèches a commencé : " La partie de son circuit qui borde la prairie commune (front sud) en A-B est escarpée à plomb de 18 à 20 toises de haut et très facile à rendre inaccessible. Le surplus du circuit est uniquement fermé d'une muraille à parement de moilon brut élevé à plomb des deux costé de 22-23 à 24 pieds de haut sur 51/2 d'épais. Le dessus de cette élévation est surmonté d'un petit parapet de 6 pieds de haut sur un et demy d'épais, et percée de trois pieds l'un de l'autre de créneaux très mal faits, le tout sans aucun terrassement; elle avoit cy-devant quelques petites tours que les ennemis ont en partie fait sauter mais dont les flancs consistoient en un seul créneau. Il n'y avait autrefois point de fossé, mais quand on fit les pièces bastionnées qui sont tout à l'entour on en fit un très petit qui n'est pas continué et qui n'a que 5 à 6 ou 7 pieds de profondeur au plus, encore est-il à demy comblé, et tout défiguré aussy bien par les huit mauvaises petites pièces (bastions) 1-2-3-4-5-6-7-8 dont partie ayant été demolies par les nostres, les ennemis ont achevé le reste et tout abbattu leurs revestements, en quoy il n'y a pas grande perte, attendu quelles etoient toutes mal placées, petites écrasées, plongées et enfilées de tout côté et si près les unes des autres qu'il y avait des lignes de défense qui n'avaient que la portée d'un jet de pierre, le tout sans figure de chemin couvert ny fausse porte ny autre moyen de se pouvoir tenir derrière les parapets de la grande muraille que par des eschaffauds qu'on y avait faits que les ennemis ont brulez aussy bien que les portes de la ville qu'ils ont fait sauter, et quatre autres breches de 7 à 8 toises chacunes qu'ils ont faites et qui ne sont qu'à demy réparées du surplus" 25.

Vauban revient sur la position très désavantageuse du front nord et dresse un portait peu flatteur tant de la ville que de ses assiégeants : " Voilà la figure très véritable d'une des plus mauvaises places qui se puissent voir et qui avec celà n'a pas laissé de soutenir dix jours d'attaque étant dénuée de toutes chose. A la vérité la faim, la soif, la rudesse du pays et la difficulté des accès, le manque de gros canons et de bombes (côté assaillants) ont beaucoup contribué à sa défense, sans quoy la garnison n'auroit pu éviter de se voir à la discrétion de l'ennemy trois jours après le canon en batterie; les plus grosses pièces dont ils se sont servis ne portaient que dix livres de balle et les bombes 5 à 6 pouces de diamettre, ils ont fort peu tiré de l'un et de l'autre (...)il est bien certain que la place fust très mal reconnue par des gens qui n'y entendaient rien (...)peu s'en est fallu que celle-cy n'aye fait un affront très considérable à M. de Savoye, celà prouve encore qu'une mauvaise place en ce pays-cy l'est bien moins que dans un autre, et que pour estre defectueuse il n'en faut pas négliger la deffense (...) Au reste cette ville quoique le siège d'un ancien archevêché est très petite, pauvre mal peuplée, n'y ayant pas plus de 120 maisons habitées présentement, en tout 352 habitées ou abandonnées, outre la maison de l'archevêché et des Jésuittes l'une et l'autre assés bien bâties, quelques maisons de chanoines, les cordeliers, les capucins, les filles de la visitation, le reste est très peu de chose".

Ambrun. Premier projet. [Plan du premier projet Vauban pour Embrun], 14 décembre 1692.Ambrun. Premier projet. [Plan du premier projet Vauban pour Embrun], 14 décembre 1692.Les instructions données à la suite constituent le premier projet de Vauban pour le rétablissement et le perfectionnement de la place, fortifications et bâtiments militaires, en 41 articles, pour un coût total estimé à 433.017 livres. Quatre planches de plan -deux plans d'ensemble et deux détails- datées du 14 décembre, illustrent ce projet général, qui ne conserve aucun des sept bastions démantelés des fronts extérieurs nord et est, et y substitue huit ouvrages plus petits, certains détachés, occupant des emplacements analogues ou décalés. Sur l'ensemble des fronts nord et Est, la vieille muraille d'enceinte conservée doit être renforcée par l'adossement intérieur d'un épais rempart de terre avec banquette d'artillerie, excepté dans l'angle rentrant du front Est, où cet aménagement obligerait à démolir des maisons contiguës à la muraille. Sur le front nord, le problème ne se posait pas car les maisons étaient tenues à distance par l'ancien retranchement bastionné intérieur, dont la suppression quasi complète est prévue, à l'exception d'un segment déjà en partie réparé à l'extrémité ouest, proche de la porte de Gap, formé d'une courtine encadrée de deux demi-bastions, autrement dit un retranchement en tenaille (n°20), à l'arrière de l'angle arrondi nord-ouest de l'enceinte médiévale, flanqué d'une tour ancienne (n°16-17). Au nord-est de l'enceinte, Vauban propose la destruction-reconstruction du front de la porte de Briançon (n°9) en retrait de l'ancien, en ajoutant une demi-lune (n°26) devant la nouvelle porte : "parce que la vieille enceinte fait une avancée inutile (...) exposée aux plongées de la grande hauteur de la gauche (...) cette partie étant d'ailleurs vuide de maisons, mon avis est de la retrancher et de la retirer, la restituant par un mur de solidité et élévation égale à la vieille réparée et de l'armer de deux tours bastionnées sur les deux angles figurés au plan général et particulier 10-11 et bâties de bonne et solide maçonnerie". Une troisième tour bastionnée (n° 37) est proposée sur le milieu du front nord, proche de l'emplacement de l'ancien bastion de Navarre. Chacune de ces trois tours doit être couverte par une contregarde (n°10, 41, 26). Les tours proposées correspondent à l'un des deux plans-type de tours bastionnées conceptualisés par Vauban pour les places-fortes des Alpes, en l'occurrence de plan en fer-à-cheval avec éperon à la base en capitale. [Plan du projet des tours bastionnées d'Embrun], 14 décembre 1692.[Plan du projet des tours bastionnées d'Embrun], 14 décembre 1692. Celles d'Embrun, à niveau casematé unique voûté à l'épreuve des bombes surmonté d'une plate-forme à ciel ouvert avec parapet à créneaux et embrasures, sont les premières imaginées, avant celles proposées en 1700 pour Colmars, Seyne, Fenestrelle, Saint-Vincent et Guillaumes, à deux niveaux casematées et plate-forme couverte d'un toit. L'article 10 du projet précise que "ces trois tours vaudront autant que des petits bastions, puisqu'elles pourront présenter trois pièces de canon sur chaque flanc (...) serviront d'excellent magasins à tous les endroits non attaqués. Leurs galeries en communication (galerie d'accès au niveau casematé traversant le rempart intérieur), qui serviront de double magazin seront autant de bonnes traverses qui empêcheront que l'on soit vu le long des courtines".

A l'emplacement du bastion des Capucins, le projet propose un bastionnet pentagonal (n°7) sur le tracé d'un ouvrage apparemment récemment construit (lors des travaux de mise en défense préalables au siège ?) à l'intérieur du bastion (n° 2 sur ce plan), à la manière d'un cavalier, et porté sur deux des plans de l'état des lieux en 1692, avant le siège et après le démantèlement. L'article 11 du projet donne des précisions : "Derrière le couvent des Capucins il y a un vieux bastiment qui a autrefois servy de citerne ou de réservoir d'eau à la citadelle d'Embrun disparue depuis longtemps (Il s'agit du soubassement de l'ancien "donjon", d'abord réserve de poudres, puis citerne enterrée), il est encore assez bon pour faire l'un et l'autre ou au moins un bon et ample souterrain, c'est pourquoy le voûter et cimenter et relever la petite pièce 7 ( bastionnet ou cavalier dans l'ancien bastion à orillons démantelé) qui l'enveloppe, la revêtir et terrasser, et les souterrains aussy, luy faire un parapet de 12 pieds d'épaisseur tout compris et bien aplanir son terre-plein qui remplira toute la capacité de la pièce, et luy faire une banquette du surplus, l'élever à hauteur du vieux mur racommodé". Le demi bastion de l’extrémité sud du front Est ne doit pas être rétabli à la place qu’il occupait, mais en arrière, le projet comportant une brisure d’alignement rentrante de la muraille à reconstruire, à la suite du bastion des Capucins, "parce qu'il est nécessaire de faire un flanc convenable à la droite (du bastionnet 7), qui puisse luy donner une deffense directe, rompre la partie du vieux mur 13 et la restituer par l'érection de la courtine et du flanc 14 (demi-bastionnet) qui sera revêtu par un équivalent de pareille solidité et élévation que la précédente (pièce 7) qu'il faudra aussy terrasser de même et retourner le revêtement de ce bastion le long du bord du précipice".

S’agissant de la muraille d’enceinte médiévale, conservée continue et plus haute que les ouvrages bastionnés qui la défendent dans ce projet (sauf pour les tours) comme elle l’avait été dans les réalisations antérieures fin XVIe début XVIIe siècles, elle doit subir d’autres adaptations que le rempart adossé à son revers, nécessitant la construction de contreforts intérieurs : "reformer les parements et les revêtir bien proprement afin qu'elle puisse soutenir un rempart, lui faire des contreforts de 7 pieds de long sur 6 de large (...) terminer leur élévation à deux pieds au-dessous du cordon. Le cordon n’existe pas dans l’état des lieux et le vieux parapet, qui est trop foible et ne vaut rien, est à démolir (…) jusqu'à la pleinte (chemin de ronde d’arase), y remettre (…) un cordon et y rebastir un nouveau parapet de 3 pieds et demy d'épais sur 7 et 1/2 de haut élevé à plomb (…) Percer ce nouveau parapet de créneaux espacés de 10 pieds de milieu en milieu sur les faces et de 6 en 6 sur les flancs, le bas ou appuy (...) elevé de 3 pieds 8 pouces au-dessus de la banquette, l'ouverture intérieure étant de 18 pouces, l'extérieure de 4, la hauteur intérieure de 2 pieds et l'extérieure de 3, compris un pied de soubaissement de l'appuy au dehors".

La vulnérabilité du secteur nord-ouest de l’enceinte, enfilé et plongé depuis les hauteurs immédiatement dominantes (le Mont Guillaume) creusées de deux ravines avec torrents, justifie une défense échelonnée en profondeur. Celle-ci est assurée en arrière par l’achèvement de la reconstruction de la partie nord-ouest du retranchement intérieur en tenaille (19-20) qui est à à élever à l'égal de la vieille muraille, celle-ci, dans sa partie coudée (16-17) au raccords des deux demi-bastions du retranchement, devant être percée d’arcades de pasage du fossé du retranchement, mais aussi remparée et contrefortée. A l’extérieur et en avant, "sur une hauteur très préjudiciable à la place, d'où l'ennemy la pourroit fort incommoder sans qu'on puisse aller a lui ny le déloger , Vauban propose de faire une redoute revêtue 21 (en fait un petit ouvrage pentagonal évoquant une petite demi-lune ou lunette) avec (...) une traverse en la capitalle de maçonnerie de 4 pieds d'épais".

De plus, un nouveau bastion (18) est prévu à la droite du coude (16-17) de l’enceinte26 , en prolongement extérieur du demi-bastion droit du retranchement, avec un cavalier à l’arrière.

Outre les trois contregardes couvrant les tours bastionnés, le projet Vauban comporte trois autres ouvrages détachés dans le fossé, soit des demi-lunes : celle (26) de la nouvelle porte de Briançon projetée, une autre (27) dans l’angle rentrant du front Est, la troisième, devant la porte de Gap, reprenant dans le projet le plan de la demi-lune asymétrique déjà figuré par Tassin vers 1630, dont on peu supposer que subsistaient des infrastructures, bien qu'elle soit absente des plans de peu antérieurs et contemporains du siège; Vauban qualifie cet ouvrage projeté de demi-corne de Gap, et préconise (à la différence de l’ouvrage figuré sur Tassin) de le raccorder, seulement par la droite, au corps de place, dans l’axe de la face du demi-bastion gauche du retranchement, par une " muraille simple et non terrassée (…) percée d'arcades pour le passage des eaux de la ravine". Le projet comporte en outre, complétant les dehors, un chemin couvert, au dessus de la contrescarpe du fossé, tout atour des fronts Nord et Est, depuis la demi-corne de Gap à l’ouest, jusqu’à l’escarpement du roc au sud-est. Ce projet de chemin couvert, à places d’armes saillantes et traverses, n’est discontinu dans le projet qu’au droit des deux ravines nord-ouest, isolant sa partie enveloppant la « redoute » n°21.

Enfin, dans un souci de créer une communication stratégique de la place à la Durance, Vauban propose de faire une vaste demi-lune pentagonale, dite des Prez (36), retranchée par un fossé avec chemin couvert, du coté du précipice, au pied de la falaise, ouvrage accessible par la vieille descente derrière la maison du gouverneur , taillée dans la falaise, qui est à rétablir. Cette descente rupestre et tortueuse en escalier est figurée sur le plan gravé de Tassin, qui n’indique en revanche aucun ouvrage en bas, pas plus que les plans 1692 antérieurs au siège. Pourtant Vauban mentionne son projet de la demi-lune des Prez comme le rétablissement d’une vieille pièce qui est au bas de la descente.27 Cette demi-lune doit permettre de défendre une sortie de la place vers une chaussée à créer allant jusqu’à un pont, également à créer, franchissant la Durance, pont à défendre par la construction de deux tours-réduit crénelées.

S'agissant des bâtiments militaires, ce premier projet Vauban ne propose pas la construction de magasins à poudres, cet usage pouvant être assuré par les souterrains d'accès aux tours bastionnées, et par le niveau inférieur de la grande tour maitresse de l'Archevêché, ou tour Brune, qu'il est question de mettre à disposition de la défense de la place et de voûter à l'épreuve des bombes. Vauban ne fait qu'évoquer allusivement un projet de caserne, sans l'inclure formellement au projet général, sans doute pour ne pas alourdir l'estimation de la dépense et privilégier la fortification: " Quoiqu'il n'y ait point ici de cazerne, il serait très à propos d'en faire pour un ou deux bataillons, cette ville étant cruellement fatiguée de logements, en ce cas il y aura place pour les mettre près des Capucins."

Ambrun. 2e projet. [Plan du second projet Vauban pour Embrun], 14 décembre 1692.Ambrun. 2e projet. [Plan du second projet Vauban pour Embrun], 14 décembre 1692. Sans doute invité par Le Tellier, secrétaire d’Etat à la guerre, à faire une proposition plus économique, Vauban rédigea le 16 décembre un autre projet en 16 articles, chiffré à 240.263 livres28 , et illustré d'un plan du 2e projet, daté du14 décembre, donc antérieur à la rédaction des articles. Il n'est plus question de reconstruire le front de la porte de Briançon en retrait, ni de construire des tours bastionnées et des contregardes, mais de réemployer les masses terrassées en place des bastions antérieurs, dont il s'agit de rétablir les revêtements démantelés, en améliorant un peu le tracé, ce qui était évidemment beaucoup moins coûteux en termes de travaux de terrassements : "Relever toutes les pièces démolies et les rétablir suivant la correction marquée au plan, les revêtir en maçonnerie seiche de l'épaisseur et élévation prescrite par le profil (A) et conditionnée comme proposé au 12e article du projet et l'incruster d'un pied d'épais de maçonnerie à mortier de chaux et sable observant de luy faire des contreforts et de lever ledit revestement de 12 pieds au dessus de la retraite, les terres arrangées derrière à l'ordinaire (...)revestement surmonté de 8 pieds de gazon (...) avec des parapets de bonne terre de 12 pieds d'épais traversé autant que besoing sera ..."

S’agissant de la muraille d’enceinte ancienne du corps de place, la proposition, encore objet du premier article de ce second projet, semble minimale, mais n’en est pas moins le poste le plus coûteux (58.480 livres), par ce qu’il comporte toujours le remparement systématique et les contreforts intérieurs liés : "Il n'y a qu'à laisser tous le gros mur en son entier comme il est, se contentant d'en réparer les bresches, y faire des contreforts et un parapet de maçonnerie, le terrasser comme il en requiers par le 1er article du (premier) projet, et le traverser frequemment de terre soutenue de petits murs de pierre seiche". L’approfondissement des fossés et le revêtement de leur contrescarpe, objet des articles 3 et 11, reste également l’une des plus grosses dépenses.

Est toujours inclus au programme l’achèvement du rétablissement de la partie nord-ouest de l’ancien retranchement bastionné intérieur, en forme de tenaille (art. 5), observant d'achever son revestement de maçonnerie seiche comme celle des autres pièces, mais Vauban propose en outre, faute de reculer le front de la porte de Briançon et d’y ajouter une demi-lune, de rétablir la portion de l’ancien retranchement intérieur située à l’arrière de cette porte, en lui donnant la forme d’un ouvrage à cornes intérieur fossoyé (art. 6).

La demi-corne de Gap est toujours également au programme (art. 4), à l’identique du premier projet, et à son sujet Vauban précise cette fois qu’il s’agit bien de la réfection d’un ouvrage préexistant : "Rétablir la pièce de Gap (16) comme il est proposé par le grand projet et la revestir de muraille seiche comme les autres, surmontée de 3 pieds de gazon, la bien traverser et faire son parapet de 12 pieds d'épais".

Les autres articles proposés à l’identique du premier projet sont le chemin couvert des fronts nord et est dans son principe (art. 12), et tout ce qui est proposé au bas du précipice concernant la demi-lune (des Prez, 36), chemin couvert, la chaussée, les redoutes et le pont sur la Durance (art. 15).

Le principal ouvrage du premier projet supprimé dans le second est la redoute ou lunette (21) avec chemin couvert, initialement proposée sur la pente en avant du coude nord-ouest de l’enceinte ; on note aussi l’abandon, dans le même secteur nord-ouest, du nouveau bastion qui devait prolonger hors enceinte la face du demi-bastion droit du retranchement intérieur. L’article 16 du second projet donne des indications précises sur le rétablissement des bastions des fronts nord et est, numérotés de 1 à 7 en partant du nord-ouest (ce qui fixera leur nomenclature définitive), tous fermés et surplombés à la gorge par la muraille d’enceinte, dont certains sont proposés détachés à la manière de demi-lunes : "Observer en rétablissant les pièces 1)de leur couper tous les orillons comme inutiles, 2)de corriger leur deffence et la rendre plus dégagée en faisant qu'il n'y ait point de flanc perdu, 3)de ne point faire le demy bastion (…) 7 mais de le raser tout à fait, 4) de donner une autre figure au bastion 6 (des Capucins) qui luy soit plus convenable (abandon du projet de bastionnet à haut revêtement, pour un bastion bas et plus large, remployant le terrassement de l’ancien), 5) de supprimer le 5 (bastion de l’angle rentrant Est) et le convertir en demy-lune tout à fait détachée de la place, 6) de reformer aussy la figure de 1 (dessiné asymétrique, avec flanc uniquement à gauche), 7)de détacher les 1-2 à demy (chacun un flanc bas détaché du corps de place) et les 3-4 tout à fait (comme des demi-lunes), ce afin que les vieux murs leur puisse servir de retranchement, 8) d'attacher les deux retranchements (intérieurs, au revers du coude nord-ouest et de la porte de Briançon) au corps du vieux mur sans toucher à son rempart, dont les bords seront soutenus comme il est figuré au plan, et les pièces corrigées de même, et 9) d'aplanir du mieux qu'on pourra les environs nuisibles de cette place (…) et de bien dépouiller le roc notamment devant l'attaque des Capucins..."

Le second projet est plus précis que le premier sur le casernement nécessaire (art. 14), qui n’est cependant pas dessiné sur le plan : "Un couvert (aile de caserne) de 20 toises de long six de large eslevé de 3 étages le rez-de-chaussée compté pour un. Plus accommoder le réservoir des Capucins (ancien soubassement du « donjon » de la citadelle, enclavé dans le bastion 6) en souterrain bien sec, et lui faire une communication voûtée comme les proposées au grand projet". Cet article est estimé16.404 livres, en incluant l’appropriation de la Tour Brune de l’archevêché en magasin à poudre. L’emprise du projet militaire sur le couvent des Capucins ne se limite pas à la mitoyenneté de la caserne projetée et à l’appropriation du souterrain : l’article 10 prévoit de prolonger la galerie de ce même couvent jusque sur le parapet du rempart afin qu'elle puisse servir de traverse. Il s’agit d’une aile de galerie qui refermait au sud l’arrière-cour du couvent.

L’exécution de certains des articles ce second projet était bien avancée le 25 septembre 1700 lorsque Vauban présenta à Le Tellier une addition à ce projet plus étendue et plus parfaite, en vingt-trois articles, pour un coût de 744.061 livres 16 d. 8 s 29. (le cours de la livre avait été fortement dévalué depuis 1692). La lettre de présentation et les nouveaux articles sont accompagnés d’un plan exprimant à la fois les réalisations faites depuis huit ans, et les nouvelles dispositions proposées. Plan d'Embrun pour servir au projet de 1700. [Plan d'Embrun pour le troisième projet Vauban], 1700.Plan d'Embrun pour servir au projet de 1700. [Plan d'Embrun pour le troisième projet Vauban], 1700.On y observe que les bastions 1 à 6 sont en partie réalisés (revêtements, fondation en piliers alignés des traverses maçonnées en capitale, non prévues en 1692), et à finir, en raccordant au corps de place ceux détachés (ou demi-lunes, 3-4-5), par des flancs retirés, tout en maintenant un fossé intérieur entre muraille et gorge. Le bastion des Capucins (6) doit être achevé en le dotant d’un cavalier de même plan, sans doute sur les bases de celui qui existait déjà en 1692. La demi corne de Gap (16) est à finir (traverses, corps de garde), le retranchement intérieur 8-9 est commencé (revêtement) et reste à terrasser, le terrassement du front nord de la vieille enceinte est en partie réalisé, ainsi que les poternes en souterrain casematés le traversant pour communiquer aux bastions.

On observe sur le plan la présence d’un magasin à poudre neuf, achevé, au sud-est, à l’arrière du jardin des Capucins. Ce magasin, non coté, ne faisant partie d’aucun des deux projets de 1692 , on doit admettre que sa construction avait été décidée dans l'intervalle, faute de pouvoir convertir à cet usage la Tour Brune de l'archevêché. Le casernement à deux étages, à l’ouest des Capucins, est en partie construit (non coté), son développement en longueur valant cinq corps de caserne cumulés. La porte de Briançon est en cours de construction (passage et RC du corps de garde de droite réalisés), sur un modèle monumental et symétrique représentatif des places-fortes royales contemporaines. De même, les additions au projet comportent une mise aux normes de l’autre porte : reculer la vieille porte de Gap 16 de 4 pieds et rebastir sa façade comme celle de Montdauphin, y ajouter un pont-levis, démolir le corps de garde provisionnel de lad porte, le repasser de l'autre costé... Le chemin couvert est au mieux à peine commencé, la demi-lune des Prés ne l’est pas (36). Le principe du retranchement intérieur en tenaille à l'arrière de la porte de Briançon semble abandonné par Vauban, pour faire place à un nouveau projet de pavillons d’officiers (21-22) au même emplacement.

Dans sa lettre de présentation du projet, Vauban justifie les changements proposés, dont certains –concernant la mise en œuvre- déjà intégrés : "Des deux propositions qui furent faites (en 1692), celle qu'on a suivie est la 2e qui étoit fort simple (...) on l'a bonifiée en changeant le revestement de pierre sèche en revestement solide. C'est en conséquence de ce bon commencement que j'ay travaillé sans rien changer au plan ny adjouter que les pièces proposées au premier projet, sçavoir 15 (demi-bastion sud-est, antérieurement et autrement coté n° 7) , 21 (lunette dite redoute « des vignes » en avant du coude nord-ouest de l’enceinte) , 36 (demi-lune « des prez » 30) tout le reste n'est que la perfection dudit (2e) projet, aux façons duquel j'ay adjouté : 1° le rempiètement de la vieille muraille que j'ay trouvée trop foible et trop élevée en beaucoup d'endroits surplombant en d'autres outre que l'approfondissement du fossé découvre un mauvais roc, 2° un rehaussement des revestements avec un cordon et un parapet de maçonnerie de toutes les pièces bastionnées, ce qui les agrandit (...) et supplée au déffaut du gazon qui ne vaut rien en ce pays-cy, 3° le revestement (contrescarpe) du fossé en le faisant de maçonnerie à mortier de chaux et sable au lieu de maçonnerie sèche qui ne se soutient pas (...) J'ay marqué un 3e magasin à poudre 14 (au sud-ouest de l’enceinte) comptant le souterrain (des Capucins) pour un, mais je suis d'avis d'en faire encore un quatrième (…) en faveur des entrepots que l'on fera icy. Je marque aussi huit corps de cazernes 10-11(2 corps chacun, à l’arrière de la porte de Briançon)-37 (4 corps en un, à la gorge du bastion 1) à faire outre les cinq qui sont commencés, parce qu'il en faut pour loger deux gros bataillons et plus à cause des fréquents passages qui ruinent ces peuples icy et ont deserté la ville. Je n'ay marqué que deux pavillons d'officiers 21-22 (à l’arrière de la porte de Briançon) et un que l'on bâtit présentement (à l’extrémité nord de la caserne à 5 corps en construction) un petit arcenal 17 dans un vuide de la place qui est le seul que j'ay trouvé capable d'en pouvoir contenir un (au sud-ouest de l’enceinte, près du jardin des Jésuites). A la suite, le vieux commissaire général des fortifications n’hésite pas à reformuler sans ambages la mauvaise opinion qu’il a des irrégularités de la ville d’Embrun : "Je ne crois pas qu'il y ait ville dans le monde dont les rues soient si mal disposées que celles cy, (…), il n'y a aucun alignement suivi, le pavé (...) semble des pierres jettées à l'aventure, le fond des rues est tout bossillé de haut en bas, rien de réglé pas même la pente des maisons au ruisseau qui n'est icy connu que sous le nom de ravine. Cependant Embrun est une métropolitaine mais toute des plus vilaine (...) en peu de mots je ne vois pas de ville en France qui le soit tant".

A la suite de ce troisième projet Vauban, les travaux déjà entrepris depuis plusieurs années concernant les fortifications (achèvement des bastions, réfection parapets et remparement de l’enceinte du corps de place, amélioration des fossés achèvement des portes de ville, de la demi-corne de Gap, construction du chemin couvert) ou les bâtiments militaires (caserne à l’ouest des Capucins, corps de garde et locaux des portes) seront poursuivis, lentement et à l’économie, et pour partie non menés à perfection (organisation interne des bastions, achèvement des fossés avec contrescarpe maçonnée). Les articles ajoutés ou non ébauchés, à commencer par les plus coûteux, ne seront pas réalisés (casernes, art 22 : coût estimé 207.868 livres ; arsenal, magasin, art. 23 : 79.617 livres, demi-bastion 15, art.3, 23.013 livres) ou à peine amorcés par des travaux préliminaires de terrassement très mineurs (demi lune des prés et communication à la Durance, art. 21, coût estimé : 53.154 livres ; redoute 21 « des vignes », art. 11 : 37.878 livres)

Projets et réalisations de 1705 à 1783, sur les principes du second projet Vauban

Le plan pour servir au projet de 1705 donne un état d'avancement des travaux qui ne diffère guère de celui de 1700, mais propose une option alternative pour les dehors nord-ouest de l'enceinte : la redoute (ou lunette) 21 est à nouveau abandonnée et remplacée par une simple place d'armes saillante du chemin couvert. C'est à cette époque qu'est construit le plan-relief d'Embrun dans son état primitif 31, reflet d'un état de projet en cours plutôt qu'état des lieux.

Plan d'Ambrun. 1709.Plan d'Ambrun. 1709. En 1709, d’après le plan établi pour l’année,32 le projet général est toujours en cours de réalisation, après la mort de son concepteur : le chemin couvert est en majeure partie construit, restent à faire les traverses de sa partie ouest; la porte de Briançon est achevée, des finitions restent à faire dans les bastions 1 à 6 et dans la corne de Gap 16 (achèvement traverses, banquettes). Le cavalier du bastion 6 est en cours de travaux (parapet d'artillerie face et flanc gauche), le retranchement interne nord-ouest (8-9) est plus avancé, de même que le rempart nord, avec un nouveau projet de cavalier dans le demi-bastion droit (9) du retranchement, et de traverses entre ce cavalier et la gorge du bastion 1. La "redoute" 21 est à nouveau projetée de même que le raccordement de la demi-corne de Gap (16) au corps de place. Le demi-bastion 14, la demi-lune 36, le magasin à poudre sud-ouest (14), les casernes et l'arsenal sont encore projetés, sans amorce de réalisation. La porte de Gap n'est toujours pas reconstruite.

Plan d'Embrun pour servir au projet de 1714.Plan d'Embrun pour servir au projet de 1714. Exprimant plus clairement l’état des lieux et non seulement le projet, le plan de 1714 montre la stagnation des travaux, qui n’ont pas progressé depuis 1709 ; on note en particulier l’inachèvement des traverses et l’absence d’organisation interne des bastions et demi-lunes 1 à 5, les trois derniers n’ayant pas été raccordés au corps de place. Le casernement proche des Capucins n’est toujours pas achevé, et le projet des autres casernes, celui du magasin à poudre sud-ouest sont abandonnés, de même que celui de la demi-lune des Prez (36), à l’emplacement de laquelle le plan figure les traces d’un ouvrage antérieur.

Plan de la ville d'Embrun. 1718. [Etat des lieux et projets] 1718.Plan de la ville d'Embrun. 1718. [Etat des lieux et projets] 1718.A cette période, la conduite des projets relève de l’autorité de l’ingénieur militaire Remi Tardif (1652-1736), directeur des fortifications du Dauphiné depuis 1706. Le Mémoire sur la ville d'Embrun rédigé par ses soins le 10 mars 1718, et accompagné d’un plan avec retombes (état des lieux et projet) 33, fait un bilan de la situation de la place, en proposant certaines variantes au projet général hérité de Vauban. Sa description, très claire, mérite d’être citée largement : "Les fortifications de cette ville consistent en une enceinte irrégulière fermée de murs à demy terrassés, en partie par des escarpements inaccessibles, on a ajouté à ces murs trois bastions et trois autres pièces de même figure, mais dont les flancs ne sont point attachés au corps de la place, et qu'on peut par conséquent (considérer) comme autant de demy-lunes dont la gorge est séparée du revêtement de l'enceinte d'environ quatre toises. On n'a pas encore donné de nom à ces ouvrages (...) La porte de Gap est couverte d'un ouvrage détaché qu'on connait sous le nom de corne de Gap ou pièce 16, ayant une longue branche, une face et un petit flanc qui plonge dans le fossé du corps de la place, autour de ces ouvrages règne un fossé d'environ huit toises de large et peu profond, et un chemin couvert de quatre toises, ce fossé et chemin couvert sont interrompus depuis la pièce 1 jusqu'à la corne (16) ou se trouve un terrain enfermé entre deux ravines 19 et 20 par ou la place est toute ouverte n'ayant que sa simple enceinte de murailles sans aucuns flancs qui la defendent; on a voulu couvrir cette partie par une redoute (21) qui a été ordonnée et qu'on n'a pas exécutée faute de fonds. Lorsqu'on fera cette pièce, son fossé et son chemin de ronde joindront ceux des autres ouvrages. A dessous de la porte de Gap, le fossé de la place se jette dans une profonde ravine qui reçoit les eaux des ravines 19 et 20 et les conduit jusqu'à la plaine par ou elles se vont jeter à la Durance (...) L'enceinte finit presque au commencement de cette ravine et l'escarpement du roc commence et sert d'une enceinte inaccessible jusqu'à la rencontre de l'autre bout de la muraille à l'angle des Capucins 15 continuant bien avant au-delà du glacis; cet escarpement est depuis 4 jusqu'à 25 toises de hauteur (...) Il y a une ancienne tenaille 8 et 9 dont le revêtement de maçonnerie est très imparfait et corrompu, n'ayant aucun parapet (retranchement intérieur nord-ouest); à bien considérer, ces fortifications sont d'une très faible défense, il n'y a pas un endroit qui ne soit plongé, enfilé, ouvert de revers, les fronts sont petits, les pièces ont peu de capacité, la contrescarpe n'a en beaucoup d'endroits que sept à huit pieds de haut avec un revêtement de pierres seiches qui pousse de tous cotés et qui tombe pierre à pierre, le chemin couvert a le même défaut d'être vu (...)La partie qui regarde la hauteur étant presque sur une ligne droite et présentant un grand front de même que celle qui est depuis la pièce 4 jusqu'à l'angle des Capucins 15 sont les endroits les moins faibles et les plus propres à mettre en état de défense. Sa partie la plus deffectueuse est le front devant la porte de Briançon de la pièce 3 à la pièce 4 (...) sa faiblesse vient du peu de feu que peut opposer à l'ennemi sa mauvaise disposition et la facilité de son approche (...)on peut (...) sur la hauteur des vignes établir des batteries qui en fort peu de temps ruineront ce petit front qui est en partie construit de mauvaise maçonnerie, enfilé à n'y pouvoir tenir (...) Il y a encore un endroit dangereux qui est la ravine au-dessous de la porte de Gap, par ou l'ennemy peut se glisser, prendre la corne 16 par la gorge et faire sauter une simple muraille qui n'est pas terrassée à l'angle rentrant 12...L'attaque du côté de la hauteur n'est pas si aisée, le terrain étant entrecoupé de ravines (...) C'et cependant par cet endroit que Mr le duc de Savoye fit sa principale attaque, mais il fut obligé d'avouer (...) après la prise de la place qu'il avait attaqué par l'endroit le plus fort. En effet, cette place très mauvaise et sans canons soutint une attaque de dix jours…"

S’agissant des bâtiments militaires, la description de l’ingénieur ne mentionne pas la caserne, figurée cependant sur son plan comme encore inachevée, avec deux corps couverts d’un toit. Le mémoire donne d’autres précisions : "on n'a pas encore construit d'arcenal dans cette place, le roi arrente une maison particulière ou l'on fait quelques réparations pour mettre à couvert les affuts, les avant trains et équipages de l'artillerie (...) il y a encore un souterrain au Roy sous le cavalier de la pièce 6 (bastion des Capucins), fort beau et bien voûté de 40 toises de superficie ou l'on met tous les outils et autres effets de l'artillerie (...)il n'y a qu'un magasin à poudre joignant le jardin des Capucins, il est très bien bâti, sa voûte est belle et bien construite, ayant trois pieds de maçonnerie aux reins et sept et demy au-dessus de la clef; il est capable de contenir 80 milliers de poudre en engerbant les barrils sur trois hauteurs et en cas de nécessité en les engerbant de quatre, il en contiendra 105 milliers, et de cinq 130(…)il y a une petite salle d'armes que le Roy a fait faire au dessus du corps de garde de la porte de Briançon à côté du logement du major (...) ou on peut mettre 2000 fusils."

Le projet général, estimé à un coût de 884.665 livres, comporte vingt cinq articles dont l’énoncé complète l’information descriptive, et place en premier ordre de priorité (art. 1 et 2) la construction de la « redoute » 21 et de son chemin couvert. L’article 3 est consacré aux pièces 1 à 6, "ou il faut encore poser un cordon surmonté d'un parapet de trois pieds d'épaisseur et quatre pieds et demi de haut terrassé de neuf pieds d'épaisseur (...) les flancs des pièces détachées seront prolongés jusqu'au revêtement de la place, et on pratiquera derrière des souterrains sous le rempart, et en même temps des portes de sortie pour communiquer au fossé, on fera à toutes ces pièces des traverses diagonales de bonne maçonnerie de six pieds d'épaisseur par le haut, de même que le long des faces ..."

Pour l’achèvement de la corne de Gap, objet de l’article 4, il s’agit surtout de " l'attacher au corps de la place en ménageant des passages voûtés de huit pieds de large et six de haut pour les eaux de la ravine, les murs qui joindront la pièce au corps de place seront de quatre pieds et demy d'épaisseur avec un fruit de six pouces par le devant sur toute la hauteur, ils auront derrière de quinze en quinze pieds des contreforts de trois pieds d'épaisseur et de sept pieds et demy de queue, on jettera d'un contrefort l'autre une voûte de deux pieds d'épaisseur, terrassée au-dessus de la clef de deux pieds de bonne terre pour faire un petit rempart qui aura au-devant un parapet de sept pieds de haut et de quatre d'épaisseur, percé de créneaux bien plongeants". La porte de Gap proprement dite n'est qu'une simple fermeture sans pont-levis, laquelle a été pratiquée pour (refermer) une des brèches que l'ennemy après le siège avait faite au mur d'enceinte devant le pont voûté, il en faut faire faire une solide qui sera reculée de 4 pieds de l'alignement de la muraille (selon le projet Vauban de 1700), faite en niche avec un parement de pierre de taille à bossage sans autre architecture, on fera une cage pour la bascule du pont-levis avec son petit escalier, il y aura devant un petit fossé de 12 pieds de large et 12 pieds de profondeur bien revêtu de maçonnerie (...) les corps de garde de cette porte seront pratiqués dans les souterrains à droite et à gauche".

A proximité de la porte de Gap, le retranchement intérieur en tenaille (8-9) a été négligé, au point de devoir être rétabli à neuf : "en refaire le revêtement qui est (...) sans contreforts (...) luy donner une épaisseur convenable pour être terminé au cordon à quatre pieds et demy, faire derrière des contreforts (...) elever le revêtement à l'angle du demy-bastion 9 jusqu'au niveau du revetement du cordon de la place, donner à l'angle du demy-bastion(8)24 pieds depuis le fond du fossé, tout le pourtour soumis à un niveau de pente entre ces deux points (...) on y posera un cordon de pierre de taille sur lequel on élevera un parapet et un rempart derrière de même qu'à l'article 6; il faut observer de faire une poterne au milieu de la courtine avec une caponnière pour communiquer à la partie 13 (coude de la muraille ancienne avec tour médiévale) et au fossé de la place, cette communication du fossé se fera en pratiquant deux arcades au mur d'enceinte à l'angle du demy bastion 9 du côté du demy bastion 8 on razera entièrement le (raccordement) du mur d'enceinte, afin que le flanc du demy-bastion 9 découvre entièrement l'angle nord de la pièce 16 (corne de Gap). Derrière le demy bastion 9 faire un cavalier (...) pour battre la hauteur et pour couvrir une partie de l'enceinte (...) ou pratiquer des bons souterrains au dessous de son rempart. A l’extérieur du coude nord-ouest de l’enceinte médiévale, l’ingénieur propose d’adosser à la vieille tour "une tour bastionnée (bastionnet casematé pentagonal) à laquelle la pièce 21 servira de contregarde; cette tour donnera une défense au fossé entre la pièce 1 et la pièce 16 on percera une poterne souterraine pour communiquer dans les voûtes de ladite tour; la gorge de cette partie sera revêtue en maçonnerie sur douze pieds de haut, y pratiquant les escaliers et rampes nécessaires pour monter au rempart qui aura vingt pieds d'épaisseur derrière le parapet qu'on laissera tel qu'il est. Le nouveau projet s’attache à perfectionner le front ouest de l’enceinte, au sud de la porte de Gap, de plan irrégulier, sans ouvrage flanquant : border cette partie d'un rempart, lui donnant à l'angle 12 une hauteur de douze pieds au-dessus du niveau de la rue des Jésuites, (…) ce rempart sera surmonté d'un parapet de 12 pieds d'épaisseur, compris trois pieds de maçonnerie au-devant percé d'embrazures de 20 en 20 pieds (...) qu'on masquera pour ne s'en servir que dans le besoin, on pratiquer derrière des banquettes pour faire un feu de mousquetterie par-dessus le parapet (...) le revêtement du rempart aura 4pieds 1/2 d'épaisseur (...) de même que tous les nouveaux revêtements qu'on fera dans la place, et seront fortifiés de contreforts par le derrière (...)On fera le retour du coude 14 jusqu'au clos des religieuses, lequel sera d'un simple parapet de maçonnerie de quatre pieds et demy d'épaisseur à barbette avec un rempart de trois pieds de haut. Depuis le coude 14 jusqu'au coude 17 on pratiquera trois ou quatre traverses de maçonnerie (...)Le mur d'enceinte depuis l'angle 12 jusqu'à la porte de Gap serra les maisons de si près qu'il est impossible de s'en servir pour aucune défense, il est corrompu (...) par le dessus et à tous ses parements (...) en sorte qu'il convient mieux de le démolir et de luy substituer un autre sur une ligne droite, on mettra derrière de 15 en 15 pieds des contreforts de 17 pieds de long et de trois pieds d'épaisseur, sur lesquels on fera des voûtes pour former des souterrains dont on a grand besoin dans la place…"

Le bastion des Capucins (6) reste à perfectionner, en complétant le grand souterrain ou magasin voûté enterré dans son cavalier d’autres souterrains sous le rempart: "Faire à la gorge de la pièce 6 les deux souterrains marqués sur le plan, les rampes, traverses, communication de la droite et de la gauche, terrasser le dessus des voûtes et achever entièrement le cavalier (ce cavalier aussi haut que la muraille d'enceinte en recoupe la continuité, au lieu d'y être simplement adossé). Cette partie qui devait être terrassée à plein pour être communiquable au reste de la place, sera mieux disposée et plus avantageusement avec les deux souterrains qui ne coûteront guère plus que le terrassement entier, rien n'étant plus nécessaire à cette place serrée et mal bâtie que de faire tous les souterrains qu'on pourra pratiquer (...) faire aux frais du roi le mur de clôture pour séparer par une rue le jardin des Capucins d'avec la fortification (cette proposition ne sera pas réalisée).

La plupart des autres articles reprennent ceux des projets Vauban de 1692 : retour du projet de retranchement intérieur tenaillé remparé en retrait de la porte de Briançon, en y ajoutant des souterrains bien terrassés à l'épreuve des bombes au dessous dudit rempart, construction de l’arsenal et du magasin à poudre au sud-ouest de l’enceinte, près des Jésuites, et enfin construction de la demi-lune des prés (36). Dans ce dernier cas, Remi Tardif propose un parti original et nouveau pour l’escalier semi-rupestre destiné à descendre le long de la falaise : Il y a au-dessous de l'escarpement du roc, entre l'archevêché et le couvent de sainte Marie, un vestige d'une demy-lune devant une ancienne porte au haut de l'escarpement, laquelle est démolie de même que les rampes par ou on y montait (...) Il parait nécessaire de rétablir cet ouvrage en luy donnant une plus grande capacité, y faire un revêtement de maçonnerie de 24 pieds de haut, un parapet et un rampart (...) un fossé (...) un chemin couvert (...) un corps de garde capable de contenir trente hommes (...) L'escarpement sur le bord duquel à droite et à gauche on pratiquera un chemin avec un parapet (...) on pourrait au lieu des rampes faire une grosse tour de trois toises de diamètre dans œuvre, le mur de 4 pieds et demy d'épaisseur et pratiquer en dedans un escallier sur un noyau de maçonnerie de trois pieds et demy de diamètre avec des marches de bois de meleze de même que celles qui sont aux cazernes, on percera des creneaux sur la rampe dud escalier et des jours pour l'eclairer, la tour sera voûtée et terrassée par le haut, on fera au pied un petit fossé de douze pieds de large et dix de profondeur avec un pontlevis (...) ainsy cette tour servira de réduit à la demy-lune (...)

Comme on l’a vu, la plupart des articles de ce projet général renouvelé sur les bases de celui de Vauban ne sera pas exécuté, les travaux se poursuivant à un rythme lent, pour l’achèvement des ouvrages commencés depuis plusieurs années. La légende d’un plan d’Embrun pour 1723 précise que la dépense faite à Ambrun depuis 1716 inclus jusques et y compris 1722 monte à la somme de 40.216 livres 18 s 12 d.34 Une partie de cette dépense n’a été consacrée qu’à des réparations ponctuelles ou a des réfections de ponts et chaussées, au droit des portes. Le plan donne la première nomenclature à peu près complète des ouvrages, (qui variera en 1735) avec quelques indications d’état des lieux, certaines datées : 1) Demy-lune (bastion)35 Royale, dont on a réparé la maçonnerie de 1719 ; 2) Demy-lune (bastion) des Cordeliers ; 3) Bastion (demi-lune) du Roy; gorge réparée en 1719 ; 4) Bastion (demi-lune) Dauphin, flanc réparé en 1720 ; 5) Demy lune des Croix ; 6) Bastion des Capucins ; 8) Ancienne tenaille (retranchement intérieur nord-ouest) élevée à moitié hauteur du cordon (renumérotée 9 en 1735) ; 12) magasin à poudre (renuméroté 14 en 1735); 16) Corne de la porte de Gap (renumérotée 8 en 1735) ; 21) Demy-lune des vignes, commencée en 1720 (gorge amorcée, selon le plan du projet initial de Vauban, et non celui de Tardif en 1718) 25) porte de secours ou poterne (dans la muraille Est, angle rentrant, débouchant dans le fossé de retranchement de la demi-lune des Croix cotée 5). En 1735, la nomenclature chiffrée des portes est fixée : 12 pour la porte de Briançon, 24 pour la porte de Gap.

On observe que les anciennes casernes (48) sont toujours en cours de construction, leur développement complet projeté n’étant pas atteint : dans la partie sud de l'édifice, la cote 49 désigne le nouveau corps de cazernes fait en 1720, tandis qu’au nord, en 28, le pavillon (d'officiers) projeté à l'extrémité des anciennes casernes , prévu plus large, avec toit indépendant, n’est pas commencé. Bien que figurant sur le plan-relief d'Embrun, ce pavillon d'officiers ne sera jamais construit à l'extrémité nord de la caserne, ce qui explique l'asymétrie des deux murs-pignon dans l'état final de cette longue caserne, le mur sud achevé avec chaînes d'angle et toit en croupe, le mur nord sans chaînages et avec pignon. Par ailleurs, les autres ouvrages et bâtiments projetés lavés en jaune sur le plan de 1723 n’y sont indiqués que pour mémoire, aucun projet n’étant financé pour l'année. Ces parties projetées « théoriques » reprennent celles du plan Vauban de 1700, et non celles proposés par Tardif en 1718. On note l’inachèvement des traverses de capitale des bastions et demi-lunes 1 à 5.

Embrun, plan interprétatif de la place forte vers 1730, après réalisation du second projet de Vauban, mis à l'échelle sur fond de plan géométrique actuel, 2021.Embrun, plan interprétatif de la place forte vers 1730, après réalisation du second projet de Vauban, mis à l'échelle sur fond de plan géométrique actuel, 2021.

Le plan d'Embrun pour servir au projet de 1735 confirme le défaut d’évolution des projets généraux antérieurs, dont la plupart sont ajournés ou abandonnés (remparement du front ouest). Le seul projet actif consiste encore en des réparations limitées, concernant la muraille d'enceinte du front nord. Les plans de 1744 et 1751, établis sous l'autorité de l'ingénieur Jean-Louis d'Heuriance (16...-1753), auteur d’un Mémoire concernant la fortification d'Embrun, daté du 6 mars 1747 36, attestent de l’inertie des projets. D’après ce mémoire, le bastion des Capucins (6) est le seul qui soit attaché à l'enceinte, laquelle n'a pour défense que les embrasures et créneaux de ses parapets en très mauvais état. L'ancien ouvrage à corne intérieur (9) près de la porte de Gap pourrait suppléer à la faiblesse de ce secteur s'il était refait à neuf et terrassé. L’aménagement défensif par percée d’embrasures en batterie du flanc 30 de l'enceinte , soit le retour d’angle rentrant du front ouest, faisant face à la gorge de la demi-corne de la porte de Gap (8), en projet sur le plan de 1751, est réalisé a la suite, il est mentionné dans la version 1752 du mémoire d'Heuriance37 comme construit l'année dernière, et suppléant beaucoup pour retarder les approches de la porte de Gap. Le mémoire et le plan montrent que les grandes casernes (26-27) devant les Capucins sont achevées.

Le maréchal de camp Jean-Marie Gordon Dainzy signe, le 15 avril 1759, un mémoire abrégé concernant la fortification d'Embrun, avec un état des réparations indispensables pour mettre cette place à l'abri d'un coup de main. Les propositions consistent à mettre en sureté la (demi-) corne de la porte de Gap cotée 8 en rétablissant le parapet ruiné de l'enceinte du corps de place (front ouest), entre le point 33 et cette porte, ce qui complète les travaux déjà faits en 1751 sur le flanc 30. Les fronts nord et est, de la porte de Gap (24) au bastion des Capucins (6), sont jugés en assez bon état, mais leur mise en état de défense, dans les segments ou le rempart fait défaut (front Est) nécessite la construction de galeries de charpente permettant de desservir les créneaux du parapet. Le mémoire propose de fermer la gorge des bastions du Roy (3) et Dauphin (4) et y faire des communications en caponnières en plus des poternes 16-17.38

La question de la discontinuité du remparement de la muraille du corps de place sur les fronts latéraux Est et ouest, est à nouveau évoquée en 1765, dans le mémoire sur Embrun du lieutenant du roi Pierre de Lacorcelle. La raison en est, dans les deux cas, la proximité des maisons bourgeoises qui ne le permettait pas sans devoir les démolir. Le rédacteur du mémoire estime qu’il ne faut pas trop dépenser pour fortifier le front nord, la place "devant tirer sa principale défense des premier et troisième fronts (...) collatéraux ou se trouvent les portes de Briançon et de Gap, qu'il faut parfaitement fortifier par des ouvrages multipliés".

Le mémoire fait un état des bâtiments militaires et de leur capacité : "celui au-dessus de la porte de Briançon (12), logement affecté au major de la place, les deux corps de casernes cotées 26 et 27 propres à contenir 900 hommes, trois corps de garde, l'un à la porte de Briançon, l'autre à celle de Gap, le troisième sur la place d'armes. Il y a aussi l'enclos coté 23 servant de chantier (...) il n'y a de souterrains que six poternes ou passages pour communiquer aux ouvrages extérieurs. Il n'y a point de bâtiment pour le gouverneur et pour le lieutenant du roy ni de pavillon pour les officiers de la garnison, qu'on loge chez les bourgeois. Il est indispensable que le roy fasse construire à Embrun les bâtiments militaires à l'épreuve de la bombe pour loger les troupes et les munitions de guerre et de bouche", en capacité d’accueillir une garnison de 2500 ou 3000 hommes. Les autres bâtiments du roi sont "deux magasins l'épreuve des bombes l'un coté 14 pour les poudres, d’une capacité de 1024 barils d'un quintal, l'autre, coté 29, sous le cavalier du bastion des Capucins, trop humide pour les poudres". Est jugée nécessaire la "construction d'un hangar à l'épreuve, de magasins pour la sureté des munitions et effets de l'artillerie", qui sont toujours entreposés dans des maisons bourgeoises louées 770 livres annuels. L'hôpital militaire d'Embrun a été installé en 1762 dans l'hôpital des pauvres de la ville desservi par les religieuses de la Charité (contigu aux Jésuites). Il devrait être remplacé par un hôpital à l'épreuve à construire pour contenir jusqu’à 4000 malades. L’artillerie de la place, jugée "plus que suffisante pour les fortifications dans leur état actuel" se compose de 19 pièces de canon de fonte, de 24 à 4 livres de balle, et 12.131boulets, 23 affuts de place, 4 affuts marins, 6 mortiers, 815 bombes, 729 fusées à bombes, 2215 grenades et fusils.39

Le Mémoire sur la ville d'Embrun, Avec revue par articles des défauts de la fortification, et des moyens d'y remédier daté du 1er octobre 1773 est signé de l’ingénieur du génie Bernard Amable (de) Tournadre (1741-1828). L’état des lieux estime le chemin couvert inhabitable, insuffisamment traversé, très dégradé, la contrescarpe du fossé est écroulée et trop basses, le fossé trop large relativement à son peu de profondeur, les pièces 1 à 6, bastions et demi-lunes sont petites, étroites, mal flanquées et battues de revers, d'écharpe et d'enfilade, et toutes à réparer : de leur traverse de capitale ne subsiste que les dés qui doivent les porter. Tournadre juge pertinent de reprendre le projet de Vauban en ajoutant les deux demi bastions qu'il proposait, l'un en 7 (extrémité sud du front est), l'autre en prolongement droit du retranchement intérieur (9) sur le front nord, et en raccordant la corne de Gap par la gauche au corps de place et au retranchement intérieur. D’autre part, "depuis le commencement de l'enclos des Capucins jusqu'au flanc gauche du bastion 6, le mur d'enceinte n'est pas terrassé; il est susceptible de l'être et semble y avoir été destiné puisqu'il est déjà muni de ses contreforts et couronné d'un parapet percé alternativement de créneaux et d'embrasures comme dans le reste du pourtour de la place". L’ingénieur mentionne des travaux récents sur le front ouest : "On a fait cette année la partie du mur d'appui comprise entre 32 et 33, on a aussi commencé cette année un mur portant batterie entre 32 et 30"; il reste à achever la batterie 32-33 et y joindre une banquette, objet du "premier article du projet particulier pour 1774. Ce mur 32-30 aura l'avantage de défendre par sa batterie les avenues de la porte de Gap, de flanquer la branche gauche de la corne 8 et de porter des (feux) de revers sur les hauteurs St Guillaume ou son feu peut se croiser avec celui du rempart". De 30 en 38, le mur est en bon état et percé d'embrasures, qui ont le défaut d'être couvertes. Les travaux de cette muraille de plan irrégulier du front ouest font l’objet d’un plan de détail qui exprime la porte de Gap et son corps de garde, les créneaux et embrasures réalisés ou à réaliser, la gorge irrégulière de la demi-corne et la ravine intermédiaire, avec le moulin alimenté par le torrent.Embrun. 1774. Plan Profil et élévation de la batterie commencée entre les cottes 30 et 32, dont l'achèvement est demandé [...] et de celle en avant du jardin de l'Hôpital [...]. [Plan et profils du projet de batteries sur le front ouest, au sud de la porte de Gap]. 1774.Embrun. 1774. Plan Profil et élévation de la batterie commencée entre les cottes 30 et 32, dont l'achèvement est demandé [...] et de celle en avant du jardin de l'Hôpital [...]. [Plan et profils du projet de batteries sur le front ouest, au sud de la porte de Gap]. 1774.

L’auteur du mémoire déplore que le retranchement intérieur 9 n’ait pas été achevé car il serait cependant bien nécessaire pour renforcer cette partie... D’autre part il propose à nouveau de refermer "les fossés des gorges des ouvrages 3-4-5 par des murs crénelés, retirés de quelques toises en dedans de l'alignement des faces, avec poternes".40 Il n'est définitivement plus question de la demi-lune des prés en bas des précipices du front sud vers la Durance.

Trois ans plus tard, le mémoire signé de l’ingénieur ordinaire d'Hauterives demande "pour l'année 1778 les fonds nécessaires pour continuer les réparations urgentes qu'exige le mur d'enceinte depuis la cote 24 (porte de Gap) jusqu'à la tour cotée 34 "(sur le coude nord-ouest). Il précise d’autre part que "les ponts de la porte de Gap (soit celui de la porte de la corne et celui de la porte proprement dite) ont été construits en pierre cette année; celui de la porte de Briançon est en charpente et hors de service, et très dangereux pour les voitures; on propose par le 1er article du projet de 1777 sa construction en pierre". La discontinuité du rempart du front Est reste une préoccupation ; le mémoire précise que "depuis le flanc gauche du bastion 6 jusqu'au roc (...) l'enceinte (..) a un terrassement intérieur cultivé par les capucins et compris dans leur enclos coté C". 41

A partir de 1777, les plans généraux montrent que le magasin voûté 29 sous le cavalier du bastion 6 a été dégagé des terres de ce cavalier par déblai et creusement périphérique, et sans doute couvert d'un toit, afin de mettre fin aux problèmes d'humidité signalés en 1765 qui empêchaient de l'utiliser pour le stockage des poudres.

Les mémoires et plans des années suivantes se recopient successivement, sans porter de nouveaux projets significatifs, si ce n'est, en 1783, celui de réparer le retranchement intérieur 9 tombant en ruines et menaçant la voie publique à l'intérieur de la ville, objet d'un plan de détail.

Fragment de plan d'Embrun [...] [pour le projet du retranchement intérieur]. 1783.Fragment de plan d'Embrun [...] [pour le projet du retranchement intérieur]. 1783.

Projets et réalisations de la période révolutionnaire, de l'Empire et de la Restauration

De 1780 à 1790, l’ingénieur et capitaine du génie Gabriel Vallier (de) Lapeyrouse (1734-1803), né et mort à Embrun, était en charge des projets de cette place, dont il fut directeur des fortifications en 1788, avant d’étendre cette compétence à l’ensemble des Hautes-Alpes de 1792 à 1796. Son action a Embrun n’a pas permis de faire évoluer les projets sur les fortifications, peu favorisés par la période révolutionnaire. On lui doit en revanche la construction à neuf d’un beau bâtiment militaire, le magasin aux vivres (16), édifié de 1788 à 1790 a l’ouest et parallèlement à la grande caserne 16-17. Le projet de ce bâtiment n'est pas conservé dans les archives du génie, mis dans un mémoire postérieur, ce directeur des fortifications rappelle cette action : "On a élevé à grand frais à Embrun des magasins de bouche et de guerre très considérables, c'est dans ces magasins que se forment les amas de grain et de munitions de guerre pour toutes les places et postes de la frontière".42

Le 24 septembre 1791, Jean Claude Le Michaud d'Arçon, directeur des fortifications de Franche Comté, et Rostaing, chargés d’inspecter Embrun, rédigent un mémoire sur cette place de seconde classe, souffrant d’une situation très défavorable, mais utile comme place de premier dépôt pour mettre à l'abri les effets destinés aux grandes places des Hautes Alpes. Les inspecteurs estiment que l'ennemi ne pouvant se présenter devant Embrun avec une artillerie capable d'ouvrir les murailles de l'enceinte, il suffit d'entretenir ces murailles en bon état. Ils sont toutefois d’avis qu’un défaut d'équilibre trop sensible entre les parties accessibles de cette place peut être remédié par des moyens simples et peu dispendieux "au dessus de la porte de France (nom transitoire de la porte de Gap) où les murailles de l'enceinte se découvrant davantage et de plus loin, vis à vis une partie de contrescarpe plus basse et absolument dégradée par les eaux d'un torrent (...)c'est ce qui avait déterminé le projet d'une redoute avancée sur le penchant de la hauteur, dans l'objet de couvrir cette partie décharnée.(...) nous proposons de l'exécuter, mais à gorge ouverte afin que l'ennemi ne puisse s'en prévaloir (...) pourvue (...) d'un réduit de sûreté et d'une casemate à feu de revers". La dépense pour cet ouvrage est estimée à environ 38.000 livres 43.

Plan d'Embrun relatif au projet de 1792 pour 1793. 1792.Plan d'Embrun relatif au projet de 1792 pour 1793. 1792. Le directeur des fortifications Vallier-Lapeyrouse fut chargé d’intégrer au projet d’Embrun pour 1793, daté du 30 octobre 1792, ce nouveau dehors plus ample et placé plus en avant que la redoute avortée. Il s’agissait bien d’une "lunette d'Arçon" (du nom de son concepteur) de plan pentagonal, communiquant à des casemates à feu de revers et pourvue d'un réduit de sûreté en forme de tour circulaire centré sur la gorge. Les plans du projet montrent qu’elle devait être identique à celle proposée par d'Arçon simultanément (en septembre 1791) à Montdauphin, en remplacement d'une lunette antérieure de 1728, qui fut réalisée entre 1792 et 1799. Un crédit de 38.000 livres sera alloué pour celle d’Embrun mais le coût total ayant été réévalué à 85.000 livres, l’exécution en fut suspendue pour ne pas la laisser imparfaite, l'ouvrage ne pouvant être achevé en une seule campagne. De ce fait, la lunette d’Embrun ne sera jamais exécutée.

La principale amélioration apportée à l'économie de la place forte d'Embrun durant la période révolutionnaire concerne l'accroissement des bâtiments militaires, du fait de l'opportunité de réaffecter à cet usage au moins un des établissements religieux réguliers intra-muros, supprimés à la suite du décret national du 13 février 1790. Le rapport des inspecteurs d'Arçon et Rostaing de septembre 1791 transmet au ministre de la Guerre une demande formulée " de concert avec la municipalité d'Embrun, au sujet de la maison des ci-devant Capucins qu'il convient d'affecter au département de la Guerre pour faciliter le logement des troupes et pour étendre les magasins de l'artillerie et des vivres". L'emplacement même des Capucins était particulièrement favorable, étant déjà entouré sur trois côtés de servitudes et de bâtiments militaires : l'appropriation du couvent désaffecté, pourvu de son propre réservoir d'eau, au nord dés bâtiments, permettait d'agrandir et de parfaire le quartier militaire dans ce secteur sud-est de la ville.

En 1793, ce projet n'est pas concrétisé; le mémoire de Vallier-Lapeyrouse du 10 juillet 1793 en réponse au ministre de la guerre, indique qu'il n'existe qu'un seul corps de casernes non voûté, de 60 chambres pouvant contenir 5 lits chacune. Il mentionne, au nombre des couverts utilisables pour le département de la guerre, ceux de "la Tour Brune du ci-devant palais archiépiscopal, de cinq étages voûtés à l'épreuve de la bombe", et dans le même palais une cave voûtée de 27 toises. Il fait état d' autres caves ou galeries voûtées pouvant être mis à l'épreuve dans les couvents de la ville: Jésuites, Capucins, Cordeliers, et précise que "l'on travaille à convertir la maison des ci-devant religieuses H en hôpital militaire", en capacité d'accueillir 300 malades. Au chapitre des fortifications, le mémoire indique que les revêtements et parapets sont en bon état, et qu'à la corne 8, "il ne reste qu'à percer les embrasures nécessaire pour le tir du canon en cas de siège". Le rétablissement du retranchement intérieur 9 est programmé: "la face gauche entièrement dégradée sera reconstruite cette année". S'agissant de la partie du mur du front Est non remparé, il est précisé que "l'on a adapté l'année dernière à une partie de ce mur une galerie de charpente pour y placer au besoin des fusilliers et se procurer sur cette partie un feu de mousquetterie . On travaille a établir une semblable galerie (...) depuis la porte de Gap jusqu'à la branche droite de la corne 9 dans la partie non terrassée. Les chemins couverts ont été réparés l'année dernière". Enfin, les contrescarpes et les escaliers pour communiquer au chemin couvert sont très dégradés, mais on a commencé à les réparer en 1792 44.

D'après le rapport de l'inspecteur général des fortifications Pierron, du 31 juillet 1795, les nouveaux magasins des vivres peuvent aisément recevoir 40.000 quintaux de grain ou farine. Du fait de l'insuffisance de capacité de la caserne existante 26-27, "pour le soulagement des habitants on a converti en caserne le logement situé au-dessus de la porte de Briançon (12) et le couvent des ci-devant capucins, qui peuvent recevoir 450 hommes".45 Ce bâtiment de l'ancien couvent, de même que la caserne voisine, exigent toutefois des travaux de remise en état, proposés par Vallier-Lapeyrouse pour l'An 5 dans son mémoire du 27 septembre 179646 . Le mémoire du capitaine du Génie Maxime Beaulieu, daté du 1er Brumaire an 6, visé par Vallier-Lapérouse, général de brigade, revient sur la question du ci-devant couvent des Capucins, pour proposer de "convertir son église en salle d'armes, dont cette place (d'Embrun) est dépourvue". A partir de cette date, cette grande chapelle sera effectivement utilisée comme salle d'armes, puis comme arsenal à l'usage du département de l'artillerie, indépendamment de l'usage de casernement attribué aux bâtiments conventuels attenants. Elle est cotée 16 comme Arsenal, sur le Plan d'Embrun daté du 1 vendémiaire an 9 (23 septembre 1800) signé Chabaud, visé par Vallier-Lapérouse, tandis que l'ancien couvent des sœurs de la visitation, au sud-ouest de la ville, y est désigné comme hôpital militaire, coté 22.47

Génie militaire. Place d'Embrun. An 11. Plan, coupes et élévations de couvent des capucins qu'on propose de transformer en un pavillon d'officiers. An 11 [1802].Génie militaire. Place d'Embrun. An 11. Plan, coupes et élévations de couvent des capucins qu'on propose de transformer en un pavillon d'officiers. An 11 [1802].Sébastien Raphaël Théodore Izoard (1776-1853), né et mort à Embrun, capitaine du génie en chef de la place depuis 1796, établit le 15 Brumaire an 11 (6 novembre 1802) les plans du projet d'appropriation du ci-devant couvent des Capucins en pavillon d'officiers. Les galeries et l'aile ouest du cloître, en simple rez-de-chaussée, sont condamnées à être démolies, pour créer une cour ouverte vers la caserne. Les rez-de-chaussée des ailes sud et est sont destinées au logements du commandant d'armes et du secrétaire de place, et à des magasins pour les fortifications; l'aile de galerie avec portique à arcades prolongeant à l'est l'aile sud est vouée au chantier et aux magasins pour l'artillerie. A l'étage, les réaffectations imposent une redistribution plus radicale des anciennes cellules, avec corridor non plus central mais latéral dans les ailes sud et est, destinées aux logements du chef de bataillon, de l'adjudant major, du garde du génie, du garde d'artillerie, de cinq sous-lieutenants; l'aile de galerie, moins remaniée, est vouée au logement de cinq capitaines, cinq lieutenants, du chirurgien-major, le tout réservant des chambres de domestiques.

Génie militaire. Place d'Embrun. Plan général d'Embrun pour 1803. 1803.Génie militaire. Place d'Embrun. Plan général d'Embrun pour 1803. 1803.Ce projet sera exécuté dès l'année suivante, au moins par la démolition du cloître et la redistribution intérieure de l'étage des ailes est et sud, mais laissé inachevé, et non approprié aux fonctions proposées.

Après l'abdication de Napoléon, le capitaine Izoard, relevé de ses fonctions directeur des fortifications d'Embrun en juillet 1815, est remplacé par le colonel du génie Jean-Pierre Michel. Son ancien adjoint promu chef du génie, le chef de bataillon Théodore Rous de La Mazelière (1778-1824), également natif d'Embrun , neveu de Gabriel Vallier Lapérouse, rédige un Mémoire sur l'état de situation de la place d'Embrun, daté du 26 décembre 1816, qui dénonce implicitement l'immobilisme des projets sous le Consulat et l'Empire, constatant des dégradations considérables dues au manque d'entretien des fortifications de 1802 à 1814. Il relève en différents points de la muraille et des bastions des écorchements de parements, une partie de parapet ruiné sur plus de 60m au nord-ouest de l'enceinte près de la tour 34. Le rédacteur du mémoire estime que les dispositions du bastion des Capucins (6) doivent être reconsidérées, afin de corriger les effets néfastes d'un remaniement dont il a fait l'objet une quarantaine d'années plus tôt au profit du magasin à poudre (29) : "le revêtement du cavalier est décharné. Son intérieur est entièrement occupé par un magasin à poudre qui était autrefois un souterrain recouvert par les terres du terre plein, pour en faire un magasin, on a enlevé les terres (vers 1777) et élevé tout autour à 6 pieds de distance un mur d'enceinte (mur d'isolement bâti seulement vers 1814); le cavalier déjà petit a été si bien sacrifié qu'il n'y a plus que son flanc droit et portion de sa face gauche ou il soit resté un peu de terre plein, tout le reste est réduit au mur de revêtement, sans terrassement ni banquette, de la plus complète inutilité. Le cavalier restreint l'intérieur du bastion au point qu'on ne peut y mettre de l'artillerie (...) ces motifs doivent engager à faire ordonner la suppression du cavalier, a faire élever le revêtement du bastion au niveau du cordon de l'enceinte et à le surmonter d'un parapet en terre". Ce changement est proposé pour 1818 et fait l'objet de plans et coupes détaillés. Place d'Embrun, an 1817. Projet pour 1818. Feuille de dessin relative à l'article 2 du projet des fortifications pour mettre le bastion (6) dans un état défensif. 1817.Place d'Embrun, an 1817. Projet pour 1818. Feuille de dessin relative à l'article 2 du projet des fortifications pour mettre le bastion (6) dans un état défensif. 1817.

Une priorité fixée pour 1817 est l'achèvement de la transformation du couvent des capucins en pavillon d'officiers ordonnée en 1803, qui n'a été réalisée que pour la toiture et la distribution générale, seul le logement du lieutenant du roi, occupant l'aile sud, étant achevé. Les travaux restant à faire sont estimés à 9000 ou 10.000 fr., à commencer par l'aile gauche (ancienne aile de galerie en prolongement est de l'aile sud) qui pourra être affectée au directeur des fortifications. Les plans joints au mémoire, dans un carnet de plans de détail liés au projet des réparations et aménagements, montrent que les appartements de cette aile du directeur des fortifications sont prévus au rez-de-chaussée de l'aile de galerie, en murant les six arcades de l'ancien portique, l'étage étant réservé aux bureaux et greniers. Ces travaux sont réalisés à la suite, l'état d'avancement du chantier au 15 novembre 1817 étant indiqué sur un plan de détail : l'aménagement du logement du directeur des fortifications (aile de galerie) est en cours (les appartements s'étendant à l'étage) ainsi que celui de l'aile est en retour d'équerre de l'aile sud, destinée au logement du garde du génie (3 pièces au rez-de-chaussée) et du chef du génie (ensemble de l'étage et moitié de l'étage de l'aile sud). Ces travaux comportent la réfection de toutes les fenêtres. Ils seront achevés qu'en 1822, comme le montre un plan d'atlas des bâtiments militaires donnant l'état des lieux à cette date.Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction d'Embrun. Place d'Embrun. 1822. Pavillon C dit des capucins. Pavillon coté 17 au plan général. [Plans, coupes, élévations] 1822.Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction d'Embrun. Place d'Embrun. 1822. Pavillon C dit des capucins. Pavillon coté 17 au plan général. [Plans, coupes, élévations] 1822.

Ces bâtiments de l'ancien couvent requalifiés en pavillon d'officiers sont cotés 17 et la chapelle, magasin d'artillerie et salle d'armes (ou arsenal) 18. Le réservoir ou citerne de l'ancien couvent, sous le jardin au nord de l'arsenal, n'est pas coté sur les plans qui l'indiquent, notamment en 1818.

Le 10 novembre 1818, le chef du génie Rous La Mazelière établit un nouveau projet pour 1819 sous l'autorité du capitaine Izoard, rétabli dans ses fonctions de directeur des fortifications d'Embrun ; l'article 2 concernant le bastion des Capucins (6) en contradiction avec le projet de 1817, conserve et restaure le cavalier au lieu de le détruire, en établissant une batterie de 2 pièces en capitale du bastion, et une autre sur le flanc droit du cavalier. Place d'Embrun 1818. Projet pour 1819. Feuille de dessin relative à l'article 2 du projet pour 1819, pour réparer le revêtement du bastion (6) et de son cavalier, et mettre l'intérieur de ces deux ouvrages en état de pouvoir servir pour la défense. 1818.Place d'Embrun 1818. Projet pour 1819. Feuille de dessin relative à l'article 2 du projet pour 1819, pour réparer le revêtement du bastion (6) et de son cavalier, et mettre l'intérieur de ces deux ouvrages en état de pouvoir servir pour la défense. 1818.Ce parti prévaudra, et le cavalier sera maintenu jusqu'en 1832. S'agissant des bâtiments militaires, le projet comporte la réparation de l'étage du bâtiment de la porte de Briançon (coté 13), illustré d'une planche de plans, coupes et élévations ; cet étage est affecté au logement de l'adjudant de la place, et flanqué de la chambre des orgues (local de manœuvre des orgues, défense verticale de type herse à pieux indépendants barrant le passage d'entrée de la porte.)Place d'Embrun 1819. Projet pour 1819. Feuille de dessin relative aux articles 6 et 7 du projet pour 1819 pour réparer le 1er étage du bâtiment de la port de Briançon coté (13) et la toiture de la chambre des orgues et du fronton de la porte. [Plans, coupe et élévation du bâtiment de la porte de Briançon]. 1818.Place d'Embrun 1819. Projet pour 1819. Feuille de dessin relative aux articles 6 et 7 du projet pour 1819 pour réparer le 1er étage du bâtiment de la port de Briançon coté (13) et la toiture de la chambre des orgues et du fronton de la porte. [Plans, coupe et élévation du bâtiment de la porte de Briançon]. 1818.

Génie. Place d'Embrun, Plan et profils du pont-levis projeté pour la porte de Briançon. 1819.Génie. Place d'Embrun, Plan et profils du pont-levis projeté pour la porte de Briançon. 1819. L'article 15 des projets pour 1820 consiste a remplacer le pont-levis à flèches existant de la porte de Briançon (cotée 12) par un pont-levis "à la Delille", avec contrepoids à deux roues et essieu unique, roulant sur deux rampes latérales en doucine. Il est exécuté dans l'année.

L'élément le plus remarquable des projets non réalisés de cette période, est le retour, dans le premier article du projet général du 15 décembre 1820 pour 1821, d'une lunette au point 21, en l'occurrence un ouvrage casematé à 2 étages avec caponnière et chemin couvert sur fossé à contrescarpe casematée à feux de revers. Ce projet est réédité à l'identique deux ans plus tard, pour 1823, et rejeté par le comité de fortifications48 . Pour cette dernière année, le Mémoire sur la place d'Embrun et les plans du projet général proposent la mise en eau des fossés, par captation des torrents nord, depuis le saillant du bastion 1 jusqu'à la demi-lune 5, avec batardeaux49 . A la porte de Gap (24) est proposé l'établissement d'un pont-levis "à la Poncelet", d'une conception alors nouvelle, et, dans la ravine, la construction d'une digue pour empêcher les eaux du torrent de saper le pont, dont une arche est à refaire, ainsi que le mur de chute du torrent. Concernant les bâtiments militaires, le magasin des vivres de 1788 (16) a fait l'objet en 1822 d'un remaniement limité, consistant en la condamnation d'une partie du grand nombre de lucarnes par lesquelles l'eau s'introduisait sur le plancher du grenier, puis dans la salle; de plus, par acquisition de parcelles contiguës a l'ouest et au nord par le département de la Guerre, ce magasin a été complété en 1819 d'une arrière-cour close avec hangar, et en 1822-1824 d'une manutention des vivres (15) équipée de deux fours de 500 et 300 rations, aménagée en adaptant et complétant un bâtiment contigu, acheté à cette fin par le département de la Guerre. Toujours en 1823-1824, la caserne (26-27) est réorganisée pour en augmenter la capacité de 400 à 640 soldats et sous-officiers, en aménageant ses greniers, des logements dans les 2 premiers corridors, en supprimer les souches de cheminées des étages et en créant une cuisine générale à l'extérieur dans un hangar.Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction d'Embrun. Place d'Embrun. 1822. Manutention aux vivres coté H. Magasin aux vivres coté 16. [plans, coupes, élévation]. Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction d'Embrun. Place d'Embrun. 1822. Manutention aux vivres coté H. Magasin aux vivres coté 16. [plans, coupes, élévation].

Au chapitre des fortifications, certains projets des années 1820 tendent à corriger les défauts de certains ouvrages remontant à l'exécution des projets de Vauban, qui n'ont jamais été complètement achevés, en dépit de demandes de fonds répétées dans les projets généraux du XVIIIe siècle. C'est le cas notamment de l'organisation interne des bastions et demi-lunes 1 à 5, et en particulier de leurs traverse de capitale, qui n'ont été que fondées (piliers de fondation dans le terre-plein) et jamais construites en élévation, à la différence de celle de la demi-corne de Gap. Il en va de même pour la question du retranchement à la gorge de ces ouvrages, partiel pour les bastions 1 et 2, complet pour les demi-lunes 3 à 5, souvent soulevé, avec des propositions de raccordement au corps de place. Dans les faits, les traverses inachevées seront supprimées, et il faudra attendre les décennies 1830-1840 pour que reviennent des projets ambitieux de perfectionnement de ces ouvrages.

Perfectionnements du front nord de 1820 à 1860 : défilement, bastionnets et ouvrages casematés

L'un des points névralgiques de l'enceinte, objet depuis 1692 de projets récurrents de perfectionnement de la défense échelonnée en profondeur, projets systématiquement avortés, est le secteur du "coude" nord-ouest de l'enceinte, entre la porte de Gap (24) et les abord du bastion 1, ponctué par la seule tour médiévale cotée (34) dans la nomenclature des fortifications de la place, tour couverte d'un toit. En 1820, ce secteur bordé par le torrent est toujours dépourvu de tout dehors : fossé contrescarpe, chemin couvert et ouvrage détaché de type lunette ou contregarde. En arrière du même segment, le retranchement intérieur en tenaille ou en ouvrage à corne (9), jamais achevé depuis plus d'un siècle, est complètement en ruines. Le sort de ce retranchement se joue en 1823. Le capitaine du génie en chef Brié, sous l'autorité du directeur des fortifications Izoard, propose deux options dans les dessins de projets des 1er et 10 septembre de cette année : L'une des possibilités consiste à rétablir le retranchement intérieur, avec l'inconvénient majeur de ne pouvoir le faire sans que le rempart adossé à rétablir et la rue du rempart n'empiètent sur des parcelles privées, cours et maisons, qui seraient à acquérir pour les détruire. L'autre alternative est la démolition pure et simple de l'ancien retranchement (9): c'est cette option qui est adoptée et exécutée en 1824, en perfectionnant le rempart de la muraille médiévale : "Le terre-plein de la partie d'enceinte ou se trouve la tour 34 a été entièrement rechargé avec la terre provenant de la démolition de l'ancien ouvrage à cornes (...) en arrière de cette enceinte; une belle rampe a été pratiquée pour y monter (...) on a fait disparaitre l'interruption de terre-plein qui existait après la tour 34 dans la trouée du fossé (du demi-bastion droit) de l'ancien ouvrage à cornes, en y jetant une voûte de 12m d'ouverture et de 6m de largeur (profondeur)"50. Conforme au dessin du projet, cette voûte en berceau ouverte, qualifiée de hangar sur un plan de 1828, permit d'assurer la continuité de la banquette d'artillerie formant chemin de ronde sur le rempart, vers le bastion 1, antérieurement interrompue par la coupure droite du fossé intérieur du retranchement 9. Vers la porte de Gap, sur la coupure gauche de l'ancien fossé intérieur, un prolongement de chemin de ronde réservé à l'infanterie, desservant une partie de parapet crénelé, est porté par deux arcades plaquées à la muraille, réalisées aussi en 1824 conformément au projet, de même que le nouveau corps de garde de la porte de Gap (coté 31), adossé à la muraille entre cette coupure et la porte.Génie. Place d'Embrun. Projet pour 1824. Feuille de dessin relative à l'art. 2 pour rendre défensive la partie de l'enceinte cotée 34 [...]. [Plan de la partie d'enceinte (nord-ouest) avec tour cotée 34 et porte de Gap]. 1823.Génie. Place d'Embrun. Projet pour 1824. Feuille de dessin relative à l'art. 2 pour rendre défensive la partie de l'enceinte cotée 34 [...]. [Plan de la partie d'enceinte (nord-ouest) avec tour cotée 34 et porte de Gap]. 1823.

La question des dehors de ce segment nord-ouest de l'enceinte fait l'objet de plusieurs projets bien distincts à partir de 1826 et jusqu'en 1840. Dans le premier, présenté de 1826 à 1830 avec quelques variantes, il s'agit de Construire une contrescarpe à feux de revers en capitale de la tour 34 ce qui induit la régularisation de la ravine pour former un fossé dont le torrent canalisé formerait la cunette. Le projet initial comporte une poterne en souterrain axiale passant sous le rempart et sous la tour 34, prolongée en caponnière crénelée (découverte) dans le fossé jusqu'à la casemate crénelée de la contrescarpe, de plan complexe comportant un épi saillant incluant des casemates de casernement. Dans le projet pour 1828, la poterne passant sous le rempart et sous la tour est coudée et toujours prolongée en caponnière crénelée dans le fossé, la casemate crénelée à feux de revers étant une simple galerie de contrescarpe de plan en chevron à angle obtus et arrondi . Un ajout sommaire au crayon sur le plan général propose une demi-lune dont la contrescarpe à feu de revers formerait la gorge. Ce parti est proposé une dernière fois pour 1830, avec quelques différences, la principale concernant la caponnière, casematée et faisant un ressaut dans le fossé, une variante pour 1829 ayant proposé de placer le souterrain et la caponnière non sous la tour 34 mais sous la coupure voûtée à droite de la tour.

Génie. Place d'Embrun. Projet pour 1830. Pour construire une contrescarpe à feux de revers en capitale de la tour (34). 1830.Génie. Place d'Embrun. Projet pour 1830. Pour construire une contrescarpe à feux de revers en capitale de la tour (34). 1830.

Les dessins de ces différents projets montrent que l'intérieur de la tour 34, soit apparemment creux, mais vide, n'est jamais rendu accessible par le souterrain; seul l'étage supérieur, sur plancher, couvert d'un toit en appentis, de plain-pied avec le rempart, est aménagé, percé de 3 créneaux. Le projet pour 1830 répond aussi à l'avis du comité des fortification, qui rejette la contrescarpe à feux de revers soutenue par le directeur des fortifications Izoard, en proposant un parti alternatif remplaçant cette contrescarpe par un bastion adossé à la muraille, à la manière du bastion 2, son flanc droit se raccordant à la tour 34 (le flanc gauche du bastion 2 se raccordait à une autre tour médiévale semi-circulaire de l'enceinte). Dans ce projet, l'accès en poterne à l'intérieur du bastion passe sous le rempart au ras de son flanc gauche. Ajourné, mais validé par le comité, ce projet de bastion 34 est représenté à l'identique en novembre 1832 pour 1833, dessiné par le capitaine du génie en chef Forget de Barst, toujours sous l'autorité du directeur des fortifications Izoard. Ce nouveau projet comporte en outre une lunette (21) proposée -selon les préconisations du général Haxo- non plus sur l'emplacement fixé depuis 1692, mais déportée très à l'ouest de la face gauche du futur bastion 34 et de la demi-corne de Gap.

Génie. Direction et place d'Embrun. Projet pour 1836. Fortifications article 3. Courtine (24-34). Pour construire un bastion à flancs casematés sur le saillant de (34). [Plan de projet du bastionnet en capitale de la tour 34], 1835.Génie. Direction et place d'Embrun. Projet pour 1836. Fortifications article 3. Courtine (24-34). Pour construire un bastion à flancs casematés sur le saillant de (34). [Plan de projet du bastionnet en capitale de la tour 34], 1835. Le projet général pour 1836, établi au 1er novembre 1835 par le nouveau chef du génie Ferras, tient compte de l'avis du comité des fortification qui trouve trop coûteux le bastion projeté depuis 1830. Le nouveau projet le réduit aux dimensions d'un bastionnet ou d'une tour bastionnée pentagonale (qui n'est pas sans rappeler le projet de 1718, dû à Rémi Tardif) abritant niveau casematé unique bipartite, avec embrasures de flanc et créneaux sur les faces, surmonté d'une plate-forme à ciel ouvert à créneaux et embrasures alternées au niveau du terre plein du rempart. Dans cette variante, la tour médiévale 34 aurait été détruite pour céder place à ce bastionnet, dont l'accès aux casemates aurait formé un large souterrain adapté au roulage du canon. Le comité des fortifications ayant ajourné ce projet parmi d'autres jugés trop coûteux, la seule proposition pour 1837 concernant ce secteur est de poursuivre la construction, commencée en 1836, d' une contrescarpe revêtue continue de 6 à 7m de haut depuis la demi-corne de Gap (8) jusqu'au bastion 1, pour former un fossé difficile à franchir.

[Place d'Embrun, plan du projet de bastionnet de la tour 34 et de sa poterne], 1839.[Place d'Embrun, plan du projet de bastionnet de la tour 34 et de sa poterne], 1839. Le bastionnet est a nouveau présenté en 1838 pour 1839, conçu cette fois sous l'autorité d'un nouveau directeur des fortification, successeur d'Izoard, le colonel Lenoir. Il adopte une forme un peu différente, avec une face aplatie au mur épais débordant en orillons, deux flancs retirés casematés à une embrasure chacun, accessibles par la poterne souterraine, la base de la tour 34 servant de rotule de distribution, tandis qu'une courette intermédiaire avec escalier à ciel ouvert permet de monter sur les plates-formes au-dessus des flancs casematés, desservant des créneaux et défilées par le surcroit de hauteur du mur de face épais. Un escalier en vis est proposé dans la tour, pour la communication des plates-formes du bastionnet au rempart. Le plan du projet montre que la poterne d'accès, axiale, doit être flanquée à l'entrée d'un corps de garde (à gauche) et d'un petit magasin à poudre (à droite), mais une annotation précise que le comité adopte la poterne, mais sans ces annexes, et "réduit la largeur du passage à 1,30m attendu que l'artillerie sera amenée démontée".

[Place d'Embrun. Plans et coupes du projet du bastionnet de la tour 34], 1840.[Place d'Embrun. Plans et coupes du projet du bastionnet de la tour 34], 1840. L'auteur de l'apostille générale du projet pour 1840, le chef du génie A. Dubard, propose de modifier le bastionnet 34, pour permettre de placer deux pièces de canon dans chaque flanc casematé, en allongeant ces flancs de 5m, soit en donnant davantage de saillie à l'ouvrage. La planche de dessin exposant cette variante, datée du 23 janvier 1840, reprend l'essentiel des dispositions du projet pour 1839, mais en doublant chaque casemate de flanc, en réduisant un peu l'épaisseur du mur de face, sans débords arrondis aux angles, le principal changement étant la suppression de l'accès en poterne aux casemates, ce qui aurait obligé à descendre l'artillerie et les munition depuis le rempart par un treuil. Pour mémoire, est aussi présentée une planche de dessin du même projet, mais avec des casemates en simple profondeur, l'ouvrage, deux fois moins saillant, n'y étant plus qualifié de bastionnet, mais de moineau. La construction du bastionnet commence en 1840, selon la variante à doubles casemates de flanc, et en intégrant une poterne d'accès axial, qui passe sous le rempart et sous la tour pour déboucher dans la courette centrale, entre les flancs casematés.

[Place d'Embrun. Plans général du bastionnet de la tour 34 et abords], 1841.[Place d'Embrun. Plans général du bastionnet de la tour 34 et abords], 1841. Le projet de 1841, établi le 18 février par le capitaine Dubard, sous l'autorité d'un directeur des fortifications par intérim, apporte des modifications au projet en supprimant les plates-formes d'infanterie sur les casemates, pour remplacer le haut mur de face crénelé par un gros parapet en terre ou masse couvrante monté sur une voûte enjambant la courette et reliant les casemates, parapet prolongé sur les flancs par des banquettes plus basses mais sans accès, faute d'escalier montant de la courette, réduite de moitié par cette extension du couvert, et faute d'escalier dans la tour. Ce défaut de l'état réalisé du bastionnet justifiera une dernière modification, présentée dans le projet général pour 1848, soit l'ajout d'un escalier desservant les plates-formes des flancs : celui proposé par le chef du génie Damiens est l'escalier en vis dans la tour projeté depuis 1838, mais une option alternative est dessinée en surcharge, consistant à percer dans le rempart un escalier souterrain partant du côté gauche de la poterne pour monter au niveau des plates-formes, en passant par l'intérieur de la tour formant rotule de distribution à deux portes au même niveau. C'est cette variante qui sera exécutée à la suite, mais on observe que la régularisation du fossé avec contrescarpe revêtue dans ce secteur et jusqu'à la corne de Gap, projetée et amorcée en 1836-1837, n'a pas été poursuivie.Génie. Place d'Embrun. Projet pour 1851 et 1852. Organisation de la partie de l'enceinte comprise entre le Bon 2 et le Bon 5 . [Plans du projet d'organisation des bastions 2-3-4, avec bastionnets], 1851.Génie. Place d'Embrun. Projet pour 1851 et 1852. Organisation de la partie de l'enceinte comprise entre le Bon 2 et le Bon 5 . [Plans du projet d'organisation des bastions 2-3-4, avec bastionnets], 1851.

Les projets de la décennie 1830 proposent aussi plusieurs programmes successifs pour améliorer le front nord-est et les bastions et demi-lunes existants 1 à 5, du point de vue du défilement (en réglant la hauteur des revêtements, l'épaisseurs et les profils des parapets d'artillerie, en améliorant le chemin couvert et ses traverses) et en ce qui concerne le principe du retranchement des bastions par rapport au corps de place. L'un de ces projets propose de retrancher à la gorge le bastion 1 par une coupure en corne, plusieurs autres proposent le raccordement des demi-lunes 3, 4, 5 aux corps de place par des flancs retirés, et l'aménagement de casemates sous les banquettes de terre des parapets d'artillerie des flancs et faces bastions et demi-lunes 2 à 4, du côté dominé (nord). A partir de 1841, sur avis du 13 mai émis par le comité des fortifications, le principe du bastionnet casematé réalisé au droit de la tour 34 influence les projets, établis par le chef du génie Loppé, concernant les ouvrages 1 à 4 : le projet pour 1842, très radical, propose de détacher ces quatre ouvrages du corps de place plus largement que ne le sont déjà les 3 et 4, afin de leur donner la fonction de contregarde pour des bastionnets à construire contre la muraille d'enceinte au revers de la gorge de chacun d'eux. Chacun des quatre bastionnets est conçu dans ce projet comme un réduit à deux niveaux casematés et surmonté d'un important parapet d'artillerie sur les faces gauche. De 1843 à 1852, ce projet ne concerne plus que les trois ouvrages 3-4-5, et le fossé de retranchement proposé entre les bastionnets et leur contregarde est moins large. On notera que ce parti n'est pas sans rappeler le premier projet de Vauban de 1692 avec trois tours bastionnées aux mêmes points de l'enceinte, couvertes par des contregardes.

Lancés à partir de 1845, les travaux commencent par le bastion détaché ou demi-lune 3, dont la transformation est achevée en 1847: le bastionnet casematé est en place, numéroté 3, avec deux petits segments de fossés mis en eau devant les deux flancs et l'ancien bastion est transformé en contregarde 3bis, avec casemates sous le parapet des flanc et face gauche.Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction de Grenoble. Place d'Embrun. Aqueduc. Etages voûtés du bastion coté 3 et des bastionnets cotés 33 et 56 au plan général. 1860.Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction de Grenoble. Place d'Embrun. Aqueduc. Etages voûtés du bastion coté 3 et des bastionnets cotés 33 et 56 au plan général. 1860.

Le projet pour 1848 donne deux variantes renouvelées à exécuter pour la construction du bastionnet 4, avec poterne complexe et escalier à la gorge, en vis ou droit, et pour la transformation de l'ancien bastion détaché 4 en contregarde abritant d'importantes casemates sous les banquettes de ses face et flanc gauches. Les travaux ne sont exécutés qu'en 1851-1852. Les fonds demandés pour 1852 concernent en priorité (art. 1) la transformation du bastion 2 en contregarde 2bis avec bastionnet 2 à la gorge. Pour autant, ce programme n'est pas réalisé et cède place en 1853 à un projet alternatif de réorganisation du bastion 2, sans retranchement ni bastionnet, avec parapets d'artillerie pleins, traverse-abri en capitale et deux traverses latérales, projet lui-même révisé avant d'avoir été commencé, en 1854, en supprimant les traverses, et c'est cette disposition plus simple qui est exécutée en 1855, servant alors de modèle pour le projet de réorganisation du bastion 1. Le plan du projet général pour 1851 et 1852 montre que l'ensemble des courtines des fronts 1-2-3-4-5 doit être couverte par des tenailles couvre-face en terre, la première réalisée, l'année même, étant celle de la courtine 2-3, la seconde, construite en 1854-1855, devant la courtine 1-2. Le projet général pour 1851 comporte aussi, en option, la construction d'une tour bastionnée dans l'angle rentrant du front Est, à la gorge de la demi-lune 5. Elle ne verra pas le jour, mais la demi-lune 5 restera raccordée au corps de place par les flancs bas retirés construits vers 1835. La réfection du chemin couvert sur un nouveau plan est en projet de manière continue dans la décennie 1850.

Perfectionnement des fronts Est et ouest et des bâtiments militaires de 1820 à 1860

Le bastion 6 (des Capucins) n'est jamais associé aux autres dans les projets généraux d'amélioration des fortifications depuis sa restauration en 1819, qui avait maintenu en place son cavalier. Il faut attendre l'exercice 1832, le colonel Izoard étant encore directeur des fortifications, pour que ce bastion fasse l'objet d'un nouveau projet destiné à assurer son défilement, présentant deux variantes qui l'une comme l'autre comportent la démolition du cavalier et la mise en place d'un rempart au revers de la partie de la courtine 5-6 attenante au bastion. La première variante consiste à reprofiler banquette et parapet en terre, en surhaussant celles des face et flanc gauche, et en ajoutant une traverse faisant transition sur la face droite. Le mur d'isolement du magasin à poudre est complété, avec remblai intermédiaire portant chemin de ronde en bordura de la partie haute des banquettes. La seconde variante propose un surhaussement plus important de la partie gauche, en faisant porter banquette et parapet sur une souterrain casematé adapté au casernement. C'est la première variante qui est choisie et affinée dans les dessins du projet du 6 novembre 1832 signés Forget de Bast ; il comporte l'adjonction de contreforts à l'intérieur du revêtement, d'un mur de traverse et d'un nouveau mur de fermeture à la gorge, avec portes cintrées, du côté droit du magasin et de son mur d'isolement.

Génie. Direction et place d'Embrun 1832. Achèvement de la courtine 5-6. Défilement du bastion 6, rasement de son cavalier. 1832.Génie. Direction et place d'Embrun 1832. Achèvement de la courtine 5-6. Défilement du bastion 6, rasement de son cavalier. 1832. Le mémoire sur la place rédigée au début de 1834 indique que "le bastion 6 a été bien défilé et convenablement restauré cette année (...) revêtement répaissi au moyen de contreforts voûtés en décharge, le fossé a été creusé de manière à donner 10m de hauteur d'escarpe au cordon. C'est seul ouvrage de la place qui ne laisse plus rien à désirer"51. La réalisation a ajouté une petite traverse sur la face gauche à l'arrière du magasin. Cet état jugé abouti en 1834 explique que ce bastion ne soit pas concerné par les grands projets et réalisations des décennies 1840 et 1850. Trente ans plus tard cependant, le 12 janvier 1862, le chef du génie présentait un projet consistant à défiler le magasin à poudres du bastion 6 en le recouvrant d'une épaisseur de terre massée sur le versant gauche du toit, modification soit couverte d'un nouveau toit, soit formant une large traverse. Ce projet ne sera pas exécuté.

L'autre partie des fortification ayant fait l'objet de réaménagements défensifs entre les décennies 1820 et 1860, est le long segment sud du front ouest de l'enceinte, coté 30-32-33-35, dont le plan très irrégulier suit les contours du rocher dit "plateau du roc". En 1826 est formulé un premier projet consistant à terrasser les deux batteries 33-35 à embrasures percées dans le mur, qui avaient été installées sur banquettes au revers du premier tiers (nord-est) de ce segment en 1751 et 1775 pour défendre la gorge de la "corne de Gap" (8). Ce terrassement n'ayant pas été approuvé, il faut attendre dix ans et le projet général du 1 novembre 1835 pour 1836, qui propose, sur tout le développement de ce segment, à partir de la première batterie, le doublement vers l'intérieur du parapet maçonné, par un parapet d'artillerie en terre formant cavalier et dégageant un chemin de ronde intermédiaire. Ce projet est modifié (parapet d'artillerie discontinu et commençant à la seconde batterie 33 par un cavalier isolé) et commencé en 1836, comme le montre le plan pour les projets de 1837. [Place d'Embrun, plan général avec projets de batteries 30-32-33 et corne de la porte de Gap 8], 1837.[Place d'Embrun, plan général avec projets de batteries 30-32-33 et corne de la porte de Gap 8], 1837.Le mémoire associé, rédigé par le chef du génie Ferras, donne quelques précisions : " L'organisation des batteries du plateau du roc, dont le terrassement a commencé en 1836 sur demande d'urgence, est une véritable amélioration pour la défense directe de la porte de Gap et de l'ouvrage 8, pour contrebattre l'artillerie dirigée contre le front 1-8. On a rétabli la partie A-A du mur (32), fait le bastion C (petit bastionnet) destiné à flanquer le pied, et commencé à masser la batterie 33 (cavalier), avec des décombres provenant de la démolition de la caserne de l'archevêché" . Le chef du génie précise que les embrasures de la courtine 35-24 ont été démasquées, et demande de 4200 fr pour achever le travail en 1837 et organiser les batteries 30 et 32 en employant l'excédent de décombres.

Depuis la décennie 1820, à la catégorie des bâtiments militaires avaient été ajoutés de façon non pérenne une petite partie de l'ancien palais épiscopal, dont la Tour Brune (coté 39), déjà réquisitionnée dans le principe depuis Vauban, pouvant servir pour le casernement ou pour des magasins, mais aussi l'ancien couvent des religieuses de la Visitation Ste Marie utilisé comme hôpital militaire (coté 41), puis cédé en jouissance à l'hôpital civil en 1829. Il s'agissait d'appropriation de bâtiments préexistants au prix de réaménagements intérieurs, voire, dans le cas de projets plus ambitieux, sur le principe appliqué depuis 1800 pour l'ancien couvent des Capucins, de démolitions et reconstruction sélectives. La majeure partie de l'ancien palais épiscopal entrait alors dans la catégorie des bâtiments civils, affecté au palais de Justice et au petit séminaire d'Embrun (cotés F), en partage avec la gendarmerie (cotée G). Par ailleurs, l'ancien collège des Jésuites était devenu maison centrale de détention (cotée B) dès 1804.

En 1833, le ministère de la guerre avait racheté le corps principal de l'ancien palais épiscopal et une partie attenante de l'aile sud, dans l'intention d'y établir une caserne, ou éventuellement un hôpital militaire. L'année même fut présenté un projet de redistribution intérieure des deux étages du corps principal pour l'affecter à un hôpital.Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction d'Embrun. Place d'Embrun. 1825. Caserne d'infanterie cotée 26-27 [Plans, élévation, coupes] 1825.Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction d'Embrun. Place d'Embrun. 1825. Caserne d'infanterie cotée 26-27 [Plans, élévation, coupes] 1825. C'est toutefois l'affectation à une caserne qui prévalut en 1834-1835, justifiant des travaux de démolition interne de dispositions anciennes jugées trop irrégulières, et une réfection complète de la toiture. Ce sont les gravats et décombres de ces démolitions qui ont été employés pour former le cavalier de la batterie 33. En 1840, les travaux étaient achevés et il ne restait qu'à fournir le mobilier de la nouvelle caserne dans le vieux bâtiment, cotée 40.

Place d'Embrun. Projet pour approprier à usage de caserne ou d'hopital la partie de l'ancien archevéché récemment acquise par le ministère de la guerre. [Plans élévation, coupe.] 1833.Place d'Embrun. Projet pour approprier à usage de caserne ou d'hopital la partie de l'ancien archevéché récemment acquise par le ministère de la guerre. [Plans élévation, coupe.] 1833.La grande caserne existante 26-27 avait fait l'objet de nouveaux travaux d'améliorations intérieures en 1837-1838, pour porter sa capacité ordinaire de 500 à 675 hommes, et d'un nouveau projet réalisé, en 1844, supprimant les cheminées, remplacées par des poëles, pour réduire l'encombrement des conduits dans le volume intérieur des étages, et remplacer la distribution en corridor systématique par une distribution partiellement transversale.

Génie, place d'Embrun. Projet pour 1844. Bâtiments militaires. Améliorations à la caserne 26-27. [Plans et coupes, état des lieux et projet.], 1844.Génie, place d'Embrun. Projet pour 1844. Bâtiments militaires. Améliorations à la caserne 26-27. [Plans et coupes, état des lieux et projet.], 1844.

Entre 1830 et 1835, l'ancienne chapelle des Capucins à usage d'arsenal (coté 18) a fait l'objet de travaux de reconstruction partielle qui ne sont pas documentés par des dessins et mémoires de projets. Seule, la comparaison des plans généraux de la place permet de constater, à partir de ceux de 1835 et 183652, une régularisation du plan de ce bâtiment sur ses côtés nord et ouest, correspondant à la construction d'un bas-côté rectiligne, et à une réfection de la façade ouest. Un mur de clôture a également été construit simultanément autour de ces deux côtés de l'édifice.

En 1857 ou 1858, un petit magasin à poudres fut construit dans l'angle sud-ouest de l'enceinte à l'arrière de la batterie 30 et 32, financé par la régie des contributions indirectes, soit en dehors des financements des projets du génie, en sorte que ce magasin ne fut pas inclus dans la catégorie des bâtiments militaires, mais dans celle des bâtiments civils.

Le génie militaire, en accord avec le préfet, consentit en 1858 à céder à la ville d'Embrun un hangar inutilisé en limite de la zone de servitude militaire, formé par la grande voûte construite en 1824 en adossement intérieur de la muraille, à droite de la tour 34, sur l'ancienne coupure du retranchement intérieur supprimé. Ce volume voûté fut attribué à la ville afin qu'elle puisse y établir son abattoir public bovin, opération autorisé par décret impérial du 27 juillet 185953 , y compris le principe de l'emprunt à faire par la ville pour financer les travaux d'appropriation. Cet établissement, qui donna lieu à la construction d'une façade refermant le volume voûté, fut mis en service en 1861.

La nomenclature des fortifications et bâtiments militaires de la place fut révisée à la suite d'une circulaire du 29 mai 1854, et suivant ses prescriptions. Cette modification des cotes se fait en deux phases, la version définitive de la nomenclature étant arrêtée en 1860.

Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction de Grenoble. Place d'Embrun. Plan d'ensemble, vers 1860.Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction de Grenoble. Place d'Embrun. Plan d'ensemble, vers 1860. Les bastions, demi-lunes et la demi-corne de Gap conservent leur cotation ou numérotation ancienne 1à 6 et 8, de même que les deux portes de Briançon (12) et de Gap (24), la tour crénelée ancienne 34, et les segments d'enceinte sud-ouest avec batteries 30-32-33-35. Les trois bastionnets sont renumérotés, 53 pour celui du bastion 3, 54 pour celui du bastion 4, et 56 pour celui de la tour 34. Les tenailles en terre construites devant les courtines 1-2, 2-3, 4-5, sont numérotées 38-39-40, et les poternes donnant accès aux bastions et bastionnets sont numérotées de 41 à 47.Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction de Grenoble. Place d'Embrun. Souterrains et poternes. 1860.Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction de Grenoble. Place d'Embrun. Souterrains et poternes. 1860. La nomenclature des bâtiments militaires est désormais repérée par des lettres54 : A- Caserne principale (ex n°26-27), B- caserne de l'archevêché (ex n°40), C - Pavillon d'officiers dit des Capucins (ex n°17), D - Pavillon de la porte de Briançon (ex n° 13), H - Magasin et manutention des vivres (ex n° 15 et 16), K - corps de garde de la porte de Gap (ex n° 31), O - Magasin à poudres (ex n° 14), P - Magasin à poudres du bastion 6 (ex n° 29), Q - Magasin d'artillerie et salle d'armes, ou arsenal (ex n° 16). On peut ajouter le petit magasin à poudre sud-ouest, neuf, coté U, considéré comme bâtiment civil.

Embrun, plan interprétatif de la place forte vers 1860, mis à l'échelle sur fond de plan géométrique actuel, 2021.Embrun, plan interprétatif de la place forte vers 1860, mis à l'échelle sur fond de plan géométrique actuel, 2021.

Déclassement et démantèlement

Les derniers projets du génie et de l'artillerie à Embrun, avant le déclassement de la place forte, présentés en 1869, puis le 9 septembre 1872, concernaient la création de traverses-abri et de petits magasin de siège à l'épreuve dans les bastions 1, 2, 5, dans les batteries 30-32-33, puis l'aménagement d'un magasin à poudre en caverne de 6000 kg à creuser dans le roc de la falaise55 , au sud du quartier militaire, à 260m du magasin O, et à 360m du magasin du bastion 6; ces deux magasins anciens avaient une capacité supérieure à celle nécessaire pour la place, mais ne présentaient plus les conditions de sécurité nécessaires. Une alternative présentée aussi en 1869 proposait l'affectation du premier étage voûté de la Tour Brune à un magasin à poudre.

Le projet de loi relatif au déclassement de la place-forte d'Embrun fut examiné lors de plusieurs séances de la chambre des députés et du Sénat, entre avril et décembre 188056 . Le comité des fortifications, dans sa séance du 13 février 1880 avait estimé inutile la conservation de cette petite place qui figure dans la 2e série des places de guerre, le député Ernest Cadot, rapporteur de cette question à la chambre ayant ajouté qu'il n'est pas seulement inutile, mais (...) très- nuisible de conserver ces petites places fortes qui ne sont pas en état de résister, aux moyens actuels de destruction. A Embrun, "quelques pièces de campagne, ou même de montagne, aisément amenées à couvert sur les hauteurs étagées qui s'élèvent au nord de la place, auraient brûlé en quelques heures les approvisionnements qu'on aurait eu l'imprudence d'y accumuler (...) La défense des Hautes-Alpes combinée pour empêcher l'ennemi de déboucher dans la vallée de la Durance est aujourd'hui en voie d'achèvement et rend inutiles les fortifications d'Embrun. Il n'y a donc aucun motif pour conserver une place que Vauban déclarait déjà l'une des plus mauvaises qui se puissent voir". Une circonstance particulière d'actualité, invoquée à la suite, justifiait en outre un démantèlement partiel à très court terme : " Le déclassement d'Embrun, coïncidant avec l'établissement du chemin de fer de Gap à Briançon, permet d'abandonner à la compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée les terrains nécessaires à l'établissement de la gare d'Embrun. Une convention passée le 27 juillet 1879 entre les représentants des ministères des travaux publics, de la guerre et des finances et la compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée attribue à cette dernière trois hectares des terrains militaires de la place d'Embrun, avec les arbres qui y sont plantés et les matériaux à provenir de la démolition des fortifications, à la charge d'opérer cette démolition et d'exécuter les travaux nécessaires à l'écoulement des eaux. Il résulte des devis présentés à la commission que le prix des travaux imposés à la compagnie est au moins égal à la valeur des terrains qui lui sont concédés" 57.

[Vue générale d'Embrun prise du nord avant le démantèlement de l'enceinte.], vers 1880.[Vue générale d'Embrun prise du nord avant le démantèlement de l'enceinte.], vers 1880. Une seule photographie connue, prise à cette époque, donne une vue de la ville forte prise du nord, complète de son enceinte. Le déclassement ayant été adopté, les travaux de démolition partielle du front nord, avec remblaiement du fossé, ont pu être conduits en 1881et 1882 pour faire place à la gare et à la voie de chemin de fer : ils concernaient les bastion 1 et 2, les courtines attenantes et la partie correspondante du chemin couvert. En étaient exclues les deux portes de ville, et, à l'ouest du bastion 1, la démolition de la courtine 34-1 s'interrompait au droit de l'abattoir municipal, préservé, de même que la tour 34 et son bastionnet 56. La gare d'Embrun fut inaugurée et mise en service le 10 juillet 1883. Cette même année 1883 et en 1884, les travaux de démolition de l'enceinte déclassée et de comblement des fossés ont été poursuivis, cette fois à l'initiative de la ville, par la démolition de la porte de Briançon et des deux bastions 3 et 4 qui l'encadraient, et celle de la porte de Gap, excepté le fossé ou ravine la séparant de son ouvrage avancé. La partie de ce dernier ouvrage, dit "corne de Gap" situé au nord de la route fut maintenu en place en nivelant sommairement ses banquettes, sans combler son fossé, et lotie, devenant une parcelle privée jardinée, configuration encore bien visible soixante ans plus tard sur une photographie aérienne de l'IGN prise en 1947. Ces démolitions des portes permettaient de rectifier le tracé de la route nationale n° 94 dans sa traversée de la ville, en supprimant l'étranglement et les contraintes du passage par le goulot des portes à pont-levis, et en dévoyant cet axe routier important et fréquenté au nord du centre ville ancien, sur l'ancien chemin de ronde qui passait au pied du rempart nord, transformé en avenue de la gare. L'état peu avant leur disparition des portes de Briançon - la plus monumentale- et de Gap, avec leurs abords, est documenté par de rares photographies, et par des vues peintes à l'huile par un artiste amateur d'Embrun, C. Rozan. Le démantèlement permit d'accroître l'emprise foncière en créant de nouvelles parcelles à bâtir sur les anciens fossés comblés et sur les anciennes zones de servitude militaire. A l'ouest, dans le secteur de la porte de Briançon, furent bâtis entre autres le lycée Ernest Cézanne (1889) et l'hôtel moderne. La démolition de segments d'enceinte du front ouest de part et d'autre de la porte de Gap fut plus tardive en lente ; celle du segment entre la porte de Gap et le bastionnet 56 (et sa tour 34) est documentée par des photographies prises vers 1900 et éditées en carte postale. Le bastionnet et la tour furent épargnés pour permettre l'utilisation de leurs casemates aux besoins de l'extension de l'abattoir municipal voisin. [Vue extérieure de la porte de Briançon, avec bastion et contregarde 3.], vers 1870.[Vue extérieure de la porte de Briançon, avec bastion et contregarde 3.], vers 1870. [Vue extérieure de la porte de Gap et du flanc gauche du bastionnet coté 56.] vers 1870.[Vue extérieure de la porte de Gap et du flanc gauche du bastionnet coté 56.] vers 1870. [Vue extérieure des abords nord de la porte de Gap et de la tour et bastionnet cotés 34-56, état des lieux vers 1890.] vers 1900.[Vue extérieure des abords nord de la porte de Gap et de la tour et bastionnet cotés 34-56, état des lieux vers 1890.] vers 1900.

Parallèlement, le quartier militaire d'Embrun, au sud-est de la ville, était maintenu pour le logement des troupes, soit des bataillons de chasseurs à pied. Ceux en garnison à Embrun depuis 1875 devenus le 24 décembre 1888 les 12e et 30e bataillons de chasseurs alpins, logés en période de garnison de façon constante pour le 12e, en alternance biennale pour le 30e, dans la caserne A, dans les bâtiments du pavillon d'officiers, ancien couvent des Capucins (C), dans l'ancien magasin à vivres (H) et dans la caserne B (ancien archevêché). La préservation du quartier militaire et de sa place d'armes, dite "champ de Mars", a justifié la conservation de la partie sud de la muraille d'enceinte du front Est et de son fossé, depuis le bastion 6 jusqu'au roc (la falaise), afin de maintenir un retranchement de ce quartier vers l'extérieur. Pour autant, dès la décennie 1890 le bastion 6 proprement dit avait été démoli à l'exception de son magasin à poudres, son fossé comblé et de nouveaux hangars construits dans un enclos au nord de ce magasin. En 1893, à la suppression de la prison centrale (ancien collège des Jésuites), ses vastes bâtiments furent également affectés, sans changements importants, aux casernement des chasseurs alpins, d'autres bataillons , tels les 12e et 28e, étant amenés à séjourner en garnison à Embrun ; cette unité de casernement de l'ancienne prison centrale prit le nom de caserne de la Centrale, puis caserne Vallier-Lapeyrouse, celles du quartier militaire sud-est, ancien magasin des vivres inclus, furent nommée casernes Delaroche, et celle de l'ancien archevêché caserne Laharpe. Le cumul des bâtiments de casernement d'Embrun, ville de garnison, devait également permettre l'accueil transitoire de troupes de passage, tels le 159ème Régiment d’Infanterie Alpine, le 72ème Bataillon Alpin de Forteresse et du 6ème Régiment de Tirailleurs Marocains. La caserne Delaroche, seule bâtie initialement pour cet usage et selon les projets de Vauban, fit l'objet de nouvelles adaptations et réparations lors de son utilisation par les troupes de chasseurs alpins, et d'adjonction de petits bâtiments annexes construits parallèlement, du côté Est, vers le magasin à poudre et les bâtiments des Capucins. La densification des bâtiments du quartier militaire et le cloisonnement des cours intérieures sont bien visibles sur les photographies aériennes de l'IGN, dont celle de 1947.

Embrun - Place du quartier et caserne des Chasseurs alpins. [caserne Delaroche], vers 1900.Embrun - Place du quartier et caserne des Chasseurs alpins. [caserne Delaroche], vers 1900. Embrun (870 m.) - Caserne Lapeyrouse, vers 1910Embrun (870 m.) - Caserne Lapeyrouse, vers 1910 [Vue aérienne verticale du quartier militaire sud-est d'Embrun, caserne Delaroche] 1947.[Vue aérienne verticale du quartier militaire sud-est d'Embrun, caserne Delaroche] 1947.

Après la seconde guerre mondiale, le pavillon des officiers du quartier militaire, soit l'ancien couvent des Capucins, fut affecté à la Direction des Camps de l'Aéronavale. A la fin de la guerre d'Algérie, en 1962, la Défense Nationale supprima Embrun de la liste des villes de garnison, ce qui souleva la question du devenir des anciens bâtiments militaires évacués, de leur reconversion ou de leur suppression. Dans les années 1965-1969, les démolitions ne concernèrent qu'une partie des bâtiments la caserne Vallier-Lapeyrouse, ce qui fit l'objet de pourparlers entre la ville et le service des Monuments Historiques, dans le souci de conserver les éléments monumentaux caractéristiques de l'ancien collège des Jésuites, dont la chapelle.

Le quartier militaire sud-est, ou caserne Delaroche, fut occupé par le 159e régiment d'Infanterie Alpine jusqu'en août 1981, ce qui occasionna la construction d'un nouveau bâtiment technique de type entrepôt au nord de l'ancienne chapelle des Capucins, en 1980. Après la fin de tout usage militaire résiduel, les services de la Défense libérèrent ce quartier en 1983, qui fut réapproprié par la ville. Celle-ci fit détruire en premier lieu les magasins et annexes construits après 1884 au nord-est de la chapelle des Capucins, pour faire place à la maison de retraite les Chanterelles58. La caserne Delaroche proprement dite, en dépit de sa longue histoire, fut définitivement rasée en 199259 pour faire place à une esplanade aménagée en aire de stationnement, dégageant les vues et les accès vers le Roc, le magasin à poudre, et permettant la co-visibilité des façades de l'ancienne chapelle des Capucins et de l'ancien magasin aux vivres réhabilités.

Analyse descriptive

Site et implantation générale, plan, distribution spatiale, circulations et issues

Les principales caractéristiques de la topographie du site de la ville et place forte d’Embrun, plus particulièrement celle des enceintes successives et cumulées du corps de place, ont été décrites dans les différents chapitres retraçant ci-dessus l’évolution historique de cette architecture militaire, tout en définissant les typologies et en précisant les nomenclatures. Il convient toutefois de reformuler et résumer ici les dispositions topographiques et architecturales complexes de l'ancienne place forte et de son enceinte aujourd'hui en grande majorité détruit, afin d'y replacer les rares éléments monumentaux qui subsistent.

Vue aérienne rapprochée prise du sud-ouest. Falaise du "Roc", ancien front sud de la ville forte.Vue aérienne rapprochée prise du sud-ouest. Falaise du "Roc", ancien front sud de la ville forte. La "cité" médiévale est fondée sur une ample plate-forme rocheuse qui s’interrompt abruptement au sud en formant une falaise dite « le Roc », surplombant d’environ 70m une vaste prairie alluviale confinant à la Durance (plaine dite les Prés, ou Sous le Roc à la cote 800m au pied de la falaise, crête de la falaise à la cote 869 m). Cette falaise offre un retranchement naturel imprenable, le côté ouest de la plate-forme portant la ville étant elle-même retranchée par un ravin avec torrent en déclivité nord-sud (aujourd'hui remblayé), formant un escarpement vertical de hauteur variable en retour d’angle aigu de la falaise sud. Vue aérienne rapprochée du centre prise de l'ouest. Au premier-plan, angle sud-ouest de l'ancien  périmètre de la ville close, et falaise sud du "Roc".Vue aérienne rapprochée du centre prise de l'ouest. Au premier-plan, angle sud-ouest de l'ancien périmètre de la ville close, et falaise sud du "Roc".

Dans son premier état médiéval, l'enceinte de la cité affectait un plan polygonal irrégulier et organique grossièrement piriforme, de grand axe est / ouest (plus exactement est-nord-est / ouest-sud-ouest) enveloppant de près l'ensemble cathédral au sud, sans atteindre le bord de la falaise. Il n'a jamais existé que deux véritables portes de ville : la première au nord-est, porte Saint-Marcellin dans le premier état médiéval, puis porte de Guillestre jusqu'à la fin du XVIIe siècle, puis porte de Briançon, la seconde a l'ouest / nord-ouest, porte du Saint-Esprit dans le premier état médiéval, puis porte de Gap. Cette enceinte médiévale primitive devait comporter une ou plusieurs poternes du côté du roc ou étaient aménagés des jardins hors les murs. L'extension maximum de l'enceinte est atteinte à la fin du XIVe siècle et ne change plus aux époques moderne et contemporaine : elle inclut dans son périmètre les espaces sur le Roc au sud de l'ancien tracé, soit s'implante au sud et au sud-ouest sur le rebord de la falaise, s'étend largement au sud-est, et enveloppe les contours de l'enceinte primitive en la débordant plus ou moins largement au nord, nord-est et nord-ouest. Du fait des extensions "évasées" sud-est et sud-ouest, les fronts est et ouest de l'enceinte définitive sont l'un comme l'autre infléchis d'un angle rentrant, plus nettement marqué (presque à angle droit) au front Est.

Le retranchement rocheux naturel au sud et au sud-ouest, et la ravine creusée par un torrent formant fossé naturel devant le front ouest, jusqu'à la porte de Gap, ont en majeure partie dispensé de fortifier les parties de l'enceinte correspondant à ces deux fronts. L'enceinte s'y est toujours limitée à un simple mur de clôture de faible élévation suivant les contours du roc, bordé d'un chemin de ronde, comportant quelques petits saillants irréguliers sans équipement défensif, voire au mieux des tourelles à l'angle saillant sud-ouest. Seule la muraille du front ouest offrait, autour de l'angle rentrant et de la porte de Gap, une élévation murale un peu plus affirmée et des organes de défense active (créneaux et embrasures), au moins à partir de l'époque moderne.

A contrario, sur le front nord, entre la porte de Gap et la porte de Guillestre (Briançon), et sur le front Est, de la porte de Guillestre au bord du roc, la muraille d'enceinte de la fin de l'époque médiévale, offrait une plus grande hauteur, et était jalonnée de tours de flanquement. Celles-ci, de plan semi-circulaire et carré, apparemment toutes ouvertes à la gorge, et assez régulièrement espacées, dominaient d'un étage l'élévation des courtines. D'après le recoupement des données de la gravure de 1575, du plan gravé Tassin de 1634, et des plans antérieurs au siège de 1692, on peut estimer le nombre des tours de flanquement réparties sur ces deux fronts : douze, dont sept semi-circulaires et cinq carrées. Au nombre de ces dernières on doit inclure les deux tours-portes des entrées de ville, et la tour du Palais (alias du Planiol), cas particulier, puisqu'il semble s'agissait d'une tour maîtresse (ou "donjon") quadrangulaire flanquée d'une tour semi-circulaire. Le tracé en plan des murailles ou courtines entre les tours n'était pas rectiligne, en particulier sur le front nord, ou il était brisé de plusieurs angles saillants et rentrants obtus rapprochés, non flanqués ou mal flanqués, qui n'ont jamais été rectifiés à l'époque moderne. Les courtines du front Est, retranchées d'un fossé artificiel peu profond, étaient plus rectilignes en plan dans leur état final, entre l'angle rentrant et le rebord du Roc et comportaient une poterne dite porte du Planiol, contiguë à la Tour du palais, puis à la citadelle, poterne condamnée au XVIIe siècle après la suppression de la citadelle.

La création des fronts bastionnés extérieurs au début du XVIIe siècle a suivi la même répartition pour l'implantation des bastions, au nombre de sept, exclusivement sur les fronts non retranchés naturellement, dominés et "plongés" au nord par le pendage du terrain, soit les fronts nord et Est. L'adossement de ces sept bastions en appui contre la muraille médiévale du XIVe siècle avait entrainé quelques adaptations de la muraille intégralement conservés, mais ces adaptations furent plus importantes, après 1692 et jusqu'au premier quart du XVIIIe siècle, lors de la reconstruction des bastions, des portes de ville, et lors du remparement intérieur de la muraille d'enceinte, avec contreforts intérieurs, selon le second projet de Vauban. Ce dernier état réalisé des fronts bastionnés est coté sur les plans et dans les mémoires du génie selon une nomenclature chiffrée des bastions partant du nord-ouest, et progressant dans le sens des aiguilles d'une montre, de 1 à 7. La réalisation n'ayant finalement pas rétabli le dernier bastion, ou demi-bastion 7, en bordure du roc, à l'extrémité sud du front Est, pourtant prévu au projet revu en 1700, il en a résulté une éviction définitive du n°7 dans la nomenclature des fortifications. On l'a vu dans l'historique, certains des bastions rétablis, les n° 3 et 4 encadrant la porte de Briançon, et le n° 5, dans l'angle rentrant, étaient détachés de l'enceinte et assimilables à des demi-lunes, d'où l'ambiguïté de leur qualification par les auteurs des mémoires et des plans de projets. Les seuls véritables dehors pérennes de l'enceinte sont l'ouvrage avancé de la porte de Gap, coté 8, qualifié de corne, ou de demi-corne, alors qu'il évoque davantage une demi-lune très asymétrique qu'un ouvrage à cornes incomplet, et le chemin couvert, existant déjà à l'état embryonnaire avant 1692; à cette même période, et depuis le début du XVIIe siècle, avaient existé d'autres pièces détachées non pérennes, ébauches de demi-lunes, au devant du front Est, et au pied de la falaise (Vauban projetait de rétablir cette dernière en la perfectionnant).

On a également vu, dans l'historique, la difficulté posée de façon récurrente, depuis le début du XVIIe siècle jusqu'au XIXe siècle, par la configuration du terrain au-devant du coude que formait l'angle nord-ouest de l'enceinte, au-dessus de la porte de Gap, avec pseudo fossé en ravine et terrain immédiatement dominant. Faute de pouvoir installer un bastion supplémentaire à cet emplacement sans lourde adaptation du terrain et des cours d'eau, les ingénieurs chargés des projets ont maintenu en place jusqu'en 1820, sans jamais achever de le restaurer, un segment de retranchement intérieur (coté n°9) hérité de la fin du XVIe siècle, et ont formulé divers projets alternatifs de dehors, redoute ou demi-lune (Vauban), lunette, contregarde, toujours représentés sous la cote n° 21, mais jamais réalisés. Cette situation particulière a donné un statut spécial à la tour d'enceinte médiévale semi-circulaire placée à cet endroit, une des rares conservées au cours XVIIIe siècle (les deux autres étant une tour carrée entre cette tour et le bastion 1, et une tour semi-circulaire au droit du flanc gauche du bastion 2). Cette tour médiévale nord-ouest s'en est trouvée seule de sa catégorie intégrée à la nomenclature définitive des fortifications, sous le n° 34.

La nomenclature chiffrée, longtemps flottante et provisoire, appliquée tant les fortifications qu'aux bâtiments militaires jusqu'en 1854, a finalement assigné de façon pérenne au milieu du XVIIIe siècle le n° 12 à la porte de Briançon, le n° 24 à la porte de Gap, et les n° 30-32-33 (puis 35, au XIXe siècle) aux pans d'enceinte sud du front ouest, dévolus à porter des batteries défendant à revers et en écharpe la porte de Gap (24) et son ouvrage avancé (8). Le n° 37 a été attribué, au début du XIXe siècle, à l'angle sud-est de l'enceinte, au bord du roc, à l'emplacement du demi-bastion 7 jamais reconstruit. Il en résulte une certaine discontinuité, voire incohérence, de la nomenclature chiffrée définitive des ouvrages de fortification.

La principale nouveauté apportée à la fortification de l'enceinte d'Embrun au milieu du XIXe siècle fut, on l'a vu, la création de trois bastionnets casematés, le premier construit en 1840 contre la tour n° 34, les deux autres à la gorge des bastions ou demi-lunes devenus alors contregardes 3 et 4, construits entre 1845 et 1852, les trois cotés respectivement 56, 53, 54. On peut aussi mentionner plus accessoirement, au chapitre des dehors, les trois tenailles de terre 38, 34 et 40, ajoutées respectivement devant les courtines 1-2, 2-3 et 4-5.

Aménagements particuliers et bâtiments militaires

Les bâtiments militaires de l'ancienne place forte, repérés par des lettres dans la nomenclature révisée en 1854-1860, se répartissent, très classiquement, en deux grandes catégories :

I - Les bâtiments militaires directement dépendants de l'enceinte, de son rempart ou de ses portes.

A cette catégorie appartenaient le bâtiment monumental logeable adossé côté ville à la porte de Briançon (coté D), le corps de garde de la porte de Gap (coté K), le magasin à poudres du bastion 6 (coté P). Les souterrains ou abris casematés pouvant servir de magasins ou de casernement et faisant partie intégrante des ouvrages de l'enceinte et de leur économie défensives ne sont pas considérés indépendamment des fortifications. Il s'agit notamment des casemates et souterrains à l'épreuve inclus dans les bastionnets 53-54-56 ou sous le rempart des bastions/contregardes 3 et 4, ou encore des six poternes d'accès à ces bastions et bastionnets, qui sont enregistrées sous une numérotation spécifique, de 41 à 47. A Embrun, il existe un cas particulier de bâtiment civil intégré à l'enceinte par cession à la ville d'une ancienne casemate ouverte sous le rempart, inutilisée : c'est l'abattoir de 1861, qui ressemble de ce fait à une casemate fermée, bien que n'étant pas bâtiment militaire.

II -Les bâtiments militaires indépendants de l'enceinte, bâtis en ville.

Cette catégorie doit être divisée en deux sous-catégories :

a) Les bâtiments construits d'origine et ex nihilo pour l'usage militaire : dans le cas d'Embrun, il s'agit de trois bâtiments édifiés sous l'Ancien Régime dans le même "quartier" sud-est de la ville, peu densément bâti, à proximité du couvent des Capucins, à savoir le magasin à poudre (coté O), bâti vers 1695, la caserne (cotée A), bâtie par étapes entre 1700 et 1750 et le magasin des vivres (coté 16, puis H), bâti en 1788-1790.

b) Les bâtiments initialement civils, religieux ou hospitaliers réappropriés à l'usage militaire. Ce fut le cas, à titre éphémère, de maisons en ville et de l'hôpital des pauvres sous l'Ancien Régime. Ce fut le cas, à titre pérenne, après 1791, d'une maison affectée à la manutention des vivres (coté 15, puis H), de l'ancien couvent des Cordeliers supprimé (chapelle devenue arsenal coté Q, bâtiments devenus pavillon d'officiers coté C), puis d'une partie des bâtiments de l'archevêché (Tour Brune -ancien "donjon" - mise à disposition dès le XVIIIe s, et corps central du palais épiscopal transformé en 1835 en caserne, cotée B). On peut ajouter à cette sous-catégorie, trois petits pavillons, anciennes dépendances des jardins de l'évêque ou des Jésuites, en belvédère sur le rebord du roc, sur le front sud de l'enceinte, réunis au XIXe siècle au nombre des bâtiments militaires (cotés G, L, M). Enfin, après le déclassement de la place en 1881, on doit ajouter la réaffectation de la prison centrale (cotée T), ancien collège des Jésuites, en caserne de chasseurs alpins. Cette sous-catégorie de bâtiments conçus pour un autre usage, et seulement adaptés, ne relève donc pas de l'architecture militaire et n'a pas lieu d'être considérée comme telle dans une logique descriptive d'inventaire thématique. On doit toutefois considérer en marge l'ancien couvent des Capucins, bien intégré dans le quartier militaire d'Embrun, qui a subi les transformations les plus importantes sur la plus longue durée pour l'usage de bâtiment militaire.

Nomenclature des ouvrages et bâtiments

Selon la logique d’inventaire du patrimoine, la description par nomenclature des ouvrages de l’enceinte d'Embrun et des bâtiments militaires de la place ne concerne que ceux qui existent encore, épargnés par le démantèlement de 1881-1884 et par les destructions du XXe siècle.

Des fortifications, encore complètes en 1880, le démantèlement de 1881-1884 et les destructions complémentaires du XXe siècle n'ont laissé subsister que trois fragments encore significatifs, bien que très limités et plus ou moins mutilés ou dénaturés :

- L'extrémité sud du front Est, soit la courtine 6-37, avec les rares vestiges du bastion 6 détruit, dont son magasin à poudre P.

- Un segment d'enceinte au sud du front ouest, au revers duquel étaient disposées les batteries 33 et 35.

- Un segment de la courtine 34-1 participant du coude nord-ouest de l'enceinte, avec la tour 34, le bastionnet 56, la poterne d'accès 47 et la casemate de l'ancien abattoir.

Des infrastructures de la partie nord de la demi-corne de Gap 8 existent toujours, et ont été récemment (septembre 2019) en partie dégagés des remblais de comblement 2e moitié XXe siècle du fossé, par une opération archéologique. Le mur bas du front sud en bordure de la falaise, de l'angle sud-est 37 à l'angle sud-ouest 30, existe encore à l'état de muret de terrasse, à hauteur d'appui dans un état discontinu et plusieurs fois réparé et reconstruit, bordant dans la moitié est un chemin de promenade publique bitumé, intégré ailleurs à des parcelles privées; il ne présente plus aucun aménagement significatif de la période militaire de la place-forte qui justifierait une description.

Des bâtiments militaires par vocation, antérieurs au déclassement de 1881, pour l'essentiel maintenus en place sans gros changements jusqu'en 1992, à l'exception de ceux associés aux portes de Briançon et de Gap, détruits en 1884, subsistent, sur le site de l'ancien quartier militaire sud-est, les deux magasins à poudre O et P, le magasin des vivres H et les bâtiments de l'ancien couvent des Capucins devenus pavillon d'officiers C et arsenal Q.

1 - bastion royal (détruit)

1-2 - courtine (détruite)

2 - bastion des Cordeliers (détruit)

2-3/53 - courtine (détruite)

3/53 - bastion détaché ou demi-lune du Roi, puis bastionnet 53 et contregarde 3 (détruits)

3/53-4/54 - courtine de la porte de Briançon (détruite)

12/D - porte de Briançon (détruite)

4/54 - bastion détaché ou demi-lune du Dauphin, puis bastionnet 54 et contregarde 4 (détruits)

4/54-5 - courtine (détruite)

5 - bastion détaché ou demi-lune des Croix (détruit)

5-6 - courtine (détruite)

6/ P - bastion des Capucins (en majeure partie détruit) et magasin à poudre inclus

Construit vers 1695 selon le second projet Vauban de décembre 1692, ce bastion à flancs droits a remployé le terrassement de celui -à orillons- du début du XVIIe siècle qui l'a précédé, et dont les revêtements avaient été minés en septembre 1692 à la suite du siège d'Embrun. Dans ce terrassement était inclus à cette date un "vieux bâtiment" voûté pouvant, selon Vauban, fournir un "bon et ample souterrain", ou servir de citerne. Il était enveloppé dans une sorte de cavalier pentagonal, alors de construction récente, inclus dans l'ancien bastion. Le souterrain voûté alors mentionné semble pouvoir être identifié au niveau 1 de l'ancienne tour du Planiol (ou du Palais) qui faisait saillie sur l'angle saillant des deux courtines de l'enceinte fin XIVe siècle, et avait servi de donjon au palais delphinal, puis de réduit à la citadelle de 1581, avec dépôt de poudre, puis un réservoir en partie inférieure. Cette tour, en partie dérasée, avait ensuite été incluse dans l'aire intérieure du premier bastion construit vers 1600. Après la destruction de la citadelle en 1633 (cédant place au couvent des Capucins), l'infrastructure sans doute remaniée qui subsistait de cette tour à la veille du siège de 1692 était devenue un souterrain inclus dans le cavalier alors érigé sur ce bastion. Le plan du premier projet de Vauban qui proposait de limiter la reconstruction du bastion à celle de son cavalier pour former un bastionnet, exprime ce souterrain de plan rectangulaire de grand axe est-ouest couvert de deux travées voûtées d'arêtes sur deux piliers centraux. Le second projet, optant pour un bastion complet, proposait d'y enterrer complètement ce souterrain, en le rendant accessible par une communication en poterne passant sous le rempart prévu à la gorge du bastion. Le complément de 1700 au second projet de Vauban comporte la construction à neuf d'un cavalier à embrasures sur le nouveau bastion déjà construit, et le plan correspondant exprime le souterrain, sous le moitié gauche du cavalier projeté, couvert d'une voûte d'un seul tenant, et communiquant vers l'extérieur par un sas voûté sous le rempart. On doit sans doute en conclure que le souterrain, ou "vieux bâtiment" avait été adapté, notamment par la reconstruction de sa voûte sur un modèle plus simple et plus adapté à la fonction alors projetée de magasin. En 1709, le cavalier était construit sur le bastion, recouvrant le magasin souterrain, celui-ci ayant un sas d'entrée découvert, le rempart n'étant pas réalisé. Cette situation resta inchangée jusque vers 1777, date à laquelle le magasin était dégagé des terres pour l'isoler de l'humidité (et le rendre propre à conserver la poudre) par creusement périphérique à l'intérieur du cavalier, et couvert d'un toit. On peut supposer que les murs extérieurs avaient été réparés à l'occasion de ce dégagement. La démolition du cavalier et la réfection des parapets de terre, en 1832-1833, aboutissent à l'état définitif du bastion, incluant dans sa moitié gauche le magasin à poudre enveloppé d'un mur d'isolement et ménageant une petite cour intérieure basse dans sa partie droite, renfermée entre mur de gorge, mur de traverse, mur d'isolement du magasin et parapet des flanc et face droite.

Dans l'état actuel, produit des démolitions de 1883-1884, le bastion proprement dit est presque entièrement détruit, le sol nivelé à l'horizontale de façon uniforme entre l'ancienne aire intérieure, le fossé comblé et les abords extérieurs, sur lesquels est aménagé un terrain de sport. A ce nivellement général fait exception un reste limité du revêtement maçonné du flanc droit (sud) et de l'amorce de la face droite du bastion détruit, faisant transition avec la courtine 6-7/37 et son fossé, qui sont conservés. Ce vestige de revêtement parementé en blocage avec pierres de taille à l’angle extérieur a perdu un peu de hauteur, et son arase a été retaillée en escalier avec marches en ciment dans la partie correspondant à l’amorce de la face droite. Il ne reste rien de la banquette et du parapet d’artillerie en terre qui s’adossaient à cette partie conservée du revêtement. Le mur de gorge du bastion, qui refermait la cour intérieure de sa partie droite, existe encore sur toute sa hauteur, entre le départ de la courtine 6-7/37 dont il prolonge l’alignement, et le magasin à poudre.Front Est de l'enceinte, courtine 6-7 et vestige du flanc droit du bastion 6 dit des Capucins, vus du nord-est.Front Est de l'enceinte, courtine 6-7 et vestige du flanc droit du bastion 6 dit des Capucins, vus du nord-est. Front Est de l'enceinte, vestige du flanc droit et mur de gorgedu bastion 6 dit des Capucins, magasin à poudre inclus P vus du sud-est.Front Est de l'enceinte, vestige du flanc droit et mur de gorgedu bastion 6 dit des Capucins, magasin à poudre inclus P vus du sud-est.

Ce mur de gorge à l’arase couverte d’une tablette de pierre dure, a perdu le caractère et l'aspect de l’ancien mur d’enceinte, car il ne comporte plus de parapet de pierre à créneaux et embrasures, ni de chemin de ronde sur rempart ou sur consoles : son état actuel est le produit d’une reconstruction partielle du segment de l'ancienne courtine 6-7/37 auquel s'était adossé le bastion, reconstruction opérée avant 1817, puis en 1832-1833, lorsque la cour intérieure du bastion a été créée en partie droite aux dépens de l’ancien cavalier. Pour autant, sur les deux tiers de la longueur de ce mur de gorge partant de la courtine, l'épaisseur murale, la hauteur et la tablette ne diffèrent pas ceux de cette courtine, et on repère dans l'élévation regardant vers l'intérieur du bastion les traces de l'ancien cordon bûché au nu du mur, ainsi qu'un chaînage vertical en pierre de taille qui marque le point sur lequel venait s'appuyer le flanc de l'ancien cavalier du bastion. On reconnaît dans la partie reconstruite de ce mur, sur une épaisseur deux fois moindre, l’arcade murée de la porte de gabarit charretier qui donnait accès à la cour du bastion depuis l’arrière-cour du pavillon des officiers. Encadrée en pierre de taille jaune et couverte d'un arc plein-cintre non extradossé, cette porte est ménagée dans la partie maigre du mur, son jambage sud au ras du changement d'épaisseur, mais une recharge de maçonnerie a été en contrefort a été appliquée du côté nord, pour renforcer le mur, le tout formant un ébrasement, dans lequel pouvaient jouer des vantaux de bois ou une grille, du côté de la cour du bastion. Ce mur de gorge venait buter contre le mur d’isolement plus bas du magasin à poudre, mais ce mur d'isolement ayant disparu, l'espace intermédiaire entre mur de gorge et magasin a été refermé d'un pan de mur moitié en maçonnerie traditionnelle, moitié en parpaings de ciment.

Façade ouest du magasin à poudre P et arrière-cour de l'ancien couvent des Capucins, à l'intérieur de l'enceinte, vus du nord.Façade ouest du magasin à poudre P et arrière-cour de l'ancien couvent des Capucins, à l'intérieur de l'enceinte, vus du nord.

Le magasin à poudre proprement dit, dont la façade d'entrée donne sur l'arrière cour du pavillon d'officiers ex couvent des Capucins, est un édifice de plan trapézoïdal, de grand axe est-ouest, couvert d’un toit à deux versants symétriques revêtu d’ardoises, son volume intérieur d’un seul tenant étant couvert d’une voûte en berceau. Les arbalétriers du toit reposent directement sur la maçonnerie pendante des reins de la voûte, sans charpente à fermes. La salle des poudres est large d'environ 8m pour 6m de hauteur maximum sous voûte. Les murs gouttereaux, épais de près de 2m, aussi élevés que le mur de gorge du bastion, revêtus d'un enduit couvrant, sont dépourvus de contreforts et, ne montrent pas d’évents. En revanche, les évents, simples fentes à l’extérieur et sans doute formant chicane dans le mur, sont présents en partie inférieure de la façade d’entrée, au nombre de quatre à raison de deux de chaque côté de la porte. La composition de la façade est classiquement sobre et symétrique, typique de l’architecture des magasins à poudre. L'état actuel de cette façade revêtue d'un enduit lissé couvrant la maçonnerie de blocage et terminée sous les versants du toit d'un corniche rampante maigre en pierres de taille profilée en cavet, rechargée au mortier de chaux moulé, résulte de l'adaptation du magasin faite vers 1777, avec retouches dans les années 1830. La porte d’entrée encadrée en pierre de taille dure grise (calcaire schisteux) appareillée et bouchardée, couverte en arc surbaissé non extradossé, comporte une feuillure de vantail tant sur l'arcade intérieure qu'en façade extérieure, pour ménager un sas dans l'épaisseur du mur. Le vantail intérieur du XIXe siècle, en bois à double épaisseur de planches clouées (horizontales au dehors) reste en place mais le côté extérieur est aujourd'hui remanié pour adapter un vantail métallique rectangulaire. Les deux fenêtres symétriquement disposées au-dessus et de chaque côté de la porte présentent les mêmes caractéristiques de matériau et de mise en œuvre - encadrement en pierre dure à feuillure de volets intérieure et extérieure- et sont en outre garnies de barreaux métalliques verticaux serrés.

Magasin à poudre P, voûte de la salle des poudres.Magasin à poudre P, voûte de la salle des poudres. Façade ouest du magasin à poudre P et mur de gorge du bastion 6, vus de l'intérieur de l'enceinte, vus de l'ouest/nord-ouestFaçade ouest du magasin à poudre P et mur de gorge du bastion 6, vus de l'intérieur de l'enceinte, vus de l'ouest/nord-ouest Magasin à poudre P, détail de la porte, vue de l'intérieur de la salle des poudresMagasin à poudre P, détail de la porte, vue de l'intérieur de la salle des poudres

Le second mur-pignon du magasin opposé à la façade, jadis masqué dans sa moitié inférieure par les terres des banquettes et parapets du bastion, présente des dispositions irrégulières et complexes. Dans la moitié supérieure du mur, percée d'une petite fenêtre haute dans le pignon (pentures du volet extérieur encore en place), l'angle qui s'adossait à la banquette de la face droite du bastion est rabattu en pan coupé parallèle à cette face aujourd'hui disparue. La moitié inférieure, quant à elle, est constituée d'un segment de mur médiéval arraché auquel s'adosse la souche ruinée et pleine d' une tour semi-cylindrique, qui était entièrement enterrée et invisible avant la démolition du bastion en 1884. Ce vestige archéologique tend à créditer le fait que le magasin à poudre s'est substitué à une structure médiévale dont il a conservé une part plus ou moins importante des maçonneries murales. Il s'agit en l'occurrence de la partie inférieure de l'ancienne "tour du palais", de plan quadrangulaire allongé, la réutilisation, perfectionnée en plusieurs étapes, ayant comporté, vers 1795, la reconstruction de la voûte sous sa forme actuelle puis, vers 1777, celle de la façade et d'une partie des murs . La tour semi-cylindrique médiévale adossée à la face extérieure (Est) pourrait être interprétée comme une des anciennes tours de flanquement de l'enceinte du XIVe siècle, analogue à la tour 34, mais son implantation 17m en avant de l'alignement des courtines 5-6 et 6-7/37 exclut cette hypothèse, sauf à supposer une démolition/reconstruction des deux courtines à l'époque moderne en retrait de leur alignement médiéval, opération coûteuse pour un faible avantage, que ne crédite pas l'examen des plans anciens. En revanche, la vue gravée d'Embrun publiée en 1575 par Belleforest montre qu'une tour semi-cylindrique de même gabarit que celles de l'enceinte était adossé à la face extérieure de la grande tour quadrangulaire dite du Palais, elle-même entièrement en saillie hors oeuvre des courtines. Le magasin à poudre actuel est donc bien construit sur les soubassement médiévaux de cet ancien donjon, et en reproduit sans doute le plan au sol. Magasin à poudres P, mur-pignon postérieur anciennement inclus dans le bastion 6, vestige de tour médiévaleMagasin à poudres P, mur-pignon postérieur anciennement inclus dans le bastion 6, vestige de tour médiévale Front Est de l'enceinte, courtine 6-7, Vestiges du bastion 6 avec, au premier plan le mur-pignon postérieur du magasin à poudres inclus P, avec vestige de tour médiévaleFront Est de l'enceinte, courtine 6-7, Vestiges du bastion 6 avec, au premier plan le mur-pignon postérieur du magasin à poudres inclus P, avec vestige de tour médiévale

6-7/37 Courtine

Intégralement conservée, avec son fossé et son rempart de terre, cette courtine rectiligne partant du bastion 6 s'interrompt net, au sud, à l'aplomb de l'à-pic de la falaise du Roc, au point 7 (renuméroté 37 vers 1800, ce chiffre désignant aussi sur certains plans le rempart adossé à la courtine). A l'extrémité de cette muraille existait un demi-bastion construit au début du XVIIe siècle, enveloppant une tour d'enceinte semi-cylindrique, l'une et l'autre détruits en 1692. On l'a vu, le rétablissement de ce demi-bastion 7, proposé par Vauban en 1692 (premier projet) et en 1700 (avec reconstruction de la courtine sur un axe différent) n'a jamais été réalisé.

Vue sud/sud-est de la falaise du Roc, avec l'extrémité sud du front Est de l'enceinte, courtine 6-7Vue sud/sud-est de la falaise du Roc, avec l'extrémité sud du front Est de l'enceinte, courtine 6-7

Le parement extérieur de la courtine, en blocage de petits moellons plus ou moins calibrés, encore en partie enduits, présente un aspect homogène, sans aucune trace apparente de l'accroche ancienne de la tour, ou de celle du bastion, ce qui atteste de l'importance des réparations de parements réalisés depuis 1692. Cependant, le nu extérieur de la courtine est vertical, et non profilé en glacis comme l'étaient les courtines du front nord à la suite de leur renforcement lié a l'exécution du projet de Vauban. Quoiqu'il en soit, le parapet maçonné et le cordon de pierre grise qui en souligne la base correspondent aux modèles préconisés par Vauban, et ont donc été refaits intégralement lors des travaux lancés en 1693 et continués progressivement jusque vers 1710. Ce parapet alternant embrasures à canon et créneaux de fusillade était conçu, comme celui des autres courtines de l'enceinte, pour être servi depuis un chemin de ronde régnant sur le rempart de terre adossé aux anciennes murailles, constante des projets Vauban. Pour autant, les courtines 5-6 et 6-7/37, pourtant retouchés par la mise en place ponctuelle de contreforts intérieurs, n'avaient pas été garnies du rempart de terre projeté au cours de la lente mise en œuvre du projet général au XVIIIe siècle, sans doute en partie parce que ces travaux de terrassement entrainaient des empiètements et servitudes importantes sur les jardins du couvent des Capucins. De ce fait, il était impossible de monter des canons pour armer les embrasures du parapet de cette courtine. En 1759, la mise en place de galeries en bois était envisagée pour desservir au moins les créneaux, et en 1779, une terrasse mentionnée le long de la courtine 6-7 n'est pas utilisable pour la défense et mise en culture par les Capucins comme dépendance de leur jardin. Le rempart actuel n'a donc été établi ou achevé qu'après la suppression de la communauté des Capucins en 1791 et l'appropriation des bâtiments de leur ancien couvent pour l'artillerie et le Génie, entre 1795 et 1802 ; les travaux concernant le rempart de cette courtine n'ont été réalisés qu'après 1817. Front Est de l'enceinte, vue extérieure de la courtine 6-7 et de son fosséFront Est de l'enceinte, vue extérieure de la courtine 6-7 et de son fossé Front Est de l'enceinte, vue intérieure de la courtine 6-7 et de son rempart, extrémité non remparée avec percée début 21eme siècleFront Est de l'enceinte, vue intérieure de la courtine 6-7 et de son rempart, extrémité non remparée avec percée début 21eme siècleFront Est de l'enceinte, détail du parapet à créneaux et embrasure de la courtine 6-7 vu de l'extérieurFront Est de l'enceinte, détail du parapet à créneaux et embrasure de la courtine 6-7 vu de l'extérieur

Le rempart ne règne pas jusqu'à l'extrémité de la courtine mais s'interrompt une quinzaine de mètres avant l'a-pic, dégageant le parement intérieur de l'extrémité du mur sur cette longueur. Dans cette partie du mur, la ville d'Embrun a fait percer après 1993 une porte de sortie vers la campagne encadrée d'un chambranle en béton banché, précédée d'une passerelle franchissant le fossé. Le parapet maçonné de la courtine est conservé, plus ou moins délabré, dans son état fin XVIIe début XVIIIe siècle dans la partie desservie par le chemin de ronde du rempart, seuls la tablette de couvrement, inclinée vers le dehors, et les encadrements des embrasures et créneaux sont en pierre de taille appareillée, pierre dure ocre pour la tablette, pierre grise veinée pour les encadrements de baies. Les embrasures à canon, adaptées au tir à barbette, sont découvertes, recoupant le parapet et sa tablette, et ébrasées et légèrement talutées vers l'extérieur. Les créneaux, alternant 1 pour 1 avec les embrasures selon un rythme assez lâche, forment une simple fente courte au-dehors, mais, à l'exception d'un cas de créneau simple, leur ébrasement intérieur est extrêmement évasé, et divisé en deux par une pile médiane de plan triangulaire formant trumeau sous le linteau de couvrement, ce qui ne permet que des tirs biais et croisés. La partie de la courtine qui se prolonge au-delà de l'interruption du rempart était bordée d'une galerie de bois portée sur des consoles de pierre monolithes élargissant l'arase du mur, afin de permettre une continuation du chemin de ronde pour l'infanterie jusqu'au bout du mur, ou avait peut-être été prévue une guérite surplombant l'à-pic. La partie du parapet maçonné correspondante a manifestement été refaite, sur une épaisseur réduite de moitié, à l'époque de la mise en place du rempart, soit après 1817 : le cordon de pierre extérieur n'y a pas été rétabli jusqu'au bout du mur, et les ouvertures de tir d'origine y ont été remplacées par une série de sept créneaux de fusillade rapprochés, aux jambages et encadrements montés en briques, excepté le linteau de couvrement, formé d'une dalle de pierre grise. Front Est de l'enceinte, vue intérieure du parapet la courtine 6-7 sur le  rempartFront Est de l'enceinte, vue intérieure du parapet la courtine 6-7 sur le rempart Front Est de l'enceinte, détail du parapet à créneaux et embrasures de la courtine 6-7 , vu du chemin de ronde du rempartFront Est de l'enceinte, détail du parapet à créneaux et embrasures de la courtine 6-7 , vu du chemin de ronde du rempart Front Est de l'enceinte, détail du parapet  de la courtine 6-7, avec créneau double convergent, vu du chemin de ronde du rempartFront Est de l'enceinte, détail du parapet de la courtine 6-7, avec créneau double convergent, vu du chemin de ronde du rempart

7/37 -30 - mur de clôture du front sud, au-dessus de la falaise (détruit ou complètement dénaturé)

30-32-33-35 - mur d'enceinte et batteries d'artillerie

L'ordre de la numérotation de cette partie de l'enceinte a été inversé au début du XIXe siècle : depuis les années 1750 jusque vers 1795, il progressait du nord au sud, et depuis des années 1800 jusque 1881, l'ordre numérique part de l'angle sud-ouest de l'enceinte, en bord de falaise, et progresse vers le nord jusque l'angle rentrant du front ouest.

La première partie (sud) de ce segment d'enceinte, construite directement sur le rebord vertical du roc, en retour d'angle aigu du front sud, ne se composait comme ce dernier que d'un mur de clôture sommaire, de faible élévation, sur lequel avait été formé un petit saillant ou bastionnet en 1836 ; le tout a presque entièrement disparu ou a perdu tout caractère. Les banquettes et parapets de terre des trois batteries d'artillerie 30-32-33, construits entre 1836 et 1840, remaniés en 1859, ont été entièrement rasés.Front Ouest de l'enceinte, escarpement naturel en falaise de la partie sud, proche de l'angle sud-ouest dominant la vallée de la DuranceFront Ouest de l'enceinte, escarpement naturel en falaise de la partie sud, proche de l'angle sud-ouest dominant la vallée de la Durance

Les restes monumentaux de cette partie de l'enceinte se limitent à l'élévation murale des segments 33 et 35 face au nord/nord-ouest, en décalage d'alignement l'un de l'autre, reliés par un redan ou flanc face à l'ouest. Le dernier segment (35, anciennement 30), attenant à l'angle rentrant du front ouest, témoigne des travaux de renforcement défensifs réalisés en 1751, par la percée de cinq embrasures en batterie, trois dans la face, jadis regardant le pont de la porte de Gap et la gorge de la corne (8), et deux dans le flanc, tirant vers l'ouest. Le mur, parementé en blocage de moellons irréguliers, couronné d'une tablette de pierre dure, de hauteur modérée (la base n'est plus visible du fait du remblaiement massif de l'ancienne ravine qui retranchait ce front, par un terrassement portant un vaste parking) ne présente aucun caractère de courtine médiévale, on peut supposer qu'il avait été largement reconstruit en 1751, sur une plus forte épaisseur que le mur d'origine. Le chaînage de l'angle saillant et l'encadrement des cinq embrasures à canon percées en plein mur (et non dans un parapet : il n'y a pas de cordon) emploient de la pierre de taille dure grise. Les embrasures ont un ébrasement extérieur profond couvert d'une voûte surbaissée, formant une bouche aussi haute que large, le trou à canon, carré (actuellement muré pour les cinq embrasures), étant au nu du parement intérieur. Le segment de mur 33, qui fait suite au flanc et comporte un angle rentrant, témoigne quand à lui des aménagement défensifs de 1774, qui ont consisté à renforcer ce segment de mur de moindre hauteur au-dessus du socle rocheux tabulaire, lui-même plus haut, et à l'équiper également de cinq embrasures à canon en batterie, trois dans le plus long pan, deux dans le pan court en retour d'angle rentrant obtus. Dans l'état actuel, seul ce petit pan est bien conservé avec ses deux embrasures, le reste du mur étant remanié, embrasures supprimées et murées sans conserver leur encadrement, si ce n'est pour l'une d'elle transformée en passage desservi par un escalier suspendu de construction récente (années 2000). Les deux embrasures conservées sont du même type que celles du segment 35 mais s'en différencient par leur encadrement plus soigné en pierre de taille blanche, avec arc de couvrement extradossé en escalier.Front Ouest de l'enceinte, vue extérieure sud-ouest du segment du mur d'enceinte coté 35Front Ouest de l'enceinte, vue extérieure sud-ouest du segment du mur d'enceinte coté 35 Front Ouest de l'enceinte, vue extérieure ouest du segment de mur d'enceinte coté 33Front Ouest de l'enceinte, vue extérieure ouest du segment de mur d'enceinte coté 33

35-24 - courtine

Ce segment de l'enceinte, entre l'angle rentrant du front ouest de l'enceinte et la porte de Gap, ancienne courtine d'origine médiévale, a été complètement défiguré par des aménagements relativement récents. Sa partie inférieure est enterrée sous le remblai portant le parking, son parapet dérasé au ras de l'ancien cordon, ce cordon en grande partie refait pour former une tablette de couvrement, enfin trois grandes portes ont été percées en plein mur pour donner accès à des locaux commerciaux construits au revers. Rien ne reste des créneaux qui avaient été aménagés dans le parapet de cette courtine en 1774.

24 - Porte de Gap (détruite)

8 - Demi-corne de la porte de Gap (rasée et remblayée)

24-34 - courtine (détruite, excepté un court segment attenant à la tour 34 et au bastionnet 56)

34/56/47 - Tour d'enceinte et bastionnet

La tour 34 est le seul ouvrage de flanquement du système défensif médiéval de l'enceinte de ville d'Embrun qui ait été conservé à l'époque moderne et au XIXe siècle avec un statut et une cote chiffrée dans la nomenclature des fortifications. Elle est aussi la seule tour en élévation toujours en place aujourd'hui parce qu'épargnée par les démolitions de 1881-1884. Il s'agit d'une des tours semi-cylindriques du front nord de l'enceinte reconstruit dans la période 1381-1400 ; elle présente des analogies assez fortes avec celles du front sud de l'enceinte de ville de Sisteron, construites vers 1372-1375 : diamètre moyen hors œuvre à mi-hauteur d'environ 8m, épaisseur murale d'environ 1,70m, volume interne primitivement ouvert à la gorge. Cette ouverture ne semble avoir été rebouchée qu'à l'occasion de la construction du rempart adossé à la muraille médiévale lors des travaux de mise en œuvre du projet Vauban, dans les années 1693-1700. Il est difficile de préciser si alors les terres du rempart avaient comblé le volume intérieur au-dessous du niveau du chemin de ronde (l'étage de couronnement seul de la tour ayant été intégré alors à la défense active) ou si ce volume intérieur avait été réservé comme un vide semi-cylindrique, refermé d'un mur à la gorge pour contenir les terres60 ; cette seconde hypothèse semble la plus vraisemblable. Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue nord/nord-est de la tour 34, prise du flanc droit du bastionnet 56Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue nord/nord-est de la tour 34, prise du flanc droit du bastionnet 56

L'ouverture à la gorge de la tour était en partie refermée d'un mur sur arc-diaphragme en plein-cintre, en partie supérieure de l'unique étage médian actuel (ancien premier étage médiéval), celui régnant immédiatement en dessous du sol de l'étage de couronnement de l'état Vauban. Cet arc est bien visible de l'intérieur de cet étage dans l'état actuel. Un ou deux autres arcs semblables ont pu exister à l'époque médiévale, comme aux tours de Sisteron, en haut de chaque niveau de défense, pour refermer la gorge au droit des planchers. Quoiqu'il en soit, les remaniements postérieurs subis par cette tour 34 sont trop importants pour permettre d'en juger.

Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue intérieure du sas d'étage de la tour 34, arrivée de l'escalier de la poterne 47Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue intérieure du sas d'étage de la tour 34, arrivée de l'escalier de la poterne 47

On note des différences typologiques entre cette tour 34 et les tours de Sisteron : la mise en œuvre en blocage grossier de petits moellons non équarris est assez négligée, le volume semi-cylindrique offre une saillie hors œuvre faible, soit moins d'un demi-cercle, surtout pour une tour occupant un angle. D'autre part ce volume est élargi à la base, évasé en forme de talus ou de fruit, sur plus d'un tiers de l'élévation complète. Totalement absent aux tours de Sisteron, le fruit s'amortit à la verticale dans la moitié supérieure de la tour 3461 . Il a probablement été créé lors de grosses reprises de parement exécutées sur les murailles au XVIIIe siècle, dans le but de renforcer leur statique et leur résistance. En effet, on doit noter que les rares relevés du génie qui expriment en élévation l'autre tour semi-circulaire fin XIVe siècle du front nord qui avait été conservée au droit du flanc gauche du bastion 2, expriment un volume bien vertical; d'autre part on observe que la souche de tour semi-circulaire médiévale démasquée en 1884 lors de la démolition du bastion 6 et toujours en place attenante au magasin à poudre P, n'est pas talutée.

La hauteur totale actuelle de la tour 34 (c. 10m depuis la cour du bastionnet) est loin d'atteindre celle des tours de Sisteron (c. 20m). Mais là encore, à Embrun, l'élévation actuelle de la tour n'est pas représentative de l'état médiéval : elle résulte de la mise en œuvre du projet de Vauban, dans lequel l'étage supérieur de la tour (jadis couvert d'un toit en appentis versant vers le rempart) règne au même niveau que le parapet d'artillerie maçonné des courtines attenantes. Dans l'état médiéval de l'enceinte d'Embrun, les tours commandaient les courtines d'au moins un étage complet surmonté d'un couronnement à mâchicoulis, qui ont été détruits soit après 1692, soit dès le bastionnement du début du XVIIe siècle: l'état actuel est donc amputé d'un quart à un tiers de l'élévation de la tour primitive. Il reste finalement peu des aménagements médiévaux de cette tour, au nombre desquels on compte l'ouverture de tir de l'étage médian actuel, ancienne archère ou arbalétrière à fente simple et ébrasement intérieur couvert en dalles de pierre dure grise62 . La fente extérieure, dégradée, est encadrée en pierres de taille et ne comporte pas de plongée; il s'agit d'une archère d'action frontale, et l'étage devait comporter aussi deux archères de flanquement, mais elles ont été détruites sans doute en 1848 lors de l'aménagement des deux portes actuelles de cet étage liées à la distribution du bastionnet 56. L'étage de couronnement comportait trois à cinq créneaux de fusillade permettant un tir plongeant63 ; il n'est pas exclu qu'il se soit agi d'anciennes archères réutilisées et adaptées, mais l'état actuel de cet étage de la tour, exclusivement desservi par le chemin de ronde sur le rempart, est ruiné trop bas pour conserver des traces de ces créneaux de fusillade.

L'accès au bastionnet 56 est assuré par le souterrain casematé rectiligne dit poterne 47, construit en 1840, qui traverse le rempart et les deux tiers inférieurs de la tour 34, à peu près dans l'axe de celle-ci. La porte du souterrain, de gabarit piéton, couverte d'un simple linteau ou arc monolithe très surbaissé s'ouvre au pied du rempart profilé en glacis côté ville, dans un renfoncement entre deux murs de profil évasés.Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue du rempart à la gorge de la tour 34, avec et  l'entrée de la poterne 47 et, à l'arrière-plan, la façade de l'abattoir occupant une ancienne casemateSecteur nord-ouest de l'enceinte, vue du rempart à la gorge de la tour 34, avec et l'entrée de la poterne 47 et, à l'arrière-plan, la façade de l'abattoir occupant une ancienne casemate

Les murs de profil sont en opus incertum, la pierre de taille étant réservée à l'encadrement de la porte et aux tablettes de couvrement des arases, rampantes sur les murs de profil. Le souterrain proprement dit, voûté en berceau et enduit, est long d'une vingtaine de mètres jusqu'à la cour du bastionnet, y compris la traversée du comblement de la souche de la tour, partie dans laquelle il est en légère pente descendante; son débouché dans la cour (actuellement condamné) est une porte à encadrement de briques couvert en plein-cintre, traité en bandeau (jambages non chainés et arc extradossé). A mi-longueur du souterrain, se branche dans la paroi de gauche l'escalier souterrain voûté ajouté en 1848 dans le rempart pour desservir les plates-formes du bastionnet. C'est une volée droite casematée parallèle à la poterne et de même largeur qu'elle, garnie dans l'état actuel de 19 marches neuves en marbre rose du Queyras, et couverte d'une voûte en berceau rampante enduite. Cet escalier dessert les terrasses par l'intermédiaire de l'unique étage actuel de la tour 34, utilisé comme vestibule ou rotule de distribution. Le sol de cet étage règne 3,50m à 3,80m au-dessus du sol de la poterne, sur le remblai qui comble le bas du volume intérieur de la tour, traversé par ladite poterne. La voûte qui couvre l'étage vestibule de la tour, en cul-de-four surbaissé (blocage enduit), n'a été construite que lors des travaux de 1848. De la même campagne sont les deux portes communiquant de l'intérieur de cet étage vestibule aux terrasse de flanc du bastionnet, toutes deux pourvues à l'extérieur d'un encadrement en briques cintré analogue à celui du débouché de la poterne dans la cour. La porte de gauche est percée directement dans le prolongement du palier de l'escalier, sous une voûte en berceau formant arrière-voussure dans l'épaisseur du mur; celle de droite est percée en plein mur de la tour, avec arrière-voussure en plein-cintre. L'intérieur de la tour n'étant pas de plain-pied avec les terrasses des flancs du bastionnet, deux marches disposées dans le seuil de chacune des deux portes permettent de monter à ces terrasses.Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue intérieure de l'escalier de la poterne 47 montant au sas d'étage de la tour 34Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue intérieure de l'escalier de la poterne 47 montant au sas d'étage de la tour 34 Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue intérieure de la voûte du sas d'étage de la tour 34Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue intérieure de la voûte du sas d'étage de la tour 34 Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue nord-ouest de la tour 34, prise de la face gauche du bastionnet 56, et courtine 34-1Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue nord-ouest de la tour 34, prise de la face gauche du bastionnet 56, et courtine 34-1

Le bastionnet 56 proprement dit , construit en deux phases en 1840-1841, en blocage de moellons calibrés non équarris, avec chaînages des angles entre flancs et faces en pierre de taille en besace, est entièrement conservé mais il a subi des remaniements liés à l'utilisation de ses casemates pour l'abattoir porcin municipal, après 1884, puis pour son usage actuel associatif (salle des jeunes), après 1963. Par ailleurs le comblement du fossé nord de l'enceinte par des remblais, plus haut du côté est (où ces remblais portent une vaste aire de stationnement bitumée) que du côté ouest, masque la partie inférieure des élévations extérieures du bastionnet.Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue extérieure nord/nord-est de la courtine 34-1 et du flanc droit du bastionnet 56, fossé combléSecteur nord-ouest de l'enceinte, vue extérieure nord/nord-est de la courtine 34-1 et du flanc droit du bastionnet 56, fossé comblé

Il s'agit d'un ouvrage casematé de plan pentagonal en forte saillie sur le front d'enceinte, large de 18m hors œuvre à son raccord aux courtines, avec deux flancs légèrement évasés de 12m saillie et deux faces asymétriques (gauche : 15m, droite : 9m) reliées par un angle de capitale très obtus et arrondi. Chaque flanc abrite deux casemates parallèles voûtées en berceau, profondes de 6,50m, initialement ouvertes sur la petite cour intérieure centrale, aujourd'hui refermées par un mur enduit, bâti après 1884. Chacune de ces quatre casemates desservait une embrasure de flanquement prenant en enfilade le fossé ; aucune de ces quatre canonnières n'est reconnaissable aujourd'hui : celles du flanc gauche sont remplacées par des baies encadrées en béton, grande porte à double vantail d'une part, porte piétonne et petite fenêtre d'autre part, au service des locaux associatifs.Secteur nord-ouest de l'enceinte, détail extérieur du flanc gauche remanié du bastionnet 56, pris du fossé combléSecteur nord-ouest de l'enceinte, détail extérieur du flanc gauche remanié du bastionnet 56, pris du fossé comblé Les deux canonnières du flanc droit sont sans doute mieux conservées, mais elles sont murées et leur bouche extérieure carrée sous voûte surbaissée64 est enterrée sous le remblai de l'aire de stationnement. Le front du bastionnet, formé des deux faces, construit en 1840 plus haut que les flancs, a été épaissi et surhaussé en 1841 en partie supérieure pour y aménager une grosse masse couvrante en terre profilée comme un parapet d'artillerie, ce qui améliorait le défilement et la résistance balistique de cette partie de l'enceinte. Appuyée latéralement sur les reins des voûtes des deux casemates extérieures du bastionnet, cette masse de terre passe au-dessus de la cour intérieure, couvrant plus d'un tiers de la surface de cette cour d'abord conçue comme entièrement à ciel ouvert. Une voûte en berceau d'un seul tenant était initialement prévue au projet de 1841 pour porter cette masse couvrante au-dessus de la cour, plus haute que les voûtes des casemates, ses sommiers devant nécessairement prenant appui au-dessus du sommet de l'intrados de ces voûtes ouvertes sur la cour. L'état réalisé, bien conservé aujourd'hui, diffère du projet, en ce qu'il comporte deux berceaux parallèles étroits et évasés vers la tête du bastionnet, retombant sur un mur médian, dispositif plus solide qui forme deux hautes casemates passives (ne desservant pas d'embrasures) ouvertes sur la cour intérieure. Les arcs de tête de ces deux berceaux jumeaux sont en briques, extradossés en simulant une alternance de voussoirs passants un sur deux. L'élévation murale des flancs du bastionnet reflète la nature des superstructures : les flancs proprement dits, terrassés, se terminent par un petit mur parapet horizontal aveugle couvert d'un chaperon en pierre de taille, tandis qu'un mur de profil plus élevé revêt les extrémités latérales de la masse couvrante, avec rampants brisés à deux pentes vers l'extérieur, une pente vers l'intérieur, couverts d'une tablette de pierre dure saillant en corniche sur le nu du parement; cette tablette se continue sur les faces du bastionnet.

Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue intérieure plongeant du bastionnet 56, casemates ouvertes de la face et flancs, pris du haut de la tour 34Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue intérieure plongeant du bastionnet 56, casemates ouvertes de la face et flancs, pris du haut de la tour 34

La courte portion de la courtine 24-34 encore attenante à la tour 34 et fermant la gorge de la moitié gauche du bastionnet 56 est aujourd'hui en ruines ; l'érosion du rempart, très importante dans cette partie, a mis à jour un des contreforts intérieurs construits après 1692 au revers des courtines pour les renforcer avant d'y adosser les terres du rempart. Secteur nord-ouest de l'enceinte, flanc gauche remanié du bastionnet 56, arrachement de la courtine 24-34 avec rempart dégradé et contrefort intérieur, vus de l'intérieur de l'enceinte (au sud/sud-ouest)pris du fossé combléSecteur nord-ouest de l'enceinte, flanc gauche remanié du bastionnet 56, arrachement de la courtine 24-34 avec rempart dégradé et contrefort intérieur, vus de l'intérieur de l'enceinte (au sud/sud-ouest)pris du fossé comblé

34 - 1 courtine

De cette courtine au tracé brisé de cinq angles obtus, alternativement saillants et rentrants, subsiste un tiers environ du développement qui régnait entre la tour 34 et le flanc gauche du bastion 1 (disparu), soit le tiers ouest, attenant à la tour 34 et au bastionnet 56. On l'a vu, la conservation sélective jusqu'à nos jours d'un segment important de cette courtine et de son rempart, sur une longueur d'environ 35m, tient à ce que l'abattoir municipal d'Embrun était installé depuis 1861 dans une casemate adossée à l'extrémité de la partie actuellement conservée de la muraille, sous une voûte construite en 1823 pour assurer la continuité du rempart sur une coupure liée au fossé de l'ancien retranchement intérieur détruit à cette même date. La maintient de l'abattoir dans cette casemate marquait la limite de la démolition de 1881-1884, qui devait épargner l'édifice municipal, dont la fonction a été par la suite étendue aux casemates du bastionnet 56. La voûte de la casemate existe encore, masquée et refermée par la façade de l'abattoir construite en 1861, à deux niveaux de baies dont une serlienne (à l'étage) combinée à des fenêtres jumelées en bandeau. Il ne faut pas confondre cet édifice avec un bâtiment militaire, en dépit de la ressemblance de son architecture sobre et caractéristique avec celle de la façade de l'arsenal (ancienne chapelle des Capucins dans le quartier militaire sud-est d'Embrun) construite vers 1835.

Secteur nord-ouest de l'enceinte, vue extérieure et coupe du segment subsistant de la courtine 34-1, fossé combléSecteur nord-ouest de l'enceinte, vue extérieure et coupe du segment subsistant de la courtine 34-1, fossé comblé

La courtine proprement dite, masquée en partie inférieure par le remblaiement du fossé nord (aménagé en aire de stationnement), est assez bien conservée, ainsi que le rempart de terre qui s'y adosse. La structure de cette muraille ne présente plus de caractère médiéval, du fait de l'importance des reprises de maçonneries dont elle a fait l'objet lors de l'exécution du projet de Vauban, après 1692. Ainsi, le profil extérieur de la muraille marquant un fruit important du fond du fossé jusqu'au cordon, ce cordon lui-même et le parapet maçonné qui le surmonte, sont caractéristiques de l'architecture militaire du XVIIe siècle.

Le cordon en pierre de taille et le parapet sont semblables, par leurs formes, mise en œuvre et matériaux, à ceux, mieux conservés, de la courtine 6-7 du front Est de l'enceinte. On retrouvait dans le parapet en partie ruiné la même alternance de principe d'embrasures à canon non couvertes et de créneaux de fusillade de structure bipartite, à fente unique desservie par un ébrasement recoupé d'une pile médiane de plan triangulaire qui imposait des tirs biais et croisés. On observe toutefois dans cette courtine 34-1 qu'après la première brisure d'axe en angle saillant obtus, le parapet ne comporte plus, dans la partie conservée, que des créneaux de fusillade, au nombre de quatre, alternativement à ébrasement simple et à ébrasement bipartite, à l'exclusion de toute embrasure.

Secteur nord-ouest de l'enceinte, courtine 34-1, détail d'un créneau double convergent du parapet, vu du rempartSecteur nord-ouest de l'enceinte, courtine 34-1, détail d'un créneau double convergent du parapet, vu du rempart

Bâtiments militaires

H - Magasin aux vivres, dit aussi manutention des vivres

Ce bâtiment monumental, le plus représentatif aujourd'hui du quartier militaire sud-est de la ville, fut construit à neuf d'un seul jet "à grands frais" en 1788-1790 sous l'autorité du capitaine du génie directeur des fortifications d'Embrun Gabriel Vallier -Lapeyrouse. Il n'est pas documenté par des plans de projet dans les archives du génie, et n'est pas issu d'une reprise tardive des projets de Vauban relatifs aux bâtiments militaires de la place, qui n'ont d'ailleurs jamais fait l'objet de dessins de détail. En revanche, le volume général et l'élévation de ce bâtiment voué au stockage des vivres militaires, construit immédiatement à l'ouest de la partie nord de l'ancienne caserne A (détruite) évoquent ceux du pavillon d'officiers dont la construction était prévue à l'extrémité nord de ces casernes. Figuré en plan-masse sur le projet général de Vauban de 1700, et en volume sur le plan-relief de 1701, ce pavillon d'officiers projeté (coté n° 28, puis 25) jusque dans les années 1740 mais jamais construit, aurait comporté une élévation murale à trois niveaux surmontée d'un étage de comble, dans un toit à croupes, les façades principales comptant cinq travées régulières de baies (fenêtre et portes), pour trois travées dans les murs-pignon; l'ensemble aurait dominé l'élévation plus basse de la caserne.

La forme générale extérieure donnée au magasin aux vivres lors de sa conception en 1788 reprend les caractéristiques générales du pavillon d'officiers tel que figuré sur la plan-relief, appliquées en l'occurrence à un bâtiment de proportions un peu plus allongées, à sept travées de baies en façade. L'idée selon laquelle le projet d'un grand magasin aux vivres aurait donné l'occasion au capitaine du génie Vallier-Lapeyrouse de s'inspirer du projet de pavillon en le déplaçant a côté et non plus au bout des casernes, et en lui donnant une fonction différente, n'est pas invraisemblable. On doit rappeler que l'ampleur du bâtiment réalisé lui donnait une capacité estimée (en 1795) à 40.000 quintaux de grain ou farine, soit largement supérieure à celle nécessaire aux vivres nécessaires à la garnison d'Embrun. Cette capacité se justifiait en partie initialement par le fait que les volumes disponibles ont eu d'abord la double affectation de magasins de bouche et de guerre, en attendant de pouvoir procurer à l'artillerie un autre local propre à l'usage spécifique de magasin à munitions ou arsenal, ce qui fut bientôt réalisé en 1795 grâce à la dévolution de la chapelle des Capucins désaffectée aux services de l'artillerie. Quoiqu'il en soit, comme on l'a vu dans l'historique général, le bâtiment neuf du magasin aux vivres avait été aussi conçu pour pouvoir concentrer des réserves de grain et de munitions de guerre destinées à alimenter non seulement Embrun mais aussi toutes les places et postes de la frontière. Conçu initialement comme magasin, autrement dit comme grenier, le grand bâtiment n'intégrait aucun espace dévolu à la transformation des vivres, soit une boulangerie. En 1822-1824 une maison basse à un étage, de construction récente, pratiquement attenante à la moitié ouest du mur-pignon nord du magasin, seulement détachée de lui par le porche d'entrée de l'arrière cour des livraisons, fut aménagée en manutention des vivres équipée de deux fours de 500 et 300 rations. Dans la nomenclature d'alors, le magasin aux vivres était coté 16 et sa manutention cotée 15. Avec la nouvelle nomenclature fixée vers 1860, l'ensemble des bâtiments, soit le grand magasin (actuellement subsistant), la manutention, et un hangar donnant sur l'arrière cour (détruits dans les années 1980), fut réunis sous la cote H et renommés indistinctement manutention des vivres, selon le nouveau sens inclusif donné à ce terme en général à cette époque.

L'architecture du magasin aux vivres est régulière et modulaire. Le plan est un rectangle parfait de 38m / 16m hors oeuvre, et 36m / 14m dans œuvre. L'élévation comporte un rez-de-chaussée, deux étages carrés et un comble à croupes revêtu d'ardoises. Le volume intérieur est divisé à chaque niveau ou étage carré en trois vaisseaux de sept travées par deux rangées de six piliers carrés, définissant en tout 21 modules rectangulaires de 5,14m / 4,66m. L’ordonnancement en sept travées de baies de la façade principale, face à l’est et à l’emplacement de la caserne (détruite) comporte en rez-de-chaussée des portes-fenêtres dont l’encadrement est couvert d’un arc plein-cintre et inscrit dans un tableau rectangulaire en léger retrait de nu du parement courant. Un bandeau horizontal continu saillant court sur les façades pour marquer la transition entre rez-de-chaussée et étages, immédiatement au-dessus du couvrement du tableau des portes-fenêtres. Au-dessus, les sept fenêtres en travées régulières des deux étages sont encadrées d’un faux chambranle rectangulaire en léger retrait de nu du parement et non en saillie, comme le tableau des portes-fenêtres. La façade se termine par une corniche de pierre blanche qui, comme le bandeau, se continue sur le mur-pignon nord et à la façade postérieure. On observe que corniche et bandeau s’interrompent après un court retour d’angle au droit du mur-pignon sud, comme pour réserver le départ d’un projet de bâtiment plus bas comparable au casernes en prolongement sud du magasin. Tous les encadrements des baies de la façade ont la même largeur aux trois niveaux, mais les fenêtres du premier étage sont plus hautes sous linteau d’un quart de module que celles du second, comme le montrent les menuiseries vitrées actuelles (refaites au XXe s) à deux ouvrants de 4 carreaux en hauteur au 1er étage, de 3 au second.Quartier militaire Sud-Est d'Embrun, façade principale Est du magasin des vivresQuartier militaire Sud-Est d'Embrun, façade principale Est du magasin des vivres Quartier militaire Sud-Est d'Embrun, façade principale Est et mur-pignon sud du magasin des vivresQuartier militaire Sud-Est d'Embrun, façade principale Est et mur-pignon sud du magasin des vivres

Les façades sont entièrement revêtues d’un enduit couvrant de teinte claire faiblement ocré, grenu, à l’exception des encadrements des baies, en pierre de taille badigeonnées en blanc. L’arc plein-cintre des portes-fenêtres comporte une clef en légère saillie, et les jambages extérieurs (du tableau en retrait) offrent un chainage à assises réglées saillant 1 sur 2.

Les relevés donnant l’état des lieux en 1822, montrent que seules trois travées des baies du rez-de-chaussée de la façade principale -travée centrale et travées d’extrémités- accueillaient des portes-fenêtres, les quatre autres étant des fenêtres a appui aveuglées d’un mur maigre en retrait jusqu’aux sommiers de l’arc, ou régnait un linteau isolant un tympan vitré dans l’arc. La façade postérieure (ouest), donnant sur l’arrière-cour, est de composition identique, les baies du rez-de-chaussée étant traitées en fenêtres à appui (non aveuglées en 1822) à l’exception de celle de la travée centrale, qui accueille la porte sur cour. Les murs-pignons sont percés régulièrement à chaque niveau de trois petites fenêtres hautes carrées dont l’embrasure intérieure ne part pas du sol. En 1822, deux des petites fenêtres du rez-de-chaussée du mur nord avaient été transformées en portes, donnant sur le porche d’accès à la cour et sur la manutention.

A l’intérieur, aux trois niveaux, les piliers libres, de plan carré, en pierre de taille calcaire grise, supportent la poutraison longitudinale des planchers à solivage transversal. Des jambes de force ou aisseliers, assemblés en embrèvement à une semelle et non directement à la poutre, sont disposées en partie haute des piliers et des murs-pignons, dans l’axe longitudinal, pour renforcer la résistance mécanique des poutres lorsque les planchers sont en charge. L’assemblage des sections de poutres est encastré dans la tête des piliers, qui présentent sur les faces de l’axe transversal une corniche profilée en doucine.

Quartier militaire Sud-Est d'Embrun, intérieur du rez-de-chaussée du magasin des vivresQuartier militaire Sud-Est d'Embrun, intérieur du rez-de-chaussée du magasin des vivres Quartier militaire Sud-Est d'Embrun, intérieur du rez-de-chaussée du magasin des vivres, détail de pilier portant la poutraisonQuartier militaire Sud-Est d'Embrun, intérieur du rez-de-chaussée du magasin des vivres, détail de pilier portant la poutraison

Les volumes interne, majoritairement décloisonnés, adaptés à l’usage de grands greniers, sont recoupés par deux murs de refend qui isolent la travée centrale en s’appuyant aux quatre piles médiane, définissant deux salles symétriques de part et d'autre à chaque niveau. La travée centrale, ouverte d’origine par les deux portes d'axe permettant la traversée du rez-de-chaussée, et desservant les salle par une porte centrée dans les murs de refend, assure la fonction de vestibule, et dans sa moitié ouest, de cage d’escalier pour la distribution des étages. L’escalier d’origine était en charpente, à rampes droites sur vide central65 . En 1822, la salle nord du rez-de-chaussée avait été recoupée par des cloisons, avec corridor central longitudinal débouchant au nord par une porte percée à la place de la fenêtre centrale du mur-pignon, l'autre fenêtre du même mur à l'ouest de celle-ci étant aussi converti en porte, l'une et l'autre donnant sur le porche d’accès à la cour et sur la manutention.

Le comble, qui devait comporter à l'origine une petite lucarne à croupe en charpente revêtue d'ardoises au-dessus de chaque travée de façade, sur le versant, n'en avait déjà plus que trois sur sept par façade en 1822, les autres venant d'être supprimées pour limiter les infiltration des eaux pluviales. Les croupes du toit au-dessus des murs-pignons comportaient deux lucarnes semblables d'origine, dans l'axe des piliers internes. Cette répartition des lucarnes de 1822 était inchangée dans les années 1910, mais toutes les lucarnes avaient été supprimées dans les années 1930. Dans l'état actuel, la restauration de 2008 a rétabli au-dessus des travées médianes de la façade principale cinq grosses lucarnes cubiques à toit plat revêtu de zinc patiné.

O - Magasin à poudre

Faute de dessins de projet et de toute autre documentation préalable, on ignore l'auteur du projet de ce magasin à poudre construit vers 1695, non prévu par Vauban en 1692 et figuré comme réalisé sur les plans de son addition au projet général d'Embrun en 1700. Implanté intra muros au sud de l'ancien couvent des Capucins, sur un emplacement sans contrainte particulière, cet édifice aujourd'hui bien conservé est bien représentatif des normes en vigueur dans l'architecture militaire du temps de Vauban, et a pu être dessiné par n'importe quel ingénieur militaire territorial de l'époque, en particulier Guy Creuzet de Richerand, directeur des fortifications du Dauphiné entre 1692 et 170666 .Quartier militaire Sud-Est d'Embrun, magasin à poudre O, façade d'entrée et- mur d'isolement, vus de l'ouest/sud-ouestQuartier militaire Sud-Est d'Embrun, magasin à poudre O, façade d'entrée et- mur d'isolement, vus de l'ouest/sud-ouest

La qualité de mise en œuvre de sa construction était mentionnée en 1718 par l'ingénieur Rémi Tardif, qui estimait la capacité ordinaire du magasin à 80.000 livres de poudres (soit 39.160 kg), en barils répartis sur trois niveaux pouvait être augmentée jusqu'à 130.000 livres (soit 63.635 kg) en disposant les barils de poudre sur cinq niveaux. En 1765, la capacité optimale est évaluée à 1024 barils de 100 livres (soit 50.125 kg de poudres). Cette capacité est un peu inférieure à celle du magasin à poudre construit aussi entre 1692 et 1700 dans le même contexte au château de Briançon, magasin très comparable par sa forme architecturale et ses dimensions.

De plan rectangulaire hors œuvre presque deux fois plus long que large (22,40m X 11, 70m), le magasin à poudre (O) d'Embrun abrite une salle unique voûtée en berceau, haute de 5,85m à la clef. Les dimensions en plan dans œuvre sont proportionnellement sensiblement plus allongées (19,50m X 6,82m) du fait de l'épaisseur plus forte des murs gouttereaux (2, 45m), classiquement traversés par des évents en chicane. Ces évents sont régulièrement répartis à raison de trois par mur gouttereau, leur fente débouchant au-dehors au centre d'autant de travées définies par quatre contreforts extérieurs massifs qui laissent dégagés les angles du bâtiment. Chacun des deux murs pignons, épais de seulement 1,45m, est percé, symétriquement, d'une porte d'entrée couverte d'un arc surbaissé et d'une fenêtre haute, éclairant au besoin la salle. Portes est fenêtres comportent deux feuillures, vers l'extérieur et l'intérieur, destinées à des vantaux et volets. Des menuiseries anciennes seule reste celles extérieures des portes, à double vantail, revêtue au-dehors de en grosses planches de bois disposées horizontalement; le châssis intérieur les pentures en fer et ont été restaurés. L'encadrement en pierre de taille de la porte du mur-pignon Est diffère de celui des trois autres porte et fenêtres, par le matériau, une pierre plus claire, et les rares plans anciens du magasin montrent que cette porte n'existait pas au XVIIIe siècle, ce qui est normatif, les magasins à poudre n'ayant qu'une porte d'entrée. Celle de l'ouest, face à l'entrée du mur d'isolement, est seule d'origine, la porte ouest ayant été repercée, peut-être seulement au XXe siècle; des traces de reprises dans les maçonneries attestant de ce repercement. Quartier militaire Sud-Est d'Embrun, magasin à poudre O, intérieur de la salle des poudresQuartier militaire Sud-Est d'Embrun, magasin à poudre O, intérieur de la salle des poudres Quartier militaire Sud-Est d'Embrun, magasin à poudre O,  détail extérieur d'une travée de mur gouttereau avec éventQuartier militaire Sud-Est d'Embrun, magasin à poudre O, détail extérieur d'une travée de mur gouttereau avec évent Quartier militaire Sud-Est d'Embrun, magasin à poudre O, façade d'entrée (ouest) et mur gouttereau nordQuartier militaire Sud-Est d'Embrun, magasin à poudre O, façade d'entrée (ouest) et mur gouttereau nord Quartier militaire Sud-Est d'Embrun, magasin à poudre O, intérieur de la salle des poudres, côté entréeQuartier militaire Sud-Est d'Embrun, magasin à poudre O, intérieur de la salle des poudres, côté entrée

Les parements des murs sont en blocage revêtu d'un enduit couvrant à l'extérieur, la pierre de taille appareillée calcaire grise étant employée, outre l'encadrement des porte et fenêtres, pour la plinthe, pour les chaines d'angle du bâtiment et des contrefort ( non harpées) et pour la corniche profilée en doucine, continue sur les gouttereaux et les rampants des pignons. A l'intérieur, les murs sont en blocage, mais la voûte de la salle est mise en œuvre plus soigneusement en petit appareil de moellons équarris et assisés. Les reins de la voûte ont une forte épaisseur rechargée sur l'extrados (5 pieds , soit 1,62m à la clef) qui la mettait à l'épreuve des bombes selon les normes des XVIIe-XVIIIe siècle (seule dans ce cas au sein de la place-forte), et permettait d'asseoir la couverture, toujours revêtue d'ardoises, directement sur cette maçonnerie, sans charpente à fermes. Dans l'état actuel de la salle des poudres du magasin, une tribune en bois, ancienne mais indatable, de profondeur limitée, adossée au mur-pignon ouest, semble correspondre à un reste de partition ancienne en deux niveaux pour l'entreposement des barils, d'autant que la poutre terminant la tribune comporte des réservations occupées par des corbeaux portant une balustrade en encorbellement d'âge incertain, réservations qui furent peut-être destinées à recevoir un solivage. Cette poutre est délestéee par deux poteaux, et on note l'absence d'empochements dans la voûte qui auraient été destinés à recevoir la tête d'autres poutres.

Le mur d'isolement qui enveloppe toujours le magasin est d'origine dans sa conception mais très remanié, réparé ou reconstruit. Seul le côté ouest, devant la façade d'entrée, rabaissé de la moitié de sa hauteur primitive entre la porte et les angles, est entièrement en maçonnerie traditionnelle. La porte conserve son encadrement ancien en pierre de taille, sobrement couvert d'un linteau monolithe, auquel a été adaptée une grille ouvrante en fer du XXe siècle. Une partie du côté sud a conservé la hauteur murale d'origine, mais le reste du mur d'isolement a été largement reconstruit en parpaings de ciment au XXe siècle.

L'ensemble du magasin a été restauré dans les années 2000 et affecté à de salle de spectacle communale.

Q / C - Arsenal et pavillon d'officiers (ancien couvent des Capucins)

Cet ensemble architectural ne relève pas de l'architecture militaire, mais de l'architecture conventuelle, et n'a pas lieu d'être décrit dans le présent cadre thématique. Toutefois, l'importance des remaniements apportées aux façades de l'ancienne chapelle au début des années 1830 pour améliorer la régularité de son architecture et son adéquation à la fonction d'arsenal (Q) justifie une brève note descriptive ciblée.

L’ancienne chapelle des Capucins, conservée intégralement dans l'édifice actuel , est composée d’une nef unique de plan rectangulaire (18 m x 8,90 m), voûtée d'arêtes sur trois travées, prolongée à l'est d'un chœur plus étroit à double profondeur (chœur liturgique suivi du chœur des religieux) qui porte la longueur totale de l'édifice à 32,75 m. Du côté nord, la seconde travée de la nef communique par une grande arcade à une chapelle latérale large de 5,30m et profonde de 5,85m. Cet édifice sobre du XVIIe siècle, divisé en deux niveaux par un plancher intermédiaire (aujourd'hui supprimé) pour son usage d'arsenal dès le début du XIXe siècle, a été agrandi et transformé vers 1834 par l'adjonction d'une aile adossée au nord, en forme de bas-côté, dont le toit en appentis prolonge directement le versant nord de celui, lui-même refait, couvrant les ex nef et chœurs. Cette aile collatérale intègre l'ancienne chapelle latérale nord sans la détruire, en remployant son mur nord, rabaissé et modifié; dans la continuité du nouveau mur gouttereau. Ce mur est divisé en deux niveaux et six travées, chacune percée au nord d'une large baie couverte en plein cintre au rez-de-chaussée : cinq fenêtres et une porte charretière, plus large, dans la seconde travée, celle de l'ancienne chapelle latérale. Quartier militaire Sud-Est d'Embrun, ancienne chapelle du couvent des capucins devenue arsenal, mur gouttereau collatéral nord Quartier militaire Sud-Est d'Embrun, ancienne chapelle du couvent des capucins devenue arsenal, mur gouttereau collatéral nord

Chaque travée comporte à l'étage une fenêtre rectangulaire simple de type porte haute de service directement couverte par la sablière du toit, et de plain-pied avec le plancher; à l'extrémité Est, une dernière porte au rez-de-chaussée dessert un couloir isolé de la sixième travée. L'aspect de la façade ouest de l'édifice a été entièrement transformé en phase avec l'adjonction de cette aile collatérale, dans une architecture sobre. La partie de façade correspondant à la nef est un mur-pignon divisé en trois niveaux : porche charretier couver d'un arc segmentaire au rez-de-chaussée, fenêtre serlienne au premier étage, et porte haute de service au second étage sous comble, au-dessus du voûtement. La partie de façade correspondant à l'aile nord en bas-côté a une porte charretière couverte en plein-cintre au rez-de-chaussée, fenêtre trigéminée à l'étage. Toutes les baies de la façade dans son ensemble et du gouttereau nord ont un encadrement en pierre de taille jaune en léger relief sur le nu du mur enduit, et relèvent du même style architectural néo-classique du XIXe siècle, sans conservation d'éléments de l'architecture du couvent des Capucins. Cette esthétique architecturale a été copiée une trentaine d'année plus tard à Embrun pour la façade de l'abattoir municipal, intégré au front nord de l'enceinte (voir ci-dessus, courtine 34-1)Quartier militaire Sud-Est d'Embrun, ancienne chapelle du couvent des capucins devenue arsenal, façade d'entrée ouest Quartier militaire Sud-Est d'Embrun, ancienne chapelle du couvent des capucins devenue arsenal, façade d'entrée ouest

Le mur-pignon est, opposé à la façade d'entrée, ancien chevet de la chapelle, a été également transformé lors de l'adjonction de l'aile collatérale nord, ses trois baies actuelles, sont majoritairement des années 1830, à coup sur celles du rez-de-chaussée, assez étroites et cintrées, remaniées au XXe s par murage partiel. La grande fenêtre d'étage de l'ancien second chœur, couverte d'un arc surbaissée et munie d'une menuiserie vitrée à petits carreaux, parait appartenir a l'état religieux de l'édifice. Quartier militaire Sud-Est d'Embrun, ancienne chapelle du couvent des capucins devenue arsenal, mur pignon Est attenant au bâtiment est du couvent /pavillon d'officiers, vus du nord-estQuartier militaire Sud-Est d'Embrun, ancienne chapelle du couvent des capucins devenue arsenal, mur pignon Est attenant au bâtiment est du couvent /pavillon d'officiers, vus du nord-est

1Jacques Humbert, Embrun et l'embrunais à travers l'histoire, Gap, 1972, p. 186-187 donne un plan restitutif de l'évolution de la fortification d'Embrun avant 1580, avec une proposition topographiquement recevable pour le tracé de l'enceinte primitive et de ses extensions. Plus récemment, Nathalie Nicolas, La guerre et les fortifications du Haut Dauphiné, Aix-en-Provence, PUP, 2005, p. 115-117 renouvelle l'interprétation des sources d'après les travaux d'historiens antérieurs (notamment Pierre Vaillant), et propose un plan restitutif partiel de l'évolution des enceintes, sensiblement différent de celui publié par Jacques Humbert.2Paul Guillaume, Note sur les fortifications des Hautes-Alpes au XIVe siècle, Bulletin du comité des travaux historiques, Archéologie, n°3 1884, p. 211-298, Embrun p. 213 et PJ n° 1.3Les faits relatifs aux travaux de défense de la période 1360-1400 et leur contexte sont cités d'après leur mention par Nathalie Nicolas, La guerre et les fortifications (...) Op. Cit. 2005, qui les mentionne dans un ordre aléatoire mais référence en notes les sources archivistiques et bibliographiques correspondantes.4Information donnée par Paul Guillaume (ed.) Histoire générale des Alpes Maritimes ou Cottières : et particulière de leur métropolitaine, Ambrun, chronographique, et meslée de la séculière avec l'ecclésiastique... / composée par le R. P. Marcellin Fornier (1592-1649),... t. I Paris, 1890, p. 250 note 1.5Cité par Joseph Roman, Embrun, Revue du Dauphiné et du Vivarais, 1878, p. 393-400 (p. 396-397)6Joseph Roman, Embrun avant et après le siège de 1585, Bulletin de la société d'études des Hautes-Alpes, 1914, p. 182-2007AD Hautes-Alpes 1 E 22728Les prinses des villes et places executées par le capitaine Gentil pour le service du Roy pendant les derniers troubles (imprimé sans lieu ni date), cité par Joseph Roman, Cinq ans de l'histoire d'Embrun (1580-1585), Gap, 1877, et (Idem), Les aventures du capitaine Jean-Baptiste Gentil de Florac (1585-1650), Grenoble, 1885.9Joseph Roman, Embrun avant et après le siège de 1585, Bulletin de la société d'études des Hautes-Alpes, 1914, p. 195, et note 3 d'après AD H-A 1 E 2938, p. 313.10En application du décret du Conseil du Roi prononçant l'abolition des églises réformées du colloque d'Embrun.11Publiées dans : Les Plans et profils de toutes les principales villes et lieux considérables de France... par le sieur Tassin, géographe ordinaire de sa Majesté, Paris chez Melchior Tavernier, 1634, f° 16 et 17; édité aussi la même année sur une planche de 8 vues cartes et et plans de places et gouvernements du Dauphiné.12SHD Vincennes, 1VH765, plan n° A ; BNF c et p GE DD-4585 (1, RES), Plan d'Embrun dans recueil de plans de places fortes du royaume daté 1693.13Cité dans Cahiers d'histoire, comité historique du Centre-Est, t. XXV, 1980, p. 28714Louis Douglas et Joseph Roman (ed.) Actes et correspondance du connétable de Lesdiguières, t. I, Grenoble 1878, n° CDXVI, p. 481-482.15Le bastion le plus à l'ouest du front nord a porté le nom de bastion de Navarre, mais on ne saurait dire si cette appellation est d'origine, en référence au règne d'Henri IV, comme dans d'autres fortifications (Amiens), ou si elle ne remonte qu'au siège d'Embrun en 1692, en référence au régiment de Navarre, qui défendait ce secteur de la place.16A.D. de la Drôme, E. 9596.17Louis Douglas et Joseph Roman (ed.) Op. Cit. 1878, n° CDXVI, p. 482.18Cité par Nathalie Nicolas, L'église et le couvent des Capucins d'embrun (Hautes-Alpes), 1633-1791, Archéologie du Midi Médiéval, 2011, n° 29, p. 241-262; p. 244, d'après SHD Vincennes A1/14, pièce 211, 9 août 1633.19Jacques Humbert, Embrun et l'embrunais à travers l'histoire, Gap, 1972, p. 333, d'après SHD Vincennes A1/1167, pièce 4520Adolphe de Rochas, la campagne de 1692 dans le Haut Dauphiné, Bulletin de la société de Statistique, des sciences naturelles et des arts industriels du département de l'Isère, 1876, 3e serie, t. V, p. 17-193 (p. 64)21Adolphe de Rochas, la campagne de 1692 (...) Op. Cit., 1876, p. 96-108.22Adolphe de Rochas, la campagne de 1692 (...) Op. Cit., 1876, p. 109-113.23SHD Vincennes, 1VH765, n°A24SHD Vincennes, 1VH765, n° 3-425SHD Vincennes 1VH765, n° 3-3b26Le principe de ce bastion 18 avait déjà été formulé au début du XVIIe siècle par l’auteur du projet reproduit par le plan gravé de Tassin.27N'y aurait-il pas confusion, dans les termes de Vauban, entre la "demi-corne de Gap", qui (bien qu'il ne le précise pas) reproduit bien une vieille pièce préexistante , mais détruite, à rétablir, et cette demi-lune des Prez, au pied de la falaise sud, dont nul antécédent ne figure sur les plans antérieurs ?28SHD Vincennes, 1VH765, n°429SHD Vincennes, 1VH765, n° 530Vauban semble avoir oublié que cette demi-lune 36, au bas du précipice, faisait aussi partie du 2e projet.31Le plan relief actuel, conservé dans la collection du Musée des Plans Relief à Paris, a été retouché et en partie actualisé par des restaurations de 1783 et 1792.32SHD Vincennes, 1VH76533SHD Vincennes, 1VH76534SHD Vincennes, 1VH76535La légende du plan qualifie par erreur (inversion des termes) de demi-lunes les bastions 1 et 2, et de bastions les pièces détachées 3 et 4.36SHD Vincennes, 1VH76537BnF, bibl. de l’Arsenal, Ms 6447 (342)38SHD Vincennes, 1VH76539SHD Vincennes, 1VH76540SHD Vincennes, 1VH76541SHD Vincennes, 1VH76542SHD Vincennes, 1VH765 : le magasin apparait sur les plans à partir de 1789; SHD Vincennes, 1VH766 : Le mémoire de Vallier-Lapérouse cité est daté du 1er Thermidor an 7. Un mémoire du 15 vendémiaire an 9, 7 oct 1800, signé J. Bourcet, vu par Vallier La Peyrouse, précise que magasin des vivres a été construit en 1788.43SHD Vincennes, 1VH76544SHD Vincennes, 1VH76545SHD Vincennes, 1VH76546SHD Vincennes, 1VH76547SHD Vincennes, 1VH76648SHD Vincennes, 1VH76749Dans le Mémoire du 10 décembre 1823 pour 1824 , Rous La Mazelière écrit cependant que le principe de cette inondation est proposé "depuis plusieurs années".50SHD Vincennes, 1VH76751SHD Vincennes, 1VH76752SHD Vincennes, 1VH76853Bulletin des lois de la république française, année 1859, p. 688, décret impérial n° 903454Ce repérage alternatif a été rajouté en surcharge en 1854 sur les titres et légendages feuilles de plans d'Atlas des Bâtiments Militaires de 1822 (il n'était pas en vigueur à cette dernière date).55SHD Vincennes, 1VH77256Annales du Sénat et de la chambre des députés, 1880, séance à la chambre du 24 avril, annexe n° 2526, (1880, t. 5, p. 76), séance à la chambre du 8 juillet, annexe n° 2891, (1880, t. 10 p. 99). Séance au Sénat du 24 décembre 1880 avec rapport du général Pélissier (1881, t. 3, p. 163-164). 57Annales du Sénat et de la chambre des députés, 1880p. 99, annexe n° 2891 58Le bâtiment d'entrepôt de 1980, conservé pour les services techniques de la ville, qui occupaient également l'ancienne chapelle des Capucins, a été transformé en "pavillon de danse" en 2011, tandis que la chapelle était reconvertie en Centre d'Art Contemporain.59Démolition de la caserne Delaroche, in La Durance, bulletin de l'association de sauvegarde du patrimoine de l'Embrunais, n° 1, 4e trimestre 1992, p. 4.60Les plans et coupes du génie concernant cette tour ne sont un peu détaillés qu'à partir du XIXe siècle et se contredisent sur ce point : tour figurée comblée des terres du rempart sur une coupe de 1828, et creuse sur une autre de1830.61Les dessins en coupe des archives du Génie donnent à tort un fruit sur la totalité de l'élévation de cette tour.62Cette archère ne figure pas sur les plans de projets des années 1840, sans doute parce qu'elle était soit murée soit jugée inutile.63On en compte trois sur des plans de 1817 et de 1840, cinq sur un plan de 1828 qui exprime un peu mieux les parapets des courtines et leurs ouvertures de tir.64Les rares vues anciennes du flanc gauche du bastionnet, peinture vers 1880 et photo 1900, montre que les bouches de ces embrasures reprenaient le modèle de celles, plus anciennes, actuellement conservées dans les murs 33-35 du front ouest de l'enceinte.65Il est aujourd'hui remplacé par un escalier construit hors œuvre du mur-pignon nord en 2008 lors de la réhabilitation de l'édifice par les architectes Sylvestre Garin et Frédéric Bresse.66Richerand est notamment l'auteur du dessin du magasin à poudre de la place d'Entrevaux, en 1700.
Dénominationsfortification d'agglomération
Aire d'étude et cantonHautes-Alpes
AdresseCommune : Embrun

A la fin du XVIe siècle, la ville d’Embrun, siège d'un archevêché, devenue place forte d’intérêt national, et objet de projets de fortifications bastionnées, n’avait encore d’autres défenses que son enceinte médiévale du XIVe siècle, bâtie en plusieurs étapes en agrandissant et enveloppant l'enceinte primitive de la Cité. Le pouvoir féodal sur la ville était partagé au XIIIe siècle entre l'archevêque et le dauphin de Viennois, comte d'Embrun. Après 1260, l'un de ces derniers, Guigues VII, fit construire un palais delphinal dans le nouveau quartier du Planiol, au sud-est de la ville close, auquel son successeur Jean II fit annexer en 1316 une tour d'enceinte dite du Planiol, qui, reconstruite, devint la "tour du palais", donjon delphinal. Les travaux de reconstruction de l'enceinte sont attestés en 1360, financés par les habitants et le chapitre cathédral, et se continuent, non sans difficultés, jusque dans la décennie 1380, la construction de tours étant attestée en 1381. Enveloppant et remplaçant l'enceinte antérieure, la nouvelle muraille de ville était flanquée de onze tours, semi-circulaires ou carrées, à mâchicoulis, dont deux sur les portes de Guillestre à l'est et de Gap à l'ouest, en tout douze tours en comptant le donjon du palais, sur le front est. Le front nord était le plus densément fortifié, car dominé par le terrain naturel.

La première étape de la fortification moderne d'Embrun date de 1581 : il s'agit de la construction d'une petite citadelle de plan centré étoilé, ordonnée par Charles de Lorraine, duc de Mayenne, amiral de France chargé par le roi Henri III de s'opposer aux protestants du Dauphiné. Bâtie sur l'enceinte au sud-est par les maîtres-maçons Jean de Varèse et Jean de La Tour, sous l'autorité du gouverneur ligueur Jean Aynard de Clermont-Chatte, cette citadelle incorporait l'ancienne tour du palais.

François de Bonne de Lesdiguières, chef des protestants du Dauphiné, fit prendre et occuper Embrun le 19 novembre 1585. Devenu gouverneur royal du Dauphiné à l'avènement de Henri IV, il y fit entreprendre des travaux de fortification dans les années 1589-1590, consistant en la construction d'un front bastionné de six bastions à orillons, formant un retranchement à l'intérieur du front nord de l'enceinte médiévale, depuis la porte de Gap jusqu'à la porte de Guillestre incluse, travaux réalisés par l'entrepreneur Guillaume Dioque, peut-être selon les plans de l'ingénieur Ercole Nigra.

Entre 1600 et 1615 environ, un autre front bastionné, cette fois extérieur, avec fossé et chemin couvert, composé de quatre bastions à orillons deux fois plus vastes que ceux du retranchement intérieur, fut construit sur le même front nord, y compris devant la porte de Guillestre, suivis sur le front Est d'un bastion enveloppant l'extérieur de la citadelle, d'un demi bastion à l'extrémité sud. Un autre demi bastion fut bâti, après les autres, dans l'angle rentrant du front Est. Les nouveaux bastions, directement appuyés au mur d'enceinte médiéval, complétés d'une grande demi-lune asymétrique devant la porte de Gap et de deux demi-lunes à l'est, sont documentés par le plan gravé d'Embrun de Christophe Tassin, publié en 1634 (qui ne donne pas un état des lieux, mais copie sans doute un plan de projet antérieur). Ces ouvrages importants avaient été construits sous l'autorité de Lesdiguières et de son parent Jean de Bonne, gouverneur d'Embrun de 1593 à 1626, certainement sur des plans de Raymond de Bonnefons, ingénieur du roi en Provence, Dauphiné et Bresse jusqu'à sa mort en 1607, les travaux ayant dû être achevés par son successeur, Jean de Beins, auteur d'une vue panoramique d'Embrun en 1608.

En exécution d'un arrêt du conseil d'Etat de janvier 1633, la citadelle d'Embrun fut rasée, avec d'autres forteresses plus anciennes du Dauphiné. En août de la même année, Louis XIII en attribuait l'emplacement et les matériaux de démolition aux pères Capucins pour y fonder un couvent, effectivement construit dans la décennie 1647 dans l'enceinte près de la gorge du bastion Est.

En juillet 1692, Nicolas de Catinat, commandant en chef de l'armée du roi, prévenant une invasion en Dauphiné de l'armée du duc de Savoie, fit remettre d'urgence en état de défense la place d'Embrun, démunie et mal entretenue. Assiégée le 6 août, prise le 16, elle fut occupée jusqu'au 18 septembre, après quatre jours de démantèlement méthodique des bastions et de portions de murailles par la mine.

Dès le 9 décembre 1692, Vauban rendait un premier projet pour rétablir la fortification d'Embrun, tandis que les brèches des murailles commençaient à être rebouchées. Dans ce projet, l'illustre commissaire général des fortifications, tenant Embrun pour "une des plus mauvaises places qui se puissent voir", ne conservait aucun des sept bastions démantelés des fronts extérieurs nord et est, et y substituait huit ouvrages plus petits, certains détachés, occupant des emplacements analogues ou décalés, proposait la destruction-reconstruction du front de la porte de Briançon (ex porte de Guillestre) en retrait de l'ancien, en ajoutant une tour bastionnée de plan en fer-à-cheval à ses deux angles, une troisième sur le front nord, chacune munie d'une contregarde, et en créant une demi-lune devant la nouvelle porte. La muraille d'enceinte ancienne était à conserver, mais en la renforçant pour y adosser un épais rempart de terre. Le bastion des Capucins devait être réduit à un bastionnet enveloppant un "vieux bâtiment" (restes de la tour du palais) à conserver pour en faire un magasin. Le retranchement intérieur nord du XVIe siècle était à détruire, excepté un segment à l'ouest, près de la porte de Gap. Les dehors proposés, outre un chemin couvert plus élaboré que l'ancien, étaient une redoute en forme de demi-lune en avant du front nord, le plus exposé, face à une tour médiévale, le rétablissement de la "demi-corne" de la porte de Gap, et d'une vaste demi-lune pentagonale, dite des Prez, au sud, au pied de la falaise, accessible par un escalier taillée dans la falaise, aussi à rétablir. Cet ouvrage aurait desservi une communication stratégique de la place à la Durance, chaussée et pont défendus par deux tours-réduits crénelées.

Le 19 décembre, Vauban rédigeait un second projet revu à la baisse, sans tours bastionnées, et en réemployant les masses terrassées des bastions antérieurs, les revêtements étant à rétablir en améliorant un peu le tracé. Il n'y est plus question de reculer le front de la porte de Briançon, mais de rétablir à neuf à l'arrière un segment de l'ancien retranchement intérieur détruit du XVIe siècle encadré de deux demi-bastions. La redoute nord n'est plus prévue, mais la demi-lune des Prés l'est toujours. Des bâtiments militaires sont proposés dans le principe, dont une caserne près des capucins, mais pas dessinés ni détaillés.

L’exécution de certains des articles ce second projet était bien avancée le 25 septembre 1700 lorsque Vauban présenta à Le Tellier une addition à ce projet "plus étendue et plus parfaite", surtout s'agissant des bâtiments militaires : un magasin à poudre avait été bâti vers 1695 au sud des Capucins et à l'ouest du couvent la construction d'une caserne avait été commencée. Trois autres casernes étaient prévues à l'arrière du front nord et surtout de la porte de Briançon, ainsi que deux pavillons d'officiers, ce qui excluait l'idée du retranchement intérieur en ce point. Un petit arsenal était proposé près des Jésuites, à l'ouest de l'enceinte, ainsi qu'un magasin à poudres semblable à celui réalisé. La porte de Briançon, en cours de construction, se conformait à un modèle monumental et symétrique représentatif des places-fortes royales contemporaine. Le bastion des capucins était le seul qui comportait un cavalier, enveloppant le magasin ancien enterré, vestige de la tour du Palais.

Les travaux déjà entrepris selon le second projet Vauban depuis plusieurs années concernant les fortifications furent poursuivis à un rythme lent dans les décennies suivantes, sous l'égide des ingénieurs militaires en charge des fortifications du Dauphiné. Tous ne seront pas menés à terme, la plupart des additions de 1700 (bâtiments militaires), ne seront jamais réalisés, pas plus que la redoute nord, maintes fois représentée, et la demi-lune des Prés. La caserne du quartier des capucins ne sera jamais complétée du pavillon d'officiers qui devait la terminer au nord. Le rempart de terre adossé à l'enceinte fut réalisé, mais en partie discontinu, du fait de la proximité de maisons particulières (front ouest) qu'on ne pouvait détruire.

Le projet de l'ingénieur Rémi Tardif en 1718, propose quelques nouveautés, comme un bastionnet contre la tour médiévale à l'ouest du front nord, en plus de la redoute avancée, et le perfectionnement du front ouest de l'enceinte, au sud de la porte de Gap, par des banquettes d'artillerie avec embrasures dans le mur, destinées à couvrir les abords de cette porte de la ville. Cette amélioration sera représentée et réalisée en 1751, puis complétée et perfectionnée en 1774, sous l'autorité de l’ingénieur du génie Bernard Amable (de) Tournadre.

Dans l'ensemble, la muraille d'enceinte du corps de place perdra progressivement son caractère médiéval, par l'adjonction de parapets sur cordon du modèle préconisé par Vauban, par renforcement des maçonnerie extérieures et par dérasement et démolition de la plupart des anciennes tours. De 1780 à 1790, l’ingénieur et capitaine du génie Gabriel Vallier (de) Lapeyrouse, né et mort à Embrun, était en charge des projets de cette place, dont il fut directeur des fortifications, avant d’étendre cette compétence à l’ensemble des Hautes-Alpes de 1792 à 1796. On lui doit la construction à neuf d’un beau bâtiment militaire, le magasin aux vivres, édifié de 1788 à 1790 à l’ouest et parallèlement à la grande caserne.

Le 24 septembre 1791, Jean Claude Le Michaud d'Arçon, directeur des fortifications de Franche Comté, co-rédigeait un mémoire sur Embrun, place de seconde classe, souffrant d’une situation très défavorable, mais utile comme premier dépôt pour les effets destinés aux grandes places des Hautes Alpes. Il proposa, à la place de la redoute nord jamais réalisée, un nouveau dehors plus ample et plus en avant, soit un des exemplaires de la "lunette d'Arçon", ouvrage-type de plan pentagonal avec réduit de sûreté en forme de tour circulaire. Intégrée au projet de 1793, cette lunette ne sera pas réalisée, à la différence de celle proposée simultanément à Montdauphin.

La principale amélioration apportée à la place forte d'Embrun durant la période révolutionnaire concerne l'accroissement des bâtiments militaires, du fait de l'opportunité de réaffecter à cet usage au moins un des établissements religieux réguliers intra-muros, supprimés à la suite du décret national du 13 février 1790. En 1793, un hôpital militaire fut aménagé dans le couvent des religieuses de la charité (devenu hôpital civil en 1829), et un casernement provisoire dans celui des Capucins. A partir de 1796, ce dernier, bien placé près de la grande caserne et du magasin des vivres, fut reconverti en pavillon d'officiers, à l'exception de sa chapelle, aménagée en salle d'armes ou arsenal. Les travaux d'appropriation au pavillon d'officiers traîneront sous l'Empire, jusqu'en 1817. Le magasin des vivres a été complété en 1819 d'une arrière-cour close avec hangar, et en 1822-1824 d'une manutention des vivres équipée de deux fours de 500 et 300 rations, aménagée en adaptant et complétant un bâtiment contigu.

Au chapitre des fortifications, les projets des années 1820, sous l'autorité du directeur des fortifications Izoard, tendaient à corriger les défauts de certains ouvrages remontant à l'exécution des projets de Vauban, jamais complètement achevés, telle l'organisation interne des bastions et demi-lunes 1 à 5, et en particulier de leurs traverse de capitale, qui n'avaient été que fondées ; dans les faits, les traverses inachevées seront supprimées. En 1823, la portion du retranchement intérieur du XVIe siècle conservé et réparé au nord-ouest de l'enceinte en 1692 était dans un tel état de ruine qu'il fut rasé. La question des dehors de ce secteur de l'enceinte, comportant l'unique tour médiévale conservée, fait l'objet de plusieurs projets bien distincts à partir de 1826 et jusqu'en 1840, notamment une contrescarpe à feux de revers avec communication en caponnière, ou un bastion, avec retour d'un projet de lunette en 1833. C'est un projet de bastionnet casematé proposé pour 1836 au pied de la tour, qui sera validé et exécuté en 1840-1841. A partir de cette date, le principe du bastionnet, lancé par les chefs du génie Ferras et Dubard, sera repris par leur successeur Loppé, pour l'appliquer aux bastions 1 à 4. Ces bastionnets étant établis à la gorge des bastions existants entrainaient la transformation de ces derniers en contregardes (selon un principe rappelant le projet des tours bastionnées de Vauban), celles-ci comportant aussi un flanc casematé assurant leur défilement. Ce projet ne sera finalement réalisé, de 1845 à 1852, que pour les bastions 3 et 4 encadrant le front de la porte de Briançon. Au front est de l'enceinte, le bastion des Capucins fit l'objet de perfectionnements importants en 1834, consistant à supprimer son cavalier, à refaire ses parapets d'artillerie et à adapter son magasin à poudre. Enfin, la partie sud du front ouest de l'enceinte, déjà perfectionnée en 1751 et 1774, fit l'objet d'un projet d'organisation de nouvelles batteries d'artillerie sur un nouveau parapet de terre massé à l'arrière des murs, projet réalisé en 1836 et 1837.

S'agissant des bâtiments militaires, on note, en 1833, le rachat par le ministère de la guerre du corps principal de l'ancien palais épiscopal et d'une partie attenante de l'aile sud, pour y établir une caserne, et la transformation partielle (façade, collatéral) de l'arsenal, ancienne chapelle des Capucins, à la même époque. En 1860, un abattoir municipal fut établi sous le rempart de l'enceinte nord, vers l'angle nord-ouest, dans une casemate que le génie avait consenti à concéder à cet usage.

Le projet de loi relatif au déclassement de la place-forte d'Embrun fut examiné lors de plusieurs séances de la chambre des députés et du Sénat, entre avril et décembre 1880. L'établissement du chemin de fer de Gap à Briançon avait précipité la décision, avec pour conséquence un démantèlement immédiat des anciennes fortifications, selon une convention passée dès juillet 1879 entre les ministères des travaux publics, de la guerre et des finances et la compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée : cette dernière se voyait attribuer trois hectares des terrains militaires, avec les arbres qui y sont plantés et les matériaux à provenir de la démolition des fortifications, à la charge d'opérer cette démolition y compris comblement des fossés et nivellement. Cette première tranche de démolition, concernant le seul front nord, excluait les deux portes de ville et, à l'ouest, la portion d'enceinte où était l'abattoir (bientôt étendu au bastionnet casematé voisin); elle était achevée en 1882, permettant la mise en service de la gare en juillet 1883. Cette même année et en 1884, le démantèlement de l'enceinte fut poursuivi à l'initiative de la ville, par la démolition de la porte de Briançon et des deux bastions 3 et 4 qui l'encadraient, et celle de la porte de Gap. La suppression des portes permettait de rectifier le tracé de la route nationale n° 94 dans sa traversée de la ville, en supprimant les contraintes du passage par le goulot des portes à pont-levis, et en dévoyant cet axe routier fréquenté au nord du centre ville ancien, sur l'ancien chemin de ronde, transformé en avenue de la gare.

Parallèlement, le quartier militaire d'Embrun, au sud-est de la ville, était maintenu pour le logement de bataillons de chasseurs à pied en garnison à Embrun depuis 1875 devenus en 1888 bataillons de chasseurs alpins. Ils étaient logés en période de garnison dans la grande caserne, dans l'ancien magasin à vivres contigu, dans les bâtiments du pavillon d'officiers, ancien couvent des Capucins et en centre ville, dans la caserne de l'ancien archevêché. En 1893, à la suppression de la prison centrale (ancien collège des Jésuites), ses vastes bâtiments furent affectés aux casernement d'autres bataillons de chasseurs alpins de passage amenés à séjourner en garnison à Embrun. Cette caserne prit le nom de Vallier-Lapeyrouse, celles du quartier militaire sud-est, ancien magasin des vivres inclus, furent nommées casernes Delaroche, et celle de l'ancien archevêché caserne Laharpe. A la fin de la guerre d'Algérie, en 1962, la Défense Nationale supprima Embrun de la liste des villes de garnison, ce qui souleva la question du devenir des anciens bâtiments militaires évacués, de leur reconversion ou de leur suppression. Le quartier militaire sud-est, ou caserne Delaroche, fut occupé par le 159e régiment d'Infanterie Alpine jusqu'en août 1981. Après la fin de tout usage militaire résiduel, les services de la Défense libérèrent ce quartier en 1983, qui fut réapproprié par la ville. La caserne Delaroche proprement dite, en dépit de sa longue histoire, fut définitivement rasée en 1992.

Période(s)Principale : 4e quart 14e siècle , daté par source
Secondaire : 4e quart 16e siècle , daté par source , (détruit)
Principale : 1er quart 17e siècle , daté par source , (détruit)
Principale : 4e quart 17e siècle , daté par source
Principale : 1er quart 18e siècle , daté par source
Secondaire : 3e quart 18e siècle , daté par source
Secondaire : 4e quart 18e siècle , daté par source
Secondaire : 2e quart 19e siècle , daté par source
Secondaire : 3e quart 19e siècle
Auteur(s)Auteur : Bonnefons Raymond de
Bonnefons Raymond de (vers 1545 - 1607)

Ingénieur pour le roi en 1600 en Provence. Il travaille aux fortifications d'Antibes, de Saint-Tropez et de Toulon. Il a pour apprentis son fils Jean de Bonnefons.


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ingénieur militaire attribution par source
Auteur : Le Prestre de Vauban Sébastien
Le Prestre de Vauban Sébastien (1er mai 1633 - 30 mars 1707)

Ingénieur, architecte militaire, urbaniste, ingénieur hydraulicien et essayiste français. Nommé maréchal de France par Louis XIV. Expert en poliorcétique (c'est-à-dire en l'art d'organiser l'attaque ou la défense lors du siège d'une ville, d'un lieu ou d'une place forte), il a conçu ou amélioré une centaine de places fortes.


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Auteur : Tardif Rémi
Tardif Rémi , né(e) 1652 (1736 - )
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Auteur : Vallier (de) Lapeyrouse Gabriel
Vallier (de) Lapeyrouse Gabriel (1734 - 1803)

Né et mort à Embrun. Directeur des fortifications d'Embrun de 1780 à 1790; directeur des fortifications des Hautes-Alpes jusqu'en 1796.


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Auteur : Dubard A.
Dubard A.

Capitaine en Chef du génie à Embrun en 1839-1841


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ingénieur militaire attribution par source
Auteur : Rous La Mazelière Théodore
Rous La Mazelière Théodore (1778 - 1824)

Né et mort à Embrun. Ingénieur colonel du génie, directeur des fortifications d'Embrun de 1815 à 1824


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ingénieur militaire attribution par source
Auteur : Beins Jean de
Beins Jean de (1577 - 1651)

Ingénieur militaire. Sert comme commis et géographe du roi Henri IV aux fortifications du Dauphiné sous les ordres de Raymond de Bonnefons, ingénieur pour le roi en Dauphiné, Bresse et Provence. A la mort de ce dernier, il est nommé ingénieur pour le Roi, géographe de Dauphiné et Bresse en 1607. Cartographe, il a dressé plusieurs dizaines de plans et cartes des fortifications du Dauphiné et de Provence.


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ingénieur militaire attribution par source
Auteur : Tournadre Bernard-Amable (de)
Tournadre Bernard-Amable (de) (1741 - 1828)

Ingénieur du génie en 1763 (école du génie de Mezières), originaire de Clermont-Ferrand, en fonction à Sisteron et Embrun à partir de 1773 (date de son mariage avec Mle de Laidet, sisteronaise), capitaine du génie en 1782, colonel du génie actif à Sisteron, Embrun, Briançon, Grenoble. Lieutenant colonel, chef de brigade, chef de bataillon en 1792, directeur des fortifications en 1794, attaché à l'armée des Alpes de 1792 à l'an II, à Briançon et Sisteron. Directeur des fortifications de Grenoble de l'an VI à l'an XII. Retraite en 1805, opposé à l'Empire.


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ingénieur militaire attribution par source
Auteur : Negro (Nigra) Ercole
Negro (Nigra) Ercole (1541 - 1622)

Architecte militaire sujet du Marquisat de Saluces, d'abord inféodé au Roi de France, puis à partir de 1588 sous la domination du duc de Savoie. A réalisé de nombreuses constructions militaires et civiles.


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ingénieur militaire (?), attribution par travaux historiques
Auteur : Dioque Guillaume
Dioque Guillaume

Guillaume Dioque ou Dioco. "Maçon" à Embrun à la fin du 16e siècle. Réalise les travaux d'une enceinte bastionnée dans cette ville en 1589-1590.


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entrepreneur de maçonnerie attribution par source
Auteur : Varèze Jean de
Varèze Jean de

Maçon à Embrun à la fin du 16e siècle. construit la citadelle de cette ville en 1581, associé à Jean de La Tour.


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maçon attribution par source
Auteur : La Tour Jean de
La Tour Jean de

Maçon à Embrun à la fin du 16e siècle. construit la citadelle de cette ville en 1581, associé à Jean de Varèze.


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maçon attribution par source
Auteur : Izoard Sébastien Raphaël Théodore
Izoard Sébastien Raphaël Théodore (1776 - 1853)

Capitaine du génie, né et mort à Embrun, ingénieur et capitaine du génie en chef d'Embrun et directeur des fortifications de cette place de 1796 à 1815, puis de 1819 à 1834.


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La ville d'Embrun est fondée sur une ample plate-forme rocheuse qui s’interrompt abruptement au sud en formant une falaise dite « le Roc » surplombant d’environ 70m une vaste prairie alluviale confinant à la Durance. L'enceinte médiévale affectait un plan polygonal irrégulier et organique grossièrement piriforme, de grand axe est / ouest (plus exactement est-nord-est / ouest-sud-ouest) enveloppant de près l'ensemble cathédral au sud, sans atteindre le bord de la falaise.

Il n'a jamais existé que deux véritables portes de ville, nommées à l'époque moderne porte de Gap (ouest) et porte de Guillestre, puis de Briançon (nord-est). Les extensions XIVe siècle de l'enceinte primitive, confinant au roc et "évasées" au sud-est et sud-ouest, ont déterminé dans le tracé des fronts est et ouest de l'enceinte définitive un angle rentrant, plus nettement marqué (presque à angle droit) au front Est.

Le retranchement rocheux naturel au sud et au sud-ouest, et la ravine creusée par un torrent formant fossé naturel devant le front ouest, jusqu'à la porte de Gap, ont en majeure partie dispensé de fortifier les parties de l'enceinte correspondant à ces deux fronts, limités à un mur de clôture de faible élévation suivant les contours du roc, bordé d'un chemin de ronde. A contrario, sur le front nord, entre la porte de Gap et la porte de Briançon, et sur le front Est, de la porte de Guillestre au bord du roc, la muraille d'enceinte médiévale de plus grande hauteur, a toujours été renforcée d'ouvrages de flanquement, tours (XIVe siècle) puis bastions (XVIIe siècle).

Dans l'état actuel de l'enceinte, très largement détruite entre 1881 et 1884, le front nord, les portes de ville, les bastions, et la partie nord des fronts est et ouest ont presque entièrement disparu. Il n'en reste donc que trois fragments discontinus encore significatifs, bien que très limités et plus ou moins mutilés ou dénaturés par des remaniements du XXe siècle :

- L'extrémité sud du front Est, soit une courtine conservant encore son parapet percé de créneaux doubles convergents et d'embrasures et son rempart, avec de rares vestiges du bastion des Capucins (ou bastion 6) détruit, le principal étant son magasin à poudre (coté P en dernier lieu), anciennement enveloppé par les parapets d'artillerie en terre des faces et des flancs.

- Un segment de deux courtines du front nord, qui régnaient entre la porte de Gap et le bastion 1, participant du coude nord-ouest de l'enceinte, avec la seule tour médiévale invariablement conservée depuis 1692 (cotée 34), le bastionnet casematé bâti en 1840 (coté 56), la poterne d'accès (souterrain voûté) au bastionnet, passant sous le rempart (cotée 47) et la casemate de l'ancien abattoir, sous le rempart (très dégradé) de la courtine située à l'est de la tour et du bastionnet. Ce segment de courtine conserve un parapet percé de créneaux de fusillade simples ou doubles.

-Un segment d'enceinte au sud du front ouest, au revers duquel étaient disposées les batteries (disparues, cotées 33 et 35) aménagées en dernier lieu en 1836-1837, avec des embrasures à canon conservées de 1751 et 1774.

Indépendamment de l'enceinte, subsistent deux bâtiments militaires par destination de l'ancien quartier militaire sud-est :

-Le magasin à poudre construit vers 1695, bien conservé, conforme aux normes de l'architecture militaire promue par Vauban, à un seul niveau voûté ; contreforts et évents en chicane, comparable à ceux de Briançon.

-Le magasin des vivres construit en 1788-1790, grand bâtiment de plan rectangulaire, d'architecture modulaire, à sept travées de baies en façades, trois dans les murs pignons, avec rez-de-chaussée percé de portes-fenêtres en façade est, deux étages carrés et un comble à croupes revêtu d'ardoises. Le volume intérieur est divisé à chaque niveau ou étage carré en trois vaisseaux de sept travées par deux rangées de six piliers carrés de pierre de taille. Restauré et réhabilité.

État de conservationvestiges
Statut de la propriétépropriété de la commune
Intérêt de l'œuvreà signaler
Éléments remarquablespoudrière, magasin de fourrage
Sites de protectionabords d'un monument historique

Références documentaires

Documents d'archives
  • LE PRESTRE DE VAUBAN, Sébastien. Projet de la fortification d'Embrun suivie d'une instruction détaillée et de l'estimation des travaux, (1er projet), mémoire du 9 décembre 1692. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765, n° 3-3b.

  • LE PRESTRE DE VAUBAN, Sébastien. Addition au projet d'Embrun avec correction et amplification de l'instruction du 16 décembre 1692. [3e projet], mémoire du 25 septembre 1700. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765, n° 5.

  • TARDIF, Rémi. Mémoire sur la ville d'Embrun, 10 mars 1718. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765, n° 12.

  • D'HEURIANCE, Jean-Louis. Mémoire concernant la fortification d'Embrun, 6 mars 1747, Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765, n° 17.

  • GORDON DAINZY, Jean-Marie. Mémoire abrégé concernant la fortification d'Embrun, avec un état des réparations indispensables pour mettre cette place à l'abri d'un coup de main, 15 avril 1759. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765, n° 22.

  • DE LACORCELLE, Pierre. Mémoire sur Embrun, 1 juin 1765. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765, n° 24.

  • TOURNADRE, Bernard-Amable. Mémoire sur la ville d'Embrun, avec revue par articles des défauts de la fortification, et des moyens d'y remédier, 1er octobre 1773. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765, n° 27.

  • D'HAUTERIVE. Mémoire sur l'état actuel de la place d'Embrun et projets pour 1777, 15 octobre 1776. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765, n° 30.

  • LE MICHAUD D'ARCON, Jean Claude Eléonore. Mémoire des inspecteurs sur la place d'Embrun, 24 septembre 1791. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765, n° 47.

  • VALLIER DE LAPEYROUSE, Gabriel. Mémoire sur Embrun demandé par dépêche ministérielle, 10 juillet 1793. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765, n° 50.

  • PIERRON, Georges. Rapport d'inspection sur la place d'Embrun, 31 juillet 1795. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765, n° 54.

  • VALLIER DE LAPEYROUSE, Gabriel. Mémoire sur l'utilité d'Embrun pour la défense de la frontière, 19 juillet 1799 (1er Thermidor an 7). Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH766, n° 4.

  • ROUS DE LA MAZELIERE, Théodore. Mémoire sur l'état de situation de la place d'Embrun, 26 décembre 1816. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH766, n° 27.

  • IZOARD, Sébastien Raphaël Théodore. Mémoire sur la place d'Embrun indiquant la situation actuelle des fortifications et des bâtiments militaires, 15 décembre 1824. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH767, n° 5.

  • IZOARD, Sébastien Raphaël Théodore. Mémoire sur la place d'Embrun- projets pour 1834, 11 janvier 1834. ,Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH768, n° 9.

  • Mémoire sur l'état actuel de la place d'Embrun, sur les travaux exécutés en 1836 et ceux que l'on propose pour 1837, par Ferras, chef du génie, 28 décembre 1836. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH768, n° 16.

Documents figurés
  • La ville d'Ambrun en Dauphiné. / Gravure de François de Belleforest, 1575. Dans : "La Cosmographie universelle de tout le monde" / Belleforest, Paris, 1575.

  • Profil de la ville d'Embrun en Dauphiné. / Dessin aquarellé de Jean de Beins, 1608. The British Library , Ms Add 21 117, f° 69-70.

  • Embrun. [Plan de l'enceinte]. / Gravure de Christophe Tassin, 1634. Dans : "Les Plans et profils de toutes les principales villes et lieux considérables de France..." par le sieur Tassin, géographe ordinaire de sa Majesté, Paris chez Melchior Tavernier, 1634, f° 16.

  • Embrun. [Vue en perspective de la ville]. / Gravure de Christophe Tassin, 1634. Dans : "Les Plans et profils de toutes les principales villes et lieux considérables de France..." par le sieur Tassin, géographe ordinaire de sa Majesté, Paris chez Melchior Tavernier, 1634, f° 17.

  • [Plan d'Embrun avant le siège de 1692]. Dessin aquarellé, sd [avant 1692]. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765, n°A.

  • [Plan du siège d'Embrun en 1692.] / Dessin de l'atlas du roi de Sardaigne Victor-Amédée III. Dans : "Embrun et l'embrunais à travers l'histoire." / HUMBERT, Jacques, Gap : Société d'Etudes des Hautes-Alpes, 1972, 507 p. L'original de ce document conservé au Service Historique de la Défense à Vincennes, archives du génie, n'a pas été retrouvé.

  • Plan d'Ambrun en l'estat que les ennemis l'ont laissé. / Dessin plume et encre, signé Chapotot, 3 décembre 1692. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765, n° 2.

  • Ambrun. Premier projet. [Plan du premier projet Vauban pour Embrun]. Dessin aquarellé, signé Vauban, 14 décembre 1692. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765, n° 2.

  • [Plan du projet des tours bastionnées d'Embrun]. / Dessin aquarellé, signé Vauban, 14 décembre 1692. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765

  • Ambrun. 2e projet. [Plan du second projet Vauban pour Embrun]. / Dessin aquarellé, signé Vauban, 14 décembre 1692. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765 n°4.

  • Plan d'Embrun pour servir au projet de 1700. [Plan d'Embrun pour le troisième projet Vauban]. / Dessin aquarellé, par Vauban, 24 septembre 1700. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765 n°5.

  • Plan d'Ambrun. 1709. / Dessin aquarellé, 1709. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765.

  • Plan d'Embrun pour servir au projet de 1714. / Dessin aquarellé, 1714. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765.

  • Plan de la ville d'Embrun. 1718. [Etat des lieux et projets] / Dessin aquarellé avec retombes, par Rémi Tardif, 1718. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765.

  • Embrun. 1774. Plan Profil et élévation de la batterie commencée entre les cottes 30 et 32, dont l'achèvement est demandé [...] et de celle en avant du jardin de l'Hôpital [...]. [Plan et profils du projet de batteries sur le front ouest, au sud de la porte de Gap]. / Dessin aquarellé signé Tournadre [Bernard-Amable], 774. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765.

  • Fragment de plan d'Embrun [...] [pour le projet du retranchement intérieur]. / Dessin aquarellé, signé Lapeyrouse, 15 septembre 1783. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765.

  • Plan d'Embrun relatif au projet de 1792 pour 1793. / Dessin aquarellé, signé Vallier-Lapeyrouse, 30 octobre 1792. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH765.

  • Génie militaire. Place d'Embrun. An 11. Plan, coupes et élévations de couvent des capucins qu'on propose de transformer en un pavillon d'officiers. / Dessin aquarellé, signé Izoard, 15 brumaire an 11 [1802]. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH766.

  • Génie militaire. Place d'Embrun. Plan général d'Embrun pour 1803. / Dessin aquarellé, signé Rous Lamazelière, 1803. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH766.

  • Place d'Embrun, an 1817. Projet pour 1818. Feuille de dessin relative à l'article 2 du projet des fortifications pour mettre le bastion (6) dans un état défensif. / Dessin aquarellé, signé Rous Lamazelière, 15 novembre 1817. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH766.

  • Place d'Embrun 1818. Projet pour 1819. Feuille de dessin relative à l'article 2 du projet pour 1819, pour réparer le revêtement du bastion (6) et de son cavalier, et mettre l'intérieur de ces deux ouvrages en état de pouvoir servir pour la défense. / Dessin aquarellé, signé Rous Lamazelière, 10 novembre 1818. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH766.

  • Place d'Embrun 1819. Projet pour 1819. Feuille de dessin relative aux articles 6 et 7 du projet pour 1819 pour réparer le 1er étage du bâtiment de la port de Briançon coté (13) et la toiture de la chambre des orgues et du fronton de la porte. [Plans, coupe et élévation du bâtiment de la porte de Briançon]. / Dessin aquarellé, signé Rous Lamazelière, 10 novembre 1818. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH766.

  • Génie. Place d'Embrun, Plan et profils du pont-levis projeté pour la porte de Briançon. / Dessin aquarellé, signé Rous Lamazelière, décembre 1819. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH766.

  • Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction d'Embrun. Place d'Embrun. 1822. Pavillon C dit des capucins. Pavillon coté 17 au plan général [...]. [Plans, coupes, élévations]. / Dessin aquarellé, 1822. Service Historique de la Défense, Vincennes : fonds du Génie, atlas des bâtiments militaires

  • Génie. Place d'Embrun. Projet pour 1824. Feuille de dessin relative à l'art. 2 pour rendre défensive la partie de l'enceinte cotée 34 [...]. [Plan de la partie d'enceinte (nord-ouest) avec tour cotée 34 et porte de Gap]. / Dessin aquarellé, signé Brié et Rous Lamazelière, 1er septembre 1823. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH767.

  • Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction d'Embrun. Place d'Embrun. 1822. Manutention aux vivres coté H. Magasin aux vivres coté 16. [plans, coupes, élévation]. / Dessin aquarellé, 14 septembre 1822. Service Historique de la Défense, Vincennes : Fonds du Génie, atlas des bâtiments militaires, feuille 5.

  • Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction d'Embrun. Place d'Embrun. 1825. Caserne d'infanterie cotée 26-27 [Plans, élévation, coupes]. / DEssin aquarellé, signé Brié, 4 septembre 1825. Service Historique de la Défense, Vincennes : Fonds du Génie, atlas des bâtiments militaires.

  • Génie. Place d'Embrun. Projet pour 1830. Pour construire une contrescarpe à feux de revers en capitale de la tour (34). / Dessin aquarellé, signé Deburit (?), 3 mars 1830. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH768.

  • Génie. Direction et place d'Embrun 1832. Achèvement de la courtine 5-6. Défilement du bastion 6, rasement de son cavalier. / Dessin aquarellé, signé Forget de Bast, 6 novembre 1832. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH768.

  • Place d'Embrun. Projet pour approprier à usage de caserne ou d'hopital la partie de l'ancien archevéché récemment acquise par le ministère de la guerre. [Plans élévation, coupe.] / Dessin aquarellé, 8 février 1833. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH769.

  • Génie. Direction et place d'Embrun. Projet pour 1836. Fortifications article 3. Courtine (24-34). Pour construire un bastion à flancs casematés sur le saillant de (34). [Plan de projet du bastionnet en capitale de la tour 34] / Dessin aquarellé, signé Feras, 1er novembre 1835. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH768.

  • [Place d'Embrun, plan général avec projets de batteries 30-32-33 et corne de la porte de Gap 8] / Dessin aquarellé, 1837. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH768.

  • [Place d'Embrun, plan du projet de bastionnet de la tour 34 et de sa poterne]. Dessin aquarellé, 1839. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH769.

  • [Place d'Embrun. Plans et coupes du projet du bastionnet de la tour 34] / Dessin aquarellé signé A. Dubard, 23 janvier 1840. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH769.

  • [Place d'Embrun. Plans général du bastionnet de la tour 34 et abords] / Dessin aquarellé, 1841. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH769.

  • Génie, place d'Embrun. Projet pour 1844. Bâtiments militaires. Améliorations à la caserne 26-27. [Plans et coupes, état des lieux et projet.] / Dessins aquarellés, 17 avril 1844. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH770.

  • Génie. Place d'Embrun. Projet pour 1851 et 1852. Organisation de la partie de l'enceinte comprise entre le Bon 2 et le Bon 5 . [Plans du projet d'organisation des bastions 2-3-4, avec bastionnets] / Dessin aquarellé, 7 janvier 1851. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH771.

  • Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction de Grenoble. Place d'Embrun. Plan d'ensemble. / Dessin aquarellé, sd [vers 1860]. Service Historique de la Défense, Vincennes : Fonds du Génie, grand atlas, feuille B.

  • Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction de Grenoble. Place d'Embrun. Aqueduc. Etages voûtés du bastion coté 3 et des bastionnets cotés 33 et 56 au plan général. / Dessin aquarellé, signé Keller (?) garde du génie, 1er juin 1860. Service Historique de la Défense, Vincennes : Fonds du Génie, atlas des bâtiments militaires, feuille 11.

  • Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction de Grenoble. Place d'Embrun. Souterrains et poternes. / Dessin aquarellé, sd [1860]. Service Historique de la Défense, Vincennes : Fonds du Génie, atlas des bâtiments militaires, feuille 7.

  • [Vue intérieure de la porte de Briançon.] vers 1870. / Tableau, huile sur toile de C. Rozan, sd [vers 1870]. Collection particulière.

  • [Vue extérieure de la porte de Briançon, avec bastion et contregarde 3.] / Tableau, huile sur toile de C. Rozan, sd [vers 1870]. Collection particulière.

  • [Vue extérieure de la porte de Gap et du flanc gauche du bastionnet coté 56.] / Tableau, huile sur toile de C. Rozan, sd [vers 1870]. Collection particulière.

  • [Vue générale d'Embrun prise du nord avant le démantèlement de l'enceinte.] / Photographie anonyme, sd [vers 1880]. Collection particulière, Embrun.

  • [Vue extérieure des abords nord de la porte de Gap et de la tour et bastionnet cotés 34-56, état des lieux vers 1890.] / Carte postale, [vers 1900].

  • Les Alpes pittoresques. Embrun (alt. 871 m.) - Les Casernes et le Champ de Mars. [caserne Delaroche]. / Carte postale colorisée, Louis Bonnet éditeur, [vers 1900].

  • [Vue d'Embrun du côté des abords nord de la porte de Gap et de la tour et bastionnet cotés 34-56, état des lieux vers 1890.] / Carte postale, [vers 1900].

  • Embrun - Place du quartier et caserne des Chasseurs alpins. [caserne Delaroche]. / Carte postale, édition L. Goujon, Embrun, [vers 1900].

  • Embrun (Htes-Alpes) - Ancien Rempart. Porte de Briançon démolie en 1884. / Carte postale, [vers 1910].

  • Embrun (870 m.) - Caserne Lapeyrouse. / Carte postale, éditions Liotier, [vers 1910].

  • [Embrun. Porte de Briançon.] / Carte postale signée J. Combier, éditions J. Liotier, [vers 1915]

  • [Vue de la caserne Delaroche.] / Carte postale, éditions JG, [vers1940].

  • [Vue aérienne verticale du quartier militaire sud-est d'Embrun, caserne Delaroche] / Photographie aérienne de l'Institut Géographique National, 1947. Institut Géographique National, Saint-Mandé : mission C3538-0081_1947_CDP2887_0011.

  • [Vue aérienne verticale du secteur nord-ouest de l'enceinte d'Embrun, porte et corne de Gap, tour 34 et bastionnet.] / Photographie de l'Institut Géographique National, 21 novembre 1947. Institut Géographique National, Saint-Mandé : Mission C3538-0081_1947_CDP2887_0005.

  • Embrun, plan interprétatif de la place forte vers 1630, mis à l'échelle sur fond de plan géométrique actuel. / Dessin numérique, Christian Corvisier et Laetitia Girard, 2021. Dans : Embrun et son diocèse, à la carte depuis l’Antiquité. Embrun : Pays d’Art et d’Histoire Serre-Ponçon Ubaye Durance, 2021.

    p. 67.
  • Embrun, plan interprétatif de la place forte vers 1730, après réalisation du second projet de Vauban, mis à l'échelle sur fond de plan géométrique actuel. / Dessin numérique, Christian Corvisier et Laetitia Girard, 2021. Dans : Embrun et son diocèse, à la carte depuis l’Antiquité. Embrun : Pays d’Art et d’Histoire Serre-Ponçon Ubaye Durance, 2021.

    p.53.
  • Embrun, plan interprétatif de la place forte vers 1860, mis à l'échelle sur fond de plan géométrique actuel. / Dessin numérique, Christian Corvisier et Laetitia Girard, 2021. Dans : Embrun et son diocèse, à la carte depuis l’Antiquité. Embrun : Pays d’Art et d’Histoire Serre-Ponçon Ubaye Durance, 2021.

    p. 57.
Bibliographie
  • Actes et correspondance du connétable de Lesdiguières, édités par Louis Douglas et Joseph Roman. Grenoble : Allier, 1878, 1881, 1884, LXXI-596 et 4-631 et 4-584 p.

    T. 1, n° CDXVI, p. 481-482.
  • CAMUS, Perrine et alii. Les Alpes de Jean de Beins, des cartes aux paysages (1604-1634). Grenoble : Coédition Patrimoine en Isère/Musée de l'Ancien Evêché, 2017, 220 p.

  • DE ROCHAS, Adolphe. La campagne de 1692 dans le Haut Dauphiné. Dans : Bulletin de la société de Statistique, des sciences naturelles et des arts industriels du département de l'Isère, 1876, 3e série, t. V, p. 17-193.

  • Histoire générale des Alpes Maritimes ou Cottières : et particulière de leur métropolitaine, Ambrun, chronographique, et meslée de la séculière avec l'ecclésiastique... / composée par le R. P. Marcellin Fornier (1592-1649),... Edité par Paul Guillaume. Paris, 1890.

    T. 1, p. 250, note 1. Service Historique de la Défense, Vincennes
  • HUMBERT, Jacques. Embrun et l'embrunais à travers l'histoire. Gap : Société d'Etudes des Hautes-Alpes, 1972, 507 p.

  • NICOLAS, Nathalie. La guerre et les fortifications du Haut Dauphiné. Aix-en-Provence : Presse universitaires de Provence, 2005.

    p. 115-117.
  • ROMAN, Joseph. Embrun. Dans : Revue du Dauphiné et du Vivarais, 1878, p. 393-400.

  • ROMAN, Joseph. Embrun avant et après le siège de 1585. Dans : Bulletin de la société d'études des Hautes-Alpes, 1914, p. 182-200.

  • ROMAN, Joseph. Cinq ans de l'histoire d'Embrun (1580-1585). Gap : Jouglard, 1877, 23 p. Extrait du Courrier des Alpes, octobre-novembre 1877.

(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Corvisier Christian
Corvisier Christian

historien de l'architecture


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